Les suites d’un abandon

Luc, t’as besoin de bénévoles ?

« Hey Freeeed, comment ça va ? ». Je l’avais vu passer au 38e kilomètre, je m’étais dit que j’essaierais de le voir après l’arrivée pour lui annoncer mon retrait du 50 km 5 Peaks d’Orford dont il est l’organisateur. Si je n’étais pas foutu de faire plus de 4 kilomètres après une semaine sans courir, il était hors de question d’en envisager 50 trois semaines plus tard. Dans le meilleur des cas, je pourrais reprendre le collier cette fin de semaine-là.

J’ai perçu de la tristesse sur son visage quand je lui ai résumé ma mésaventure. Entre coureurs, on se comprend. On sait c’est quoi, être privés de notre drogue. « Ha, on a toujours besoin de bons bénévoles… Je vais te mettre en charge de surveiller les toilettes, tiens ! ». J’ai éclaté de rire. Il me fait toujours rire. Vous devriez lire ses info-lettres pour sa course : du bonbon.

J’avoue que ça me faisait bizarre de déambuler dans une aire de retrouvailles après une course après avoir dû l’abandonner. On voit tous ces coureurs radieux, avec leur médaille de finisher au cou… On se sent… comment dirais-je ?  Pas à sa place. Comme si on n’avait pas du tout d’affaire à être là.

Au moins, j’étais vraiment, mais vraiment heureux pour ma sœur. Me connaissant, j’avais peur que le fait d’être blessé me rende d’une humeur massacrante et que je devienne le casseux-de-party de son premier marathon. Mais non, j’étais si heureux pour elle. Et c’était tellement beau de voir la fierté de Christian et de mes parents. Vraiment, un beau moment passé en famille.

J’appréhendais également le long retour en voiture. Deux heures seul avec moi-même, deux heures pour tout ressasser. Encore là, rien à signaler. Ce n’est pas comme s’arrêter durant un ultra parce qu’on n’en peut plus ou qu’on n’a plus le goût. Dans ce temps-là, on se dit qu’on aurait pu faire ceci, dû faire cela, etc. Ce n’était pas le cas. J’étais blessé, je ne pouvais pas poursuivre, point à la ligne.

J’ai plutôt dressé mon plan pour les prochaines semaines. En plus du 50k d’Orford, j’allais devoir me retirer de la Course des 7, où j’étais supposé être lapin de cadence, et du Vermont 100. J’avais une blessure de fatigue, il n’était pas question que j’essaie de me faire un 100 miles plutôt roulant dans un délai si court.

Mais il fallait surtout que je soigne. Et ça, ce serait l’affaire d’Annie-Claude, la physio qui a réglé mon problème d’ischio.

Faut croire que je ne suis pas le seul à la trouver bonne parce que j’ai dû attendre au vendredi pour avoir un rendez-vous. Verdict : déchirure de grade 1 (ça a l’air qu’il y en a 3), pronostic de deux autres semaines sur les lignes de côté. Définitivement que j’avais bien fait de déclarer forfait pour mes courses !

Finalement, après une semaine où j’ai été un patient modèle (c’est-à-dire que j’ai fait tous les exercices prescrits et ce, sans en faire trop), j’ai eu la permission de reprendre. Ok, « reprendre », façon de parler: 15 minutes en mode 2/1 (2 minutes de course pour 1 minute de marche), mais bon. En fait, ça fait un beau prétexte pour se rendre l’épicerie qui coin. Demain, ce sera 20 pleines minutes. Hou la la…

Ceci dit, c’est peut-être psychologique, mais depuis que je me suis fait cette micro-sortie hier, il me semble que le mollet va mieux. Comme si la reprise avait aidé la guérison. Oui je sais, c’est dans ma tête…

Il y a une affaire que je retiens dans cette histoire-là (mis à part le fait qu’il ne faut jamais présumer de son « invincibilité ») : demander des conseils à d’autres coureurs, lire des publications, aller voir sur les forums de discussions, ça donne une bonne idée. Mais il n’y a jamais rien qui va égaler l’avis un professionnel. Lui, il nous voit, nous tâte, constate quels mouvements on peut faire ou ne pas faire. Des blessures, il en voit à longueur de journée et elles sont toutes différentes.  Bref, il a tous les outils pour cerner le problème et prescrire le « remède » approprié.

La suite des choses maintenant ?  Pour l’instant, je ne suis inscrit à aucune course. Toutefois, mon retrait du Vermont a un double impact sur les « monuments » auxquels j’aimerais prendre part. Tout d’abord, il y a évidemment l’UTMB, pour lequel je dois amasser 3 petits points cette année pour assurer mon inscription l’an prochain. Je comptais sur le Vermont pour aller en chercher 6. Il y a toujours Bromont qui demeure toujours dans ma ligne de mire, mais comme il n’est pas encore accrédité officiellement (Gilles ?), j’aurais préféré être fixé plus rapidement.

Autre inconvénient: le Vermont était la seule course qualificative pour le Western States que j’avais prévu faire cette année. Oups.

Ha, ce n’est pas la fin du monde, c’est juste une course… Mais dans un autre sens, je trouverais pas mal cool de me faire les deux courses en sentier les plus célèbres. Je suis donc allé voir la liste des courses qualificatives, au cas où il y en aurait pas trop loin en automne.

Et sur quoi suis-je tombé ?  Sur le Harricana 125. Début septembre, une organisation extraordinaire que je connais bien, franchement pas loin de la maison… En plus, cette course donne 5 points UTMB. Comment passer à côté ?

Bref, histoire à suivre. Si la guérison se déroule bien…

Marathon d’Ottawa: l’art de se rendre inutile

Je me faisais une idée plus « glorieuse » de mon premier abandon en course. Je m’imaginais un arrêt provoqué par des conditions apocalyptiques durant un ultra, conditions qui m’auraient amené à l’hypothermie après une vingtaine d’heures passées sous le déluge.  Ou alors, suite à une bonne plonge et une marboulette pétée sur une roche, j’aurais à être évacué en hélicoptère. Et pourquoi pas un abandon dans le cadre d’une participation au Barkley ? Tant qu’à abandonner… Bref, quelque chose d’épique, de spectaculaire.

Vous allez me dire que techniquement, j’avais déjà un DNF suite à la Petite Trotte de l’an passé (d’ailleurs, pas que je veux en rajouter car on en a déjà trop parlé, mais ne trouvez-vous pas un tantinet ironique que ma binette se retrouve sur la page d’inscription de l’épreuve ?  Au nombre de photos qui ont été prises au fil des années, me semble que… À moins que la « nouvelle administration ait levé la sanction ?  Enfin…). Mais pour moi, un DNF dans une épreuve non chronométrée et sans classement, en plus qu’on s’était tout de même rendus jusqu’au bout, mettons que ce n’est pas vraiment un DNF.

Tout ça tourne dans ma tête alors que je retourne en marchant en sens inverse, la queue entre les jambes (au sens figuré, je n’ai pas de prétention autre), en direction du départ de ce Marathon d’Ottawa.

J’étais là pour accompagner ma sœur pour son premier marathon. Nous allions vivre cette expérience ensemble, j’avais tellement hâte. En plus, cette course allait servir de rampe de lancement pour ma saison, je pouvais enfin mettre ma déchirure à l’ischio derrière moi. J’avais monté le volume d’entraînement progressivement, j’avais suivi tous les principes de base. Je faisais moins de sorties en intensité et quand j’en faisais, le feeling était encore meilleur.

C’était jusqu’à la mi-mai. 6 jours avant le marathon, alors que j’étais au milieu  d’une sortie facile de 11 km, j’ai senti quelque chose de bizarre dans mon mollet droit. Hum… Petit massage et on repart. Deux kilomètres plus loin, même chose. Ben voyons… Re-reprise de la course, encore plus lentement. Quelques enjambées plus loin, j’ai senti une décharge dans mon mollet, au point où j’en ai presque perdu l’équilibre. Instantanément, plus capable de courir. Même la marche était pénible. Verdict du gars qui en a vu d’autres: contracture. Dans le meilleur des cas.

À ce moment, les paroles si sages de mon ami Pierre ont résonné à mes oreilles : « C’est quand on commence à  pousser un peu trop dans le volume que les bobos se mettent sortir… ». Lui qui se limite à 65-75 kilomètres par semaine, j’en étais rendu à 90-95. La veille, je m’en étais farci 36 au mont St-Bruno et l’avant-veille, j’avais fait ma sortie la plus rapide depuis une éternité. Sans compter des sorties assez intenses au mont Royal les mardi et jeudi précédents. J’en étais à ma sixième en 7 jours, ce que je ne fais pour ainsi dire jamais. Ben oui, je me sentais fort, plus besoin de faire attention. Du con.

Vous dire que j’étais d’une humeur massacrante ce jour-là serait un euphémisme. Allais-je pouvoir faire un marathon moins d’une semaine plus tard ?

J’ai pris toutes les précautions. Visite en ostéo dès le lendemain. Pas de course et presque pas de marche les jours suivants. Comme le vélo n’occasionnait pas de douleur, Marie-Ève m’a encouragé à poursuivre, me soulignant que l’afflux supplémentaire de sang ne pouvait qu’aider à la guérison. Je sentais toutefois qu’elle éprouvait un certain pessimisme (pour ne pas dire un pessimisme certain) quant aux chances que je puisse faire un marathon dans un délai aussi court. Même à une cadence 60 à 90 secondes plus lente au kilomètre qu’à mon habitude.

Au fil des jours, la douleur s’estompait peu à peu. Je me disais que finalement, j’allais probablement avoir à endurer un certain inconfort, sans plus. Mais lorsque mon vieux chum Steph m’a fait remarquer que je boitais l’avant-veille de la course, puis que Barbara a passé un commentaire semblable sur ma démarche le lendemain, le doute s’est vraiment installé. Avec le recul, dans mon for intérieur, je savais.

Avant la course, je me suis astreint à une longue séance d’échauffement. Rien. J’étais même tenté de me faire un petit bout à « ma » vitesse, question de voir. Je me suis retenu. Quand nous avons pris place dans le peloton, j’avais confiance.

Le grand frère et sa petite soeur tout sourires avant le départ.

C’était jusqu’aux premières foulées en course. Tout de suite, le « point de contraction » s’est fait sentir. Un inconfort qui pouvait très bien s’endurer. Mais si tôt en course ?

Nous sommes passés devant nos parents et mon beau-frère Christian autour du deuxième kilomètre. Celui-ci, qui traîne des problèmes à un genou depuis des lunes et qui sait c’est quoi être blessé, m’a demandé comment ça allait. Pas si pire, pas si pire.

Ça ne s’est cependant pas amélioré, bien au contraire. À chaque contact avec le sol, je sentais le muscle se contracter un peu plus. L’inconfort se transformait progressivement en sensation de crampe. Après même pas 4 kilomètres, sentant que ça allait encore péter si je m’entêtais, j’ai annoncé la mort dans l’âme à ma chère petite sœur que je n’allais pas faire la run. On s’est donné un gros câlin, elle m’a remercié et a poursuivi son marathon.

Je ne peux plus compter les regards médusés des coureurs que je croise. Ils semblent se demander comment un e échalote vêtue d’une veste d’hydratation puisse abandonner si tôt. Je suis blessé. ENCORE blessé, calvaire !!!

Une fois le peloton passé, je me retrouve seul, sur les bords du canal Rideau. Étonnamment, je n’ai pas trop mal à l’âme. Je ne peux même pas dire que je suis serein avec ma décision, je n’avais pas d’autre choix: ma jambe ne me permet tout simplement pas de faire un marathon  aujourd’hui. Point.

Je croise un trio de bénévoles. « Are you lost ? ». Ben oui Chose, se perdre sur un parcours urbain, vraiment ?  Eastern States la nuit, tu connais ?  Il me vient l’idée de faire une blague et de jouer au gars perdu, mais comme mon humour « différent » tombe toujours à plat avec la communauté anglophone, je leur explique tout simplement que je suis blessé. Oui madame, injured. Fucking injured.

Alors que je me dirige vers le point du parcours où les coureurs passeront deux fois (aux 27e et 38e kilomètres), un détail me frappe: le soleil est déjà chaud et il est à peine 7h30 le matin. Aïe.

Aussitôt, je tombe en mode « inquiétude ». Je ne serai pas là pour lui rappeler de boire, le fera-t-elle ?  En marathon, ça peut être tellement sournois, la déshydratation… Et mes amis coureurs ?  Tout comme au Vermont l’an passé, je commence à me faire de la bile pour eux. Louis, Pat, Sylvain… Mais c’est surtout pour ma sœur que je m’en fais. Elle a beau être rendue à 40 ans, elle sera toujours ma petite sœur et je serai toujours protecteur envers elle. Je suis fait de même.

Arrivé au 27e kilomètre, pas de trace de notre famille. Vrai que je leur ai dit de ne pas nous attendre là avant 9h30. Pas grave, je me trouve un endroit à l’ombre, à l’intérieur d’une courbe à la sortie du pont Alexandria et commence à attendre. Pour la première fois de ma vie, j’assisterai au passage des coureurs de l’élite. Au moins un avantage à avoir dû renoncer.

Comme ces gars-là courent à 3 minutes au kilomètre (le contingent de coureurs d’élite à Ottawa est assez relevé merci), un petit calcul mental prédit un passage autour de 8h20 – 8h22. Et comme de fait, j’entends assez rapidement les motos de sécurité, puis aperçois la voiture-chrono. À leur suite, une demi-douzaine d’Est-Africains (Kenyans, Éthiopiens, etc.) galopant au pas cadencé au presque. À l’avant du petit peloton, l’un d’eux porte un dossard jaune. C’est leur « lapin de cadence ». Il est affiché qu’il court à un rythme de 2h07. Wow.

À les voir approcher, je ne trouve pas qu’ils semblent aller si vite. C’est quand je les regarde s’éloigner que je me rends compte du rythme époustouflant qu’ils tiennent sans effort apparent. Du grand art.

J’assiste ensuite à ce que je surnommerais « l’évolution » des coureurs. Passent les coureurs d’élite « de développement ». Coureurs très rapides, au style sans faille, mais dont le niveau se situe une coche en-dessous des meilleurs. Parmi eux, le premier Canadien, Nicholas Berrouard, mon « co-équipier » chez Skechers.

Arrivent également les premières femmes, qui partent en même temps que tout le monde ici, contrairement aux grands marathons où leur départ est donné plusieurs minutes avant, question d’éviter qu’elles se fassent pacer par des hommes. Ici, pas de gêne, elles s’accrochent aux messieurs. D’ailleurs, un gars qui pace une femme me fait même un clin d’œil en passant.

Je surveille alors l’arrivée d’Arianne, une autre co-équipière Skechers. Sans trop tarder, je la vois approcher et lui lance un encouragement au passage. Elle ne bronche pas, demeurant dans sa bulle. Dire que cette fille-là se concentrait sur le 800 mètres à l’université…

Ok, Louis maintenant. Il fait chaud, comment va-t-il ?  En plus, il s’est tapé un 100 km récemment, sans compter les 50 miles de Bear Mountain il y a seulement deux semaines de cela. Sachant qu’il est déjà descendu sous les 3 heures, la vue du lapin de 3h05 ne me rassure pas. Puis, tout juste devant le lapin de 3h10, je reconnais sa bouille sympathique qui me donne l’indice que tout va bien. Je lui crie un encouragement. « Hé Freeeeed !!! Ça va bien ? ». Pas vraiment, non. Il se retourne en entendant ma réponse, la face en point d’interrogation. Pas fort de lui avoir dit ça là, comme ça. Je lui fais signe le pouce levé. Il poursuit, ne semblant pas trop comprendre.

De plus en plus de coureurs peinent. Moi aussi d’ailleurs, pour une autre raison. J’ai aperçu notre famille de l’autre côté et quand j’entreprends de traverser le chemin pour aller les rejoindre, j’ai la jambe en bois. Décidément que je ne suis pas près de reprendre la course, moi…

« Qu’est-ce que tu fais là ?!? ». Bon, contrairement à Massanutten l’an passé, mettons que la question est de mise. Je leur raconte mes mésaventures et leur fais part de mes craintes par rapport à la chaleur. Et ce n’est pas le nombre de coureurs qui marchent, suent abondamment et s’arrêtent qui va me rassurer. Au point où ma mère se fait un devoir de se foutre de ma gueule :  « Tu comprends pourquoi je suis toujours inquiète quand tu fais tes courses de fous maintenant ? ». Oui maman, je comprends.

Lapin de 3h30, Pat n’est pas encore passé, lui qui visait 3h23-3h25. Merdeu… Il se pointe peu après. Ça n’a pas l’air facile, mais il est souriant. « Ta sœur ne court pas ? ». Elle oui, c’est moi qui ne cours plus. « T’as bloqué ? ». Tu l’as dit ti-deli-dit. Exactement. J’ai bloqué. Fucking bloqué.

Pour une raison que j’ignore, je ne verrai jamais passer mon ami Sylvain. Je dois être trop obsédé par le défilement de ceux qui peinent. Ho que ça a l’air difficile. En plus, la grande majorité d’entre eux prennent la courbe à l’extérieur, au gros soleil !  Pensez-vous que les meilleurs ont fait un tel détour ? Le parcours est assez long de même, vous savez…

Lapin de 4h15, c’est là qu’on va savoir. Mon cœur bat la chamade. Si on ne la voit pas d’ici 5 minutes…

Au loin, un t-shirt rose foncé et une casquette grise apparaissent. Sa foulée semble légère, comme au début… En nous apercevant, son visage s’éclaire. Elle nous donne des high fives sans même ralentir, l’air fraîche comme une rose.

Passage au 27e kilomètre, fraîche comme une rose…

Ha ben bout de viarge !  Je m’en faisais pour absolument rien. À cet instant, je sais. Non seulement elle va finir, mais elle va le faire avec le sourire. Des problèmes peuvent toujours survenir, ça demeure un marathon, mais ce ne sera définitivement rien de majeur. Soulagé, vous dites ?

C’est en étant beaucoup plus calme que j’attendrai son passage au 38e kilomètre. En l’attendant, je ne manque pas d’encourager Pat quand il se pointe. « Ça tire, man ! ». Ha un foutu marathon, on a beau faire des ultras, ce sera toujours difficile…

Je rate encore mon ami Sylvain. Comment ça peut arriver deux fois, donc ?  Enfin… Au moins, je réussis à « attraper » mon collègue Yvon, qui marche. « Hey, Fred, t’as fini ? ». Non, c’est ma jambe qui est finie. Je marche un bout avec lui, j’ai peine à le suivre. Notre placottage semble lui avoir donné un petit boost et il repart à la course.

Quand ma sœur se pointe, peu après le lapin de 4h20, elle semble plus fatiguée (évidemment), mais elle en a encore dans le réservoir. Je lui fais remarquer qu’il ne lui reste que l’équivalent de ce que nous avons fait ensemble en début de course. C’est pas long, hein ?  Elle me dira plus tard que ça l’a vraiment encouragée.

La configuration de l’arrivée à Ottawa est malheureusement très mauvaise pour les spectateurs, alors nous ne pouvons pas la voir franchir la ligne. Si j’avais été capable de faire la run, aussi…

C’est une femme radieuse qui nous rejoint dans l’aire des retrouvailles. Wow, qu’elle est belle à voir !  Que c’est beau, quelqu’un qui finit son premier marathon !

Le câlin d’arrivée… Non mais, est-ce l’image du bonheur ou ce ne l’est pas ?

Bravo Élise, ton grand frère est si fier de toi !

Les fous et autres petites vites d’avril

Les fous – Ça a fait 10 ans hier. Après deux kilomètres courus «en dedans», j’avais pris un rythme qui me semblait confortable. Mes temps de passage (c’était avant les montres à GPS) m’indiquaient des kilomètres courus en 5 minutes. Compte tenu du fait tout ce que j’avais dans ma besace de compétitions était un 10 kilomètres fait en un peu moins de 47 minutes, je trouvais ce rythme acceptable pour mon premier demi-marathon. Surtout qu’une blessure au mollet m’avait mis sur la touche pour une quinzaine de jours deux mois auparavant.

À 5 kilomètres de l’arrivée, la souffrance a commencé à s’installer. Elle est demeurée avec moi jusqu’à ce que je vienne (presque) littéralement mourir sur la ligne d’arrivée.

«Y’a juste les fous pour courir des marathons !» que j’ai pensé tout haut à ce moment-là.

5 mois plus tard, je devenais tout de même marathonien. 14 marathons et autant d’ultras plus tard, je le confirme : il faut être fou pour faire ça. Faut croire que j’ai trouvé mon créneau.

« On dirait que tu t’es trempé les doigts dans la peinture !!! » – Mon beau-papa n’est pas facile à impressionner. Mais je pense avoir réussi ça par un beau soir, il y a quelque temps.

J’étais sorti de la ville en courant pour aller prendre mon auto garée sur la rive sud. Il faisait autour de zéro degré, il tombait un petit crachin. L’horreur pour quelqu’un qui souffre du syndrôme de Raynaud: les gants deviennent mouillés et le moindre petit vent nous fait geler des mains.

Dans la voiture, j’ai eu beau mettre le chauffage, la circulation dans mes doigts n’était pas revenue à mon arrivée à la maison, où ma douce m’attendait avec son papa pour le souper.

Quand il a vu mes mains… J’ai presque eu peur pour son coeur.

J’ai cru comprendre que plusieurs de mes amis coureurs sont pris à divers degrés avec ce mal qui je l’avoue, est un peu emmerdant. Non, je dirais plutôt: très emmerdant. On doit toujours trouver la combinaison parfaite pour que les mains soient à la bonne température pendant qu’on court. Si on a froid, on gèle (duh !) et si on a chaud, on transpire et les mains risquent de geler plus parce qu’elles sont mouillées. Et ça fait mal en ta…

Si vous ne connaissez pas ça, je vous suggère d’aller voir. Vous risquez vous aussi d’être… impressionnés. 🙂

« En tout cas, tu ne… » – Les gens sont bizarres. Bon, qui suis-je pour parler hein ? Ok, je vous l’accorde. Mais quand même.

Ça s’est produit à deux reprises. Dans le cadre du travail, il m’arrive d’avoir à aller en installation avec des collègues. Sur place, on interagit avec d’autres collègues qui ne me connaissent pas et, au fil des jours, on finit par parler d’autre chose que de travail durant les pauses-repas.

Ce n’est pas écrit dans ma face que je cours beaucoup. Or, quand un collègue qui me connait se met à me taquiner en me disant que je pourrais me rendre à un endroit déterminé en courant, les autres s’étonnent. La plupart posent des questions, s’intéressent à ce que je fais, même s’ils ne semblent pas trop comprendre pourquoi.

Sauf qu’un jour, il y en a une qui m’a sorti : « En tout cas, tu ne serais jamais capable de faire un Ironman ! ». Une autre fois, un gars m’a lancé : « En tout cas, tu ne cours pas autant qu’Untel. Lui, il court en ta… »

Tu en sais quoi, Chose ?  Sur quoi tu te bases pour affirmer ça ?!?  Tu ne me connais même pas !  Penses-tu que les gens qui font des sports un peu extrêmes déambulent avec une aura autour d’eux ?  Qu’ils flottent dans les airs ? Hé non, on a l’air tout à fait ordinaires (mis à part qu’on est fous, évidemment).  On a juste des passe-temps… différents. Il y en a qui collectionnent les papillons, moi je fais ça.

Pour la petite histoire, comme je nage comme une roche, l’Ironman, effectivement… Quant à monsieur Untel, je le connais très bien et il est fort sympathique. Il court pas mal plus vite que moi (sous les 3 heures au marathon), mais il ne s’imagine pas faire des ultras.

Courir dans le royaume du truck – Autour des centrales Eastmain d’où je vous écris ce soir, les routes sont ondulées et en terre. Ici, les VUS sont considérés comme des sous-compactes. De plus, comme les routes sont larges et qu’il y a très peu de circulation, ça roule vite.

On m’avait mis en garde contre les roches propulsées par ces mastodontes. Sans compter les histoires à propos des loups, des ours, etc. Bah, je suis un ultrarunner, donc par définition inconscient du danger sur les bords. Jeudi, comme nos essais n’allaient débuter que le lendemain, j’ai profité d’une belle matinée pour travailler de ma chambre… et aller m’aventurer sur les routes, bien sûr !

J’amorçais une montée qui fait tout de même 1.5 km de long quand j’ai vu un giga pick-up qui s’en venait. Le nuage de poussière qu’il soulevait ne laissait aucun doute : il roulait. Et pas à peu près.

Puis, j’ai remarqué que ledit nuage diminuait peu à peu, pour presque disparaître : le conducteur avait levé le pied. Rendu à ma hauteur, je l’ai remercié d’un signe de la main, il m’a salué de la même façon avant de repartir en trombe.

Constat : au royaume du truck, le coureur est plus respecté que dans la grande ville…

Impressionné

Ça y est, je suis trop vieux. Dépassé, plus juste bon pour le CSHLD et le manger « texturé ». Je ne comprenais rien de quoi on causait. Ha, je sais c’est quoi un hashtag, mais là, quand le représentant de l’est du pays s’est mis à expliquer comment les utiliser, on m’aurait parlé en mandarin que je n’aurais pas plus compris. Moi qui n’en utilise jamais, comment voulez-vous que je sache où les placer, de quelle manière, et patati et patata ?  Euh…

C’était au début du mois, à la soirée des athlètes et ambassadeurs dans les bureaux de Skechers. J’en étais à ma deuxième expérience, alors je savais plus à quoi m’attendre: une gang d’introvertis anormalement minces qui allaient bouffer du Subway avant de se faire briefer sur les nouveaux produits.

Bon, ce n’était pas du Subway, c’était de la pizza (mauvais timing, j’en avais mangé pas mal ces derniers temps, rapport au foutu dégât d’eau qui nous empêche de vivre normalement depuis une éternité), mais pour le reste, c’était pas mal ça. Bah, les gens n’étaient pas si introvertis non plus, certains se connaissant depuis des années. J’ai jasé un peu avec un monsieur de 60 ans dont j’oublie le nom (maudite mémoire) et qui s’en allait à Boston pour la cinquième fois. Il m’a raconté qu’il venait de traverser la ligne d’arrivée en 2013 quand ça a pété. Il a même senti le souffle des explosions. Ouf…

J’étais un peu rassuré quand il m’a demandé si je comprenais de quoi on causait. Lui aussi a semblé l’être quand il a vu ma face en point d’interrogation. On était au moins deux. Je me demande si les autres « seniors » sur place étaient comme nous.

Toujours est-il qu’à part ça, j’ai très bien compris de quoi il était question lors de ce briefing. Et j’ai été très, très impressionné.

Remise en contexte. Fin 2015, j’étais invité à devenir ambassadeur pour Skechers. Originalement, je ne comprenais pas trop pourquoi, surtout quand j’ai vu le calibre des athlètes qui étaient à la soirée. Puis j’ai compris: l’ultra-trail était sous-représenté dans l’équipe, seulement mon ami Benjamin faisant partie du domaine. La compagnie voulait avoir l’avis de plusieurs personnes qui testeraient les divers produits. Ha…

Je vous ai déjà fait part de mes craintes face à ce « contrat ». Je ne voulais pas perdre mon « indépendance » et devenir un panneau publicitaire pour Skechers. En même temps, la compagnie n’allait pas me fournir des équipements juste pour mes beaux yeux.

Je suis donc demeuré relativement discret sur le sujet. Mais j’ai pris à cœur mon rôle de cobaye. Ainsi, dans un long courriel envoyé à mon représentant, j’ai détaillé tout ce que j’aimais et ce que je n’aimais pas des divers produits, photos à l’appui.

Et qu’ai-je découvert (à part mon ignorance sur les subtilités des réseaux sociaux) durant le briefing ?  Que la compagnie écoute les athlètes !  Et ça ne lui prend pas 5 ou 10 ans avant de se revirer de bord, elle le fait en un an. Wow !

Ainsi, deux choses me chicotaient avec les modèles de l’an passé : la semelle s’usait rapidement et l’empeigne (la partie « bottine » du soulier) des modèles de trail n’était pas résistante. Et qu’est-ce que Skechers a fait ?  Elle a développé de nouveaux matériaux pour rendre les semelles plus résistantes tout en conservant les acquis au niveau légèreté et confort. Quant à l’empeigne des souliers de trail, elle a été renforcée.

Il me reste à tester le tout et je dois dire que les essais préliminaires donnent des résultats remarquables. Déjà que l’avis des utilisateurs soit écouté et surtout, appliqué, c’est remarquable en soit. Mais qu’ils apportent les changements proposés, wow.

Oui, je suis impressionné.

Petit brin de chiâlage

Que serait la vie sans Fred qui chiâle de temps en temps ?  Il me semble que j’ai été pas mal tranquille cet hiver, surtout pour un gars qui a été blessé. Ce qui fait que pas le choix, il faut ce qu’il faut… 😉

Les USA, on y a ou pas ?

Suite à l’élection de l’inqualifiable Donald Trump à la tête du pays voisin, je suis certain que plusieurs, comme les chroniqueurs Patrick Lagacé et  Yves Boisvert de La Presse, se sont posé la même question: les USA, on y va ou pas ?  En tout cas, moi j’ai eu cette interrogation.

En effet, pourquoi aller encourager l’économie d’un pays qui a élu un tel énergumène ?  Cet homme a tous les défauts qui peuvent me répugner: il est un menteur compulsif, raciste, égocentrique à l’extrême, misogyne en plus d’être manipulateur et paranoïaque (inqualifiable, je disais ?). Quand quelqu’un passe son temps à dire que tout le monde autour a un problème, c’est peut-être lui le problème, non ?  J’ai déjà eu un patron comme ça…

Mais bon, tout comme ces deux messieurs, ma douce et moi affectionnons justement les endroits et surtout les gens « anti-Trump »: la Nouvelle-Angleterre, l’état de New York, Washington (le district de Columbia a donné plus de 90% d’appui à Hillary Clinton) et nous irons certainement en Californie un jour. Bizarrement, le Texas et l’Alabama, bof… Et le Nebraska ?  Comment peut-on oublier le Nebraska ? 😉

Déjà qu’un voyage outre-mer était dans les plans (c’était avant que Dame Nature décide d’envahir notre sous-sol, là c’est un peu moins sûr), irions-nous y ajouter une semaine de camping au sud de Lacolle ?  Si leurs douaniers n’étaient pas toujours des plus sympathiques avant, imaginez maintenant…

Dans le même ordre d’idées, devrait-on aller faire des compétitions aux États-Unis ?  Car une course, ça implique évidemment des dépenses: bouffe, essence, logement, bière (je blague, enfin presque…). Veut-on dépenser cet argent là-bas ou serait-il préférable de le faire ailleurs ?

Pour ma part, l’offre des courses de 100 miles étant somme toute assez limitée au Québec, j’ai décidé d’aller au Vermont quand même. Et sans ma blessure, je serais allé à Massanutten. Mais ça ne veut pas dire que je vais faire ça à chaque année !

Le Tiers-Monde sportif ?

Selon ses propres dires, Jean-Luc Brassard est sorti de ses gonds une première fois le 14 février dernier, puis une deuxième fois dans une lettre envoyée à la section Débats de La Presse lundi. La raison ?  Le manque de couverture en direct des compétitions des sports dits « olympiques ». Il a utilisé le terme « pathétique » pour qualifier la situation et il a foutrement raison.

Quand j’étais enfant/pré-ado, les télés dites sportives n’existaient pas. On devait se rabattre sur Radio-Canada pour voir autre chose que les sports « traditionnels ». Ce qui fait que j’ai vu skier les fameux Crazy Canucks dans les montagnes mythiques de Kitzbühel ou de Val d’Isère. J’avais aussi vu patiner Gaétan Boucher sur un anneau extérieur (oui les jeunes, un anneau extérieur en glace naturelle en plus) avant qu’il ne gagne des médailles olympiques. Sans compter que le Marathon de Montréal était présenté en direct à cette époque.

Aujourd’hui, il existe 2 chaînes « offrant » du sport 24 heures sur 24 au Québec (et chacune d’elles « offre » deux programmations). Et pourtant, dans les 5-6 dernières années où nous avions la télé câblée (ben, c’était par satellite, mais ça revenait au même), je ne les ai pour ainsi dire à peu près jamais regardées. Pour la simple et bonne raison que ça ne parle que de trois choses: de hockey, de hockey et de hockey.

On y analyse chaque détail, on s’interroge sur un tel ou un tel, qui devrait jouer avec qui, qu’est-ce que le coach a dit, ce qu’il n’a pas dit, est-ce important qu’il parle français, bla bla bla… Il y a l’avant-match, l’après-match. La partie en temps compressé. Et les autres sports, eux ?

Oui, il y en a d’autres. Je vais passer outre les compétitions canines et les dards, mais les autres ? La plupart présentent avec un léger retard les images de l’émission américaine afin de permettre aux commentateurs en studio de savoir ce qui  va se passer et pouvoir le dire aux téléspectateurs. Ça me faisait hurler de rire quand j’entendais l’analyste du golf dire que le coup avait été « tiré à gauche » alors que la balle n’avait même pas encore été frappée. C’est beau, j’ai compris, je vais l’écouter au réseau américain…

Pendant ce temps-là, des athlètes de très haut niveau se démènent comme des diables dans l’eau bénite juste pour survivre car personne ne les connait, ou à peine. Ils apparaissent sur nos écrans lors des Jeux olympiques, puis disparaissent ensuite pour 4 ans. Après ça, on est déçus « parce que le Canada n’a pas eu beaucoup de médailles ». Ben oui…

D’ailleurs, à ce sujet, j’aime bien ce que dit Brassard: les Olympiques d’hiver, ça peut être un peu n’importe quoi car ils se déroulent souvent dans un endroit où, ho surprise, il n’y a pas vraiment d’hiver. Des Jeux d’hiver à Sotchi, vraiment ?  À Vancouver ? À Pékin ?!?  Ce qui donne des conditions de neige aléatoires et donc, des résultats tout aussi aléatoires. D’où l’intérêt de suivre nos athlètes en dehors de ce cadre artificiel.

Vous savez ce qu’il y a de plus ironique dans tout ça ?  C’est que la première sortie de Brassard est survenue le jour même du congédiement de l’entraîneur du Canadien. De quoi les médias ont-ils parlé, vous vous en souvenez ?  Heureusement, sa deuxième sortie, survenue suite au titanesque exploit d’Alex Harvey en Finlande, a des chances d’avoir plus de portée.  C’est à suivre.

Un marathon en 2 heures ?

Au cours de l’histoire de l’athlétisme, plusieurs barrières mythiques se sont dressées devant les athlètes de haut niveau. Ces barrières semblaient infranchissables pendant de très longues années avant de tomber sous les assauts répétés de l’amélioration des techniques d’entrainement, des stratégies de compétition et aussi, il faut le dire, probablement de l’évolution humaine.

Il y a eu les 8 pieds au saut en hauteur, les 6 mètres au saut à la perche. Les 10 secondes au 100 mètres, les 4 minutes au mile. Aujourd’hui, il y a les 2 heures au marathon.

Le record de l’épreuve a suivi une progression que je qualifierais de « normale » depuis de nombreuses années, quelques secondes étant retranchées du temps de référence précédent à chaque fois. Ceci se produit habituellement dans le cadre du Marathon de Berlin, réputé très rapide à cause de son parcours plat, et les conditions ne se prêtent pas à ce genre d’exploit à chaque année.

Présentement, le record est de 2:02:57, détenu par le Kenyan Dennis Kimetto depuis 2014. Logiquement, si la tendance se maintient, la barrière des 2 heures devrait tenir au moins 10 autres années, 15 ou 20 si on veut être plus réaliste.

Or, certains en ont décidé autrement. Ainsi, Sub 2 Hours a lancé un vaste projet de recherche et se donne un échéancier de 5 ans pour produire (c’est le cas de le dire) un athlète capable de terminer un marathon avec un « 1 » comme premier chiffre dans son temps final.

Et surtout, il y a Nike, qui de leur côté, ne niaisent pas avec le puck avec le projet Breaking2: ils veulent le faire dès cette année. Ils ont sélectionné trois athlètes de leur écurie et ils vont tout faire pour qu’au moins l’un d’eux réussisse.

Quoi ?  Gagner 3 minutes sur le meilleur temps jamais réalisé dès cette année ?  Ça va pas ?

J’ai vu passer un article cette semaine à propos de la « répétition générale » sur la distance du demi-marathon qui a eu lieu récemment. Et là j’ai compris: on dirait bien que ce ne sera pas un « vrai » record. Oui je sors encore le mot « vrai », j’espère que ça ne créera pas trop de controverse cette fois-ci ! 😉

Je m’explique. L’IAAF, l’organisme qui supervise les compétitions d’athlétisme et ratifie les différents records établis à travers le monde, a des règles très strictes pour qu’une performance soit considérée pour un record.

Ainsi, le parcours doit être vérifié et accrédité, ce qui est le cas du parcours où a eu lieu la répétition générale. De plus, il y a des règles concernant la distance géographique et le dénivelé entre le départ et l’arrivée (c’est pour cette raison qu’un record ne peut pas être établi lors du Marathon de Boston). Encore là, pas de problème, vu que l’essai se faisait sur un circuit de 2.4 kilomètres.

Là où j’en ai, c’est contre la méthode de drafting qui sera utilisée. En partant, une Tesla (auto électrique, excellente idée pour les coureurs qui n’auront pas à respirer des gaz d’échappement) transportant un tableau indiquant une mine d’informations sur la progression de l’épreuve (des capteurs ont été installés à tous les 200 mètres !) roulera devant les coureurs. Or, à voir les photos, ceux-ci couraient plutôt près de cette voiture, l’utilisant comme protection contre le vent. Déjà là, on n’est pas vraiment dans la légalité…

Ajoutez à ça l’utilisation de pacers. Ha, ils ne sont pas interdits et la formation en « diamant » prévue pour la tentative est vraiment bien pensée. Mais selon les règlements de l’IAAF, les pacers doivent prendre le départ de l’épreuve en même temps que tout le monde et abriter les coureurs « protégés » tant qu’ils le peuvent. Ainsi, on veut éviter qu’un athlète qui vise un record bénéficie de pacers frais qui entreraient dans la course à divers endroits et ce, pour de courtes périodes. Or, c’est précisément ce que l’organisation a prévu faire.

À mon avis, si le projet réussit (si on se fie à Eliud Kipchoge qui a complété son demi « d’entraînement » en 59:17 en courant à 60% de ses capacités, disons que les chances sont bonnes), un gros « Oui, mais… » s’installera dans l’esprit des observateurs. Car c’est bien beau faire la distance sous les deux heures, si on crée artificiellement et surtout « illégalement » les conditions pour le faire…

Un petit moteur dans les souliers avec ça ?

 

« Tirer la plogue »

Voilà, c’est fait: j’ai « tiré la plogue », comme on dit. En fait, elle s’est tirée par elle-même quand je n’ai pas confirmé mon inscription, mais ça revient à la même chose: je ne serai pas à Massanutten en mai prochain. Je me faisais peu à peu à l’idée depuis quelque temps, c’est maintenant officiel… et ça me fait tout drôle. Cette course, je l’avais tellement détestée à mes débuts, en 2015, pendant les longues heures que j’avais passées sur les foutues roches, sous le soleil de plomb… J’avais fini par l’apprivoiser en faisant la deuxième moitié de l’infernal parcours avec mon ami Pierre puis l’an passé, je m’étais carrément attaché. L’organisation, les gens, le site, tout. Le monde des ultras tel qu’on l’apprécie. Sans compter le fait qu’il y aura encore cette année une belle délégation québécoise. Mais bon, je n’en ferai pas partie.

Pourtant,  il y a quelqu’un qui a rallumé la lumière au bout du tunnel. Cette personne, c’est Annie-Claude, la physio que j’ai consultée à la clinique de la gare centrale. Sentant que j’étais allé au bout de l’ostéopathie pour la blessure que j’avais et constatant que la guérison stagnait, je me suis dit: pourquoi ne pas essayer la physio ?

À notre premier rendez-vous, elle m’a demandé un ordre de grandeur de mon volume habituel d’entraînement. J’ai répondu que je faisais entre 80 à 100 kilomètres par semaine, parfois 110 en « période de pointe ».

Pas de réaction. « Vos prochaines compétitions ? ». 50 kilomètres début avril (Runamuck) et 167 kilomètres début mai (Massanutten, évidemment). À peine un sourcillement. Soulagement: je n’allais pas passer pour un hurluberlu et ne me ferait pas dire « que j’en faisais beaucoup trop, que ça n’avait pas de bon sens, et patati et patata… ». Cool.

Après m’avoir examiné, fait faire un paquet de petits tests, taponné mon ischio de tous bords, tous côtés, elle m’a expliqué ce que j’avais et ce qu’il fallait faire pour guérir. En gros, oui, le muscle avait déchiré, mais il était en train de reprendre. Sauf qu’il fallait qu’il reprenne « comme il faut » et pour ça, je devais faire à tous les jours une série d’exercices qu’elle allait me prescrire.

La question me brûlait évidemment les lèvres : pouvais-je reprendre la course ?  « Pas cette semaine, mais à partir de la semaine prochaine, si vous faites vos exercices, le retour progressif à la course va faire partie de votre réhabilitation ».

Enfin !!!  Ça faisait 6 semaines que je m’étais blessé, ma dernière tentative remontait à 10 jours. Dire que je trouvais le temps long serait un euphémisme.

Et mon début de saison ?  « Je pense qu’il vaut mieux prévoir un retour progressif dans le but d’avoir un bon milieu et une bonne fin de saison qu’essayer d’aller trop vite. »

Flûte-caca-boudin. Mais bon, disons que je m’y attendais. J’allais définitivement « tirer la plogue ».

Je me suis donc mis à la tâche, assidûment, soir après soir. D’ailleurs, je ne comprendrai jamais pourquoi certaines personnes vont voir un professionnel comme un physio ou un ostéo pour ensuite ne pas faire les exercices prescrits. Ils pensent quoi, que ça va se faire tout seul ?  Que le pro a une baguette magique et va nous faire guérir en un claquement de doigts ?  C’est comme aller voir le médecin et ensuite, ne pas aller chercher les médicaments prescrits. Pourquoi y aller, voulez-vous bien me dire ?

Bref, après une semaine, deuxième rendez-vous. J’ai eu droit à des félicitations pour mes progrès et, extase, ai reçu mes instructions de course. Je devais commencer par une sortie de 20 minutes au cours de laquelle j’alternerais 3 minutes de course avec 1 minute de marche.

Moi, le gars plate, le gars de chiffres, fallait que je demande : 20 minutes, est-ce que c’est juste pour la course ou c’est pour le total. « Pour le total ». Ouin… Si ça allait bien, je pouvais ensuite monter progressivement: 30 minutes, 40 minutes. Puis passer à 5/1, 6/1, etc. Vous voyez le principe. Dans le genre progressif…

***

« Ça va pas ?!? ». C’en était presque comique. Ma belle-maman était à la maison pour quelque jours et lorsque je suis revenu de ma première sortie, peu habituées à me voir partir si peu longtemps, elle et Barbara ont posé cette question exactement en même temps.

Vous savez, 20 minutes, ce n’est pas tellement long… Et pas tellement épuisant non plus, à vrai dire, surtout quand on fait du 3/1. 5 petits blocs de 4 minutes et c’est terminé.

C’était il y a 3 semaines. Depuis, j’ai revu Annie-Claude à 2 reprises et ne devrais plus avoir à y retourner. Le retour graduel se poursuit. Une raideur (qui est tout à fait normale, à ce qu’il paraît) se pointe de temps à autre, me rappelant de ne pas brûler les étapes.

Maintenant, aurais-je pu faire Massanutten ?  Aucune idée. Et on ne le saura jamais…

Mais disons qu’avec le satané rhume qui m’est tombé dessus (oui oui, une vraie grippe d’homme !  Une chance que j’avais écrit le squelette de ce texte il y a quelques jours…), je ne suis pas trop fâché de ne pas avoir cette pression-là.

Chronologie d’une cr… de blessure

Le préambule – On s’envoie sa plus grosse année de course en « carrière » : trois 100 miles en plus d’un 120 km très costaud. On pace des amis au travers de la nuit. Après le dernier 100 miles, au lieu de se reposer, on « veut profiter de la belle température » pour essayer de retrouver sa pointe de vitesse d’antan. Et ce, même si on sait très bien qu’avec l’hiver qui s’en vient, ladite pointe de vitesse va se perdre.

L’incident – On est en plein milieu d’un intervalle, devant Habitat 67. On ressent un élancement au niveau de l’arrière de la cuisse.

La minimisation (oui, ça se dit !) – On a déjà ressenti ça, on se dit que c’est possiblement une contracture vu qu’une crampe est peu probable à ce stade d’une sortie relativement courte. No big deal. Un rendez-vous en ostéo et ce sera réglé. On prendra peut-être sa pause annuelle, question de reprendre pour les Fêtes.

La stupidité (I) – On repart, malgré la douleur. En fait, c’est plus un inconfort. S’il fallait s’arrêter à chaque inconfort…

La stupidité (II) – On reprend les intervalles. En plus, on ne coupe pas court, non, non, non, ce serait trop intelligent. On se tape le parcours prévu originalement en faisant le tour du circuit Gilles-Villeneuve. Les conditions sont tellement bonnes… Sauter les clôtures du pont est plus pénible que d’habitude. On finit par se faire une sortie de 17 kilomètres.

Le doute – La nuit, on se réveille en se retournant car la cuisse fait mal. Hum…

Le rendez-vous  (I) – L’ostéopathe parle de déchirure musculaire et « prescrit » la pause annuelle.

La pause – On se convainc que c’est probablement un mal pour un bien, que le corps en avait sans doute besoin. On en profite pour faire autre chose, pour dormir le dimanche matin.

Le retour (I) – En échauffement, on sent qu’il y a toujours un élancement. On l’ignore. Comme c’est un matin de tempête, on se dit que c’est parfait, qu’on va être « obligé » de prendre ça mollo.

La stupidité  (III et IV) – Dès les premières enjambées, le mal revient. On croit naïvement que ça va passer et on persiste. Sur 11 kilomètres. Et le pire, c’est qu’on remet ça le surlendemain… en courant plus vite !

Le soupçon de sagesse (I) – On décide de prendre un autre rendez-vous et de demeurer au repos d’ici là. On en profite aller prendre un verre avec les copains du bureau. C’est la dernière journée avant Noël, après tout !

Le rendez-vous (II) – On se sent bien, « il ne reste presque plus rien ». L’ostéo travaille longuement sur le muscle blessé. De vives douleurs se pointent à des endroits insoupçonnés. Quand pourra-t-on reprendre ?  « Il faut écouter votre corps ». Re-hum…

Le soupçon de sagesse (II) – Pause de 5 jours avant la reprise qui se fera très, très progressivement se promet-on. En alternant course et marche.

Le retour (II) – Règle auto-imposée: dès qu’on ressent une tension, on marche. Connaissant son esprit compétitif, on laisse la Suunto à la maison. Tout se fera au feeling. Premier essai 50-50 course-marche. Deuxième essai, on court plus, on marche moins. Troisième essai, on court encore plus, on marche encore moins.

La stupidité (V) – Quatrième essai. On court trop, on ne marche pas assez.

Le soupçon de sagesse (III) – Nouvelle pause de 5 jours. On veut attendre « de ne plus rien sentir »

Le retour (III) – Aucune douleur, aucune raideur, la vie est belle, nouvel essai. Au bout d’environ 500 mètres, inconfort dans une région assez éloignée de « l’épicentre ». Bah, c’est probablement autre chose…  11 kilomètres sans marcher, même si son épouse fait remarquer qu’il « court sur les brakes ».

Le découragement – Le lendemain, la raideur est revenue. La guérison a été retardée. Que faire ?  Quand pourra-t-on reprendre ?  Le moral est à plat; l’humeur, massacrante.

La revue à la baisse de objectifs – Le printemps qui était chargé risque de l’être moins. En effet, comment envisager de faire 100 miles sur ses deux jambes quand on n’est pas foutu d’en faire 5 ?

On vise d’être en mesure de faire le marathon d’Ottawa avec sa petite sœur.

Le rendez-vous (III) – « C’est beaucoup mieux que la dernière fois. Le muscle est en train de guérir. Faut juste lui laisser le temps. »

Les loteriesMassanutten in. On a jusqu’au mois de février pour s’engager. Et après ça, jusqu’en avril, il en coûtera seulement 25$ si on se retire. On a le temps d’y penser.

UTMB out.

Le soupçon de sagesse (IV) – Autre pause auto-imposée de deux semaines. On croise les doigts.