Une heure avec le grand manitou

Le mois d’octobre avait été anormalement moche. Et novembre ne s’annonçait pas mieux. Sauf ce matin-là, alors que la température s’était adoucie, au point de me permettre de rentrer au bureau à la course avec seulement des manches longues.

Il ventait. Fort. Très très fort. Dans la montée du pont Jacques-Cartier, ce vent de face m’a même permis de rattraper non pas un, mais bien deux cyclistes. Je riais intérieurement en les dépassant. Vous voyez, mon moyen de transport est plus rapide que le vôtre, lalalère ! Ok, une fois dans la descente, mettons que je me suis fait larguer rapidement, mais bon…

Je terminais ma descente sur l’île Ste-Hélène quand la douleur à l’aine est apparue. Bah, ça va passer, que je me disais.

Elle ne passait pas. Arrêt pour un petit massage, puis re-départ. Douleur. Re-massage. Re-re-départ. Re-douleur. Intolérable. Ah non, encore une maudite blessure ! Calv… !!!

Incapable de courir, j’ai dû me résoudre à marcher à partir d’Habitat 67 jusqu’au Saint Siège. Ça m’en a donné, du temps pour penser. Maudit sport de m… !  Je vais tout crisser ça là !  Ben non, faudrait peut-être juste que j’arrête. Six mois. Ou même un an. Faut que mon corps se reconstruise. Mais arrêter l’hiver ?  Nah…

Non, je vais aller voir des physios experts en course à pied, tiens. Oui, c’est ça. Ils vont à la fois m’aider à guérir et à développer la bonne technique. Je suis prêt à repartir à zéro. Il y a certainement quelque chose qui cloche, je ne peux pas croire. Pierre ne se blesse jamais. Joan non plus. Ils doivent faire quelque chose que je ne fais pas. Ou ne pas faire quelque chose que je fais. Je n’ai jamais consulté personne parce que j’HAÏS me faire dire quoi faire, mais je suis rendu là. C’est ça ou je me mets à la pétanque. À moins que je me roule en petite boule dans un coin et commence à sucer mon pouce…

Arrivé au bureau, petit courriel de détresse à mon ami. Pierre, Pierre, je suis ENCORE blessé !  Je fais quoi ? Je me tire par la fenêtre ?

Dans sa sagesse infinie, mon grand frère spirituel m’a répondu par quelques suggestions. L’une d’elle a attiré mon attention: consulter l’entraineur le plus réputé de la province qui, je l’ignorais, est également kinésiologue. Ouais, tant qu’à consulter quelqu’un…

Dans mon courriel de prie de contact, j’ai pris soin de me présenter, de lui dire que je suis un coureur d’expérience avec plusieurs marathons et ultras à mon actif avant de lui expliquer mon cas. Non mais, fallait par qu’il me prenne pour un débutant, là… Rapidement, on s’est fixé un rendez-vous. Il semblait enthousiaste à l’idée de m’aider. Ce qui m’enthousiasmait à mon tour. Peut-être allait-il trouver ?

Par chance, avant de me faire évaluer par le grand gourou, j’avais un rendez-vous avec Annie, ma massothérapeute. Pour vous faire une histoire courte, sans Annie, il n’y aurait pas eu de Massanutten cette année. Point. Je vous donnerais bien des références, mais elle ne prend plus de clients. Désolé !

Toujours est-il qu’Annie est parvenue à décoincer les adducteurs fautifs et que finalement, la blessure n’était pas si grave (ça nécessiterait tout de même de la physio, mais j’ai connu pire). J’allais au moins pouvoir me faire évaluer.

Dès notre premier contact, j’ai compris pourquoi ses athlètes avaient un énorme respect pour lui tout en l’appelant tout simplement « Dorys ». Un monsieur facile d’accès, relaxe, qui transpire la forme physique. Il m’inspirait confiance. Après m’avoir fait faire deux tours de piste pour m’échauffer, il m’a filmé sous tous les angles. Je m’attendais à ce qu’il utilise une caméra sophistiquée, mais non, il prenait simplement son téléphone. Allait-on va quelque chose ?

J’avoue que j’avais une certaine appréhension à me voir courir pour la première fois de ma vie. J’étais certain que j’assisterais à un film d’horreur.

Avant de démarrer la « projection », il m’expliqua que la technique n’était qu’un parmi la dizaine des facteurs qui font que quelqu’un se blesse à la course. Il y avait également le stress, l’alimentation, le sommeil, etc.

Ouais, je ne dors pas beaucoup, j’ai un léger faible pour l’alcool et bien que je ne me considère pas comme stressé, mes muscles sont continuellement crispés. Je ne m’en rends pas compte, mais je suis comme ça. Depuis toujours semble-t-il. Mon père racontait d’ailleurs que dès ma naissance, quand il me prenait, je me « tenais tout seul ». C’est bien pratique pour des jeunes parents, mais quand vient le temps de courir 48 ans plus tard… Enfin.

J’avoue avoir été impressionné par la qualité de l’image et surtout, étonné de ne pas être trop effrayé par ce que je voyais. À première vue, je courais normalement, même au super-ralenti. Pour la technique de course, il y aurait plus de 50 points à regarder, mais comme nous n’avions qu’une heure, il m’a fait un bilan des 13 principaux. Pour chacun, il donnait des notes de 1 à 10. Mes résultats variaient entre 6 et 9. Il m’a donné des exercices à faire pour améliorer les points plus faibles, exercices que je fais religieusement depuis.

Mais ce ne sont pas ses conseils ni ses observations qui m’ont impressionné le plus. C’est son approche.

Le monsieur a vu neiger. Des coureurs, il en a vu par milliers. Il sait fort bien que si certains principes de base s’appliquent à tous, les individus sont différents les uns des autres. Et ça parait dans sa façon d’être, dans sa façon de transmettre son savoir.

Par exemple, un petit commentaire tout simple: « Tu sais, il y en a qui courent pas mal moins bien que toi et qui ne se blessent jamais. Et il y en a d’autres qui ont une meilleure technique et qui se blessent plus souvent. »

Pendant que nous parlions, un jeune étudiant de McGill faisait des tours de piste. C’était clair même pour moi que le gars overstridait. J’en ai passé le commentaire. Sa réponse ?  « Oui, mais tu sais, c’est de même qu’on apprend à courir quand on est jeunes. »

Au début, j’avais certaines craintes. J’avais peur entre autres de me faire dire que me débarrasser de mes orthèses et que ça me prenait absolument des souliers minimalistes.

Rien de tout ça avec lui. Il n’a pas dit que le minimalisme était miraculeux, ni qu’il était mauvais. En fait, il m’en a à peine glissé un mot. Il n’y a rien de tout noir ni de tout blanc avec lui. Tout est dans les nuances de gris, comme dans la vie.

À la fin, il m’a invité à me joindre au groupe de coureurs qu’il s’apprêtait à diriger pour un entrainement, question de mettre en pratique quelques exercices qu’il m’avait suggérés. J’ai fait seulement le réchauffement, parce que je l’avoue, on était sur l’heure du midi et j’avais vraiment faim.

Mais il m’avait donné le goût de rester pour l’autre heure au complet.

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Bromont Ultra 2018 ou comment être de la fête quand on ne peut pas faire la course

J’adore cette montée. Relativement courte, mais abrupte, c’est ici que j’avais semé Ian durant le premier tour de l’édition 2016. Bah, « semer », le terme est peut-être un peu fort puisqu’il m’avait rejoint dans la section technique tout de suite après. Sauf qu’une fois rendu au ravito P7, il m’avait complimenté sur mes talents de grimpeur.

Présentement, ce sont d’autres talents dont j’ai besoin. Talents que je ne suis pas certain de posséder: ceux d’un motivateur.

Il y a un peu moins de 36 heures, je suis allé souhaiter bonne chance à Louis, Pierre et Joan avant leur départ pour Bromont. Pendant que nous échangions des plaisanteries (dès que des gars se retrouvent ensemble, ils finissent toujours par dire des niaiseries), je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer que les 4 premiers au classement de l’édition initiale de cet événement étaient réunis.

Pierre est maintenant le last man standing. Louis s’est arrêté à la mi-parcours, malgré les arguments apportés par le capitaine du ravito, moi en l’occurence. Il faut dire que j’étais au courant de son état de santé (les deux tendons d’Achille pétés, il passera sous le bistouri le jeudi suivant), alors ce n’est que pour la forme que j’ai tenté de lui faire changer d’idée. Quant à Joan, s’il semblait plutôt bien après 80 km, la fameuse Lieutenant Dan l’a achevé et il a hissé le drapeau blanc tout juste après.

Mais les 124 kilomètres parcourus sur ce parcours diabolique ont sournoisement fait leur oeuvre: mon ami est épuisé. Les yeux fermés, il reprend son souffle pendant que j’appuie ma main sur son dos alors que la pluie qui tombe depuis des heures coule sur son visage marqué par la fatigue. Pas pour l’empêcher de tomber, car je sais qu’il est très bien en mesure de se tenir debout tout seul. Je veux juste lui faire sentir que son « petit frère » est là. Que cette maudite côte, dont la pente est tellement raide qu’elle a failli le faire basculer vers l’arrière, on va la monter ensemble. Quand il sera prêt.

***

« Va peut-être falloir que tu fasses sortir du monde… »

Ce que je craignais était en train de se réaliser : le ravito était bondé. Tout se passait bien jusque là. Barbara était arrivée en début d’après-midi, je lui avais expliqué en quoi consistait notre rôle. Geneviève, ma super-partner de l’an passé, était arrivée peu après. Connaissant ma douce moitié, je savais que les deux allaient travailler à merveille ensemble et qu’elles seraient bigrement efficaces. Ça me donnerait plus de liberté pour aller chercher les choses qui allaient inévitablement manquer… ou pour mettre à jour mon placotage.

Il y a eu Seb avec qui j’ai parlé de son Spartathlon, Xavier et la triste controverse de Cruel Jewel, Stéphane et son expérience à l’UTMB. Sans compter les deux Martin, Yannick, qui est venu me saluer après avoir pris contact avec moi par courriel, et plusieurs autres dont j’oublie le nom qui me connaissent via ce blogue. Je ne suis pas jasant de nature, mais quand ça concerne la course…

Toujours est-il que les coureurs se sont mis à arriver. D’abord au compte-gouttes. Il faut dire que compléter le premier tour en moins de 9 heures, ce n’est pas donné à tout le monde !

Le premier symptôme d’un éventuel problème est apparu lorsque Jean-François, un des favoris (et futur vainqueur), est arrivé en troisième position. Souffrant du genou, il s’est immédiatement couché sur le sol, les pieds sur une chaise. Pendant que l’équipe médicale travaillait à le remettre sur pieds, j’ai remarqué la quantité de gens présents : il devait y avoir une dizaine de personnes autour de lui. Et elles prenaient beaucoup de place. Il n’y avait pas d’autre coureur présent, mais s’il avait fallu qu’il y en ait 5 ou 6…

J’étais préoccupé. Par la santé de Jean-François, bien sûr, mais surtout par une éventuelle congestion. Tout s’était bien déroulé l’an passé, mais là…

Le calme avant la tempête: le capitaine du ravito prend des nouvelles de son ami après 80 km (merci Martin Bherer pour la photo)

Pendant que j’avais encore le temps de vérifier si les coureurs prenaient le bon côté en partant pour leur deuxième tour… (photo: Martin Bherer)

Après, lentement mais sûrement, la fréquence d’arrivée des coureurs augmenta. Quand mes amis Pierre puis Joan se sont présentés, tout allait encore bien. Mais environ 30 à 45 minutes après eux, pour paraphraser Geneviève, nous avons perdu le contrôle. Les équipes de support étaient de plus en plus nombreuses, certaines occupant même 2 ou 3 chaises. Un coureur en particulier a littéralement été assis dans le milieu de la place durant 20 longues minutes, son équipe de 3-4 personnes étant présente durant tout ce temps. Et parmi cette « équipe », une seule personne travaillait. Les autres ?  Elles étaient là, point. Dans le milieu de la place.

On ne peut pas leur en vouloir, ce n’est pas tout le monde qui connaît le fonctionnement d’un ravito aussi important. Mais leur présence nuisait non seulement à nous bénévoles, mais également à l’équipe médicale qui avait comme mission de déceler les moindres signes de problème chez les coureurs qui entraient. Selon Guylaine, la très sympathique responsable du médical, il était peut-être temps de faire quelque chose…

Je sentais toutefois que ça passerait et je ne me suis pas trompé. Ouf !  Lentement, mais sûrement, les coureurs sont repartis et la place s’est pas mal libérée. Aussitôt, j’ai agrippé la chaise installée au mauvais endroit pour la mettre hors d’état de nuire. Ok, le reste de la soirée se déroulerait sans anicroche.

Erreur. 15-20 minutes plus tard, c’était à nouveau la cohue. Beaucoup de coureurs, entourés de leur famille, prenaient beaucoup trop de temps. À un certain moment, un coureur solo est arrivé et m’a demandé son drop bag. En tentant de me rendre à l’endroit où les sacs étaient déposés, j’ai été pris dans la congestion. Plus capable d’avancer d’un pouce. C’en était trop.

Question de me faire entendre par-dessus la musique, j’ai élevé ma voix de quelques décibels, pour demander, en utilisant exactement les mêmes mots que Pat en 2015, aux gens de sortir de manière à ce qu’il n’y ait pas plus d’une personne par coureur.

La plupart des gens me connaissent comme un gars souriant, (très) discret, qui parle peu et surtout, qui ne dit jamais un mot plus haut que l’autre. Sauf que lorsque la situation le commande, bien que j’aie ça en sainte horreur, je suis capable de lever le ton. Et disons que dans ces cas-là, je n’ai pas besoin de micro pour me faire entendre.

L’effet a été immédiat. Silence complet dans la tente, les gens se sont mis à sortir. Barbara m’a dit qu’elle avait compté au moins une douzaine de jeunes enfants dans le lot.

« Good job, Fred » m’a glissé Guylaine.

C’était ce qu’il fallait faire dans les circonstances, mais ça m’a fendu le cœur. Je hais chiâler après le monde. J’HAÏS ça. Profondément. Ça vient me chercher, vous n’avez pas idée. J’espérais juste que les enfants sur place avaient eu le temps de donner un câlin à leur maman/papa… Malheureusement, je n’avais pas le choix, c’était une question de sécurité. Si j’ai offensé quelqu’un, vous m’en voyez vraiment désolé.

Stéphane et trois dames se sont joints à moi pour le reste de la soirée, me permettant de libérer Geneviève qui avait encore fait un travail colossal cette année. Je me suis tout de même gardé le droit de retenir Barbara une heure de plus, question que quelqu’un « d’expérience » soit là pour guider les  « petites nouvelles »… et aussi d’avoir ma tendre épouse avec moi un peu plus longtemps !  😉

La règle du « une personne par coureur » n’a évidemment pas pu être appliquée à la lettre par la suite, mais lorsque je voyais des « équipes » nombreuses se pointer, je leur demandais gentiment d’amener le coureur juste à côté, dans la tente principale, où il y avait beaucoup d’espace. Avec le recul, c’est ce qu’on aurait dû faire dès le début.

L’arrivée de Stéphane a été une bénédiction. La raison ?  Ça me soulageait de la tâche ingrate d’avoir à suggérer fortement de repartir aux coureurs qui traînaient un peu trop au ravito. Pour l’occasion, il avait enfilé sa casquette de finisher du Vermont 100, alors même ceux qui ne le connaissaient pas savaient qu’ils avaient affaire à quelqu’un de crédible. Imaginez ceux qui le connaissent…

***

J’entends la voix de Pierre qui m’appelle au loin. Moi qui suis supposé l’aider à demeurer dans le droit chemin, à garder son allure, je suis rendu en contre-bas d’un sentier où je n’ai pas affaire, en train de gosser après ma maudite frontale qui ne veut pas se rallumer. Tabar… !  Et il fait noir en calv… !!!

Il y a quelques minutes, mon coureur a posé la question qui tue : « Vois-tu des flags ? »

C’est qu’il a la réputation de se perdre souvent, je lui ai d’ailleurs signifié 2 ou 3 virages qu’il avait manqués depuis que je me suis joint à lui. Dans la partie boisée de la section atrocement interminable reliant les ravitos P7 (km 126) au lac Gale (km 145), nous faisions face à un brouillard épais et tenace (il y a toujours du brouillard au Bromont Ultra). Je tenais ma lampe au niveau de mes hanches, question d’avoir une meilleure visibilité.

Ce n’était pas suffisant on dirait. Après un petit bout sans voir ni fanion, ni ruban rose, j’ai dit à Pierre de demeurer sur place pendant que je retournais sur nos pas pour vérifier. Au bout d’une centaine de mètre, il y avait bel et bien un fanion rose planté dans le sol. Nous étions sur le bon chemin.

Après un autre bout sans balisage, je suis parti en éclaireur (c’est le cas de le dire) devant alors que Pierre, convaincu de notre erreur, rebroussait chemin.

Il avait raison et je l’entends m’appeler pendant que c’te maudite patente à gosses ne veut toujours pas se rallumer. Non mais, dans le genre pacer nuisible…

J’allume la lampe de secours que j’ai installée à ma taille et rejoins finalement mon coureur à une intersection, là où nous avons vraisemblablement raté le virage. C’est pourtant clair, comment avons-nous pu rater ça ?

Question existentielle, cependant: où va-t-on ?  La nuit, ce n’est pas évident de s’orienter et nous n’avons aucune idée de quel côté nous sommes arrivés. Va falloir attendre que du monde passe.

Nous entendons des voix approcher. Dans le groupe, une femme. Mais bon Dieu, ils sont combien ?

« Vous êtes des coureurs du 160 ? »

Affirmatif. Ouf !  Ils sont cinq, soit trois coureurs et deux pacers. Parmi eux, Caroline, première femme (en fait, elle n’était pas vraiment première, mais c’est une longue histoire).

Nous reprenons le sentier, dans la bonne direction. Après son mini-passage à vide, Pierre s’était remis en marche. Et il a tellement repris du poil de la bête que j’ai peiné à le suivre dans la descente menant au ravito P7 (km 126). Eh oui, les 121 kilomètres qu’il a de plus que moi dans les jambes ne suffisaient pas pour contrebalancer mes carences en descente… C’est la vie !

Mais là, il a un petit down et décide de laisser passer ceux qui nous ont rejoints. Au final, c’est une excellente décision puisqu’en plus de nous montrer le chemin, nos nouveaux camarades sont de fort agréable compagnie. Et, au fil des kilomètres, nous apprenons que finalement, Pierre et moi sommes les paresseux du groupe. En effet, Stéphane P., qui sert de locomotive au groupe, revient du Tor des Géants où il a dû abandonner à cause d’un genou récalcitrant… après 220 kilomètres. C’était il y a trois semaines.

Quant à Caroline, elle s’est tapé la « Route de l’électron »: 2000 kilomètres entre Natasquan et Montréal, en passant par Manic-5. C’est elle qu’on voit dans les pubs d’Hydro-Québec ces temps-ci. Et que dire du pacer qui marche devant nous ?  Il a terminé le Tor…

Bon pour l’humilité vous dites ?

Devant, une voix que je crois reconnaître. Stéphane ?  Mais qu’est-ce que tu fous-là… en sens inverse ?

Il s’en va pacer François et comme il était dans « l’obligation morale » d’assister au départ de la course de sa douce, il a manqué son passage au lac Bromont et à P7. Il s’en va donc à sa rencontre, en remontant le parcours en sens inverse. On est un pacer dévoué ou on ne l’est pas !

Après une ou deux éternités, voilà enfin la route de terre. Hallelujah !  Bout de viarge, je ne suis qu’un pacer et j’en avais plein le derrière de ce sentier qui n’en finissait plus. Alors j’imagine ceux qui font la course…

Direction ravito-surprise de Chantal, véritable oasis dans ce désert un kilomètre plus loin. Je le sais, je le sens, Pierre a encore du jus. Il a trop d’expérience dans les 100 miles pour qu’il en soit autrement. Et le sachant rapide et habile dans les descentes, j’ai dans mon idée que…

Effectivement, nous distançons immédiatement nos compagnons. Avant d’arriver au ravito, je m’enquière de ses besoins et passe la commande: du café. Quelque chose à manger ?  Non, pas vraiment. Bon… Pendant qu’il prend sa dose de caféine, je m’empiffre. Littéralement.

C’est que voyez-vous, j’ai négligé un détail: quand on commence à courir à 2h du matin, le dernier repas est loin. J’aurais bien pu amener un wrap et des sandwiches du ravito principal et les engouffrer avant de me joindre à mon ami, mais ça ne m’est pas passé par la tête. Ce qui fait que mon ventre gargouillait déjà avant même de me mettre à courir. Au point où j’ai avalé une barre Fruit-3 pour tenter de calmer mon estomac. Ça a fait la job jusqu’à P7, mais tout juste. Ce que j’ai pris là m’a aidé à tenir, mais je dois renouveler mes stocks, comme on dit.

« Fred, je suis prêt à y aller… »

Wow, méchant pacer : 2-3 Pringles à moitié enfoncés dans la bouche, encore en train de piger dans les plats alors que son coureur l’attend pour partir. Bravo champion !

Dans la section de switchbacks en montée, Pierre jette des regards légèrement inquiets derrière. Bien que l’esprit compétitif soit beaucoup moins présent en ultra, on regarde toujours comment on évolue par rapport aux autres coureurs, question de s’évaluer soi-même, finalement.

Ils sont loin. « T’es sûr ? » Oui. On dirait bien qu’il ne se rend pas compte qu’il avance très bien depuis la précédente sortie du bois. Dans la descente, je laisse échapper quelques jurons : mon choix de souliers n’est pas des plus adéquats et je ne leur fais tout simplement pas confiance sur la roche glissante.

« Quoi, t’as tes Skechers ?  Tu ne voulais pas mettre tes Peregrine ? » Euh, comment dirais-je ?  Ben, la dernière fois que j’ai enfilé les Peregrine, disons qu’à mon retour au jeu, ça ne s’est pas vraiment bien passé, ça fait que j’ai un peu la chienne. Genre, comme…

Heureusement, mes jambes plus fraîches me permettent de compenser mes carences aux niveaux technique et matériel. C’est sans encombre que nous arrivons au chemin de Gaspé. « Si tu veux retourner à ton auto, c’est ici que ça se passe… »

Ouais, c’est une option que j’avais envisagée originalement. La raison ?  Un ischio récalcitrant qui avait eu la merveilleuse idée de commencer à jammer dimanche et de poursuivre sur sa lancée lors de ma dernière sortie mardi. Sauf que, ho timing, j’avais un rendez-vous avec Annie, ma masso (elle est foutrement bonne vous savez; sans elle, il n’y aurait pas eu de Massanutten, tout simplement) est parvenue à le faire relâcher. Et là, je ne sens à peu près plus rien, alors, mauvaise nouvelle : tu es pris avec moi, mon cher !

« Super ! »

(Au cas où ça vous serait venu à l’idée, je tiens à souligner qu’il n’y avait pas une once de sarcasme dans cette réponse)

***

« Je pense que cette montée-là est pire que la Lieutenant Dan ! »

La pluie a cessé, le jour va bientôt se lever. Nous piochons dans la montée qui suit de peu le chemin de Gaspé. Très abrupte, glissante, sans véritable point d’appui. Elle est vraiment chiante. Je tente d’encourager Pierre en lui disant qu’après, ça va être du gâteau, ou presque. Il ne va rester que le mont Gale. Ça achève.

Ce sont ces moments-là qui font les ultras. Quand la course s’éternise, quand les heures et les heures dans les sentiers commencent à peser, quand cette montée-là semble être la montée de trop… C’est cette capacité à aller puiser au plus profond soi pour avancer, encore et encore, qui fait la différence.

Comme les autres, cette montée ne résistera pas aux assauts de mon ami. Le reste de la section se déroule très bien et nous sommes accueillis par les cris et les applaudissements au lac Gale (km 145).

Pendant que Pierre s’éclipse aux toilettes, je m’affaire à remplir son réservoir et… à bouffer. Quand il revient, j’aime ce que je vois : un homme plus que prêt à s’attaquer à la dernière partie de son périple.  Nos compagnons de tantôt arrivent comme nous sommes sur le point de partir. « Vous êtes des machines, les boys ! ». Ben oui Stéphane, venant d’un gars qui s’est tapé le Tor, mettons que… Je me contente de répondre que c’est Pierre, la machine. Moi, bof…

Justement, la machine me lance : « On y va ? ».

You bet !

Principe universel au Bromont Ultra : se rendre au sommet du mont Gale, c’est toujours plus long qu’on pense. Pas grave, je le sais et le plus important, il le sait. Les sentiers sont beaux, les kilomètres passent plutôt rapidement.

Sauf qu’une racine (ou une roche) vient arrêter net sa progression. C’est la quatrième fois qu’il tombe et à chaque fois, j’ai de plus en plus peur que la fatigue lui ait enlevé le réflexe de se protéger.

Quelques jurons plus tard, je l’aide à se relever. Dommages mineurs: une éraflure à la main. Ça peut sembler bizarre, mais j’ai beaucoup appris de ces chutes. Non pas sur le « comment » de tomber, mais plutôt, sur l’acceptation de tomber. Moi, je suis tellement pissou que je suis trop prudent et au final, ça me ralentit. Aucune chute à Massanutten, ce n’est pas normal. Définitivement que c’est une leçon que je vais retenir.

Finalement, le sommet. Et la vue sur le lac… perdu dans la brume. Encore une fois. Je me demande si un jour, je verrai ce lac par un beau soleil…

« Tu vas voir, le nouvel ajout est vraiment bien ! »

Eh oui, il y a eu deux modifications significatives au parcours cette année et l’une d’elles consiste à faire un lien direct en tre les sections du lac Gale et du mont Oak, sans passer par le quartier général. Et pour ce faire, il faut passer ailleurs, sur un terrain privé en l’occurrence.

Et sur ce terrain privé, on trouve quoi ?  Un sommet (celui du mont Oak ?) où une plate-forme avec une table et des chaises ont été installées. Wow, ça doit être vraiment écoeurant… quand il fait beau. N’empêche, juste cette vue-là marque une amélioration considérable du parcours.

Après la descente, nous aboutissons sur un chemin de terre. Pas tellement plus loin, c’est l’entrée dans le réseau de sentiers du mont Oak, dernière étape de cette aventure.

À peine entrés dans les sentiers, nous tombons sur une dame qui est là, perplexe. « Vous faites quelle course ? » qu’elle demande. Le 160 solo. Ça a toujours un effet bœuf quand on répond ça… Et vous ?

« Le 12 dans un relais et là, ça fait deux fois que je passe ici. Je n’ai pas envie d’en faire 15 ou 18, ou… ». Pierre lui dit qu’elle n’a qu’à suivre les rubans et drapeaux roses et que le tour devrait être joué. Elle ne semble pas convaincue, alors elle se met à nous suivre.

En fait, elle essaie de nous suivre parce mon coureur, commençant à vraiment sentir que l’arrivée est proche, a définitivement enclenché la vitesse supérieure. Heureusement que le sentier n’est pas trop technique, sinon je me ferais larguer !  Lui qui parlait d’un temps au-dessus des 27 heures durant la nuit, s’aligne pour terminer sous 26h30.

Juste avant de sortir du bois, nous rejoignons un monsieur qui fait également le relais. En le dépassant, je lui demande si ça paraît que mon coureur a 158 kilomètres dans les jambes. « HEIN ?!? 158 kilomètres !!! ». Hi hi hi, un autre effet boeuf !

Arrive la clairière, nous marchons la montée. Je passe un bras autour de ses épaules, un large sourire fend mon visage. C’est fini. Tu l’as encore eu, mon ami. Maudit que je suis content !

« Merci Fred, merci pour tout ce que tu as fait… »

Euh… Tu veux dire m’empiffrer, lâcher des gaz sonores à toutes les 2 minutes et t’aider à te perdre ?  Ben, ça m’a fait plaisir !  Je peux recommencer n’importe quand, tu sais…

À l’approche de l’arche, je crois reconnaître une silhouette familière. Non, ça ne se peut pas…

Mais oui : c’est mon père !  Et qui est avec lui ?  Ma sœur !  Mon dream team qui est venu me voir jouer au pacer, elle est bonne celle-là !  On leur donne des high fives en passant.

Ca achève…    (photo: Jacques Giguère)

À environ 200 mètres de la ligne, on annonce l’arrivée de celui qui sera maintenant le seul à avoir complété toutes les éditions du Bromont Ultra. Je ralentis le pas, question de lui laisser la place devant.

Son épouse Line et sa fille Marion sont là, tout sourire. Une fois la ligne franchie, Gilles, Louis et plein d’autres se joignent à nous.

Et voilà, c’est fait !  Bravo mon ami !

Ça a été un honneur de t’accompagner.

« Rien qu’à toi que ça arrive ! »

« Vous avez été piqué sur une fesse… EN COURANT ?!? »

Vacances au Parc national de la Baie de Fundy. Endroit génial s’il en est un, mis à part le fait qu’il soit situé à 1000 km de la maison. La mer, la forêt, de multiples sentiers pour tous les goûts. Le bonheur.

Toujours en mode « réhabilitation » à cause de mon foutu tendon d’Achille, je me devais de trouver un sentier relativement plat et surtout pas trop technique pour mes petites sorties puisque j’étais encore dans l’obligation d’alterner course et marche en suivant des « intervalles » précis. Le but ?  Y aller très progressivement et pour ce faire, pas d’autre choix que de mesurer chaque minute passée à courir. C’est plate, mais c’est de même.

À ma première sortie, alors que je faisais le tour du camping sur un joli sentier en poussière de pierre, je suis tombé sur un couple qui promenait un chien et… un cochon !

Trop cool. Ça se comporte comme un chien ?

« Exactement comme un chien : elle est très affectueuse, répond quand on l’appelle par son nom, elle dort avec les enfants… Vous pouvez la caresser. »

Ok, ce n’était pas un cochon, c’était une truie. Peu importe, je l’ai appelée pendant qu’elle sniffait un peu partout autour. Elle s’est approchée en remuant la queue et a semblé apprécier les caresses. Comme un chien. Un peu bizarre, je dois dire. mais tellement cute !

Le monsieur portait un t-shirt de Boston. Il me semblait qu’il avait l’air d’un coureur, aussi… On a un peu jasé course, puis je suis reparti. Quelques minutes plus tard, je trouvais mon terrain de jeu pour le séjour: le sentier Cheval noir. Genre mont St-Bruno avec quelques montées et descentes, mais pas technique. C’était ce que je cherchais.

J’y suis donc retourné, à tous les deux jours. Le dimanche, peu de temps après avoir terminé, une douleur a fait son apparition sur ma fesse droite. Après quelques tergiversations (je ne sais pas pourquoi, mais on obsède avec les tiques cet été…), nous avons déterminé que ça devait être une piqûre de mouche à chevreuil et que ça allait probablement être disparu le lendemain.

Lundi, c’était pire. Mardi, juste l’effleurement de mes shorts de course sur la piqûre envoyait des décharges électriques partout dans mon corps. Je vous épargne les 1000 km de conduite automobile pour le retour à la maison…

C’était définitivement infecté. Pas le choix, fallait voir un médecin. Ben oui Chose, un médecin. Au Québec. Je n’étais tout de même pas pour aller sécher 16 heures à l’urgence… J’ai finalement réussi à obtenir un rendez-vous dans une clinique « sans rendez-vous »  (avis à mes amis européens: ça n’a aucun sens, je le sais, mais c’est comme ça ici) pour le lendemain.

C’est quand j’ai raconté à l’infirmière au triage (un triage quand on a un rendez-vous ?  Toujours pas de sens…) qu’elle a posé la question qui tue.

Dans son visage, j’ai lu toutes sortes de choses. Genre qu’elle s’imaginait le vieux bonhomme assis devant elle courir en costume d’Adam, sa baguette qui battant la mesure. Une-deux, une-deux, une-deux…

Je l’ai tout de suite rassurée : je portais des shorts, mais le sous-vêtement intégré a tendance à remonter, exposant mon postérieur aux attaques potentielles. Un taon ou une mouche à chevreuil ne s’est pas gêné.

Mon histoire a semblé la soulager un peu.

J’avoue avoir été un peu surpris par le médecin qui m’a « reçu » peu après. Jeune trentaine, il me tutoyait gros comme le bras et n’était pas des plus sympathiques. Plutôt différent des médecins que je vois habituellement qui sont hyper-gentils et qui me vouvoient alors qu’ils sont plus vieux que moi. En fait, j’ai même failli lui demander si on avait déjà élevé les cochons ensemble (tant qu’à être dans le thème), mais bon, c’est lui qui tenait la clé de la guérison de mon bobo, alors j’allais passer par-dessus.

« Un coureur, hein ? Hum… Étends-toi sur la table, on va regarder ça. ».

Je me sentais dans un épisode des Beaux malaises. Ça faisait quoi que je sois coureur ? Quand il s’est mis à gosser après la piqûre, on aurait dit que toutes mes terminaisons nerveuses liées à la douleur étaient concentrées sur ma fesse droite. Mal, vous dites ?

« C’était probablement un piqûre d’insecte. Il y avait un [ne me demandez pas de répéter], je l’ai enlevé, ça devrait être plus confortable. Mais c’est infecté, ça va te prendre des antibiotiques. »

Et voilà, une semaine d’antibiotiques, le tout accompagné d’une petite crème à appliquer et pansement à changer deux fois par jour. Vous avez déjà essayé de courir sous antibiotiques ?  Et de changer un pansement sur une fesse alors que vous êtes au bureau ?

La joie. Heureusement que ça se termine demain.

Le mot de la fin à ma douce : « Y’a bien rien qu’à toi que ça arrive ! ».

Pas mal trop de rose

Ça a débuté avant même que je commence à courir, durant de mon premier été à travailler au centre-ville, il y a plusieurs années. Incapable d’endurer une journée ensoleillée au bureau sans avoir bougé auparavant, je m’étais mis à voyager en vélo. Ça prenait à peine plus de temps, je n’avais pas à vivre l’enfer du transport en commun en plein été et surtout, j’avais l’impression de ne pas « perdre » une belle journée.

Comme l’entreprise qui m’employait à l’époque ne disposait pas de vestiaires/douches, je m’étais pris un abonnement à rabais dans un gym. Apprenant cela, un collègue m’avait fait la remarque que ça me reviendrait plus cher que le transport en commun. Comme si je faisais ça pour économiser… Il y a autre chose que l’argent dans la vie, non ?  C’est fou le nombre de niaiseries dans le même genre que j’ai entendues de la part de gens qui tentent de se justifier parce qu’ils se sentent coupables de ne pas bouger. Certains ne comprendront jamais que je ne fais même pas ça pour me mettre en forme, je le fais parce que j’aime ça. Et surtout, je déteste rester enfermé quand il fait beau.

En tout cas, peu importe, il avait tort de toute façon et pour lui en faire la preuve, je me suis mis à utiliser un marqueur rose pour indiquer sur le calendrier les dates où j’avais enfourché mon vélo pour venir au travail. Pourquoi avoir choisi le rose ?  Euh… Parce que c’était ce marqueur-là qui traînait ce matin-là ?

Au fil des années, ce petit rituel s’est poursuivi. Quand je me suis mis à la course, je marquais les jours où je courais en jaune. Ainsi, en un coup d’œil, je pouvais « apprécier » les semaines, les mois, les années. Disons que quand ça va bien, il ne reste pas beaucoup de dates en blanc une fois un mois terminé.

Depuis Massanutten, mon calendrier a pris une tendance rose. Très rose.

C’est que voyez-vous, comme c’est mon habitude, j’ai voyagé à vélo au bureau dans la semaine qui a suivi la course. Je laissais ainsi tomber mes traditionnelles sorties au mont Royal question de faire un peu de récupération active. Puis le samedi, toujours suivant mes habitudes, je suis parti faire une petite sortie. Juste un petit aller-retour au parc, environ 11 km mollo.

Au début, rien à signaler. C’était dur, mais bon, c’était normal vues les circonstances. J’avançais sans me presser, appréciant le moment. Puis, rendu au point le plus éloigné de mon parcours (c’est toujours comme ça), j’ai soudainement ressenti l’équivalent d’une vive douleur de tendinite au niveau du tendon d’Achille droit.

Quessé ça ?  Un tendinite « subite » ?  What the f… ?

C’est tant bien que mal que je suis revenu à la maison. Ok, j’avais peut-être repris un peu tôt. J’allais prendre quelques jours supplémentaires, mettre de la glace… et faire du vélo.

6 jours plus tard, la douleur étant disparue, je suis reparti. Je n’étais pas rendu au coin de la rue que le tendon se lamentait. Le déni entra alors dans la danse. Il va se réchauffer que je me disais, ça va finir par être correct.

Bien que c’était endurable après une dizaine de minutes, la douleur a fini par revenir sournoisement s’immiscer dans le processus, si bien que c’est finalement à la marche que je suis retourné à la maison.

Pas le choix, je devais retourner voir Annie-Claude, ma physio. Pas que je ne l’aime pas, au contraire, mais bon, je parvenais à survivre sans elle, mettons.

En gros, elle m’a dit mon corps n’était pas prêt à subir l’épreuve que je lui ai fait subir (oh surprise !). Après une année 2017 de misère, j’avais réussi à reprendre une forme tout à fait acceptable, mais ça prend plus que de la forme physique pour faire un ultra. Pour faire image, il faut que les fondations de la maison soient solides. Elles ne l’étaient pas assez et se sont fissurées. La maison était demeurée intacte en apparence durant la course, mais après…

Bref, dans ce cas précis, le mollet n’étant pas assez fort, c’est donc le tendon d’Achille qui en a subi les contrecoups. D’où la tendinite subite.

La cassette de l’an passé recommença alors à jouer: exercices à faire, zéro course pour une semaine avec possibilité de retour progressif par la suite. C’était le jour de la marmotte.

Pour le deuxième rendez-vous, étant serré dans le temps, j’ai dû me rendre en marchant très. Arrivé sur place, ma cheville était légèrement enflée. Ça ne regardait pas bien.

J’avais malheureusement raison. Je devais poursuivre avec les exercices, on allait se revoir dans deux semaines. Et toujours pas de course. « Pour le vélo, pas de problème ». Ce serait bien le bout de la m… Ça fait que le rose s’accumule sur le calendrier…

Pour la petite histoire, je n’ai jamais montré ledit calendrier au collègue en question.

Massanutten: la bête et moi

Revoir mon père m’avait fait du bien et c’est le cœur léger que j’ai entrepris cette interminable section. Et quoi de mieux qu’une belle montée pour nous mettre de bonne humeur ?

Sauf que lentement, mais sûrement, le travail de sape de la bête s’est opéré. Des coureurs me rejoignaient et me laissaient sur place dans les (nombreuses) parties techniques, la chaleur montait tranquillement. Toutefois, l’avantage d’avoir à dealer avec un parcours transformé en marécage était qu’on pouvait facilement se rafraîchir. J’ai donc sorti mon chiffon J (j’en ai toujours un sur moi) pour le tremper dans l’eau et en répandre sur mon visage, mes bras. Ha, sur la tête, ça allait faire du bien…

(** BLAPHÊME QUÉBÉCOIS À TROIS SYLLABES**) !!!

« Man are you ok ?!? »

Du con, j’avais oublié la frontale qui trônait sur ma tête. En enlevant ma casquette, elle s’est envolée pour aller s’ouvrir sur une roche. Et bien sûr, les piles sont toutes sorties de leur socle. Calv…

J’ai rassuré mon poursuivant, j’allais bien. Mais s’il pouvait m’aider à retrouver les piles… C’est lui qui a localisé la dernière, qui reposait dans le fond d’un trou d’eau. Thanks man.

Par miracle, la lampe qui semblait démolie après sa mésaventure fut facile à rassembler et était fonctionnelle. Ça n’aida toutefois pas mon moral, qui était à son plus bas. J’en avais marre de toutes ces roches, de toute cette eau. Je savais ce qui m’attendait et je n’avais pas envie de me le taper. Et si j’arrêtais à Roosevelt ?  Je pourrais prendre une bonne bière, une nuit normale de sommeil et demain, on aurait la journée complète pour visiter Washington. J’aurais fait 103 kilomètres, ce serait tout de même très bien comme « retour au jeu », non ?

De toute manière, à quoi ça rime, ces courses de 100 miles ?  On passe 25-30 heures dans les sentiers, on scrape des fins de semaine entières (et même plus) pour ça. Pourquoi pas 50 miles ?  Ou 100 kilomètres, tiens. C’est le même feeling, mais sans avoir à passer la nuit debout. À moins que je retourne aux marathons ?

Cette dernière idée m’a sorti de ma torpeur. Retourner aux marathons, TU ME NIAISES ?  Courir après un temps, après une performance, te stresser pour le moindre changement dans les conditions, ça te tente vraiment ?  No way. No. Fucking. Way. Tenir tête à cette petite voix intérieure qui te dit d’arrêter, continuer quand ça fait mal, quand ça ne te tente plus, c’est ça qui t’allume. Pas un foutu parcours plat sur l’asphalte. Ça fait qu’arrête de chiâler pis avance !

J’avais donc repris un peu de poil quand je suis arrivé à Camp Roosevelt (mile 63.8). Une mauvaise nouvelle m’y attendait, cependant : Martin B était là et n’avait plus de dossard. Il m’avait dépassé sur le chemin de terre en début de course et je ne l’avais plus revu. Je croyais qu’il voguait confortablement devant, mais non.

« Si t’as vu du vomi dans les sentiers, c’était le mien. 30 kilomètres à vomir, j’en ai eu assez. »  Ouais, on peut comprendre. Pour la petite histoire, non, je n’avais pas vu ses « éruptions », mais par contre, il y avait pas mal de bouses en chemin. Ours ou chevreuil ?  Hum…

Compte rendu de mon père : « Pierre et Joan ont dit qu’ils marchent beaucoup et qu’ils ne courent plus vraiment. Au mieux, ils trottinent. » On était dans le même bain. Je faisais exactement la même chose. Si je pouvais parvenir à les rejoindre, ce que ce serait cool de faire la course à trois…

« Et toi, ça va toujours ? ». Je l’ai mis au courant de mes idées d’arrêt prématuré, de journée à Washington, etc., mais que là, j’étais bien décidé à terminer. Sa réponse : « Laisse faire Washington… ». Le petit mot d’encouragement dont j’avais de besoin. Je me suis demandé sérieusement comment les autres font pour  faire un 100 miles sans crew

Avant de partir, j’ai laissé mes instructions : j’allais procéder à un (dernier) ménage de mes pieds à Gap Creek, vu que je prévoyais du plus sec (moins humide) par après.

Je riais d’ailleurs tout seul en reprenant les sentiers. Je songeais à Vincent qui nous avait demandé à nous, les « anciens », à quel endroit prévoir un changement de souliers. Pierre et moi avions insisté : à Gap Creek, puisque la section que j’allais me taper était souvent très détrempée. Je me demandais bien ce qu’il pouvait en penser à ce moment précis, vu qu’il y avait de l’eau pour ainsi dire… partout.

À ma surprise, la section débutait sur un beau petit sentier facile et relativement sec. Ben voyons… Puis arriva un torrent à traverser et l’horreur m’est apparue : de l’autre côté, le sentier, habituellement transformé en ruisseau, était devenu une rivière. Parmi les roches, bien évidemment.

J’ignore sur quelle distance j’ai remonté le courant (ma Suunto avait rendu l’âme, je m’étais trompé dans les réglages), mais c’était long. Très long. Et quand la pente s’est accentuée, l’eau avait été remplacée par des grosses roches. Tellement grosses qu’elles empêchaient une progression rythmée, même en montée.

C’en était trop. Le vaisselier de l’église y est passé au grand complet, dans l’ordre et le désordre. Avoir à choisir mon chemin en montée, j’HAÏS ça !!!

Et que dire de la descente qui nous amenait au ravito ?  Longue, boueuse, mouillée, hyper glissante. Pénible au possible. Surtout avec l’obscurité.

De l’autre côté du petit pont, une surprise m’attendait : assis près du feu, pieds nus avec ses souliers à ses côtés, Joan me fit un petit signe de la main. Il avait l’air crevé. Avait-il abandonné ?

Mon père me mit au courant : il voulait abandonner, mais comme j’étais une trentaine de minutes derrière, on l’avait convaincu de se reposer et de m’attendre, que je le « prendrais » au passage.

Joan qui avait besoin de moi ?  Ici ?  Wow.

Dans les événements, mon père avait oublié pour mon changement de souliers. Pas grave, on le ferait à Visitor Center. « Certain ?  Je peux aller chercher ça dans l’auto, ça va prendre 2-3 minutes ». Ben non, ça pouvait attendre. Mes pieds étaient bien mouillés de toute façon.

Après avoir bouffé un peu, je me suis approché de Joan. Un bénévole a vu mon numéro et s’est mis à m’expliquer qu’il m’attendait, qu’il allait repartir avec moi, etc. Oui oui, je sais. Vous savez, le dialecte bizarre qu’on utilise, ça sert à communiquer. Oui, oui, je vous le jure… C’est qu’il était intense. Pas vraiment l’environnement idéal pour se reposer.

Pis, tu repars avec moi ? Prêt à y aller ?

Son visage était marqué par la fatigue, probablement plus mentale que physique. Son non-verbal au complet me disait qu’il en avait ras le pompon. Pourtant, il a remis ses chaussures, s’est levé, a enfilé son imper, puis pris un selfie. C’était un petit projet qu’il avait : prendre un selfie à chaque ravito, question de voir son « évolution ».

« Vous en avez pour au moins 4 heures, non ? ». Devant nous, 8.5 miles épouvantables, probablement les pires du parcours. Des roches, des roches, encore des roches. Pas moyen de prendre un rythme, surtout dans la nuit. Au moins, il n’y aurait pas d’eau. J’ai répondu à mon père que ce serait plutôt entre 3 et 4 heures.

On commençait par la fameuse montée Jawbone.

« Le rythme est bon ? ». En fait, il était pas mal. Pas mal du tout, même. Pour un gars au bord de l’épuisement, Joan avait un foutu bon pas. Arrivés aux fameuses assiettes à tarte (celles qui indiquent de tourner à gauche si on a 70 miles dans les jambes ou de poursuivre tout droit si on en a 98), il m’a lâché : « J’ai hâte de repasser ici…». Bonne nouvelle : il prévoyait terminer. À moi de le garder positif.

« C’est accueillant…»

Devant nous, ni plus ni moins qu’un tas de roches. C’est ça qu’ils appellent un sentier ? Ça faisait la troisième fois que je me tapais cette course à la con… Qu’est-ce que je ne comprenais pas, donc ?

« J’en ai plein le c… des cailloux !!!  Est-ce trop demander de pouvoir mettre les pieds à plat sur le sol ? ». Puis, après un silence, c’est sorti: le gros mot à trois syllabes.

Ouin, il est vraiment écoeuré… Mais je parviens à trouver du positif à tout ça et lui fais remarquer qu’il n’est pas totalement exaspéré puisqu’il a sacré en québécois. S’il avait juré en français, alors là…

Ma remarque le fait rire un peu, mais ne réussit pas à le réveiller. Il est dans le même état que j’étais en 2015, alors que je suivais Pierre tant bien que mal : il est très, très fatigué. Il dort debout. Et quand ça arrive, on dirait qu’on ne parvient juste pas à s’en sortir. Petite pause sur un tronc d’arbre, nous éteignons nos lampes. Juste un petit 5 minutes, ça pourrait faire la job comme ça m’avait aidé à Eastern States.

Quand nous reprenons, il ne semble pas mieux. « Ça te dérangerait si je prenais un peu de temps pour dormir au ravito ? ». Pas de problème, je suis payé à l’heure. Je lui souligne toutefois qu’un ravito, c’est souvent bruyant, alors ce serait peut-être mieux qu’il dorme ici, dans le bois…

Puis je pense au RAV4. Pourquoi ne pas dormir dans l’auto, un peu à l’écart ? L’idée l’enchante au plus haut point. Probablement que ça l’exclura théoriquement de la catégorie «solo », mais je pense qu’il s’en fout éperdument.

« Ça descend, ça descend… Le ravito doit être proche. ». Peut-être, mais il y a tout de même un bout sur la route à faire. Dans mes souvenirs, il était descendant, on pourra peut-être le courir…

Mauvais souvenirs : c’est un long faux-plat ascendant. Joan m’avouera plus tard qu’une fois rendu là, il s’est laissé aller à carrément dormir debout. Des autos passent, je me demande bien ce qu’ils peuvent bien foutre dans un tel coin perdu à cette heure de la nuit. Seule explication plausible : ce sont des crews.

On essaie de trottiner ?  Il parvient à remettre sa machine en mode course, mais ça fait mal. À moi aussi, d’ailleurs. Des bruits de voitures roulant à bonne vitesse parviennent à nos oreilles. On hallucine ou pas ?

On n’hallucine pas : le ravito est proche. Mon père semble surpris de nous y voir si vite. Et pourtant, cette section est tellement pénible. Joan lui demande aussitôt s’il peut utiliser le véhicule pour faire un petit somme de 15 minutes.

Pour ma part, je vais profiter de cette pause pour procéder à un dernier ménage de mes pieds. Ouille, juste enlever les souliers fait mal, pas hâte de voir le reste.

Pas si pire, pas si pire. Les pieds sont évidemment blancs, mais j’ai une seule « vraie » ampoule, sur le petit orteil du pied gauche. Je me mets en frais d’essayer de la péter me pesant dessus. Elle résiste. Dans ma trousse de premiers soins, un tube d’onguent. Peut-être qu’en prenant le coin… Nope. Le petit pointu qui sert à percer le sceau du tube ? Rien à faire. Finalement, une paire de ciseaux médicaux parvient à percer la forteresse, faisant gicler un petit jus bizarre.

Bon, faut taper ca maintenant. Diachylon ? Ça ne colle pas. Tape médical ?  Pas mieux. Et puis merde, le bon vieux duct tape. On fait tout avec du duct tape. Même réparer des pieds maganés.

Coup d’œil à ma montre : ça fait un bon 20 minutes qu’on gosse après mes affaires et pas de trace de mon partenaire. Après avoir difficilement renfilé mes souliers, je me dirige en boitant vers le RAV4. Joan y est toujours bien étendu. Je cogne à la fenêtre, ouvre la portière. Il se réveille brutalement, il semble perdu. Je l’ai définitivement sorti d’un sommeil profond. Il sort son téléphone, regarde l’heure et me dit qu’il lui reste 4 minutes. Peut-il les prendre ?  Euh, oui, on n’est pas pressés… Mais comment peut-il lui rester 4 minutes alors qu’il était supposé en dormir 15 et que j’en ai pris plus de 20 pour changer de souliers ?  Bah, peu importe…

Je me dirige donc vers la table en attendant son retour. Le bénévole me fait l’inventaire de ce qu’il y a à bouffer. Quand il prononce les mots « bear claws », mon attention est attirée. C’est quoi ça, des « bear claws » ?  Pas des maudites pattes d’ours à la mélasse, toujours ?

Non, ce sont des espèces de grosses brioches. J’y goûte. Hum, c’est bon, mais dans le genre optimisation du sucre et du gras dans le même « aliment »… Bah, j’ai besoin de calories, non ?  Je finis par l’engouffrer au complet.

Joan se pointe alors qu’un petit crachin s’est mis à tomber. Il porte son imperméable avec le capuchon attaché bien serré sur sa tête. Son petit somme ne semble pas l’avoir aidé, on dirait même qu’il a eu l’effet inverse. Il s’enquiert des sections à venir. « Il y a des cailloux ?». Je ne peux pas lui mentir. Il y en a moins que ce qu’on vient de se taper, mais oui, il y en a. Pas le choix, on est à Massanutten. Par contre, ils sont surtout dans la montée.

« C’est quelle distance ? ». 3.5 miles jusqu’à Bird Knob. Tu sais, Bird Knob, le ravito avec le bourbon ?  Ça lui rappelle quelque chose, mais ça lui rappelle surtout que les crews n’y ont pas accès. « Et après ? ». À peu près 6 miles pour revenir à Picnic Area, juste à côté d’ici.

« On est rendus où ?». Mile 78. « Encore un marathon… ». Ouais, je sais. J’ai envie de lui dire à la blague que pour lui, c’est moins de 3 heures, mais mon petit doigt me dit qu’il n’est pas dans le mood

Il a les mains sur les genoux et soupire profondément. Je sais qu’il lui reste encore du jus, il lui faut juste se motiver. « Ha non, je n’ai plus de fun. Je n’ai pas eu de fun dans la dernière section. J’arrête. ».

C’est dans ce genre de situation que j’aimerais être plus émotif et moins cérébral. J’aimerais tellement être capable de trouver les mots et le ton pour l’encourager, le motiver à poursuivre. Quitte à embellir la situation et lui dire que le pire est vraiment passé. Mais je ne suis pas comme ça. Je lui expose les faits. Lui parle de regrets. C’est ça le plus important : va-t-il avoir des regrets ? « Non, pas de regrets. ». Certain ?  Le voyage de retour, c’est long en ta… quand on a des regrets. « Non. ». En dernier recours, je sors le conseil qu’il donnait jadis dans ses conférences : toujours faire 200 mètres après un ravito avant de décider d’y abandonner. Sa réponse, sans équivoque : « Je voulais abandonner à la dernière station et j’ai fait plus de 8 miles. J’ai eu le temps d’y penser. ».

Et avec un geste tout simple, il retire son dossard et le remet au capitaine du ravito. Voilà, c’est terminé pour lui. Je lui donne l’accolade, tellement désolé de ne pas avoir pu l’aider plus…  Il passera les 4 prochaines heures à dormir sur le siège du passager de mon RAV4.

« Et toi, ça va ? Penses-tu finir ?».

Mon papa qui se pose la question, fort légitime. Honnêtement, je vais plutôt bien. Mes jambes font évidemment mal, je n’ai plus de vitesse et je n’ai aucune envie de me mettre à bouffer le parcours. Mais je ne m’endors pas du tout.

Je m’engouffre seul dans les bois. Dans ma tête, les « Et si… » se mettent à défiler. Et si j’avais été plus émotif ?  Et si je lui avais dit qu’on les prendrait une par une ?  Et si je lui avais suggéré de se reposer un peu et d’attendre le passage de Pat et/ou Gilles ?  Et si… ?

Un mur me sort de mes pensées. La montée vers Bird Knob (mile 81.6) est particulièrement difficile. Très abrupte, tout aussi rocailleuse, chaque pas doit être planifié, calculé. Dire que la progression est lente serait un euphémisme.

Une fois en haut, je ressens un petit coup de fatigue. Ho merde… Il reste encore quelques heures avant le lever du soleil, va falloir que je tienne jusque là sans tomber. J’engouffre un (autre) gel à la caféine, en espérant que ça fasse un tant soit peu effet. Je me fais rejoindre et dépasser par une fille et sa pacer. Avoir quelqu’un de frais pour placoter, ça m’aiderait peut-être à demeurer éveillé…

Arrive le ravito, réputé comme le plus dynamique de la communauté. Des bénévoles qui sont sur le party, belle façon de se faire réveiller, non ?

Ouin, le « party » est assez tranquille merci. Les trois bénévoles semblent aussi, sinon plus amorphes que moi. L’une d’entre eux essaie tant bien que mal de m’aider, mais elle semble si fatiguée… J’aperçois la bouteille de bourbon sur la table, elle n’a l’air d’intéresser personne. Je repars avec une drôle d’impression d’inachevé.

Ok, petit bout sur chemin de terre en descente, on va essayer de courir. Ouille, ça fait mal !  Mais je tiens le coup. Il faut bien courir de temps à autre si on veut finir par finir…

Hein, c’est quoi ça ?  Mon intestin qui m’envoie des signes ?  Nah, impossible !  J’en ai déjà parlé, bien que ça me soit souvent arrivé (surtout dans mes premières années) à l’entraînement, jamais je n’ai eu à « faire le vide » durant une course. Jamais. C’est comme si mon corps se « faisait à l’idée » et attendait que je sois dans de bonnes dispositions pour réclamer son dû.

Ça va passer, c’est juste une fausse alerte.

Finalement… Pas le choix, je dois soulager la pression. Et rapidement en plus. J’entreprends donc de quitter la route et de descendre dans le bois, à l’abri des regards. Une fois l’endroit approprié (façon de parler) déniché, petit problème technique : comment s’accroupir quand on a plus de 130 kilomètres et 6000 mètres de montée (et tout autant de descente) dans les jambes ?  Heureusement, j’avais lu sur le sujet (dans le monde des ultras, on retourne à la base et on trouve un paquet de trucs) : un arbre jouerait un « rôle de soutien », si on peut s’exprimer ainsi.

Tout se passe bien jusqu’à la partie « finition ». On fait comment, au juste ?  Disons que le papier se fait rare dans les parages… Je me résigne à utiliser mon chiffon J, quitte à le nettoyer dans un trou d’eau plus loin… en me jurant de ne plus l’utiliser pour m’éponger le visage !

Ok, ni vu ni connu, je remonte vers le chemin et reprends ma route. Mais comment se fait-il que ce soit arrivé ?  Ai-je changé quelque chose dans mon alimentation depuis le départ ?  Tout en progressant, j’identifie les coupables potentiels: au cours des dernières heures, j’ai absorbé plusieurs quartiers de melon, 3 ou 4 gels de sirop d’érable et bien sûr, la bear claw. Toutes des choses que je n’ai pas l’habitude de prendre en course. Hum…

Je serais très curieux de faire cette section de 6.4 miles menant à Picnic Area (mile 87.9) de jour, avec des jambes fraîches. J’ai comme l’impression qu’elle ne serait pas si pire. Mais là… Elle me semble longue, mais longue…

Heureusement, le soleil commence à vouloir se pointer et avec lui arrive un petit regain d’énergie. Pour la première fois, je verrai ce ravito à la lumière du jour. C’est effectivement une aire de pique-nique, pas tellement grande. En fait, c’est juste ça, il n’y a rien d’autre. Je me demande bien pourquoi ils ont décidé de construire ça ici…

Au son d’un bon vieux rock, mon père et moi procédons au remplissage de mon réservoir. C’est cool comme endroit quand on n’est pas complètement pété… Je lui raconte mes mésaventures en riant et prends des nouvelles de Joan: il dormait profondément quand mon père a quitté le RAV4, 30 minutes auparavant.

« Tu tiens toujours le coup ?». Ouais, je dirais. J’ai déjà filé mieux, mais j’ai également déjà filé pas mal moins bien (particulièrement à cet endroit même, en 2015). D’ailleurs, pour la première fois, les 8.9 prochains miles ne me font pas peur. C’est l’avantage d’avoir pris un peu plus de temps que prévu : ça se fera entièrement à la lumière du jour.

Après avoir donné rendez-vous dans trois heures à mon papa, je « m’élance » vers Gap Creek II (mile 96.8). Dès le début de la section, je me mets en frais de trouver où j’ai bien pu déglutiner lors de mon premier passage ici jadis. Là ?  Là, peut-être ?  Ou bien là ?  On a des drôles de pensées quand on passe une journée complète dans les bois…

S’il y a des bouts plus faciles, Massanutten demeurant Massanutten, on finit toujours par tomber sur des roches. Ce qui m’amène, invariablement, à ressortir mon bon vieux blasphème à trois syllabes. C’est toujours rassurant de pouvoir compter sur lui dans les moments difficiles.

Ouais, 8.9 miles, c’est long. Je regarde ma montre fréquemment, espérant voir le temps passer. Ce sont plutôt d’autres coureurs, accompagnés de pacers, qui passent. Puis, extase, le chemin de terre. Hallelujah !

Ok, à partir de maintenant, plus personne ne me dépasse. Vous avez compris ?  Plus personne !

Je me mets au pas de course et parviens à reprendre deux coureurs qui m’avaient dépassé dans les sentiers. J’essaie de ne pas me faire d’illusions quant à la proximité du ravito, mais quand j’aperçois une pancarte « Runners on the road », je sais que je suis proche.

J’arrive à Gap Creek pour la deuxième fois. (photo: Jacques Giguère)

Enfin, le voilà. J’y suis parvenu 20 minutes plus rapidement que prévu. Mon père m’y accueille pour un dernier remplissage. « Ça va toujours ? ». Oui, rien à signaler. Mon chrono m’indique que les 30 heures sont inaccessibles, mais  que je devrais terminer en moins de 31. Petite photo avant de quitter et on se revoit à l’arrivée.

Et j’en repars. (photo: Jacques Giguère)

Montée Jawbone, prise 2. En haut, des voix. Objectif : les rejoindre.

La montée est déjà difficile en partant, ajoutez qu’il commence à faire chaud… Un premier coureur me cède le passage au tournant d’un switchback. Je parviens à en rejoindre deux autres tout juste en arrivant en haut, à l’assiette à tarte « 98 miles » indiquant le chemin à suivre. Pliés en deux, à bout de souffle, ils me font signe de passer. Je leur réponds : « Are you sure ?  I’m a horrible downhill runner ». La réplique de l’un d’eux : « I’m a horrible runner, period. »

Je la trouve bonne et la ris de bon cœur en entamant la descente. Je ne ris toutefois pas longtemps. Je me souviens quand Pierre m’avait dit au début de cette partie : « Ils vont nous avoir tenus jusqu’au bout, hein ? ». Il parlait des roches, bien sûr.

Ha là je n’en peux plus. Je suis à bout, complètement à bout. Les jurons bibliques sortent de ma bouche à une fréquence vertigineuse. Plus jamais on me reverra ici !  Plus jamais !!!

Habituellement, quand on fait ce genre de promesse, ça veut dire « À l’an prochain !». Mais là, j’en ai vraiment plein le derrière. Pus capable, juste pus capable.

Arrive finalement le chemin de terre qui me ramènera au point de départ, qui est également le lieu d’arrivée. Je me remets au pas de course. Mes jambes ne me permettent pas une cadence d’enfer, mais j’ai ce qui me semble un bon rythme. Et encore une fois, je ne me fais pas d’illusion : ce sont environ 4 miles que je dois parcourir. C’est long, même sur la route.

Je progresse, fin seul, et ça me convient. Finalement, devant moi, je vois une dame qui avance avec des mouvements de course, mais à la vitesse de quelqu’un qui marche : il ne lui reste plus rien dans les jambes.

J’avoue trouver ça un peu plate de dépasser quelqu’un tout juste avant la fin comme ça et je songe  à ralentir pour l’attendre. Mais merde, c’est qu’elle n’avance pas… Et puis, double merde, ce chemin de terre fait partie du parcours autant que les maudites sections rocailleuses et bon, elle ne m’a pas attendu auparavant, ça fait que… je passe en coup de vent, lui disant que ça achève. Elle me répond en marmonnant. Ce que j’ignore à ce moment, c’est qu’elle est en train de terminer son 17e Massanutten. Respect.

Je parviens à l’asphalte, puis à l’entrée du camp de vacances. Dernière montée, que je fais en marchant sous les encouragements des passagers des autos qui me dépassent. Ça achève, ça achève…

Dernière descente dans un sentier, Pas commode après 103 miles. J’entends le ruisseau en bas. Je sors du bois. « Fred ! C’est Fred !!! ». Ce sont Guy et Éric qui m’attendent.

« Surgissant » du bois… (photo: Éric Côté)

Voyant Éric là, j’en viens à la conclusion que Vincent a eu des problèmes. Ha, c’est poche…

« Viens-t’en, on va te rejoindre à l’arrivée ! »

Je débouche dans la clairière. Mini-commotion chez les Québécois, la voix de Joan… Ça y est, je suis rendu. C’est un long, très long périple qui m’a amené jusqu’ici. Périple qui a débuté en décembre 2016, devant Habitat 67, quand mon ischio s’est déchiré. Maudit que j’en ai passé du temps à essayer de guérir… Et j’ai douté, Dieu que j’ai douté. À un moment donné, j’ai pensé que les longues distances, j’allais devoir oublier ça. « Tu pourrais faire des 10 kilomètres » m’a déjà dit un collègue de travail. Aucun intérêt pour moi : il n’y a pas de dépassement, pas de satisfaction à courir 10 kilomètres en faisant attention pour ne pas me blesser. Quand on vise un temps, oui, mais quand on court sur les breaks… Si je mettais une croix sur les longues distances, je le faisais également sur la compétition. Point à la ligne.

Mais je suis là, dans ce champ encore gorgé d’eau malgré le soleil qui plombe. Devant moi, la banderole d’arrivée. J’entends les boys qui m’encouragent. J’arrête le chrono à 30:38:37. Bien loin de mes meilleures performances, mais je suis là, c’est le principal.

C’est fini ! (photo: Jacques Giguère)

Martin étant Martin, il devance Kevin, le directeur de course, pour me féliciter. Kevin me dit que j’ai l’air bien, je lui réponds que c’est juste un air que je me donne, ce qui fait rire les gars. Qui sont nombreux, il me semble…

Alexandre a un gros pansement sous le nez, il a dû s’arrêter au 54e mile. Vincent s’est arrêté après 64 miles, les pieds détruits par les conditions. Gilles, de son côté, s’est arrêté comme Joan (qui abhorre un superbe sourire, ça me rassure), après 78 miles. Puis Pierre m’apprend qu’il a également dû abandonner parce qu’il s’est perdu peu après le 82e mile. C’est un bon samaritain rencontré par hasard sur une route qui l’a ramené au quartier général de la course. Il nous raconte son histoire hors du commun ici.

Toutes ces informations s’accumulent dans mon cerveau et j’ai de la difficulté à bien cerner tout ce qui s’est passé. C’est Pierre-Michel qui me fait réaliser : « T’es le troisième finisher québécois. » Hein ?  Ce n’est pas possible…

Et pourtant oui. Pierre-Michel a terminé quatrième en 22h03 (record québécois) et Martin, quatorzième en 25h44 (quand je disais qu’il allait me mettre 5 heures…). Et c’est tout. Ouch !

Avant de m’emparer de la bière que Pierre-Michel me tend, je serre mon père dans mes bras. Il a eu une grosse job de crew à faire cette année, je lui dois fière chandelle. Sa faculté à me suivre comme ça m’étonnera toujours. Merci encore, papa.

Un septième 100 miles pour notre duo

Nous attendrons l’arrivée de Serge (31h44), puis celle de Steve et Pat (31h58) avant de quitter. Être là pour les copains, c’est super important. En allant chercher mon buckle, je remercierai encore une fois Kevin pour sa course, puis nous quitterons.

Serge a l’air content d’avoir fini lui aussi… (photo: Éric Côté)

Steve et Pat ont suivi peu après (photo: Éric Côté)

Petit regard derrière. Serai-je assez con pour revenir ?

Massanutten, avant la bête

J’entends au loin la voix de Joan, qui s’est emparé du micro pour annoncer mon arrivée en français. Les derniers hectomètres du parcours du Massanutten Mountain Trail 100 étant arrangés pour que les gens qui attendent les coureurs à partir de la tente du quartier général de la course puissent les voir arriver, mon apparition dans la clairière a créé une mini-commotion chez mes amis québécois.

Je souris. Voilà, c’est fait. Tous ces traitements que j’ai subis. Tous ces exercices qu’on m’a prescrits et que j’ai faits, religieusement. Et tous ces étirements… Deux fois par jour, tous les jours. Tout ça pour ce moment. Pour être là, pour pouvoir le vivre, encore une fois.

Profites-en vieux, tu l’as mérité.

Récit d’une course pas comme les autres.

***

(** BLASPHÊME À TROIS SYLLABES **)  !!!

Bien que j’ai bel et bien laissé sortir le gros mot préféré des Québécois à maintes reprises depuis le départ, il ne provient pas de ma bouche cette fois-ci. En fait, il me surprend un peu puisque je n’aurais pas pensé qu’il puisse être lâché avec un tel naturel par Joan, mon compagnon de course. Un « beau » sacre en bonne et due forme, prononcé sans la moindre teinte d’accent français, quelque part dans l’infernale section de roches qui relie les stations Gap Creek I (mile 69.6) et Visitor Center (mile 78.1).

Sa présence à mes côtés à ce moment de la course est également surprenante. Surtout qu’il avait pris le départ en première ligne, avec les meilleurs. Pour ma part, j’étais parti un petit peu en retrait et, apercevant mes comparses Pierre et Martin devant sur la route, je m’étais mis à leur poursuite.

11 des 13 Québécois quelques minutes avant le départ… pendant que nous avions encore le sourire (photo: Éric Côté)

Rapidement, j’ai constaté qu’ils étaient dans un bon jour et comme je m’étais juré de la jouer « en dedans », après avoir placoté un peu, je m’étais mis à la marche dans une des montées du chemin de terre qui nous menait aux premiers sentiers. À demain les boys !

Vu mon entraînement relativement limité qui suivait une année où ma « base » s’était effritée à cause des satanées blessures, je m’étais fixé un objectif plutôt modeste pour cette course: faire un top 10… chez les Québécois. Dans de telles conditions, comme me le faisait remarquer Martin, si je terminais, mon objectif serait forcément atteint puisque le taux d’abandon allait probablement être assez élevé.

Quelles conditions, vous dites ?  De l’eau. Beaucoup d’eau. Il avait énormément plu dans la région au cours des derniers jours, au point où les écoles avaient été fermées la veille (j’aimerais bien les voir avec nos tempêtes de neige…). Durant les heures précédant le départ, il était tombé 50 millimètres supplémentaires.

Ça tombait toujours, avec une intensité toutefois acceptable, au point où je n’avais pas enfilé mon imper. Mais les torrents qui traversaient le petit chemin de terre n’auguraient rien de bon pour la suite.

Dans la première grosse montée, une chose m’a frappé: le silence. Les années précédentes, on y entendait Amy jacasser sans arrêt. Là, rien. Juste les petits bruits des coureurs qui escaladaient les sentiers rocailleux dans la nuit. Le calme complet.

Tiens, voilà-ti-pas ma « préférée » qui s’amenait… À part un petit « Thank you » alors que je lui laissais le passage, pas un mot pour répondre au compliment poli que je lui ai dit alors qu’elle me laissait sur place. Sympathique comme toujours.

« Fred ?  Est-ce que ça va ? ».

C’était Gilles. Sa voix trahissait son étonnement de constater qu’il me rejoignait, peu avant Edinburg Gap (mile 12.1). Oui Gilles ça va. Ce n’est pas une blague quand je dis que je suis pourri dans les roches. « C’est vrai qu’on en a pogné des belles, hein ? », Ouaip. En fait, les roches de cette section sont probablement parmi les pires du parcours. Toutefois, comme elles sont situées au début, on n’y porte pas tellement attention.

Gilles parlait de sa course (le Bromont Ultra, bien sûr) à un coureur qui l’accompagnait et lui raconta au passage que j’avais fait partie de toutes les éditions jusqu’à maintenant. Je vais y être encore cette année Gilles, peu importe mon rôle. Je ne peux pas manquer ça. Je les ai regardés ensuite s’éloigner, tranquillement.

J’ai beau commencer à être habitué, ça demeure un peu frustrant de me faire dépasser par des coureurs théoriquement moins rapides que moi. Avant le départ, j’avais enfilé mes gants de vélo, question de me donner un certain sentiment de sécurité pour me permettre de « pousser » un peu plus dans ces foutues roches. Rien à faire. J’avançais là-dedans avec l’agilité d’un poulain qui tente de se lever debout immédiatement après être venu au monde.

Je suis parvenu à les rejoindre une fois rendu à la route et à arriver en même temps qu’eux au ravito. Après avoir fait remplir mon réservoir par mon fidèle crew (mon papa) et lui avoir laissé ma lampe, c’était l’heure du buffet. Ha, la bouffe dans les ultras, j’adore…

La bouche pleine en repartant, une habitude chez moi… (photo: Éric Côté)

Gilles et moi sommes repartis ensemble. On mémérait chemin faisant et, constatant que le terrain le permettait, je me suis mis à la course. Au bout d’un moment, j’étais pour dire à mon ami que ça faisait du bien de ne plus avoir de roches. Quand je me suis retourné, il n’était plus là. Oups.

Arriva ensuite l’extase du grimpeur: la montée vers la crête. Devant moi, ma proie : un gars montant péniblement, les mains sur les hanches. Arrivé à proximité, il était rendu les mains sur la tête, comme le font les coureurs de demi-fond après une course. Tu vas trouver la ride longue, mon ami… Il m’a fait signe de passer. Euh… j’espère !  Je lui ai dit qu’il allait me rejoindre sur la crête de la montagne. Ce qu’il a fait un peu plus loin.

Bien que cette section ne soit pas particulièrement difficile, plusieurs l’imiteront par la suite. Pas que je m’en faisais outre mesure, surtout que j’avais d’autres préoccupations.

Tout d’abord, mes bobos. Car bien que les brûlements d’estomac que j’avais endurés jeudi étaient disparus et que les symptômes liés à ma labyrinthite avaient cessé de se manifester, mon fessier, mon genou droit et ma cheville gauche demeuraient aux aguets. Et les deux derniers avaient montré des signes de grand retour avant même le lever du soleil.

Courir sur une cheville blessée, ça peut se faire. Sur une petite distance. Mais sur plus de 140 kilomètres ?  Pas sûr. Je n’étais pas pour commencer à gober des Advil si tôt…

Puis il y avait l’eau. Déjà, plusieurs torrents s’étaient formés et nous avions dû les traverser. Avant le départ, Martin nous avait dit de ne pas nous en faire, que le terrain se drainait bien ici. Le problème, c’est qu’il se drainait sur nous.

Photo de provenance inconnue prise sur le parcours. juste pour vous donner une idée des conditions…

Sur les crêtes, c’était mouillé, mais sans plus. Mais quand on descendait, hou la la… En fait, je n’ai pas pris beaucoup de temps avant de déterminer un certain pattern: quand le sentier se transformait en ruisseau, ça signifiait que la station d’aide approchait. Mon raisonnement était simple: les ravitos à Massanutten sont établis dans des creux. Et comme l’eau descend, ben…

L’expérience a été vécue à son comble entre Woodstock Tower (mile 20.3) et Powells Fort (mile 25.8). J’avais débuté la section avec une fille et comme c’était un peu technique, je l’avais laissée passer. Sauf que je demeurais derrière et je pense que ça l’énervait. Au point où elle est tombée et, après m’être assuré qu’elle était correcte, j’ai poursuivi.

Ce n’est que dans la descente finale qu’elle m’a rejoint. À ce point, il y avait tellement d’eau que c’en était ridicule. L’entendant arriver, je me suis tassé et lui ai lâché « You’re a better rafter than me ! » finissant le tout par un petit rire. Ok, je l’avoue, ce n’était pas drôle, mais bon, elle aurait pu sourire poliment, surtout que je la laissais passer.

« What’s the funny part ? » qu’elle m’a demandé.

Rafter, rafting, canot pneumatique, descente de rapides… Non ?  Ha pis, laisse faire. Et comme je la suivais, que s’est-il passé ? Oups, mon majeur droit s’est mis à pointer vers le ciel. Puis le gauche de faire de même. Et voilà-tu pas mes deux mains qui se sont mises à faire des mouvements alternatifs de haut en bas. Ben voyons, qu’est-ce qui m’arrivait, donc ?  😉

Enfin, après avoir secrètement souhaité qu’elle prenne un petit bain, je me suis fait un devoir de continuer à dire des niaiseries une fois arrivé au ravito. Les bénévoles me trouvaient drôle, eux. Ou ils faisaient semblant. Au moins, je ne promenais pas un air bête comme l’autre… qui a d’ailleurs foutu le camp rapidement, probablement en espérant ne plus me revoir.

Message à mes amis coureurs: je sais qu’un ultra, c’est dur et que le parcours nous fait parfois sacrer. Mais de grâce, soyez gentils et souriants avec les bénévoles. Ils prennent leur fin de semaine au complet juste pour vous aider, alors forcez-vous un peu. Ces gens ne sont pas vos serviteurs. Pour l’avoir vécu, j’ai gardé un très mauvais souvenir des airs bêtes avec qui j’ai eu à dealer lorsque j’étais au ravito principal à Bromont.

Commençaient alors les « vraies affaires ». J’avais, naïvement, anticipé un petit 2 miles facile sur un chemin de terre avant d’entrer dans le vif du sujet. Erreur. Le ruisseau qui longe normalement le chemin grondait comme les chutes Niagara. À tous bouts de champ, il le traversait, m’obligeant à m’enfoncer dans l’eau jusqu’aux genoux pour poursuivre ma route.

J’entendis quelqu’un arriver derrière. Aussitôt il m’annonça qu’il ne faisait pas partie de la course. On s’est mis à jaser. Grand fan des Capitals, il faisait une sortie de 15 miles pour tenter de se calmer puisqu’il y avait un match très important cet après-midi-là. Apprenant d’où je venais, il me demanda si j’étais un fan du Canadien. Bof…

Voyez-vous ça d’ici ?  Un Canadien et un Américain qui courent ensemble et c’est le représentant du pays de l’Oncle Sam qui est fan de hockey. Le monde à l’envers.

En tout cas, je le trouvais bien courageux de courir là-dedans alors qu’il n’était pas « obligé » comme moi (vrai que lui n’avait pas payé pour être là, alors que moi…). D’ailleurs, il a fini par comprendre que s’il voulait éviter un tant soit peu l’eau, il n’avait qu’à grimper. Bravo mon grand !

Malgré tout, je suis arrivé de bonne humeur à Elizabeth Furnace (mile 33.3). Mon père me fit un update de la situation: Martin était passé 1h15 avant moi, Pierre 15 minutes plus tard. Quant à Joan, il avait 50 minutes sur moi. Je savais qu’il y avait deux autres Québécois devant, mais il ne les connaissait pas, alors…

J’avoue avoir été surpris par ces temps-là. Si Martin avait tant d’avance, c’est qu’il était soit dans un très grand jour, soit parti trop vite. En tout cas, il s’enlignait pour me mettre 5 à 6 heures dans le buffet. Quant à Pierre, son avance sur moi m’étonnait également, mais moins. Une autre performance magistrale de la part de mon partner ?  Fort possible. Et Joan qui était derrière eux ?  De ce côté, ça ne s’annonçait pas bien…

« Et toi, comment ça va ? ». Plutôt bien, je devais dire. « En tout cas, il y en a qui arrivent bien plus mal en point que toi… ». Ouin, ils étaient probablement plus « accotés » que moi. L’avantage d’être nul dans le technique: on ménage vraiment le reste de la machine en avançant plus lentement.

Avant de quitter pour Shawl Gap (mile 38.0), j’ai donné un devoir à mon papa : me préparer de l’eau pour me nettoyer les pieds, une serviette pour les essuyer ainsi qu’une paire de bas propres. Car je m’attendais à moins d’eau pour quelque temps après ce ravito-là.

Je quitte pour Shawl Gap, encore la bouche et les mains pleines. (photo: Jacques Giguère)

Entre temps toutefois…

…fallait passer au travers d’une enième section rocailleuse. Section que j’ai appris à moins détester avec les années, puisqu’elle se termine par une belle descente roulante. Mais avant de m’y rendre, je devais affronter les foutues roches qui, plaisir suprême, étaient rendues très glissantes. Comme de raison, fallait que je me fasse rattraper.

Le gars, fort sympathique, en était à sa première expérience ici. Je lui ai dit qu’il était chanceux puisqu’il ignorait ce qui s’en venait. Il m’a répondu que je n’étais pas le premier à lui faire la remarque.

Bien évidemment, je l’ai perdu de vue. Et bien évidemment, je l’ai rejoint dans la partie roulante. En fait, elle est habituellement roulante. Là, elle était tellement boueuse que je passais mon temps à slalomer, à la recherche de la trajectoire idéale. Pas moyen de me laisser aller. (** SOUPIR **)

Toujours est-il que rendu au ravito, je me suis fait un petit ménage. Mes pieds étaient détrempés et sales, mais ne présentaient aucun problème majeur. On nettoie ça, on essuie bien comme il faut, puis on enfile des bas propres. J’ai toutefois décidé de garder mes Peregrine, même s’ils étaient mouillés: je ne faisais tout simplement pas confiance aux Skechers dans de telles conditions.

« You’re a new man now ! » m’a glissé un bénévole avec le sourire. You bet !

J’ai dit un gros merci à mon papa, nous allions nous revoir dans 16 miles, à Habron Gap.

La petite section de route menant à Veach Gap (mile 41.1), on a tendance à la négliger. Erreur. Elle comporte de belles montées me rappelant le Vermont et comme par les années passées, j’en ai arraché plus que j’avais prévu.

N’empêche, j’étais très positif en quittant le ravito pour Indian Grave (mile 50.1). Là, je savais ce qui m’attendait. Tout d’abord, la grosse montée. La sympathique recrue que j’avais rencontrée un peu plus tôt avait amorcé cette section sur mes talons. Intérieurement, je souriais: on était dans mon domaine. On allait voir s’il serait en mesure de me suivre.

Après 1 kilomètre de montée, il était hors de ma vue. C’est donc seul que je suis arrivé sur la crête, 1.5 kilomètre plus loin. Petite victoire morale. Ça a pris un sapré bout de temps avant qu’il me rejoigne dans les roches et il m’avoua candidement qu’il avait dû s’arrêter à deux reprises dans la montée, son cœur étant sur le bord d’exploser.

Ha si j’étais en mesure d’avancer sur les roches…

Mais rien à faire, cette section-là, elle sera toujours trop dure pour mes capacités. Aussi bien m’y résigner. Surtout qu’il ne sera pas le seul à me dépasser.

Après une éternité, je suis parvenu au ravito où les bénévoles nous empressaient de bouffer, bouffer, bouffer. La section suivante serait courte (3.9 miles) et sur la route, mais l’autre après… Il vous faut des calories, qu’ils ne cessaient de répéter. Ben oui, ben oui… Capotez pas !

Sur la route, j’essayais de courir le plus possible, mais la fatigue commençait à se faire sentir, après presque 12 heures sur mes pieds. À ce moment, constatant que mon entraînement limité commençait à faire son œuvre et connaissant le reste du parcours, je me suis mis comme objectif de terminer sous les 30 heures. 54 miles en 18 heures, c’était jouable.

À Habron Gap (mile 54.0), mon père était avec Éric, (excellent) photographe à ses heures et futur pacer pour Vincent. Ils m’apprirent que Pierre s’était perdu dans la montagne et ça lui avait coûté suffisamment de temps pour qu’il arrive alors que Joan quittait le ravito. Ils sont repartis ensemble 15 minutes avant mon arrivée, bien déterminés à prendre ça relaxe. Les conditions commençaient vraiment à taxer les organismes… Quant à Martin, il continuait de survoler le parcours, 2 pleines heures en avant. Pierre-Michel ?  Il était avec Jason Lantz, c’est pour dire… Alexandre avait fait une mauvaise chute et avait eu besoin de soins, mais il était toujours en course. De leur côté, aux dernières nouvelles, Pat, Gilles et Vincent poursuivaient leur petit bonhomme de chemin, quelques minutes derrière.

Ok, autre petit ménage. Envisageant des heures un peu plus chaudes et fatigué de porter un t-shirt mouillé, j’ai décidé d’enfiler une camisole et de changer ma casquette. Et la frontale, je l’amenais ou pas ?  Il était 16h30, je me donnais trois heures pour me rendre à Camp Roosevelt (mile 63.8).

Père et fils à l’oeuvre au ravito (merci Éric pour la photo)

« Trois heures ?!?  C’est vrai que ça monte… ». J’ai expliqué à Éric qu’à partir de là, on avançait grosso modo à 3 miles à l’heure. Ce qui nous attendait était un véritable monstre. J’allais prendre la frontale, juste au cas.

Bon, côté bouffe, il y avait quoi ?  Fallait absorber des calories, non ?

À la table, pas grand-chose. Soit l’offre n’était pas très généreuse, soit les autres avaient tout pris. Mais on aurait dit que les bénévoles préparaient des lunchs puisqu’à peu près tout était prêt à emporter, bien emballé dans des ziplocs. J’ai choisi un wrap et me suis dirigé vers la sortie.

J’étais fatigué, oui, mais je me sentais bien. Les bobos qui s’étaient manifestés en début de course se tenaient maintenant tranquilles. Je savais que ce serait long, mais j’étais prêt.

Amenez-la, votre bête.

Dernier moment avec mon papa avant d’affronter la bête (photo: Éric Côté)

Course islandaise: Skogafoss

WOO-HOU !  WOOOU-HOOOU !!!

Ces cris qui sortent de ma bouche, ils viennent de loin. De très loin. Ça doit bien faire une douzaine d’années qu’ils sont en « préparation » et là, ils sortent tout naturellement. Des cris de pure joie, de pur bonheur.

C’est que voyez-vous, vers le milieu de la dernière décennie, mon grand ami d’enfance était posté en Suède avec sa petite famille. À maintes reprises, ils nous ont invités à aller les visiter. Imaginez: pouvoir visiter un pays scandinave sans avoir à payer le moindre sou pour l’hébergement. Quoi demander de mieux ?

Malheureusement, à l’époque, la santé de ma douce était… chancelante, si je peux m’exprimer ainsi. La maladie l’obligeait à demeurer à la maison et les douze heures de sommeil qu’elle prenait quotidiennement lui permettaient à peine de fonctionner le reste du temps. Vous devinerez donc que les longs voyages, ce n’était tout simplement pas envisageable.

À peu près à la même époque (est-ce une coïncidence ?  Je ne peux pas dire…), je me suis mis à la course. Pour moi, l’objectif était clair: j’allais faire un marathon un an plus tard.

Marathon il y a eu. Vous connaissez la suite: d’autres marathons, puis après quelques années, les ultras, le tout entrecoupé de blessures, etc. Pendant ce temps, un nouveau médicament avait commencé à faire son effet de telle sorte que, voulant profiter au maximum de cette « fenêtre d’opportunité » qui s’offrait à nous (lorsqu’on doit dealer avec une maladie chronique, on apprend vite à prendre le peu qu’elle nous donne), nous avons développé une véritable passion pour les voyages. Et par la bande, je me suis mis à chérir les opportunités de courir dans des endroits nouveaux.

Durant une tournée des trois sommets suite à son retour d’Islande, Pierre m’avait parlé d’un endroit très particulier: la chute Skogafoss. Je le cite approximativement ici: « Les touristes arrivent en bas, ils prennent 15-20 photos devant la chute, puis ils s’en vont. Pourtant, si tu te donnes la peine de monter les marches, non seulement la vue de la chute y est superbe, mais il y a un sentier qui mène à une autre chute. Puis une autre un peu plus loin. Puis une autre. Encore une autre. Et une autre. Au total, il y a une vingtaine de chutes à voir pis y’a presque personne ! »

Superbe Skogafoss…

Fallait que je vois ça.

Nous avions commencé notre journée par aller visiter la fameuse épave du DC3 échoué sur la plage. Au total, ce sont entre 7 et 8 kilomètres de marche qu’il faut se taper pour « l’admirer ». Facile, vous dites ? Pas dans des conditions météo typiquement islandaises: 2-3 degrés, des vents à 55 km/h avec rafales à 75 (non, je n’exagère pas), les averses de neige alternant périodiquement avec de rares percées de soleil.

La fameuse carcasse du DC3. Cette photo a été prise à peine deux heures avant la précédente. Quand je dis que le climat islandais est un tantinet changeant…

Bref, médicament efficace ou pas, c’était le gros effort physique que Barbara allait pouvoir se taper pour cette journée. Je suis donc parti en éclaireur, prenant d’assaut les 428 marches (certains sites parlent de 500, je ne les ai pas comptées), pour voir si ça valait la peine qu’elle revienne pour les monter le lendemain.

Je dois vous faire une confidence ici: je me suis un peu bidonné dans la montée. Les touristes sont relativement jeunes en Islande, alors de voir des petits coqs tenter de se faire l’ascension au pas de course… Allant à mon rythme habituel en montée, je les ai rattrapés un à un. Les entendre souffler péniblement alors que le vieux passait sans ralentir ?  Priceless !  🙂

Arrivé en haut, j’ai découvert les chutes « secondaires » dont mon ami m’avait parlé. Elles sont magnifiques. Et même si le sentier était fermé au bout de la troisième ou quatrième, ça valait lle coup qu’on revienne le lendemain pour que Barbara voit ça.

Une des chutes « secondaires ». Pas mal, hein ?

Comme je retournais vers l’escalier pour descendre, j’ai croisé un couple qui arrivait à la course d’un autre sentier. Moi qui suis habituellement trop antisocial pour parler aux étrangers, fallait que je sache: est-ce que ça va loin ?

« C’est un vieux chemin. Oui, c’est pas mal long, vous pouvez aller y marcher, c’est très beau. »

Ho que non: j’irais le courir !

Je me suis donc retrouvé le lendemain, encore une fois au pied des marches. Barbara irait prendre des photos des chutes « secondaires » et moi, j’irais découvrir ledit vieux chemin.

Dès que je l’ai commencé, je me suis retrouvé seul. Un vieux, très vieux chemin de terre et de pierre qui montait, montait… Mais qu’est-ce qu’ils foutaient avec ce chemin ?  Il n’y a pas un véhicule autre qu’un tank qui pourrait passer ici. Pas étonnant qu’il soit laissé à l’abandon… à la grande joie du coureur.

Monte, monte encore. La pente n’était pas trop abrupte, mais quand même… Peu importe où je regardais, la vue était magnifique. Des bouts, je me demandais si je n’étais pas en train de rêver.

Puis, je suis arrivé à un endroit à partir duquel le chemin était enneigé. Il faut dire que nous avions subi des averses de neige à tous les jours depuis notre arrivée et ce matin n’avait pas fait exception. En fait, il s’agissait plutôt de petits grêlons qui fondaient en quelques minutes une fois l’averse terminée. Mais là où je me trouvais, il faut croire qu’il faisait en-dessous du point de congélation…

Paysage lunaire dans la montée.

Au bout d’un certain temps, je me suis rendu compte que si je poursuivais ainsi, je risquais de dépasser l’heure de rendez-vous pour le retour. Demi-tour donc.

Me disant que si je me plantais, j’aurais bien des chances de mourir d’hypothermie avant que quelqu’un finisse par me trouver, j’ai tout d’abord joué de prudence dans la descente. Surtout que je suis pris avec une labyrinthite qui n’en finit plus de finir. Puis progressivement, je me suis laissé aller.

Et c’est là que c’est arrivé: j’ai ressenti un sentiment de liberté totale. Les enjambées s’enfilaient les unes après les autres, sans effort. Je repensais à toutes années passées à combattre cette maudite maladie et je remerciais le ciel pour cette rémission (ils appellent ça comme ça pour l’arthrite) qui nous permettait d’être ici, maintenant.

Et j’ai crié. Une, deux, trois fois. À m’en faire mal à la gorge.

WOOOU-HOOOU !!!

Bon, personne n’a pu m’entendre, mais on dirait bien que les dieux n’appréciaient guère ma voix mélodieuse puisqu’au moment même où je suis pour en pousser un autre, une tempête de grêlons commence à s’abattre sur moi.

Je ne peux m’empêcher d’en rire. Ok, c’est beau, j’ai compris, j’arrête… Non mais, j’arrête, je vous dis ! Rien à faire, la tempête se poursuit.

Ouch ! C’est que ça pince, ces petits maudits morceaux de glace tombés du ciel. Ayoye bout de viarge !

Pas le choix, malgré le vent de face à écorner un boeuf, je dois ramener la visière de ma casquette vers l’avant et couvrir mon visage avec ma main gantée. Essayez de descendre un vieux chemin cabossé et enneigé avec une main devant le visage…

Puis, comme elle a commencé, la tempête s’arrête. À peine quelques minutes plus tard, je me retrouve à nouveau sur la partie du chemin où il n’y a pas de neige. Est-ce qu’il est tombé de la schnoutte ici ou c’était vraiment une volonté de dieux de me faire taire en m’envoyant une averse très localisée ?  Je ne le saurai jamais.

Devant moi, la montagne et à ses pieds, la plaine qui va jusqu’à l’océan tout près. Ha les vues ici…

Arrive un passage plus technique. Je ralentis, pas le moment de me péter la gueule. Puis quand la pente d’adoucit à nouveau, je reprends de plus belle. Les chute sont proches, je les entends d’ici…

Se produit alors une scène qui m’est maintenant trop familière: mon pied butte sur une roche anodine, un « toc » sec se fait entendre. Comme à chaque fois, l’espace d’une fraction de seconde, je pense pouvoir rattraper la situation. Comme à chaque fois, je me retrouve face contre terre. Calv… !

Ok, pas besoin d’arrêter le chrono puisque depuis ma dernière blessure, j’ai décidé de ne plus mesurer mes sorties (j’avoue tout de même que je vais ensuite voir sur Google pour savoir les distances :-)). Deuxième étape: est-ce que quelqu’un m’a vu ?  Non. Good, l’honneur est sauf. Troisième étape; les dégâts.

Avant-bras du coupe-vent ainsi que pantalons de course bien souillés, un gant de déchiré. J’ai probablement quelques éraflures, mais rien ne parait en surface. On verra plus tard.

Je peux courir encore ?  Ouf, les genoux ont mangé un coup, c’est raide. Mais je peux reprendre et c’est en courant pleins gaz que je me retrouve sur le bord de la rivière. Allez, un dernier petit aller-retour du côté amont avant de redescendre. Ce sera peut-être la dernière fois de ma vie que je pourrai voir ces chutes-là.

Devant une autre des chutes « secondaires » (mes amis Facebook reconnaitront peut-être ce selfie que je leur ai déjà fait subir)

J’arrive à l’auto le sourire aux lèvres, tout juste après Barbara.

Puis mon amour, on va voir quoi maintenant ?