Le 50k intérieur JOGX de Sherbrooke

Dès que j’ai posé le pied sur le plancher du stade intérieur de mon alma mater, j’ai aimé ce que j’ai vu. La piste me semblait courte, alors 250 tours, c’était fort envisageable (je sais, 200 mètres c’est 200 mètres, mais j’avais un bon feeling). Mais surtout, il faisait frais. Assez pour que je doive enfiler un t-shirt à manches longues avant la course. Rien à voir avec le froid d’avant-course à Boston ou New York, mais j’étais optimiste en vue de l’épreuve.

On nous avait annoncé que la course de 1 km des petits allait débuter autour de 8h15, que le 5k se ferait tout de suite après et qu’à 9h, on donnerait les départs du marathon et du 50k. Comme d’habitude, le 1 km des petits a été retardé et il était autour de 8h45 quand le 5k est parti avec un grand total de… 4 participants. Je me disais que nous ne décollerions jamais avant 9h20-9h30, alors je me suis étendu sur le sol, en mode relaxation.

Or surprise, à 8h55, les organisateurs nous ont appelés à la tente de départ car le 50 km et le marathon allaient partir bientôt. De quessé ?   Je ne pouvais pas le croire. Au point où j’ai pris mon temps pour aller porter mon “survêtement” à ma case avant de me rendre au départ. Je m’attendais à ce qu’on reçoive un paquet d’instructions, qu’il y ait un test avec les puces électroniques, etc.

Mais non, nous allions partir. Drette là, comme on dit, pendant que le 5k se déroulait. Wo-ho, je n’étais pas le moindrement réchauffé, moi là !  J’ai à peine eu le temps de regarder le monde autour, juste assez pour voir que certains avaient l’air de se connaitre et pour spotter les coureurs qui semblaient les plus forts. Il y a des indices qui ne mentent pas: l’âge, la carrure, les jambes, l’allure générale aussi. Certains avaient l’air rapides. Avec un peu de chance, je pourrais peut-être faire un bout avec l’un d’eux, qui sait.

Puis, en moins de deux, le départ a été donné. Je suis parti à ce qui me semblait être un rythme de circonstance, soit celui de mes sorties du dimanche. Je sortais à peine du premier virage qu’il y avait un trou béant entre les autres participants et moi. Étais-je parti trop vite ?  Mon premier tour, couvert en 56 secondes, me confirma que non. Immédiatement après mon passage, le départ du marathon fut donné et assez rapidement, je me suis retrouvé avec un coureur aux fesses. Un gars de mon âge, fait sur ma shape. Après l’avoir laissé passer, je me suis accroché à lui, pour voir…  Grâce au gros chronomètre, il était facile d’évaluer notre cadence. Et quand j’ai vu que nous enfilions les tours à 52-53 secondes, j’ai décidé que c’était trop rapide et ai lâché prise. Nous allions nous revoir.

Depart50k

Le départ du 50 km

Honnêtement, je doute si j’avais 3 tours de complétés quand j’ai commencé à dépasser du monde. Il y avait entre autres un monsieur qui faisait la distance en marche rapide, alors… Dès le début, je dois admettre que les dépassements s’effectuaient plutôt bien. Les gens couraient en ligne droite et les plus lents se tenaient même dans les couloirs 2 et 3. Aussi, à la longue, j’ai fini par reconnaître les gens, alors je savais comment ils couraient. J’avais prévu attendre les lignes droites pour dépasser, question de ne pas allonger mon parcours, mais la différence de vitesse était trop grande pour que j’attende 50 mètres avant d’effectuer la manoeuvre. J’estime donc avoir pris la moitié des 500 virages (oui, 500 !) à l’extérieur du couloir numéro 1.

Gagnants50k

Un des multiples dépassements dans une courbe. Ici, je suis en compagnie de la gagnante chez les femmes, Manon Jacob

Autour du 2e kilomètre, une chose m’a frappé: l’air, bien que frais, était très sec. J’avais la bouche sèche, ce qui ne m’arrive pour ainsi dire jamais. Comme j’avais apporté 4 bouteilles de GU Brew, je me suis promis sur le champ qu’il fallait que j’en passe une à l’heure. Minimum. Au pire, si je finissais mes boissons plus tôt, je passerais au Gatorade fourni par l’organisation.

L’hydratation, justement… Il y avait plusieurs tables dressées tout autour de la piste où nous pouvions déposer nos affaires. C’était la première fois que je courais “allège” et ça me faisait bizarre. Sauf que pour prendre ma boisson, je devais sortir de la piste par l’extérieur, ce qui me faisait faire un détour, et ramasser une de mes bouteilles pour courir un tour ou deux avec avant de la redéposer à l’endroit initial. Finalement, ne trouvant pas cette méthode très efficace, j’ai décidé d’utiliser une table “neutre”, située à l’intérieur de la piste, près de la ligne de départ/arrivée.

Durant la première heure, tout allait assez rondement. J’alignais les tours entre 54 et 56 secondes, dépendant de la circulation. Ayant très rapidement perdu le compte de mes tours (qui se faisait automatiquement à chaque passage grâce aux puces électroniques attachées à nos souliers), je me concentrais sur ma vitesse. Après 30 minutes, nous avons effectué notre premier demi-tour. Il en sera ainsi durant toute la durée de la course: à toutes les 30 minutes, on vire de bord ! J’avoue que ça faisait drôle, la première fois, de voir les gens venir à contre-sens le temps de quelques secondes. J’ai même failli indiquer au premier que j’ai rencontré qu’il allait dans le mauvais sens. Hi le petit cerveau…

FredDemiTour

Un demi-tour, un des sept que j’ai dû effectuer

À un moment donné, comme je commençais à avoir chaud, je me suis dit que si j’enlevais ma casquette… Mauvaise idée. Étant habitué de n’avoir rien dans la partie supérieure de mon champ de vision, les lumières au plafond m’étourdissaient à force de tourner en rond. Pour la première fois, j’ai vu l’utilité d’une simple visière pour courir au lieu de la casquette classique: meilleure ventilation tout en “isolant” les yeux. On en apprend toujours.

Comme c’est maintenant devenu une habitude, j’ai senti une baisse de régime autour des 13-14e kilomètres. Ma cadence demeurait stable dans les 55 secondes, mais c’était plus difficile. C’était le moment de prendre un gel et comme par magie, quelques tours plus tard, tout s’était replacé. C’est aussi à ce moment que mes intestins ont commencé à envoyer des signaux. Heureusement, ce n’était qu’une fausse alerte.

Pour contrer la hausse progressive de la température, l’organisation s’est arrangée pour nous faciliter la vie. Première attention: des petites serviettes humides. Le bonheur !  En plus, c’était parfait pour enlever les petits résidus de GU Brew et de gel. Aussi, le stade étant muni d’une grosse porte de garage, les organisateurs en ont profité pour laisser entrer du bon air pur. Imaginez la sensation: de l’air à -20 degrés qui entre dans un petit stade couvert où courent une trentaine de personnes depuis plus d’une heure. Rafraîchissant, vous dites ?

Phénomène tout nouveau pour moi en compétition: ne pas savoir où j’en étais rendu. J’avais une petite idée, vu que je voyais assez bien ma cadence à chaque tour, mais comment en être certain ?  Il fallait tendre l’oreille quand la bénévole nommait le nombre de tours parcourus par chacun, mais encore là, pas facile de bien comprendre, l’acoustique de l’enceinte laissant à désirer. En plus, il ne semblait pas y avoir d’ordre particulier pour l’énumération du nombre de tours, alors…

Bref, autour du 22e kilomètre, j’ai pris un autre gel. Et j’ai eu un beau boost. Depuis un petit bout de temps, un gars que je dépassais régulièrement me félicitait et/ou m’encourageait à chaque fois que je passais. Mais à partir de là, il était presque admiratif, ça en était gênant. Du genre: “Régulier comme une horloge” ou “Wow, t’es une machine !” sans oublier le “Criss que t’es fort !” (pas certain pour le juron, par contre). Ça faisait plaisir à entendre, mais je me disais qu’il devait certainement avoir déjà vu des coureurs pas mal plus forts que moi… En tout cas, personnellement, j’en connais plusieurs ! (J’apprendrai plus tard qu’il fait partie de cette catégorie)

Peu de temps après, j’ai porté attention à la dame qui annonçait les tours complétés par chacun et j’ai entendu “Sur le 50 km, Frédéric, tu es parti sur un rythme rapide: déjà 125 tours !”. J’ai aussi entendu “Gilles Gervais, 127 tours”. Effectivement, le seul coureur plus rapide que moi m’avait dépassé 3 fois en tout et comme il était parti une minute après moi, qu’il ait parcouru 2 tours de plus, ça tombait sous le sens. En fait, je ne me préoccupais pas de lui, mais plutôt de conserver ma cadence, encore et encore. J’avais dépassé la mi-parcours, mes troubles intestinaux étaient chose du passé. Plusieurs personnes alternaient course et marche, prenaient des pauses aux tables de ravito. Moi je continuais, en mode métronome. Keep moving, comme ils disent. J’avais réussi à trouver une façon de faire qui me convenait, en buvant souvent, alternant eau (les gentils bénévoles remplissaient nos bouteilles à notre demande, vraiment efficaces) et GU Brew. J’accumulais les tours, encore et toujours.

Bien que ce n’était pas l’expérience la plus exaltante de ma vie, je me rendais compte que j’étais loin de m’ennuyer, bien au contraire. La musique était bonne (des reprises des années 80, en bonne partie), ambiance relaxe, tout le monde souriait, l’organisation se montrant très efficace. Vraiment, c’est le genre d’expérience à vivre au moins une fois dans sa vie.

Mais bon, une course longue distance étant une course longue distance, il a fallu que quelque chose se mette à clocher peu après qu’on ait annoncé que j’en étais rendu à 150 tours: mon estomac s’est mis à crier famine. Merde, vraiment pas le moment d’avoir faim… J’ai avalé mon en-cas pour ces moments-là: un gel au beurre d’arachides. Ça a semblé faire effet un peu, mais une dizaine de tours plus loin, même affaire. Double merde !  J’ai dû m’arrêter quelques secondes à “ma” table, question de m’emparer de mon ziploc contenant une Power Bar coupée en morceaux.

Un peu plus loin, mon estomac ne criait plus, mais ma cadence avait perdu quelques plumes. Moins que certaines personnes on dirait car, alors que je me disais que ça faisait un bout que je ne l’avais pas vu, j’ai aperçu le meneur du marathon… devant moi. Sa longue foulée toute en fluidité avait perdu de son efficacité et bien que j’en arrachais, je gagnais du terrain sur lui. Une fois rendu sur ses talons, je l’ai suivi un peu, mais après la moitié d’un tour, j’ai constaté qu’il allait définitivement trop lentement, alors j’ai passé.

Il avait ralenti d’au moins 5-6 secondes au tour, sinon plus. Mon esprit compétitif reprenant le dessus, cet épisode me redonna des ailes. De petites ailes, mais des ailes quand même. On annonça que j’étais rendu à 168 tours. Ok, presque 34 km de faits, plus qu’une sortie de semaine et c’était terminé. Une fois de plus, j’ai dépassé celui dont j’apprendrai plus tard qu’il s’appelle Denis (nous nous sommes jasé dans le vestiaire après la course, vraiment sympathique), il m’a lancé: “Ça a donc l’air facile !”, ce à quoi j’ai répondu: “Ça l’est de moins en moins !”. Son comportement en course était remarquable: il se tassait pour me laisser passer à chaque fois, me montrant le passage par l’intérieur. La grande classe.

DenisMichaud

Denis Michaud, un homme très sympathique. J’espère qu’on se reverra bientôt.

Puis arriva ce qui devait arriver: début de crampe à l’ischio droit. Merde, merde, merde !  Pas déjà…  Tout de suite, j’ai mis mon “plan de contingence” en oeuvre: petites enjambées, ralentir un peu et surtout, ma mantra de l’Ultimate XC de St-Donat: “Bois, bois, bois !”. On ne sait pas d’où viennent les crampes. Certains parlent de problèmes du côté des électrolytes et de l’hydratation, d’autres de fatigue musculaire. Si je ne pouvais rien faire pour la fatigue des muscles, j’allais au moins contrôler l’hydratation et les électrolytes. Je me suis donc mis à boire encore plus, alternant toujours eau et GU Brew.

Bien évidemment, les idées noires ont commencé à me traverser l’esprit. Allais-je être obligé d’abandonner ?  De quoi aurais-je l’air ?   Du gars qui a fait son show devant les autres pour ensuite se planter avant la fin ?  Non, ce n’était pas une option. Je me suis mis à penser aux grands ultramarathoniens qui disent avoir appris à apprivoiser la souffrance. J’ai essayé de me mettre dans cet état d’esprit, question de voir où ça me mènerait…

Puis, belle surprise: malgré mes problèmes, j’avais encore une fois le meneur du marathon en point de mire. Je me suis donc concentré sur lui. Je ne regardais plus vraiment ma cadence, y allant au feeling. Et je gagnais du terrain, lentement, mais sûrement. J’allais le dépasser quand il s’est arrêté à sa table quelques secondes. Voilà, nous étions dans le même tour.

Le 200e tour. 40 kilomètres, 80% du parcours derrière moi. J’écoutais où en étaient rendus les autres et beaucoup n’avaient pas encore parcouru 150 tours. Je n’en revenais pas. J’avais dépassé tant de monde aussi souvent ? Puis je me suis mis à penser que je pourrais demander aux organisateurs la permission d’arrêter au marathon et me faire “créditer” mon temps. Il ne me resterait plus que 11 tours au lieu de 50…

Je jonglais sérieusement avec cette idée. Très sérieusement. C’était quoi le but, 50 km ?  Personne ne court 50 km comme ça, sur le plat. Dans le bois, ok, mais ici ?  Non, je ne voyais pas le but. Un marathon, c’est un standard, mais 50 km ?  Ce n’est même pas un “vrai” ultramarathon… En plus, l’annonceuse s’est mise à dire que j’achevais. “Frédéric Giguère en est à son dernier tour !”. Mais j’ai résisté à la tentation d’appliquer les freins au 211e passage, me contentant de lancer “Je fais le 50 !” en passant près d’elle. J’ai aussi porté attention à mon temps: 3:14:30.

Hé, pas mal !  Je me disais que je valais 3h12-3h15 sur marathon présentement, alors moins de 3h15 comme temps de passage, c’était amplement satisfaisant. Maintenant, avais-je le jus pour poursuivre ?

Quelques secondes plus tard, on annonça que Gilles Gervais venait de gagner le marathon (temps de 3:14:13, n’oublions pas qu’il était parti 1 minutes après moi). L’aurais-je battu si j’avais fait “seulement” le marathon ?  On ne le saura jamais. En tout cas, probablement qu’on se serait relancés à quelques reprises durant la course…  Comme il faisait son retour au calme en marchant à l’intérieur de la piste, je suis passé près de lui et lui ai fait un signe “Thumb up” et un sourire. Il m’a répondu en m’envoyant la main et en souriant. J’aimerai toujours ce respect mutuel entre coureurs. On n’est pas là pour s’arracher la tête, juste pour dompter un parcours, une distance. Les coureurs sont plus des frères d’armes que des compétiteurs. En tout cas, c’est comme ça que je vois le tout.

Le reste de la course ne sera plus qu’un dur labeur. Après mon 211e tour, je me suis mis à les compter, pour rapidement ne plus savoir où j’en étais rendu. Les crampes se pointaient le nez de temps en temps, dont une qui m’a parcouru la jambe gauche au complet, de la fesse jusqu’au mollet. Mes rares coups d’oeil au chrono confirmaient ce que je savais déjà: j’avais ralenti. Maintenant, les tours se faisaient en 58, 59 secondes. Il m’arrivait de prendre une pleine minute. La machine est programmée pour tenir un rythme constant sur 42.2 km, pas 50. Denis m’encouragea en me disant que j’avais une avance insurmontable, que je pouvais ralentir. Mais je voulais terminer fort…

Après 3h30 de course, autre demi-tour. Dans ma tête, ce serait mon dernier. J’allais descendre sous les 4 heures, mais par combien ? 4, 5, 6 minutes ?  L’annonceuse nous tenait de plus en plus souvent au courant de nos progrès. 225 tours. 230 tours. Allez, 4 petits kilomètres, ça achève. 235 tours. Une éternité plus tard, 240 tours. 2 kilomètres. À partir de ce moment, je n’ai plus perdu le compte. Je ne savais pas si ça allait tenir, mais je savais que je terminerais. Et que je gagnerais. Moi, gagner une course… C’était dans mes rêves les plus fous, et encore…

245 tours. Ha, le fameux dernier kilomètre. Je courais maintenant dans les rues près de chez moi, il ne me restait plus que la rue des Écluses à parcourir, entre le fleuve et le boulevard St-Laurent. À la fin du 249e tour, j’ai demandé confirmation au passage et l’annonceuse l’a clamé au micro: “Frédéric Giguère, le gagnant du 50 km, est dans son dernier tour ! Et il va battre le record !”. Gagnant. Record. Moi ?!?

Dans le dernier virage, j’ai dépassé une dernière fois Denis. Il m’a tendu la main, m’a félicité chaleureusement. Ça m’a fait tout drôle. Je l’ai remercié, tout aussi chaleureusement. Je le soupçonne d’avoir ralenti pour m’attendre. À la sortie du virage, j’ai eu la vision de Bruce Jenner, terminant le 1500 mètres du décathlon des Jeux de Montréal. Non, je ne m’en souviens pas (j’avais 6 ans, quand même…), mais j’ai vu la photo des centaines de fois et j’ai toujours rêvé de le faire. C’était l’occasion, probablement la seule que j’allais avoir, alors je me suis fait plaisir. Prenant bien soin de me diriger vers l’extérieur de la piste, question de ne pas nuire aux autres participants (car j’allais m’arrêter immédiatement une fois l’arrivée franchie), j’ai traversé la ligne en brandissant les bras dans les airs, comme Jenner jadis.

BruceJenner

Montréal 1976: Bruce Jenner termine son décathlon

Je voulais marcher un peu, faire un tour ou deux dans le couloir extérieur de la piste, question de chasser un peu d’acide lactique de mes jambes (surtout mes quads !), mais j’ai vu que je nuirais quand même, alors je me suis dirigé vers l’intérieur. Les organisateurs sont tout de suite venus me voir, me félicitant avec beaucoup de vigueur. “Tu sais que tu as démolli le record ?  3h53, je ne serais même pas capable de faire ça sur un marathon !”. C’était quasiment trop. Je suis un coureur ordinaire qui s’est adonné à être le plus rapide ce jour-là, c’est tout. Joan et Seb auraient déjà fini de prendre leur douche s’ils étaient partis en même temps que moi…

J’étais tout de même extrêmement heureux quand on m’a remis le très beau petit trophée en bois avec “50km – Sherbrooke 2014 – #1” écrit dessus. J’aurais peut-être dû le montrer un petit peu plus pour la photo officielle, par contre. Que voulez-vous, un gars pas habitué aux honneurs…  🙂

FredMedaille

J’exhibe « fièrement » mon trophée ! 😉

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And the winner is…

… Bibi !  🙂

Je reviens de Sherbrooke où j’ai participé au 50 km du marathon intérieur JOGX et par miracle, c’est moi qui ai terminé premier !  🙂  Cool, hein ?

Résultat officieux: 3:53:15. Les organisateurs n’en revenaient pas de voir que j’avais réussi à retrancher 17 minutes au précédent record de ces compétitions. Ben heu, c’est que le premier 50k intérieur a eu lieu à Québec en décembre, on ne peut pas dire qu’il y avait eu tellement d’occasions pour établir de gros temps. Seb couperait 30-40 minutes à ce temps-là en poussant un de ses enfants… Enfin, je vais le prendre quand même !  🙂

Je vous reviens avec plus détails cette semaine.

Qu’est-ce qui m’attend ?

Comme j’en ai déjà parlé, c’est dimanche prochain que je prendrai part à la course de 50 km dans le cadre du marathon intérieur de Sherbrooke. Piste de 200 mètres, 250 tours à compléter. Simple, non ?  Pas tant que ça. Ce type d’épreuve m’est totalement inconnu et bien que je tâche de tout prévoir, je ne sais pas trop à quoi m’attendre. Je me dis que je dois prendre ça comme une expérience, mais je le sais, mon esprit compétitif va travailler pour essayer de trouver la meilleure façon d’obtenir un résultat qui a de l’allure. Que voulez-vous, on ne me change pas.

Première interrogation: l’entrainement. Est-il adéquat ?  Honnêtement, je ne me suis pas entrainé avec cette course-là à l’esprit. Mon premier vrai objectif de la saison, c’est Boston. Ok, j’ai fait quelques distances plus longues (dont une sortie de 36 km) depuis le début de 2014, mais des intervalles ?  Pas vraiment moyen, avec le froid et la glace. La vitesse n’est donc pas là, bien que samedi dernier, je me suis un peu surpris avec du 4:08/km sur 13 km.

Deuxième interrogation: le tapering. Encore là, pas ma meilleure. 84 km la semaine dernière, on ne peut pas vraiment appeler ça du tapering (en ce qui me concerne, du moins). J’y vais très relaxe cette semaine, mais ce sera probablement trop peu, trop tard.

La distance. Bah, c’est “juste” 8 km de plus qu’un marathon…  Ben justement, c’est tout de même presque 20% de plus. Je n’ai fait cette distance que 5 fois dans ma vie (deux ultras, deux fois au mont St-Bruno et une fois sur la route pour le plaisir), ce n’est quand même pas beaucoup. Et il y a l’aspect mental à considérer. En marathon, quand j’arrive aux 25-26e kilomètres, je me dis qu’il ne me reste plus qu’une sortie de semaine à faire et ce sera fini. Mais sur un 50 km, je n’en serai rendu qu’à la moitié. Psychologiquement, j’aurai besoin de m’adapter, c’est certain.

Le psychologique, justement. Tourner en rond comme ça, pendant des heures, ça risque d’être très difficile mentalement. Je ne compte plus le nombre de personnes qui n’en reviennent pas que je me sois embarqué là-dedans, qui me trouvent courageux (ou débile, c’est selon), etc. Moi qui ai envie de pleurer quand je me tape un tour du bassin olympique au parc Jean-Drapeau parce que je trouve ça ennuyant, imaginez 250 tours… Sauf que je compte bien utiliser le tout à mon avantage. On dit toujours qu’il ne faut jamais voir une course longue distance dans son ensemble, qu’il est de beaucoup préférable de la fractionner mentalement en plusieurs petites courses. Ainsi, durant un ultra en trail, on ne doit penser qu’au prochain poste de ravitaillement et oublier le reste. Puis au suivant, puis au suivant… J’avoue que ça marche plutôt bien. Alors dans ce cas-ci, surtout si ça commence à mal aller, il me sera plus facile de seulement me concentrer à terminer un tour et oublier qu’il en reste une infinité.

Ok, peut-être plus facile à dire qu’à faire…

Les conditions. Évidemment, pas de vent, pas de pluie, pas de neige, pas de glace. Mais quelle sera la température ?  Sur le site de l’événement, il est indiqué que le chauffage sera probablement fermé durant la nuit, permettant à la température du stade intérieur d’atteindre une valeur acceptable pour la course. On parle de 15 à 20 degrés. Or, il ne faut pas oublier que nos corps sont présentement habitués à combattre le froid, alors 20 degrés pour courir, ce serait peut-être un tantinet élevé à mon goût. Je ne devrai pas négliger l’hydratation, c’est certain.

Et que dire de la qualité de l’air ?  Une autre inconnue. Est-ce qu’il sera vicié ou il y aura une certaine circulation ?  À voir sur place.

La circulation. En tout, nous serons 34 sur la piste en même temps : 21 pour le marathon, 13 pour le 50k. Un petit calcul rapide permet de découvrir que quelqu’un qui court à 5:00/km fera 6 tours de piste pendant que la personne qui court à 6:00/km en fera 5 (mail quel grand mathématicien, quand même !). Ce qui veut dire un total d’une quarantaine de dépassements durant la course ! Imaginez s’il y a un petit vite qui fait le marathon à 3:45/km et qu’une autre personne va à 7:00/km. À 34 personnes…

Normalement, durant une course, quand un coureur plus rapide en dépasse un plus lent, ça arrive une seule fois et c’est tout. Au fur et à mesure que l’épreuve se déroule, les coureurs de même force tendent à se regrouper et les manoeuvres de dépassement se font de plus en plus rares. Aussi, il y a généralement assez de place pour passer. Mais là… Sans compter l’effet psychologique de se faire prendre plusieurs tours par la même personne. Bref, il va falloir dealer avec la circulation, quelque chose de tout nouveau pour moi qui n’ai jamais fait de course sur piste.

La musique. Je cours toujours dans le silence le plus complet car j’aime me perdre dans mes pensées. Or, on nous annonce de l’animation. En marathon, quand je passe devant un orchestre, mes sentiments à son égard sont mitigés. Si ça va bien, une bonne petite toune avec un bon beat, ça me pompe et je suis énergisé. Mais quand ça va mal, ça me tape sur les rognons. Les cuivres et les percussions ont le don de venir chercher une corde sensible…

Bref, je vais sortir de ma zone de confort et j’avoue que je ne déteste pas ça du tout. J’ai bien hâte de voir comment ça va se passer…

« Salut monsieur. Vous allez bien ? »

J’étais étendu sur le sol, dans un endroit isolé de la station de métro Longueuil. J’avais un pied posé sur une colonne de soutien et l’autre en position d’étirement pour mon fessier. Des dames d’âge mûr venaient de passer tout près et m’avaient regardé avec un drôle d’air avant d’aller parler au gentil gardien de sécurité. Celui-ci était tout suite venu vérifier auprès de moi.

Une niaiserie m’a (évidemment) brûlé les lèvres, du genre « Si vous considérez que courir 25 km avant d’aller travailler, c’est bien aller, alors oui, je vais bien » ou « Physiquement, je pense que ça va, c’est mon mental qui m’inquiète », mais j’ai décidé de laisser faire. S’il avait fallu qu’il me prenne au premier degré…

« Oui oui, ça va très bien. Je fais seulement mes étirements. »  Il m’a souri et est reparti faire sa ronde. Je ne suis pas certain qu’il ait compris ce que je faisais, mais l’important pour lui, c’était que je sois correct. Le reste… C’était sympa de sa part d’être venu s’enquérir de mon état de santé.

Ceci dit, je me pose parfois, en fait, souvent la question: suis-je sain d’esprit ? J’ai beau aimer courir, mais au point de décoller de la maison alors qu’il n’est même pas 6 heures, qu’il fait noir et par un froid de canard (ce n’était pas le cas ce matin-là, mais bon…) ?  Je regardais passer la foule, les milliers de personnes qui venaient de descendre des autobus et se dirigeaient vers le métro et je me disais que je n’étais pas normal, que je devais certainement avoir quelque chose de dérangé. Pourquoi donc ne suis-je pas comme eux ?

Puis je me suis dit que si un médecin pouvait se taper le mont Orford à la noirceur en plein hiver ou qu’un développeur informatique faisait quotidiennement l’aller-retour Longueuil-centre-ville à la course hiver comme été, je pouvais bien me rendre au métro en courant une fois par semaine avant d’aller travailler, non ?  Et tant qu’à faire, pourquoi pas deux fois ?  😉

En fait, je ne crois pas être dérangé. Différent ?  Oui, peut-être. Mais à regarder autour de moi, on dirait bien que je ne suis pas seul…  🙂

 

Il n’y a pas que le hockey dans la vie

Cette phrase désormais célèbre a été prononcée par Stéphane Richer, alors qu’il s’adressait aux journalistes durant son deuxième séjour avec le Canadien de Montréal. À l’époque, il avait été tourné en ridicule par la presse et les partisans. Dans ce temps-là, j’étais encore amateur de hockey et bien que je comprenais un peu ce qu’il voulait dire, je faisais partie de ceux qui pensaient qu’au salaire qu’il était payé, il devait au moins fournir les efforts en conséquence.

Aujourd’hui, cette phrase prend un tout autre sens. Avec les années, je me suis assoupli, j’ai compris bien des choses. L’argent, ce n’est pas tout. Et hier, en regardant le deuxième volet de la fabuleuse série documentaire Ma vie après le sport, j’ai eu honte d’avoir jugé Stéphane Richer jadis.

Nous ne le savions pas à l’époque, mais il vivait une grande détresse. Victime de dépression (non diagnostiquée, bien évidemment, car tout le monde le sait, les joueurs de hockey, ce sont des toughs), il n’était pas bien dans sa peau. Il jouait un rôle: celui de la vedette, du gars à qui tout réussit. Mais il était malheureux. Tellement malheureux qu’après une deuxième conquête de la coupe Stanley en carrière, tout au long de la route le ramenant du New Jersey vers la maison familiale, le grand Stéphane a pleuré au volant de sa Porsche. Il aurait dû vivre l’euphorie de la victoire, mais non. Rien. Il a même dû résister à la tentation de mettre fin à tout ça, là, sur le champ.

J’ai été troublé de le voir déballer le tout, sans la moindre censure, les yeux dans l’eau, avec une candeur rafraîchissante. Puis je me suis mis à penser à ce que j’avais fait le soir même. Après le boulot, comme Joan m’avait dit que la route vers la rive sud était tout à fait praticable (merci au ciel pour ce si beau redoux !), j’avais décidé de retourner à la gare de St-Lambert au pas de course. En approchant du pont de la Concorde, je me suis retourné, au cas où je le verrais à ma poursuite. Au loin, un coureur s’en venait dans ma direction. Je me suis dit que si c’était Joan, même en accélérant, je ne pourrais le distancer.

Je suis parti à toute vapeur et suis arrivé à l’île Ste-Hélène à bout de souffle. Je me suis retourné et effectivement, je n’avais pas réussi à prendre la moindre avance significative sur mon poursuivant. C’était certainement lui, alors je l’ai attendu pour lui dire un petit bonjour. Il est arrivé, tout sourire. Nous avons bavardé un peu, juste heureux d’être là, au-dessus du fleuve, à faire ce que l’on aime: courir. Puis nous sommes repartis, lui direction du pont, moi direction île Notre-Dame. Sur le circuit Gilles-Villeneuve, je me suis amusé à éviter les endroits glacés, à courir dans les flaques d’eau, à salir mon linge. Comme un enfant.

Le trottoir du pont Jacques-Cartier était fort bien praticable, mais ça a été assez compliqué pour moi et ma souplesse légendaire (qui se situe à mi-chemin entre celle du manche de hache et celle de l’enclume) de passer par-dessus la barrière située en bas des marches nous menant à la rive-sud. J’étais perché sur ladite barrière, me demandant comment j’allais réussir à descendre sans me péter la marboulette et je riais. Non mais qu’est-ce que je foutais là ?  Tu vas bientôt avoir 44 ans vieux con, tu as passé l’âge de ces acrobaties-là depuis longtemps…

Ce que je faisais ?  Je m’amusais. Contrairement à Stéphane Richer qui a encore aujourd’hui des relents du passé et pour qui même les matchs des anciens sont parfois difficiles tellement ils lui rappellent de mauvais souvenirs. Dans ses yeux et sa voix, on lisait une émotion: le regret. Le regret de ne pas avoir eu une vie normale, de ne pas avoir fait ce qu’il aimait. Est-ce qu’il aimait jouer au hockey ?  Ce n’est pas clair. Mais il détestait royalement l’attention qu’il recevait et ne pouvait plus vivre avec. Sauf qu’il n’avait pas le choix, il ne savait pas faire autre chose. Dans sa jeunesse, tout était hockey, hockey, hockey…

Je m’adresse donc ici aux parents. Je devine bien que ceux concernés ne sont pas du genre à lire un blogue sur la course, mais bon… Je vous dis donc ceci: c’est évident que vous voulez le bien de vos enfants, mais plus que tout, soyez attentifs à eux. Le langage non-verbal, ça parle beaucoup plus que les mots. Ils auront beau avoir tout le talent du monde, s’ils n’aiment pas ce qu’ils font, ils vont être malheureux. Et rien, surtout pas l’argent, ne changera quoi que ce soit à ça.

Hier, j’en ai eu la confirmation. Qui est le mieux dans sa peau ?  Les deux zigotos qui sortaient de la ville à la course ou le millionnaire qui avait des trémolos dans la voix ?

Ça fait du bien !

Un redoux accompagné de pluie était prévu. J’étais heureux comme un enfant la veille de Noël: j’allais enfin pouvoir courir sur l’asphalte !  Erreur: la merveilleuse version verglaçante de la pluie était tombée une partie de la nuit, transformant les rues en véritables patinoires.

Je me suis quand même essayé, au cas où. Par bonheur, des abrasifs avaient été épandus à certains endroits, dont sur la piste cyclable longeant le fleuve. J’ai donc pu m’en donner à cœur joie, malgré la quantité infinie de mares d’eau qui me forçaient souvent à l’arrêt. Mais entre deux lacs, j’y allais à fond. Ok, j’en ai définitivement perdu côté vitesse, mais Bon Dieu que ça fait du bien !

On en profite pendant que ça passe…