Qu’est-ce qu’il fout là, lui ?

C’est que je vois rien. Foutrement rien. Mais rien de rien…

J’avoue avoir été un peu déçu deux jours plus tôt lorsque j’ai pris l’autobus qui fait la navette entre l’aéroport et le village de Radisson, situé à une trentaine de kilomètres. La raison ?  La route était bien dégagée, sur le beau bitume. Moi qui espérais pouvoir courir sur une neige sèche qui fait des crounch-crounch… Sur le chemin de la centrale, peut-être ?  Il est tout de même moins utilisé…

Niet. La même asphalte bien proprette. Au moins les accotements sont en terre, ça allait faire l’affaire.

« T’es mieux d’aller à la centrale à la course que d’en revenir, parce que la côte avant le village va t’arracher les poumons ! ». Euh, c’est justement pourquoi j’affectionne tant la Baie James: il y a des côtes. Et mettons que celle-là, avec son kilomètre de longueur et son gradient de 7% (au maximum), bof…

Toujours est-il que côté logistique, c’était moins compliqué de courir après le travail et donc, vers 18h45, je me suis élancé en direction du plussssse gros complexe hydro-électrique souterrain au monde. Et après une trentaine de minutes, me voilà en train de grimper (façon de parler) vers le belvédère. Enfin, je me retrouve sur de la neige qui fait crounch-crounch !  Mais j’ai beau écarquiller les yeux, je suis incapable de détecter les endroits où les véhicules ont passé, question de trouver la trajectoire idéale. Ben voyons… Ok, âge oblige, ma vue a légèrement baissé ces dernières années, mais au point de ne plus voir les subtiles différences dans la neige ?  Come on

Rien à faire, je ne vois rien. J’avance donc en priant pour ne pas m’enfarger dans un trou et me péter une jambe dans cet endroit perdu où l’hypothermie (il fait tout de même -10 degrés) me gagnerait bien avant l’arrivée d’une aide quelconque.

J’arrive en haut sans encombre, admire un peu la vue. Pas mal. Pas mal du tout même. J’aurais préféré le fameux évacuateur de crues, mais il est quelques kilomètres plus loin et avec l’heure tardive, ça aurait impliqué un retour à la noirceur. Peut-être pas la meilleure des idées…

Chemin du retour, pas un chat. Le son de mes pas et les ondulations de la route sont mes seuls compagnons de course. Le bonheur. Arrive la « fameuse » côte. Ok, je l’avais peut-être un peu sous-estimée, mais malgré le vent de face, elle passe plutôt bien. J’avais cependant négligé l’autre, en long faux-plat qui mène à l’entrée du village. Hou la la, celle-là rentre dans les jambes…

Peu importe, je décide de me faire un tour du propriétaire avant de rentrer. Tant qu’à y être.

Autre montée. Le frottement de mes pieds sur le sable qui sert d’abrasif au revêtement attire l’attention de celui qui semble être la seule personne à se tenir à l’extérieur ce soir. Il me regarde longuement alors que je passe lentement (je vous rappelle que je suis tout de même en train de monter) devant sa propriété. Tout près de lui, un petit barbecue. Il est en train de faire cuire son souper dehors, par cette température.  Et il est en plein milieu de sa cour, pas sur le bord de la maison où il pourrait aller se réfugier le temps que la cuisson soit complétée…

À ce moment précis, je suis certain qu’on pense exactement la même chose: « Mais qu’est-ce qu’il fout là, lui ?!? ».

Je ris tout seul en complétant mon tour. Avant de rentrer, dilemme: je passe au dépanneur ou pas ?  Et ce billet de 20$ qui s’est retrouvé « par hasard » dans mon coupe-vent qui se permet de jouer au petit démon avec ma conscience…

Bah, on a fait une bonne job, on « redescend » demain, je mérite bien une petite récompense, non ?J’entre dans ledit dépanneur. Oh boy, pas grand chose ici… Mais il y a l’essentiel: des chips et de la bière.

Le réfrigérateur est plutôt garni, mais le choix, somme toute limité. Pas vraiment l’endroit pour jouer les fines bouches et s’enquérir sur leur inventaire d’IPA… Mon « choix » s’arrête sur une valeur sûre, mais voilà tu-pas que le petit démon qui en remet une couche et qui me pousse à doubler la mise. Ha la maudite grosse cannette qui me fait de l’œil. Ha pis, tant qu’à…

La commis au comptoir est hyper-sympathique, mais me surprend un peu lorsqu’elle me glisse que le printemps tarde à arriver. Hein ?  Il y a un printemps ici ?  Êtes-vous bien certaine ? Moi qui croyais que c’était toujours l’hiver…

Puis, la loi de l’offre et de la demande me frappe gentiment: 6.60 $ pour mon « petit » boire. Tu veux boire mon coco, ben c’est ça qui est ça !  Ouin…

En ouvrant la télé une fois arrivé dans ma chambre, je vois que c’est « Tout le monde en parle » qui est en ondes. Prendre une bière avant souper en regardant « Tout le monde en parle »… On est vraiment dans un autre monde ici.

Vivement le retour à la maison !

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2 avis sur « Qu’est-ce qu’il fout là, lui ? »

  1. Assez spécial de courir dans cette nature. Me semble que c’est dans notre âme d’avoir un feeling comme ça, la solitude et les grands espaces. Beau récit !

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