Mes impressions

Petit bilan statistique personnel pour commencer.

Temps officiel: 3:06:10

Ça me donne le 576e rang sur 11635 participants.

Je termine 68e sur 979 dans ma catégorie, les hommes entre 40 et 44 ans.

Et un beau bonus: un deuxième negative split d’affilée. En effet, un deuxième demi plus rapide (1:32:44) que le premier (1:33:26). Pas mal, hein ? 😉  Ha oui, autre bonus: une qualification pour Boston en 2014. Bon, je ne penserais pas y aller, mais ça fait tout de même plaisir. 🙂

Bon, comme c’est maintenant devenu une tradition, je vous offre ce soir, chers lecteurs, mes impressions sur le Marathon de Philadelphie.

Parlons d’abord de tout ce qu’une telle course implique pour le coureur moyen. En premier lieu, l’accessibilité. Pour les gens qui habitent le Québec, se rendre sur place implique forcément un investissement de temps non négligeable. De notre petite banlieue de la rive sud de Montréal jusqu’à Philadelphie, on doit compter 700 kilomètres. Malgré le fait que le tout se fasse à 90% sur des autoroutes (et Dieu sait à quel point les autoroutes américaines sont agréables), on ne peut pas tellement s’en sortir en moins de 8 heures de déplacement. Comme il y a peu de vols directs entre les deux villes, nous n’avons pas vraiment considéré l’avion comme option. De plus, avec les délais impliqués (sécurité, douanes, taxis, etc.) pour se rendre, nous n’aurions pas sauvé beaucoup de temps en bout de ligne, sans compter des dépenses qui auraient été accrues considérablement.

Côté logement, Philadelphie offre un très large éventail d’hôtels. Il y en a beaucoup dans la ville et les principaux ont la particularité très appréciée d’être situés tout près du départ. Donc, aucun transport/stationnement/délai à prévoir avant la course. Un souci de moins. De plus, je ne sais pas si c’était le cas pour tous les hôtels associés au Marathon, mais le nôtre nous a donné l’option de quitter à 14h au lieu de midi comme c’est habituellement la politique. Ces deux heures supplémentaires ont été les bienvenues car elles m’ont permis de prendre une douche et ensuite de m’occuper de la manipulation des bagages, ce que Barbara ne peut pas faire. Un gros “thumb up” au Sonesta !  🙂  Bon, le stationnement coûtait 36$ par jour, mais on ne peut pas tout avoir…

Côté bouffe, il y en a pour tous les goûts. Personnellement, je suis plutôt du genre capricieux avant une course, alors je préfère manger “maison” le plus possible. Aussi, on retrouve au centre-ville plusieurs petits marchés où on peut facilement dénicher quelque chose de frais. Nous n’avons malheureusement pas pu trouver un hôtel avec une petite cuisine ou à tout le moins, un four à micro-ondes, mais nous nous sommes débrouillés. Des pâtes froides la veille d’un marathon, je le confirme: ça marche !

La course en tant que tel maintenant. Mon jugement est peut-être biaisé par ma performance, mais bon… J’ai trouvé l’organisation assez bien rodée merci. Les participants disposaient de beaucoup d’endroits pour les besoins naturels, autant au départ (où les Johnny on the spot étaient très bien distribués sur le site au lieu d’être tous réunis au même endroit) que sur le parcours, les points d’eau étaient nombreux, bien fournis et bien occupés par des bénévoles efficaces et enthousiastes. De plus, on pouvait attraper des gels au passage à quelques endroits déterminés. Les couloirs étaient bien identifiés et les départs par vagues se sont très bien déroulés. La crainte de la grosse foule que j’avais s’est dissipée avant même le départ.

Le parcours maintenant. La première moitié nous fait faire un tour de ville ou à peu près. Les coureurs  peuvent admirer l’architecture et aussi visiter certains quartiers typiques. Le trajet évite les secteurs “pavés” du Vieux Philadelphie et demeure sur l’asphalte en permanence. Un gros plus, car les pavés, bien que pittoresques, sont très durs et surtout, dangereux pour les chevilles. Mis à part le bout sur Columbus, le long du Delaware, le touriste peut se rincer l’oeil à souhait durant les 21 premiers kilomètres.

Par contre, la deuxième moitié, avec son principe “aller-retour”, peut se vivre difficilement côté moral. Je ne suis vraiment pas un fan et me compte chanceux d’avoir eu une bonne course. De plus, les demi-tours finissent par agacer. Mais cette deuxième moitié se déroule tout de même sur les bords d’une rivière, à l’intérieur d’un parc, alors la vue demeure très agréable.

Côté relief, il s’agit indéniablement d’un parcours rapide, peut-être pas autant qu’Ottawa, mais dans la même catégorie. Les quelques obstacles qu’on y retrouve se franchissent sans problème. La course se déroulant à la mi-novembre, avec un départ à 7 heures le matin, la probabilité que la chaleur soit de la partie tend vers zéro. Comme c’est la fin de saison pour la plupart des gens, on peut dire que les éléments y sont réunis pour viser une performance.

Pour ce qui est de l’ambiance, nous avons constaté une chose: la vile est marathon durant toute la fin de semaine. Il y a des affiches partout, la statue de Rocky porte fièrement le t-shirt de l’événement, le maire participe à la fête du début à la fin. J’avais l’impression de faire partie d’un party pour toute la ville, tout comme à Ottawa. Des spectateurs par milliers, un parcours qui arpente les rues principales, que demander de plus ? Tout le contraire de Montréal où on a parfois l’impression de déranger et où les artères majeures sont tout simplement évitées. Les mots du commentateur sportif Jeremy Filosa me viennent encore en tête: “Qu’y fassent donc ça sur le circuit Gilles-Villeneuve, leur marathon, j’ai été pogné dans le trafic !”. Je ne sais même pas si je dois me donner la peine de le traiter d’imbécile ou pas. Oups, je l’ai fait ! 😉  À l’époque, Yves Boisvert avait été un peu plus diplomate que moi… Mais quelle efficacité dans le verbe, vous ne trouvez pas ?

Au final,  je recommande cette épreuve à tous, peu importe votre niveau, peu importe si vous courez le demi ou le marathon. C’est définitivement à vivre une fois dans sa vie de coureur !  🙂

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Deuxième moitié à Philadelphie

Ok, 1:33:26… Je creuse ma petite mémoire et j’arrive à la conclusion qu’il s’agit du deuxième demi-marathon le plus rapide que j’ai fait en compétition, seulement devancé par mon Scotia Bank couru au mois d’avril. Et contrairement à cette fois-là, il m’en reste encore autant à parcourir. Merde, vais-je être capable de tenir un tel rythme pendant 21 autres kilomètres ?  Mais bon, un 1h38 dans la deuxième partie me permettrait tout de même de battre Ottawa, alors j’ai du lousse comme on dit. Parce que oui, maintenant j’ai un objectif: un autre PB qui serait la cerise sur le sundae d’une saison de rêve.

Je sais toutefois ce qui m’attend. La deuxième moitié du Marathon de Philadelphie est théoriquement plus facile que la première parce que presque complètement plane. Par contre, en pratique, elle fait presque littéralement un aller-retour sur Kelly Drive, en longeant la rivière Schuylkill (tu parles d’un nom bâtard, j’ai de la misère à l’écrire à chaque fois). Ha, les paysages risquent d’être agréables, mais je déteste le principe de l’aller-retour. À l’entrainement, on n’a pas toujours le choix, mais en compétition, je préfère de loin la boucle, un peu comme le premier demi ici. Un aller-retour, ça a le don d’achever un moral quand ça va mal… Croiser les coureurs plus rapides qui semblent si frais, voir les mile markers en sens inverse, ça me fout les jetons. Enfin, je le savais en m’inscrivant…

C’est ici que mon expérience va jouer. Pour l’avoir vécu auparavant, je sais pertinemment qu’on vit une espèce d’euphorie quand on arrive à la mi-parcours. On se dit: “Yes, déjà la moitié de faite !” et comme ça va habituellement bien, on est pompé comme jamais. Puis, un ou deux kilomètres plus loin, ce qui reste à parcourir nous rentre dedans: “Merde, encore 20 km…  Comment je vais faire pour tenir ce rythme ?”. Les bobos commencent alors à vouloir sortir. Bref, quand on s’y attend, disons que ça se passe mieux.

C’est avec ces pensées en tête que je passe devant la très jolie Boathouse Row. C’est aussi chouette vu de devant que de derrière. Peu après, je prends un autre gel, question de passer au travers du coup au moral anticipé. Et on ne niaise pas avec le puck: un full octane chocolat-bleuets ! 🙂

Par endroits, Kelly Drive passe carrément au travers du roc. Ça fait bizarre de passer dans de tels tunnels, mais ça fait changement. Et ça me distrait un peu. Pas trop, tout de même car les kilomètres commencent à faire leur oeuvre. Ma moyenne est toujours à 4:23, mais je dois travailler pour la conserver. Je me rassure légèrement en voyant deux ou trois “couloir marron” abandonner: ça veut dire que je ne suis pas seul à souffrir. Je me compte chanceux, je ne me suis jamais blessé en course et n’ai jamais eu à baisser pavillon. J’espère que ça ne m’arrivera jamais…

Une chose qui ne me rassure pas, par contre: j’ai l’impression que nous descendons depuis la mi-parcours. Et comme ma cadence moyenne n’a pas changé, est-ce que ça veut dire que je commence à faiblir ?  Un petit brin d’inquiétude fait donc tranquillement son nid dans mon esprit. Je ne peux m’empêcher de penser au retour qui sera fort probablement difficile…

15e mille, je commence à m’attendre à croiser des coureurs d’élite. Une voiture de sécurité arrive et qui la suit ?  Le premier handcycle. Hé, ça a l’air de bien aller, ces machins-là !  Le gars enroule un braquet qui semble assez grand, mais il a les bras pour le faire, mettons. Je me demande si ça va plus vite avec un “vélo” comme ça ou avec une chaise roulante de course…

Rendu au 16e mille, je me dis qu’il ne m’en reste plus que 10, soit 16 km. C’est l’équivalent d’une sortie de semaine ou du samedi. Mes jambes commencent à me faire souffrir, mais ne semblent pas vouloir cramper à courte échéance. Tiens, encore des voitures de sécurité, peut-être que cette fois-ci…  Hé oui, il y a un coureur derrière. Et surprise: il est.. blanc !  Je n’ai aucune idée du rythme auquel il avance, mais à première vue, ça n’a rien à voir avec l’élite mondiale. Il ne vaut probablement « que » 2h20. Je commence à surveiller ses poursuivants: j’essaie de “spotter” David Le Porho, qui est supposé être ici.

Michael McKeeman, l’éventuel gagnant en 2:17:47

Je compte les coureurs. 3, 4, 5, 6, 7…  Merde, il est où ?  Je commence à m’inquiéter. Ouais, je sais, je m’inquiète pour un gars à qui je n’ai jamais vraiment parlé et avec qui j’ai eu un petit échange de courriels (remarquez qu’il m’en avait écrit pas mal long, vraiment sympathique). Après 10 coureurs, je ne les compte plus. Et le pont du 17e mille qui approche, nous allons bientôt être séparés des meneurs… Finalement, au loin, je crois reconnaitre sa silhouette élancée. À mesure qu’il s’approche, je fixe son dossard et c’est effectivement lui. Quelques instants avant qu’on se croise, faisant bien attention à mes mots pour montrer que je suis Québécois, je lui lance un “Vas-y David, let’s gooooo !!!”.

David Le Porho dans sa bulle... Il finira 19e en 2:26:47

David Le Porho dans sa bulle…
Il finira 19e en 2:26:47

Ou bien il est dans sa bulle, ou bien ses affaires ne vont pas tellement bien parce qu’il ne réagit pas du tout. Par contre, on dirait que le fait de crier m’a donné un boost d’adrénaline. Je me sens revigoré et c’est rempli d’énergie que je traverse le petit pont nous amenant de l’autre côté de la rivière pour un détour que mon amie Maryse aurait certainement trouvé VRAIMENT poche. Je l’entends chiâler d’ici… 🙂

Traversant le pont. Je ne porte pas attention à ce moment-là, mais tout autour de moi, des « marron » qui sont supposés être plus rapides et sont partis 2 minutes avant moi. Si j’avais su…

Une fois rendus sur l’autre rive, une surprise nous attend: ça descend. Et là, c’est vraiment clair que ça descend !  Sauf qu’il va falloir remonter tantôt.  Enfin… Je me lance dans la descente comme c’est maintenant rendu mon habitude. Encore une fois, je dépasse beaucoup de coureurs. Encore une fois, certains me reprennent quand le relief s’aplanit. Ho, le demi-tour me semble loin… Un Asiatique se tient là, planté en plein milieu de la route. Il fait quoi, au juste ?  Il s’étire ? Il est blessé ?  Tu fais quoi dans le milieu de la place, du con ?  Pourquoi j’ai l’impression qu’il ne se rendra pas au détour celui-là ?

J’atteins finalement le demi-tour (toujours pas de tapis anti-tricheurs), puis reviens sur mes pas. Je croise à nouveau l’Asiatique qui en est maintenant rendu à faire du yoga ou à imiter les flamants roses, je ne sais pas trop. Arrive la montée (peut-être la dernière vraie), ça va toujours bien. Je reprends le pont et retourne sur Kelly Drive: pas de dommage.

C’est ce que je crois… Pas tellement plus loin, dans une partie où les spectateurs n’ont pas vraiment accès, je suis frappé encore une fois par la lassitude. Merde, une autre mauvaise passe. Des idées noires commencent à m’emplir l’esprit. Je me souviens de Montréal l’an passé quand, après 28 km où ça allait relativement bien, mon mollet a décidé de cramper, rendant la fin de course atrocement difficile. Il faut que je mette cette mauvaise passe derrière moi au plus vite, je ne suis même pas rendu au 30e kilomètre…

Je prends un autre gel full octane chocolat-bleuets, dans l’espoir de stimuler mon organisme un peu. Mais je continue à peiner. Regard inquiet au GPS: la moyenne est toujours à 4:23. Ok, je n’ai pas ralenti sans m’en rendre compte. De plus, je ne me fais pas dépasser à outrances, alors je ne dois pas être si pire. Je suis d’ailleurs toujours dans le “positif” de ce côté. Ok, on tient le coup, ça va passer. Ça DOIT passer.

Sur sommes maintenant dans Manayuk, un petit coin qui me semble bien pittoresque. Les spectateurs sont nombreux, bruyants et enthousiastes. Je tiens toujours le rythme, malgré la souffrance qui continue à s’installer. Une belle petite descente m’aide à récupérer un peu, mais envoie un signal sans équivoque dans ma tête: il va falloir que je la monte en sens inverse. Puis, sur les côtés, je vois une enseigne: “Beer ahead”. Petit sourire: c’est vrai qu’elle va être bonne, la bière après la course…  Pas tellement plus loin, que vois-je sur une table ?  Une centaine de petits verres de bière !  Un groupe s’est installé là et distribue ce qui semble être une bière artisanale aux coureurs. Celle-là je la trouve bonne (la joke, pas la bière) !  J’en ris même un petit coup. Non mais, il faut vraiment vouloir, amener de la bière ici !  Je passe mon tour pour la dégustation, mais mon moral remonte un peu.

Je croise le lapin de 3h05, il y a encore pas mal de gens avec lui. Au loin, je peux voir les spectateurs qui bouchent la rue: c’est le dernier demi-tour du parcours. Mon retard sur le lapin n’est donc pas énorme, je suis encore dans un excellent temps. La Garmin me confirme le tout: toujours 4:23 de moyenne. Une vraie horloge… si on suppose qu’il arrive à une horloge de souffrir.

Demi-tour: à partir de maintenant, chaque coureur que je vais croiser est forcément plus lent que moi. Je ne sais pas pourquoi, mais ça m’encourage. J’arrive rapidement à la montée et de façon assez surprenante, l’avale sans problème. Peu après, nous croisons le marker des 20 milles: ça y est, 32 km de parcourus, le vrai marathon commence ici. Mon énergie est renouvelée, je me sens d’attaque. Pas  assez pour accélérer, mais les 10 kilomètres qui restent ne me font pas peur. 10 kilomètres, qu’est-ce que c’est, hein ?

Mais ho, qui vois-je devant ?  Mais c’est ma paire de jambes du début de course, ma parole !  Il n’y a plus que le gars du début qui l’accompagne, la fille n’y est plus. Ha, toujours aussi agréable pour la vue, malgré les heures passées sur la route… Puis, pervers-pépère se transforme. Le compétiteur en moi ressort quand je songe à une phrase que j’ai lue à quelque part et qui m’a marquée. C’était un “vieux” comme moi qui avait lancé à un jeune (son fils peut-être) avant un marathon: “Sur 10 km ou même un demi, je ne peux pas aller à ta vitesse. Mais au 20e mille, your ass is mine. [Je n’ai pas pu trouver une traduction qui punchait autant que l’originale]”. Et voilà les jeunes, le vieux renard vous botte maintenant le derrière (en tout cas, il botte au moins un des deux…) !  🙂

J’hésite pendant quelques secondes, puis passe devant. Ils ont vraiment ralenti. Your ass is mine… Autant ce sport est purement physique, autant le psychologique joue une rôle immense. C’est fou. Ce petit épisode me donne des ailes. Coup d’oeil à ma Garmin au moment même où un kilomètre se termine. Gros avertissement: la base de données est remplie, il va détruire les enregistrements les plus anciens. Je m’en fous, espèce de machin de mes deux, donne-moi ma cadence ! Non mais, tu parles d’un timing pour me faire ch…

La jolie Rebecca Flink, 24 ans, accompagnée de celui que j’ai supposé être son chum. Ils termineront ensemble, en 3:08:42

Arrive le 21e mille. Plus que 5 et on peut dire que ça va bien. Je m’accroche un bout derrière une dame, puis passe devant quand elle faiblit. J’ai encore l’impression que ça descend tout comme à l’aller, alors que c’est bien sûr impossible. Bah, c’est toujours mieux que si j’avais l’impression de monter en permanence, non ?

Mille 22, plus que 4 petits milles et 385 verges, soit environ 7 kilomètres à faire. Je me rends compte que je suis comme dans un état second, ce qui arrive souvent lors de longues courses: mon esprit est fatigué, je sens que mon corps l’est tout autant, mais le son de chacun de mes pas est le même qu’en début de course. C’est comme si mes jambes avaient enregistré la cadence à suivre et que je n’avais plus rien à faire, seulement les suivre. Bizarre comme sensation.

Avec ce qui me reste de cerveau, je constate que mes 4 bouteilles principales (celles de 8 onces) sont maintenant vides, il ne me reste que mes deux bouteilles d’appoint de 6 onces. C’est amplement suffisant pour terminer, mais comme elles sont attachées par un velcro et plus difficiles à “gérer”, je décide de faire une entorse à ma règle et prends un verre de Gatorade à un point d’eau. Et bien sûr, il fallait que ce soit du Gatorade au citron. Beurk…  Pourquoi donc fournissent-ils toujours du Gatorade au citron, voulez-vous bien me dire ?  Parce qu’ils ne réussissent pas à en vendre, alors ils le passent comme ça ?  C’est dégueux, les machins au citron !

Je prends également un verre d’eau, question de faire passer le goût de citron et le dernier gel avant l’arrivée. Arrivée qui approche de plus en plus. Maintenant j’en suis certain: d’ici quelques minutes Ottawa ne sera plus mon PB. Et je demande d’avance pardon à Barbara: je ne serai pas le compagnon de visite le plus agréable cet après-midi et encore moins demain. En effet, avec ce que j’ai imposé à mes jambes ce matin, je risque de m’en ressentir par après et marcher comme un petit vieux. Mais il est maintenant trop tard, le “mal” est fait, alors…

Autour du 23e mille, au moment où je suis en train de remonter un gars fait sur ma shape, un de ses chums sort de la foule et se met à courir avec lui. On voit ça assez souvent, un ami qui se joint à un coureur pour prendre de ses nouvelles, jaser un peu. Ça dure généralement 500 mètres, 1 kilomètre tout au plus. Mais celui-là est équipé pour la grosse ouvrage: en plus de l’attirail complet du coureur, il porte un Camelbak. Aussitôt qu’il a joint son ami, la cadence accélère un peu. Comme ils courent côte à côte, je demeure derrière, à l’abri.

Le coureur “officiel” rend compte de l’état des choses à son ami: le 3h05, c’est foutu, il ne vise plus que son PB. L’autre lui suggère d’essayer quand même, avec des milles en 6;30, peut-être que… 6:30 du mille, joual vert, c’est 4:00/km ou à peu près, ça ne va pas, le malade ?!?  On a 37 km dans les pattes, nous !  À une ou deux reprises, l’ami se retourne et voit que je les suis. À un moment donné, tant qu’à faire, j’entame la conversation, lui demandant s’il a l’intention de pacer. Il répond que c’est ce qu’il va essayer de faire, alors j’ajoute que je vais rester avec eux. Le gars m’offre une gorgée de son Camelbak (tu veux qu’on s’enfarge ou quoi ?) et un gel.  Très gentil de sa part, mais je suis autonome. Et je n’ai pas envie de planter par terre non plus.

Je demeure donc dans leur sillage un petit bout de temps. Le pacer se retourne et me demande si ça va. Je réponds que oui, puis ajoute qu’ils vont vite pas à peu près, que j’ai 42 ans, moi… Les deux gars, tout étonnés qu’un bonhomme de mon âge puisse les suivre, me donnent un high five. Le coureur me dit qu’il aimerait bien être capable d’aller à ce rythme à 42 ans…  Ouais, ben il est rapide, justement, ce rythme !  Lui a 32 ans. Je lui dis qu’à son âge, la plus longue distance que j’avais courue était un 3 km, alors il est largement en avance sur moi !  Pour Boston, il doit faire sous 3h05 et je suis vraiment désolé pour lui. Moi, le chanceux, c’est pour ainsi dire dans la poche. Hé, il n’y a pas que des désavantages à être vieux !  🙂

Après notre petite conversation, je demeure derrière et peine à suivre. À quelques reprises, je dois résister à la tentation de leur dire que je les laisse aller. À chaque fois je me dis, comme durant mes intervalles longs: “Un petit 500 mètres de plus…” et je tiens la cadence. Mais ce n’est pas facile, j’ai l’impression que mes jambes tournent plein régime. J’ai aperçu des kilomètres en 4:16 et 4:17 tantôt. C’est très limite de mes capacités à ce point-ci.

Mes deux compagnons de route, Christopher Pilla et son pacer. Chris terminera en 3:08:35. La grosse différence au niveau temps s’explique par le fait qu’il était un « marron »

Puis, dans une courbe, mes compagnons gardent instinctivement l’extérieur alors que je coupe par l’intérieur et sans effort supplémentaire, je me retrouve à leur hauteur. Courbe suivante, je suis devant. Mille 25, plus que 2 km. Allez, 9 petites minutes…  Afin d’éviter un autre traumatisme citronné, j’ai pris une bouteille d’appoint. Le problème est que je suis incapable de la remettre dans ma ceinture, alors je me résigne à la garder dans ma main. C’est chiant, mais moins pire que l’échapper par terre et devoir m’arrêter pour la récupérer…

Quelque part dans les deux derniers kilomètres. Je sais que mon record personnel est dans la poche

De l’autre côté de la rue, je croise encore et toujours des participants. Je suis honnêtement découragé pour eux: ils ont à peine fait la moitié du chemin !  Ha,  revoici Boathouse Row, ça achève vraiment !  Je ne peux le savoir avec certitude, mais je m’en doute: je suis maintenant dans le dernier kilomètre. Le fameux dernier kilomètre. Je sens l’euphorie monter, ça y est, je l’ai. Le parcours est en faux-plat ascendant et ça me motive encore plus car je vois les autres en difficulté devant. J’essaie d’aller en chercher le plus possible, même si ça ne donne strictement rien. On ne peut pas dire que je sprinte, mais disons que je ne ralentis pas.

Je scrute la foule maintenant très dense au passage, cherchant Barbara du regard, mais en vain. Je passe à la hauteur des marches de Rocky, fais le tour de l’ovale Eakins et voilà, devant moi, l’arrivée. Je monte encore l’effort d’un cran et le muscle arrière de ma cuisse droite m’envoie un signal: la crampe est toute proche. Petit sourire, je relâche légèrement la pression. Ok, de toutes façons c’est gagné, on ne poussera tout de même pas trop…

Tout comme à Ottawa, je lève le poing dans les airs en signe de triomphe. Je vois l’horloge qui est encore dans les 3h08, je vais donc faire dans les 3h06 !  Moi, le coureur du dimanche, je vais faire 3h06 !!!  Lance Armstrong, qui a des capacités physiques qui n’ont aucune mesure avec les miennes, a eu toutes les misères du monde à faire sous les 3 heures à son premier marathon et moi, je suis à peine 6 minutes plus lent. Je n’en reviens pas…

Le maire nous attend. Il est sur la “piste” et donne un high five à chaque concurrent qui arrive. Je lui donne le mien, puis arrête mon chrono: 3:06:11. Je ne réalise pas tout à fait ce que je viens d’accomplir…  Mon PB n’est pas seulement battu, il est littéralement écrabouillé: c’est plus de 5:30 que je viens d’enlever à mon meilleur temps. En un an, c’est presque 14 minutes d’amélioration. 20 pleines secondes au kilomètre de retranchées. Shit…

High five au maire à l’arrivée

Avant de me rendre à la sortie, j’attends le gars qui était accompagné du pacer. Ça lui prend un bout de temps à arriver, au point que m’en inquiète un peu. J’étais certain qu’il serait sur mes talons. Finalement, il arrive. Ouf… Aussitôt, c’est l’accolade. Je ne le connais pas, il ne me connait pas. Nous avons peut-être couru 4 kilomètres ensemble. Mais le lien s’est forgé et nous allons probablement nous en rappeler le restant de nos jours, même si les chances qu’on se revoit sont à peu près nulles. Je le remercie, il me remercie aussi, sans que je sache trop pourquoi. Nous nous sommes soutenus, poussés l’un l’autre durant ces quelques minutes passées ensemble. Nous n’étions pas des adversaires, mais des compagnons d’armes qui combattaient un ennemi commun: le parcours. Et nous l’avons vaincu.

Je poursuis ma route, à la recherche de Barbara. Soudainement, je reconnais sa voix: elle est là, toute proche, de l’autre côté de la clôture. On s’embrasse, ce que je suis heureux de la voir !  Surtout, heureux de partager ce moment magique avec elle. Elle me félicite pour mon 3h08, mais je la corrige: nous sommes partis 2 minutes plus tard, alors c’est 3h06 et des poussières que j’ai fait. Je lui ai tellement cassé les oreilles avec mes histoires de temps qu’elle comprend l’ampleur de ce qui vient d’arriver. Moi non plus je ne sais pas comment j’ai pu faire ça, mon amour…

Le sourire du gars satisfait

La première moitié

Maintenant que nous avons la “permission”, nous les noirs, autant ceux du demi que ceux du marathon,  approchons de la ligne de départ. Nous partirons deux minutes derrière les autres, alors c’est vraiment définitif pour moi: pas question d’essayer de rattraper ce retard pour ensuite suivre le lapin de 3h05. Ça m’amènerait à faire 3h03 et c’est tout simplement impossible. Et ça, c’est sans compter l’effet taxant sur mon organisme qu’une telle poursuite en début de course entraînerait.

Merde, toujours pas nerveux… mise à part cette foutue envie de pisser qui s’amuse à me hanter. C’est l’histoire d’Ottawa qui se répète: pas moyen de me soulager comme du monde avant de partir. Je compte donc faire comme à ce moment-là: attendre l’occasion idéale, puis peut-être reprendre le peloton de 3h15 au passage. En fait, c’était mon plan alors et je ne m’étais jamais arrêté. Est-ce que la même chose va se produire aujourd’hui ?

Klaxon et c’est notre tour. Nous partons en marchant et il me semble que ça marche encore quand vient le temps de passer le tapis chronométrique. Puis soudainement, on démarre le chrono et c’est parti !  Il y a beaucoup de monde, mais les forces étant bien équilibrées, ça avance bien. Le boulevard est très large, ça aide beaucoup. Comme d’habitude en course, mon réchauffement n’est pas adéquat, alors j’ai de la difficulté à prendre un rythme. Je dois aussi zigzaguer au travers des gens, comme à chaque départ, mais rien de majeur. Le parcours est vraiment bien dessiné. Ha, il y a bien quelques perdus qui avancent à pas de tortue, mais ils sont vraiment l’exception.

Premier kilomètre en 4:39. Ouais, bon, pas fort fort. Pour faire 3h15, je dois aller à 4:37 de moyenne, alors je suis un peu en retard. À Ottawa, ma Garmin m’avait donné un 4:30 de moyenne (mais il y a toujours 1 ou 2 secondes d’erreur en course), alors déjà 9 secondes de retard sur Ottawa. Bah, on s’en fout un peu…

Je manque le premier mille (les markers sont seulement en milles, pas de kilomètres ici) qui est situé devant Love Park. Une fois rendu sur Arch Street, je reconnais immédiatement le Centre des Congrès (j’en aurai la confirmation plus tard, il est vraiment immense: il fait trois pâtés de maisons de long et un de profond) où avait lieu l’expo-marathon. C’est à cet endroit que je décide d’enlever mes gants.  Mes poches étant bien évidemment pleines de cossins, je dois les enfouir dans la poche arrière de mon coupe-vent. Ouais, je suis encore chargé comme un bourriquot: un imperméable jetable dans ma poche arrière, des ziplocs de Power Bar coupées en morceau dans les poches de mon coupe-vent, des gels (6 au total !) dans mes poches de shorts et bien sûr, ma ceinture d’hydratation avec 6 bouteilles de Gatorade. Incorrigible. On dirait que ça me rassure d’avoir toujours tout ça avec moi et bon, on ne peut pas dire que ça n’a pas marché jusqu’à maintenant, non ?

Devant le Centre des Congrès, nous passons devant une poignée de spectateurs parmi lesquels se retrouve un adorable schnauzer miniature qui attend patiemment que les gens aient fini de passer. Ce qu’il aurait fait des beaux petits bébés avec notre pétasse… Je ne peux m’empêcher: “Ha, soooo cuuuute !!!”, au grand plaisir de sa maîtresse qui semble étonnée que je puisse seulement parler pendant que je cours. Ben heu… oui !

Un peu plus loin, mes yeux de pervers-pépère aperçoivent une superbe paire de jambes. Je ne sais pas pourquoi, c’est comme un radar, je ne les manque jamais. Leur propriétaire est une femme qui me semble jeune (mais de dos, on n’est certain !) portant une longue queue de cheval de couleur foncée à l’extérieur de sa casquette. Elle est accompagnée de deux amis: un gars d’un côté et une fille de l’autre. Ouais, je pourrais me faire à l’idée de passer 3 heures derrière eux, moi. Quoi qu’à l’âge qu’elle semble avoir, j’aurais plus envie de lui demander si on va croiser sa mère sur le parcours, genre…

Bon, avec tout ça, j’ai cru apercevoir mon 2e kilomètre franchi en 4:32. Ok, c’est mieux. Arrive ensuite une longue descente sur Race (!) Street en direction du fleuve Delaware. Je me rends compte que mon entrainement pour les ultras donne vraiment des résultats: alors que la plupart des gens gardent le même rythme ou même freinent en descente, je me laisse aller. Du même coup, je laisse donc la superbe vue que j’avais derrière moi et dépasse par le fait même une centaine de personnes supplémentaires pour me retrouver sur Columbus Boulevard, le long du Delaware.

Ma moyenne est maintenant à 4:29, gracieuseté de la descente. Nous avons passé notre premier point d’eau et je dois dire que l’organisation n’a rien à envier à Ottawa de ce côté: beaucoup, beaucoup de bénévoles, du Gatorade et de l’eau en grandes quantités. Tout roule rondement. Malheureusement, sur Columbus, c’est très monotone. Certains en profitent pour faire une pause-pipi, mais je n’en ressens pas vraiment le besoin urgent, alors je me dis que plus tard, peut-être. Ou peut-être pas du tout… D’autres se débarrassent d’une couche de vêtements superflus en garrochant leur chandail sur le bord du chemin. Mais qui va ramasser tout ça ?

Mais tiens, qui va là ?  Mademoiselle-aux-belles-jambes avec ses amis qui me dépassent. J’essaie de m’accrocher à eux (un gars a des motivations), mais ils vont un peu trop vite à mon goût. Je me dis qu’ils doivent faire le demi et les laisse aller.

Bon, on quitte maintenant Columbus pour retourner vers la ville en empruntant Front Street. Plutôt résidentiel comme coin… D’ailleurs, à une intersection, un policier arrête la circulation: une dame veut sortir de son quartier en auto. Elle n’a pas fini d’attendre, la pauvre. Peu après le quatrième mille, nous arrivons sur South Street, la rue à voir à ce que nous avons compris. Ok, j’ouvre grand mes yeux de touriste et… ne vois strictement rien qui peut sembler intéressant. Ça ressemble à un mélange du centre-ville de mon Victoriaville natal avec la rue quétaine de Niagara Falls. Je vais être poli et je vais dire que je trouve ça… ordinaire. Bon, peut-être parce qu’il y a plus de vie en temps normal…

Ok, coup d’oeil à la cadence: 4:26. Pas mal, pas mal du tout, surtout que je me sens toujours « en dedans ». Nous quittons South Street direction Chestnut Street, via la 6e, au 5e mille (donc 8e km). Déjà presque 20% de la course derrière nous. Sur Chestnut, la foule se densifie. Merde, il est 7h45 le matin et c’est plein, plein de monde. Le bruit est assourdissant, tellement que j’en ris. Il faut dire que les principaux hôtels (dont le nôtre) sont tout près, alors probablement que plusieurs supporters sont là pour leur(s) coureur(s).

C’est qu’il commence à faire chaud… Débute alors le manège d’enlèvement des manches de mon coupe-vent. Comme je suis souple comme un 2 x 4, j’ai toutes les difficultés du monde à défaire les fermetures-éclairs. Ha merde, la Garmin que j’ai installée par-dessus la manche… J’essaie de tirer, rien à faire, la manche est prise. Grr !!!  J’essaie tant bien que mal, ça ne marche pas. Je dois donc me résigner à défaire le bracelet, ce que je voulais éviter par crainte de l’échapper par terre au milieu de la foule de coureurs. Finalement, grâce à ma prodigieuse (hum hum) habileté, je réussis à tout faire sans avoir à m’arrêter. Les manches se retrouvent alors dans ma poche arrière, avec mes gants. Tant qu’à être chargé…

Mais oups, que se passe-t-il ?  Je ne sens rien de particulier, juste un début de “ça va mal”. J’ai à peine 10 km dans les jambes que ça commence à mal aller ?  Non, ce n’est pas possible… Je regarde ma cadence: 4:24 et je suis crispé. Wo bonhomme, on se calme les nerfs, veux-tu ?  Je me force à ralentir un peu et surtout, à me détendre. La route est encore longue, on ne peut pas risquer d’être crispé si vite, non ? Entre temps, une première en marathon: les premiers 10 km ont été fait sous les 45 minutes, soit en 44:24. Ouch, serais-je parti trop vite ?  Non, je ne peux pas croire. J’ai fait un 26 km à 4:23 il y a deux semaines et j’aurais été prêt à continuer. En plus, j’étais seul alors que là, je m’abrite du vent dès que je peux. Nah…  C’est juste une mauvaise passe.

Pour forcer un peu les choses, je décide de prendre une première bouchée de Power Bar, même si je sens mon estomac encore bien plein de mon déjeuner. En traversant le petit pont au-dessus de la Schuylkill, ça va déjà mieux. Ça monte légèrement un peu plus loin, mais une fois arrivés sur la 34e rue, là on peut dire que ça monte pour vrai !  Une belle petite côte comme je les aime, genre où je peux dépasser  bien du monde… Je l’entame donc à bon rythme, prenant bien soin de toujours demeurer “en dedans” question de ne pas arriver en haut à bout de souffle. À la mi-pente, un coureur très mince louvoie de gauche à droite, semblant avoir de la difficulté à se tenir debout. Il avance comme un gars complètement déshydraté à la fin d’un marathon, j’ai l’impression qu’il va tomber d’un instant à l’autre. Je passe à côté de lui et regarde son visage: ses yeux sans vie fixent droit devant. Je dois avouer que je trouve ça un peu freakant. Il ne va pas crever drette là, sous mes yeux !  J’envisage d’arrêter pour l’aider, cherche autour pour des secours. Et puis merde, s’il tombe, il y a assez de spectateurs pour le ramasser après tout… Je poursuis donc mon chemin, un peu ébranlé.

J’arrive en haut de la côte et nous enchainons par une belle descente. Yipee !!!  Je me lance donc dedans comme un enfant, sans retenue. Le mort-vivant est maintenant chose du passé (en espérant qu’on parle toujours de lui au présent…), mon esprit est revenu à la course. À la fin de la descente, j’aperçois pour la première fois 4:23 comme cadence moyenne. J’ai un petit sourire: la descente a fucké mes affaires, ça devrait remonter bientôt. Je prends un premier gel (expresso double caféine), question qu’il fasse effet avant la prochaine difficulté.

Quand ?  À la montée suivante, bien sûr. Une vraie de vraie celle-là (pour une course sur route on s’entend), sinueuse pour nous cacher sa longueur véritable. Les autres concurrents semblent découragés et prennent l’extérieur de la première courbe. Question d’atténuer la pente peut-être ?  Hé bien moi, je pique par l’intérieur, je ne ferai pas des détours, no way !  Je monte donc à petites enjambées, me rappelant à quel point les montées du Vermont 50 étaient 100 plus difficiles. En montant, je rattrape un handcycle qui semble peiner dans la montée. C’est qu’il a l’air de pousser un braquet bien trop gros… En fait, est-ce qu’il y a des vitesses après ces machins-là ?  On dirait bien que oui, alors pourquoi reste-t-il sur un tel braquet ?  Enfin… J’arrive en haut, tout près du “Please Touch Museum”  avec un léger essoufflement. Bah, pas grave, on va redescendre bientôt. 🙂

Ok, le mauvais moment est vraiment chose du passé. Sur ma gauche, j’aperçois de superbes maisons de style victorien. Wow, ça doit coûter un bras ces cabanes-là… Nous sommes en plein coeur de Fairmount Park (qui semble-t-il est 10 fois plus grand que Central Park) et je dois avouer que le paysage est bien agréable. Au 11e mille, premier demi-tour du parcours et à mon étonnement, aucun tapis pour enregistrer les temps de passage. Pourtant, il serait très facile de ne pas se rendre là et retourner avant. On dirait bien que les organisateurs comptent sur l’honnêteté des coureurs. C’est vrai que dans le fond, à quoi servirait de tricher à part mentir à soi-même ?

Nous sommes maintenant à deux milles de la mi-parcours. Ces deux milles se feront presque entièrement en longeant la rivière. Et qui dit rivière dit méandres. Je le remarque à chaque course, mais cette fois-ci, c’est encore plus frappant: les gens restent toujours du même côté de la rue, suivant les courbes sans se soucier du chemin parcouru. Pour ma part, je prends toujours le chemin le plus court, donc je passe mon temps à traverser la route. Hé, c’est comme ça qu’ils mesurent le parcours, je ne vais tout de même pas en faire plus !  Quand on sait que 200 mètres, ça se traduit par environ une minute à l’arrivée…

Je vois le Musée d’Art au loin, puis constate qu’il se rapproche tranquillement. Je sais qu’on est dans un faux-plat ascendant pour avoir reconnu cette partie du parcours hier, alors je fais attention pour ne pas pousser trop la machine. Peu après le pont, ça monte, un peu comme à Ottawa après le pont MacDonald,  puis nous passerons devant les marches de Rocky. Depuis quelque temps déjà, des indications très claires nous disent par où aller: les gens du demi tourneront à droite pour se rendre vers l’arrivée alors que nous, marathoniens, irons à gauche.

J’y songe un instant: est-ce que j’ai le goût d’arrêter ?  Est-ce que j’en ai assez comme ça ?  La réponse: non. Ça va super bien, je suis prêt à attaquer la deuxième partie. Devant les marches, mon chrono me donne autour de 1h32. Suis-je sur une cadence de 3h05 ?  Mais finalement, la mi-parcours est pas mal plus loin et je la traverse en 1:33:26. Ok, 3h07. Un PB par 5 minutes, ce serait bien… Quant à ma cadence moyenne, elle est à 4:23 depuis le 11e mille. Ma vessie, de son côté, se tient tranquille.

Perdu dans mes pensées, il ne me vient même pas à l’idée de regarder sur les côtés voir si Barbara est arrivée. Mon cerveau est occupé à une tâche: la course.

Amenez-la, votre deuxième moitié…

Les 90 minutes précédant la course

Il est autour de 5h35 quand je pose le pied dans le lobby de l’hôtel. C’est le choc: il y a du monde partout !  Et c’est bruyant. Très bruyant. Je m’attendais à ce que l’endroit soit complètement silencieux, avec un seul préposé à la clientèle cognant des clous au comptoir. Hé non. On dirait que l’équipe de “Team in Training” au complet avait choisi le Sonesta pour passer la nuit avant le marathon et les préposés sont très occupés. Hé bien…

Je me faufile à travers de la cohue et arrive à l’extérieur. Ha, le silence… Ha, ce qu’il fait bon dehors… Parce que oui, on est très bien. Juste assez frisquet pour que je sois obligé de porter des gants, mais je ne gèlerai pas avec mes shorts et mon coupe-vent en attendant que débute la course. Je me dirige vers Benjamin Franklin Parkway (c’est fou le nombre de références à cet homme dans cette ville), où sera donné le départ. À mesure que je m’approche de l’endroit désigné, je remarque que plus en plus de gens arrivent de toutes les rues et convergent vers le même endroit. Celui où je me rends, bien évidemment. Rendu sur place, c’est une véritable fourmilière: il y a du monde partout. Ouais, moi qui espérais un peu d’intimité pour mon arrêt obligé d’avant-course…

Je réussis à trouver un endroit moins fréquenté. Quand je remets le nez à l’extérieur quelques minutes plus tard, l’endroit n’est plus “moins fréquenté”. C’est fou, partout où je regarde, c’est plein de monde !  Je me dirige vers la rivière Schuylkill, à la hauteur des marches de Rocky, où se trouve un petit parc qui risque d’être un peu plus tranquille. Le soleil a commencé à se montrer le bout du nez, le vent est léger. Ouais, une belle journée en perspective.

Après quelques minutes passées à relaxer, je retourne vers le site de départ/arrivée. Je me place en file pour un dernier soulagement de pression d’avant-course. J’ai enfilé un imperméable jetable par dessus mon coupe-vent, question de me garder au chaud et de ne pas dépenser d’énergie inutilement avant la course. Le monsieur derrière moi engage la conversation en me parlant de mon imper, justement. De fil en aiguille, j’apprends qu’il en sera à son premier marathon, il est un peu nerveux. Quant à moi, je ne me souviens pas avoir été si relaxe avant une course. J’ai dormi une pleine nuit et je n’ai aucune idée du temps que je vais faire. Ni de celui que je veux faire.

Je pense que mon air relaxe le rend encore plus nerveux. Il voit que je suis dans le même groupe que lui (le couloir noir) et il s’excuse presque d’avoir entré 3h30 comme temps visé. Je n’ose pas lui dire que j’ai écrit 3h25 (c’était avant Ottawa, je le savais-tu que je pouvais faire 3h12 moi ?). Je lui dis de ne pas s’en faire, qu’il a juste à se tenir à l’arrière du groupe s’il ne se sent pas confiant. On parle un peu d’entrainement, de stratégie de course. Il me parle d’une technique qui incorpore des pauses de 30 secondes de marche dans la course. Il me dit que ça peut même aider ceux qui courent en 3 heures. Ouais, bon, sais-tu chose, je pense que je vais faire à ma tête, ça m’a assez bien servi jusqu’à maintenant…

Par après, je me rends sur le parcours proprement dit. Je fais les derniers mètres en petit jogging, question d’amorcer un réchauffement. À l’avant du couloir noir se tient le lapin de 3h15. Les gens commencent à s’agglutiner autour, lui posent toutes sortes de questions. J’écoute un peu. On voit qu’ils sont nerveux et moi, je commence à m’énerver… parce que je ne le suis pas !  Il semble très gentil et habitué à ce genre de tâche, je pense bien qu’il va faire une bonne job. J’aimerais vraiment faire ça un jour.

Comme il y a un bon espace entre le couloir noir et le couloir marron (celui des moins de 3h10), je me tiens entre les deux. Je remarque qu’une clôture temporaire a été dressée à la hauteur du couloir marron,  ce qui veut dire qu’ils partiront avant nous et que les “noirs” seront de la deuxième vague. Et de l’autre côté de la clôture, je remarque la présence du lapin de 3h05. Bon, on va définitivement laisser faire pour le suivre, celui-là.

Je retourne donc vers le lapin de 3h15. Mais c’est qu’il est rendu envahi, ma parole !  Et derrière lui, ça commence à s’empiler aussi…  Bon, je vais devoir partir de la bande de Gaza entre les marron et les noirs on dirait. Pas grave. Plus grave par contre: ma foutue vessie s’est encore emplie. J’envisage de sauter la clôture (au sens propre là !) et aller me soulager derrière un arbre. Barbara ne vient me rejoindre que plus tard, alors pas de risque de me faire gronder… Petit coup d’oeil à ma Garmin: il est 6h59. Shit, trop tard.

L’annonceur se fait aller depuis tantôt, mais je n’écoute pas vraiment. Je remarque toutefois qu’une « traductrice » retransmet l’information en langage par signes. Une première pour moi dans ce genre d’événement. Et ceux dans le fond, dans le coin des marches à Rocky, ils font comment pour la voir, hein ?

Puis l’hymne national commence. Ha les Américains… Chanté a capella et avec beaucoup de retenue par une femme à la voix magnifique, j’ai beau ne pas être du genre patriotique (on ne peut vraiment pas en dire autant des habitants de la ville !), je sens un frisson qui commence à parcourir mon échine. J’arrête tous mes réchauffements, enlève ma casquette et écoute le reste de cette superbe pièce. Pas la main sur le coeur comme plusieurs, mais avec respect. Car oui, je le trouve beau, leur hymne national, meilleur que le Ô Canada qui fait tant triper nos voisins si « Canadians » (et par pitié, amis souverainistes, ne me parlez pas de Gens du Pays…). Il n’y a rien pour battre l’ancien hymne national soviétique, par contre, mais bon..

Peu de temps après, ce sont les handcycles qui prennent le départ. D’où je suis placé, je ne vois rien. Il y a toutefois autre chose dans mon champ de vision: l’hôtel de Ville, droit devant moi. L’urbanisme de la ville a été créé de façon à ce qu’on puisse voir le Musée d’Art de Philadelphie (en haut des marches à Rocky) à un bout de Benjamin Franklin Parkway et l’hôtel de Ville à l’autre bout. À la lumière du petit matin, il n’y a pas de mot pour décrire la beauté de l’endroit.

Trois minutes plus tard, coup de klaxon, le départ pour l’élite et les coureurs marron est donné. La foule, déjà très nombreuse, les applaudit à tout rompre. Une fois que les meilleurs d’entre nous sont rendus assez loin, la clôture temporaire est enlevée. Bientôt, ce sera notre tour…

Impossible de battre deux fois son record personnel la même année ? Ben voyons donc !

Bon, je serai bref, vu qu’on a une ville à visiter…

Température idéale, parcours relativement facile (quoi que pas si plat que ça), fin de saison, tout est tombé en place aujourd’hui. Je n’ai pas encore pu trouver les résultats officiels, mais ma Garmin me donne un 3:06:11. Ouais, un autre PB joyeusement « crushé » !  🙂

Je pense que celui-là va demeurer dans mon livre des records personnels pour le restant de mes jours. 🙂

L’avant-course

Ça y est, la lune de miel entre nous et la ville de Philadelphie est maintenant chose du passé. Nous nous sommes faits aborder, à deux reprises, d’une façon assez agressive sur la rue cet après-midi. La première fois, une jeune noire de qui on n’a pas compris un traitre mot. Elle nous a enguirlandés comme nous poursuivions notre chemin. Pas tellement plus loin, c’était une jeune portoricaine qui ne nous demandait pas de l’argent, non, mais une pizza (!). Barbara lui a répondu que nous ne parlions pas anglais, mais bon, sa phrase était légèrement trop fluide pour que ce soit crédible, alors nous avons eu droit à un autre petit char de bêtises. Ouais, on mange mieux ici, mais on est plus tranquille dans la Grosse Pomme…

Bon, parlons course maintenant. Nous sommes allés chercher ma trousse hier soir, question de découvrir un peu les environs et de se dégourdir les jambes. En même temps, je voulais montrer à Barbara de quoi a l’air une vraie expo-marathon. Parce qu’au Vermont 50, on ne pouvait vraiment pas appeler ça comme ça !  Arrivés sur place, nous avons découvert une chose: le Convention Center est immense. Notre place Bonaventure et notre Palais des Congrès font office de cabanons à côté de ça…

Après avoir marché des kilomètres à l’intérieur (j’exagère à peine), nous nous sommes retrouvés à l’entrée de l’expo. Je me suis alors mis à chercher l’endroit où les dossards étaient distribués. Et il a fallu que je fasse preuve de persuasion et que j’utilise des arguments-chocs (genre: « Je suis rendu à combien de marathons, donc ? ») pour ne pas aller à une table où trois dames étaient assises et semblaient donner des indications au gens. Mais l’amour de ma vie semblait absolument vouloir que j’aille là. Ha la diplomatie dont il faut faire preuve, parfois… 😉

Finalement, la remise des dossards se faisait dans le fond du hall d’exposition. Les indications étaient claires et il n’y avait pas beaucoup de monde, alors j’ai récupéré le précieux papier en moins de deux. C’est lorsque j’ai voulu savoir la « fourchette » des temps visés par ceux qui seront assignés au même couloir que moi que ça s’est un petit peu compliqué. Prenez mon anglais rouillé, mélangez-le avec l’oreille peu habituée d’une jeune adolescente qui visiblement ne connaît rien aux termes associés à la course et vous avez la recette idéale pour l’incompréhension entre deux personnes. Quand elle s’est mise à m’expliquer que la puce électronique était dans le dossard, j’ai hissé le drapeau blanc.

Finalement, nous sommes tombés sur un tableau indiquant les temps reliés à chaque couloir. Pour le noir (le mien), c’est entre 3h10 et 3h30. Barbara de me demander: « Tu ne veux quand même pas aller plus vite que ça ? ». Ben, heu, comme il n’y aura pas de lapin de 3h10, j’aurais peut-être suivi le 3h05, genre…

Pour ce qui est du t-shirt officiel, il est vraiment bien. Gris à manches longues avec le dessin du parcours dans le dos. Il y a juste que je me demande bien pourquoi la dame qui m’a donné le mien m’a questionné à propos du « stupid smile on my face ». De quessé ?  C’est mon smile naturel, si vous trouvez qu’il a l’air stupide, est-ce que ça veut dire que mon air naturel est… ?  Enfin…

Nous avons fait assez rapidement le tour de l’expo. J’avoue que je m’attendais à mieux. Il y avait plusieurs kiosques de linge qui ressemblait à du stock que les boutiques de sports essaient de se débarrasser et les habituels chiro, physio et ergo machins qui se proposaient d’analyser nos pieds, notre posture, etc. Ben oui chose, à 36 heures de la course… Heureusement, il y avait également les kiosques « d’alimentation ». J’en ai trouvé un qui vendait des gels GU (mes préférés) 1$ chacun ou… 5$ pour 5 (je suis très sérieux, c’était vraiment affiché comme ça) !  J’ai donc fait le plein de ce côté, vu que je paie habituellement au moins le double de ce prix-là. Je me suis aussi acheté une casquette portant la mention (traduction libre): « Prière de mettre ma Garmin sur pause si je m’évanouis ». Je vais évidemment la porter demain. 🙂

Pour le reste, disons que je n’ai pas été le plus studieux des élèves en ce qui concerne le parcours. Je me suis rendu sur le lieu du départ, question de savoir combien de temps ça prend (un gros 15 minutes si je prends bien mon temps). J’ai fait un petit bout sur le parcours et ai constaté qu’il y avait des faux-plats, alors attention. Pour ce qui est des principales côtes, je voulais aller en faire une reconnaissance, mais bon, rendu à 15h, je trouvais que j’avais assez marché pour la journée et qu’il serait plus profitable pour moi d’aller faire reposer mes jambes. Ma petite promenade dans le coin du départ m’a fait changer d’idée sur un point: l’habillement. En effet, à l’ombre des édifices, entourés de béton, on a l’impression qu’il fait plus froid que la température annoncée. Par contre, quand on se retrouve soleil, c’est une autre paire de manches. Je partirai donc en shorts. Vaut mieux geler un peu au début que mourir de chaleur dans les derniers kilomètres.

Je crois bien que c’est le marathon pour lequel je me suis le moins reposé la veille. Après tout, on ne vient pas à Philadelphie à toutes les semaines. Ajoutez à ça une variable inconnue: la pollution, probablement pire qu’à Montréal où j’ai remarqué avoir souvent de la difficulté. Bref, je vais probablement partir sagement avec le lapin de 3h15 et voir par la suite comment ça se déroule. Il faut aussi que je m’arrange pour être fonctionnel lundi, on a du tourisme à faire, quand même ! 🙂

Phi-la-del-phi-a…

(Avis: le iPad et WordPress sont vraiment incompatibles. Un de mes collègues m’a suggéré une application pour me faciliter la tâche quand vient le temps d’écrire, mais quand je fais un « coller » de mon texte, celui-ci se retrouve entièrement dans le titre du message. Pas tellement pratique. Donc, il se pourrait que les posts des prochains jours soient, comme au Vermont, plus courts que d’habitude.)

La triste et si merveilleuse chanson de Neil Young, tirée du film du même nom, me revient toujours en tête quand je pense à Philadelphie. Nous y sommes depuis 15h30 hier, après un périple sans histoire, mise à part la petite visite d’un coin perdu entre New York et Philadelphie, gracieuseté de notre super-GPS. Nous avons été pris dans la circulation plus longtemps dans ces petits bleds pas rapport que lorsque nous avons approché la ville, c’est bien pour dire.

La beauté du Marathon de Philadelphie est que tout se déroule en ville. Le départ et l’arrivée sont situés sur Benjamin Franklin Parkway, les « Champs-Élysées de Philadelphie », avec le fameux Musée d’Art en arrière-plan. Pour les incultes comme moi, ce musée est construit tout en haut du fameux escalier que Rocky monte en sprintant dans le premier film et saute en signe de triomphe en arrivant tout en haut. J’y suis allé faire un tour tantôt et il y a bien 4 ou 5 personnes qui l’ont imité pendant les quelques minutes où j’étais là. Trop drôle ! Je dois toutefois avouer que la vue y est tout simplement magnifique (une température automnale parfaite ne nuit pas non plus). Quant à Rocky lui-même, sa statue portait fièrement le t-shirt officiel du marathon. Je me suis demandé s’ils en fabriquaient un spécialement pour lui, parce que ladite statue m’a semblé pas mal plus grande que nature…

Nos premiers contacts avec la ville n’ont été que positifs jusqu’à maintenant. Ça bouge, mais ce n’est pas complètement fou. La ville est très propre, facile à s’orienter et nous avons toutes les commodités près de l’hôtel. Entre autres, nous avons trouvé deux marchés tout près, ce qui nous permettra d’éviter d’être toujours au restaurant. Disons que New York aurait des choses à apprendre de ce côté-là… Aussi, à première vue, l’architecture est vraiment belle. L’hôtel de Ville et une église nous sont entre autres tombés dans l’oeil. Disons que jusqu’à maintenant, je ne vois aucun lien avec la chanson de Young…

Bon, je dois aller rejoindre ma tendre moitié pour le dîner, je parlerai course un peu plus tard.