Presque rassuré

Premier vrai jour de vacances. Parce que malgré la belle fin de semaine qu’on vient d’avoir, on ne peut pas vraiment dire qu’il s’agissait de vacances. C’était plutôt encore la fin de semaine… Et qu’est-ce que j’ai fait pour célébrer les début de ces vacances tant attendues ?  Ben voyons, je me suis tapé un 40 km à mon maintenant fétiche mont St-Bruno !  🙂

40 km, c’est un symbole. Pas parce que c’est presque un marathon, mais bien parce qu’il s’agit de la moitié de la distance que j’aurai à parcourir dans exactement deux mois. Et je l’avoue bien candidement: depuis deux semaines, je commençais à douter. Sérieusement.

Comme mes deux dernières longues sorties en sentiers s’étaient plutôt mal passées, je me suis mis à mer remettre en cause. Suis-je vraiment fait pour ça ?  Et si le marathon, c’était ma véritable limite ?  Pourquoi aller si loin, donc ?  Et si je me casse la gueule ? Pourquoi investir tant de temps pour se dépasser ainsi ?  Plein de doutes, plein d’interrogations qui se résument en peu de mots: pourquoi et en suis-je capable ?  Si je sors vidé de sorties de 33 et de 36 km, de quoi vais-je avoir l’air le jour où je devrai en faire 80 ?  J’avais beau dire qu’il faisait chaud, mais la chaleur, il va bien falloir que je vive avec s’il y en a le jour de la course…

Il y avait toutefois un élément qui manquait à mon entrainement: la marche. On dit généralement qu’il faut apprendre à marcher avant d’apprendre à courir. Dans mon cas, c’était l’inverse: il me fallait apprendre à marcher maintenant que j’étais un bon coureur. Malgré ce que je le lisais partout, je ne pouvais me faire à l’idée qu’il fallait que je marche. Pour moi, une course, c’était courir, point. Si on court un marathon, on peut courir un ultra, non ?

Hé bien, pour les pauvres mortels, ça a l’air que non. Je me suis donc résigné et aujourd’hui, mon idée était faite: j’allais marcher les montées. Si ça ne fonctionnait pas, j’étais pas mal à bout de solutions. Mais, sans jeu de mot poche, je dois l’avouer: ça marche !!!  40 km parcourus à une cadence moyenne plus lente de… 1 seconde au kilomètre que la semaine dernière. Et plein d’énergie pour continuer à l’arrivée, avec en prime la confiance revenue à son top après les trois derniers jours de course. La vitesse de pointe est encore là, l’endurance monte tranquillement, les habiletés en montagnes aussi. J’ai déjà hâte à la semaine prochaine… 🙂

Je ne peux toutefois passer sous silence ma rencontre-éclair avec ma tête à claques préférée: le bon chauffeur du pick-up zélé. Je ne sais pas s’il m’a reconnu, mais moi si. J’ai compris pourquoi il m’avait tant fait ch…: il a vraiment, mais vraiment, une face à taper dedans. Air bête de mes deux… Il était dans un sentier, un cellulaire à l’oreille, faisant semblant de superviser un employé qui coupait un arbre à la scie à chaine. Du con, tu fais quoi avec un cellulaire quand il y a un tel vacarme ?!?   Il m’a jeté un regard un peu hautain, agrémenté d’un soupçon de mépris, pas foutu de se déplacer d’un quart de poil pour me laisser passer. Pis le zélé, encore sur le power trip ? Oui, je sais, j’en ai vu des choses en 5 secondes. J’ai peut-être un peu trop d’imagination. Mais que voulez-vous, il m’est totalement antipathique. Il y a du monde de même…

 

Course et amitié

Ceux qui me connaissent sont unanimes: on ne peut pas dire que je fais partie des gens qu’on pourrait définir comme « sociables ». Je ne suis pas à l’aise dans les gros groupes, particulièrement quand je suis entouré de personnes que je ne connais pas, ou très peu, ou avec lesquels j’ai peu d’affinités. Barbara, ma conjointe, est tout le contraire de moi de ce côté et je l’envie un peu. Mais je suis comme ça, que voulez-vous… Il parait que ça fait souvent partie de la personnalité des coureurs longue distance. Ha ben cout’ donc: 5’10 », 150 livres, plutôt solitaire, je n’avais pas le choix: je devais courir !  🙂

Ceci dit, mes amis sont très importants pour moi. Et hier, après en avoir parlé plusieurs fois par courriel, mon amie Maryse et moi sommes allés courir ensemble dans les sentiers de mont Royal. Bien que je cours toujours seul (ho surprise !), j’avais hâte. À défaut de pouvoir partager ce plaisir avec l’amour de ma vie (maudite arthrite de m… !), j’avais hâte de montrer ces sentiers à celle qui me surnomme son « mentor », lui faire voir ce que mon petit gars intérieur aime tant en parcourant ces sentiers si bien tenus et ma foi, si peu fréquentés.

(Parentèse: je suis fasciné de constater à quel point on ne croise jamais personne dans ces sentiers. Sous l’orage, je pouvais comprendre, mais par un merveilleux samedi matin ?  Tous les coureurs étaient sur le chemin Olmsted. On a peut-être croisé quoi, 4-5 personnes ?  Très étonnant, je dois avouer)

Maryse craignait de me ralentir, mais je m’en foutais éperdument, de ma vitesse. Je me fais un orgueil de l’avoir un petit peu inspirée à courir, d’avoir un tant soit peu contribué à la réussite de son premier 20 km alors ma vitesse du jour, je l’avais où, vous pensez ?  Je l’ai convaincue en lui disant que ça me ferait du bien, faire une course un peu plus lentement. Ce que je devrais faire… et que je ne fais jamais !  On dirait que je dois toujours me dépasser, aller le plus vite possible. Il ne faut pas, il faut récupérer de temps en temps, aussi…

Ceci dit, la course en sentiers, ce n’est pas une sinécure. Montées, descentes, roches, racines. Disons que le terrain a permis à mon amie de découvrir un autre aspect de cette version un peu particulière de notre sport: le paysage. Quand on s’entraine sur route, il nous arrive souvent de regarder le chronomètre, de suivre à la trace notre progression et par le fait même, moins apprécier ce qui nous entoure. En sentiers, si on voit un beau paysage, on s’arrête. Et au mont Royal, il y a quelques endroits où la vue sur la ville est tout simplement imprenable. On s’est donc arrêtés à quelques reprises pour admirer la ville et jaser un peu. Rien ne pressait, non ?

Une fois la couse terminée, retour à la maison où Barbara nous avait préparé un de ses beaux petits dîners que j’aime tant. Un peu plus tard, Yanick, le mari de Maryse, est venu nous rejoindre accompagné de leurs quatre petits trésors.  Quatre belles petites filles, âgées entre 4 et 9 ans, qui avaient plein d’histoires à nous raconter.

Piscine, plaisir et bon repas entre amis. Oui, une superbe journée où nous nous sommes donnés le plus beau des cadeaux qui soit: du temps. Parce qu’avec la vie moderne, il n’est pas toujours facile de trouver du temps pour se voir et hier, on se l’est donné.

Le rapport de tout ça avec la course et l’entrainement ?  L’équilibre. Tout dans la vie est un équilibre et bien que j’aie comme objectif de courir un 50 milles dans deux mois (gulp !), je n’y parviendrai pas sans une vie équilibrée. Et ça, ça passe par du temps avec ceux qui me sont chers.

J’ai d’ailleurs eu des résultats dès ce matin. Depuis quelque temps, peut-être à cause de la chaleur, il m’a semblé que mes sorties rapides l’étaient justement moins. Je suis parti pour un 15 km sans objectif précis, juste pour voir. Après 3 ou 4 kilomètres un peu difficiles, je me suis mis, à mon grand étonnement, à en aligner sous les 4 minutes (oui, je regardais le chrono !).  Un premier 10 km en moins de 41 minutes, malgré la relative chaleur et admettons-le, quelques onces d’alcool la veille… J’avais peine à y croire.

J’avais donc raison: la sortie d’hier m’a aidé au plan sportif tout en nous permettant de passer du temps entre amis. Joindre l’agréable à l’agréable, peut-on vraiment demander mieux ?

Donc, monsieur Guérette, si lu lis ceci, sache que j’ai très hâte que tu me fasses découvrir « ta » montagne !  🙂

Courir: c’est dispendieux ou pas ?

Au cours des dernières décennies, il y a eu deux vagues dans la pratique de la course à pied. La première a déferlé à la fin des années 70 et au début des années 80. Au Québec, les Jeux de 1976 à Montréal, bien qu’ils nous aient laissé une dette colossale, ont eu uneffet très positif sur la pratique de notre sport. Et le tout a culmuné avec les grandes années du marathon de Montréal, auquel participaient entre 8000 et 9000 personnes. Oui oui, pour le marathon seulement !

L’autre vague, on la vit depuis quelques années et j’en fais partie. Le lien entre ces deux époques ?  Des difficultés économiques. Il semblerait que les gens sont attirés par la simplicité et le faible coût de cette activité.

Mais est-ce que courir est si peu dispendieux ?  À ça je répondrais: oui et non. Bien sûr, ça ne peut pas se comparer au golf, qui même pratiqué en coupant les dépense, revient tout de même assez vite un « money pit ». Quand je suis allé au champ de pratique dernièrement, j’ai été sidéré d’apprendre qu’un panier de balles régulier coûtait maintenant 9$ !  Quoi, neuf piastres ?  Pour frapper une soixantaine de balles ? Ho la la…

Mais qu’en est-il de la course ?  Le gros, gros avantage est qu’il n’en coûte à peu près rien pour s’y initier. Une paire d’espadrilles, une paire de shorts, un t-shirt et on peut commencer à courir. Si on n’aime pas, bien on n’est pas pris avec un vélo, un canot, un équipement de golf ou tout autre bidule qui a nécessité un investissement à l’origine.

Si on aime, par contre… Ha oui, maintenant si je veux courir quand il fait plus frais ?  Ou venteux ?  Et en plein hiver, on s’habille comment ?  Il existe évidemment des vêtements pour toutes les saisons, fabriqués avec des fibres adaptées. Et ces vêtements sont bigrement efficaces tout en étant la plupart du temps très légers. Sauf qu’il faut les payer…

Même chose pour l’équipement essentiel à la pratique de la course: les souliers (certains prônent la course pieds nus, mais ça, c’est une autre histoire). Comme bien du monde, j’ai commencé avec des multi-sports de gymnase. Mais une fois qu’on a essayé des vrais souliers de course, évidemment plus question de revenir en arrière. Le coussinage, la forme, l’aération, le poids, tout est fait pour courir avec ça !  Sauf que le coussinage, ça s’use et quand on fait pas mal de kilométrage, on passe 3-4 paires par année… et on remplit les placards !  🙂

Ajoutez à ça les gadgets technos (partir sans mon chrono GPS ?  Jamais !), les kits d’hydratation,  ce qui a rapport à la nutrition…

Et puis, si on court, c’est souvent avec un objectif en vue, non ?  Il y a donc les frais d’inscription aux compétitions qui entrent en ligne de compte. Là-dessus, laissez-moi avoir ma petite montée de lait mensuelle (ok, hebdomadaire…). J’ai souvent entendu des commentaires tellement, mais tellement stupides du genre: « C’est-tu niaiseux de payer ce prix-là pour aller courir dans les rues quand tu peux aller courir gratis en sortant de chez vous ! ». Habituellement délivrés par un non-sportif, ce genre de commentaire m’amène souvent à répondre par un long silence sous-entendant très clairement: « C’est qui le niaiseux ? ». L’organisation d’une course, du con, ça se paye tout seul, tu penses ?  La location des toilettes, des barrières, le système de chronométrage, le système de son, les dossards, le lieu pour l’expo-marathon, etc. Comme m’a souvent dit mon père, il vaut mieux laisser croire qu’on est un imbécile en ne prononçant aucune parole que de ne plus laisser aucun doute à cet égard en ouvrant la bouche. Que c’est bien dit…

Bon, revenons à nos moutons. Aux frais associés aux compétitions s’ajoutent évidemment les frais de déplacements si on a à s’éloigner. Mais une compétition est habituellement une bonne excuse pour visiter une nouvelle ville. C’est ce que je ferai à Philadelphie en novembre et espérons-le, à Boston en avril.  🙂  Bon, je suppose que le sud du Vermont, c’est plus tranquille, mais à la fin septembre, les paysages doivent être magnifiques. N’est-ce pas, mon amour ?

Tout ça pour dire que malgré les apparences, courir, ce n’est pas toujours tout à fait donné. Mais contrairement à d’autres activités, au final, ça coûte ce qu’on veut bien y investir. Ça fait partie de la beauté de ce sport. L’important étant d’aimer ce qu’on fait et surtout, de la manière dont on le fait.

Appelez-moi Imelda ou Carrie

Hier après-midi, ma dulcinée revient d’un lunch avec une amie du secondaire qu’elle a retrouvée grâce à Face de Bouc. Après avoir jasé  un peu dudit lunch, elle me demande : « Et puis la course, comment ça a été ? ».  « Pas mal pour une course du samedi à la chaleur », que je lui réponds « Mais je pense que mes souliers de route sont vraiment finis… »

J’ai eu droit à un soupir comme réponse…

Ok, je plaide coupable…  Appelez-moi Imelda Marcos ou Carrie Bradshaw si vous voulez, je le mériterais peut-être même  un tout petit peu: mon (en fait, mes) placard(s) est (s0nt) rempli(s) de souliers. Ha, vous devinez bien que contrairement aux possessions de ces dames, les miens ont tous beaucoup servi, mais quand même. Sous les pressions de ma tendre moitié, j’en ai fait le compte il y a quelque temps: j’ai neuf paires de souliers de course. Neuf !  Et quand mes Asics III avec lesquels j’ai vécu un printemps de rêve laisseront leur place aux Asics IV et que j’aurai mon autre paire de souliers de trail (il semblerait que c’est préférable d’en avoir deux pour une course, question de changer à mi-parcours), j’en serai rendu à onze. Vous comprenez le découragement de Madame ?

Pourquoi autant ?  Tout d’abord, il y a deux paires qui servent “activement”, c’est-à-dire avec lesquels je cours: mes Salomon de trail que je me suis récemment procurés et mes Asics pour la. Les autres ?  Le coussinage étant fini et/ou la semelle trop usée, ils sont en “deuxième vie”, comme on dit. Il y a une paire qui sert pour aller promener mon petit jappy-toutou et les autres, ben, heu… je les garde « pour faire de la peinture »?

Sauf qu’entre vous et moi, on n’a pas si souvent des travaux de peinture à faire, hein ? Disons que j’en garderais une paire pour ça, au cas où. Pour le reste ?  Le pire, c’est que je ne peux même pas faire les travaux d’entretien extérieur avec ces souliers: comme ils sont très aérés, ils laissent passer la poussière et si je les enfile pour faire le gazon ou entretenir un aménagement paysager, je me retrouve avec les pieds bruns ou verts à la fin de la journée. Donc, des bas tachés et des pieds pleins de cochonneries. Pas génial. Par contre, les souliers de trail, une fois finis, peut-être que… Faire le gazon avec des souliers rouge-orange, ce serait cool, non ?

Ça fait que tout ce beau monde  reste dans les placards. Et quand on passe entre trois et quatre paires par année, ça monte vite… Pourquoi je ne les jette pas ?  Attachement “sentimental”, je suppose. J’ai vécu des belles émotions grâce à ses machins, je trouve ça un peu bête de les foutre aux poubelles comme ça, alors qu’ils sont encore tout à fait potables. Et puis, à 160-180$ la paire, ça me fait mal au coeur… Je les accumule donc, faisant semblant de ne pas voir le ridicule de la situation tout en tentant d’ignorer les appels à la raison répétés de l’amour de ma vie.

Et le pire, c’est que j’en ai tout de même jetés quelques paires au cours des années et je soupçonne que certaines autres ont trouvé le chemin du dépotoir sans que je le sache.

Pathétique ?  Oui, peut-être un peu…  🙂

Sortie de 36 km au mont St-Bruno ce matin. Comme j’ai utilisé un petit peu plus mon cerveau, ça a été un petit peu moins pénible que la dernière fois. Mais j’ai encore bien des progrès à faire… Plus facile de faire 50 milles qu’un marathon ?  De moins en moins sûr !

Et bonne nouvelle : pas de pick-up rencontré durant la demi-heure où j’étais « illégal »… 🙂

Sous l’orage

Bah, la pluie, ça ne dure jamais longtemps en été…

C’est ce que je me disais quand je suis parti de chez moi mardi matin. Je m’attendais à faire une autre course dans la chaleur humide. Bien j’ai été plutôt servi côté humidité !  Il a plu tout le long du trajet m’amenant au pied du mont Royal et j’ai dû m’abriter sous un arbre pour faire mes réchauffements.

Pendant que je m’échauffe, je regarde distraitement l’endroit où aboutit le chemin Olmsted. Même à cette heure matinale, il y a habituellement une panoplie de coureurs qui arrivent et qui partent. Ce matin, je vois seulement une coureuse arriver. Ouin, je pense que je vais avoir la paix aujourd’hui…

Bon, avec les nuages et la pluie, premier problème technique: tout comme le satellite qui nous transmet les signaux pour la télé, celui ou ceux dont se sert mon GPS pour me donner des infos sur ma progression jouent à cache-cache. Je suis planté là, à la pluie, devant la statue de Georges-Étienne Cartier, à attendre que mon foutu GPS finisse par trouver ses signaux. Allô, il pleut !  Est-ce que je peux commencer à courir ?

Finalement, la technologie moderne me donne le OK et je pars. Je n’ai pas posé le pied dans le premier sentier que j’entends le tonnerre gronder. Et les nuages se mettent à passer du gris au noir, la pluie d’agréable à « vache qui pisse ». Dans le bois, j’ai peine à voir où je mets les pieds. J’ai beau commencer à connaitre le coin, on ne sait pas tout par coeur: roches, racines, etc. Mais ce sont des conditions auxquelles je dois m’habituer, au cas où… Et comme il fait chaud, la pluie ne dérange pas tant que ça.

Pendant l’ascension, je dois obligatoirement faire un bout sur le chemin Olmsted. Et là, je suis vraiment exposé au derrière de la vache. Et elle a toute un envie !  Il n’y a définitivement plus un seul centimètre carré de mon corps qui n’est pas déterempé!  Arrivent enfin les « vrais » sentiers. Ouf, je suis un peu plus à l’abri, mais on dirait qu’il fait encore plus noir que tantôt… Pour les montées, ça ne va pas si mal, mais pour les descentes, je dois ralentir car je ne peux distinguer si le sol mouillé est en terre ou en roche. C’est que la roche, c’est un tantinet plus glissant et je n’ai vraiment pas envie de me péter la marboulette, moi !

Rendu au belvédère, je décide d’aller jeter un coup d’oeil à la ville, question de l’admirer à la pluie. Ouais, bon, pas grand chose à voir: on dirait que les nuages la couvrent. Je repars. Les sentiers commencent à être remplis de flaques d’eau. Au bout d’un certain temps, je ne me donne même plus la peine de les contourner: je passe dedans. Et je continue à avancer à la vitesse vertigineuse d’un escargot, redoublant, retriplant même de prudence dans les descentes. Sans compter mes souliers qui commencent à alourdir…

Et l’orage qui continue de tomber. Les éclairs suivis de coups de tonnerre: ok, il semble assez loin. Je me sens tout de même comme dans le film Apocalypse Now: j’entends la musique de Wagner pendant que les bombes pleuvent autour de moi. Au lieu de faire du surf comme dans le film, je cours dans le bois. Puis, une idée me traverse l’esprit: et si la foudre frappait un arbre juste à côté de moi ?  Je lis déjà la première page du Journal de Montréal: « Un ingénieur d’Hydro-Québec tué par la foudre au mont Royal ! »  Et j’imagine le journaliste expliquer bêtement à ses lecteurs que j’aurais dû connaitre les risques, avec ma formation, et patati et patata. Oui, je les connais les risques, mais j’ai le droit de m’amuser, non ?

Parce que oui, je m’amuse comme un petit fou. Même avec l’orage qui ne tempère pas ses ardeurs. Les sentiers les plus larges sont maintenant des torrents où j’ai de l’eau aux chevilles. J’essaie d’emprunter les plus petits sentiers, mais il sont gorgés d’eau. Et j’avance toujours aussi lentement. S’il fallait que ce soit comme ça au Vermont 50 ?  Aille, 80 km comme ça ?  Pas certain de trouver ça amusant aussi longtemps, moi !

Finalement, l’orage se calme et laisse place à « seulement » de la pluie moins forte. Je peux maintenant voir où je vais. Les sentiers se drainent assez rapidement et à défaut d’être secs, redeviennent presque praticables. Puis je me rends compte d’une chose: je n’ai pas glissé une seule fois. Malgré les roches, les racines, la boue. Je dois me rendre à l’évidence: les souliers de trail, c’était extrêmement important par de telles conditions. Essentiel, même.

À la fin, je peux redescendre à pleine vitesse et compléter les 18 km que j’avais prévus faire. Les jambes couvertes de boue, le t-shirt et les shorts transpercés, le sourire au visage. Les très nombreux absents (j’ai rencontré plus de chiens que d’êtres humains !) de la montagne ont vraiment manqué quelque chose !

Le plus ironique dans tout ça ?  J’ai pris mon parapluie pour la petite marche de 15 minutes entre mon auto et le Saint Siège !  🙂

L’ultime ultra

Hier matin 9h, j’ai eu une pensée pour eux. Même chose à 11h, puis à 13h: ils partaient en trois vagues. Eux, ce sont les vrais de vrais, les fous (des folles aussi, il y a des femmes) comme je les appelle. Ils étaient 96 cette année à s’attaquer à la course considérée comme la plus difficile, la plus impitoyable de toutes: le Badwater 135. Le lien vers le site web de cet ultramarathon se retrouve sur cette page, sous la rubrique « Jamais dans 100 ans ».

Pour les non-initiés, cette course débute à 282 pieds sous le niveau de la mer à Badwater Basin, dans Death Valley en Californie et se termine 135 milles plus loin (soit 217 merveilleux kilomètres), au pied du mont Whitney, à une altitude de 8360 pieds. Non seulement ils ne se contentent pas d’organiser cette pure folie à l’endroit même où la température la plus élevée jamais atteinte dans l’hémisphère ouest a été enregistrée, ils le font en plein mois de juillet. Mais les organisateurs sont tout de même cléments: auparavant, la course se terminait au sommet du mont Whitney, 22 milles plus loin. Mais bon, comme cette montagne fait partie d’un parc, les autorités y interdisent désormais la tenue de compétitions. Les participants peuvent toutefois compléter la route s’ils se défont de leur dossard et ont les permis nécessaires. Et oui, il y en a qui le font…

Qui participe à ça ?  Des ultramarathoniens chevronnés, il va sans dire. Très chevronnés, même. Les athlètes désirant subir cette véritable torture doivent répondre à de multiples critères, tous bien décrits sur le site web de la course. Et détail non-négligeable: payer les frais d’inscription qui s’élèvent à 995$ américains.  Si on tient compte du fait que chaque athlète a habituellement deux équipes de support (chacun devant obligatoirement avoir une voiture qui le suit en permanence) et de toute la logistique reliée à la réalisation d’un tel exploit, ça me surprendrait beaucoup que ça revienne à moins de 10000 $ comme promenade dans le désert.

Les prix à gagner ?  Une belle boucle de ceinture à l’effigie de la course pour ceux qui l’ont terminée en moins de 48 heures. Oui, vous avez bien lu: il y en a qui prennent 48 heures pour faire ça. Deux journées complètes. Dans le désert, à plus de 40 degrés à l’ombre (et comme il n’y a pas vraiment d’ombre…). Pour une boucle de ceinture. Et moi qui les admire… Le gagnant ?  La même chose que les autres, à part le prestige d’avoir gagné. Pas un sou de plus.

J’ai lu toutes sortes d’histoires au sujet de l’entrainement que les participants s’imposent pour s’adapter au climat plutôt inhospitalier. Il y a écidemment le classique gars qui s’entraine avec un parka en plein été. Mais il y en a une qui m’a marqué plus que les autres. C’était un Canadien, donc pas vraiment habitué aux hautes températures, qui voulait se préparer pour cette course. Ce qu’il a fait ?  Il s’est construit une serre dans sa cour arrière et y a installé un tapis roulant. L’histoire ne dit pas s’il avait installé un séchoir à cheveux qui, pour imiter le vent désert, lui aurait soufflé de l’air chaud dans le visage. Tant qu’à y être… Quand j’ai raconté cette histoire à ma conjointe, elle s’est empressée de m’aviser que j’aurais droit aux papiers de divorce le jour où je bâtirais une serre chez nous. Un homme averti…

À l’heure d’écrire ces lignes, 25 coureurs ont terminé l’épreuve,  5 ont abandonné et 2 autres ont manqué la « coupure » imposée à 28 heures au mille 72. Ça veut donc dire qu’il reste encore 64 coureurs qui sont sur le parcours depuis… 32 à 36 heures. Je suppose bien qu’ils prennent des pauses de temps en temps, que certains vont probablement même piquer un petit somme, mais quand même… Cette épreuve me laissera toujours bouche bée.

L’homme aux multiples exploits, Dean Karnazes, probablement l’ultramarathonien le plus connu de la planète, était de la partie cette année pour la 10e fois. Il a terminé en 12e position, en 29:57:50. Le gagnant, l’Américain Mike Morton, était quant à lui une « verte recrue »: il a terminé en 22:52:55 à sa première participation. Comment un homme peut-il parcourir 217 kilomètres sur ses deux jambes, dans le désert, en moins d’une journée ?  Ça me dépasse… Ha oui, autre exploit: le bon vieux Marshall Ulrich, 61 ans, qui est encore sur la route. C’est seulement sa 21e expérience à Badwater…

Non chérie, je t’assure que tu n’auras pas à te taper un voyage dans la vallée de la mort un jour…  Pourquoi j’en parle alors ?  Ben, parce que ça me fascine.  J’ai le droit, non ?  🙂

La chaleur et le zélé

Ça y est, j’entends déjà mon amie Maryse me traiter de mongol. Alors que tout le monde parlait de ne rien foutre en fin de semaine à part faire des ploufs dans une piscine, j’ai fait mes deux sorties au programme: un 15 km sur route hier et un 33 km au mont St-Bruno ce matin.

Comme ça avait plutôt bien été hier (4:12/km de moyenne), j’étais confiant. Tellement confiant que j’avais passé l’après-midi à rôtir au soleil pendant que j’appliquais de la teinture à quelques uns des cent (en tout cas, il me semble y en avoir au moins cent !)  panneaux de bois qui forment la clôture autour de notre terrain du 450. Samedi était supposée être la pire journée de cette canicule qui ne finit plus, non ?

Quand j’ai mis le pied dehors à l’heure des poules ce matin, j’ai déchanté: c’était le sauna. Norvégien, suédois, finlandais, je le sais-tu moi, mais c’était le sauna. Pas vraiment la bonne journée pour courir…  Mais bon, il faut habituer son corps à tout, non ?  S’il venait à faire cette température le 30 septembre, je fais quoi si mon corps ne l’a jamais subie ?

7h30, je m’élande donc, mon Camelbak rempli de deux litres de Gatorade, une bouteille d’eau supplémentaire à la ceinture, bouteille que je compte remplir de temps à autre. Je n’ai pas fait 1 km qu’un pick-up du parc se dirige vers moi. Quand je fais du sport, je hais les pick-ups. Viscéralement. Je ne sais pas pourquoi, mais on dirait que ceux qui conduisent les pick-ups ne voient ni vélos, ni coureurs. On ne fait tout simplement pas partie de leur monde. « Tu ne conduis pas un char ou un truck, tasse-toi de dedans le chemin ! » semble être leur devise. Je les hais.

Mais là, comme c’est un pick-up du parc, il fallait que le gars qui le conduit me voit… Il m’appelle d’un signe de la main. Shit, je n’ai pas payé (encore une fois), je viens de me faire prendre… La conversation commence:

– Monsieur, le parc parc ouvre à 8h… Avez-vous votre carte ?  Avez-vous payé ?

Non et non, du con. Mais si le parc est fermé, ça change quoi si j’ai payé ou pas? Et vos petites maudites boîtes vertes à l’entrée, elle ne donnent pas de change !!!  Je ne vous laisserez certainement pas un 20 $ dedans !   Non, je n’ai pas ma carte, je voulais aller l’acheter au centre de services. Le jour où je me ferais pogner, bien évidemment…

– Ça ouvre à 8 heures, vous allez devoir sortir. Ou aller payer à la petite boîte à l’entrée d’où vous arrivez. 7h50, ce serait correct, mais 7h30, c’est trop de bonne heure. Allez sur Internet pour commander votre carte et vous pourrez revenir après.

T’es zélé en criss toé !  Me semble que je vais me taper un autre 20-25 minutes de char pour aller cliquer ta maudite carte sur Internet. 30$, c’est juste 30$ !  Tu le veux où, au juste ?  Il va faire chaud aujourd’hui, il fait déjà chaud, penses-tu que j’ai envie de retarder ma course d’une heure ?  Tu me me fais perdre du temps, sacrament !  C’est que je n’habite pas ici, j’habite Ste-Catherine…  Je vais me rendre au centre de services et attendre l’ouverture…

– C’est fermé, vous n’avez pas le droit d’être dans le parc avant 8h. Vous devez sortir.

Va chier !  Pis mange ce qui sort !!!    OK, je vais retourner à mon auto, si c’est ce qu’il faut faire…

Je me redirige donc vers la sortie, pour un, aller chercher ma carte de crédit et deux, empêcher mes pensées moins polies de sortir par ma bouche. Moi qui avais décidé de partir tranquillement, je vole littéralement dans les sentiers tellement je suis en ta… Rendu à l’auto, je dois me calmer un peu, sinon je risque de m’épuiser… Il n’est évidemment pas encore 8h, mais je retourne dans le parc en prenant bien soin d’éviter les sentiers où un pick-up pourrait passer. Vers 7h50 – 7h55, je me dirige vers le centre de services. Chemin faisant, je croise un couple qui se prépare à commencer leur course. Sauf qu’à les voir, pas certain que c’est le genre d’exercice qu’ils ont en tête en ce moment. Le gros french-kiss, les mains sur les fesses, envoye donc, chose !  Hé, vous deux, le parc n’est pas encore ouvert !  😉  Ce qui est un peu surprenant, c’est qu’on est habitués de voir des grandes démonstrations comme celles-là chez des ados ou des jeunes adultes. Mais ces deux-là ont la quarantaine facile, je dirais même la cinquantaine pour le monsieur. Et.. ho boy, c’est qu’ils ne se lâchent pas (remarquez, je le comprends un peu ;-)) !  Wo-ho, je dérange ? Non, il ne se taperont pas 33 km ce matin ces deux-là…  🙂

Bon, centre de services fermé. Bien sûr. Je vais donc me faire un petit sentier rustique de 3.5 km avant de revenir. Ha, la sainte paix…  Et pas de criss de pick-up qui peut venir m’emmerder. Dans le bois, une maman chevreuil et son petit. Je m’arrête pour les observer. Non mais, c’est-y pas merveilleux ici… Mais qu’est-ce que c’est que ces mouches ?!?  Des mouches à… chevreuil (duh !). Merde, ils sont juste là, vous ne les voyez pas ? Pourquoi vous venez m’achaler ?  Pourquoi tout le monde est contre moi aujourd’hui ?!?

Finalement, je reviens au centre de services qui est, ô miracle, ouvert. Je me dis que quelques minutes à l’air climatisé ne me feront pas de tort. Un fois à l’intérieur, il me semble qu’il fait plus chaud que dehors. Et je me mets à dégoutter de partout. Beuh, ce que je suis dégueux… Le jeune au comptoir est poli, mais sans plus. Je serais probablement comme lui si j’étais obligé de travailler par cette chaleur. Surtout avec un t-shirt sous ma chemise… Maudit qu’il doit avoir chaud !  Ok, vous allez dire que moi je cours par cette chaleur, mais je ne suis pas obligé. Il a tout de même la gentillesse de m’offrir de signer ma carte à la maison, question de ne pas la détremper durant l’opération et la rendre illisible. Ouais, bonne idée, mais si Joe-pick-up me redemande ma carte, est-ce qu’il va encore me faire ch… parce qu’elle n’est pas signée ?

Bon, trève de chiâlage, je dois courir, moi. J’ai déjà 6 km dans les jambes, plus que 27.

J’aurais dû me douter qu’une telle entrée en matière n’annonçait rien de bon… Comme à presque chaque fois que je fais une longue sortie à la chaleur, je me suis encore fait prendre. On dit qu’on va y aller mollo et au début, ça va bien. Mais on n’y va jamais assez mollo. J’ai pris une pause bretzels-gel énergétique après 15 km et déjà, je sentais les problèmes. Merde, du 4:47 de moyenne, ralentis, y’a pas le feu !!!  Tu as fait 4:41 par 10 degrés de moins la semaine passée, hello ?!?

J’ai mouillé ma casquette (pas vraiment besoin, mais bon…), bu comme un bon, mais ça n’a pas suffi. Après 25 km, j’étais brûlé. Ayant le tête très (mais très) dure, j’ai persisté. Dans les derniers kilomètres, j’étais tout simplement pathétique, arrêtant à tous bouts de champ.

Comme je terminais ma torture, j’ai eu une illumination: c’était la sortie d’entrainement la plus difficile que je m’étais jamais imposée. J’ai souvent fait des 32 km à la chaleur, mais c’était sur route (au parc Jean-Drapeau, en fait). Un terrain pas mal moins difficile que les côtes du mont St-Bruno (heureusement que je n’avais pas mis le cap sur le mont St-Hilaire aujourd’hui !) et avec l’humidité ambiante, disons que l’ombre des arbres ne faisait pas une grosse différence. Pas étonnant que ça se soit terminé comme ça. Mais j’ai déjà vécu pire, pas mal pire, alors c’est tout de même un peu encourageant.

Leçons à retenir de tout ça ?  La première, toujours éviter les pick-ups. La deuxième: ralentir, encore plus quand il fait chaud. Dans le « pire » des cas, qu’est-ce que ça dérangerait si je terminais en me disant: « Ouin, j’aurais pu aller plus vite… » ?  J’espère que je vais finir par faire entrer ça dans ma caboche d’ici la fin septembre…