Comment font-ils ?

Mais comment font-ils ?  Je veux dire, comment font-ils pour faire un marathon en moins de 2h04 ?  Le record du monde est maintenant rendu à 2:03:38 et il est détenu par le (ô surprise !) Kenyan Patrick Makau Musyoki.  C’est plus de 20 km/h de moyenne, ça !  Sur 42.2 km, vous rendez-vous compte ?  Certaines personnes ne sont pas capables d’aller à cette vitesse en vélo !  C’est faire moins de 3 minutes à chaque kilomètre, 42 fois. Pour vous donner une idée, mon kilomètre le plus rapide depuis que j’ai ma Garmin a été parcouru en 3:36 et je me souviens que je voulais cracher mes poumons après. Plié en deux, complètement à bout de souffle. Pus capable…

Pour avoir une belle représentation de quoi je parle, voici un petit vidéo montrant des gens ordinaires essayant de se mesurer à l’Américain Ryan Hall… sur 60 pieds. Très intéressant : http://www.youtube.com/watch?v=lPyBMsjVG94

Alors, comment font-ils, voulez-vous bien me dire ?  Réponse facile entendue maintes fois: ils prennent de la drogue.

Bon, on va d’abord s’entendre sur une chose: je ne suis pas naïf. Il est certainement possible que des coureurs de fond de très haut niveau utilisent des produits douteux à des fins autres que récréatives ou thérapeutiques. Le gagnant des marathons olympiques de Montréal et de Moscou, l’Allemand de l’Est Waldemar Cierpinski était probablement chargé jusqu’aux oreilles, comme la plupart de ses compatriotes de l’époque dans les autres sports d’ailleurs. Le dopage sanguin par auto-transfusion est peut-être monnaie courante aussi. Il y a eu beaucoup de rumeurs autour de Lasse Viren, auteur de deux doublés 5000 m – 10000 m à Munich et à Montréal, qui en aurait été un des précurseurs de cette pratique éthiquement douteuse.

Il y a juste un problème: ces techniques de dopage sont maintenant faciles à détecter. Le cyclisme en a fait la preuve: le dopage, c’est maintenant rendu une affaire de gros sous. Se doper sans se faire prendre coûte cher. Très cher. Jusqu’à 100000 $ par année. En plus, c’est très complexe, ça prend un entourage qui contrôle tout. À voir la quantité phénoménale de Kenyans et d’Éthiopiens qui descendent sous les 2h10, je ne peux pas croire qu’ils soient tous drogués. Surtout qu’à part les grandes vedettes, ces coureurs ne roulent vraiment pas sur l’or. Et s’ils dopés, c’est pour gagner 5 minutes, pas une heure. Pensez-vous honnêtement qu’un gars comme moi qui prendrait de l’EPO à la chaudière serait capable d’enlever une heure à son temps ?  Jamais de la vie !

Alors, revenons à notre question de départ: comment font-ils ?

Je vais tenter une réponse: un entrainement hors normes, jusqu’à 200 km par semaine, et de grande qualité, combiné à un facteur intangible : la génétique. Certaines personnes sont douées pour la musique, d’autres pour le chant, d’autres pour les travaux manuels, d’autres pour les sports. Eux sont doués pour courir. En plus, les Kenyans vivent en altitude, alors ils ont une meilleure capacité pulmonaire que les gens vivant au niveau de la mer. Ajoutez à ça qu’ils courent pour aller à l’école dès leur plus jeune âge. Il est donc normal qu’avec une si grande quantité de coureurs, il en ressorte une plus grande quantité de vraiment talentueux. Surtout dans une population génétiquement favorisée pour la course.

Un phénomène semblable (toutes proportions gardées, bien évidemment) commence d’ailleurs à être observé ici-même, au Canada. En effet, trois Canadiens se sont qualifiés pour le marathon des Jeux olympiques de Londres: Reid Coolsaet, Eric Gillis et Dylan Wykes, battant le sévère standard de 2:11:30 fixé par Athlétisme Canada. Pourtant, ça faisait des années qu’on n’avait pas vu un Canadien au marathon olympique et cette année, on en aura trois, ce qui est le maximum admissible, une première depuis 1996. J’explique cet exploit par le regain généralisé de la popularité de notre sport au pays ces dernières années. Si plus de gens courent, plus de doués courent. Et plus il y a de doués, plus il y a d’entraineurs intéressés à les aider à se développer. Ils ne gagneront pas de médaille, mais même s’ils terminent 10 minutes derrière le vainqueur, ils demeurent des athlètes exceptionnels.

J’ai beau savoir tout ça, je ne peux m’arrêter de me demander: comment font-ils ?

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