80k UT Harricana: le premier marathon

Départ à ravito Geai bleu (8k)

L’obscurité est encore totale quand le départ est donné au son des hurlements. Car il semblerait que nous sommes une meute de loups, alors certains s’en donnent à cœur joie. Pour ma part, je n’ai jamais ressenti (ni même compris) ce besoin de faire monter l’adrénaline en début de course. Ce n’est pas un 100 mètres qui nous attend, c’est 800 fois plus !  Je considère que j’aurai besoin de chaque once d’énergie pour ce long périple. Mais bon, à chacun sa façon de faire, n’est-ce pas ?

Après une centaine de mètres dans le stationnement, nous nous engouffrons dans des sentiers de type « SÉPAQ » : le revêtement est en petit gravier et ils sont assez larges pour accommoder 2 ou 3 personnes. Ça me fait énormément penser au Mont St-Bruno. C’est donc roulant à souhait, mais avec la foule, le rythme est relativement lent. Ça fait bien mon affaire, je ne voulais pas partir trop vite de toute façon.

Cette cadence me donne l’occasion d’admirer la beauté du moment : 300 personnes qui courent ensemble dans la nature, leurs pas guidés par la seule lumière des lampes frontales. Ce que j’aimerais prendre un instantané… si j’avais le moindre talent et/ou intérêt pour la photographie. Autre beauté : la rivière, juste à côté. Je ne peux pas la voir, mais je l’entends. Dans la pénombre, je distingue la vallée, rien d’autre. Je laisse aller mon imagination et « admire » ce paysage pourtant invisible.

J’aperçois un premier panneau kilométrique : il en reste 62 avant l’arrivée… de la course de 65 kilomètres (qui en fait 64, en réalité) !  Après une belle descente, nous traversons la rivière, ce qui annonce une première montée. J’avais prévu marcher toutes les parties ascendantes, mais comme tout le monde court, je fais de même tout en prenant soin de demeurer bien « en dedans ». Je rejoins une fille qui est à bout de souffle. Vraiment, mais vraiment pas une bonne idée de se mettre dans cet état si tôt dans la course. Sait-elle seulement qu’il lui reste presque un marathon et demi à faire avant de terminer ?

Après l’obstacle, le peloton s’est étiré et je peux courir plus librement. Autour du 6e bip de ma Garmin, j’avale un premier gel. En effet, j’ai décidé de faire un essai aujourd’hui: un gel à toutes les 30 minutes pour voir où ça va me mener. Si Hal Koerner et Pat le font, pourquoi pas moi ?  Ok, je vous entends d’ici: ce n’est pas une bonne idée de tester de nouvelles affaires en compétition, et patati et patata… Ben j’ai décidé de prendre la chance, au risque de me planter. Ce n’est tout de même pas la première fois que je prends des gels. Je ne fais qu’augmenter la fréquence, c’est tout.

Côté température, mon choix de vêtements semble avoir été le bon. Mon corps s’est réchauffé rapidement, au point où je dois enlever mes gants. Mais quoi faire avec ? J’ai les poches pleines, plus un centimètre cube d’espace dans ma veste. Bon ben, à la guerre comme à la guerre, ils termineront le voyage dans mes shorts !  Je n’envisage pas les prêter à quelqu’un d’autre de toute façon, pas vrai ?

Au ravito, il n’y a que de l’eau de disponible. Et l’eau est froide en tab… !!! Que voulez-vous, elle est à la température de la pièce…  Mettons qu’on la sent très bien passer à travers les différents boyaux, un peu comme une lampée de gin à cochon. Pas tellement agréable.

Ravito Geai bleu (8k) à ravito Coyota Honda (28k)

Rapidement, on entre dans le vif du sujet : du technique, du vrai. Le sentier est étroit, le sol pas vraiment (et parfois, vraiment pas) dégagé, des racines, des roches, de la boue, des changements de direction brusques et fréquents, alouette. Je me retrouve derrière deux gars qui avancent à un rythme que je trouve convenable, parfait pour mes limitations dans le domaine.

Sauf que je sens assez vite un souffle dans mon cou. Toujours courtois, j’offre le passage. Erreur ! Une longue filée de monde passe, au moins 15 à 20 concurrents. Bout de viarge, ne venez pas me faire croire que tout ce monde-là est plus rapide que moi !  Je décide de m’insérer au travers la lignée. Non mais, il y a des limites !  À être trop gentil, on finit par passer pour niaiseux !

Le pire, c’est que ça ne leur a absolument rien donné : ça n’avance plus. On se suit tous à la queue-leu-leu, lentement. Trop lentement. « Vous devrez vous armer de patience » qu’ils disaient. Ouais ouais, facile à dire. Je suis tenté de me mettre à dépasser du monde, mais ça ne donnerait finalement pas grand-chose. Peut-être si ça se met à monter pour de vrai…

Justement, une petite montée qui se pointe. Et qu’est-ce que le gars qui est 4-5 positions devant moi fait ? Il sort ses bâtons de marche !  Pardon ?  Ici, pour cette petit côte de moumoune-là, il pense avoir besoin de ses bâtons ?  Il va faire quoi en arrivant au mont Grand-Fonds ?  Prendre le chair-lift ?  On n’est pas dans les Alpes, bout de sacrament !

Comme vous pouvez le constater, je ne me suis pas tellement bien armé côté patience. Déjà que ça n’avance pas à mon goût, ce gars-là va réussir à nous ralentir encore plus tout en élargissant l’espace qu’il prend pour se déplacer, réussissant l’exploit de rendre les dépassements encore plus difficiles. Bravo champion !

Je finis par trouver une faille et le laisser derrière… pour me retrouver encore une fois dans le derrière d’une longue filée. Grrrr ! Le coupable ?  Un autre zigoto avec ses bâtons de marche. Je me demande même pourquoi l’organisation les permet. Ils sont interdits à l’Ultimate XC de St-Donat, ils devraient l’être encore plus ici, le parcours étant plus facile côté. En plus, non seulement ses bâtons retardent le gars en question, mais il est également chaussé de souliers de route. Décidément…

Je grogne intérieurement. On ne devrait pas partir en ensemble, les courses de 65 et 80 kilomètres. 300 personnes en même temps sur ce minuscule single track, c’est une mauvaise idée. Ou à tout le moins, il faudrait mettre une sérieuse emphase sur l’étiquette à adopter en sentiers : quand un ou des coureurs plus rapides suivent de près depuis un bout et que c’est dégagé devant soi, on laisse le passage. Le gars devant ne semble même pas se rendre compte qu’il nous bloque. Et comme pour ajouter une couche à ma frustration, le rythme ralenti a fait baisser la température de mon corps et je commence à avoir froid. Non mais, est-ce que ça va avancer un jour ?!?

Un gars finit par en avoir ras le pompon et se met à shifter tout le monde. Je décide de le suivre à la trace. Une fois le retardataire-aux-bâtons dépassé, le champ est libre devant. Ha… Celui qui s’est impatienté demande à son partner s’il le suit. Heu non, c’est moi qui te suis. Le partner en question étant derrière moi, je le laisse passer pour constater… qu’il s’agit de mon sympathique voisin !  Hé oui, je retrouve les deux gars à qui j’ai donné un lift plus tôt. Le monde est petit, il n’y a pas à dire.

Rapidement, nous formons un petit groupe de 5 ou 6 et tout aussi rapidement, je me fais larguer. Ha, moi et mes aptitudes techniques ! J’ai beau les avoir travaillées dans le sentier Rock Garden près de Whiteface, ledit sentier ne faisait que 800 mètres de long. Ici, j’en aurai pour presque 20 kilomètres… Les seuls moments où je rejoins du monde, c’est quand ils s’arrêtent pour se prendre en photo devant un des nombreux magnifiques paysages que nous avons l’occasion de croiser en cours de route, paysages que le soleil levé depuis peu nous permet enfin de voir.

Je finis toutefois par reprendre un gars avant d’arriver au relais (20k). On échange quelques mots, sans plus. On joue au yoyo, mais je sens que dès que ça va monter, je vais le perdre derrière. Au relais, je transmets mon admiration et ma gratitude aux bénévoles qui se les gèlent pour nous. L’un d’eux répond qu’il préfère donner de l’eau que se taper ce qu’on se tape. Je sens par contre que l’autre aimerait bien pouvoir en courir un petit bout.

Je croise la pancarte annonçant qu’il reste 42 kilomètres à faire : plus qu’un marathon… avant d’avoir le droit de parcourir 16 autres kilomètres !  Mais ce qui est foutrement bizarre c’est que ça ne m’impressionne pas du tout. Je les prends un à la fois, sans me soucier du reste. J’ai toute la journée devant moi.

J’arrive au ravito avec un plan bien précis en tête : manger un peu et repartir sans niaiser. Comme j’arrive, je remarque que mes voisins quittent les lieux. Je vais devoir travailler pour les rattraper. Mais la course est encore jeune. D’autres sont arrêtés et ne semble vraiment pas pressés de repartir. Autant de gens qui étaient devant moi et repartiront derrière.

Dans mon plan, j’avais oublié un détail : remplir mon réservoir. Heureusement, le bénévole m’y fait penser. Non mais, tu parles d’une erreur de débutant ! Avec une section de 13 kilomètres devant, je n’aurais fort probablement pas eu assez de réserve pour la compléter. La manœuvre s’avère plutôt complexe, avec le GU Brew et tout, mais à deux, on y parvient. Je me demande comment on pourrait faire une course sans ces chers bénévoles…

Après avoir englouti des bananes et un pita, je décolle.

Ravito Coyota Honda (28k) à ravito Castor Info-Comm (41k)

C’est le ventre bien rempli que je commence cette section qui commence par une longue montée. Ha enfin, ça monte ! Une belle occasion pour rattraper du monde et devancer d’éventuels poursuivants. Détail cependant : elle ne monte pas assez à mon goût. Je passe mon temps à me demander si je dois la courir ou la marcher. Ou alterner entre les deux, je ne sais plus.

Je parviens tout de même à rejoindre certains coureurs que je laisse aussitôt sur place. À la fin d’une partie très rocailleuse (on dirait carrément le fond d’un ruisseau asséché), je croise un gars en vélo de montagne qui me dit qu’il ne reste que 4-5 kilomètres avant le prochain ravito. Ben oui Chose !  Je sais qu’il en reste au moins 8, peut-être 10. À vélo, ça ne change peut-être pas grand-chose, mais à pied… T’aurais pas le goût de descendre de ta monture et venir en faire un petit bout avec moi, question de voir s’il ne reste vraiment que 4 ou 5 kilomètres ?

Une fois rendu en haut, je sors du bois et tombe… sur du monde en habit de camouflage !? Ils font quoi, au juste ?  Et pourquoi sont-ils habillés comme ça ?  Pourrait-il s’agir de policiers en moyens de pression ?  En tout cas, sont bien gentils mais je préfère ne pas trop m’attarder. On ne sait jamais… 😉

Arrive un chemin de terre. Large, en descente et très roulant. Ho yeah, on va pouvoir avancer un peu ! Devant moi, ma première cible : une femme. En tâchant de ne pas trop appuyer, je la rejoins. Deuxième cible : une autre coureuse, à une cinquantaine de mètres. J’ai comme l’impression que les deux se suivent sans vraiment se suivre. Toujours est-il que pour éviter de me retrouver au milieu d’une bataille de chattes, je poursuis ma progression. Définitivement que le terrain est à mon avantage.

Sauf que je trouve que ça va peut-être un tantinet trop bien. Je vois passer un kilomètre en 4:42. Trop vite. Bah, ça descendait tout de même un peu… Kilomètre suivant : encore 4:42. Merde, celui-là était ondulé, autant en montée qu’en descente ! Je vais définitivement trop vite, j’ai encore plus d’un marathon qui m’attend devant…

Je décide donc de calquer ma cadence sur celle de deux gars qui me précèdent. Ça fonctionne un certain temps… jusqu’à ce qu’ils s’arrêtent. Deux choix se présentent à moi: faire semblant de pisser juste pour demeurer derrière ou passer devant. Je passe. Après qu’ils aient recommencé à courir, alors que j’ai 20-30 mètres d’avance sur eux, j’entends : « Heille !  Salut voisin !!! ».

Ha ben, ça parle au maudit ! Encore mes voisins, que je n’ai pas reconnus une fois de plus !   « Ça a l’air de bien aller, ton affaire ! ». Je réponds que oui, mais que j’essaie de me retenir. Constatant que le plus silencieux des deux semble en arracher, je préfère ne pas demeurer avec eux et poursuis mon chemin. Trop vite, bien évidemment.

Arrive le buffet. Car c’est comme ça que je décrirais le ravitaillement Castor Info Comm (est-ce que les ravitos sont commandités ? On dirait bien !). Car en plus des traditionnelles patates et bananes, on y retrouve entre autres des œufs, de la soupe et du lait au chocolat et plein d’autres patentes que la bénévole me fait l’éventail. C’est quand elle arrive aux œufs que je l’arrête, citant la tendance de mes intestins à transformer cette denrée en gaz odorant. De toute façon, comme je n’ai jamais fait d’essai à l’entrainement, je préfère demeurer conservateur (je sais, une belle contradiction  par rapport à ce que j’ai dit tantôt).

Pendant que j’engloutis une banane, je jette un œil autour. On dirait presque l’infirmerie d’un champ de bataille. Plusieurs se réchauffent autour du feu, D’autres sont confortablement installés sur des chaises. On constate les dommages causés pas la distance parcourue et surtout celle qui reste à faire. Le psychologique commence à jouer. Malgré moi, mon côté compétitif se réveille. Ces gens-là étaient tous sur place avant que j’arrive et ils repartiront (s’ils repartent) bien après moi. GOTCHA !

Aussitôt, je regrette cette pensée. Car quand on crache en l’air…

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UT Harricana 80k: l’avant-course

Fidèle à la tradition maintenant (presque) établie, voici la première partie du récit de ma dernière course, le 80 km de l’UT Harricana qui s’est déroulé samedi dernier. Aujourd’hui, l’avant-course.

J’arrive au mont Grand-Fonds autour de 17h20 vendredi le 12 septembre. Je veux récupérer mon dossard avant le briefing d’avant-course qui doit débuter à 18h. Dans le stationnement, je sens déjà une certaine fébrilité. En attendant de prendre possession du précieux document, je regarde autour, à la recherche de visages connus. En vain. Il y a bien Patricia, une (ex) blogueuse que je trouvais très drôle à lire, mais on ne se connaît pour ainsi dire pas du tout, même à travers le monde moderne des réseaux sociaux. Il y a aussi Michel, un photographe ultramarathonien… qui prend des photos. Un autre que je « connais » sans connaitre.

Une fois mon dossard en mains, je me dirige à l’étage, bien en avance sur l’heure prévue, bien évidemment. Je tue le temps en lisant les entrevues accordée pas quelques coureurs qu’on retrouve dans un petit livre qu’on nous a remis. Finalement, une fois la petite salle très bien remplie, le briefing peut commencer.

J’écoute distraitement ce qu’on dit en mangeant mes pâtes. Car j’avais prévu le coup : si le briefing devait commencer en retard et s’étirer, je n’avais pas envie de finir par souper à 20h alors que je prévoyais partir du chalet à peine 6 heures plus tard…

En fin de compte, j’apprends deux choses. De un, la course doit se faire en complète semi-autonomie (je sais, attribuer l’adjectif « complète » à « semi-autonomie », ça fait un peu paradoxal). Nous ne pouvons donc en aucun cas nous faire ravitailler autrement que dans les stations d’aide. À ce moment-là, pas question de recevoir quoi que ce soit de la part d’une éventuelle équipe de soutien, même en arrivant au mont Grand-Fonds la première fois après 65 km de course. Et de deux, une course de 125 km sera au programme pour l’an prochain. L’avenir nous dira si j’en ferai partie ou pas. En tout cas, il faudra qu’il y ait au minimum un service de drop bags, car il y a des limites à la « semi-autonomie » !

Instant de panique pendant le petit discours du très sympathique Florent Bouguin, vainqueur l’an passé du 65 km : est-ce que j’ai des épingles pour attacher mon dossard ? J’ignore pourquoi ça me vient à l’idée à ce moment précis, mais je ne dois absolument pas oublier de vérifier ça avant de partir.

Une fois le tout terminé, vérification : effectivement, le sac qu’ils nous ont donné ne contient aucune épingle. De quoi j’aurais eu l’air sans épingles demain, moi ? Après être repassé aux dossards, je croise Pierre à l’extérieur. On placotte un peu. Il fait le 80 km lui aussi. Je m’attends à ce qu’il me prenne environ 30 minutes, même s’il m’avoue avoir pris ça plus relaxe côté entrainement récemment. Ouais ouais, on verra bien !

Samedi matin, 2h15. Je suis prêt à partir. Je vous fais grâce de l’heure à laquelle je me suis levé, mais je vous donne un indice : je suis très lent le « matin ». Alors, pensez à l’heure la plus hâtive que vous pourriez imaginer et ajoutez-y 30 minutes, ça devrait vous donner une bonne idée. Combien d’heures de sommeil vous dites ?  Trois, au gros maximum. Et c’est plus que ce que j’anticipais !

J’attends mes voisins de chalet (en fait, je devrais dire: voisins de cabanons car leur chalet est minuscule) qui feront le 65 km et qui m’ont demandé de leur donner un lift, question d’éviter à la copine de l’un des deux d’avoir à se taper l’aller-retour au mont Grand-Fonds aux petites heures. La pauvre, elle fait le 28 km, son départ est à 10h. Ça aurait été foutrement chiant pour elle d’avoir à aller les reconduire si tôt. J’étais là, juste à côté, et je fais le trajet de toute façon. En plus, ce sont des gens du Saguenay. Comment refuser un service à des gens du Saguenay ?  Sans oublier que la copine en question a un charmant accent français, alors…  🙂

Rendus sur place, le mont Grand-Fonds a été transformé en fourmilière. Les coureurs arrivent, les bénévoles s’affairent avec efficacité dans une belle ambiance relaxe. En passant à côté d’une auto, je remarque qu’elle est couverte de givre. Quand on dit que la température approche le point de congélation… Trimballant une quantité imposante de stock « au cas où », dont ma veste d’hydratation qui a encore coulé dans l’auto (la tab…), je me dirige vers un autobus dont l’entrée est supervisée par une bénévole qui m’appelle en faisant des grands signes. Elle m’accueille avec un large sourire tout en prenant mon numéro avant que j’embarque. Comment peut-on être d’une telle bonne humeur en étant ici à cette heure qu’on ne peut même pas qualifier de matinale ? Il n’y a rien à faire, j’ADORE le monde de la course en sentiers !

Une fois installé dans l’autobus d’un beau jaune spécial écoliers, l’attente commence. Au bout d’un certain temps, des hispanophones arrivent. On nous a parlé de gens de l’Espagne, du Chili et du Mexique hier… Toujours est-il que lorsque vient le moment de partir, la bénévole vient nous donner les dernières instructions et ho surprise, elle le fait en français, en anglais et… en espagnol ! Et bien honnêtement, je n’ai aucune idée laquelle des trois est sa langue maternelle. Ses mots coulent facilement, je ne décèle aucun accent particulier.   Il y a des gens polyglottes à l’est de Québec ? Impressionnant, très impressionnant !

Le convoi se met en branle, dans l’obscurité la plus totale. Dire que ça fait bizarre serait un euphémisme. Est-on vraiment samedi matin ?  Suis-je vraiment dans Charlevoix ? Et surtout, vais-je vraiment courir la plus longue course de ma vie ?

Comme nous passons dans la ville de La Malbaie, quelques coureurs regardent par les fenêtres et surveillent s’il y a de l’activité dans un bar devant lequel nous passons. Merde, c’est vrai: c’est l’heure de fermeture des bars !  La rue Crescent à Montréal et la Grande Allée à Québec doivent regorger de fêtards et/ou de célibataires qui n’ont pas réussi à « accrocher » quelqu’un. À cet instant précis, je me sens carrément sur une autre planète que ces gens-là. Et je préfère 1000 fois être sur la mienne !

À part ce petit passage, c’est généralement silencieux dans l’autobus. J’essaie de dormir un peu, tout en tenant ma veste de façon à ce qu’elle ne coule pas. Pas facile… Je perdrai la carte quelques minutes, tout au plus.

Nous arrivons au parc des Hautes-Gorges. En tout cas, c’est de là que l’organisation nous a dit que la course partira. Je ne connais pas ledit parc, mais je reconnais la signature « Parcs Québec »: les bâtisses et la disposition des lieux (pour ce que je peux en voir), le stationnement. Il semblerait qu’il est fermé jusqu’en 2015 pour rénovations majeures, mais que l’accès y a été autorisé pour la course. S’ils le disent, moi, je fais confiance. En autant qu’il n’y ait pas un gigantesque trou dans les sentiers…

Après avoir bien pris mon temps, je finis par sortir de l’autobus, question de vérifier la température et peut-être voir où je pourrai faire « sortir le méchant ». En arrivant dehors, je constate qu’il fait encore froid, oui, mais il n’y a aucun vent. Rien, niet. Je vais donc prendre le risque de laisser mon coupe-vent dans mon sac et y aller avec un t-shirt, des arm warmers et des gants. Pour ce qui est du bas, ce sera évidemment des shorts, n’ayant même pas envisagé de courir en pantalons.

Après une tournée à la frontale pour voir si je ne pourrais pas trouver une toilette intime cachée à quelque part (ben oui, alors que le parc est fermé, il y aurait une toilette chauffée disponible juste pour toi, du con !), je m’installe dans la file et attends mon tour aux superbes toilettes bleues. Il y a de la musique, je crois reconnaitre Eminem (vraiment pas un expert), mais à part ça… Vous savez, moi, la musique après 1995, je n’y connais pas grand chose…

Quand arrive mon tour, je m’installe pour faire ce que j’ai à faire (n’ayez crainte, je vais vous épargner les détails !) et un morceau tout à fait différent se met à jouer. Je crois le reconnaitre…

« Pousse pousse, pousse, les beaux gros légu-mes; Miam miam miam, c’est bon d’en manger ! »

Non c’est pas vrai !

« Je suis une carotte-rotte-rotte, je pousse sous ter-re; J’aimerais bien qu’un jou-ou-our, on me déter-re ».

J’hallucine !

« Je suis une tomate-mate-mate, je veux être mangée-ée; J’aimerais bien qu’on vien-ne me récolter ».

Ha ben joualvert !  Ce sont vraiment Jacques L’Heureux (alias Passe-Montagne) et feu Pierre Dufresne (alias Fardoche) que j’entends !  Une chanson de Passe-Partout !!!  À 4h30 du matin, alors que je suis en plein milieu de nulle part en train de…  Surréaliste, tout simplement surréaliste… C’est qui le zigoto qui a eu l’idée de génie de programmer Eminem et Passe-Partout ensemble ?

Pour ceux qui seraient curieux, voici le « clip » de ladite chanson.

Vous comprenez mon émotion ?  😉

Je finis par m’extirper de mon état second, terminer mon travail pour ensuite me diriger vers l’autobus le plus près (l’organisation a eu la gentillesse de les garder sur place jusqu’au départ, question de nous tenir au chaud; la grande classe !).

Je procède à une dernière vérification de mon équipement. Ma veste est remplie à capacité (2 litres) de GU Brew à l’orange. Elle contient également une vingtaine de gels, deux gaufres, une petite lampe de poche, un sifflet et un briquet (les deux derniers items étant obligatoires). J’ai laissé faire pour la cloche à ours, me disant qu’à la quantité de monde qu’on est, les gros poilus vont se tenir loin des sentiers. Dans mes poches, deux ziploc de Gu Brew de GU Brew en poudre que je compte utiliser aux ravitos des 28e et 56e kilomètres lorsque je referai le plein en liquide. J’ai également ma frontale, bien sûr, car l’obscurité est encore totale.

Après avoir déposé le sac contenant le reste de mes affaires, j’erre un peu au travers des coureurs et bénévoles, toujours à la recherche de visages connus. Je croise Tomas, un des favoris. Puis Florent. Mais à part ça, personne. Il fait tellement sombre…

On nous annonce le départ dans 5 minutes. La fébrilité se sent, mais pas comme dans un marathon. La course en sentiers, c’est tellement plus relaxe… Personne n’est ici pour « faire un temps ». Ok, nous avons bien des objectifs personnels (par exemple, j’espère 9 heures), mais si on ne les atteint pas, who cares ?

J’allume ma Garmin et elle se met à gosser pour trouver ses satellites. Envoye, espèce de machin à la noix ! En attendant, je m’installe dans le milieu du peloton, me demandant si je suis au bon endroit. Dans un marathon, c’est clair. On sait quel temps on vise, quel temps on « vaut » (et on espère que les deux concordent !). Mais avant un ultra ?  Who knows ?

La foutue Garmin qui gosse encore . Je l’éteins, la rallume. Toujours la même affaire. C’est bien le temps !  J’envisage alors de faire la course sans référence. De toute façon, la cadence en ultra, ça ne veut strictement rien dire. N’empêche qu’au prix que j’ai payé pour ce gugusse-là…

Aux avant-postes, j’aperçois Joan. Et ho surprise, il est non seulement habillé, mais il porte également des gants !  Est-ce qu’il fait assez froid à votre goût ?  Tout juste avant le départ, ma Garmin se réveille enfin. Au-dessus de nous, un petit hélico téléguidé semble nous filmer. En fait, je ne sais pas trop à quoi il pourrait servir s’il ne nous filme pas…

Devant nous, 80 kilomètres de sentiers. J’en connais 28 pour les avoir courus l’an passé. Le reste ?  Je vais le découvrir au cours des prochaines heures. Quelle merveilleuse façon de passer un samedi de septembre… J’ai hâte !

Nouvelles pré-Harricana

L’apparition – Dimanche 24 août, 6 heures du matin. Je venais de faire mon petit pipi d’avant-course dans les toilettes publiques du KOA de Wilmington et me dirigeais vers le lavabo quand il m’est apparu dans le miroir. C’était la première fois que je le voyais d’aussi près, mais on ne pouvait faire autrement que le reconnaître: il portait une camisole de course, des arm warmers, une casquette vissée sur la tête avec la visière orientée vers l’arrière pour laisser place à sa lampe frontale et une veste d’hydratation. C’est là que ça m’a frappé : j’étais vraiment un ultrarunner !

Bon, après le petit tour de réchauffement dans le pet walk du camping (un sentier de 300-400 mètres de long spécialement conçu pour le meilleur ami de l’homme, vraiment chouette), je suis revenu à la roulotte et ai laissé la frontale et les arm warmers sur place, mais quand même…

À ma décharge, je n’avais pas seulement le look. J’avais tout de même un 50 km dans les sentiers du Flume Trail System (avec quelques incartades à Whiteface, juste à côté) au programme. Des sentiers parfois sinueux, techniques, souvent très techniques même. Mon objectif : faire de la distance, bien évidemment, tout en vérifiant mes progrès au niveau habileté quand les roches et les racines commencent à se multiplier.

Premier constat : maudit que c’est gossant courir avec une cloche à ours !  Entendre des « gueling-gueling » pendant des heures, quelle torture !  Pas étonnant que les gros poilus nous laissent le passage quand on les avertit de notre présence avec ça !  Mais à cette heure matinale, je préférais l’endurer que faire une rencontre impromptue.

Deuxième constat : c’était une utopie de vouloir les Jeux olympiques d’hiver à Québec avec un Massif retravaillé (et une arrivée sur le fleuve, quelle bonne blague !). À un moment donné, alors que je courais sur Whiteface, je suis tombé par hasard sur une vieille bâtisse sur laquelle on pouvait lire : « Arrivée des épreuves de descente et de slalom géant des Jeux olympiques de Lake Placid de 1980 ». Hé bien de cet endroit, je ne pouvais ni voir le sommet de la pente… ni sa base !  Ça c’est une montagne !

Troisième constat : ce n’est pas demain la veille que les ultrarunners vont être considérés comme des gens normaux. Vous auriez dû voir le regard ahuri de nos voisins quand ils m’ont vu revenir à notre site autour de 9h – 9h15 pour refaire le plein en liquide. Priceless.

Quatrième constat : le côté course vous dites ?  Je dirais que c’est pas mal mieux pour le technique, mais je suis toujours aussi pourri dans les descentes. C’était moins pire vers la fin du séjour, mais encore là… C’était peut-être que je commençais à connaître lesdites descentes, justement. Par contre, je me sentais bien après la sortie, capable d’en prendre encore. C’est bon signe, parce qu’avec ce qui s’en vient…

Marathon de Boston – Les inscriptions sont ouvertes depuis lundi et moi, gracieuseté de mon New York de l’an passé ET du fait que je serai âgé de 45 ans le jour de la course, j’aurais pu m’inscrire dès hier, dans le groupe de ceux qui ont devancé les standards par 10 minutes et plus.

Mais je ne le ferai pas. J’en ai souvent parlé, j’y reviens encore: après avoir littéralement couru pendant plusieurs années après l’objectif qui était de me qualifier, je me permets maintenant de ne pas y aller. Ça me fait un peu bizarre… Une amie m’a taquiné en me disant que j’en étais maintenant rendu à boycotter Boston. Faudrait pas exagérer, là !  😉

UT Harricana – Un ami (oui oui, j’en ai plus qu’un !) m’a fait remarquer que j’allais me taper l’équivalent de la distance Québec-Montréal en l’espace de deux courses. Vu de même, ça fait un peu peur, pas vrai ?

Mais bon, en ultra comme dans n’importe quoi, une chose à la fois. La première étape, ce sera le 80k de l’UT Harricana samedi. Cette course sera l’équivalente (temporairement du moins) de la plus longue distance que j’ai parcourue à vie et étonnament jusqu’à hier, je n’étais pas nerveux du tout. Je me sentais zen, en contrôle, comme dans les jours précédant le Marathon de Philadelphie en 2012.

Puis hier soir, premiers signes de nervosité (enfin !), à propos d’une chose sur laquelle je n’ai absolument aucun contrôle: la météo. La nuit s’annonce froide, allant de 1 et 6 degrés selon les sites consultés. Ok, pas de problème. On part avec des arm warmers, c’est tout. Et s’il pleuvait à cette température ?  Oups. Coupe-vent ou pas ?  Et si j’enfile le coupe-vent, je ferai quoi avec quelques heures plus tard, quand il fera 13-14 degrés au beau soleil ?  Cette course-là se fera en semi-autonomie, sans possibilité d’avoir une équipe de soutien, alors ce qu’on aura sur nous au départ, on l’aura encore à l’arrivée (quoi que je compte bien garrocher tout surplus au bout de mes bras lors de mon premier passage au mont Grand-Fonds). J’ai envisagé utiliser mon vieux Camelbak, un véritable container, au cas où, mais je me suis dit que non, ce machin-là, c’est trop gros. Ha, si j’étais comme Joan !  Je me demande bien s’il va partir à moitié nu à 1 degré sous la pluie…

Le reste ne m’énerve pas. Avec un départ des autobus vers le départ à 3h du matin, je risque d’avoir quelques problèmes à dormir avant. Et puis après ?  Je vivrai également quelques premières : départ dans le noir à la frontale, aucun ravitaillement solide avant le 28e kilomètre (il y aura des points d’eau aux 8e et 20e kilomètres). Je prends ça comme un ajout à mon expérience. Ça risque de m’être fort utile pour l’avenir, un point c’est tout.

Une réponse au-delà des attentes ! – Je m’en voudrais de ne pas remercier tous ceux et celles qui ont contribué à ma levée de fonds pour le Bromont Ultra. Nous les coureurs ne recevons les rapports de dons qu’une fois par semaine, mais déjà, quand j’ai vu mon nom apparaître dans la liste des leaders dans ce domaine la semaine dernière, j’ai été estomaqué.

Alors un gros, gros merci à tous. Vous allez être ma motivation durant ce défi. Je vais penser à vous quand ça ira mal. Pour la première fois, je ne courrai pas seulement pour moi, mais aussi pour vous qui croyez en moi. Je vais faire tout en mon possible pour ne pas vous décevoir.

Ha, la zone de confort !

Ça a commencé quand j’étais tout jeune. Pour financer une partie de ma saison de baseball, je devais vendre des barres de chocolat. Sauf qu’il y avait un problème: j’étais beaucoup trop timide pour aborder les gens et les solliciter. Même les voisins que je connaissais bien. J’avais un blocage, j’en étais tout simplement incapable. Mon meilleur ami, pourtant pas un peddler de nature, a vendu ses 15 barres en un rien de temps. Moi, j’ai réussi à en vendre 5: 2 à ma grand-mère… et 3 à mes parents. Et vous savez la meilleure ?  Mon père  était pourtant le coach de l’équipe !  Mais il ne m’en a jamais tenu rigueur et ne m’ a jamais mis de pression.

Deux ans plus tard, mon paternel ayant quitté ses fonctions de coach, je me suis retrouvé à être dirigé par d’autres. Des inconnus, ou presque. Cette fois-là, je n’avais rien à vendre, je devais plutôt aller « chercher des commandites ». Pour ce faire, je devais enfiler mon uniforme et ni plus ni moins aller quêter de l’argent dans le voisinage. Une véritable torture.

J’ai toujours été un enfant docile. Travaillant à l’école, toujours à son affaire, jamais un mot plus haut qu’un autre. Alors quand l’assistant-entraineur m’a fait la morale en réaction à la maigre pitance que j’avais amassée, je n’ai absolument rien dit. Je me suis refermé et tout ce que j’entendais était un gros « Bla bla bla… ». J’étais prêt à jouer sur le banc plutôt que me mettre à aller faire de la sollicitation. C’était à ce point-là. (Pour la petite histoire, j’ai gardé mon poste au premier but :-))

Ça s’est poursuivi au secondaire. Billets à vendre pour l’album des finissants ?  Niet. Quand il a vu les résultats de mes « ventes », un de mes camarades de classe qui était membre du comité de financement de l’album m’a demandé sur un ton agressif: « En veux-tu un, un album ?!? ». Ma réponse: « Non. »  Son visage a dû allonger de 3 pouces. « Tu ne veux pas d’album ? ». « Non. »

De un, je ne voyais pas pourquoi on avait un album des finissants car il me restait le Cégep et l’Université à faire avant de me lancer sur le marché du travail, alors la fin du secondaire, ce n’était pas différent de la fin du primaire pour moi. Et de deux, s’il fallait que je fasse de la sollicitation, je préférais de loin ne pas en faire et ne pas avoir d’album-souvenir. Un prof a bien essayé de me piquer en me disant que si je continuais comme ça, j’allais vivre aux crochets de la société, à dépendre des autres, vivre sur l’aide sociale, etc. Rien à faire.

À l’université ?  Même chose. J’ai préféré payer le plein prix pour l’album et le bal plutôt qu’essayer de vendre des billets de tirage.

Où je veux en venir ?  Bien voilà. En début de saison, une de mes amies m’a défié de sortir de ma zone de confort et de faire un 5 km. Un « vrai » 5 km là, à pleine vitesse avec les poumons qui veulent sortir. Mes lecteurs le savent, j’ai une peur bleue des 5 km. À la limite, un 10 km, mais un 5 ?  Non, non et non. C’est trop dur, je n’ai pas le guts d’essayer ça.

Par contre, j’ai trouvé une autre façon de sortir de ma zone de confort. L’inscription du Bromont Ultra se fait en deux parties. Au départ, on paie des frais d’inscription classiques, 160$ dans mon cas. Mais chaque participant doit également procéder à une levée de fonds d’un montant minimum égal à ses frais d’inscription.

J’aurais pu payer de ma poche les 160$ supplémentaires et passer à un autre appel. Mais bon, j’ai décidé de prendre mon courage à deux mains et solliciter votre générosité, chers lecteurs. Les causes qui profiteront de l’argent ainsi amassé sont les suivantes:

– Fondation québécoise de la maladie coeliaque (pour envoyer des jeunes moins fortunés à un camp d’été)
– Biyo-H2o (construction de puits en Somaliland)
– SLA (au lieu de me verser un seau d’eau glacée sur la tête, je vais me taper 160 km à pied  ;-))
– ROTH (construction d’école pour jeunes filles Massai – MWEDO en Tanzanie) – phase 3
– Société canadienne de la Sclérose en plaques (une pensée pour mon amie Maryse ici)
– Corridor appalachien

Pour contribuer, il suffit de cliquer ici et d’emplir le petit formulaire de don. Pour ceux qui l’ignoreraient, le nom de la personne qui se cache derrière « Le dernier kilomètre » est Frédéric Giguère. Alors si vous vous demandez quel coureur appuyer…  🙂

Je vous remercie énormément à l’avance pour votre don… et aussi de m’aider à sortir de ma zone de confort !