Petites vites: les « oubliées » de 2017

L’année ayant été difficile, je n’ai pas souvent eu l’occasion de vous raconter mes aventures de course. En fait, le menu offert était surtout constitué de mes nombreuses mésaventures.

J’ai toutefois eu quelques sujets qui passaient par ma tête, mais je ne considérais pas qu’il y avait vraiment matière à article. Je vous en présente quelques-uns aujourd’hui, en format « petites vites ».

« Un 100 miles, ce n’est pas si dur que ça »

C’était lors du lancement de l’édition 2017 du Bromont Ultra. Gilles, qui n’est pas seulement un homme extraordinaire, mais qui est aussi un communicateur de talent, venait de nous exposer ses plans pour l’édition 2017 et subséquentes de « sa » course. Des plans impressionnants, avec des objectifs ambitieux. Qu’il va atteindre, je n’en doute pas une seconde.

Toujours est-il qu’après sa présentation, il nous a demandé, à Karine, Bruno, Daniel et moi, de venir sur scène pour répondre aux questions des gens sur les ultras en général, sur les 100 miles en particulier.

Contrairement à ce que mon style d’écriture pourrait le laisser croire, je suis loin d’être un extraverti, bien au contraire. Je parle peu, suis mal à l’aise dans les grands rassemblements (vous savez, les partys de Noël avec 40-50 invités ?). Alors me retrouver à parler devant une centaine de personnes…

Sauf que comme c’était MON sujet de prédilection, c’est moi qui me suis retrouvé à parler le plus. Et j’ai fini par sortir cette phrase qui a fait réagir.

Pourtant, je persiste et signe : un 100 miles, c’est beaucoup moins difficile qu’on puisse penser. Il suffit de se faire à l’idée que ça va être (très) long, qu’on va avoir des (pas tellement) hauts et des (très) bas, mais que ça va passer. Traverser la nuit dans les sentiers, ça parait pire que c’est et croyez-moi, le temps file assez vite en course. 24, 28, 30 heures dans ce contexte, ça n’a rien à voir avec la « vraie vie ». Il faut juste être à l’écoute de son corps et surtout, garder le moral.

Et si on est blessé ou si on est totalement écoeuré, ben on arrête. Pas plus compliqué que ça.

« On est tu-seuls dans le bois, on n’a pas le choix de continuer si on ne veut pas crever là… « 

Parlant d’arrêter, un monsieur nous demandait comment on faisait pour continuer quand ça va mal, quand on souffre, quand on est à bout de force et qu’on veut juste rentrer à la maison.  Cette réponse m’est venue spontanément. Les gens ont trouvé ça drôle.

Les doubles-nœuds

Suite à ma débarque après m’être enfargé dans mes lacets au milieu de l’été, je ne compte plus le nombre de personnes qui m’ont « suggéré » de faire des doubles-nœuds.

Tout d’abord, oui, je fais des doubles-nœuds, Pas le choix, les foutus lacets sont faits pour les souliers des gens qui chaussent du 22 !  Et comme j’ai les pieds étroits, j’en ajoute en les serrant pas mal plus que la moyenne.

Sauf que des doubles-nœuds faits avec des lacets mouillés, soumis à des forces beaucoup plus considérables qu’une simple petite promenade, eh bien ça peut se défaire quand même. À quelle fréquence les souliers des gens « normaux » sont soumis à de telles conditions, vous pensez ?

C’est tout de même étrange qu’un grand total de zéro coureur m’ait suggéré une façon de lacer mes chaussures. Je présume donc que ce genre de mésaventure soit déjà arrivée au moins une fois à mes collègues de course.

La réunion avec le directeur

C’était à la mi-août, tout juste avant que je tire la plogue sur ma saison. Les sorties étaient de plus en plus difficiles, mon fessier commençait à vraiment me ralentir.

Toujours est-il que je revenais tout de même de ma sortie matinale dans les sentiers du mont Royal. Je regardais, tout dégoulinant, mes courriels avant d’aller à la douche quand mon patron est passé à mon bureau.

« Euh… Le directeur voudrait nous voir… ». Il y avait un dossier très chaud concernant une de nos installations, dossier sur lequel je travaillais. Et le directeur (qui, pour vous situer, est trois niveaux au-dessus de moi dans la hiérarchie de l’entreprise) voulait nous voir pour en discuter.

Drette là ? « Ben… Prends le temps d’arriver… ». Je sentais que ça ne pouvait pas vraiment attendre, alors j’ai suggéré d’y aller immédiatement.

Nous étions quatre : mon patron, son chef, le directeur et moi, dans une petite salle de conférence. Heureusement, le code vestimentaire est plutôt souple au sein de la compagnie. De là à être en souliers de trail, shorts, t-shirt, avec la bouette sur les jambes en prime…

Ajoutez à ça que vu que j’étais tellement mouillé que je n’ai pas osé m’asseoir sur une chaise (question de ne pas la condamner à la puanteur éternelle) et ai passé la réunion à genoux, les bras appuyés sur la table. Pour la crédibilité, on repassera.

Et pourtant, tout s’est super bien passé… et je n’ai reçu le moindre commentaire sur ma tenue… négligée ! 🙂

Ne pas courir en voyage

J’ai déjà fait plusieurs articles sur le sujet, j’adore courir lorsque je suis ailleurs. Découvrir de nouveaux endroits en se déplaçant sur nos deux jambes, ça a un côté tout simplement magique. Alors vous devinerez que lorsque nous avons planifié notre petite virée en Colombie Britannique, je salivais déjà. Le parc Stanley à Vancouver, le Wild Pacific Trail à Ucluelet, le bord de l’océan à Victoria, ha…

Mais un fessier, c’est foutrement pratique pour courir et quand il bloque, ben… on vit une véritable torture ! Puis je me suis dit: au diable la blessure, ma saison est foutue de toute façon, plus besoin de faire attention. Le réveil a donc été enclenché et je suis parti au lever du soleil. J’allais alterner course et marche, en écoutant ce que mon corps me permettait.

À Vancouver, le parc Stanley était trop loin, je me suis rabattu sur le Queen Elizabeth Park. Plus petit, mais vraiment beau et offrant une vue incroyable sur la ville et les montagnes derrière. J’en aurais certainement plus profité si j’avais pu courir plus de 2 minutes sans arrêter, mais bon…

Quant à la Wild Pacific Trail, hou la la… Un sentier style mont St-Bruno tracé en haut de falaises surplombant l’océan, des points de vue spectaculaires, pas un chat. Ce que j’aurais aimé la faire la pédale dans le plancher… J’ai plutôt profité de la vue, même le matin où il tombait un petit crachin.

Victoria ?  C’est un autre nom pour le paradis. Déjà que vous savions qu’il n’y avait pas vraiment d’hiver là-bas, voilà que nous avons appris qu’il y tombait moins de pluie qu’au Québec. Le paradis, je vous dis.

À 3 minutes du bachelor que nous avions loué, une piste cyclable et une autre piétonne tracées où vous pensez ?  Hé oui, encore en haut de falaises surplombant la mer. Avec en prime, une vue sur les montagnes de l’état de Washington. De là, on pouvait se rendre au centre-ville, en passant par le pittoresque Fisherman’s Wharf. Et il y des chanceux qui vivent dans cette ville à l’année ? Je me demande s’il y a des postes ouverts dans le coin…  😉

Bref, je me suis bien promis d’y retourner, question de refaire tout ça à ma « vraie » vitesse.

Les hymnes nationaux

Comme bien de mes concitoyens, je pense que Donald Trump est un idiot, l’exemple par excellence que même la démocratie a ses limites.

Parmi les nombreuses niaiseries qu’il a prononcées depuis son accès à la Maison Blanche (et Dieu sait qu’il y en a eu !), retenons ce discours où il déversait son fiel sur les athlètes professionnels qui exerçaient leur liberté d’expression pour protester contre les injustices raciales aux États-Unis en posant un genou au sol durant l’hymne national américain.

On peut être pour ou contre l’idée, mais à la base, on dirait que bien peu se sont posé la pourtant si simple question: pourquoi donc faire jouer l’hymne national avant un match de sport professionnel ?  Non mais, on s’en câl…-tu ? Voulez-vous bien me dire à quoi ça sert ?  Tous les joueurs (ou presque) sont américains, les spectateurs sont américains. Il ne s’agit pas d’une confrontation entre équipes représentant leur pays, ce sont deux équipes professionnelles appartenant… à des milliardaires du secteur privé.

Et ce patriotisme, je l’ai aussi constaté à Boston et à New York dans le cadre du marathon. De ce côté-ci de la frontière ?  Bien sûr. À Mississauga et à Ottawa, ils nous font jouer le Ô Canada avant la course. Mais jamais au Québec. Pourquoi ?  Ok, les Québécois se sentent avant tout québécois avant d’être canadiens, mais même dans un Québec souverain, je m’imaginerais mal le « Gens du pays » qui retentirait avant une course. Pour la simple et bonne raison que ça n’a aucune affaire là !

Et bizarrement, quand il s’agit de courses en sentiers, on ne s’embête pas avec ça, que ça se passe aux USA ou ailleurs. Même le North Face Endurance Challenge semble « oublier » l’importance de l’hymne national.

Il faut croire que certains ont compris des choses…

Les ultras

Le documentaire Les ultras qui a été présenté à Télé-Québec a provoqué bien des réactions. Personnellement, j’ai beaucoup aimé l’approche consistant à suivre quelques coureurs sur plusieurs mois, un peu comme ça avait été fait pour l’excellent Spirit of the Marathon. L’histoire de David, celui qui doit faire un deuil du monde de la course parce qu’il n’a plus envie de courir m’a particulièrement touché.

Plusieurs ont lancé des tomates (virtuelles) à Anne, pour avoir dit qu’elle désirait continuer à courir parce qu’entre autres, elle ne voulait pas finir par faire comme le monde « ordinaire » et devenir « ordinaire ». Ça laissait place à une certaine interprétation.

Je ne la connais pas beaucoup, mais ça me surprendrait énormément qu’elle ait exprimé ainsi une espèce de complexe de supériorité. Bien au contraire. J’interprète ça plutôt comme le fait qu’elle se sent « spéciale », « différente » ou même « privilégiée ». En tout cas, pour ma part, c’est souvent comme ça que je me sens quand je cours. Que ce soit dans les vallons de la Baie James, dans les rues des grandes villes ou même au petit matin, quand je m’élance pour courir dans l’obscurité alors qu’il fait -20 degrés. Je me sens seulement différent, pas comme les autres. Et donc, chanceux de pouvoir le faire. Je suis certain que les maniaques de vélo ou de natation vivent à peu près la même chose.

Et croyez-moi, avec l’année que j’ai vécue, je profite pleinement de ces moments de « différence ».

Suite au visionnement du documentaire, un de mes collègues est venu me voir pour m’en parler. Il n’en revenait pas des distances et des dénivelés. Quand je lui ai fait remarquer que j’avais fait plusieurs courses plus longues, avec plus de dénivelé, il est demeuré bouche bée.

Et pourtant je n’en démords pas : un 100 miles, ce n’est pas si dur que ça…

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3 avis sur « Petites vites: les « oubliées » de 2017 »

  1. Quel beau texte ! Oui, nous sommes  »différents » et il faut l’assumer.Ce n’est pas donné à tout le monde de faire des ultras et la réaction des gens est normale quand on parle de notre passion. Il faut dire que pour bien des gens, le seuil de tolérance à la douleur n’est pas très élevé alors pour eux nous sommes de drôles de bibittes. Je vous souhaite maintenant de renouer avec la santé d’avoir une année 2018 pleine de beaux souvenirs avec nous sur les sentiers.

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