Vermont 100, l’avant-course

La journée débute tôt. 6h30, je suis assis sur le dur plancher devant l’entrée de la clinique sans rendez-vous, le premier en ligne en vue de l’ouverture à 7h30.

Après l’attente, une fois entré dans le cabinet, le médecin regarde la plaie: pas vraiment de changement. Heureusement pour moi, elle est de bonne humeur aujourd’hui, alors elle me fait un pansement triple épaisseur (pour qu’il tienne bon durant la course) sans rechigner. En échange, je promets de commencer les antibiotiques qu’elle me prescrit,  mais seulement à partir de lundi. « On se revoit mardi ou mercredi » qu’elle me lance. C’est un rendez-vous, docteur ! Ou presque…

Je suis de retour assez rapidement à la maison, puis on pacte le RAV4 en vue du petit voyage vers le Vermont. Barbara passant son tour pour cette fois, mon équipe de support sera composée de ma soeur Élise et de mon père pour mon troisième 100 miles.

C’est avec une certaine surprise que nous constatons le peu de monde qu’il y a à la frontière. Pourtant, avec les vacances de la construction qui commencent aujourd’hui… On nous avait prévenus de partir tôt, mais… rien.  Tant mieux !  C’est tout juste si le douanier pose une question et nous sommes passés.

Les routes du Vermont, c’est comment dire ? Reposant. Les montagnes qui se profilent à l’horizon, les grands espaces verts et surtout, pas une seule publicité sur le bord de l’autoroute qui viendrait gâcher ce spectacle. J’adore.

Petit arrêt pour une pause-pipi. De l’auto qui s’est stationnée à côté de nous sort un gars qui porte des bas de compression et un t-shirt du Oil Creek 100. Mon extraordinaire pouvoir de déduction me dit que lui et ses accompagnateurs s’en vont à la même place que nous. Et comme bien des hommes, nous engageons la conversation… aux urinoirs. Il se présente: c’est Vincent. Il en sera à son deuxième Vermont 100 (je tiens à souligner que nous avons gardé la première poignée de main pour plus tard dans la journée, question de demeurer temporairement des gens normaux en ce qui concerne les convenances hygiéniques).

Nous poursuivons notre route et après le diner, nous nous dirigeons vers Silver Hill Road, le lieu de départ/arrivée de la course et où est situé son quartier général durant la fin de semaine. Après quelques détours, nous arrivons sur place.

Ça fourmille déjà. Plusieurs campeurs sont installés depuis un bout, les chevaux sont là également. Car oui, parallèlement à la course à pied, il y a une randonnée à cheval qui se déroule. Se cogner le postérieur sur le dos d’un cheval sur une distance de 100 miles, il faut quand même le faire. Ok, vous allez me dire qu’il y en qui font ça à pied, je suppose…

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Le terrain de camping

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Le « camping » pour les quadrupèdes

Après avoir dûment enregistré le RAV4 comme « voiture officielle » pour le soutien (chaque coureur est autorisé à n’en avoir qu’une seule), nous nous dirigeons vers la tente où je ramasserai mon dossard, mon t-shirt (qui est noir, c’est quoi l’idée pour une course organisée en plein été ?) et subirai ensuite un petit examen médical.

J’avoue que celui-là me stresse un peu. Je n’ai pas l’intention de parler de mon kyste, mais s’ils le découvraient ? Me laisseraient-ils faire la course ?

Ok, d’abord la pesée. Hou là, on ne parle pas de « balances » bric-à-brac comme à Bromont, ici. Ces bidules sont électroniques et l’organisation a pris soin de les installer sur quelque chose de solide et stable. Quand j’embarque dessus, je vois apparaitre 148.0 livres. Ouais, ça a de l’allure.

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La pesée officielle. Ça ne se passe pas vraiment comme à la boxe, hein ?

Bon, pour la pression et « l’interrogatoire », maintenant. Les trois « infirmières » sont libres, je me présente à celle la plus près qui s’adonne par le plus pur des hasards à être la plus jolie. Ma sœur s’amusera plus tard à se payer ma tête à ce sujet car semble-t-il, il y a toujours des références à l’esthétique de la gente féminine dans mes billets. Ben voyons, où va-t-elle pêcher ça ?  😉

Ma pression: 148/70. C’est donc ben bizarre, cette affaire-là… 148, c’est haut, mais bon, je suis un peu nerveux et quand même en présence d’une plutôt jolie personne. Mais 70 ?  C’est bas, il me semble. Enfin, mon explication de l’énervement précédant la course semble passer.

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Pression à 148/70. De quessé ?

Suivent quelques questions à propos de mon passé médical. Dans mon anglais rouillé, je réussis à bafouiller quelques réponses qui me semblent approximatives, mais qui ont l’air d’être satisfaisantes. Je passe donc le test. Clear to go. Et pas un mot sur mon kyste. Parfait !

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Ce que je bredouille semble tout de même assez intéressant…

Il est 14h. Trop tard pour retourner s’installer à l’hôtel, mais trop tôt pour attendre le briefing de 16h. Que faire ?  Ben attendre, il n’y a foutrement rien à faire, ici…

Nous nous installons à une table sous la grande tente. Seb arrive peu de temps après, avec son équipe de support. Comme il dit qu’il va aller acheter les billets pour le souper du soir et le BBQ de dimanche, je lui offre ceux que j’ai pour le BBQ, lui expliquant que je devrai retourner à Montréal dimanche matin pour faire changer mon pansement, qu’on ne pourra pas être là, etc.

« As-tu ton stock ici ? » demande un de ses équipiers. « Je suis chirurgien, je pourrais te faire ça. »  Malheureusement, je n’ai rien pour changer le pansement, mais peut-être me serais-je trouvé quelqu’un pour régler ce foutu volcan une fois pour toutes ?  À suivre…

Seb semble très confiant. Il est souriant, blague sur tout et rien. Presque totalement remis de sa blessure, il vise sous les 15 heures demain, ce qui l’amènerait tout près du record du parcours. Ce serait bien qu’il réussisse. Vous imaginez, un Québécois qui gagnerait ici ?  Ce serait génial. Et si Joan est en forme…

La délégation québécoise se pointe tranquillement: Vincent arrive, Stéphane le suit de près. On aperçoit Joan, qui ne semble pas à son meilleur. Et pour cause: Mélanie n’est pas là, victime de la gastro, tout comme un, peut-être deux de leurs enfants. Il sera donc vraiment solo demain.

Tiens, Line, la femme de mon partner Pierre. Elle, leur fille et leur nièce sont ici pour être bénévoles à Camp 10 Bear, LE poste ravitaillement, celui où on passera à deux reprises durant la course et où on sera contrôlés médicalement à chaque fois. Je m’en vais saluer Pierre qui viendra nous rejoindre pas tellement plus tard, nous amenant d’excellents gâteaux aux dattes qu’il a faits lui-même jure-t-il. Il nous présente Simon, un coureur qui en sera à son premier 100 miles et qui me rappelle quelque chose… Puis Pat arrive, on pique une petite jasette. Il y va pour son 5e Vermont 100, il est ici avec sa petite famille ainsi que ses amis pacers. Tout ce beau monde dormira à l’hôtel, sauf lui, qui sera sous la tente. On parle aussi souliers. En fait, lui parle de souliers, car moi, je n’ai aucune foutue connaissance dans le domaine…

Cout’ donc, pour un gars pas sociable, ça commence à faire pas mal de monde avec qui je jase…  😉

Le briefing commence. Je sais que ce n’est pas le but, mais c’est loin d’être intéressant. Après un petit speech du représentant du Vermont Adaptative, il y a remise de prix pour ceux qui ont amassé le plus d’argent. Puis Amy, la directrice de course, nous sert un rappel des divers règlements de la course. J’entends Omer Simpson d’ici: « C’est plate ! ». Disons que l’organisation a des croûtes à manger pour rendre ça aussi intéressant que Massanutten. C’est seulement lorsque Amy, visiblement mal à l’aise, nous rappelle de ne pas faire de numéros deux sur des terrains privés (il semblerait que certains propriétaires du coin se soient retrouvés avec des rebuts humains dans leur jardin ou derrière leur cabanon certaines années) et plutôt essayer de se trouver un endroit boisé avant de s’exécuter. Ha, quand on parle de pipi-caca, on finit toujours par rire !  Je note qu’on ne nous demande pas d’enterrer le tout, comme lors de certaines courses. S’il avait fallu… Les chevaux, est-ce qu’ils enterrent leurs choses, eux ?

Départ pour l’hôtel où la préposée à l’accueil me demande si je fais la course. Quoi, elle sait que ça existe, cette course-là ?  Elle semble pas mal au courant, en fait. Et à ce qu’elle dit, nous sommes plusieurs coureurs qui couchons ici. La bonne affaire: ça risque d’être très tranquille cette nuit.

Après être passés à l’épicerie, nous nous installons dans la chambre pour souper. Je préfère manger des choses familières la veille d’une course, ce qui explique pourquoi nous ne sommes pas au souper fourni par l’organisation. Mon père m’offre une bière. Elle me tente… Juste une, ça dérangerait quoi ?  Je résiste. Il revient à la charge quelques minutes plus tard, en versant un tout petit peu de précieux liquide dans un verre. « Ça ne te fera pas mourir ». Il a bien raison. Je me laisserai tenter à nouveau un peu plus tard. Je suis tellement faible…

Puis c’est la préparation de mes affaires pour demain en ensuite, le dodo. Ou le semblant de dodo. J’ai le sommeil agité. À minuit, je vais aux toilettes et ne dormirai plus. Je sens que mon père, couché dans le lit à côté, ne dort pas vraiment lui non plus. Ma soeur ?  Elle ronfle même si elle est couchée sur la combinaison fauteuil-pouf-chaise de bureau, personne n’ayant osé suggérer de partager un des deux lits doubles avec un autre membre de la famille.

Une fois l’heure prévue arrivée, je me lève et discrètement, me dirige vers la salle de bain: c’est là que je prendrai mon dernier repas avant la course. À la guerre comme à la guerre. Puis, quand vient le temps de réveiller mon monde, je me dirige vers la fenêtre et constate qu’il pleut. Et pas mal à part ça. Merde, je m’en serais bien passé… Heureusement, ça arrêtera avant le départ, mais on sent que ça va revenir… et que la journée sera très humide.

Nous arrivons sur le site autour de 3h10. Ça commence à grouiller, les campeurs se réveillant tranquillement. Je préfère toujours arriver pas mal d’avance, question de… faire ce que j’ai à faire pour ne pas avoir à m’exécuter derrière un cabanon, si vous comprenez ce que je veux dire.

Après l’enregistrement, je retrouve le clan québécois. On jase un peu, l’ambiance est comme toujours avant une course: simili-relaxe et il y a beaucoup de sourires. On prend quelques photos et un instant plus tard, on nous appelle au départ.

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Pierre, Joan, moi et Simon. Vous ne trouvez pas que Joan a un drôle d’air ?

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Ma petite sœur qui récupère mon accoutrement d’avant-course. Ready to go ! 🙂

Il fait noir, très noir, et le ciel couvert n’aide pas à éclairer le ciel. Moi qui me demandais si je devais partir à la frontale. Du con… Comme je suis arrivé un peu tard dans le groupe, je dois me placer plutôt à l’arrière, avec Pat et Vincent.

Puis, c’est le décompte. Voilà 100 miles, 160.9 kilomètres à franchir. Encore. Ouf !

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2 avis sur « Vermont 100, l’avant-course »

  1. Ben oui, pour un gars pas sociable tu parles à beaucoup de monde. Tu t’en vient extraverti ! C’est vrai que Joan avait un drôle d’air, pas son air habituel, peut-être qu’il couvait une gastro… Et pour la pression, 70 c’est pas si bas que ça, moi j’ai toujours les mêmes chiffres, les infirmières seraient inquiètes au Vermont 100, 59/90, les docteurs me demandent toujours si je me sens bien et si j’ai des étourdissements… mais pour moi c’est la norme.

    • J’ai jasé avec Joan après la course et je lui ai demandé à propos de la gastro. il semblerait qu’il avait justement le problème inverse. Hum…
      Quant à la pression, je suis habituellement à 80 pour la « basse », alors être à 70 alors que je suis un peu sur les nerfs, je trouvais ça bizarre. Mais bon, elle m’a laissé partir, alors le reste, je m’en fous un peu.
      N’empêche, 90/59, c’est vrai que ce n’est vraiment pas haut. Le jour où tu feras le Vermont, faudra les avertir… 🙂

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