Le moment présent

Il faisait un soleil radieux. Tout autour, c’était le calme plat. Le seul bruit que j’entendais, c’était les « crunch-crunch » répétés de mes pas sur la neige qui recouvrait la route ondulée. Après avoir eu à composer avec des blessures à répétition, après avoir même craint que je n’allais plus jamais pouvoir courir, je retrouvais enfin cette paix intérieure, cette sérénité. Ha, c’était encore loin d’être parfait mon affaire, le fessier encore récalcitrant me rappelant d’y aller mollo. Mais je progressais. Enfin.

La charrue m’a sorti de mes pensées. Je me faisais déjà une joie de voir la tête du chauffeur se demandant ce que je pouvais bien foutre là, à quelques kilomètres du campement Sakami, seul endroit où on peut trouver âme qui vive à proximité de la centrale LG3.

En arrivant près de moi, il ralentit et baissa sa vitre.

– Tu feras attention, y’avait un loup icitte tantôt…

– Je le sais, j’ai vu des traces.

– Ha ok c’est beau. Bonne course !

Et il est reparti.

Ben oui Chose. Maintenant que j’avais vu des traces, tout était beau, il n’y avait plus de danger…

En fait, j’avais trouvé lesdites traces plutôt petites pour appartenir à un loup et comme les chiens de poche ne sont pas légion sur la Transtaïga (oui, c’est le nom de la route qui traverse la Baie James, est-ce que ça fait assez « Grand Nord » à votre goût ?) et autres petites routes connexes, je me disais qu’elles devaient appartenir à un renard. Faut croire que non.

J’avoue avoir couru les fesses un tantinet serrées pendant quelques minutes avant de retomber dans mes rêveries. C’est alors que j’ai eu l’illumination.

Enjoy the moment.

Cette simple petite phrase, Bono l’avait glissée doucement à l’oreille d’une admiratrice lors du dernier concert du groupe auquel nous avons assisté. Il venait de faire monter une cinquantaine de personnes sur la scène et une jeune femme tentait de prendre un selfie avec le charismatique chanteur. Sauf que dans l’énervement (elle tremblait comme une feuille), elle n’arrivait pas à faire fonctionner son téléphone pour prendre ladite photo et après une deuxième tentative infructueuse, Bono a souri et lui a gentiment suggéré de profiter de l’instant présent avant de poser un baiser sur sa joue.

Je suis comme ça: je ne suis pas du type « photo », préférant profiter du moment présent (ou peut-être suis-je paresseux ?). J’ai déjà passé 6 semaines au Japon pour le travail. Combien de photos que ai-je prises ?  Un gros « 36 poses » (oui, ça fait longtemps). Et lors d’une assignation de 10 jours en Chine ?  12 photos.

Que dire de mes sorties matinales dans des endroits « exotiques » ?  Combien de photos prises au total lors de ces courses matinales quand nous sommes en voyage, vous pensez ?  Un gros zéro.

J’avoue que j’aimerais avoir des souvenirs plus concrets du Bois-de-Boulogne, de la place St-Pierre vide, du Colisée illuminé par le soleil levant, de Florence au petit matin, des moutons dans la campagne anglaise, etc. Je dois me contenter de mes souvenirs parce que traîner un appareil, ça ne me vient jamais à l’idée. Il faut croire que je préfère me fier à ma mémoire, ce qui est borderline inconscient de ma part, vues les nombreuses défaillances qu’elle présente. Heureusement que ce n’est pas tout le monde qui est comme moi…

Or donc, ça faisait un bout de temps que j’y songeais, j’ai pris ma décision là, sur un chemin de terre couvert de neige dans le bouclier canadien: je ne renouvellerais pas mon association avec Skechers pour 2018.

Le rapport, vous me demandez ?  La compagnie est bien de son temps, donc très « photo » et « réseaux sociaux ». À chaque mois, elle nous demandait un rapport (250 mots maximum) de nos activités « avec au moins 5 photos » que nous avions mises sur les réseaux sociaux. Lors de la réunion des ambassadeurs, la représentante nous avait montré le genre de photos que la compagnie recherchait. Ce n’était pas compliqué: ils voulaient nous voir portant du Skechers tout en ayant « du fun » à faire ce qu’on fait (soit courir, pédaler, nager, etc.).

Des mots, je peux vous en pondre à la tonne (duh !), mais les photos, comme je viens d’en parler, ce n’est pas mon truc. Disons que je ne ne vois pas le jour où j’aurai un compte Instagram. Alors disons qu’ils n’en ont pas reçu beaucoup de ma part.

Ajoutez à ça qu’avec les blessures, je n’ai pas pu remplir mes engagements contractuels concernant ma présence dans le cadre de compétitions. Je déteste signer un contrat et ne pas le respecter. En même temps, les blessures ont eu un rôle à jouer dans ma décision. Et si les souliers en étaient la cause ?  Honnêtement, j’en doute beaucoup. Mais si ?  Jamais de ma vie je n’ai été blessé comme ça…

Dernier point : en 2016, j’avais l’impression de faire partie d’un projet. Quand le modèle original du Gotrail est sorti en milieu d’année, Arnaud, le représentant d’alors, m’en a tout de suite fait parvenir une paire pour avoir mon avis. J’avais l’impression que mon opinion comptait un tant soit peu.

Cette année, quand les nouveaux Gotrail ont été disponibles, j’en ai demandé une paire pour les tester. Réponse ?  J’avais déjà reçu le nombre de paires prévu à mon contrat pour l’année. C’était vrai. Je n’avais pas vraiment prévu me blesser en début d’année et comme le nouveau modèle tardait à arriver, je m’étais lancé dans les Gotrail Ultra et sur deux modèles de route. Sauf que ledit contrat prévoyait un nombre minimal de paires, il n’y avait pas de maximum. La compagnie ne s’en était d’ailleurs pas formalisée l’an passé. Pas cette année on dirait. Voulait-on vraiment mon avis sur les souliers de route ? Il y a plein de marathoniens et de thiathlètes dans l’équipe pour ça…

Une fois la décision prise, c’est le coeur léger que j’ai regagné les résidences. S’il n’avait pas été si tôt (il était 8 heures le matin, l’autobus nous amenant à l’aéroport partait une heure plus tard), je pense bien que j’aurais invité mon patron à fêter ce nouveau départ à l’Hygloo. Mais bon, on y avait déjà passé quelques heures la veille au soir, alors c’est un peu comme si j’avais déjà fêté en avance… 😉

Je tiens à remercier Arnaud et Laurent (anciennement) de chez Skechers pour m’avoir permis de faire partie d’une équipe d’ambassadeurs, chose que je n’aurais jamais envisagée comme possible avant que ça se concrétise. Et un gros merci à Éric pour m’avoir présenté à eux.

Je compte bien user les produits de la compagnie jusqu’à la corde, particulièrement les casquettes, le coupe-vent et les pantalons de course, pour la simple et bonne raison que c’est du maudit bon stock. Quant aux souliers, je vais m’en éloigner progressivement pour le moment, question de voir s’ils n’ont pas un lien avec ma condition. Ils demeureront toutefois dans mon armoire à souliers, car il n’est pas dit que je n’y reviendrai pas. C’est qu’ils sont foutrement confortables…

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Bromont Ultra: capitaine au camp de base

Une décision ?  Comment ça, prendre une décision ?!?  Je suis un homme marié, moi ! Ça fait longtemps que je prends plus ça, des décisions…

Je venais d’assister, le coeur gros, au départ des coureurs qui allaient faire la course de 160 kilomètres. Je ne pensais pas que je trouverais ça aussi dur. En cette année de m…, j’avais plutôt bien réussi à composer avec les foutues blessures à répétition sans me mettre dans tous mes états. Mais là, de voir partir mes amis, sans moi, sur MON parcours, c’était pas mal me demander.

Guylaine, notre (très) chère physio m’a sorti de mes pensées. « Fred, tu placerais ça comment, les tables ? ».

Euh… Et là j’ai compris: contrairement à mes habitudes, le ravito n’allait pas se monter tout seul. Les sandwichs, ça prenait quelqu’un pour les faire. Les fruits, ils devaient être coupés, prêts à être dévorés rapidement par les coureurs. Et que dire des drop bags ?  Qui allait les déménager ?  Qui allait décider comment il serait le plus efficace de les placer, de les classer ?  Et comment les protéger de la pluie ?  Car oui, il allait pleuvoir. Sur un 100 miles, c’est la norme.

Mon titre officiel ?  Capitaine du ravitaillement du camp de base. Pour ceux qui ne connaissent pas le Bromont Ultra, le parcours est composé de deux boucles: une très longue de 74 kilomètres et une toute petite de 6 kilomètres. À faire deux fois pour les coureurs du 160 kilomètres (duh !). À la fin de chacune de ces boucles, le camp de base, où en plus du « mon » ravito, on retrouve tout ce qui a rapport au médical. C’est donc un point névralgique sur le parcours et mon ami Gilles avait confié ça à un néophyte: moi.

Je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre.

*****

Vraiment pas le genre de job pour un autiste…

Dans le tourbillon des coureurs qui arrivent, qui repartent et qui reviennent, j’essaie de garder la tête froide et d’aller au plus pressant. À peu près rien de ce que j’avais planifié ne se déroule comme prévu.

En partant, je savais que les bananes étaient le fruit de prédilection des coureurs. En fait, c’était ce que je croyais. Car avec la relative chaleur, ce sont le melon et les oranges qui sont populaires. Au point où on risque d’en manquer. Je cours en chercher. Les sandwichs beurre d’arachides–gelée que j’avais si minutieusement préparés ?  Trop lourds pour des systèmes digestifs taxés, ce sont nous, les bénévoles, qui en faisons honneur.

Quand Geneviève (ou est-ce Johanne ?  Je ne sais plus, moi et la mémoire des noms…) est arrivée quelques heures plus tôt, je lui ai fait faire le tour du propriétaire. Mon plan était très simple: elle s’occuperait de la bouffe et des liquides, je m’occuperais de prendre en note les heures d’arrivée, des drop bags et de guider les coureurs à leur sortie de la tente. Facile.

Le plan simple a pris le bord assez rapidement. Comme un vieux couple, elle et moi n’avons pas eu à nous parler et chacun s’est mis à aller là où la situation l’exigeait quand les coureurs se sont mis à arriver les uns après les autres et ce, des deux côtés (parce qu’évidemment, il se présentaient à nous après 74 ET 80 kilomètres parcourus). On aurait dit qu’on travaillait ensemble depuis des années. Mais heureusement que Guylaine et son équipe médicale étaient là pour nous donner un coup de main, sinon…

Ben sinon, je serais passé à côté de l’essentiel : l’humain. Un ultra, ce sont des émotions à l’état pur. Le flegme d’Alister, l’homme derrière ce parcours diabolique et grand favori. L’intensité de Pierre-Michel, deuxième et celle d’Anne, première femme. Les sourires tranquilles de Pierre et Louis, celui cool et satisfait de Joan. La résignation de Benjamin, mon coéquipier Skechers, qui urinait foncé et commençait à ressentir des malaises au niveau des reins, signe d’un début de dérèglement à ce niveau. Très intelligemment, il a décidé de se retirer.

Il y a eu les larmes d’un Vincent bouleversé, forcé lui aussi à l’abandon à cause du même genou récalcitrant que l’an passé. Et que dire du coureur dont j’oublie le nom (quand je vous dis que ma mémoire des noms…) qui s’est longuement arrêté ?

La raison pour laquelle j’avais enfilé ma caquette de finisher de Massanutten était pour me donner une certaine crédibilité quand viendrait le temps de rappeler aux coureurs ayant tendance à allonger leur pause qu’il était temps de repartir. Ce n’est jamais bon, traîner top longtemps aux ravitos. Mais lui, j’ai senti qu’il y avait autre chose, alors profitant d’une relative accalmie, je me suis approché pour tâter le terrain. Sa famille venait de quitter, il semblait perdu dans ses pensées. Il m’a confié qu’il traversait une passe difficile personnellement et professionnellement et que cette course, il n’était plus certain s’il avait envie de la compléter. Il avait demandé à son entourage de le laisser réfléchir seul.

Ce n’était vraiment pas le moment d’utiliser la technique du coup de pied au derrière pour le retourner sur le parcours. Je l’ai écouté, lui ai suggéré que la course pourrait être une excellente occasion pour réfléchir à tout ça. Seul dans le bois, en pleine nuit… Il n’y a pas meilleur moment pour l’introspection. Il m’a chaudement remercié de l’avoir écouté, puis a poursuivi sa réflexion, le regard dans le vide. Une trentaine de minutes plus tard, je l’ai vu ramasser toutes ses affaires et quitter. J’espère qu’il va bien.

Autre imprévu à gérer, Martin qui arrive en nous annonçant qu’il a coupé une partie du parcours et se sent tout croche. Que faire ?  De grandes discussions s’ensuivent. Théoriquement, c’est soit la disqualification, soit le coureur retourne au point il s’est écarté du parcours et reprend sa course. Mais là, on ne parle pas d’un gars qui aspire au podium et le voyant si malheureux de la situation…

Essaie de contacter Gilles via la maudite-radio-que-je-n’arrive-pas-à-faire-fonctionner. Rien. Je parle d’une alternative à Karine, la directrice de course: en nous basant sur le kilométrage de sa montre-GPS, on pourrait lui demander de faire deux fois de suite la petite boucle de 6 km du mont Oak au lieu d’une seule ?  Hésitation. Ok, on y va avec ça. Le soulagement que je lis sur le visage de Martin me conforte dans ma décision. C’est loin d’être idéal comme situation, mais bon…

Un ultra, une course ne tient souvent pas à grand chose. Un détail et tout peut dérailler. Mon job, c’est un peu de voir à ces détails. Par exemple, lors du transfert des drop bags en début de journée, il a fallu que j’avertisse les gentils physios qui m’aidaient de prendre seulement ceux de la pile destinée au camp de base. Malheureusement, un jeune coureur espagnol hyper rapide, qui courait en sandales (on a dû le dissuader de partir pieds nus !), n’avait pas vu qu’il y avait deux piles et avait mis ses deux sacs ensemble. Le temps qu’on récupère le tout (pas évident, le ravito du 33e kilomètre étant fermé), il avait pris froid (?) et abandonnait la course.

Autre partie du plan: m’éclipser pour aller faire un petit roupillon une fois 23 heures passées. En effet, c’était l’heure de la coupure de mi-parcours (soit 15h30 de course) et je me disais qu’après cette heure-là, ce serait bien tranquille. Surtout que Fannie et Érick, un couple pour qui le mot « sympathique » a été inventé, étaient arrivés en renfort.

C’était sans compter sur un autre imprévu: un coureur s’était égaré et s’était retrouvé au ravito du lac Gale (kilomètres 65-145)… après avoir parcouru 20 kilomètres depuis la mi-parcours. Comment il s’était retrouvé là ?  On l’ignore. Mais bon, il avait eu un transport pour le camp de base et maintenant, il voulait qu’on l’amène sur le parcours à un endroit équivalent de ce qu’il avait parcouru.

Évidemment, ça ne peut pas se faire. Gilles, grand diplomate devant l’éternel, lui expliquait le tout. C’était foutrement triste de voir qu’un gars se retrouvait à devoir se retirer de la course parce qu’il s’était perdu après avoir eu une très bonne première moitié. Car malheureusement, il ne pouvait même pas repartir du camp de base pour amorcer son deuxième tour à nouveau, vu que la coupure était passée.

Je ne sais pas ce qui s’est passé à ce moment dans mon ciboulot, mais j’ai eu une illumination: pourquoi ne pas partir avec le groupe qui faisait la course de 80 kilomètres ?  L’heure de coupure finale était la même, sa sécurité serait assurée vu qu’il serait avec un groupe. Le départ allait être donné à 3h30.

Gilles a aimé ma suggestion et le coureur l’a acceptée. Affaire réglée. Je pouvais aller me coucher ?

Il était bien passé minuit quand j’ai fini par m’insérer dans mon sac de couchage que j’avais déroulé sur un petit matelas dans le coffre arrière du RAV4. J’avais mis l’alarme à 3h, question de ne pas manquer le retour d’Alister. J’étais certain que je ne serais jamais capable de fermer l’oeil.

Un instant plus tard, l’alarme sonna. J’avais perdu la carte sans même m’en rendre compte. Ho que ça avait fait du bien…

De retour au ravito, première question: est-ce que je l’ai manqué ?

Hé non. Alister goûtait (finalement) à sa propre médecine et n’avait pas réussi à dompter complètement la bête. Il était en tête et avait une bonne avance, mais le record de parcours n’allait pas tomber. La chaleur et la pluie avaient fait leur oeuvre.

C’est dans la fébrilité que nous l’attendions. On me mit au courant des événements de la nuit: les abandons, mais surtout, LE potin de la course: une coureuse avait été prise en flagrant délit de tricherie. En effet, en allant porter des trucs à un ravito, un bénévole a aperçu une femme portant un dossard sortir d’une voiture et se mettre à courir comme si rien n’était. Il y avait une Rosie Ruiz au Bromont Ultra !

Mais bon, avant d’accuser quelqu’un de tricher, ça prenait des preuves. Peut-être avait-elle eu une urgence quelconque et quelqu’un l’a prise là pour la ramener au même endroit par la suite. Mais au fil des heures, quand on observait ses temps de passage, on se rendait bien compte que ça ne collait pas. Imaginez, elle qui faisait partie du back of the pack à mi-parcours, elle se permettait de faire certaines sections plus rapidement que le futur gagnant !

Heureusement, elle finira par abandonner quand même, nous évitant la tâche désagréable d’avoir à la disqualifier.

Et des abandons, il y en a eu durant la nuit. Je retiendrai toujours l’attitude hyper-positive de Guy, qui n’en pouvait tout simplement plus et qui a décidé de se retirer. « J’ai eu du fun, c’est ça le plus important ! ». Way to go !

Comme je m’y attendais un peu, Alister est passé en coup de vent avant de s’élancer dans la mini-boucle. Avait-il envie d’en finir au PC ?  Hum…

En fait, ça annonçait une journée du dimanche plus calme à notre ravito car justement, les coureurs voulaient en finir. Ils étaient également beaucoup plus espacés. J’allais pouvoir les accueillir un à un, tâchant de ne pas manquer les arrivées.

Parlant d’arrivée, c’est un Alister épuisé, mais satisfait qui s’est présenté sous l’arche. Quatrième édition de l’épreuve, quatrième coureur de premier plan qui l’emporte. Et quelle est l’autre tradition au Bromont Ultra ?  Le coureur qui termine en deuxième position en est à sa première expérience sur la distance. Pierre-Michel fait donc honneur à la règle !  Et il sera suivi de Christian, un autre « débutant », si on peut s’exprimer ainsi.

Le quatrième à se présenter au ravito après 154 kilomètres de course est Stéphane, qui revient tout juste du Tor des Géants. Il m’annonce en arrivant que sa course est terminée. HEIN ?!?  Il a l’air encore en pleine forme, est en quatrième place, à 6 kilomètres de la fin et il veut abandonner ?  Je ne comprends pas…

Il m’explique que lorsqu’il est passé au ravito du lac Gale (kilomètre 145), il s’est rendu compte qu’il n’était pas passé là lors de son premier tour. Et comme il n’a pas suivi le parcours, sa seule option en son âme et conscience, est de se retirer.

Wow. Je lui suggère de faire comme Martin quelques heures auparavant et de se taper deux fois la petite boucle de 6 kilomètres en guise de « compensation ». Il refuse et me dit en souriant que ce n’est pas la fin du monde et que le plus important pour lui, c’est de dormir en paix. Re-wow. Respect mon ami, respect. Tu n’aurais pas un peu de cette conscience à donner pour notre Rosie Ruiz ?

*****

« C’est Pierre !  C’EST PIERRE !  Oui c’est lui, j’en suis certain ! Il faut l’annoncer !!! »

Je me tenais dans l’aire d’arrivée, attendant impatiemment mon ami. Quand il était passé au ravito, après un peu plus de 24 heures de course, il m’avait semblé fatigué, mais en plutôt bonne forme. Définitivement qu’il allait battre son meilleur temps ici et fort probablement, celui que j’avais fait l’an passé.

Passage de Pierre au kilomètre 154. Vous remarquerez combien le « petit frère » a des tendances protectrices même avec son « grand frère » qui n’en a pas vraiment besoin… (photo tirée de la page Facebook de mon ami)

Je l’avoue, j’avais suivi sa course avec beaucoup d’attention, rafraichissant fréquemment les temps de passage sur mon cellulaire. Mon coeur avait d’ailleurs raté une ou deux pulsations quand j’avais vu « DNF » à côté de son nom. C’était avant que je me rende compte que les lettres maudites étaient associés à tous ceux qui n’avaient pas encore terminé leur course. Ils n’auraient pas pu choisir une autre expression, genre « Toujours en course » ou « Sur le parcours » ?  Enfin…

Et là, entrainé par un Xavier (ou Guy ?  Moi pis ma foutue mémoire !) définitivement super-pacer, il s’enlignait pour descendre sous les 25 heures.

« C’est Pierre, c’est Pierre !!! ». Ma vue commence sérieusement à en arracher pour les petits caractères, mais mon ami qui porte son t-shirt noir du Vermont, je le reconnaîtrais à un kilomètre de distance.

J’ai dû gueuler assez fort pour que l’annonceur m’entende, car rapidement, il s’est mis à demander des encouragements aux spectateurs. Et c’est sous les acclamations que mon ami a franchi la ligne, en cinquième position. J’en avais les frissons.

*****

« Quoi, pensais-tu que j’allais t’embrasser ?  Tu n’as vraiment pas envie que je t’embrasse en ce moment ! »

Louis venait de s’asseoir à la tente, au kilomètre 154. Je m’étais agenouillé devant lui pour prendre de ses nouvelles (et surtout pour observer son non-verbal), car j’avais toujours en mémoire son Bromont Ultra de 2015 où il en avait tellement arraché qu’il avait fallu que Pat l’envoie de force pour qu’il fasse la dernière boucle. Je me demandais si j’allais avoir à faire la même chose cette année.

À voir son air, j’ai bien vu que non, il semblait plutôt bien. J’ai donc ajouté : « Tu peux enlever le: ‘en ce moment’ ! ». Les rires ont fusé, Louis aussi l’a bien rie. Il était correct. Et en plus, question de faire fondre nos coeurs, il est parti avec sa fille de 8 (ou 10 ?) ans pour les derniers 6 kilomètres. N’est-ce pas le meilleur pacer qu’un père peut demander ?

*****

Le reste de la journée, je l’ai passée à l’extérieur de la tente, à pointer les coureurs qui passaient, la plupart faisant la course de 80 kilomètres. Plusieurs d’entre vous m’ont reconnu, c’était vraiment gentil de votre part de me dire un petit bonjour. Ça m’étonne toujours un peu de voir combien de gens me lisent.

Je retiens entre autres le commentaire de Laurent qui, en passant devant moi, m’a lancé: « C’est à cause de toi si je suis ici ! ». Tiens tiens, j’ai déjà dit la même chose à quelqu’un, il me semble… J’espère juste que l’expérience était aussi positive qu’elle l’a été pour moi jadis !

*****

Il était 16h17 à ma montre quand j’ai eu à faire la chose que j’appréhendais le plus: annoncer à un concurrent qu’il ne pourrait pas terminer.

Nous l’avions tous vu arriver lentement, très lentement. Il lui restait à peine 1h10 pour compléter une boucle de 6 kilomètres ma foi plutôt technique par bouts. Rien d’exceptionnel en temps normal, mais après près de 33 heures debout avec 154 kilomètres dans les jambes… Alister avait pris une cinquantaine de minutes, et il courait à un foutu bon rythme à son arrivée au ravito. Éric, qui venait d’arriver, marchait péniblement.

Mon annonce n’a évidemment pas fait son affaire. Gilles m’avait dit de faire faire la petite boucle du 2 kilomètres aux retardataires, question qu’ils « terminent » dans les temps. Quand j’ai parlé de ça, j’ai eu comme réponse: « Ça ne me fera pas 160 kilomètres ». Aucun argument contre ça. Quand je lui ai dit qu’il ne pourrait pas arriver dans les temps, et donc n’aurait pas de classement s’il faisait la boucle au complet, il m’a répondu: « Je m’en fous du classement et du temps, je veux faire la distance ! »

Ouais, il était pas mal plus éveillé que son visage le laissait paraitre… Comme il avait un pacer (un autre Éric, hyper sympathique le bonhomme), je les ai laissés aller, prenant soin de prendre leur numéro de cellulaire  avant qu’ils partent.

Eh bien vous savez quoi ?  Éric-le-pacer a tellement poussé Éric-le-coureur que ce dernier a franchi la ligne avec seulement 1 minute de retard sur la coupure !  J’étais sidéré de le voir arriver si vite, je m’attendais à au moins 20 minutes de plus. Et Gilles, bon prince, ne l’a pas retiré du classement.

Bravo encore une fois Éric, tu m’as vraiment, vraiment impressionné !

*****

Je pourrais poursuivre encore des heures et des heures. J’ai côtoyé tellement de gens extraordinaires durant cette fin de semaine… Sans compter les innombrables anecdotes que je pourrais raconter, mais bon, ça vous donne une « petite » idée, chers lecteurs. Je vais donc laisser le mot de la fin à mon ami Gilles.

« C’était le festival des sourires, man. Les uns après les autres, les coureurs arrivaient et ils avaient tous le sourire au visage tellement ils étaient fiers d’eux. Y’a rien qui peut battre ça ! »

Voilà, en trois petites phrases, il venait de me résumer l’esprit de la course en sentier. Il était aux alentours de 18 heures dimanche en fin de journée. Je venais de lui demander s’il avait dormi un peu depuis son arrivée, soit bien avant le lever du soleil la veille. Négatif. Il y avait trop de choses à s’occuper et surtout, il ne voulait manquer aucune des arrivées. Vos sourires étaient sa récompense.

Merci pour tout Gilles. See you next year, en espérant être de l’autre côté de la table…


Annulation du Marathon de Montréal: la bonne décision

Benji Durden.

Ça y est, je vois d’ici l’exaspération sur le visage de ma douce. Elle va encore se demander comment je peux me rappeler du nom d’un gagnant du Marathon de Montréal du début des années 80 et oublier un paquet de choses foutrement plus importantes de la vie courante.

Je ne sais pas, mais je me souviens. Je suis fait de même. À l’époque, « notre » marathon était relativement prestigieux et attirait des athlètes de très haut niveau. C’était télévisé en direct à Radio-Canada et je regardais ça religieusement à chaque année, fasciné.

Je me souviens d’une chose en particulier : cette année-là, il faisait chaud. Très chaud. Feu Jo Malléjac, dès le départ, s’inquiétait des conditions et en faisait part aux téléspectateurs à sa manière si typiquement passionnée. Durden, qui s’entraînait en portant plusieurs couches de survêtements question de mieux habituer son corps à la chaleur, avait fait un long cavalier seul pour triompher, en 2h13 (si ça peut vous rassurer, je ne m’en souvenais pas, j’ai dû aller vérifier; je ne suis tout de même pas Paul Houde…). Quand je dis que le niveau était élevé…

À l’époque, le marathon se courait en juin (celui-là avait eu lieu un 30 mai, mais bon…). Il a été déplacé en septembre par la suite. C’était la chose à faire, puisque jadis, l’été se terminait pour ainsi dire le 25 août.

Les temps ont changé. Malgré ce que peut en penser le supposé homme le plus puissant de la planète, les changements climatiques font sentir leurs effets. Or, chacun sait que la chaleur et l’humidité sont les pires ennemis du coureur. Et il arrive qu’on se retrouve avec des conditions très chaudes à ce moment-ci de l’année.

Je l’ai d’ailleurs appris à la dure lors de mon deuxième marathon, en 2008, couru dans une humidité à couper au couteau. Resté accroché au lapin trop longtemps, j’ai été assailli par les crampes à partir du 28e kilomètre. Le dernier tiers de la course fut un véritable calvaire. J’ai été chanceux d’éviter le coup de chaleur. Et que dire de 2011 ?  Honnêtement, j’ai pensé mourir sous le soleil de plomb dans la montée Pie IX. Je sentais que j’étais vraiment en train d’en perdre des bouts et pourtant, je me suis entêté et ai poursuivi sans ralentir.

Donc oui, il arrive qu’il fasse chaud en septembre et évidemment oui, il se peut que le marathon tombe sur une journée caniculaire. Est-ce suffisant pour justifier l’annulation du marathon ?

À première vue, cette décision me semblait un tantinet prématurée. En effet, contrairement à 1982, Internet régit maintenant nos vies. Mettons qu’on a la panique plus facile. Nous avons accès à des prévisions météo très fiables pour la température à moyen terme (car malgré ce que les gens en pensent, la météo est très précise quand ça concerne la température; c’est quand vient le temps de prédire l’ensoleillement et les précipitations que c’est plus compliqué), il y a les réseaux sociaux, etc. Bref, un paquet de façons de faire grimper notre niveau d’anxiété… et de finir par nous faire envoyer des courriels de désespoir à l’organisation qui cède sous la pression et en arrive à la conclusion qu’elle n’a d’autre choix que d’annuler l’épreuve.

À  mon avis, les coureurs ont une responsabilité. Un marathon, ça se fait dehors (ben, la plupart du temps en tout cas). Les conditions atmosphériques font partie des variables qu’ils ne peuvent pas contrôler et ce n’est pas à l’organisation d’avoir à compenser si ça ne fait pas leur affaire. En ultra, il ne viendrait jamais à l’idée d’un directeur de course d’annuler son épreuve parce qu’il fait trop chaud. Il fait 35 avec un humidex de 45 ?  Pis après ?  C’est pareil pour tout le monde. Si tu veux courir à l’air climatisé Chose, va dans un centre d’entrainement.  T’as juste à te tenir hydraté et ralentir, tu devrais être correct. Au pire, tu marcheras ou  même, tu t’arrêteras. Ce n’est pas la fin du monde. D’ailleurs, le Vermont 50 aura lieu dimanche comme prévu (sans moi, mais bon, c’est une autre histoire), canicule ou pas.

Sauf qu’à la lecture de l’excellent papier d’Yves Boisvert paru dans La Presse hier matin et surtout, suite à une conversation avec un collègue, j’appuie maintenant à 100% cette décision.

Le collègue en question accepte le tout avec philosophie, mais il me parlait d’un autre coureur qui lui est en beau maudit parce qu’il voulait utiliser cette course comme qualification pour Boston.

C’est là où se trouve le problème. En course sur route, une fois qu’on a « fait une distance », on se met à se fixer des objectifs. On « vise un temps », on veut « faire Boston », on veut battre son record personnel. On s’entraîne pendant des semaines, on fait des courses préparatoires avec cet objectif en tête. Et quand le jour J approche, même si les conditions s’annoncent difficiles, il est à peu près impossible de se convaincre de laisser tomber, de prendre ça cool et se dire qu’on se reprendra la prochaine fois. On veut réussir, atteindre l’Objectif. Là, maintenant. La mantra « C’est pas icitte que je vais crever » n’existe pas vraiment. En tout cas, pas pour tout le monde. Je le sais: been there, done that.

L’organisation s’est donc retrouvée à jouer le rôle de l’arbitre qui arrête un combat alors qu’un boxeur est en train de se faire tabasser: ce dernier a beau dire (et même hurler) qu’il était en mesure de poursuivre, l’arbitre avait le devoir de le protéger. Et il vaut mieux arrêter un combat trop tôt que trop tard. Même chose pour un marathon : vaut mieux l’annuler avant et se retrouver avec des conditions finalement pas si mal qu’arrêter la course 3h30 après le départ comme à Chicago en 2007 où ça a été l’hécatombe.

Ajoutez à ça l’implication sociale (imaginez 200 transports en ambulance à cause des malaises subis durant le marathon, ça fait 200 transports de moins de disponibles pour la population en général) et la décision se prend d’elle-même.

Ceci dit, un départ à 7 heures pour le marathon, séparé du demi, comme ça se fait à plusieurs endroits dans le monde, ce ne serait vraiment pas une mauvaise idée. Ha, ça fait des photos moins spectaculaires, mais…

Le drapeau blanc

Vous savez c’est comment une mère, hein ?  La progéniture a beau être rendue dans la quarantaine (légèrement avancée), ça s’inquiète toujours. Et ça a le don d’avoir raison et de nous dire des affaires qu’on ne veut pas entendre.

À Ottawa, après mon abandon, je venais de dire que je laissais tomber mes courses pour l’été. « Pour moi, tu devrais arrêter pour le reste de l’année… »  Exactement la situation que je ne voulais pas envisager. Arrêter de courir, moi ?  Jamais de la vie !

Aujourd’hui, je n’en suis plus si sûr. Ce matin matin, mon année de m… s’est poursuivie. Après l’ischio déchiré, le mollet déchiré, les côtes pétées (ben, pas vraiment pétées, mais c’était tout comme), fallait que mon foutu sciatique décide de jammer.

Ha, je le sentais venir, mais j’avais la naïveté de penser l’avoir sous contrôle. Mais à mesure que je montais mon volume hebdomadaire, je sentais bien qu’il prenait le dessus. Mon appel de détresse à Marie-Ève est venu trop tard: je suis sur le carreau. Encore. Ça devient vraiment une habitude.

J’ai reçu mon traitement mercredi, j’ai même été sage les deux jours suivants: pas de course, ni de vélo. J’ai enfourché ma machine seulement hier pour un petit 50 km. Et ce matin, je me sentais bien. Je me promettais un 10 km facile, 12 max si ça allait vraiment bien. Après à peine 6, j’ai hissé le drapeau blanc. De façon définitive pour le reste de la saison (en ce qui concerne les compétitions, en tout cas).

En revenant à la maison en « marchant », j’ai eu du temps pour réfléchir. Le Vermont 50, ma dernière chance pour aller chercher les fameux points (j’y reviendrai prochainement) qui me garantiraient l’entrée pour l’UTMB l’an prochain, n’est plus possible. Si je suis à peine en mesure de faire 6 km sur le plat aujourd’hui, comment envisager en faire 80 dans les montagnes dans 5 semaines ?  Déjà que mon entrainement était « limite »…

J’ai donc décidé de me concentrer sur la guérison, sans me mettre aucune échéance. Je veux surtout refaire une base solide, arrêter de recommencer en montant le volume, encore et encore, pour finir par me blesser à nouveau. Selon ce que j’ai réussi à décoder de Marie-Ève, mon mollet n’étant pas tout à fait guéri, j’aurais eu tendance à compenser de ce côté, d’où un fessier qui travaillait trop et par conséquence, un sciatique irrité. La joie. Je suis définitivement dans mon année Ellis Valentine !

Donc, en terminant, chers lecteurs, je vous demanderais de prier pour ma pauvre épouse, car c’est elle qui aura à m’endurer au cours des prochaines semaines… 😉

Année de m…

Jeudi matin, je rentrais tranquillement au boulot à la course. Mes pauses-marche se faisant de plus en plus rares, disons que l’effet de l’humidité se faisait sentir. Mais je ne m’en plaignais pas: j’étais en train d’effectuer, lentement mais sûrement, un autre « retour au jeu » et c’était tout ce qui comptait.

Les coureurs d’expérience l’auront probablement remarqué, les lacets des souliers se défont plus facilement lorsqu’il pleut ou quand c’est tellement humide que nos pieds deviennent détrempés juste à recevoir la sueur qu’on émet.

C’était arrivé un peu plus tôt avec le pied gauche, je venais de me rendre compte que les lacets du pied droit s’étaient également défaits. Pas le temps de décider de m’arrêter,  j’avais déjà pilé sur lesdits lacets. Les lois de la physique ont alors opéré: tout mon corps avançait à 12-14 km/h, un obstacle a bloqué la base, le mouvement de translation s’est transformé en mouvement de rotation avec les pieds comme point d’appui.

Nous ultramarathoniens avons un sixième sens pour compenser quand les pieds glissent sur de la roche ou se prennent dans des racines. Mais on dirait qu’on perd toutes ces belles facultés quand on s’enfarge sur la route. Pas le temps de me protéger, je me suis retrouvé le visage contre le bitume. Calv… !

Après avoir vérifié que personne ne m’avait vu et arrêté le chrono (un gars a ses priorités) j’ai fait disperser les étoiles qui étaient apparues dans mon champ de vision pour être en mesure de constater les dégâts. Mis à part que j’étais tout crotté (c’était sous l’autoroute Bonaventure, l’endroit où la piste cyclable est à son plus sale, bien évidemment), j’avais de merveilleux road rashs sur les cuisses et les avant-bras, probablement aussi sur ma joue (j’ai essayé de vérifier, pas facile). Avais-je une commotion ?  J’en doutais, les prochaines heures allaient me le dire. J’avais surtout un foutu mal de côtes, gracieuseté d’un avant-bras qui avait été coincé entre ma poitrine et le sol lors du contact.

Cette dernière blessure qui m’achale encore aujourd’hui. Était-ce cassé ?  Je n’en avais aucune idée, et je l’ai ignoré un bout puisque j’ai vu le médecin seulement hier matin (anecdote : elle m’a demandé si j’avais maigri. Hein ? Elle se souvient de moi ?  De toute façon, sais pas, je ne me pèse jamais). Ben oui, j’ai attendu toute la fin de semaine. Pourquoi ?  Pour la simple et bonne raison que je me sentais mieux vendredi et j’étais certain de pouvoir reprendre la course samedi.

Ho que je m’étais fourvoyé !  À chaque fois que le pied touchait au sol au pas de course, une douleur vive transperçait ma poitrine. Rien à faire, j’ai dû me résigner à « seulement » enfourcher mon vélo. Et encore là, pas moyen d’accélérer en me dressant sur les pédales.

Le pire, je ne sais pas pourquoi c’est de même, ce ne serait pas arrivé avec des Skechers. J’ignore comment ils fabriquent les lacets de leurs chaussures, mais même dans les pires conditions, jamais ils ne m’ont fait ce coup, peu importe le modèle. Jamais. Pourtant, ils en ont vu de la pluie et de l’humidité.

Pourquoi je ne portais pas de Skechers, vous me demandez ?  Ben… C’est que le modèle GOrun de route que j’ai est de tendance plus minimaliste et donc, nécessite une foulée qui demande plus de travail au mollet qu’un modèle plus coussiné. Et comme je me remets d’une blessure au mollet… D’ailleurs, comme pour me narguer, j’ai reçu ma dernière paire d’Ultra Road hier. Si je les avais eus une semaine plus tôt…

Mais bon, au final, pas de fracture. En tout cas, pas de fracture apparente sur les radios. De toute façon, il semblerait que ça ne change pas grand-chose: la médecine n’y peut rien, il faut attendre que ça guérisse.  Je déjeune donc aux anti-inflammatoires et je pédale pour me rendre au travail. Encore.

Année de m…

Les suites d’un abandon

Luc, t’as besoin de bénévoles ?

« Hey Freeeed, comment ça va ? ». Je l’avais vu passer au 38e kilomètre, je m’étais dit que j’essaierais de le voir après l’arrivée pour lui annoncer mon retrait du 50 km 5 Peaks d’Orford dont il est l’organisateur. Si je n’étais pas foutu de faire plus de 4 kilomètres après une semaine sans courir, il était hors de question d’en envisager 50 trois semaines plus tard. Dans le meilleur des cas, je pourrais reprendre le collier cette fin de semaine-là.

J’ai perçu de la tristesse sur son visage quand je lui ai résumé ma mésaventure. Entre coureurs, on se comprend. On sait c’est quoi, être privés de notre drogue. « Ha, on a toujours besoin de bons bénévoles… Je vais te mettre en charge de surveiller les toilettes, tiens ! ». J’ai éclaté de rire. Il me fait toujours rire. Vous devriez lire ses info-lettres pour sa course : du bonbon.

J’avoue que ça me faisait bizarre de déambuler dans une aire de retrouvailles après une course après avoir dû l’abandonner. On voit tous ces coureurs radieux, avec leur médaille de finisher au cou… On se sent… comment dirais-je ?  Pas à sa place. Comme si on n’avait pas du tout d’affaire à être là.

Au moins, j’étais vraiment, mais vraiment heureux pour ma sœur. Me connaissant, j’avais peur que le fait d’être blessé me rende d’une humeur massacrante et que je devienne le casseux-de-party de son premier marathon. Mais non, j’étais si heureux pour elle. Et c’était tellement beau de voir la fierté de Christian et de mes parents. Vraiment, un beau moment passé en famille.

J’appréhendais également le long retour en voiture. Deux heures seul avec moi-même, deux heures pour tout ressasser. Encore là, rien à signaler. Ce n’est pas comme s’arrêter durant un ultra parce qu’on n’en peut plus ou qu’on n’a plus le goût. Dans ce temps-là, on se dit qu’on aurait pu faire ceci, dû faire cela, etc. Ce n’était pas le cas. J’étais blessé, je ne pouvais pas poursuivre, point à la ligne.

J’ai plutôt dressé mon plan pour les prochaines semaines. En plus du 50k d’Orford, j’allais devoir me retirer de la Course des 7, où j’étais supposé être lapin de cadence, et du Vermont 100. J’avais une blessure de fatigue, il n’était pas question que j’essaie de me faire un 100 miles plutôt roulant dans un délai si court.

Mais il fallait surtout que je soigne. Et ça, ce serait l’affaire d’Annie-Claude, la physio qui a réglé mon problème d’ischio.

Faut croire que je ne suis pas le seul à la trouver bonne parce que j’ai dû attendre au vendredi pour avoir un rendez-vous. Verdict : déchirure de grade 1 (ça a l’air qu’il y en a 3), pronostic de deux autres semaines sur les lignes de côté. Définitivement que j’avais bien fait de déclarer forfait pour mes courses !

Finalement, après une semaine où j’ai été un patient modèle (c’est-à-dire que j’ai fait tous les exercices prescrits et ce, sans en faire trop), j’ai eu la permission de reprendre. Ok, « reprendre », façon de parler: 15 minutes en mode 2/1 (2 minutes de course pour 1 minute de marche), mais bon. En fait, ça fait un beau prétexte pour se rendre l’épicerie qui coin. Demain, ce sera 20 pleines minutes. Hou la la…

Ceci dit, c’est peut-être psychologique, mais depuis que je me suis fait cette micro-sortie hier, il me semble que le mollet va mieux. Comme si la reprise avait aidé la guérison. Oui je sais, c’est dans ma tête…

Il y a une affaire que je retiens dans cette histoire-là (mis à part le fait qu’il ne faut jamais présumer de son « invincibilité ») : demander des conseils à d’autres coureurs, lire des publications, aller voir sur les forums de discussions, ça donne une bonne idée. Mais il n’y a jamais rien qui va égaler l’avis un professionnel. Lui, il nous voit, nous tâte, constate quels mouvements on peut faire ou ne pas faire. Des blessures, il en voit à longueur de journée et elles sont toutes différentes.  Bref, il a tous les outils pour cerner le problème et prescrire le « remède » approprié.

La suite des choses maintenant ?  Pour l’instant, je ne suis inscrit à aucune course. Toutefois, mon retrait du Vermont a un double impact sur les « monuments » auxquels j’aimerais prendre part. Tout d’abord, il y a évidemment l’UTMB, pour lequel je dois amasser 3 petits points cette année pour assurer mon inscription l’an prochain. Je comptais sur le Vermont pour aller en chercher 6. Il y a toujours Bromont qui demeure toujours dans ma ligne de mire, mais comme il n’est pas encore accrédité officiellement (Gilles ?), j’aurais préféré être fixé plus rapidement.

Autre inconvénient: le Vermont était la seule course qualificative pour le Western States que j’avais prévu faire cette année. Oups.

Ha, ce n’est pas la fin du monde, c’est juste une course… Mais dans un autre sens, je trouverais pas mal cool de me faire les deux courses en sentier les plus célèbres. Je suis donc allé voir la liste des courses qualificatives, au cas où il y en aurait pas trop loin en automne.

Et sur quoi suis-je tombé ?  Sur le Harricana 125. Début septembre, une organisation extraordinaire que je connais bien, franchement pas loin de la maison… En plus, cette course donne 5 points UTMB. Comment passer à côté ?

Bref, histoire à suivre. Si la guérison se déroule bien…

Marathon d’Ottawa: l’art de se rendre inutile

Je me faisais une idée plus « glorieuse » de mon premier abandon en course. Je m’imaginais un arrêt provoqué par des conditions apocalyptiques durant un ultra, conditions qui m’auraient amené à l’hypothermie après une vingtaine d’heures passées sous le déluge.  Ou alors, suite à une bonne plonge et une marboulette pétée sur une roche, j’aurais à être évacué en hélicoptère. Et pourquoi pas un abandon dans le cadre d’une participation au Barkley ? Tant qu’à abandonner… Bref, quelque chose d’épique, de spectaculaire.

Vous allez me dire que techniquement, j’avais déjà un DNF suite à la Petite Trotte de l’an passé (d’ailleurs, pas que je veux en rajouter car on en a déjà trop parlé, mais ne trouvez-vous pas un tantinet ironique que ma binette se retrouve sur la page d’inscription de l’épreuve ?  Au nombre de photos qui ont été prises au fil des années, me semble que… À moins que la « nouvelle administration ait levé la sanction ?  Enfin…). Mais pour moi, un DNF dans une épreuve non chronométrée et sans classement, en plus qu’on s’était tout de même rendus jusqu’au bout, mettons que ce n’est pas vraiment un DNF.

Tout ça tourne dans ma tête alors que je retourne en marchant en sens inverse, la queue entre les jambes (au sens figuré, je n’ai pas de prétention autre), en direction du départ de ce Marathon d’Ottawa.

J’étais là pour accompagner ma sœur pour son premier marathon. Nous allions vivre cette expérience ensemble, j’avais tellement hâte. En plus, cette course allait servir de rampe de lancement pour ma saison, je pouvais enfin mettre ma déchirure à l’ischio derrière moi. J’avais monté le volume d’entraînement progressivement, j’avais suivi tous les principes de base. Je faisais moins de sorties en intensité et quand j’en faisais, le feeling était encore meilleur.

C’était jusqu’à la mi-mai. 6 jours avant le marathon, alors que j’étais au milieu  d’une sortie facile de 11 km, j’ai senti quelque chose de bizarre dans mon mollet droit. Hum… Petit massage et on repart. Deux kilomètres plus loin, même chose. Ben voyons… Re-reprise de la course, encore plus lentement. Quelques enjambées plus loin, j’ai senti une décharge dans mon mollet, au point où j’en ai presque perdu l’équilibre. Instantanément, plus capable de courir. Même la marche était pénible. Verdict du gars qui en a vu d’autres: contracture. Dans le meilleur des cas.

À ce moment, les paroles si sages de mon ami Pierre ont résonné à mes oreilles : « C’est quand on commence à  pousser un peu trop dans le volume que les bobos se mettent sortir… ». Lui qui se limite à 65-75 kilomètres par semaine, j’en étais rendu à 90-95. La veille, je m’en étais farci 36 au mont St-Bruno et l’avant-veille, j’avais fait ma sortie la plus rapide depuis une éternité. Sans compter des sorties assez intenses au mont Royal les mardi et jeudi précédents. J’en étais à ma sixième en 7 jours, ce que je ne fais pour ainsi dire jamais. Ben oui, je me sentais fort, plus besoin de faire attention. Du con.

Vous dire que j’étais d’une humeur massacrante ce jour-là serait un euphémisme. Allais-je pouvoir faire un marathon moins d’une semaine plus tard ?

J’ai pris toutes les précautions. Visite en ostéo dès le lendemain. Pas de course et presque pas de marche les jours suivants. Comme le vélo n’occasionnait pas de douleur, Marie-Ève m’a encouragé à poursuivre, me soulignant que l’afflux supplémentaire de sang ne pouvait qu’aider à la guérison. Je sentais toutefois qu’elle éprouvait un certain pessimisme (pour ne pas dire un pessimisme certain) quant aux chances que je puisse faire un marathon dans un délai aussi court. Même à une cadence 60 à 90 secondes plus lente au kilomètre qu’à mon habitude.

Au fil des jours, la douleur s’estompait peu à peu. Je me disais que finalement, j’allais probablement avoir à endurer un certain inconfort, sans plus. Mais lorsque mon vieux chum Steph m’a fait remarquer que je boitais l’avant-veille de la course, puis que Barbara a passé un commentaire semblable sur ma démarche le lendemain, le doute s’est vraiment installé. Avec le recul, dans mon for intérieur, je savais.

Avant la course, je me suis astreint à une longue séance d’échauffement. Rien. J’étais même tenté de me faire un petit bout à « ma » vitesse, question de voir. Je me suis retenu. Quand nous avons pris place dans le peloton, j’avais confiance.

Le grand frère et sa petite soeur tout sourires avant le départ.

C’était jusqu’aux premières foulées en course. Tout de suite, le « point de contraction » s’est fait sentir. Un inconfort qui pouvait très bien s’endurer. Mais si tôt en course ?

Nous sommes passés devant nos parents et mon beau-frère Christian autour du deuxième kilomètre. Celui-ci, qui traîne des problèmes à un genou depuis des lunes et qui sait c’est quoi être blessé, m’a demandé comment ça allait. Pas si pire, pas si pire.

Ça ne s’est cependant pas amélioré, bien au contraire. À chaque contact avec le sol, je sentais le muscle se contracter un peu plus. L’inconfort se transformait progressivement en sensation de crampe. Après même pas 4 kilomètres, sentant que ça allait encore péter si je m’entêtais, j’ai annoncé la mort dans l’âme à ma chère petite sœur que je n’allais pas faire la run. On s’est donné un gros câlin, elle m’a remercié et a poursuivi son marathon.

Je ne peux plus compter les regards médusés des coureurs que je croise. Ils semblent se demander comment un e échalote vêtue d’une veste d’hydratation puisse abandonner si tôt. Je suis blessé. ENCORE blessé, calvaire !!!

Une fois le peloton passé, je me retrouve seul, sur les bords du canal Rideau. Étonnamment, je n’ai pas trop mal à l’âme. Je ne peux même pas dire que je suis serein avec ma décision, je n’avais pas d’autre choix: ma jambe ne me permet tout simplement pas de faire un marathon  aujourd’hui. Point.

Je croise un trio de bénévoles. « Are you lost ? ». Ben oui Chose, se perdre sur un parcours urbain, vraiment ?  Eastern States la nuit, tu connais ?  Il me vient l’idée de faire une blague et de jouer au gars perdu, mais comme mon humour « différent » tombe toujours à plat avec la communauté anglophone, je leur explique tout simplement que je suis blessé. Oui madame, injured. Fucking injured.

Alors que je me dirige vers le point du parcours où les coureurs passeront deux fois (aux 27e et 38e kilomètres), un détail me frappe: le soleil est déjà chaud et il est à peine 7h30 le matin. Aïe.

Aussitôt, je tombe en mode « inquiétude ». Je ne serai pas là pour lui rappeler de boire, le fera-t-elle ?  En marathon, ça peut être tellement sournois, la déshydratation… Et mes amis coureurs ?  Tout comme au Vermont l’an passé, je commence à me faire de la bile pour eux. Louis, Pat, Sylvain… Mais c’est surtout pour ma sœur que je m’en fais. Elle a beau être rendue à 40 ans, elle sera toujours ma petite sœur et je serai toujours protecteur envers elle. Je suis fait de même.

Arrivé au 27e kilomètre, pas de trace de notre famille. Vrai que je leur ai dit de ne pas nous attendre là avant 9h30. Pas grave, je me trouve un endroit à l’ombre, à l’intérieur d’une courbe à la sortie du pont Alexandria et commence à attendre. Pour la première fois de ma vie, j’assisterai au passage des coureurs de l’élite. Au moins un avantage à avoir dû renoncer.

Comme ces gars-là courent à 3 minutes au kilomètre (le contingent de coureurs d’élite à Ottawa est assez relevé merci), un petit calcul mental prédit un passage autour de 8h20 – 8h22. Et comme de fait, j’entends assez rapidement les motos de sécurité, puis aperçois la voiture-chrono. À leur suite, une demi-douzaine d’Est-Africains (Kenyans, Éthiopiens, etc.) galopant au pas cadencé au presque. À l’avant du petit peloton, l’un d’eux porte un dossard jaune. C’est leur « lapin de cadence ». Il est affiché qu’il court à un rythme de 2h07. Wow.

À les voir approcher, je ne trouve pas qu’ils semblent aller si vite. C’est quand je les regarde s’éloigner que je me rends compte du rythme époustouflant qu’ils tiennent sans effort apparent. Du grand art.

J’assiste ensuite à ce que je surnommerais « l’évolution » des coureurs. Passent les coureurs d’élite « de développement ». Coureurs très rapides, au style sans faille, mais dont le niveau se situe une coche en-dessous des meilleurs. Parmi eux, le premier Canadien, Nicholas Berrouard, mon « co-équipier » chez Skechers.

Arrivent également les premières femmes, qui partent en même temps que tout le monde ici, contrairement aux grands marathons où leur départ est donné plusieurs minutes avant, question d’éviter qu’elles se fassent pacer par des hommes. Ici, pas de gêne, elles s’accrochent aux messieurs. D’ailleurs, un gars qui pace une femme me fait même un clin d’œil en passant.

Je surveille alors l’arrivée d’Arianne, une autre co-équipière Skechers. Sans trop tarder, je la vois approcher et lui lance un encouragement au passage. Elle ne bronche pas, demeurant dans sa bulle. Dire que cette fille-là se concentrait sur le 800 mètres à l’université…

Ok, Louis maintenant. Il fait chaud, comment va-t-il ?  En plus, il s’est tapé un 100 km récemment, sans compter les 50 miles de Bear Mountain il y a seulement deux semaines de cela. Sachant qu’il est déjà descendu sous les 3 heures, la vue du lapin de 3h05 ne me rassure pas. Puis, tout juste devant le lapin de 3h10, je reconnais sa bouille sympathique qui me donne l’indice que tout va bien. Je lui crie un encouragement. « Hé Freeeeed !!! Ça va bien ? ». Pas vraiment, non. Il se retourne en entendant ma réponse, la face en point d’interrogation. Pas fort de lui avoir dit ça là, comme ça. Je lui fais signe le pouce levé. Il poursuit, ne semblant pas trop comprendre.

De plus en plus de coureurs peinent. Moi aussi d’ailleurs, pour une autre raison. J’ai aperçu notre famille de l’autre côté et quand j’entreprends de traverser le chemin pour aller les rejoindre, j’ai la jambe en bois. Décidément que je ne suis pas près de reprendre la course, moi…

« Qu’est-ce que tu fais là ?!? ». Bon, contrairement à Massanutten l’an passé, mettons que la question est de mise. Je leur raconte mes mésaventures et leur fais part de mes craintes par rapport à la chaleur. Et ce n’est pas le nombre de coureurs qui marchent, suent abondamment et s’arrêtent qui va me rassurer. Au point où ma mère se fait un devoir de se foutre de ma gueule :  « Tu comprends pourquoi je suis toujours inquiète quand tu fais tes courses de fous maintenant ? ». Oui maman, je comprends.

Lapin de 3h30, Pat n’est pas encore passé, lui qui visait 3h23-3h25. Merdeu… Il se pointe peu après. Ça n’a pas l’air facile, mais il est souriant. « Ta sœur ne court pas ? ». Elle oui, c’est moi qui ne cours plus. « T’as bloqué ? ». Tu l’as dit ti-deli-dit. Exactement. J’ai bloqué. Fucking bloqué.

Pour une raison que j’ignore, je ne verrai jamais passer mon ami Sylvain. Je dois être trop obsédé par le défilement de ceux qui peinent. Ho que ça a l’air difficile. En plus, la grande majorité d’entre eux prennent la courbe à l’extérieur, au gros soleil !  Pensez-vous que les meilleurs ont fait un tel détour ? Le parcours est assez long de même, vous savez…

Lapin de 4h15, c’est là qu’on va savoir. Mon cœur bat la chamade. Si on ne la voit pas d’ici 5 minutes…

Au loin, un t-shirt rose foncé et une casquette grise apparaissent. Sa foulée semble légère, comme au début… En nous apercevant, son visage s’éclaire. Elle nous donne des high fives sans même ralentir, l’air fraîche comme une rose.

Passage au 27e kilomètre, fraîche comme une rose…

Ha ben bout de viarge !  Je m’en faisais pour absolument rien. À cet instant, je sais. Non seulement elle va finir, mais elle va le faire avec le sourire. Des problèmes peuvent toujours survenir, ça demeure un marathon, mais ce ne sera définitivement rien de majeur. Soulagé, vous dites ?

C’est en étant beaucoup plus calme que j’attendrai son passage au 38e kilomètre. En l’attendant, je ne manque pas d’encourager Pat quand il se pointe. « Ça tire, man ! ». Ha un foutu marathon, on a beau faire des ultras, ce sera toujours difficile…

Je rate encore mon ami Sylvain. Comment ça peut arriver deux fois, donc ?  Enfin… Au moins, je réussis à « attraper » mon collègue Yvon, qui marche. « Hey, Fred, t’as fini ? ». Non, c’est ma jambe qui est finie. Je marche un bout avec lui, j’ai peine à le suivre. Notre placottage semble lui avoir donné un petit boost et il repart à la course.

Quand ma sœur se pointe, peu après le lapin de 4h20, elle semble plus fatiguée (évidemment), mais elle en a encore dans le réservoir. Je lui fais remarquer qu’il ne lui reste que l’équivalent de ce que nous avons fait ensemble en début de course. C’est pas long, hein ?  Elle me dira plus tard que ça l’a vraiment encouragée.

La configuration de l’arrivée à Ottawa est malheureusement très mauvaise pour les spectateurs, alors nous ne pouvons pas la voir franchir la ligne. Si j’avais été capable de faire la run, aussi…

C’est une femme radieuse qui nous rejoint dans l’aire des retrouvailles. Wow, qu’elle est belle à voir !  Que c’est beau, quelqu’un qui finit son premier marathon !

Le câlin d’arrivée… Non mais, est-ce l’image du bonheur ou ce ne l’est pas ?

Bravo Élise, ton grand frère est si fier de toi !