Le meilleur ami de l’homme: une question de respect

Lors de ma dernière incartade au mont St-Bruno (c’était avant les Fêtes, alors que la neige nous faisait l’immense privilège de ne pas se montrer le bout du nez), je suis allé aux nouvelles concernant l’avancement du projet-pilote qui devait permettre aux propriétaires de toutous d’amener leur compagnon lors de randonnées dans les sentiers du parc.

Le gentil préposé (ils ne le sont malheureusement pas tous) m’a donné le topo qu’il avait de la situation. Il semblerait que les discussions à ce sujet se poursuivaient, mais que ça ne regardait pas bien (c’était bien avant que cette nouvelle sorte cette semaine: le projet-pilote sera finalement mené dans trois parcs, mais pas dans mon parc). En fait, les responsables auraient entre autres consulté Parcs Canada et se seraient fait dire : « Ne vous lancez pas là-dedans ». En effet, l’expérience dans les parcs fédéraux, où les chiens sont admis depuis belle lurette, serait désastreuse, particulièrement au Québec. Les propriétaires laisseraient souvent leur meilleur ami seul au camping où celui-ci hurle à la lune, ne ramasseraient pas les « dépôts » laissés par leur animal, ne le tiendraient pas en laisse, etc. Bref, il y a des règlements, mais ils ne sont pas respectés.

Et le préposé d’ajouter : « Pour les anglo-saxons, le chien est un membre de la famille. Pour les francophones, c’est un animal de compagnie ».

Honnêtement, je ne pouvais être en désaccord avec ça. Partout où on va à l’extérieur du Québec, les chiens sont admis et ça ne fait aucun problème. Les propriétaires sont respectueux d’autrui, on n’entend jamais un chien hurler parce qu’il est abandonné et ça ne m’est jamais arrivé de me retrouver à avoir à défendre Charlotte contre un chien « qui n’est pas méchant » comme ça arrive si souvent ici quand le cabochon qui laisse son chien libre n’est pas foutu d’avoir le moindre contrôle dessus. Je ne me fâche pas souvent, mais c’est arrivé quelques fois de me mettre en colère contre ledit (ou ladite) cabochon(ne ?).  Car, chacun le sait : il n’y a pas de mauvais chiens, seulement des mauvais maitres.  Je me disais : les anglos, ils l’ont l’affaire.

En effet, ils considèrent leur chien comme un membre de la famille, donc il ne peut pas y avoir de problème, non ?  Ce que je pouvais me tromper. J’avais oublié un léger détail : il arrive que les « enfants » soient mal élevés par leurs « parents »…

Je vous raconte. J’étais avec Pierre, qui me faisait découvrir sa « tournée des trois sommets », qui m’intriguait beaucoup. Avec ma connaissance limitée de la Ville, pour moi, il n’y avait qu’un sommet : celui du Mont Royal. Hé non.

Donc, après nous être envoyés la rue Clarke, un vrai mur digne d’un ultra (les habitués savent de quoi je parle), nous nous sommes dirigés vers le premier sommet, le Westmount Summit. Tout en haut, un parc avec des sentiers enneigés. C’est vraiment chouette comme endroit, une belle place pour amener Charlotte que je me disais.

Un chien sans laisse est venu à notre rencontre. Déjà, les propriétaires avaient perdu un point dans mon esprit. Et je n’aimais pas beaucoup son comportement. J’adore les chiens et je sais généralement reconnaitre ceux qui peuvent potentiellement ne pas être commodes. Il y en a même un que je rencontre régulièrement au Mont Royal qui porte une muselière et pourtant, il se couche à mes pieds quand il me voit.

Mais celui-là… Il est allé voir Pierre en sautillant, puis est venu à moi avec son comportement bizarre, avant de poursuivre son chemin. Bon, fausse alerte, mais bien content de ne pas avoir eu Charlotte avec moi. Nous n’avions même pas fini de parler de son comportement douteux quand nous avons croisé un couple d’environ 70 ans dont le chien était… sans laisse bien sûr. Décidément…

Celui-là semblait plus enjoué qu’autre chose, mais il était tellement « enjoué » qu’il a voulu s’emparer de la mitaine de Pierre. Ou lui mordre la main, ce n’était pas clair. Mon partner a immédiatement perdu son sourire et s’est adressé au couple : « Hey, il m’a mordu vous savez !?! ». Le monsieur tentait de rappeler son chien. Sans succès, bien évidemment. Celui-ci est plutôt revenu à la charge, prenant une autre «joyeuse» mordée dans le postérieur de son nouveau « jouet ». « Hey, il m’a encore mordu !!! »

C’est à cause des gens comme ça que les chiens sont interdits à peu près partout. Ce qui fait que les propriétaires respectueux, comme nous, payons pour les autres. Encore. Nous étions maintenant deux à chialer. Le monsieur et la dame nous regardaient, sans vraiment nous entendre. Après un petit moment, le chien a fini par finir par se rapporter. J’ai cru percevoir un mot d’excuses, mais je n’en suis même pas certain. En fait, j’ai senti que ces gens nous regardaient avec un certain mépris. Comme les parents d’un enfant gâté qui se fait rabrouer par des étrangers.

Nous sommes repartis. Nous n’avions pas fait 10 enjambées que le monsieur s’est remis à rappeler son chien. Malgré l’incident, son incontrôlable cabot n’était toujours pas en laisse et il était reparti à nos trousses. Ils avaient seulement fait semblant de l’attacher. Est-ce que ces imbéciles attendaient qu’il morde un enfant ?  Mon sang n’a fait qu’un tour. Je ne retranscrirai pas ici les mots exacts que j’ai utilisés, car ils n’étaient vraiment pas jolis. Je pense que même le chien a eu peur de se faire mordre.

Heureusement, Pierre n’est pas comme moi : il se défâche assez rapidement et après 5 minutes, nous n’en parlions plus. Nous avons poursuivi notre route et fait les 2 autres sommets, tel que prévu.

N’empêche, j’adore les chiens et ce qui s’est passé m’a mis hors de moi. J’imagine à peine comment se serait sentie une personne qui n’apprécie pas la gente canine. La vie en société est basée sur le respect, une notion qui semble échapper à certaines personnes…

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Semaine de loterie

Cette semaine, la fameuse loterie Powerball était partout dans les médias. C’était purement et simplement la folie, au point où nos compatriotes se sont garrochés dans les dépanneurs  situés tout  juste au sud de la frontière. On rapportait jusqu’à une heure d’attente à certains endroits. Attendre une heure pour un billet de loto ?  Wow.

Dans le petit monde des ultras, c’était aussi semaine de loterie. Et dans mon cas, c’était deux fois plutôt qu’une.

Tout d’abord, en arrivant à la maison mardi, je me suis précipité sur les cotes de la Bourse. En fait, tout comme l’an passé à pareille date, c’était seulement la valeur du Dow Jones à la fermeture des marchés qui m’intéressait. La raison ?  Pour savoir si j’allais faire partie du contingent de coureurs qui allait se lancer à l’assaut du diabolique parcours de Massanutten dans 4 mois (j’ai déjà résumé un peu le processus légèrement compliqué de la loterie de cette course ici).

Pour dire la vérité, je n’avais pas vraiment à m’en faire. En effet, si on se fie aux années passées, il n’est jamais arrivé qu’un finisher d’une précédente édition se retrouve le bec à l’eau à la fin du processus d’inscription. C’est qu’il y a tellement de gens qui s’inscrivent à la loterie pour ensuite reculer, qui omettent de payer à temps, qui se retirent pour diverses raisons, etc. que beaucoup de coureurs qui se retrouvent initialement sur la liste d’attente finissent par prendre le départ de la course. Et comme les finishers ont priorité sur ceux qui n’ont jamais terminé l’épreuve quand vient le temps de piger parmi les « perdants » de la loterie pour combler les places laissées vacantes, mes chances (façon de parler) de prendre le départ étaient excellentes de toute façon.

Mais je préférais être fixé tout de suite et je l’ai été : tout comme l’an passé, j’ai été pris au premier tour. Donc, dossier réglé : à la mi-mai, je passerai une journée complète, et même plus, à sacrer après les roches.

Le lendemain matin, au réveil, autres résultats de loterie. Cette fois-ci, c’était en vue de l’UTMB. Bien que cette course me fiche la trouille, j’y tenais beaucoup. Le parcours mythique, les Alpes, l’ambiance à Chamonix…  Barbara et moi nous étions fait un paquet de scénarios quant à savoir ce que nous irions visiter après : la Suisse, le sud de la France, le nord de l’Italie ?  Plein de possibilités.

Puis j’ai vu « Refusé » à côté de mon nom. Flûte-caca-boudin !  Ce sera pour une prochaine fois.

Quelques heures plus tard, j’étais inscrit à l’Eastern States. Oui oui, le 100 miles qui se court en Pennsylvanie, dans la canicule du mois d’août, dans un état où il est mission impossible d’acheter de la bière. Sur un parcours qu’on dit plus difficile que Massanutten. Pensez-vous que ça se soigne ?

Parlant de soigner, j’ai eu un retour du médecin cette semaine, rapport à la torture que j’ai eu à subir (les gens normaux appellent ça des prises de sang) avant les Fêtes. La secrétaire m’a tout simplement dit que « le médecin voulait me revoir d’ici deux mois pour un suivi ». Parait-il que je dois la revoir, mais qu’elle a d’autres suivis urgents à faire avant, alors elle ne veut pas me voir avant une semaine ou deux.

Ça veut dire quoi, ça ?  La secrétaire m’a assuré que vu que ce n’était pas urgent, ça ne pouvait pas être grave. Ha oui ?  Et comment puis-je être certain de ça, moi ?  C’est quoi cette manie qu’ils ont d’en dire juste assez pour nous énerver, mais pas plus ?  Calv… !!!

Bon, revenons à nos moutons. Quand Pat a franchi la ligne d’arrivée à Massanutten en 2013, il était seulement le deuxième Québécois à le faire et le premier en 13 ans. En 2015, Joan a été le troisième à réussir à dompter la bête et, quelques heures plus tard, Pierre et moi l’avons suivi.

J’ai fait un petit survol de la liste des « gagnants » en vue de la course de cette année. En tout, nous sommes 8 Québécois. Ajoutez à ça les 4 qui sont sur la liste d’attente et qui, s’ils sont patients, devraient eux aussi être mesure de prendre le départ. Donc, potentiellement, nous pourrions être 12 de la belle province, soit 3 fois plus que l’an passé.  En tout cas, Gary Knipling n’a pas fini d’entendre parler « some kind of French » sous la tente la veille de la course ! 🙂

Quant à l’UTMB, la présence québécoise y est plus soutenue depuis quelques années et 2016 ne fera pas exception.

La tendance observée ces dernières années semble donc se confirmer: notre sport, bien qu’il serait ennuyant à mourir à suivre à la télé, gagne rapidement en popularité ici. Et cette popularité risque d’être accompagnée d’une émergence de coureurs de haut niveau. Les prochaines années risquent d’être très intéressantes à suivre…

Souvenirs ou cossins ?

Quand j’étais en installation en 2014, les gars avec qui je travaillais s’amusaient à me taquiner parce qu’à chaque jour, je portais un t-shirt à l’effigie d’une course différente.

« On sait ben, tu ne les fais pas ces courses-là, tu fais juste acheter le t-shirt ! »

En fait, je ne faisais « qu’optimiser » mes bagages et portais tout simplement le t-shirt qui allait me servir pour ma course du soir. Comme on dit, quand on travaille dans un poste situé dans l’Abitibi profonde, pourquoi s’encombrer d’une chemise propre ? Mon boss n’allait tout de même pas se téléporter sur place pour me reprocher mon habillement négligé…

Il faut dire qu’avec les années, j’ai ramassé plusieurs souvenirs des différentes épreuves auxquelles j’ai participé. Les t-shirts sont plutôt pratiques et je dois avouer que les fins de semaine, je fais comme si j’étais toujours en installation: on dirait que je n’ai que ça dans ma garde-robe.

Pour le reste, un de mes tiroirs contient d’innombrables souvenirs: médailles, vieux dossards, casquettes, buckles (ha, les buckles…), buffs, etc. Mais à partir du moment où je n’ouvre ce tiroir que pour y insérer d’autres souvenirs, à quel points ceux-ci ne sont-ils tout simplement pas devenus des… cossins ?

Juste pour m’amuser, j’ai étalé les « souvenirs » de mon année 2015 à la course sur le tapis du salon. Voici ce que ça donne:

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Les « souvenirs » de l’année 2015. Absents de la photo: le dossard du Vermont 100 que je ne retrouve plus et le t-shirt du Marathon de Montréal qui a servi pour ma course de ce matin et qui ne pouvait pas être présent 😉

 

Ai-je vraiment besoin de garder tout ça ?  Hum…

2015, une drôle d’année

Les traditions étant les traditions, pas moyen de passer à côté de celle qui en est rendue à sa quatrième édition, soit la revue de ma dernière année dans le merveilleux monde de la course.

Voici donc ce qui m’a « frappé » au cours des 12 derniers mois…

Les femmes de la course – Contrairement aux années précédentes, j’ai cru remarquer qu’elles avaient eu un rôle plus important dans mon activité en 2015. Je ne peux donc tout simplement pas laisser leur apport sous silence.

Tout d’abord, je me dois évidemment de souligner, encore une fois, tout le soutien venant de la part de ma (la plupart du temps) tendre épouse Barbara. Contrairement à bien d’autres qui prétendent soutenir leur homme et qui profitent ensuite de la moindre occasion pour leur ramener ça sur le nez quand ça va moins bien, je sens vraiment qu’elle est derrière moi. Elle me connait mieux que personne et sait que je pourrais difficilement vivre sans mon sport. Or, quand je me suis blessé et aussi quand j’ai eu une grosse baisse de régime en fin d’année, au lieu de me casser les oreilles avec les classiques « Je te l’avais dit » et « Tu en fais trop », elle a cherché avec moi à trouver des solutions. Ajoutez à ça qu’elle a passé une autre nuit blanche à me suivre dans les coins le plus reculés de la Virginie profonde pour ensuite avoir l’immense bonheur d’avoir à me ramasser quand je suis tombé dans les pommes dans la salle de bain…

Donc, très humblement, merci pour tout, mon amour.

Une qui n’a pas eu à passer une nuit blanche, mais presque, et qui a gardé le sourire tout le long, c’est ma « petite » sœur Élise. Prise pour dormir sur le fauteuil de la chambre d’hôtel avant et après la course, elle n’a jamais perdu sa contagieuse bonne humeur tout au long de la journée. Et le sourire, elle l’avait encore par cette belle journée de novembre, quand elle a complété avec brio son premier demi-marathon. Je l’ai dit et le répète, il y a une marathonienne et même une ultramarathonienne dans ma frangine.

Dans un autre créneau, que dire de Fanny, celle pour qui j’ai joué au pacer à Bromont ?  Je l’ai rejointe alors qu’elle avait 124 longs kilomètres dans les jambes. Elle claudiquait, avançait lentement. Mais elle avait un moral d’acier et son esprit était si vif que je me suis trouvé nul de me sentir moche alors que j’avais dormi quelques heures.

Comme le lapin Energizer, elle a avancé, encore et toujours, grugeant lentement, mais sûrement un à un les obstacles qui se dressaient devant elle. Jamais je ne l’ai entendue se plaindre. Une battante, une vraie de vraie. Une inspiration.

Puis, comment oublier Christina, Kathleen et Amy, celles qui m’ont donné tant de fil à retordre en compétition ?

Christina, elle n’avait l’air de rien. Mais elle enfilait les kilomètres en enchainant les petites enjambées à une cadence époustouflante. Au fur et à mesure que la course progressait à Washington, elle s’éloignait de moi, me laissant croire que je n’étais pas vraiment dans une bonne journée. Et pourtant…

De Kathleen, je me rappellerai toujours le fait qu’elle n’arrête jamais, mais jamais de courir, même si elle avance plus lentement que quelqu’un qui marche dans certaines montées.  Et surtout, elle est ce qu’on appelle ici un cr… d’air bête. Autant à Massanutten qu’au Vermont, nous avons fait de longs bouts ensemble et la seule fois qu’elle m’a glissé un mot, c’était pour répondre au « Great job ! » que je lui avais lancé. Elle m’a répondu « You too ! » pour, quelques centaines de mètres plus loin, me dépasser sans me dire un foutu mot. Bout de viarge, elle a parlé plus aux chevaux qu’à moi durant toutes ces heures !

Quant à Amy, bien que son flot incessant de paroles m’ait un peu agacé à Massanutten, la longue jasette qu’on s’est piqué après le Vermont (où elle était directrice de course) m’a fait découvrir une femme charmante et drôle à souhait. Une vraie de vraie trail runneuse, contrairement à l’autre…

Aussi, un petit mot pour Anne, qui aurait bien pu être la première femme à me chicker dans un ultra au Québec. Si ce n’est pas elle, ce sera une autre, car le monsieur ne rajeunit pas et les femmes commencent à pousser pas mal fort ici…

En terminant, bien qu’on ne se soit pas côtoyés en course, j’ai suivi de près (mais à distance) l’impressionnante progression de mon amie Julie cette année. 4 ultras, en plus de plusieurs autres courses pas piquées des vers, c’est toute une saison qu’elle a eue. Et en juin prochain, nous ferons équipe dans le cadre de la Petite Trotte à Joan. J’y reviendrai.

Monsieur dream team – Il a été de tous mes 100 miles, il est sans contredit mon fan numéro un. Homme discret qui n’aime pas être le centre d’attention (c’est génétique, que voulez-vous…), il tient mordicus à faire partie de mon équipe de soutien. Et sa place est réservée à perpétuité (sauf pour les épreuves que je ferai en solo, bien évidemment). Un gros, gros merci pour tout papa.

Mon « entourage » – Bien que la course soit le sujet de ce blogue et que mes interventions Facebook ont presque toutes rapport à ça, c’est seulement quelque chose que je fais, ce n’est pas ce que je suis. Non mais, est-ce qu’il y a quelque chose de plus fatigant que quelqu’un qui parle toujours de la même affaire ?

Ma femme, ma famille, mes amis, mes collègues de travail me permettent d’échanger sur d’autres sujets d’intérêt. En fait, même entre ultrarunners, on parle souvent d’autre chose. Car, il n’y a pas que la course dans la vie, n’est-ce pas ?

« Mes jeunes » – C’est comme ça que je surnommais les étudiants de l’école Gérard-Filion avec qui je courais les lundis. Eux s’entrainaient pour le Grand Défi Pierre-Lavoie et moi, ben, je courais, comme d’habitude.

C’était beau de voir des jeunes motivés par le projet et des profs dévoués les encadrer. Une belle expérience de vie.

Ils nous ont quittés –  Quelques jours avant la course à Washington, j’ai appris le décès de mon oncle Claude, qui n’avait que 70 ans. Je ne le voyais pas tellement souvent, mais c’était toujours un immense plaisir d’être en sa compagnie. Il avait le don de nous faire rire, alternant taquineries et autodérision. Les funérailles ayant lieu le jour où nous partions, nous n’avons pas pu y assister.

Dans les 10 derniers miles, alors que le soleil était à son zénith et que je serrais les dents pour tâcher de terminer, je l’entendais me traiter de débile et rire de moi. J’ai ri tout seul parce que j’étais un peu d’accord avec lui…

Puis, peu avant le Vermont 100, j’ai appris le décès de Christian. Celui-là, je l’ai pris encore plus dur, probablement parce qu’il avait mon âge. Durant la course, dans les moments les plus difficiles, je me rappelais de ses expressions colorées et encore là, je riais tout seul. Deux jours plus tard, à la sortie de l’église de Ste-Julie, je n’ai pas retenu mes larmes. Il me manquait déjà.

Le froid – C’est difficile à croire avec le mois de décembre hyper-clément que nous avons eu, mais l’hiver a été dur dans la partie nord-est du continent. Très dur, même. Jamais vu autant de journées avec des températures descendant sous les -20 degrés, jamais vu un hiver aussi long. Pas les conditions idéales pour se préparer en vue de la saison des ultras, mettons.

La chaleur – Bon, j’ai beau m’en plaindre, mais mon corps vit plutôt bien avec le froid. Malgré les conditions extrêmes, je ne suis jamais allé au bout de ma garde-robe. Je ne protège que très rarement mon visage et n’ai aucun problème à respirer dans le froid. Ha, si mes mains pouvaient être comme le reste de mon corps…

Par contre, la chaleur… Ouch !  Là, c’est plus difficile. Et comme le hasard fait « bien » les choses, il fallait qu’il fasse chaud autant à Washington qu’à Massanutten. Si au moins ça s’était déroulé en fin de saison…  Mais non, c’était en avril et en mai. Dire que j’ai souffert serait un euphémisme.

Un parcours à ma mesure – En banlieue de Washington, sur les bords du Potomac. Deux parcs reliés entre eux par un sentier. Parcours peu technique, relativement rapide. Des boucles, des allers-retours. Un parcours fait pour moi (il le serait encore plus s’il y avait de vraies montées, mais bon…). Je pensais que j’aurais pu faire mieux, mais finalement…

WHAT ?!? – C’est ce qui est sorti de ma bouche. La première fois, alors que j’avais 75 km dans les jambes et que le pauvre bénévole m’annonçait que je devais me taper le foutue boucle de 2.2 miles qu’on s’était tapée plusieurs heures auparavant. Pendant que je bougonnais, les coureurs du 50 km que je venais de dépasser passaient tout droit. Quand j’ai vu Christina sortir de ladite boucle, je me suis résigné : j’y suis allé, la queue entre les jambes, comme si on m’envoyait à l’abattoir.

Puis, une fois l’arrivée franchie, alors que j’envisageais sérieusement de retourner à mon auto pour aller récupérer moi-même mon drop bag, je suis passé à la tente de chronométrage. Comme j’avais eu une course somme toute correcte, je m’attendais à avoir terminé entre les 20e et 30e places. Au mieux, la 15e. Puis, j’ai vu le chiffre : 9e, avec à la clé, une première place dans ma catégorie.

WHAT ?!?

Les roches – Massanutten Mountain Trail 100-Mile Run. Les roches en font sa réputation. J’en ai fait une indigestion, littéralement.

Abandonner ? – En course, j’y avais souvent songé, mais jamais sérieusement. C’était avant de connaitre Massanutten. Il faisait chaud, le parcours très technique faisait que j’avançais à pas de tortue. Je détestais ça profondément. Je voulais juste partir, être ailleurs. Avant même le premier tiers, j’ai songé à abandonner.

Je me suis trainé jusqu’au ravito. Puis jusqu’au suivant. Mon enthousiasme est revenu, avant de repartir. À la mi-parcours, j’étais en mode death walk. La providence a mis Pierre sur mon chemin. Sa présence m’a rassuré, revigoré. Ce n’est que beaucoup plus tard que je resongerai à abandonner, quand, envahi par la fatigue, mon corps ne voulait tout simplement plus avancer.

Le bourbon – Bird Knob, mile 81.6. Je me demande comment je fais pour tenir debout. Le ravito est minuscule et sur place, les bénévoles sont sur le party. Ils nous offrent du bourbon, il me reste tout juste assez d’intelligence pour décliner. Pierre accepte avec plaisir, alors que je me contente d’un concentré de café au chocolat (ou était-ce du chocolat au café ?).

En tout cas, c’est ce que Pierre m’a raconté, car honnêtement, ceci n’est qu’un vague souvenir pour moi.

Pas un pique-nique – Picnic Area, mile 87.9. Je suis au bout du rouleau. J’ignore si c’est la fin ou pas, mais je dois prendre un temps d’arrêt : je dors debout. Le problème est que je ne dors pas une fois couché, alors j’attrape au passage mon partner avant qu’il quitte et nous repartons ensemble.

Quelques centaines de mètres plus loin, mon système digestif me signifie son ras-le-bol. Il refera plusieurs fois des siennes pendant les 3 heures que durera le trajet nous menant au dernier ravito, à peine 9 miles plus loin.

Voulez-vous bien me dire pourquoi ils ont appelé ce ravito Picnic Area ?!?

Les hallucinations – Une dame qui nous fait des grands signes. Un chapiteau. Je les vois, clairement même. Mais Pierre ne les vois pas. J’hallucine, mais le pire est passé. Nous en rions encore.

Le « sprint » –  Nous avons enfin regagné la route. Plus que 6 petits kilomètres. Ma Garmin ayant rendu l’âme, je ne sais pas à quelle vitesse nous allons, mais j’ai l’impression que c’est très vite. Un à un, nous rejoignons des coureurs, les laissant dans notre sillage.

Quelques heures auparavant, je pensais que j’allais mourir. Pourtant, en ce moment, je vole. Et je n’ai jamais pris de repos entre les deux. C’est bizarre, le corps humain.

Mon partner – Nous avons passé 17 heures ensemble. 17 heures à échanger sur tout, à se soutenir, à s’encourager. On dit que pour vraiment connaitre une personne, il faut courir un ultra avec elle. Hé bien, je crois qu’on a vraiment eu la chance de se connaitre tout au long de cette journée et de cette nuit.

J’ai pris le départ de cette course sans trop savoir à quoi m’attendre. Je l’ai terminée avec un ami.

Lapin de cadence – Un rêve devenu réalité 8 ans plus tard. À cause de mon déguisement (ou malgré lui, c’est selon), plusieurs personnes sont venues me parler. Et pendant plus d’une heure, j’ai été leur guide. Une responsabilité que j’assumais pleinement, espérant secrètement avoir contribué un tantinet à la réussite de certains d’entre eux.

Je n’avais juste pas prévu faire les 6-7 derniers kilomètres tout seul…

On s’habitue à tout – St-Donat, la première fois, j’ai détesté. Profondément détesté. Trop technique, trop de bouette, pas moyen de prendre un semblant de rythme. Puis, par masochisme, j’y suis retourné. Bah, pas si pire, que je me disais. J’en ai donc remis une couche cette année.

Ha ben bout de viarge, j’ai même aimé ça !  Comme quoi, on s’habitue vraiment à tout.

Perdu – Mon ami Pierre a la fâcheuse tendance à se perdre quand il court des ultras et j’avoue que nous le taquinons un peu avec ça. Mais cette fois-ci, à St-Donat, c’est moi qui me suis royalement fourvoyé peu après le sommet de la Noire.

Têtu comme une mule, je me suis enfoncé, encore et encore. C’est par une chance incroyable que j’ai fini par retrouver le bon sentier. À ne pas refaire.

Le kyste – Je le trainais depuis longtemps. Des mois, des années ?  Je ne sais pas trop. Il était dans mon dos, alors il ne paraissait pas et ne me dérangeait pas, alors pas de presse à le faire enlever, n’est-ce pas ?

Erreur. Durant les 8 heures que j’ai passées dans les sentiers de St-Donat, le frottement incessant de ma veste d’hydratation a probablement fini par causer une ou plusieurs micro-blessures et ledit kyste s’est infecté. Après quelques jours à l’endurer, j’ai dû me rendre à l’évidence : je ne m’en sortirais pas seul.

On l’a ouvert, vidé, puis on y a installé une mèche que je devais faire changer tous les jours. On m’avait dit que ça durerait 7 à 10 jours, le temps que la plaie se referme. Ça a pris 6 interminables semaines.

Finalement, c’est un chirurgien que j’ai rencontré par hasard la veille du Vermont 100 qui m’en a débarrassé, plusieurs semaines après.

« And you ran a 100 miles with that… » – C’était Amy, après le Vermont 100, alors que je venais de lui expliquer pourquoi je devais retourner au Québec avant le traditionnel barbecue. Tu aurais fait pareil, chère Amy.

« Il est tout mouillé » – L’infirmière qui a effectué le changement de pansement-mèche le lendemain du Vermont. C’est que voyez-vous, j’ai couru 100 miles dans la grosse humidité et pour couronner le tout, je me suis fait arroser non pas par un, mais bien deux orages.

Alors oui, c’est possible qu’il soit mouillé.

Monte, descend, monte, descend… – Dans le milieu, on le dit « facile ». Vrai qu’il n’est pas tellement technique, vu qu’il se passe à 70% sur des chemins de terre. Quand on sait que le record de parcours se situe sous les 15 heures…

Ceci dit, ça n’empêche pas le Vermont 100 d’être tout un test. 100 miles, 161 foutus kilomètres, toujours en montée ou en descente. Aucune de ces montées ne peut se targuer d’être une véritable ascension. Il en va de même pour les descentes, qui se font à peu près toutes à pleine vitesse. Mais c’est l’ensemble, qui est beaucoup plus difficile que la somme des parties, qui fait de ce parcours ce qu’il est : un défi à ne pas sous-estimer.

La cheville – Bang, bang, bang. Des milliers de fois, mes pieds ont frappé le sol. Au bout d’un certain temps, ma cheville en a eu marre. Deux semaines de repos, je la pensais guérie. Erreur. La persistance de ce mal m’a forcé à essayer de changer ma technique de course.

Changement de technique – En course à pied, il faut toujours, toujours y aller graduellement. Ce que je n’ai évidemment pas fait. Des mollets et des tendons d’Achille sollicités au maximum, des malaises qui ne finissent plus de guérir. Je suis maintenant contraint de recommencer à zéro, en espérant que ma cheville me le permette…

Pacer – Étant dans l’impossibilité de compétitionner pour moi-même, je me suis rabattu sur le pacing en fin de saison. Tour à tour, Sylvain, Fanny et ma sœur Élise ont eu à m’endurer, parfois pendant des heures. Je les plains.

Porteur de bière – Mon ami Sylvain était blessé, je me sentais tellement, mais tellement inutile. Quand il m’a réclamé de la bière, j’ai tout d’abord cru à une blague. Constatant son sérieux, je me suis exécuté avec plaisir. Si au moins je pouvais servir à ça…

Réflexion toutefois : 5$, était-ce suffisant pour acheter cette grosse canette de Heineken dans un dépanneur ?

Bénévole –  C’était ma première « vraie » expérience en tant que bénévole dans un ultra. Observer les autres agir, ça nous permet d’en apprendre beaucoup, autant sur eux que sur soi-même, tout en se rendant utile. À refaire.

Courir à travers l’histoire – Rome, Florence. La Place St-Pierre, le Tibre, le Circo Massimo, le Colisée, l’Arno, le Ponte Vecchio, le Duomo, le Palazzo Vecchio.  Des endroits célèbres, « courus » par les touristes. Hé bien moi, j’étais le touriste qui les ai découverts en courant au (très) petit matin, alors qu’il n’y avait personne.

Une manière de découvrir le monde autrement. Je ne l’avais jamais fait, je ne pourrai plus m’en passer. Merci pour le tuyau, Didier.

Ambassadeur – Hé oui, je suis maintenant ambassadeur Skechers. Qui l’eût cru ?

Le down – Retour d’Italie, petite sortie de 10 km en vue du demi avec ma sœur trois jours plus tard. Catastrophe : je fais du 4:23/km de moyenne, de peine et misère. Je mets ça sur le compte du décalage horaire.

Les semaines se suivent et je n’avance toujours pas. La nouvelle technique peut être en cause, mais comme je reviens peu à peu à mes premières amours, il me semble que… Puis, un dimanche, après 11 petits kilomètres à St-Bruno, étourdissements. Je persiste, puis finis par capituler après 18 kilomètres. La semaine suivante, ma « longue sortie » ne fera que 16 misérables kilomètres.

Entre les deux, les sorties plus courtes étaient somme toute convenables. J’en parle aux copains qui ont des propos rassurants. Je consulte tout de même un médecin qui décèle un léger souffle au cœur et commande un bilan médical complet. Une fois « sevré » d’alcool, je me retrouve une aiguille enfoncée dans le bras avant de faire pipi dans le petit pot pour ensuite jouer dans mon caca avec un petit bâton. La joie. J’aurai les résultats d’ici 2 semaines.

Entre temps, j’ai décidé de contrôler ce que je peux contrôler, soit mon alimentation. Donc, moins de sucre et moins d’alcool. Pas de coupure drastique (la vie serait tellement plate et c’est tout de même le temps des Fêtes !), mais un certain contrôle. Ça ne peut pas nuire.

Depuis deux semaines, je sens que je remonte la pente. J’étais peut-être juste fatigué après tout…

Les loteries – L’année a commencé par celle de Massanutten, où j’ai « gagné ». Elle s’est terminée par une « défaite » en vue du Western States (j’avais un gros 3.6% de chance d’être pigé) et un suspens en vue de l’UTMB. Hé oui, j’ai appris tout récemment que mon résultat à Massanutten était admissible pour l’obtention des fameux « points » nécessaires pour avoir le droit de participer à la mythique épreuve.

Mais, tout comme quelques-uns de mes comparses, j’avoue que toutes ces loteries commencent à me peser. Bientôt, on ne pourra plus avoir la moindre idée de notre programme de la saison avec tous ces foutus jeux de hasard…

2016 ? – Le programme se dessine tranquillement. Encore une fois, pas de marathons, à moins que ce soit comme accompagnateur. Les marathons et moi…

Malgré toutes mes belles promesses, je compte retourner à Massanutten. J’ai un compte à régler avec cette course-là et comme je l’ai déjà terminée, j’ai à peu près 100% des chances d’y retourner si c’est ce que je veux.

Ensuite, ce sera la Petite Trotte à Joan, puis, comme je ne suis qu’un être humain, je ne crois pas que ce soit une bonne idée de me faire le Vermont 100 trois petites semaines plus tard. De toute façon, si je suis pris à l’UTMB… Je sais, Joan s’est farci les trois l’an passé, mais je le répète, je ne suis qu’un être humain, moi. Et si ça ne fonctionnait pas du côté des Alpes, ce sera l’Eastern States, qu’on dit très, très difficile. Ok, c’est moins glamour, mais bon, c’est aussi pas mal moins loin !

À l’automne, j’espère bien effectuer un retour à Bromont, mais c’est encore loin. Puis, j’aimerais bien me faire  quelque chose de plus petit en mars ou avril. Un 50 km ou un 50 miles. On verra.

Encore une fois, bien des beaux projets ! 🙂

Bonne année 2016 à tous !