Bravo mon champion !

Nous, les coureurs en sentiers, avons un sixième sens. Perdre l’équilibre, ça fait partie de notre « quotidien ». Nous sommes habitués de redresser des situations périlleuses et éviter les chutes. Surtout que nous, les Québécois, qui courons l’hiver. Le sol glissant et les changements de texture, ça nous connait. Et quand nous tombons, c’est contrôlé. Nous savons limiter les dégâts, nous. Glisser et se péter la fiole comme Eugénie Bouchard ?  Pffff… Jamais !

Ben oui mon homme, c’est ça qui arrive quand on crache en l’air… Il y a quelques secondes, tu as fait une belle erreur de débutant. Tu ne te méfiais pas. Une petite neige avait commencé à tomber, elle recouvrait l’asphalte. No big deal. La neige, tu connais ça. Mais t’avais oublié les quelques plaques de glace qui étaient encore là, recouvrant quoi, 1% du sol ? 1%, c’est rien, mais quand il est camouflé sous la neige…

Ça fait que tu courais insouciamment. Et sous la neige, sans que tu sois assez intelligent pour le prévoir, une petite section de glace recouvrait l’asphalte. Avant même que tu t’en rendes compte, ton pied est parti vers l’avant et ton corps, vers l’arrière. Ta tête a heurté violemment le sol. Bravo mon champion !

Monsieur… Monsieur…

Dès l’impact, je me suis dit: « Non, pas la tête ! ». Une commotion, je n’ai vraiment pas le goût. Ça voudrait dire plusieurs jours, peut-être des semaines sans courir. Et les maux de tête, la fatigue… Sans compter l’absence au travail. Non, s’il-vous-plaît, pas de commotion…

Monsieur ! MONSIEUR !!!

OK, on arrête le chrono (j’ai la présence d’esprit de le faire, ce qui me rassure un peu), on essaie de se relever et on tâche de répondre à la dame qui a vu ma pirouette et dont le timbre de voix semble contenir certaines intonations de panique.

Je vous ai vu tomber, votre tête a cogné vraiment fort par terre. Je vais aller vous reconduire chez vous.

Les gens sont vraiment gentils. J’hésite avant d’accepter son offre. Maintenant à quatre pattes, je constate les dégâts: définitivement rien de cassé et la tête, à mon étonnement, ne me fait pas vraiment mal. En superficie, un peu, mais rien de plus. Tiens, une tache rouge sur la glace… Une plante qui a gelé là ?  Quelle plante est rouge comme ça, donc ?

Je prends un peu de neige, l’applique à l’endroit où ma tête est sensible. Quand je la retire, elle est pleine de sang. Oups…

Vous saignez… Ça va vous prendre des soins. Venez, je vais aller vous reconduire chez vous…

Mon cerveau semble fonctionner comme d’habitude (je n’irais pas jusqu’à utiliser l’adverbe « normalement » dans mon cas) et je me sens relativement bien physiquement. Je réussis à convaincre la dame que je vais être en mesure de me rendre à la maison par mes propres moyens, surtout que je viens tout juste de commencer ma sortie (mon chrono a été arrêté à 2:40) et je ne suis vraiment pas loin.

Je prends donc le chemin de la maison en marchant. Puis me dis que tant qu’à faire, aussi bien me rendre à la course. Mollo, là… Pas si mal. Bah, pourquoi pas un petit tour du quartier ?  Tant que je ne m’éloigne pas trop. Un tour du quartier voisin peut-être ?

Quand on dit que j’ai la tête dure… J’ai donc poursuivi ma course prudemment, en demeurant à l’affût des symptômes. Nausées ?  Étourdissements ?  Maux de tête ?  Non, non et non.

Après une quinzaine de minutes, j’ai jeté un œil à ma casquette. Ensanglantée. Quelques minutes plus tard ?  Elle n’avait pas empiré, alors je me suis dit que ça avait arrêté de saigner. Grand champion, je vous dis…

Quand je suis arrivé à la maison après avoir couru le temps que j’avais prévu faire, Barbara était sur FaceTime avec sa mère et était en train de lui raconter comment son amie Louise était tombée sur la glace pendant qu’elles promenaient les chiens au parc. Elle aussi s’était cogné la tête.

Ah ben, une autre qui n’est pas capable de se tenir debout !

J’ai dit ça en agitant ma caquette. Pas ma meilleure idée. Tout de suite, ma douce s’est précipitée et a évalué les dégâts. Verdict: « Ça va te prendre des points de suture ».

Joli, hein ?

Nah, ça va s’arrêter tout seul. C’est en enlevant mon coupe-vent que j’ai constaté à quel point ça pouvait saigner: il était maculé. Ouin… Une fois dans la douche, j’ai bien dû me rendre à l’évidence qu’il n’y avait pas grand chose à faire. J’ai bien tenté de négocier, mais rien à faire, alors aussi bien me résigner: j’allais devoir aller perdre le restant de mon dimanche à la supposée urgence…

Louise, qui avait des symptômes de commotion cérébrale, fit également partie du voyage. On me dit que pour que des points de suture soient efficaces, il fallait qu’il soient appliqués au maximum 8 heures après la blessure. Je me disais donc que je ne m’en sortirais finalement pas trop mal.

Eh non. Comme plusieurs personnes étaient tombées ce jour-là et que mon cas était loin d’être prioritaire, c’est 12 heures plus tard que je suis sorti, le cuir chevelu recousu (il semblerait qu’il y a eu au moins 6 points, je ne sais pas moi, je n’ai pas la faculté de voir à cet endroit) et coiffé d’un pansement retenu par un joli filet. Sexy vous dites ?  Je vous épargne l’image.

Vas-tu faire attention la prochaine fois, champion ?

Après quelques jours, il semblerait que ça guérit bien. Pas près de me faire couper les cheveux, par contre…

 

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