Courses anglaises: le Devon

« C’est le paradis ici… »

Après quatre journées de temps radieux dans la capitale, nous avons eu droit à quelques gouttes de pluie pour nous rendre dans le Devon. Pas les conditions idéales pour « apprendre » à conduire du côté gauche de la route, mais bon, fallait faire avec…

Un arrêt « obligé » à Stonehenge nous ayant retardé, nous sommes arrivés autour de 18h30 chez Tina, notre hôtesse (il me semble que ça fait bizarre d’utiliser ce mot comme traduction de host…) pour les 4 jours suivants. Tout sourire, elle nous attendait dans sa véranda et avant même d’avoir échangé 2-3 phrases, elle nous avait offert une tasse de thé. Nous avons dû décliner, lui expliquant qu’il était déjà tard, que nous n’avions rien à manger, que nous devions trouver quelque chose pour le souper et le déjeuner du lendemain, et vu que c’était dimanche, ce serait compliqué, etc.

En moins de deux, elle nous avait réservé une place au pub du village (il y avait un pub ici et ça prenait une réservation ?!?) et ajoutait qu’elle nous avait laissé de quoi déjeuner dans le frigo. L’accueil royal.

Le lendemain matin, je revenais de ma course quand Barbara m’a posé la question : « Pis, comment c’était ? ». Définitivement, c’était le paradis et jamais je ne voudrais repartir…

Après le bruit de la cité, le contraste a été saisissant. Personne autour, pas le moindre son.  À la place des grands boulevards où filaient à vive allure des milliers de véhicules et des trottoirs encombrés de touristes et de gens pressés, mon terrain de jeu était constitué d’enchainements de chemins étroits, (très) ondulés et bordés de haies. De l’autre côté desdites haies, des moutons et des vaches broutant nonchalamment. Des humains ?  Pas vu beaucoup.

Les chemins étaient tellement étroits que deux véhicules ne pouvaient pas s’y croiser. En fait, même à pied je devais m’engouffrer dans les haies lorsque je rencontrais une rare automobile sur mon trajet. Ce qui faisait que j’étais dans l’obligation de ralentir mes ardeurs dans les descentes, de peur de faire un face à face à la moindre courbe. À pied. Faut le faire, quand même !

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Quand je dis que les chemins étaient étroits, je n’exagérais pas. Et non, ce n’était ni un sens unique, ni une piste cyclable !

Mon premier objectif : aller voir de quoi avaient l’air le pub et le village. Car je ne comprenais pas comment on pouvait exploiter un établissement de ce type dans ce qui me semblait être un endroit minuscule. Mais comme je l’avais vu de nuit, je me disais que peut-être que…

Hé bien, je ne comprends toujours pas !  Dalwood est vraiment microscopique: tout au plus 20-25 maisons constituent le village. Il y a bien une école primaire, mais je ne vois pas d’où peuvent bien provenir les enfants qui la fréquentent. Quant au magasin général, la personne qui y travaille doit souvent trouver le temps long. Et le pub, vous me demandez ?  Toujours la même incompréhension, mais honnêtement, si un jour vous passez dans le coin, payez-vous une visite chez Tucker’s Arms, vous ne le regretterez pas !

Ensuite, je me suis mis à enfiler les montées et les descentes, y allant selon mon instinct. C’était l’endroit idéal et la température parfaite pour courir, les vallons verdoyants de la campagne et le léger brouillard matinal au-dessus du ruisseau offrant à mes yeux émerveillés un paysage que je n’oublierai jamais.

Chemin faisant, j’ai eu une illumination. Pendant longtemps, je me suis demandé pourquoi les Britanniques produisaient autant de coureurs de haut niveau. Dans mon jeune temps, il y avait Coe, Ovett, Cram, les spécialistes du demi-fond. Il y avait aussi Steve Jones, qui a été recordman du monde sur marathon. Et plus récemment, que dire de la légendaire Paula Radcliffe ou de Mo Farah ?  Sans oublier tous ceux qui les ont précédés…

Hé bien, j’avais peut-être un élément de réponse là, juste devant moi : et si les campagnes étaient toutes comme celle-là dans ce merveilleux coin du monde ?  Cet environnement ne demandait qu’une chose : être parcouru dans tous ses sens à la course. Je n’étais tout de même pas pour me gêner…

Ceci dit, il faut croire que les coureurs ne sont pas légion dans le coin car au détour d’une courbe,  j’ai été accueilli par un chien berger qui semblait plus surpris que fâché de me voir apparaître. Mais bon, contrairement à ce qui se passerait en ville, je ne pouvais pas vraiment m’offusquer du fait qu’il soit laissé libre parce qu’après tout, ça faisait partie de sa « description de tâche » qui est, ne l’oublions pas, de garder des moutons. Ce qu’il semblait faire plutôt bien d’ailleurs.

Mais comme il n’y a pas un chien sur cette terre qui me fasse peur si je suis seul à seul avec lui (c’est un tantinet différent quand Charlotte est avec moi), j’ai entamé les pourparlers comme tout bon négociateur : en observant le non-verbal de mon interlocuteur. De toute façon, je me doutais bien que le verbal ne m’apprendrait pas grand-chose, alors… On a fini par s’entendre sur le fait que je rebrousserais chemin (comme je prévoyais le faire incessamment) et que lui, retournerait (dans les deux sens) à ses moutons. Ha, quand on sait se parler…

Parlant des moutons, disons qu’ils ont peut-être été le seul élément « négatif » de cette sortie dans le Devon. Pas qu’ils aient été dérangeants, bien au contraire, et j’avoue que j’aimais bien voir leur face en point d’interrogation quand je passais tout près. Sauf que bon, ces pacifiques bestiaux n’ont pas l’habitude de garder leurs « surplus » pour eux quand ils utilisent nos routes pour changer d’endroit où mâchouiller leur foin, alors… Ce qui fait que j’en ai été quitte pour une bonne séance de décrottage (c’est le cas de le dire !) de mes GORun Ultra R après mon arrivée.

Mais ça en valait largement la peine. Sauf que lors des deux sorties subséquentes, j’ai tout de même pris bien soin d’éviter les secteurs plus à risques.

Quand nous avons quitté, le coeur gros à l’idée qu’on ne verrait peut-être plus jamais une hôtesse qui était presque devenue une amie, je me consolais un peu en pensant à Bath, la plus belle ville d’Angleterre, qui serait ma prochaine découverte.

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Courses anglaises: à la découverte de Londres

Ce qu’on peut être naïf parfois…

Mes petites courses « touristiques » au petit matin à Rome et à Florence m’ayant laissé des souvenirs impérissables, j’envisageais les deux sorties que j’avais prévu faire à Londres de la même manière, soit comme d’excellentes occasions pour découvrir les différents attraits de la grande cité alors qu’elle n’est pas encore tout à fait réveillée.

À mon programme : le Big Ben, l’abbaye de Westminster, le célèbre Tower Bridge, un petit bout le long de la Tamise, Hyde Park, Abbey Road (en fait, c’était plutôt la fameuse intersection que je voulais voir, mais bon, ça, vous l’aurez deviné !). Et l’amateur de sports en moi voulait voir de ses yeux le mythique Wembley Stadium, Wimbledon et le tout nouveau parc olympique. En deux sorties, ça se ferait facilement, non ?

J’ai commencé à mettre en doute mes « ambitions » dès les premières heures qui ont suivi notre arrivée dans la capitale britannique. Mes doutes se sont confirmés lorsque j’ai pris connaissance des parcours qu’Edward, notre hôte Airbnb et marathonien (il descend régulièrement sous les 3 heures, ouch !), m’avait suggérés: Londres, c’est une très, très grande ville.

Pour vous donner une idée, Wimbledon était situé à 11 kilomètres alors que le parc olympique se trouvait également à 11 kilomètres… complètement à l’opposé !  Wembley ?  À 18 pleins kilomètres, dans une autre direction. Tout ça en passant par des petites rues, dans une ville que je ne connaissais pas une seconde et où, contrairement à Rome, les points de repères ne sont pas légion.

Et comme je ne voulais pas « passer la journée là-dessus » comme on dit, il n’était pas question de revenir à mon point de départ en transport en commun si je m’éloignais le moindrement car nous avions constaté que ça impliquerait des délais non-négligeables, notre appart étant situé légèrement en dehors du centre.

Bref, quand je me suis élancé par ce beau vendredi matin ensoleillé (de la pluie en Angleterre, ah oui ?), mon plan était simple : me rendre au Tower Bridge, le traverser pour ensuite rejoindre le Vauxhall Bridge en longeant la Tamise, puis revenir au domicile temporaire en tâchant de ne pas me perdre. Car, tant qu’à jouer avec le feu, j’avais décidé de ne pas prendre ma Suunto avec moi, question de pleinement savourer ma course. Donc, pas d’option « retour à la maison ». Je me disais qu’une carte de la ville ferait l’affaire.

Premier constat : Londres se réveille tôt !  Bon, mis à part notre voisin de palier qui est sorti les cheveux en bataille parce que ma douce et moi faisions un tantinet trop de bruit en faisant nos essais et (nombreuses) erreurs sur le fonctionnement de la serrure. « Mate, what’s wrong with the door ?!? ». Sont compliquées, vos maudites serrures, mate ! Chez nous, tu fais un demi-tour dans un sens et c’est barré. Dans l’autre sens, c’est débarré. Point final. Mais ici… Un tour, deux tours, c’est à moitié barré, c’est aux trois quarts barré, ha… De toute façon, tu n’es pas supposé être déjà debout, à 6h30 un vendredi matin, mate ?  Te serais-tu attardé trop longtemps au pub hier soir, mate ?

Ok, direction Burgess Park. Hou la la, y’a déjà du monde dans les rues et sur les trottoirs. Pas encore la folie, mais assez pour devoir zigzaguer. Et les véhicules qui roulent dans le mauvais sens… On a beau essayer de se conditionner, l’instinct finit toujours par reprendre le dessus et on regarde du mauvais côté avant de traverser. Résultat : je passe à un cheveu de me faire renverser par une rutilante BMW. BMW dont le conducteur, avec sa politesse toute britannique, ne me fait aucun reproche, ni même le moindre geste d’impatience. J’imagine la volée de bois vert que j’aurais reçue en pareilles circonstances en Italie… J’adore les Anglais.

Je parviens à trouver le parc en ne me trompant qu’à une ou deux reprises. Parce que, hé non, ce n’est pas évident de s’orienter dans un endroit qu’on ne connait que dalle et où les indications des noms de rues/boulevards semblent affichées d’une manière aléatoire. On arrive à un carrefour, on s’attend à y voir le nom de la rue qu’on croise, non ?  Hé bien, ça n’a pas l’air de marcher de même par ici. Sans oublier que la configuration des différentes artères se rapproche plus du fouillis que du « quadrillage » qu’on retrouve à Montréal ou à New York.

Toujours est-il que la traversée de Burgess Park fait du bien. Pas qu’il soit tellement joli, mais être seul à fouler le large sentier bordé de pelouse, c’est plutôt plaisant. Rendu au bout, je sais que je dois prendre la gauche jusqu’à un carrefour giratoire (un carrefour giratoire, en Europe ? Non !!!  ;-)), puis prendre la droite sur Tower Bridge Road. Facile.

Ben oui. Encore des indications quelconques. Non mais, comment ils font, les Anglais, pour se retrouver ?  Ont-ils tous des GPS ? Ou peut-être qu’apprendre toutes les rues fait partie des critères d’entrée à l’école secondaire ?  Je ne sais pas trop. Enfin…

Toujours est-il que je finis par trouver le foutu carrefour giratoire et, après vérification et contre-vérification, me retrouve sur Tower Bridge Road.

Ouais, c’est foutrement laid ici, et c’est comme ça depuis que j’ai quitté le parc. Vivement le pont et la Tamise, qu’on se change les idées un peu.

Puis, pouf, comme sorti de nulle part, le fameux pont me saute en pleine figure. Un sourire me fend le visage, je me sens comme un enfant le matin de Noël. Wow !  Ça y est, dans quelques minutes, je vais traverser à la course cet emblème d’une des plus grandes villes du monde.

Une fois rendu sur le pont, je m’arrête à deux reprises pour admirer sa structure ainsi que la vue en général. Re-wow !  Non mais, est-ce que je suis chanceux ou je ne le suis pas ?

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Sur le fameux Tower Bridge… habillé en touriste cette fois. 🙂

Bon ok, je suis tout de même là pour courir. Je traverse donc du côté nord et après avoir contourné le château London Tower (qu’il faut absolument visiter, c’est un incontournable), joins tant bien que mal le chemin piétonnier qui longe la Tamise. Prochaine étape : Big Ben et l’abbaye de Westminster. Car, contrairement à ce que les images qu’on voit à la télé nous laissent parfois croire, Big Ben n’est pas collé sur le Tower Bridge, bien au contraire.  En fait, il y a presque 5 kilomètres qui séparent ces deux monuments de la capitale britannique. Oui, 5 kilomètres ! Quand je dis que Londres, c’est grand…

Ces 5 kilomètres, je les fais le sourire aux lèvres, alternant mon regard entre la rive sud de l’autre côté et la ville qui grouille déjà tout près de moi. Quand je commence à apercevoir London Eye, je sais que je m’approche.

Une fois rendu, je ne m’attarde pas trop, ayant déjà vu amplement ces deux « attractions » la veille, et poursuis mon chemin pour entamer la dernière portion de mon périple via le Vauxhall Bridge. Comme tous les « autres » ponts permettant d’enjamber le fleuve, il est moins spectaculaire que son célèbre acolyte, mais en plus d’être très joli, il est bien aménagé, autant pour les autos que les vélos ou les piétons. Ça fait la job, comme on dit.

Puis, après m’être reperdu, puis retrouvé (et pourtant, c’est tout proche), j’arrive à l’Oval, un stade planté en plein milieu de ce qui me semble être un quartier résidentiel. Drôle d’endroit pour construire une telle structure. Mais c’est un stade de quoi, au juste ?  De foot ?  Après tout, il doit bien y avoir 4 ou 5 équipes de la région londonienne dans la Premier League, il faut bien qu’elles jouent à quelque part… À moins que ce soit pour du rugby ?

Hé non, c’est un stade de… cricket !  Vrai que c’est un sport populaire ici, mais c’est bizarre, je ne m’imaginais pas qu’il y avait des stades juste pour ça…

C’est en me faufilant à travers les plus en plus nombreux passants que je reviens à notre appart, non sans avoir vérifié à 2 reprises si j’étais toujours sur le bon chemin. Voilà, j’ai couru à Londres. Plus tard, une carte Google me permettra d’estimer la longueur de ma sortie à une quinzaine de kilomètres.

Le lendemain, je referai le même trajet, mais en sens inverse et en passant cette fois par le côté sud de la Tamise. Moins bucolique, plus commercial (les alentours de London Eye sont très américanisés, ça fait presque penser à Niagara Falls), cette sortie me permettra d’admirer le côté nord avec un peu plus de perspective.

Prochaine découverte : la campagne anglaise.

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Ce n’est pas à la course que j’aurai traversé Abbey Road…