Annulation du Marathon de Montréal: la bonne décision

Benji Durden.

Ça y est, je vois d’ici l’exaspération sur le visage de ma douce. Elle va encore se demander comment je peux me rappeler du nom d’un gagnant du Marathon de Montréal du début des années 80 et oublier un paquet de choses foutrement plus importantes de la vie courante.

Je ne sais pas, mais je me souviens. Je suis fait de même. À l’époque, « notre » marathon était relativement prestigieux et attirait des athlètes de très haut niveau. C’était télévisé en direct à Radio-Canada et je regardais ça religieusement à chaque année, fasciné.

Je me souviens d’une chose en particulier : cette année-là, il faisait chaud. Très chaud. Feu Jo Malléjac, dès le départ, s’inquiétait des conditions et en faisait part aux téléspectateurs à sa manière si typiquement passionnée. Durden, qui s’entraînait en portant plusieurs couches de survêtements question de mieux habituer son corps à la chaleur, avait fait un long cavalier seul pour triompher, en 2h13 (si ça peut vous rassurer, je ne m’en souvenais pas, j’ai dû aller vérifier; je ne suis tout de même pas Paul Houde…). Quand je dis que le niveau était élevé…

À l’époque, le marathon se courait en juin (celui-là avait eu lieu un 30 mai, mais bon…). Il a été déplacé en septembre par la suite. C’était la chose à faire, puisque jadis, l’été se terminait pour ainsi dire le 25 août.

Les temps ont changé. Malgré ce que peut en penser le supposé homme le plus puissant de la planète, les changements climatiques font sentir leurs effets. Or, chacun sait que la chaleur et l’humidité sont les pires ennemis du coureur. Et il arrive qu’on se retrouve avec des conditions très chaudes à ce moment-ci de l’année.

Je l’ai d’ailleurs appris à la dure lors de mon deuxième marathon, en 2008, couru dans une humidité à couper au couteau. Resté accroché au lapin trop longtemps, j’ai été assailli par les crampes à partir du 28e kilomètre. Le dernier tiers de la course fut un véritable calvaire. J’ai été chanceux d’éviter le coup de chaleur. Et que dire de 2011 ?  Honnêtement, j’ai pensé mourir sous le soleil de plomb dans la montée Pie IX. Je sentais que j’étais vraiment en train d’en perdre des bouts et pourtant, je me suis entêté et ai poursuivi sans ralentir.

Donc oui, il arrive qu’il fasse chaud en septembre et évidemment oui, il se peut que le marathon tombe sur une journée caniculaire. Est-ce suffisant pour justifier l’annulation du marathon ?

À première vue, cette décision me semblait un tantinet prématurée. En effet, contrairement à 1982, Internet régit maintenant nos vies. Mettons qu’on a la panique plus facile. Nous avons accès à des prévisions météo très fiables pour la température à moyen terme (car malgré ce que les gens en pensent, la météo est très précise quand ça concerne la température; c’est quand vient le temps de prédire l’ensoleillement et les précipitations que c’est plus compliqué), il y a les réseaux sociaux, etc. Bref, un paquet de façons de faire grimper notre niveau d’anxiété… et de finir par nous faire envoyer des courriels de désespoir à l’organisation qui cède sous la pression et en arrive à la conclusion qu’elle n’a d’autre choix que d’annuler l’épreuve.

À  mon avis, les coureurs ont une responsabilité. Un marathon, ça se fait dehors (ben, la plupart du temps en tout cas). Les conditions atmosphériques font partie des variables qu’ils ne peuvent pas contrôler et ce n’est pas à l’organisation d’avoir à compenser si ça ne fait pas leur affaire. En ultra, il ne viendrait jamais à l’idée d’un directeur de course d’annuler son épreuve parce qu’il fait trop chaud. Il fait 35 avec un humidex de 45 ?  Pis après ?  C’est pareil pour tout le monde. Si tu veux courir à l’air climatisé Chose, va dans un centre d’entrainement.  T’as juste à te tenir hydraté et ralentir, tu devrais être correct. Au pire, tu marcheras ou  même, tu t’arrêteras. Ce n’est pas la fin du monde. D’ailleurs, le Vermont 50 aura lieu dimanche comme prévu (sans moi, mais bon, c’est une autre histoire), canicule ou pas.

Sauf qu’à la lecture de l’excellent papier d’Yves Boisvert paru dans La Presse hier matin et surtout, suite à une conversation avec un collègue, j’appuie maintenant à 100% cette décision.

Le collègue en question accepte le tout avec philosophie, mais il me parlait d’un autre coureur qui lui est en beau maudit parce qu’il voulait utiliser cette course comme qualification pour Boston.

C’est là où se trouve le problème. En course sur route, une fois qu’on a « fait une distance », on se met à se fixer des objectifs. On « vise un temps », on veut « faire Boston », on veut battre son record personnel. On s’entraîne pendant des semaines, on fait des courses préparatoires avec cet objectif en tête. Et quand le jour J approche, même si les conditions s’annoncent difficiles, il est à peu près impossible de se convaincre de laisser tomber, de prendre ça cool et se dire qu’on se reprendra la prochaine fois. On veut réussir, atteindre l’Objectif. Là, maintenant. La mantra « C’est pas icitte que je vais crever » n’existe pas vraiment. En tout cas, pas pour tout le monde. Je le sais: been there, done that.

L’organisation s’est donc retrouvée à jouer le rôle de l’arbitre qui arrête un combat alors qu’un boxeur est en train de se faire tabasser: ce dernier a beau dire (et même hurler) qu’il était en mesure de poursuivre, l’arbitre avait le devoir de le protéger. Et il vaut mieux arrêter un combat trop tôt que trop tard. Même chose pour un marathon : vaut mieux l’annuler avant et se retrouver avec des conditions finalement pas si mal qu’arrêter la course 3h30 après le départ comme à Chicago en 2007 où ça a été l’hécatombe.

Ajoutez à ça l’implication sociale (imaginez 200 transports en ambulance à cause des malaises subis durant le marathon, ça fait 200 transports de moins de disponibles pour la population en général) et la décision se prend d’elle-même.

Ceci dit, un départ à 7 heures pour le marathon, séparé du demi, comme ça se fait à plusieurs endroits dans le monde, ce ne serait vraiment pas une mauvaise idée. Ha, ça fait des photos moins spectaculaires, mais…

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Le drapeau blanc

Vous savez c’est comment une mère, hein ?  La progéniture a beau être rendue dans la quarantaine (légèrement avancée), ça s’inquiète toujours. Et ça a le don d’avoir raison et de nous dire des affaires qu’on ne veut pas entendre.

À Ottawa, après mon abandon, je venais de dire que je laissais tomber mes courses pour l’été. « Pour moi, tu devrais arrêter pour le reste de l’année… »  Exactement la situation que je ne voulais pas envisager. Arrêter de courir, moi ?  Jamais de la vie !

Aujourd’hui, je n’en suis plus si sûr. Ce matin matin, mon année de m… s’est poursuivie. Après l’ischio déchiré, le mollet déchiré, les côtes pétées (ben, pas vraiment pétées, mais c’était tout comme), fallait que mon foutu sciatique décide de jammer.

Ha, je le sentais venir, mais j’avais la naïveté de penser l’avoir sous contrôle. Mais à mesure que je montais mon volume hebdomadaire, je sentais bien qu’il prenait le dessus. Mon appel de détresse à Marie-Ève est venu trop tard: je suis sur le carreau. Encore. Ça devient vraiment une habitude.

J’ai reçu mon traitement mercredi, j’ai même été sage les deux jours suivants: pas de course, ni de vélo. J’ai enfourché ma machine seulement hier pour un petit 50 km. Et ce matin, je me sentais bien. Je me promettais un 10 km facile, 12 max si ça allait vraiment bien. Après à peine 6, j’ai hissé le drapeau blanc. De façon définitive pour le reste de la saison (en ce qui concerne les compétitions, en tout cas).

En revenant à la maison en « marchant », j’ai eu du temps pour réfléchir. Le Vermont 50, ma dernière chance pour aller chercher les fameux points (j’y reviendrai prochainement) qui me garantiraient l’entrée pour l’UTMB l’an prochain, n’est plus possible. Si je suis à peine en mesure de faire 6 km sur le plat aujourd’hui, comment envisager en faire 80 dans les montagnes dans 5 semaines ?  Déjà que mon entrainement était « limite »…

J’ai donc décidé de me concentrer sur la guérison, sans me mettre aucune échéance. Je veux surtout refaire une base solide, arrêter de recommencer en montant le volume, encore et encore, pour finir par me blesser à nouveau. Selon ce que j’ai réussi à décoder de Marie-Ève, mon mollet n’étant pas tout à fait guéri, j’aurais eu tendance à compenser de ce côté, d’où un fessier qui travaillait trop et par conséquence, un sciatique irrité. La joie. Je suis définitivement dans mon année Ellis Valentine !

Donc, en terminant, chers lecteurs, je vous demanderais de prier pour ma pauvre épouse, car c’est elle qui aura à m’endurer au cours des prochaines semaines… 😉

Année de m…

Jeudi matin, je rentrais tranquillement au boulot à la course. Mes pauses-marche se faisant de plus en plus rares, disons que l’effet de l’humidité se faisait sentir. Mais je ne m’en plaignais pas: j’étais en train d’effectuer, lentement mais sûrement, un autre « retour au jeu » et c’était tout ce qui comptait.

Les coureurs d’expérience l’auront probablement remarqué, les lacets des souliers se défont plus facilement lorsqu’il pleut ou quand c’est tellement humide que nos pieds deviennent détrempés juste à recevoir la sueur qu’on émet.

C’était arrivé un peu plus tôt avec le pied gauche, je venais de me rendre compte que les lacets du pied droit s’étaient également défaits. Pas le temps de décider de m’arrêter,  j’avais déjà pilé sur lesdits lacets. Les lois de la physique ont alors opéré: tout mon corps avançait à 12-14 km/h, un obstacle a bloqué la base, le mouvement de translation s’est transformé en mouvement de rotation avec les pieds comme point d’appui.

Nous ultramarathoniens avons un sixième sens pour compenser quand les pieds glissent sur de la roche ou se prennent dans des racines. Mais on dirait qu’on perd toutes ces belles facultés quand on s’enfarge sur la route. Pas le temps de me protéger, je me suis retrouvé le visage contre le bitume. Calv… !

Après avoir vérifié que personne ne m’avait vu et arrêté le chrono (un gars a ses priorités) j’ai fait disperser les étoiles qui étaient apparues dans mon champ de vision pour être en mesure de constater les dégâts. Mis à part que j’étais tout crotté (c’était sous l’autoroute Bonaventure, l’endroit où la piste cyclable est à son plus sale, bien évidemment), j’avais de merveilleux road rashs sur les cuisses et les avant-bras, probablement aussi sur ma joue (j’ai essayé de vérifier, pas facile). Avais-je une commotion ?  J’en doutais, les prochaines heures allaient me le dire. J’avais surtout un foutu mal de côtes, gracieuseté d’un avant-bras qui avait été coincé entre ma poitrine et le sol lors du contact.

Cette dernière blessure qui m’achale encore aujourd’hui. Était-ce cassé ?  Je n’en avais aucune idée, et je l’ai ignoré un bout puisque j’ai vu le médecin seulement hier matin (anecdote : elle m’a demandé si j’avais maigri. Hein ? Elle se souvient de moi ?  De toute façon, sais pas, je ne me pèse jamais). Ben oui, j’ai attendu toute la fin de semaine. Pourquoi ?  Pour la simple et bonne raison que je me sentais mieux vendredi et j’étais certain de pouvoir reprendre la course samedi.

Ho que je m’étais fourvoyé !  À chaque fois que le pied touchait au sol au pas de course, une douleur vive transperçait ma poitrine. Rien à faire, j’ai dû me résigner à « seulement » enfourcher mon vélo. Et encore là, pas moyen d’accélérer en me dressant sur les pédales.

Le pire, je ne sais pas pourquoi c’est de même, ce ne serait pas arrivé avec des Skechers. J’ignore comment ils fabriquent les lacets de leurs chaussures, mais même dans les pires conditions, jamais ils ne m’ont fait ce coup, peu importe le modèle. Jamais. Pourtant, ils en ont vu de la pluie et de l’humidité.

Pourquoi je ne portais pas de Skechers, vous me demandez ?  Ben… C’est que le modèle GOrun de route que j’ai est de tendance plus minimaliste et donc, nécessite une foulée qui demande plus de travail au mollet qu’un modèle plus coussiné. Et comme je me remets d’une blessure au mollet… D’ailleurs, comme pour me narguer, j’ai reçu ma dernière paire d’Ultra Road hier. Si je les avais eus une semaine plus tôt…

Mais bon, au final, pas de fracture. En tout cas, pas de fracture apparente sur les radios. De toute façon, il semblerait que ça ne change pas grand-chose: la médecine n’y peut rien, il faut attendre que ça guérisse.  Je déjeune donc aux anti-inflammatoires et je pédale pour me rendre au travail. Encore.

Année de m…

Les suites d’un abandon

Luc, t’as besoin de bénévoles ?

« Hey Freeeed, comment ça va ? ». Je l’avais vu passer au 38e kilomètre, je m’étais dit que j’essaierais de le voir après l’arrivée pour lui annoncer mon retrait du 50 km 5 Peaks d’Orford dont il est l’organisateur. Si je n’étais pas foutu de faire plus de 4 kilomètres après une semaine sans courir, il était hors de question d’en envisager 50 trois semaines plus tard. Dans le meilleur des cas, je pourrais reprendre le collier cette fin de semaine-là.

J’ai perçu de la tristesse sur son visage quand je lui ai résumé ma mésaventure. Entre coureurs, on se comprend. On sait c’est quoi, être privés de notre drogue. « Ha, on a toujours besoin de bons bénévoles… Je vais te mettre en charge de surveiller les toilettes, tiens ! ». J’ai éclaté de rire. Il me fait toujours rire. Vous devriez lire ses info-lettres pour sa course : du bonbon.

J’avoue que ça me faisait bizarre de déambuler dans une aire de retrouvailles après une course après avoir dû l’abandonner. On voit tous ces coureurs radieux, avec leur médaille de finisher au cou… On se sent… comment dirais-je ?  Pas à sa place. Comme si on n’avait pas du tout d’affaire à être là.

Au moins, j’étais vraiment, mais vraiment heureux pour ma sœur. Me connaissant, j’avais peur que le fait d’être blessé me rende d’une humeur massacrante et que je devienne le casseux-de-party de son premier marathon. Mais non, j’étais si heureux pour elle. Et c’était tellement beau de voir la fierté de Christian et de mes parents. Vraiment, un beau moment passé en famille.

J’appréhendais également le long retour en voiture. Deux heures seul avec moi-même, deux heures pour tout ressasser. Encore là, rien à signaler. Ce n’est pas comme s’arrêter durant un ultra parce qu’on n’en peut plus ou qu’on n’a plus le goût. Dans ce temps-là, on se dit qu’on aurait pu faire ceci, dû faire cela, etc. Ce n’était pas le cas. J’étais blessé, je ne pouvais pas poursuivre, point à la ligne.

J’ai plutôt dressé mon plan pour les prochaines semaines. En plus du 50k d’Orford, j’allais devoir me retirer de la Course des 7, où j’étais supposé être lapin de cadence, et du Vermont 100. J’avais une blessure de fatigue, il n’était pas question que j’essaie de me faire un 100 miles plutôt roulant dans un délai si court.

Mais il fallait surtout que je soigne. Et ça, ce serait l’affaire d’Annie-Claude, la physio qui a réglé mon problème d’ischio.

Faut croire que je ne suis pas le seul à la trouver bonne parce que j’ai dû attendre au vendredi pour avoir un rendez-vous. Verdict : déchirure de grade 1 (ça a l’air qu’il y en a 3), pronostic de deux autres semaines sur les lignes de côté. Définitivement que j’avais bien fait de déclarer forfait pour mes courses !

Finalement, après une semaine où j’ai été un patient modèle (c’est-à-dire que j’ai fait tous les exercices prescrits et ce, sans en faire trop), j’ai eu la permission de reprendre. Ok, « reprendre », façon de parler: 15 minutes en mode 2/1 (2 minutes de course pour 1 minute de marche), mais bon. En fait, ça fait un beau prétexte pour se rendre l’épicerie qui coin. Demain, ce sera 20 pleines minutes. Hou la la…

Ceci dit, c’est peut-être psychologique, mais depuis que je me suis fait cette micro-sortie hier, il me semble que le mollet va mieux. Comme si la reprise avait aidé la guérison. Oui je sais, c’est dans ma tête…

Il y a une affaire que je retiens dans cette histoire-là (mis à part le fait qu’il ne faut jamais présumer de son « invincibilité ») : demander des conseils à d’autres coureurs, lire des publications, aller voir sur les forums de discussions, ça donne une bonne idée. Mais il n’y a jamais rien qui va égaler l’avis un professionnel. Lui, il nous voit, nous tâte, constate quels mouvements on peut faire ou ne pas faire. Des blessures, il en voit à longueur de journée et elles sont toutes différentes.  Bref, il a tous les outils pour cerner le problème et prescrire le « remède » approprié.

La suite des choses maintenant ?  Pour l’instant, je ne suis inscrit à aucune course. Toutefois, mon retrait du Vermont a un double impact sur les « monuments » auxquels j’aimerais prendre part. Tout d’abord, il y a évidemment l’UTMB, pour lequel je dois amasser 3 petits points cette année pour assurer mon inscription l’an prochain. Je comptais sur le Vermont pour aller en chercher 6. Il y a toujours Bromont qui demeure toujours dans ma ligne de mire, mais comme il n’est pas encore accrédité officiellement (Gilles ?), j’aurais préféré être fixé plus rapidement.

Autre inconvénient: le Vermont était la seule course qualificative pour le Western States que j’avais prévu faire cette année. Oups.

Ha, ce n’est pas la fin du monde, c’est juste une course… Mais dans un autre sens, je trouverais pas mal cool de me faire les deux courses en sentier les plus célèbres. Je suis donc allé voir la liste des courses qualificatives, au cas où il y en aurait pas trop loin en automne.

Et sur quoi suis-je tombé ?  Sur le Harricana 125. Début septembre, une organisation extraordinaire que je connais bien, franchement pas loin de la maison… En plus, cette course donne 5 points UTMB. Comment passer à côté ?

Bref, histoire à suivre. Si la guérison se déroule bien…

Marathon d’Ottawa: l’art de se rendre inutile

Je me faisais une idée plus « glorieuse » de mon premier abandon en course. Je m’imaginais un arrêt provoqué par des conditions apocalyptiques durant un ultra, conditions qui m’auraient amené à l’hypothermie après une vingtaine d’heures passées sous le déluge.  Ou alors, suite à une bonne plonge et une marboulette pétée sur une roche, j’aurais à être évacué en hélicoptère. Et pourquoi pas un abandon dans le cadre d’une participation au Barkley ? Tant qu’à abandonner… Bref, quelque chose d’épique, de spectaculaire.

Vous allez me dire que techniquement, j’avais déjà un DNF suite à la Petite Trotte de l’an passé (d’ailleurs, pas que je veux en rajouter car on en a déjà trop parlé, mais ne trouvez-vous pas un tantinet ironique que ma binette se retrouve sur la page d’inscription de l’épreuve ?  Au nombre de photos qui ont été prises au fil des années, me semble que… À moins que la « nouvelle administration ait levé la sanction ?  Enfin…). Mais pour moi, un DNF dans une épreuve non chronométrée et sans classement, en plus qu’on s’était tout de même rendus jusqu’au bout, mettons que ce n’est pas vraiment un DNF.

Tout ça tourne dans ma tête alors que je retourne en marchant en sens inverse, la queue entre les jambes (au sens figuré, je n’ai pas de prétention autre), en direction du départ de ce Marathon d’Ottawa.

J’étais là pour accompagner ma sœur pour son premier marathon. Nous allions vivre cette expérience ensemble, j’avais tellement hâte. En plus, cette course allait servir de rampe de lancement pour ma saison, je pouvais enfin mettre ma déchirure à l’ischio derrière moi. J’avais monté le volume d’entraînement progressivement, j’avais suivi tous les principes de base. Je faisais moins de sorties en intensité et quand j’en faisais, le feeling était encore meilleur.

C’était jusqu’à la mi-mai. 6 jours avant le marathon, alors que j’étais au milieu  d’une sortie facile de 11 km, j’ai senti quelque chose de bizarre dans mon mollet droit. Hum… Petit massage et on repart. Deux kilomètres plus loin, même chose. Ben voyons… Re-reprise de la course, encore plus lentement. Quelques enjambées plus loin, j’ai senti une décharge dans mon mollet, au point où j’en ai presque perdu l’équilibre. Instantanément, plus capable de courir. Même la marche était pénible. Verdict du gars qui en a vu d’autres: contracture. Dans le meilleur des cas.

À ce moment, les paroles si sages de mon ami Pierre ont résonné à mes oreilles : « C’est quand on commence à  pousser un peu trop dans le volume que les bobos se mettent sortir… ». Lui qui se limite à 65-75 kilomètres par semaine, j’en étais rendu à 90-95. La veille, je m’en étais farci 36 au mont St-Bruno et l’avant-veille, j’avais fait ma sortie la plus rapide depuis une éternité. Sans compter des sorties assez intenses au mont Royal les mardi et jeudi précédents. J’en étais à ma sixième en 7 jours, ce que je ne fais pour ainsi dire jamais. Ben oui, je me sentais fort, plus besoin de faire attention. Du con.

Vous dire que j’étais d’une humeur massacrante ce jour-là serait un euphémisme. Allais-je pouvoir faire un marathon moins d’une semaine plus tard ?

J’ai pris toutes les précautions. Visite en ostéo dès le lendemain. Pas de course et presque pas de marche les jours suivants. Comme le vélo n’occasionnait pas de douleur, Marie-Ève m’a encouragé à poursuivre, me soulignant que l’afflux supplémentaire de sang ne pouvait qu’aider à la guérison. Je sentais toutefois qu’elle éprouvait un certain pessimisme (pour ne pas dire un pessimisme certain) quant aux chances que je puisse faire un marathon dans un délai aussi court. Même à une cadence 60 à 90 secondes plus lente au kilomètre qu’à mon habitude.

Au fil des jours, la douleur s’estompait peu à peu. Je me disais que finalement, j’allais probablement avoir à endurer un certain inconfort, sans plus. Mais lorsque mon vieux chum Steph m’a fait remarquer que je boitais l’avant-veille de la course, puis que Barbara a passé un commentaire semblable sur ma démarche le lendemain, le doute s’est vraiment installé. Avec le recul, dans mon for intérieur, je savais.

Avant la course, je me suis astreint à une longue séance d’échauffement. Rien. J’étais même tenté de me faire un petit bout à « ma » vitesse, question de voir. Je me suis retenu. Quand nous avons pris place dans le peloton, j’avais confiance.

Le grand frère et sa petite soeur tout sourires avant le départ.

C’était jusqu’aux premières foulées en course. Tout de suite, le « point de contraction » s’est fait sentir. Un inconfort qui pouvait très bien s’endurer. Mais si tôt en course ?

Nous sommes passés devant nos parents et mon beau-frère Christian autour du deuxième kilomètre. Celui-ci, qui traîne des problèmes à un genou depuis des lunes et qui sait c’est quoi être blessé, m’a demandé comment ça allait. Pas si pire, pas si pire.

Ça ne s’est cependant pas amélioré, bien au contraire. À chaque contact avec le sol, je sentais le muscle se contracter un peu plus. L’inconfort se transformait progressivement en sensation de crampe. Après même pas 4 kilomètres, sentant que ça allait encore péter si je m’entêtais, j’ai annoncé la mort dans l’âme à ma chère petite sœur que je n’allais pas faire la run. On s’est donné un gros câlin, elle m’a remercié et a poursuivi son marathon.

Je ne peux plus compter les regards médusés des coureurs que je croise. Ils semblent se demander comment un e échalote vêtue d’une veste d’hydratation puisse abandonner si tôt. Je suis blessé. ENCORE blessé, calvaire !!!

Une fois le peloton passé, je me retrouve seul, sur les bords du canal Rideau. Étonnamment, je n’ai pas trop mal à l’âme. Je ne peux même pas dire que je suis serein avec ma décision, je n’avais pas d’autre choix: ma jambe ne me permet tout simplement pas de faire un marathon  aujourd’hui. Point.

Je croise un trio de bénévoles. « Are you lost ? ». Ben oui Chose, se perdre sur un parcours urbain, vraiment ?  Eastern States la nuit, tu connais ?  Il me vient l’idée de faire une blague et de jouer au gars perdu, mais comme mon humour « différent » tombe toujours à plat avec la communauté anglophone, je leur explique tout simplement que je suis blessé. Oui madame, injured. Fucking injured.

Alors que je me dirige vers le point du parcours où les coureurs passeront deux fois (aux 27e et 38e kilomètres), un détail me frappe: le soleil est déjà chaud et il est à peine 7h30 le matin. Aïe.

Aussitôt, je tombe en mode « inquiétude ». Je ne serai pas là pour lui rappeler de boire, le fera-t-elle ?  En marathon, ça peut être tellement sournois, la déshydratation… Et mes amis coureurs ?  Tout comme au Vermont l’an passé, je commence à me faire de la bile pour eux. Louis, Pat, Sylvain… Mais c’est surtout pour ma sœur que je m’en fais. Elle a beau être rendue à 40 ans, elle sera toujours ma petite sœur et je serai toujours protecteur envers elle. Je suis fait de même.

Arrivé au 27e kilomètre, pas de trace de notre famille. Vrai que je leur ai dit de ne pas nous attendre là avant 9h30. Pas grave, je me trouve un endroit à l’ombre, à l’intérieur d’une courbe à la sortie du pont Alexandria et commence à attendre. Pour la première fois de ma vie, j’assisterai au passage des coureurs de l’élite. Au moins un avantage à avoir dû renoncer.

Comme ces gars-là courent à 3 minutes au kilomètre (le contingent de coureurs d’élite à Ottawa est assez relevé merci), un petit calcul mental prédit un passage autour de 8h20 – 8h22. Et comme de fait, j’entends assez rapidement les motos de sécurité, puis aperçois la voiture-chrono. À leur suite, une demi-douzaine d’Est-Africains (Kenyans, Éthiopiens, etc.) galopant au pas cadencé au presque. À l’avant du petit peloton, l’un d’eux porte un dossard jaune. C’est leur « lapin de cadence ». Il est affiché qu’il court à un rythme de 2h07. Wow.

À les voir approcher, je ne trouve pas qu’ils semblent aller si vite. C’est quand je les regarde s’éloigner que je me rends compte du rythme époustouflant qu’ils tiennent sans effort apparent. Du grand art.

J’assiste ensuite à ce que je surnommerais « l’évolution » des coureurs. Passent les coureurs d’élite « de développement ». Coureurs très rapides, au style sans faille, mais dont le niveau se situe une coche en-dessous des meilleurs. Parmi eux, le premier Canadien, Nicholas Berrouard, mon « co-équipier » chez Skechers.

Arrivent également les premières femmes, qui partent en même temps que tout le monde ici, contrairement aux grands marathons où leur départ est donné plusieurs minutes avant, question d’éviter qu’elles se fassent pacer par des hommes. Ici, pas de gêne, elles s’accrochent aux messieurs. D’ailleurs, un gars qui pace une femme me fait même un clin d’œil en passant.

Je surveille alors l’arrivée d’Arianne, une autre co-équipière Skechers. Sans trop tarder, je la vois approcher et lui lance un encouragement au passage. Elle ne bronche pas, demeurant dans sa bulle. Dire que cette fille-là se concentrait sur le 800 mètres à l’université…

Ok, Louis maintenant. Il fait chaud, comment va-t-il ?  En plus, il s’est tapé un 100 km récemment, sans compter les 50 miles de Bear Mountain il y a seulement deux semaines de cela. Sachant qu’il est déjà descendu sous les 3 heures, la vue du lapin de 3h05 ne me rassure pas. Puis, tout juste devant le lapin de 3h10, je reconnais sa bouille sympathique qui me donne l’indice que tout va bien. Je lui crie un encouragement. « Hé Freeeeed !!! Ça va bien ? ». Pas vraiment, non. Il se retourne en entendant ma réponse, la face en point d’interrogation. Pas fort de lui avoir dit ça là, comme ça. Je lui fais signe le pouce levé. Il poursuit, ne semblant pas trop comprendre.

De plus en plus de coureurs peinent. Moi aussi d’ailleurs, pour une autre raison. J’ai aperçu notre famille de l’autre côté et quand j’entreprends de traverser le chemin pour aller les rejoindre, j’ai la jambe en bois. Décidément que je ne suis pas près de reprendre la course, moi…

« Qu’est-ce que tu fais là ?!? ». Bon, contrairement à Massanutten l’an passé, mettons que la question est de mise. Je leur raconte mes mésaventures et leur fais part de mes craintes par rapport à la chaleur. Et ce n’est pas le nombre de coureurs qui marchent, suent abondamment et s’arrêtent qui va me rassurer. Au point où ma mère se fait un devoir de se foutre de ma gueule :  « Tu comprends pourquoi je suis toujours inquiète quand tu fais tes courses de fous maintenant ? ». Oui maman, je comprends.

Lapin de 3h30, Pat n’est pas encore passé, lui qui visait 3h23-3h25. Merdeu… Il se pointe peu après. Ça n’a pas l’air facile, mais il est souriant. « Ta sœur ne court pas ? ». Elle oui, c’est moi qui ne cours plus. « T’as bloqué ? ». Tu l’as dit ti-deli-dit. Exactement. J’ai bloqué. Fucking bloqué.

Pour une raison que j’ignore, je ne verrai jamais passer mon ami Sylvain. Je dois être trop obsédé par le défilement de ceux qui peinent. Ho que ça a l’air difficile. En plus, la grande majorité d’entre eux prennent la courbe à l’extérieur, au gros soleil !  Pensez-vous que les meilleurs ont fait un tel détour ? Le parcours est assez long de même, vous savez…

Lapin de 4h15, c’est là qu’on va savoir. Mon cœur bat la chamade. Si on ne la voit pas d’ici 5 minutes…

Au loin, un t-shirt rose foncé et une casquette grise apparaissent. Sa foulée semble légère, comme au début… En nous apercevant, son visage s’éclaire. Elle nous donne des high fives sans même ralentir, l’air fraîche comme une rose.

Passage au 27e kilomètre, fraîche comme une rose…

Ha ben bout de viarge !  Je m’en faisais pour absolument rien. À cet instant, je sais. Non seulement elle va finir, mais elle va le faire avec le sourire. Des problèmes peuvent toujours survenir, ça demeure un marathon, mais ce ne sera définitivement rien de majeur. Soulagé, vous dites ?

C’est en étant beaucoup plus calme que j’attendrai son passage au 38e kilomètre. En l’attendant, je ne manque pas d’encourager Pat quand il se pointe. « Ça tire, man ! ». Ha un foutu marathon, on a beau faire des ultras, ce sera toujours difficile…

Je rate encore mon ami Sylvain. Comment ça peut arriver deux fois, donc ?  Enfin… Au moins, je réussis à « attraper » mon collègue Yvon, qui marche. « Hey, Fred, t’as fini ? ». Non, c’est ma jambe qui est finie. Je marche un bout avec lui, j’ai peine à le suivre. Notre placottage semble lui avoir donné un petit boost et il repart à la course.

Quand ma sœur se pointe, peu après le lapin de 4h20, elle semble plus fatiguée (évidemment), mais elle en a encore dans le réservoir. Je lui fais remarquer qu’il ne lui reste que l’équivalent de ce que nous avons fait ensemble en début de course. C’est pas long, hein ?  Elle me dira plus tard que ça l’a vraiment encouragée.

La configuration de l’arrivée à Ottawa est malheureusement très mauvaise pour les spectateurs, alors nous ne pouvons pas la voir franchir la ligne. Si j’avais été capable de faire la run, aussi…

C’est une femme radieuse qui nous rejoint dans l’aire des retrouvailles. Wow, qu’elle est belle à voir !  Que c’est beau, quelqu’un qui finit son premier marathon !

Le câlin d’arrivée… Non mais, est-ce l’image du bonheur ou ce ne l’est pas ?

Bravo Élise, ton grand frère est si fier de toi !

Les fous et autres petites vites d’avril

Les fous – Ça a fait 10 ans hier. Après deux kilomètres courus «en dedans», j’avais pris un rythme qui me semblait confortable. Mes temps de passage (c’était avant les montres à GPS) m’indiquaient des kilomètres courus en 5 minutes. Compte tenu du fait tout ce que j’avais dans ma besace de compétitions était un 10 kilomètres fait en un peu moins de 47 minutes, je trouvais ce rythme acceptable pour mon premier demi-marathon. Surtout qu’une blessure au mollet m’avait mis sur la touche pour une quinzaine de jours deux mois auparavant.

À 5 kilomètres de l’arrivée, la souffrance a commencé à s’installer. Elle est demeurée avec moi jusqu’à ce que je vienne (presque) littéralement mourir sur la ligne d’arrivée.

«Y’a juste les fous pour courir des marathons !» que j’ai pensé tout haut à ce moment-là.

5 mois plus tard, je devenais tout de même marathonien. 14 marathons et autant d’ultras plus tard, je le confirme : il faut être fou pour faire ça. Faut croire que j’ai trouvé mon créneau.

« On dirait que tu t’es trempé les doigts dans la peinture !!! » – Mon beau-papa n’est pas facile à impressionner. Mais je pense avoir réussi ça par un beau soir, il y a quelque temps.

J’étais sorti de la ville en courant pour aller prendre mon auto garée sur la rive sud. Il faisait autour de zéro degré, il tombait un petit crachin. L’horreur pour quelqu’un qui souffre du syndrôme de Raynaud: les gants deviennent mouillés et le moindre petit vent nous fait geler des mains.

Dans la voiture, j’ai eu beau mettre le chauffage, la circulation dans mes doigts n’était pas revenue à mon arrivée à la maison, où ma douce m’attendait avec son papa pour le souper.

Quand il a vu mes mains… J’ai presque eu peur pour son coeur.

J’ai cru comprendre que plusieurs de mes amis coureurs sont pris à divers degrés avec ce mal qui je l’avoue, est un peu emmerdant. Non, je dirais plutôt: très emmerdant. On doit toujours trouver la combinaison parfaite pour que les mains soient à la bonne température pendant qu’on court. Si on a froid, on gèle (duh !) et si on a chaud, on transpire et les mains risquent de geler plus parce qu’elles sont mouillées. Et ça fait mal en ta…

Si vous ne connaissez pas ça, je vous suggère d’aller voir. Vous risquez vous aussi d’être… impressionnés. 🙂

« En tout cas, tu ne… » – Les gens sont bizarres. Bon, qui suis-je pour parler hein ? Ok, je vous l’accorde. Mais quand même.

Ça s’est produit à deux reprises. Dans le cadre du travail, il m’arrive d’avoir à aller en installation avec des collègues. Sur place, on interagit avec d’autres collègues qui ne me connaissent pas et, au fil des jours, on finit par parler d’autre chose que de travail durant les pauses-repas.

Ce n’est pas écrit dans ma face que je cours beaucoup. Or, quand un collègue qui me connait se met à me taquiner en me disant que je pourrais me rendre à un endroit déterminé en courant, les autres s’étonnent. La plupart posent des questions, s’intéressent à ce que je fais, même s’ils ne semblent pas trop comprendre pourquoi.

Sauf qu’un jour, il y en a une qui m’a sorti : « En tout cas, tu ne serais jamais capable de faire un Ironman ! ». Une autre fois, un gars m’a lancé : « En tout cas, tu ne cours pas autant qu’Untel. Lui, il court en ta… »

Tu en sais quoi, Chose ?  Sur quoi tu te bases pour affirmer ça ?!?  Tu ne me connais même pas !  Penses-tu que les gens qui font des sports un peu extrêmes déambulent avec une aura autour d’eux ?  Qu’ils flottent dans les airs ? Hé non, on a l’air tout à fait ordinaires (mis à part qu’on est fous, évidemment).  On a juste des passe-temps… différents. Il y en a qui collectionnent les papillons, moi je fais ça.

Pour la petite histoire, comme je nage comme une roche, l’Ironman, effectivement… Quant à monsieur Untel, je le connais très bien et il est fort sympathique. Il court pas mal plus vite que moi (sous les 3 heures au marathon), mais il ne s’imagine pas faire des ultras.

Courir dans le royaume du truck – Autour des centrales Eastmain d’où je vous écris ce soir, les routes sont ondulées et en terre. Ici, les VUS sont considérés comme des sous-compactes. De plus, comme les routes sont larges et qu’il y a très peu de circulation, ça roule vite.

On m’avait mis en garde contre les roches propulsées par ces mastodontes. Sans compter les histoires à propos des loups, des ours, etc. Bah, je suis un ultrarunner, donc par définition inconscient du danger sur les bords. Jeudi, comme nos essais n’allaient débuter que le lendemain, j’ai profité d’une belle matinée pour travailler de ma chambre… et aller m’aventurer sur les routes, bien sûr !

J’amorçais une montée qui fait tout de même 1.5 km de long quand j’ai vu un giga pick-up qui s’en venait. Le nuage de poussière qu’il soulevait ne laissait aucun doute : il roulait. Et pas à peu près.

Puis, j’ai remarqué que ledit nuage diminuait peu à peu, pour presque disparaître : le conducteur avait levé le pied. Rendu à ma hauteur, je l’ai remercié d’un signe de la main, il m’a salué de la même façon avant de repartir en trombe.

Constat : au royaume du truck, le coureur est plus respecté que dans la grande ville…

Impressionné

Ça y est, je suis trop vieux. Dépassé, plus juste bon pour le CSHLD et le manger « texturé ». Je ne comprenais rien de quoi on causait. Ha, je sais c’est quoi un hashtag, mais là, quand le représentant de l’est du pays s’est mis à expliquer comment les utiliser, on m’aurait parlé en mandarin que je n’aurais pas plus compris. Moi qui n’en utilise jamais, comment voulez-vous que je sache où les placer, de quelle manière, et patati et patata ?  Euh…

C’était au début du mois, à la soirée des athlètes et ambassadeurs dans les bureaux de Skechers. J’en étais à ma deuxième expérience, alors je savais plus à quoi m’attendre: une gang d’introvertis anormalement minces qui allaient bouffer du Subway avant de se faire briefer sur les nouveaux produits.

Bon, ce n’était pas du Subway, c’était de la pizza (mauvais timing, j’en avais mangé pas mal ces derniers temps, rapport au foutu dégât d’eau qui nous empêche de vivre normalement depuis une éternité), mais pour le reste, c’était pas mal ça. Bah, les gens n’étaient pas si introvertis non plus, certains se connaissant depuis des années. J’ai jasé un peu avec un monsieur de 60 ans dont j’oublie le nom (maudite mémoire) et qui s’en allait à Boston pour la cinquième fois. Il m’a raconté qu’il venait de traverser la ligne d’arrivée en 2013 quand ça a pété. Il a même senti le souffle des explosions. Ouf…

J’étais un peu rassuré quand il m’a demandé si je comprenais de quoi on causait. Lui aussi a semblé l’être quand il a vu ma face en point d’interrogation. On était au moins deux. Je me demande si les autres « seniors » sur place étaient comme nous.

Toujours est-il qu’à part ça, j’ai très bien compris de quoi il était question lors de ce briefing. Et j’ai été très, très impressionné.

Remise en contexte. Fin 2015, j’étais invité à devenir ambassadeur pour Skechers. Originalement, je ne comprenais pas trop pourquoi, surtout quand j’ai vu le calibre des athlètes qui étaient à la soirée. Puis j’ai compris: l’ultra-trail était sous-représenté dans l’équipe, seulement mon ami Benjamin faisant partie du domaine. La compagnie voulait avoir l’avis de plusieurs personnes qui testeraient les divers produits. Ha…

Je vous ai déjà fait part de mes craintes face à ce « contrat ». Je ne voulais pas perdre mon « indépendance » et devenir un panneau publicitaire pour Skechers. En même temps, la compagnie n’allait pas me fournir des équipements juste pour mes beaux yeux.

Je suis donc demeuré relativement discret sur le sujet. Mais j’ai pris à cœur mon rôle de cobaye. Ainsi, dans un long courriel envoyé à mon représentant, j’ai détaillé tout ce que j’aimais et ce que je n’aimais pas des divers produits, photos à l’appui.

Et qu’ai-je découvert (à part mon ignorance sur les subtilités des réseaux sociaux) durant le briefing ?  Que la compagnie écoute les athlètes !  Et ça ne lui prend pas 5 ou 10 ans avant de se revirer de bord, elle le fait en un an. Wow !

Ainsi, deux choses me chicotaient avec les modèles de l’an passé : la semelle s’usait rapidement et l’empeigne (la partie « bottine » du soulier) des modèles de trail n’était pas résistante. Et qu’est-ce que Skechers a fait ?  Elle a développé de nouveaux matériaux pour rendre les semelles plus résistantes tout en conservant les acquis au niveau légèreté et confort. Quant à l’empeigne des souliers de trail, elle a été renforcée.

Il me reste à tester le tout et je dois dire que les essais préliminaires donnent des résultats remarquables. Déjà que l’avis des utilisateurs soit écouté et surtout, appliqué, c’est remarquable en soit. Mais qu’ils apportent les changements proposés, wow.

Oui, je suis impressionné.