Petite nouvelle de Boston

L’an passé, j’ai eu la chance de prendre part aux deux marathons les plus prestigieux en Amérique et peut-être même au monde: Boston et New York.

Suite aux attentats de Boston, les mesures de sécurité avaient été accrues pour New York. Aussi, ces deux courses ont un point en commun: une attente qui ne finit plus avant le départ. Des heures à grelotter avant de finalement s’élancer. Alors bien que le parcours et le seul fait de courir dans les rues de la Grosse Pomme en valaient la peine, je me suis dit: “Plus jamais”.

Ce n’était pas la première fois que ces mots me traversaient l’esprit. À Boston, je réalisais un rêve, c’était l’aboutissement de plusieurs années d’efforts. C’est avec une énorme fierté que je me suis présenté au départ. J’ai cependant déchanté tout au long de la course, ma préparation pour un tel parcours n’étant tout simplement pas adéquate. Ajoutez à ça l’irritation d’avoir attendu avant la course et dès que j’ai franchi la mi-parcours, j’ai commencé à me dire: “Plus jamais !”. Mais il y a eu les événements que l’on connait et je ne pouvais pas ne pas retourner. Je devais ça aux victimes, à la communauté des coureurs. Ce serait toutefois la dernière fois.

Hé bien hier, j’ai reçu un courriel de la Boston Athletic Association qui m’a conforté dans mon idée. Car non seulement les mesures de sécurité seront multipliées cette année (pas la fin du monde, ce n’était pas si pire à New York), mais il ne sera pas permis de transporter de sac en direction d’Hopkinton, ni de faire ramener des effets personnels à l’arrivée. Il sera permis de laisser un sac contenant nos effets personnels près de l’arrivée au moment d’embarquer dans l’autobus nous amenant au départ et c’est tout. Dans l’aire de départ, aucun sac ne sera permis.

Donc, si on se les gèle comme l’an passé, on devra amener des vêtements chauds et les laisser sur place, c’est ça ? Vous trouvez l’attente est trop longue ?  Vous pouvez amener de la lecture, mais devrez l’abandonner derrière vous ou transporter votre livre tout au long du parcours. Vous avez faim ?  On a tout ce qui faut dans le Village des athlètes. Ha oui ?  Même des bretzels au beurre d’arachides ?

Ce qui me dérange dans cette affaire-là, ce n’est pas le fait d’être forcé de donner mon vieux linge laid à des organismes de charité. C’est plutôt de perdre la liberté de choisir mon habillement de course juste avant le départ. Supposons que la température anticipée est borderline entre porter mon coupe-vent ou pas, je fais quoi ?  Comment savoir, plusieurs heures à l’avance, alors que le soleil n’est même pas levé ?  Si je l’enfile et qu’il fait trop chaud, je vais péter dans les Newton hills, c’est certain. Au contraire, si je choisis de ne pas l’utiliser et qu’un vent froid se lève, je me les gèle pendant des heures. Bref, ne pas avoir ce choix au départ d’un grand marathon, je trouve ça très, très ordinaire.

La raison invoquée ?  Aucune. La raison d’après moi ?  La logistique qui entoure le transport des effets personnels. Ça prend beaucoup d’autobus/camions, ça coûte cher et ça implique que les coureurs demeurent plus longtemps dans l’aire d’arrivée. Sans compter l’apport de dizaines de bénévoles supplémentaires. Avec un contingent de coureurs beaucoup plus imposant cette année, c’est une décision que l’organisation a prise.

C’est leur droit. Comme ce sera mon droit de ne pas y retourner.

Cout’ donc, avec Montréal, New York et maintenant Boston sur ma liste des marathons que je ne compte plus faire à l’avenir, une question s’impose: vais-je continuer à faire des marathons ?

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Une sagesse qui va rapporter ?

En fin de semaine, ma douce moitié m’a laissé entendre que je n’écrivais plus aussi souvent qu’avant. Bon, Madame me réclame maintenant !  😉  Je lui ai fait comprendre qu’en février, il ne se passait pas grand chose côté course/entrainement et que je risquerais de me mettre à radoter si je devais encore une fois aborder le sujet de la course hivernale, même si ça demeure une source intarissable de chiâlage de ma part.

Petite anecdote cependant. Ma belle-maman a un peu freaké en lisant le blogue de Pat, se demandant si j’ambitionnais moi aussi de faire l’UTMB un jour. Ben, heu… oui, pourquoi pas ?  L’UTMB, c’est le Marathon de Boston de la course en sentiers, ce serait cool de pouvoir dire que j’ai fait les deux, non ?  Mais bon, une étape à la fois. Tout d’abord, une bonne base d’ultras plus courts (ok, moins longs): 60k, 80k (50M), 100k, etc. Puis des 100 milles, pour voir si je suis capable, si j’ai bien appris et si j’aime ça (je sais que je vais aimer, je suis nono de même). Chaque chose en son temps.

En attendant, ça fait 2-3 semaines que je traine un malaise à la hanche gauche. Rien de bien grave, pas assez pour m’empêcher de courir en tout cas. Je commence à boitiller dans les heures qui suivent la course, puis ça se replace tranquillement… pour revenir après la sortie suivante. Quand je cours, je ne ressens rien.

Sauf dimanche, où ça a pris un bon 7-8 kilomètres avant que ça se réchauffe assez pour que je n’y pense plus. Des intervalles la veille d’une longue sortie, ce n’est peut-être pas l’idée du siècle, je l’accorde. J’ai commencé à me rendre compte que ma foulée en était affectée. Préoccupant. Ajoutez à ça un tendon extérieur du genou gauche qui s’est mis à émettre des plaintes lui aussi autour du 30e kilomètre de ma sortie dans les rues de ma petite ville (en passant, je commence à vraiment en avoir ras le pompon de virailler dans les rues; je suis tanné de l’hiver, vous en avais-je déjà parlé ?)

Bref, j’ai eu un éclair de sagesse et ai pensé laisser à ma vieille carcasse la chance de récupérer un peu: j’ai décidé hier de “sauter” ma sortie de vitesse prévue aujourd’hui. Décision qui n’a pas été facile à maintenir car la hanche ne dit presque plus rien et le genou jase encore moins. J’essaie de voir ce repos pas tellement forcé comme un investissement.

J’espère qu’il être payant…

Les petites vites de février

Les courses au grand froid. Plusieurs d’entre nous courons, hiver comme été. Il est donc normal qu’il y ait des compétitions à longueur d’année… et pas seulement à l’intérieur. Ainsi donc, c’est dimanche qu’avaient lieu le Winterman Marathon à Ottawa ainsi que le Demi-marathon hypothermique au parc Jean-Drapeau.

Comme j’en ai déjà glissé un mot, ces épreuves me font toujours un peu peur à cause… du froid, bien évidemment !  De plus, je ne peux être certain pour le Winterman, mais je sais que les îles Ste-Hélène et Notre-Dame sont très exposées au vent et il peut être assez pénible merci d’y courir quand le dieu Éole est de la partie.

Et la journée de dimanche n’est pas demeurée en reste du côté météo, avec une température de -15 degrés et un vent autour de 30 km/h. Ajoutez à ça l’humidité omniprésente en plein milieu du fleuve et j’en ai les frissons juste à y penser. Je sais, on a connu pire cet hiver, mais quand on est à l’entrainement, on a toujours l’option d’arrêter pour se réchauffer ou tout simplement retourner à la maison. En course, ce n’est pas la même chose.

Bref, toutes mes félicitations aux participants, j’ai eu une pensée pour vous pendant que je courais dans les rues enneigées de ma petite banlieue.

La demande est-elle suffisante ?   Les ultramarathons en sentiers, c’est quelque chose de relativement nouveau au Québec. L’Ultimate XC de St-Donat et le XC de la Vallée font figures de pionniers et pourtant, ces épreuves n’existent que depuis quelques années. En 2013, d’autres épreuves ont fait leur apparition, je pense entre autres à la Chute du Diable (50k), à l’UT Harricana (65k) et au Tour du Massif des Falaises (50k).

Déjà, on se retrouvait avec une quantité non-négligeable d’épreuves, assez pour satisfaire l’apprenti ultramarathonien en tout cas. Or, voilà que pour 2014, d’autres épreuves ont fait leur apparition:

  • L’Estrie 50, une course de 50 milles qui empruntera une partie des Sentiers de l’Estrie
  • À St-Donat, une course de 120 km a été ajoutée, sur “invitation” pour cette année, mais sur “qualification” à partir de 2015
  • La Pandora 24, une course de 24 heures qui se déroulera dans les mêmes sentiers que le Tour du Massif des Falaises
  • La Chute du Diable a ajouté une épreuve à sa liste: un 80 km
  • L’organisation de l’UT Harricana offre également un 80 km aux coureurs cette année
  • La Trans Gaspésia, une course par étapes de 260 km
  • J’ai entendu entre les branches qu’il y aurait également un ultra organisé à Bromont cet automne

À mon humble avis, ça fait beaucoup de courses pour un bassin de coureurs relativement réduit. En comparaison, bien que la course sur route demeure beaucoup plus populaire, il n’y a toujours que 4 “vrais” marathons au Québec. On estime qu’il y a environ 300 ultramarathoniens ici, chiffre que je trouve réaliste car même si je cours en sentiers depuis seulement deux ans et n’ai pas fait beaucoup de courses, j’ai l’impression de revoir les mêmes visages à chaque fois. Bref, je m’interroge à savoir si la demande est vraiment là pour une telle quantité d’épreuves… En tout cas, on le souhaite très fort !

Les intervalles.  J’en ai glissé un mot l’an passé, je trouve le Marathon de Boston bien mal placé dans le calendrier. En effet, toujours cédulé le troisième lundi d’avril, il exige que les coureurs fassent la majeure partie de leur entrainement en plein hiver.

Question: avez-vous déjà essayé de faire des intervalles en hiver ?  L’air arctique qui gèle les poumons, on peut s’y faire, mais la neige qui nous fait spinner ?  Et la glace qui transforme chaque virage en entreprise périlleuse ?  D’ailleurs, les experts recommandent de ne pas faire d’intervalles à l’extérieur en hiver, mais plutôt de s’y astreindre soit sur une piste intérieure, soit sur un tapis roulant. Comme aucune de ces solutions ne m’enchante vraiment (je sais, j’ai tourné en rond pendant presque 4 heures dernièrement, mais c’était dans le cadre d’une compétition, bon !), je me retrouve à ne pour ainsi dire pas faire grand chose pour améliorer ma vitesse, à part quelques sprints ici et là, quand la surface le permet. Je me suis aussi lancé dans la neige folle jusqu’aux mollets samedi dernier, m’époumonant à avancer à 6:00/km. Je ne sais pas si ça a aidé, mais c’était bien amusant !

Les côtes. Elles sont essentielles en prévision de Boston, le foutu parcours n’étant jamais plat. Monte, descend, monte descend… Mais bon, il n’y a pas vraiment de côtes dans mon coin et j’hésite toujours à trop m’éloigner de la maison quand il fait froid… Bref, un déménagement à Vancouver commence presque sérieusement à être envisagé !  😉

Le talon. Selon les théories à la mode ces dernières années, la cause principale des blessures répétées chez les coureurs serait… le coussinage trop épais des chaussures de course. En effet, l’être humain serait mécaniquement constitué pour courir. Durant la préhistoire, il pourchassait ses proies sans relâche, en courant pieds nus. Avez-vous déjà couru pieds nus en atterrissant sur le talon ?  Ouch !

Pourtant, c’est ce que l’absorption hors norme que nous procurent les chaussures modernes nous incite à faire. Et à la longue, cette mauvaise habitude finirait par créer des problèmes au niveau musculo-squelettique. Depuis que je cours, je n’ai jamais senti que c’était mon talon qui touchait le sol en premier, j’avais plutôt l’impression que chaque partie de mon pied faisait contact avec le sol en même temps que ses congénères. En regardant mes souliers, je me disais même que je devais faire le tout correctement car le devant de la semelle était toujours la partie qui usait en premier.

Or, les photos du marathon intérieur m’en ont donné un premier aperçu, puis j’en ai eu la confirmation en regardant plus attentivement les semelles de mes souliers de route: à chaque foulée, le premier contact de mes pieds avec le sol se fait par l’extérieur du talon. Pas que l’impact se fasse directement sur le talon, mais disons que ma foulée n’est pas optimale. Si je ne veux pas me retrouver sur les lignes de touche de façon permanente d’ici quelques années, je dois essayer de changer ça. Quand ça fait des années qu’on court d’une façon, et qu’on est rendu dans le milieu de la quarantaine, plus facile à dire qu’à faire.

Mardi de la semaine passée, je pense que je “l’avais”: corps penché légèrement vers l’avant au niveau des chevilles, je combattais constamment la gravité pour garder mon équilibre. Je sentais les quads qui travaillaient, qui me propulsaient vers l’avant sans effort particulier. Et je volais littéralement. Les premiers 5 km ont été avalés en 20:05. Pourtant, les 3 derniers étaient avec vent de face et je me suis tapé la montée vers l’écluse sur ces 5 km. Je n’en revenais pas. C’était si facile, ça allait tellement bien…

Puis je l’ai “perdu”, quelque part dans la neige deux jours plus tard. Pas facile d’utiliser seulement le bout du pied pour se propulser quand ça spinne. Mais je vais le retrouver, je le sens !

Pas – Chroniques et récits d’un coureur

Je n’étais pas encore considéré comme un ado que déjà, j’étais un lecteur assidu du journal La Presse. Tous les matins, je faisais religieusement le tour de sa section des sports, qui était en format tabloïd à l’époque. En hiver, je lisais tout ce qui concernait le Canadien; en été, c’étaient les Expos. Puis il y a eu les Jeux olympiques, le football, le Tour de France, les grands tournois de tennis, de golf, etc.

Au fil des ans, je suis peu à peu sorti de mon carcan « sports, sports et sports » et j’ai découvert des chroniqueurs de grand talent. Car on peut dire qu’il y en a, des grandes plumes à La Presse, la moyenne s’étant globalement élevée depuis le départ de Réjean Tremblay pour le fascicule publicitaire à la gloire de l’Empire de la Convergence il y a quelques années. Pierre Foglia demeurera toujours le grand maître dans le domaine, mais j’affectionne particulièrement Vincent Marissal et Patrick Lagacé, probablement parce qu’ils sont des hommes de ma génération et ont le don d’appeler un chat un chat. La complaisance, ce n’est pas leur lot. Leurs argumentations sont toujours solidement bâties et leurs opinions valent habituellement le détour, qu’on soit d’accord ou non.

Marc Cassivi est du même moule, mais je ne le lis malheureusement pas assez souvent, vu qu’il est chroniqueur artistique et que je n’ai habituellement pas le temps de me rendre à cette section lors de mes lectures. Même chose pour Yves Boisvert, qui se spécialise dans le judiciaire. Par contre, quand ces deux-là ont la chance de « sortir » de leur domaine et qu’ils se mettent à écrire sur la course à pied (ils sont coureurs tous les deux, tout comme Marissal, d’ailleurs), on constate l’étendue de leur talent. La rubrique « Le dernier tour » du magazine Kmag, que chacun d’eux a signée à quelques reprises, est une pièce de collection à tout coup.

Monsieur Boisvert a poussé l’exercice un cran plus loin en regroupant une quarantaine de petites histoires reliées à son expérience de coureur dans le livre Pas – Chroniques et récits d’un coureur lancé en avril dernier. Oui je sais, ça m’a pris du temps avant de le lire…

PasChroniquesEtRecits

Mais quand je l’ai commencé, je l’ai tout simplement dévoré. Dès la préface signée Marc Labrèche (son ami et ancien voisin à St-Lambert), le ton est donné: le lecteur ne s’ennuiera pas. Dans le bouquin, Boisvert aborde avec humour et beaucoup d’autodérision les différentes étapes qui l’ont amené à courir, sa relation avec le sport, la manière dont il se perçoit ou il se sent perçu, les manies et superstitions que chacun finit par développer, etc. Je me suis tellement reconnu dans ses propos que je ne pouvais effacer un sourire de mes lèvres tout au long de ma lecture. Sauf lors de certains passages plus graves, dont celui où il raconte la mort du jeune homme tombé au combat en terminant le demi dans le cadre du Marathon de Montréal 2011 disputé par une chaleur inhabituelle pour un 25 septembre. L’immense talent de Boisvert ressort dans ce chapitre écrit simplement, les mots choisis exprimant avec une belle justesse l’aspect si dérisoire de cette course contre le temps qui pousse chacun de nous à vouloir aller toujours plus vite, à faire toujours mieux. Probablement mon chapitre préféré.

Il est clair que n’importe quel coureur va se reconnaitre en lisant ce recueil et fort probablement que les non-pratiquants de ce sport reconnaitront également les gens qu’ils côtoient, ces grands dépendants de leurs sorties au grand air.

Bien sûr, tout comme se qui se passe avec ses collègues de La Presse, je ne suis pas d’accord avec tout ce que monsieur Boisvert écrit. Lui court maintenant pour la performance et avait un seul but en tête: Boston (il a fini par se qualifier en septembre 2012 et sera du départ à Hopkinton en avril). Pour ce faire, il a embauché un entraineur et depuis ce temps, suit à la lettre tout ce que ce dernier lui dit.

Pour ma part, ce n’est pas parce qu’un entraineur a eu du succès en appliquant certaines méthodes avec quelques athlètes que ces mêmes méthodes marchent pour tout le monde. Ainsi, l’entraineur de monsieur Boisvert dit qu’un coureur ne devrait pas faire plus d’un marathon par année et s’il le fait, qu’il ne se fasse pas d’illusions: il lui sera impossible de faire un bon temps à chaque fois. Or, c’est exactement le contraire que j’ai fait en 2012, écrabouillant mon PB à Ottawa en mai pour ensuite récidiver à Philadelphie en novembre… sept semaines après avoir fait une course de 50 milles.

Bref, je trouve qu’il s’enferme dans un certain carcan, refusant « sortir de la boîte ». Autre exemple ?  Il dit que les programmes d’entrainement modernes limitent la plus longue sortie d’un coureur à 32 km parce qu’au-delà de ça, c’est plus dommageable que profitable. Ok, c’est la théorie à la mode et ça se tient. Mais avez-vous déjà essayé autre chose pour voir ?  En ce qui me concerne, je me suis mis à battre des records quand je me suis mis à en faire un peu plus…

Ceci dit, ça n’enlève absolument rien à la qualité de cet ouvrage et comme vous l’aurez deviné, je le recommande fortement à tous, que vous soyez coureur ou non.

Bonne lecture !  🙂

Beaucoup de chemin à parcourir

Au cours des mois précédant les Jeux de Sotchi, on a beaucoup fait état de la nouvelle loi russe interdisant aux groupes homosexuels de manifester, revendiquer ou de militer pour leurs droits. Cette loi homophobe a fait scandale en Occident, au point où plusieurs ont réclamé un boycott de ces Jeux qui allaient être tenus dans ce qu’on considérait comme un pays où les droits de l’Homme n’étaient pas respectés. Heureusement, le boycott n’a pas eu lieu. Car on l’a appris par le passé, un tel geste n’a jamais de conséquence au niveau politique et au bout du compte, ce sont les athlètes et le public qui en paient le prix.

Variation sur un même thème ce weekend: un espoir de la NFL, l’ailier défensif Michael Sam de l’Université du Missouri, est sorti du placard en déclarant au New York Times qu’il était homosexuel. Ses coéquipiers à l’université savaient, sa famille l’a su tout récemment, restait à le dire à la face du monde. C’est maintenant chose faite. À peine quelques semaines avant le repêchage, dans le monde hyper-macho et rétrograde du football professionnel américain, ça prenait un courage exceptionnel de la part du jeune homme. Reste à voir ce qui se passera ensuite. Sera-t-il repêché ou pas ?  Ma prédiction: il ne le sera pas. Raison officieuse: les dirigeants d’équipes ne voudront pas d’une telle “distraction” dans leur vestiaire. À moins qu’un Branch Rickey du 21e siècle ait le courage de briser cette barrière, comme le directeur général des Dodgers l’avait fait jadis avec Jackie Robinson… Mais j’en doute.

En lisant sur Sam, je me suis posé la question: est-ce qu’il y a déjà eu un coureur ouvertement gay ?  Je me disais que dans un sport individuel, être homosexuel, c’est moins “grave” (je déteste le mot) que dans un sport d’équipe, non ?  Il y a eu Billie Jean King, Martina Navratilova, Brian Boitano, Brian Orser, Mark Tewksbury (je crois cependant que ces messieurs sont sortis du placard après leur retraite sportive), etc. Mais en course à pied ?

Après quelques recherches, je suis tombé sur cette histoire. Celle d’Austin Hendrix, membre de l’équipe d’athlétisme de l’Université Eastern Michigan. Le pauvre gars a souffert en silence pendant deux ans avant d’avoir le courage de l’annoncer à son entraineur, puis à ses coéquipiers qui… n’en ont pas fait un plat. Réaction typique: “Austin est gay ?  Ha bon…”. Une fois soulagé de ce fardeau, Hendrix s’est mis à mieux courir, à mieux performer. Et pourtant, il s’en faisait pour absolument rien.

Puis, suite à cette lecture, j’ai eu honte. Je suis loin d’être homophobe, bien au contraire. La sexualité, ça fait partie intégrante d’une personne, comme sa grandeur ou la couleur de ses yeux. On ne devrait même pas penser à ça quand on rencontre quelqu’un. Une personne homosexuelle ne devrait pas songer un seul instant si elle peut être accompagnée par son (sa) conjoint(e) pour une sortie. Elle ne devrait pas avoir à se demander si elle peut l’embrasser en public.

Et moi, je ne devrais pas avoir à me demander s’il y a déjà eu un coureur qui a admis ouvertement être homosexuel. J’espère que dans 20 ans, les gens ne se poseront pas la question stupide que je me suis posée. Le seul fait qu’elle me soit passée par la tête montre qu’il nous reste encore beaucoup de chemin à parcourir…

Se trainer

Je devrais le savoir depuis le temps. Mais à chaque fois, c’est la même chose (j’ai d’ailleurs l’impression de me répéter…). Après un marathon ou un ultra, je ne cours pas durant les jours qui suivent. Habituellement, j’attends jusqu’au samedi pour reprendre le collier, question de me donner le temps de récupérer. Ça devrait être suffisant, non ?

Hé non. J’ai beau me dire que je vais prendre ça relaxe, j’essaie toujours de pousser un peu. Et je finis par me trainer. Des 15 km que j’avais prévu faire à mon “retour au jeu” vendredi dernier, j’en ai fait 13. “Un 25k relaxe” au programme dimanche ?  Je me suis encore trainé, arrêtant à tout bout de champ pour un oui ou pour un non. Les 24 kilomètres séparant la maison du métro hier ?  Parcourus comme si je transportais un piano sur mon dos (ok, en bonne partie à cause de l’immense bagel du Costco que mon système digestif ne finissait plus de finir à digérer, mais quand même…)

La règle du pouce, c’est une journée par mille parcouru en course. C’est le temps qu’on devrait normalement laisser au corps pour récupérer. Pour un 10 km, c’est donc environ 1 semaine. Pour un demi, presque 2 semaines. Pour un marathon, ce serait 26 jours et dans mon cas, après Sherbrooke, ce serait un mois complet (pour une course en sentiers, j’espère que la règle ne s’applique pas parce que sinon, les ultrarunners passeraient leur temps en récupération !).

Pas qu’on est supposés ne rien faire, mais on devrait y aller mollo durant cette période-là. Pas de travail de vitesse, encore moins de compétition, juste courir pour le plaisir. Sauf que moi, quand je me retrouve sur la route avec mon GPS, il faut toujours que je pousse un peu. Juste pour voir…

Hé bien je vois. Je vois très bien même: je n’avance pas. Et j’avoue que ça me bogue. Quand je suis en entrainement pour un ultra, je peux faire une sortie tempo de 15 km le samedi, une virée de plus de 40 km au mont St-Bruno le dimanche, des intervalles le mardi, le mont Royal le jeudi. Pas de problème. Mais après un marathon ? Nada. Je ne comprends rien… Est-ce à cause de l’effort constant qu’on met quand on fait un marathon, alors qu’à l’entrainement, on arrête si on doit arrêter, sans se poser de question ?  Est-ce que ca fait une si grosse différence ?

On dirait bien…

Heureusement, cet état neuro-végétatif ne dure généralement que deux semaines et après, je remonte la pente.  Attendre 31 jours ?  Pas le temps pour ça ! Ça fait que dimanche, normalement…

On s’en reparle.

Le traditionnel wrap-up

Contrairement à d’habitude, j’ai pris seulement une semaine (au lieu de deux) pour concocter le récit de course et le petit wrap-up qui suit. Pas mal hein ?  Il faut dire que lorsqu’on se limite à un récit un peu plus court, ça aide …  🙂  Voici donc quelques impressions sur le Marathon intérieur JOGX de Sherbrooke.

L’endroit. Le stade intérieur de l’Université de Sherbrooke, avec sa piste synthétique à la surface à la fois absorbante aux chocs et antidérapante, était l’endroit tout désigné pour tenir ce type de compétition. De plus, l’environnement a été très bien contrôlé par l’organisation, ce qui a fait en sorte que l’air est demeuré frais tout au long de l’épreuve. Les gradins étaient ouverts pour les spectateurs, qui pouvaient aussi rester au niveau de la piste s’ils le désiraient. Il faut dire qu’ils n’étaient vraiment pas nombreux: familles et amis, point à la ligne.

Seul bémol: la longueur de la piste. À 200 mètres, elle nous obligeait à être constamment en virage. Tourner à 180 degrés sur une cinquantaine de mètres à 500 reprises, ça finit par nous rentrer dedans à la longue. Une piste de 400 mètres, ce serait pas mal mieux. Mais bon, ça ne se trouve pas à tous les coins  de rue !  Toutefois, je n’ai aucunement à me plaindre de la congestion sur la piste, les gens se comportant tous d’une manière exemplaire.

L’organisation. Un seul mot: impeccable. Il était assez évident que les organisateurs n’en étaient pas à leur premier événement du genre. Contrôle de la température, contrôle de la circulation, annonces aux coureurs. Le buffet d’après-course était également bien garni… mais je n’avais pas vraiment le goût d’une salade de macaroni après 4 heures à tourner en rond, surtout après avoir mangé mon classique spaghetti la veille de la course.

Et que dire des bénévoles ?  Aux petits oignons pour nous coureurs. Je retiens en particulier le travail remarquable du jeune homme qui a rempli ma bouteille d’eau à 3-4 reprises. À chaque fois, il m’attendait dès le tour suivant avec la précieuse bouteille bien remplie. J’ai pris la peine d’aller le remercier après la course, tout comme l’annonceuse qui nous tenait au courant de notre progression. Ce n’est pas compliqué, pas de bénévoles, pas de course, alors c’est la moindre des choses d’aller leur dire un petit merci une fois que tout est terminé. Surtout quand tout le monde se trouve à l’intérieur de la même enceinte.

J’aurais évidemment aimé pouvoir suivre la progression de la course sur un tableau indicateur, mais avec un budget modeste, les organisateurs ne pouvaient pas faire de miracles !

L’ambiance. Là je vais peut-être vous étonner, mais bien que le contexte soit totalement l’opposé d’une course en trail, j’ai senti une ambiance qui lui ressemblait étrangement. Tout le monde était relaxe, souriant. Les enfants jouaient sur le matelas utilisé pour le saut en hauteur, un jeune garçon s’amusait sur son unicycle. Rien à voir avec l’intensité et la tension nerveuse qu’on retrouve parfois sur la route. Personne n’était là pour performer, on voulait juste s’amuser.

Tourner en rond. Bien honnêtement, je n’ai pas trouvé si ennuyant de tourner en rond pendant 4 heures. Au contraire, j’ai bien aimé. Je sentais la “pureté” du sport, la bataille de l’être humain contre la distance et le temps. Un peu comme le patinage de vitesse sur longue piste qui, bien que moins spectaculaire que le courte piste, se rapproche plus de ma conception de ce que devrait être le sport.

Courir à l’intérieur. Il n’y a rien à faire, je suis un indécrottable gars d’extérieur. Pluie, neige, verglas; chaleur, froid sibérien, à peu près rien ne m’empêche d’aller courir dehors. Je ne possède pas de tapis roulant et encore moins d’abonnement au gym. J’ai envisagé le centre Pierre-Charbonneau cet hiver pour travailler ma vitesse, mais je me suis ravisé: ce sera dehors ou pas du tout. Comme l’option « pas du tout » n’est pas envisageable…

Ceci dit, on ne peut pas dire que courir dans la neige/slush et le froid m’a manqué. Évidemment, jamais je ne me taperais ça en plein été, mais en hiver ?  Pas déplaisant.

Le contingent de coureurs. J’ai effectué quelques recherches et elles ont confirmé ce que je soupçonnais: la plupart de ceux qui participaient au 50 km étaient des habitués des courses contre le temps. Avant le départ, j’ai reconnu Josée Tremblay que j’avais vue au Tourne en rond l’été dernier et qui est championne canadienne des 12 heures. L’éventuelle gagnante, Manon Jacob, est aussi une habituée de ce genre d’épreuve. Marius Lacasse et Paul St-Martin, un monsieur de 70 ans, sont d’autres habitués.

Et que dire de Denis Michaud, celui qui m’a tant encouragé tout au long des 50 kilomètres ? Marathonien très rapide (il a un record personnel de 2h51 !), c’est lui qui a remporté les 12 heures du Tourne en rond cet été et il a terminé en cinquième position au Championnat canadien des 24 heures l’an passé. J’ai comme l’impression que s’il s’y met, mon « record » ne fera pas long feu… Go Denis, go !

La spontanéité. Je m’en voudrais de ne pas parler de la spontanéité de ma tendre moitié. C’est la deuxième fois qu’elle me fait le coup et je la ris toujours autant. La première fois, c’était quand je regardais les résultats du Marathon de Mississauga en 2011 et que j’ai constaté que j’avais fini en 100e position. Quand je le lui ai annoncé, tout fier, elle m’a répondu: « Ouin, c’est vrai qu’il n’y avait pas grand monde… »

Cette fois-ci, j’étais tout heureux de l’appeler dès la fin de la course. Au début, elle n’avait pas compris que j’avais terminé premier, puis, quand elle a fini par allumer, quelle a été sa réaction ?  « Hiiii, les autres n’étaient pas forts ! ».

Encore une fois, je n’ai pas pu m’empêcher de rire. Que voulez-vous, je l’aime comme ça et je ne la changerais pour rien au monde !  🙂