Le test

Hier, c’était le grand test. J’avais fait 90 km la semaine dernière, j’y ajoutais une couche en me farcissant le Marathon de Montréal avec mon ami Sylvain qui en était à sa première expérience sur la distance. C’était le moment de vérifier si ma cheville pourrait tenir 160 km dans 3 semaines.

Hé bien, le test n’a pas été concluant. Autour du kilomètre 11 ou 12, elle a commencé à se plaindre. Rien de grave, juste un petit quelque chose d’agaçant. 20 kilomètres plus loin, toujours la même affaire. Bon, pas de quoi écrire à sa mère. Dans ma tête, c’était clair : j’allais être en mesure de découvrir le nouveau parcours d’Alister avec un dossard agrafé sur ma cuisse droite. Je n’étais pas pour m’empêcher d’y retourner pour une petite douleur moumoune de même.

Puis, juste avant Pie IX, ça a fait « couick ». Par après, je courais sur des œufs, craignant à tout moment que ça lâche pour de bon. Comme Sylvain en arrachait, nous avancions autour de 6:00/km. J’ai repensé à Washington où j’y allais à fond la caisse après 75 km de course, je me suis dit que je ne serais pas prêt à refaire le coup, là, maintenant, avec deux fois moins de kilomètres dans les jambes. Dès lors, la décision était prise : pas de BU pour moi cette année.

J’ai envisagé de m’inscrire au 55k juste pour le plaisir. Mais je me connais : si je fais ça, je vais essayer quand même de rester « sharp » jusqu’à la course et tenterai d’y faire une bonne performance au lieu de me laisser le temps de guérir. Je suis comme ça. Je préfère donc m’abstenir… et enfin redonner à la communauté.

Un récit du marathon suivra bientôt. 🙂

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En dehors de son bocal

Mercredi soir, je me présente à l’heure exacte, ne sachant pas trop à quoi m’attendre. C’est que voyez-vous, je n’ai jamais assisté au lancement d’un livre. Mais pour rien au monde j’aurais refusé l’invitation que m’avait envoyée la maison d’édition de « Territoires inconnus », le livre de mon ami Pat. Je ne pouvais tout simplement pas rater ça.

En entrant dans le sympathique resto où l’événement a lieu, j’aperçois Pat sur ma gauche, lui serre la pince en lui demandant à la blague ce qu’il fout là. Depuis le début de la journée, il est pris dans le tourbillon des photos, des entrevues et tout le tralala qui vient avec ce lancement, mais il semble de super bonne humeur. Il a l’air heureux, tout simplement.

Une gentille dame m’accueille avec le sourire et m’offre un petit coupon pour une consommation. Comment dire non ?  Derrière elle, une table et plusieurs dizaines d’exemplaires du livre, « empilés » de façon à former une pyramide circulaire. J’en prends un sur le dessus et commence à le feuilleter en attendant de payer. Est-ce que ça se fait, feuilleter un livre durant un lancement ?  Aucune idée, alors je le fais.

Quand on m’annonce le prix, je sursaute. Hein, juste ça ?  Pouvez-vous seulement payer le papier à ce prix-là ?  « C’est le prix de lancement » qu’une dame me dit en m’en tendant un autre exemplaire dans lequel elle a inséré un signet à l’effigie du livre. N’empêche…

Je replace l’exemplaire que je feuilletais sur la « pile » et remarque que discrètement, la dame rebâtit ladite « pile » de manière plus esthétique en le replaçant au « bon » endroit. Bon ben, on dirait que ça ne se fait pas, prendre un livre directement dans la « pile », puis le remettre là. Je vais le savoir pour une prochaine fois !

Je jette un œil tout autour: pas grand monde d’arrivé et pas un chat que je  connais. Moi qui suis tellement, mais tellement à l’aise dans ce genre de situation… J’imagine que c’est comme ça que se sent un poisson rouge lorsqu’il se retrouve en dehors de son bocal (au moins, moi je suis en mesure de respirer). Mais pourquoi donc n’ai-je pas invité ma sœur à m’accompagner quand Barbara m’a dit qu’elle ne pourrait pas venir ?  Ou une amie ?

Bah, j’ai un livre, j’ai de quoi passer le temps, non ?  Encore là, je ne sais pas si ça se fait… Au pire, si je demeure le seul de ma gang, après le petit discours de Pat, je vais lui demander de dédicacer mon exemplaire et me transformerai ensuite en courant d’air. Pas plus compliqué que ça.

Je m’installe donc un peu à l’écart et commence ma lecture. Première chose qui me frappe : il a pensé à ses camarades de course de la génération X : c’est écrit assez gros pour qu’on puisse le lire sans « rallonges de bras ». 🙂  Puis, je suis rapidement absorbé. Tout de suite, je me reconnais dans ses écrits : les débuts avant les GPS, les ultras, sa description si exacte d’une sortie automnale au mont St-Bruno qu’on identifie sans qu’il ne le nomme. Moi, un lecteur lent (je suis lent dans tout, de toute façon), je tourne maintenant les pages à une vitesse presque normale.

Flairant mon « isolement », Pat se libère pour venir me piquer une petite jasette et me dire que les autres sont supposés venir. Et d’ailleurs, quelques minutes plus tard, Martin arrive, accompagné de sa charmante épouse dont j’ai oublié le prénom (cette manie que j’ai d’observer le non-verbal de quelqu’un quand on nous présente au lieu d’écouter ce qu’on me dit…).

La pauvre, elle va maintenant avoir à subir nos histoires de coureurs. Martin revient de la Chute du Diable, où il a joué au bénévole à un ravito pour le moins… insolite (ils avaient transformé le ravito en pseudo-hôpital) !  On parle aussi évidemment de l’Eastern States, course qui nous intrigue tous et où il a fait partie des 57 valeureux qui sont parvenus à terminer. Puis suivent toutes les histoires sur Bromont, Virgil Crest, Massanutten, le Vermont, etc. Pauvres conjointes qui ont à se taper ça…

Quand Pierre se pointe, la discussion ne fait que s’intensifier. C’est quoi tes prochaines courses ?   Penses-tu t’essayer pour l’UTMB ?  Pour le Western States ?  Fais-tu Bromont ?   Vous voyez le genre…

Pat nous fera un bien beau petit discours empreint de sincérité et d’émotion, puis dédicacera nos livres dans une ambiance sympathique et conviviale. Je ferai la connaissance de ses proches amis Geneviève et Charles, qui avaient beaucoup parlé avec Barbara à Bromont et que je n’avais pas encore eu la chance de rencontrer. Marathoniens tous les deux, ce sont eux qui jouent aux pacers avec lui au Vermont à chaque année. Je m’étais toujours demandé c’était comment, être pacer dans un ultra, et j’ai été très heureux d’en apprendre plus sur le sujet.

Puis, avant de partir pour de bon, je suis tombé sur Joan. UTMB, Tor des Géants, Western States, Hardrock, sa course Québec-Montréal (qu’il termine au moment où j’écris ces lignes, il est incroyable), tout y est passé et je n’ai pas vu le temps filer.

Le poisson rouge avait définitivement retrouvé son bocal.

Des problèmes avec la gauche

Chers amis, rassurez-vous: malgré ce que le titre de ce billet laisse sous-entendre, je ne parlerai pas de politique. Hé non, je garde mes opinions sur le sujet pour moi… et ma douce moitié.

Non, c’est de mon côté gauche dont je veux parler. Moi le droitier, j’ai remarqué que depuis je cours, c’est toujours mon côté « faible » qui est la cause de mes problèmes. Pourtant, la course est un sport symétrique, non ?

Blessure à l’ischio-jambier droit ?  C’est parce que ma jambe gauche est trop faible (« Elle est morte » m’avait dit Sophie sans passer par quatre chemins). Contracture au mollet droit ?  Même raison.

Cet été ?  J’ai déjà abordé le sujet, c’est un kyste infecté sur l’omoplate qui m’a causé bien des soucis. En fait, il m’a souvent donné l’impression de me faire tout simplement rater mon été: pas de baignade, pas moyen de faire des efforts avec le haut du corps de ce côté (et quand on a ma « charpente », ça ne prend pas grand chose pour avoir à faire des efforts, croyez-moi !), toujours rendu au CLSC pour faire changer le pansement… La grande joie. Heureusement, je pouvais toujours courir, vu que j’étais blessé « au haut du corps », justement. Mais de quel côté ?  Le gauche, bien sûr !

Depuis que l’abcès est guéri, ma gauche, se sentant démunie et abandonnée, m’a réservé une merveilleuse surprise pour la suite des choses: un problème à la cheville.

Celui-là est récurrent. Il s’est manifesté la première fois en 2011, suite à une « petite sortie » de 49 kilomètres qui m’avait amené chez des amis où on allait souper. À l’époque, survolté suite à la lecture d’un livre de Dean Karnazes, je m’étais mis à enfiler les très longues courses (genre distance marathon et plus) à toutes les semaines. Et à un moment donné, ça avait fait crack… Trois semaines d’arrêt complet alors que nous vivions le plus beau mois de décembre que je n’ai jamais connu pour la course. Damn !

Toujours est-il qu’il arrive parfois que je ressente encore cette douleur que je reconnais assez rapidement. Elle était revenue en force durant le Vermont, mais est disparue durant la période de récupération qui a suivi. Comme je ne suis pas intelligent, j’ai repris un entrainement « normal » (c’est-à-dire pas graduel du tout) en vue de Bromont, et après deux semaines complètes, re-crack. Re-damn !

J’ai dû me rendre à l’évidence: fallait que je m’arrête. Encore. Juste avant ma semaine de vacances. Vous imaginez les craintes que ma tendre moitié pouvait avoir ?  Une pleine semaine pognée avec un homme qui ne peut pas courir, est-ce qu’il y a pire souffrance sur cette terre ?  Pas sûr… 😉

Mais, contre toute attente, je me suis retenu… sans chiâler. Oui oui, je le jure ! Enfourchant le vélo, j’ai patienté, bien déterminé à attendre que le mal disparaisse pour reprendre la course. Et après une éternité (une pleine semaine, oui mesdames et messieurs), j’y suis allé graduellement. 10 kilomètres, puis 13 le surlendemain. Ce matin, 21 au mont St-Bruno. So far, so good. Ce n’est pas parfait, mais ça tient.

Vais-je être en mesure de faire Bromont, où selon Gilles, l’absence de Joan fera de moi the heir of the throne (et celui qui se retrouve sur la page couverture du site web !  Voyez de quoi on a l’air quand ça fait 24 heures qu’on s’amuse dans le bois…)?  Rien n’est moins certain. Mais j’y serai, aucun doute là-dessus. Car si je ne suis pas en mesure de courir, j’irai prêter main-forte à Audrey, Gilles, Alister et toute la gang là-bas. Ces gens-là font un travail colossal, on se doit de les aider à la réussite de ce merveilleux événement.

En attendant, le Marathon de Montréal dans 18 jours sera un excellent test. Si ça passe, je me relance dans l’aventure. Si ça casse, quelqu’un a besoin d’aide pour faire des sandwichs ?