Les « oubliées de 2018 »: le reste de l’Islande

Récemment, mon ami Didier me faisait remarquer que j’étais plutôt tranquille côté écriture. Les blessures font partie des raisons de cette baisse marquée de ma « production » (non mais, un gars finit par en avoir ras le pompon de se plaindre de ses bobos), mais c’est surtout une question de temps. Aussi, j’ai eu tendance à tirer un peu partout en commençant des articles et, n’aimant pas la tournure qu’ils prenaient ou les trouvant tout simplement b-o-r-i-n-g, je décidais de laisser tomber. Sans compter que j’essaie d’éviter de me répéter.

Bref, plusieurs sujets ont trotté dans ma tête au cours des derniers mois, sans jamais voir le jour. Alors au lieu de faire ma traditionnelle rétrospective de l’année, j’ai plutôt décidé d’écrire quelques articles sur les « oubliées » de 2018. Aujourd’hui: le reste de l’Islande, car évidemment, il n’y a pas eu que Skogafoss !  🙂

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Akranes

« Si tu ne pars pas bientôt, tu vas pogner la tempête ! »

Je suis à la cuisine, à faire mes réchauffements. Regard par la fenêtre. Trop tard, la neige a commencé à tomber. Les flocons/grêlons recouvrent rapidement le sol. Bah, je m’en fous un peu, je sais que ça s’arrêtera. C’est connu, le temps islandais change perpétuellement. Ce n’est pas pour rien que les habitants de la place se plaisent à dire que si on n’aime pas le temps qu’il fait, on a juste à attendre 5 minutes.

Il y a une constante, toutefois: le vent. Il vente presque toujours… et très fort. Mon ami René, cyclotouriste aguerri, m’avait demandé d’observer les conditions locales avec un oeil de cycliste. Il envisageait d’en faire le tour à vélo un de ces quatre. Eh bien, mon oeil de cycliste lui a tout simplement dit: oublie ça !  Non seulement la chaussée est quelconque, mais avec un tel vent, ce serait à la fois très difficile et carrément dangereux.

Je pense à tout ça alors que je m’élance, sous un soleil radieux qui fait fondre ce qui vient de tomber du ciel. Je pense aussi à l’objectif de ma sortie: aller voir… le terrain de golf.

Akranes est une charmante petite ville d’à peine 6500 habitants située sur le bord la mer, à environ 50 kilomètres au nord de Reykjavik (eh oui, il y a quelque chose au nord de Reykjavik !). Sa situation géographique constituant un bon compromis pour nous qui voulions voir le fameux cercle d’or et la péninsule Snaefellnes, nous y avons établi nos quartiers pour 3 nuits.

La veille, j’ai découvert un petit sentier sympathique sur le bord de l’eau. Je me suis rendu jusqu’à ce qui me semblait être une ferme avant de rebrousser chemin. Et j’ai vu une affiche indiquant le terrain de golf. Un terrain de golf aux abords du cercle polaire. Fallait que je vois ça.

Pour ce faire, je dois m’éloigner de la mer. Poussé par le vent de 55 km/h (et surtout par ses rafales à 75-80), je peine presque à garder l’équilibre. « Je vais avoir du fun en revenant… ».

Comme la criminalité n’existe pas en dans ce pays, les exploitants du club de golf ne semblent pas avoir jugé bon de fermer l’accès à leur propriété. J’ai donc abouti sur un chemin de terre qui sépare deux allées de ce qui me semble être un terrain de golf tout à fait comme les autres. Et en très bon état, avec du gazon bien vert et très dense. Petite déception, je l’avoue…

Terrain de golf islandais. Côté surprise, on repassera…

J’entreprends mon retour en remontant l’allée du 13e trou. Le vent est tellement violent, je dois garder ma casquette dans mes mains pour éviter qu’elle s’envole. J’éclate de rire. Je m’imagine les distances ridiculement courtes que doivent franchir les petites balles blanches dans de telles conditions. Cette normale 5 doit tout simplement être interminable à jouer…

C’est au prix d’efforts presque surhumains (ok, j’exagère un ti peu…) que je parviens au bord de l’océan où je remprunte le charmant petit sentier. Petit selfie de circonstance…

Fred qui court sans casquette ? Yep, il vente !

Des enfants qui jouent dehors me regardent passer, l’air incrédule. Comme l’impression que les Islandais ne sont pas des adeptes de la course à pied…

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Vik

Petit déjeuner dans notre chalet situé sur une ferme près de Vik. Dehors, deux brebis accompagnées de leurs rejetons broutent tranquillement, puis nous jettent un regard l’air de dire « Tu veux ma photo, banane ? ».

Vue de notre fenêtre au petit matin.

J’ouvre doucement la porte, pour éviter qu’elle parte au vent. Le chien des proprios s’agite en me voyant sortir. Il accourt, une roche bien ronde dans la gueule. Il la laisse tomber… sur mon pied. Ayoye, bout de viarge !

C’est qu’il aime jouer et comme il n’a pas de balle, il veut qu’on lui lance… cette roche. Je m’exécute, évitant de peu la luxation de l’épaule dans le processus. Il part en rase-mottes, retrouve sa « balle » et me la ramène, tout heureux. Après 3-4 lancers, c’est ben le fun, mais j’aimerais bien courir, aussi…

Voyant que je me désintéresse, il n’en fait pas de cas et continue de s’amuser seul. Je peux donc me diriger vers mon objectif de la matinée: Dyrholaey. Pour me rendre, je dois d’abord franchir les trois kilomètres qui me séparent de la route. Le chemin de terre privé longe un puissant ruisseau qui amène l’eau des glaciers à la mer. Vous me direz peut-être que « puissant » et « ruisseau » ne vont pas vraiment ensemble. À ça je répondrai : il y a ben des affaires que je n’avais jamais vues avant de venir ici.

À peine un kilomètre sur la route 1 et je m’engage sur le chemin menant au rocher percé local. Sur ma gauche, une dizaine des typiques chevaux islandais, robustes et petits de taille. Il se tiennent calmement groupés, dos au vent. Ils sont magnifiques.

Mon attention est attirée par une pancarte à l’entrée d’un chemin secondaire. Grosso modo, on fait « gentiment » savoir aux touristes de ne pas s’y engager et que ce que ce qu’ils veulent voir est plus loin. Il faut savoir que Vik est un village d’environ 300 âmes, alors les gens qui voient défiler les touristes depuis quelques années doivent commencer à se sentir un tantinet envahis…

Un peu plus loin, je débouche sur le bord d’une falaise qui offre une vue imprenable sur la baie.

Il y a pire que ça dans la vie…

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Hofn

« Où est-ce que tu vas ? »

Euh… courir ?

« À cette heure-là ?!? »

Ben quoi ?  Il fait clair, non ?

Ouaip. 21 heures et il fait encore clair. J’avoue que ça me surprend un peu, vu que nous ne sommes qu’au début mai. Ça doit être assez hallucinant à la fin juin…

Toujours est-il qu’après une longue journée dans la voiture à faire des arrêts à gauche et à droite, j’ai envie d’aller faire descendre l’excellente pizza que je viens d’engouffrer dans la petite pizzeria située près du port. Notre charmant hôtel étant situé un peu en dehors de la « ville », je décide de faire un peu de « trail » en courant dans le fossé sur le bord de la route.

De cette sortie, je me souviendrai toujours de l’éclairage très particulier. Pendant plus d’une heure, je courrai à la lumière tamisée, comme si le crépuscule s’étirait. Vraiment, mais vraiment bizarre.

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Reykjavik

Dernier matin. Bien que nous soyons en banlieue (je vous épargne le nom de la ville-dortoir), je sais que la ville est très proche. Pour dire, la veille nous sommes allés souper downtown et j’ai sursauté quand Google nous a informés que le resto que nous avions envisagé était situé à… 8 minutes de route. Chez nous, c’est le temps que ça me prend pour me rendre au train de banlieue en voiture !

Je m’engage sur la piste cyclable qui longe la baie. Elle mène où ?  Aucune idée.

Pour faire changement, il fait beau et on sent qu’il ne pleuvra pas. L’air est pur et le vent, « seulement » modéré. Je pourrais m’habituer à vivre ici, je crois…

Tiens, c’est quoi ça ? Un bistrot qui semble vraiment chouette. Ha, c’est poche qu’on doive partir, j’aurais bien aimé y casser la croûte. Va falloir revenir… 😉  Tout juste à côté, des sentiers. Hum, demandez-moi si je vais continuer à me taper de l’asphalte…

Dans les boisés, pas un chat. Tourne à gauche, vire à droite, petite montée, mini-descente. Je pourrais vraiment m’habituer… Hein, un cimetière ?  De quessé  ?  Bah, peu importe.

À la sortie du bois, j’aboutis dans un vaste stationnement. Vide. Bon, c’est quoi l’affaire ?

Je reconnais des statues étranges que j’avais vues dans des reportages. Elles sont, comment dirais-je ?  Laides. Avoir su, j’aurais traîné mon appareil. Ces horreurs se dressent devant une bâtisse en dôme au style un peu futuriste. J’en déduis que c’est une espèce de planétarium. Tout ce qui me vient à l’idée est que ça ne doit pas vraiment être la saison pour observer les étoiles.

Coup d’oeil à ma montre: c’est l’heure de rebrousser chemin.

Définitivement que je vais revenir courir ici.

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