Les pick-ups américains

En vacances au lac George, je suis parti hier vers le sud, sur la superbe piste cyclable asphaltée qui passe tout près du camping. 3 kilomètres au nord, elle mène au village touristique, mais vers le sud ?  J’allais le découvrir.

Je me suis rapidement retrouvé dans une forêt, abrité par de grands arbres matures. Une pancarte tout près du camping met les utilisateurs en garde: « Rough ride next 1.5 mile ». Ha oui ?  Tout ce que j’ai vu de « rough », c’est peut-être une vingtaine d’endroits où des racines d’ arbres viennent fissurer légèrement la piste. Hou la la, j’en suis tout traumatisé, moi là…

En fait, j’ai eu un seul traumatisme: la piste croisait une route (pas une petite rue de quartier, une route secondaire, genre) et comme j’entendais une auto qui s’en venait au moment où j’allais traverser, je me suis arrêté (ça me donnait une excuse pour reprendre mon souffle après une bonne montée ;-)). Et qu’est-ce que le conducteur du pick-up qui s’en venait a fait en me voyant ?  Il a appliqué les freins pour me laisser passer !  J’avoue être encore sous le choc…  Des routes dans un état impeccable, des conducteurs respectueux des sportifs, il ne leur manque qu’un système de santé qui a de l’allure et chérie, on déménage !  😉

Côté course, les longues montées/descentes du coin m’ont fait changement du plat montérégien et des trails. J’ai bien aimé. Je me suis un ti peu arraché le cœur dans certaines montées, mais bon… Je voulais faire mieux que 4:15 de moyenne, fallait bien que je pousse un peu… 🙂

6 chevreuils et 2 experts

Lundi matin, quand j’ai sorti Charlotte pour qu’elle puisse faire ses petits besoins, j’ai eu, encore une fois, un choc: il devait faire 22 degrés, c’était humide… Merde, il n’était même pas encore 5 heures !  J’avais 50 km au programme, moi !

J’ai tout de même fait mes petites affaires et me suis rendu au mont St-Bruno, en espérant que tout se passe bien malgré tout. J’avais à peine commencé mes réchauffements (il faudrait vraiment trouver un autre terme, moi me « réchauffer » quand il fait presque 30 degrés…) que deux gentils toutous se sont purement et simplement garrochés sur moi, comme s’ils me connaissaient depuis toujours. Étais-je pour refuser une si belle marque d’affection spontanée ?  Disons que ça m’a mis de bonne humeur avant de partir. 🙂

J’étais bien déterminé à prendre ça cool, rester « en dedans », comme on dit. Je ne sais pas si mon deuxième kilomètre était complété quand j’ai croisé mes premiers chevreuils, tout près d’un lac. Une mère insouciante avec deux petits plus craintifs. Quelles merveilleuses bêtes !  Je les ai observés quelques minutes,  puis suis reparti, le sourire aux lèvres.

Comme il faisait chaud, j’avais décidé de tester une nouvelle méthode d’hydratation. Je transportais mon Camelbak rempli de Gatorade sur mon dos et ma ceinture de route à la taille avec trois bouteilles remplies d’eau. J’allais alterner les deux liquides et essayer de m’arranger pour avoir à remplir l’eau à chaque « tour », soit aux 9-10 km.

À la fin de mon premier tour, je me dirigeais allègrement vers une petite cabane près du terrain de jeu, là où je savais qu’il y avait de l’eau quand j’ai été immédiatement alerté: le pick-up !!!  J’ai tout de suite appliqué les freins et ai rebroussé chemin. Non mais, je n’avais pas envie de faire encore semblant d’aller me faire sécher dans mon char, moi là (parce que non, le parc n’était pas officiellement ouvert) !

Après m’être trouvé de l’eau, je suis reparti. Ma cadence pour le premier tour avait été de 5:01/km, bien correct pour moi. J’étais à la fin de la montée du début du deuxième tour quand j’ai croisé une femelle. Vraiment un bon matin côté chevreuils, il n’y avait pas à dire !  Et qu’est-ce j’ai vu quelques kilomètres plus loin ? Deux autres, encore de belles femelles habituées de voir du monde, mais pas apprivoisées pour autant… Selon moi, c’est l’équilibre parfait entre l’homme et la nature.

J’ai poursuivi mon petit bonhomme de chemin, prenant une pause predzels-gel après environ 19 km. Les kilomètres passaient bien et j’ai bien pris soin de noter le moment où je passerais le 25e. J’ai alors eu un petit sourire. Si j’avais fait une longue sortie en préparation d’un marathon, il ne m’en aurait resté seulement 7 à faire. En marathon, ça aurait été 17. Et là, il m’en restait 25… Ha ben cout’ donc ! 🙂

Après 28.5 km, autre arrêt à l’accueil. Comme j’aidais une jeune mère de famille à faire entrer son giga-carrosse dans la salle de toilettes familiale, Patrice Godin est passé. Pas que je voulais le suivre, mais bon, il allait à la même place que moi, alors… Pas facile de trouver quelqu’un qui connaît les ultras. Or, il a le malheur d’être connu, accessible et de faire des ultras. J’ai donc commencé à lui jaser. Pendant que lui pissait et se changeait et que de mon côté, je buvais et remplissais mes bouteilles, il m’en a beaucoup appris. Par exemple, lui ne fait jamais plus de 50 km à l’entraînement, même en préparation pour un 100 milles. Il m’a jasé stratégie, « drop bags », de l’effet que ça peut faire de voir sa blonde quand on commence à trouver le parcours long, etc.  On a parlé de Virgil Crest, son prochain défi (100 milles). J’avoue que celui-là me ferait un peu peur… Rendus dehors, placotte, placotte, c’est fou ce que la course me rend sociable !  En tout cas, merci Patrice pour les conseils et petits « hints », ça va m’être fort utile !

Tour suivant sans histoire à part que mon ventre commençait à crier famine, alors une autre pause-bouffe s’imposait. Pendant que j’emplissais mon creux, une jolie jeune femme à l’allure athlétique m’a abordé: « Parti pour une longue sortie ? ».

Je ne sais jamais quoi répondre dans ce temps-là… Les chiffres, Fred, les chiffres, il n’y a rien de plus objectif. « Ben j’en suis rendu à 37.5 et je m’enligne sur 50… »  Quand des coureurs se rencontrent comme ça ils se demandent toujours à propos de leur prochaine course. J’ai donc parlé du Vermont 50. Elle connaissait, elle y avait déjà fait le 50 km. Sa saison de compétition était terminé, elle avait fait entre autres le 38 km à St-Donat et le XC de la Vallée. « Les trois jours ? » ai-je demandé. « Oui, oui » qu’elle m’a répondu nonchalamment. Ok! Une vraie de vraie… Donc, quand elle m’avait félicité sur mon pace, elle savait de quoi elle parlait…

Elle m’a appris qu’elle faisait de la trail depuis 6 ans (mon Dieu, elle a quel âge ?) et qu’elle était chiropraticienne. Cool, j’allais savoir le nom du muscle d’arrière-cuisse qui s’amuse à me faire peur: c’est ischio-jambier (pas certain de l’orthographe). Elle m’a donné quelques trucs pour contourner mon problème et faire travailler d’autres muscles. Vraiment gentil de sa part… 🙂

J’ai terminé ma run, comme on dit, puis suis retourné à la maison. Fatigué, mais totalement satisfait. La confiance est là, la forme aussi. Avec ce que je m’impose comme régime, si je suis intelligent le jour de la course, ça devrait bien aller.

Mais ma curiosité était piquée: qui était cette jeune femme ?  Je suis allé voir les résultats du XC de la Vallée et je n’ai pas eu à chercher longtemps: il s’agit de Marie-Josée Dufour de Québec (que faisait-elle à St-Bruno un lundi ?). C’est elle qui a gagné chez les femmes, tout comme à St-Donat d’ailleurs. Elle est également championne québécoise de course en raquettes. Quand je dis que les coureurs ne sont pas vantards de nature…

En tout cas, sortie très profitable au final: j’ai vraiment pu travailler mon endurance, tester l’hydratation et en bonus, ai reçu plein d’infos utiles de la part de deux experts. Que demander de plus ?

« Extreme »

Tout le monde au bureau sait que je cours. Enfin, presque tout le monde… Il faut dire que quand un gars arrive tout dégoulinant de sueurs au travail, en tenue de course, avec la casquette et la ceinture d’hydratation, disons qu’il y a des indices qui ne trompent pas. Ne vous inquiétez pas, je ne passe pas la journée dans cet état: nous disposons de douches au Saint Siège (il me semble que je me répète; fidèles lecteurs, n’hésitez pas à me le faire savoir si ça m’arrive).

Sauf que ce n’est pas tout le monde qui sait jusqu’à quel point…  Jean-François, un de mes « abonnés », m’a décrit cette semaine comme un peu « extreme ». Heu, ha oui ?  Tu trouves ?  Comme je lis beaucoup sur les ultras, question d’en apprendre le plus possible sur l’hydratation, l’alimentation, les stratégies de courses, etc., je suis exposé (virtuellement) à des gens qui courent pas mal plus que moi. Alors je ne me suis jamais vraiment considéré comme « extreme ». Ce n’est tout simplement pas dans ma personnalité qui est toute en nuances. Disons que jamais rien n’est tout noir ou tout blanc avec moi, sauf si je vois un jour Pierre-Karl Péladeau ou volant d’un pick-up, alors là…

Or je me suis retrouvé sur le mont Royal jeudi matin, à faire 32 km. Alors que j’avais fait un 31 km au  mont St-Hilaire dimanche. Ouin, peut-être qu’il a raison, après tout…  Parce que 32 km, c’est la distance maximale recommandée dans la préparation en vue d’un marathon et la plupart des programmes suggèrent d’en faire 2 ou 3 en tout, vers la fin. Ouin, et moi qui compte en faire 50 lundi , avant de partir en vacances.  « Extreme » ou ai-je tout simplement perdu la tête ?  Hum…

Oui Maryse, je t’entends d’ici: mongol, je le sais…  🙂

En attendant, un petit 16 km presque tempo ce matin (4:12 de moyenne, pas de quoi écrire à sa mère; de toute façon, elle me lit). La cuisse a tenu le coup, mais s’est tout de même montrée présente.  Ironiquement, elle ne m’inquiète pas tellement pour lundi. L’humidité, par contre…

Total de la semaine: 96 km

Total de la semaine dernière: 104 km

Marathon des Deux Rives: ouf !

Demain aura lieu le Marathon des Deux Rives, entre Lévis et Québec. Comme il est toujours disputé trop près (je parle en terme de temps, pas de distances) de Montréal, je n’ai jamais envisageé sérieusement de le faire. Cette année, j’aurais peut-être aimé y jouer le rôle de lapin de cadence, mais j’ai d’autres choses de prévues en fin de semaine…

Remarquez, c’est Running Room qui commandite les lapins de cadence, alors il faut porter leurs couleurs (du rouge quand il fait chaud ?  Vous êtes fous ou quoi ?) et surtout, appliquer leurs codes d’entrainement. Comme quelqu’un de mon niveau se retrouverait probablement à être lapin de 4h00 ou 4h15, je serait obligé  de faire le fameux 10 minutes course / 1 minute marche prôné par Saint John Stanton. Et pour moi, un lapin de cadence, ce n’est pas ça. Ça garde la cadence voulue du début à la fin, un point c’est tout. Bref, ça n’aurait peut-être pas été une bonne idée après tout…

Ceci dit, une autre raison pour laquelle je ne ferai jamais cette course « sérieusement »: la température n’est jamais de leur bord !  C’est vrai, j’ai l’impression qu’à chaque année, il y a quelque chose qui ne va pas. Quand mon amie Chantale a fait son premier demi, il y avait un immense vent du nord-est qui soufflait dans la face des coureurs sur le boulevard Champlain. Puis, les canicules se sont enfilées. L’an passé, l’ouragan Irene a purement et simplement forcé l’annulation du marathon.  Et maintenant, les prévisions pour demain ?  Hé oui, un beau 30 degrés avec 33 comme humidex. Définitivement qu’ils ne sont pas près de me voir en mode « full speed » !  Surtout que le départ est prévu pour 8h30, ce qui est un peu tard, il me semble. Par contre, pour me préparer pour un ultra qui aurait lieu genre, 5 semaines plus tard ?  Ouais, ce serait peut-être bien… Histoire à suivre.

En attendant, je désire souhaiter la meilleure des chances à tous les participants !

 

Le déni

À partir du moment où j’ai perdu mon petit gras de bébé autour de l’âge de 13-14 ans (hé oui, j’avais un penchant vers le grassouillet dans ma jeunesse) jusqu’à l’âge d’environ 30 ans, j’avais un talent particulier: je courais vite. Très vite. En sprint, je veux dire. Quand je jouais à la balle-molle, si je frappais un roulant de routine à l’arrêt-court, celui-ci devait avoir un bras puissant pour que son relais me devance au premier but. Au hockey cosom, mes habiletés (très) limitées étaient compensées par ma faculté d’être toujours le premier sur la balle ou de me retrouver dans les culottes d’un joueur qui se croyait seul en échappée avec le gardien.

Sauf qu’à 30 ans, à la balle-molle justement, j’ai essayé d’étirer ma jambe vers le premier but, question encore une fois d’essayer de battre un relais quand à l’atterrissage, j’ai senti quelque chose lâcher dans ma cuisse: claquage. J’ai claudiqué sur quelques pas avant de tout simplement m’effoirer de douleur. Pas capable de terminer la partie, sur le carreau pour quelques semaines (alors il n’y avait finalement même pas eu de relais, bout de sacrament !).  Les choses n’ont plus jamais été pareilles par après. Avec les années, quand j’essayais d’enclencher la vitesse supérieure, je sentais ce même muscle qui avait envie de lâcher. J’ai essayé l’ultimate frisbee et c’était le pire de sports pour ça: des séries de sprints, juste du « stop and go ». Un jour, c’est mon mollet qui a lâché et j’ai dû accrocher mes crampons. Il faut dire que j’étais vraiment, mais vraiment pourri…

Heureusement, entre-temps, j’avais commencé à faire du jogging et comme j’avais arrêté les sports « stop and go », mes derrières de cuisses me laissaient tranquille. C’était jusqu’à samedi dernier. En faisant mes intervalles, j’ai senti quelque chose. La même sorte de « crampe » du côté droit. Je n’étais pas en sprint, mais tout de même autour de 3:45/km…  J’ai continué quelques enjambées, puis me suis arrêté pour me masser un peu. J’ai pu finir mes intervalles, mais j’ai senti ces malaises le reste de la journée.

Dimanche, au mont St-Hilaire, rien de spécial à signaler. Mais mardi, retour aux intervalles et j’ai encore dû m’arrêter. Shit, ne me dite pas que je suis blessé !  Non, pas à moins de 6 semaines du grand jour…  J’étais un peu découragé. Je suis reparti, plus lentement et ça a tenu le coup. Mais j’ai trainé un malaise par après, au point que ma démarche en était changée.

Mercredi, journée à vélo, j’ai pu récupérer un peu. Mais hier matin, j’avais 32 km de prévus au mont Royal (le joie de pouvoir s’accumuler du temps au bureau). Ça passait ou ça cassait. Honnêtement, après 1 km, j’étais certain que je serais obligé de rebrousser chemin. Mais je me suis dit que si le muscle finissait par se réchauffer, peut-être que… J’ai fait très attention dans les descentes, les montées se sont faites à plus petites enjambées et à la fin, je me sentais tout simplement mieux qu’au début !  C’est vraiment bizarre, le corps humain…

Mais bon, je ne suis pas vraiment sortie de l’auberge. Si j’étais certain d’avoir affaire à une blessure au moins… Et si c’était un simple malaise (le déni, pratique très répandue chez les coureurs qui leur permet de faire semblant que certaines blessures n’existent pas) ?  Je vais voir.  Ma tête sait qu’il vaut mieux se présenter à la ligne de départ un peu sous-entrainé qu’un peu blessé. Mais après des centaines de kilomètres à l’entrainement, ce n’est pas toujours facile d’être raisonnable si près du but. Je vais probablement lever le pied du côté des intervalles et continuer ma progression pour le reste. On verra bien ce qui arrivera. Si j’avais écouté tout le monde après ma blessure à la cheville en novembre dernier, je n’aurais jamais eu le printemps que j’ai eu.

Déni et tête dure, beau mélange, hein ?

Fallait bien que ça finisse par arriver

Avant de commencer, petit correctif sur mon dernier post. Antoine n’a pas complété 5 marathons, mais plutôt 7. Sauf que les faits que je vous relatais étaient bel et bien véridiques: lors de son cinquième marathon, à Montréal en 2009, il a été photographié montrant le nombre « 8 » avec ses doigts. Mais en 2010, il a fait coup sur coup les marathons de Québec et de Montréal, ses 6e et 7e.  On ne trouve rien d’autre sur les différents sites de chronométrage. Donc, il pense probablement qu’il a fait (au moins) 10 marathons, mais en fait, il en a 7 au compteur. Petite précision que je voulais apporter.

Bon, histoire de la fin de semaine maintenant. Je dois l’avouer, j’étais (presque) en extase quand j’ai vu la météo: des nuits entre 11 et 13 degrés !?  Et des journées entre 22 et 25 ? Hourrah !!!  J’en ai donc profité hier pour faire mes premiers vrais intervalles depuis Ottawa. J’avais essayé à quelques reprises depuis, mais j’en étais tout simplement incapable. Mais hier…  Et c’est avec un grand bonheur que j’ai pu constater que la pointe de vitesse était encore là. Pas que ça va m’être tellement utile au Vermont, mais à Philadelphie…

Puis aujourd’hui, deuxième sortie au mont St-Hilaire. Le plan était le suivant: j’arrivais à l’ouverture (8h) et je faisais ce qui me tentait, Puis, vers 10h30, Sylvain (sieur de Guérette de son vrai nom) venait me rejoindre et on faisait un petit bout ensemble.

Dès mon arrivée, encore une fois, l’accueil m’a jeté par terre. J’étais un peu en avance quand je me suis présenté à la guérite, alors j’ai demandé au préposé si ça dérangait. Sa réponse ?  « Quand je suis là, le parc est ouvert. »  Je l’aurais embrassé sur le champ (bah, presque). Maudit que ça fait différent du sacr… de conducteur de pick-up de St-Bruno !

Après mes réchauffements, je me suis élancé, doucement. Bah, façon de parler, parce qu’avec les montées du Mont St-Hilaire… J’ai fait une boucle, puis un sommet. Puis un autre (le pain de sucre: plus jamais, joual vert !). Après avoir pris une petite pause, je suis reparti. J’étais après Burned Hill, en direction du pas-de-pain-de-sucre, dans une descente vraiment anodine quand c’est arrivé. Fallait bien que ça arrive un jour…

Il n’y avait pas de racines et pour ainsi dire, pas de roches. Mon esprit devait encore maugréer contre le pain de sucre, je ne sais pas trop, mais bon, j’ai mal jaugé une roche qui sortait un peu plus du sol que prévu et mon pied gauche a carrément buté dessus. Je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas réussi à rétablir la situation et je me suis retrouvé entre ciel et terre, parallèle au sol. Évidemment, je ne suis pas resté longuement entre ciel et terre…

Mes deux mains et mon genou gauche ont absorbé le choc. Première chose à faire: arrêter le chrono-GPS (à 16.00 km exactement !). Deuxième étape: est-ce que quelqu’un m’a vu ? Non. Bon, maintenant les dégâts… Mon t-shirt, mes shorts, mes bouteilles d’hydratation et le devant de mon Camelbak étaient pleins de terre. Mes jambes et mes mains, on n’en parle pas…  Je sentais mes mains éraflées, mais le sang ne semblait pas vouloir transpercer la terre. Sur mon genou, un beau « spot » de sang commençait à prendre place.

J’ai essayé (et réussi), à me relever. Ok, pas trop de dommages, j’étais bon pour continuer. J’ai rincé du mieux que j’ai pu mes bouteilles, essayé d’enlever les surplus de terre que j’avais un peu partout (pas facile quand les mains elle-mêmes sont pleines de terre !) et suis reparti. J’avais une belle coulisse rouge-brunâtre sur la jambe gauche, les gens me regardaient avec un drôle d’air, mais ça a tenu le coup.

Arrivé à l’accueil à 10h26, après avoir mangé quelques grains de terre en chemin (mes bouteilles d’eau pas propres-propres), Sylvain n’était pas encore là. J’ai pu aller me nettoyer un peu et ressortir prendre une pause-bouffe le temps qu’il arrive. Plein de sincère compassion à son arrivée, il a purement et simplement éclaté de rire. « Aurais-tu planté, pas hasard ? » qu’il m’a demandé entre deux éclats de rire. Il faut dire que dans le genre crotté, j’étais dur à battre… J’aimerais te voir, moi…

Nous somme partis peu après, dans la boucle mauve, la plus belle pour la course selon son expertise de la montagne. Et mettons que je suis d’accord avec lui. Je cours habituellement seul, mais je dois dire que courir avec quelqu’un, c’est fort plaisant. On a jasé de la place, bien évidemment, mais aussi de ma première job, le simulateur, où Sylvain travaille toujours. Bref, disons que le temps passe vite avec un partner. À peine avions-nous commencé que nous avions fait 11 km (ça m’en faisait 31 au total, ce qui était bien suffisant pour aujourd’hui) et c’était l’heure de la bouffe.

Une bouffe qui s’est prise chez eux, qui habitent tout près. J’ai pu revoir Maggie (Marie-Hélène, sa conjointe, qui est aussi une ancienne collègue) qui lisait tranquillement en nous attendant. Elle a eu la gentillesse de me fournir deux guenilles pour me débarbouiller un peu. Comme j’ai dit: elle est bonne à marier, Sylvain !  🙂   Maggie avait fait son entrainement ce matin, en vue de demi à Montréal. Leurs deux jeunes garçons étant chez des amis, j’ai pu seulement rencontrer le plus jeune, au moment où je suis parti.

Un dîner fort agréable, entre amis qui ne s’étaient pas vus depuis des lunes (je côtoie toutefois Sylvain professionnellement). Comme quoi le sport finit toujours par rapprocher les gens…

(Viarge, je suis dont ben philosophique à soir…)

8 ou 12 ?

Quand je suis parti pour ma longue sortie, vers 7h10 le premier matin du camping de Rivière-Ouelle, j’ai eu une pensée pour Yanick qui me demandait lors d’un de nos dîners d’amis si j’allais continuer à m’entrainer durant mes vacances… Duh !?!  Les gens normaux ont parfois de la difficulté à comprendre que les coureurs, en général, courent parce qu’ils aiment ça. J’aime courir. Bien sûr que je vise des objectifs particuliers, mais c’est seulement pour me donner un but, rien de plus. S’il n’y avait pas de Vermont 50, de Philadelphie, je courrais quand même. C’est ce que je fais, c’est ce que j’aime. Certains bricolent, d’autres collectionnent des papillons. Moi je cours. Et j’ai la chance de pouvoir le faire partout où je vais.

Ce matin-là, j’avais décidé de faire la distance d’un marathon (vous voyez bien que je ne suis pas normal: connaissez-vous bien des gens qui se lèvent aux petites heures le premier vrai jour de vacances pour aller courir 42.2 km ?).  Ça faisait des lustres que je n’avais pas fait mes longues sorties sur route et ma première impression a été la suivante: maudit que c’est facile !  Définitivement que même si je ne poursuivais pas l’aventure des ultramarathons, je continuerais l’entrainement en sentiers. Et en plus, c’est tellement plus plaisant que la route…

Ça m’a permis de découvrir un coin que je ne connaissais pas du tout. Parce 42.2 km, c’est long: on a le temps d’en voir, des petits racoins. J’affectionne particulièrement les rangs isolés où, presque à chaque fois, j’ai droit à des faces en point d’interrogation, ayant l’air de dire: mais d’où est-ce qu’il arrive, celui-là ?  Je dis parfois bonjour aux gens ou leur envoie la main. Le plus drôle, c’est quand je le fais à mes cousins, dans le village voisin d’où mes parents habitent: ils ne me reconnaissent jamais !  Mes tantes oui, par contre. Allez comprendre pourquoi…  Peut-être parce qu’il semblerait que j’ai une certaine ressemblance avec mon paternel…

Chemin faisant, je me suis mis à penser à autre chose: c’était la quatrième fois que je faisais au moins la distance d’un marathon à l’entrainement. Comme j’ai 8 fait marathons officiels, est-ce que ça en faisait 12 ?  Est-ce que je pouvais dire à la fin de la journée que j’avais fait 12 marathons dans ma vie ?

Je me suis rappelé d’Antoine, un gars qui travaillait sur le même étage que moi chez Dessau. Une dizaine d’années plus jeune que moi, il était très rapide sur de plus courtes distances (sous les 19 minutes sur 5 km), un peu plus fort que moi sur le demi, mais je le devançais à chaque fois sur le marathon. Simple raison: il partait trop vite et « pétait » à tout coup. À son dernier marathon, qui était son cinquième, sur les photos prises durant la course, on le voit constamment montrer le chiffre 8 avec ses doigts, pour indiquer qu’il en était à son 8e marathon. Parce qu’il comptait les 3 fois où il avait fait la distance à l’entrainement: une fois sur tapis roulant (!) et deux autres fois sur une piste.

Donc, en suivant sa logique, ce jour-là à Rivière-Ouelle, j’en étais à mon 12e marathon. Hé bien, dans ma petite tête, ce n’est pas le cas. Un marathon, c’est bien plus que « faire la distance ». C’est la faire à un endroit précis, à une date précise, peu importe s’il fait beau ou non, qu’il fasse chaud ou froid, venteux ou pas. Il y a un chronomètre qui part à une heure précise et qui s’arrête une fois la ligne d’arrivée franchie, pas avant. Bref, un marathon, ce n’est pas seulement une distance, c’est une course.

Ainsi, quand monsieur Albert Miclette a couru son 100e marathon à Montréal en septembre dernier, c’était son 100e officiel. Je suis certain qu’il en a fait quelques uns à l’entrainement (et je crois qu’il a fait des ultras aussi), mais il ne les comptait pas. Dans le même ordre d’idée, je considère que toute personne qui fait la course au complet, même si elle la fait entièrement en marchant, devrait être considérée comme un(e) marathonien(ne).

Alors Antoine, désolé, mais tu n’as « seulement » que 5 marathons au compteur, et moi, 8.