Les suites d’un abandon

Luc, t’as besoin de bénévoles ?

« Hey Freeeed, comment ça va ? ». Je l’avais vu passer au 38e kilomètre, je m’étais dit que j’essaierais de le voir après l’arrivée pour lui annoncer mon retrait du 50 km 5 Peaks d’Orford dont il est l’organisateur. Si je n’étais pas foutu de faire plus de 4 kilomètres après une semaine sans courir, il était hors de question d’en envisager 50 trois semaines plus tard. Dans le meilleur des cas, je pourrais reprendre le collier cette fin de semaine-là.

J’ai perçu de la tristesse sur son visage quand je lui ai résumé ma mésaventure. Entre coureurs, on se comprend. On sait c’est quoi, être privés de notre drogue. « Ha, on a toujours besoin de bons bénévoles… Je vais te mettre en charge de surveiller les toilettes, tiens ! ». J’ai éclaté de rire. Il me fait toujours rire. Vous devriez lire ses info-lettres pour sa course : du bonbon.

J’avoue que ça me faisait bizarre de déambuler dans une aire de retrouvailles après une course après avoir dû l’abandonner. On voit tous ces coureurs radieux, avec leur médaille de finisher au cou… On se sent… comment dirais-je ?  Pas à sa place. Comme si on n’avait pas du tout d’affaire à être là.

Au moins, j’étais vraiment, mais vraiment heureux pour ma sœur. Me connaissant, j’avais peur que le fait d’être blessé me rende d’une humeur massacrante et que je devienne le casseux-de-party de son premier marathon. Mais non, j’étais si heureux pour elle. Et c’était tellement beau de voir la fierté de Christian et de mes parents. Vraiment, un beau moment passé en famille.

J’appréhendais également le long retour en voiture. Deux heures seul avec moi-même, deux heures pour tout ressasser. Encore là, rien à signaler. Ce n’est pas comme s’arrêter durant un ultra parce qu’on n’en peut plus ou qu’on n’a plus le goût. Dans ce temps-là, on se dit qu’on aurait pu faire ceci, dû faire cela, etc. Ce n’était pas le cas. J’étais blessé, je ne pouvais pas poursuivre, point à la ligne.

J’ai plutôt dressé mon plan pour les prochaines semaines. En plus du 50k d’Orford, j’allais devoir me retirer de la Course des 7, où j’étais supposé être lapin de cadence, et du Vermont 100. J’avais une blessure de fatigue, il n’était pas question que j’essaie de me faire un 100 miles plutôt roulant dans un délai si court.

Mais il fallait surtout que je soigne. Et ça, ce serait l’affaire d’Annie-Claude, la physio qui a réglé mon problème d’ischio.

Faut croire que je ne suis pas le seul à la trouver bonne parce que j’ai dû attendre au vendredi pour avoir un rendez-vous. Verdict : déchirure de grade 1 (ça a l’air qu’il y en a 3), pronostic de deux autres semaines sur les lignes de côté. Définitivement que j’avais bien fait de déclarer forfait pour mes courses !

Finalement, après une semaine où j’ai été un patient modèle (c’est-à-dire que j’ai fait tous les exercices prescrits et ce, sans en faire trop), j’ai eu la permission de reprendre. Ok, « reprendre », façon de parler: 15 minutes en mode 2/1 (2 minutes de course pour 1 minute de marche), mais bon. En fait, ça fait un beau prétexte pour se rendre l’épicerie qui coin. Demain, ce sera 20 pleines minutes. Hou la la…

Ceci dit, c’est peut-être psychologique, mais depuis que je me suis fait cette micro-sortie hier, il me semble que le mollet va mieux. Comme si la reprise avait aidé la guérison. Oui je sais, c’est dans ma tête…

Il y a une affaire que je retiens dans cette histoire-là (mis à part le fait qu’il ne faut jamais présumer de son « invincibilité ») : demander des conseils à d’autres coureurs, lire des publications, aller voir sur les forums de discussions, ça donne une bonne idée. Mais il n’y a jamais rien qui va égaler l’avis un professionnel. Lui, il nous voit, nous tâte, constate quels mouvements on peut faire ou ne pas faire. Des blessures, il en voit à longueur de journée et elles sont toutes différentes.  Bref, il a tous les outils pour cerner le problème et prescrire le « remède » approprié.

La suite des choses maintenant ?  Pour l’instant, je ne suis inscrit à aucune course. Toutefois, mon retrait du Vermont a un double impact sur les « monuments » auxquels j’aimerais prendre part. Tout d’abord, il y a évidemment l’UTMB, pour lequel je dois amasser 3 petits points cette année pour assurer mon inscription l’an prochain. Je comptais sur le Vermont pour aller en chercher 6. Il y a toujours Bromont qui demeure toujours dans ma ligne de mire, mais comme il n’est pas encore accrédité officiellement (Gilles ?), j’aurais préféré être fixé plus rapidement.

Autre inconvénient: le Vermont était la seule course qualificative pour le Western States que j’avais prévu faire cette année. Oups.

Ha, ce n’est pas la fin du monde, c’est juste une course… Mais dans un autre sens, je trouverais pas mal cool de me faire les deux courses en sentier les plus célèbres. Je suis donc allé voir la liste des courses qualificatives, au cas où il y en aurait pas trop loin en automne.

Et sur quoi suis-je tombé ?  Sur le Harricana 125. Début septembre, une organisation extraordinaire que je connais bien, franchement pas loin de la maison… En plus, cette course donne 5 points UTMB. Comment passer à côté ?

Bref, histoire à suivre. Si la guérison se déroule bien…

Citations estivales

Ce soir, quelques citations que j’ai retenues d’un été bien rempli. 🙂

« C’est le fun, tu jases. Les lapins sont loin d’être tous comme toi !» – Course des 7, peu après le départ du 21 km. Éric, qui m’a auparavant spotté dans mon costume de lapin, m’entretient ça depuis le début. De temps à autre, je réussis à placer une phrase. Les autres lapins devaient être foutrement silencieux…

« On est chanceux, on est entourés de plein de belles femmes ! »  – Maude était avec nous depuis le départ. Puis il y a eu Stéphanie qui est arrivée en trombe autour du 3e kilomètre. Relativement « costaude » (façon de parler) pour une coureuse, je m’étonnais qu’elle puisse tenir le rythme que mon rôle imposait. Et comme elle savait le souffle court en plus…  Disons que je ne m’attendais pas à ce qu’elle tienne le coup jusqu’à l’arrivée. S’ajouta ensuite Sophie au début du deuxième tour. Amie de Stéphanie et physiothérapeute de profession, elle s’ennuyait sur le site de départ-arrivée car au froid de canard qu’il faisait, il n’y avait pour ainsi dire pas un chat sur place qui sollicitait ses services.

Bref, Éric-le-moulin-à-paroles qui semblait les connaitre n’avait pas tort : leur compagnie était fort agréable. Et il ne se gênait pas pour le dire. Et le répéter.

Pour la petite histoire, Éric a décroché autour du 12e kilomètre et Stéphanie m’a fait mentir quand elle et Sophie se sont envolées à la fin du 2e des 3 tours. Quant à Maude, elle a fait une course bigrement intelligente, demeurant derrière moi quand le vent était à son plus fort et quand elle a senti qu’elle pouvait y aller, a ouvert la machine. J’avais fait mon travail.

Le tout s’est terminé dans la bonne humeur et les high fives.

« Ça c’est décourageant, hein ? » – La course de 7 kilomètres débutait exactement 1h45 après le départ du 21 kilomètres. J’avais demandé à l’organisation si je pouvais m’insérer et comme la réponse avait été positive, dès mon arrivée, je me suis précipité vers le départ.

Sauf que la course était déjà lancée et je n’étais pas avec les gens qui auraient normalement suivi ma cadence de 5 minutes au kilomètre. Je remontais donc le troupeau, dépassant les coureurs les uns après les autres quand j’ai entendu un monsieur dire ça à sa partenaire.

Et il a ajouté : « En plus, lui il a déjà 21 kilomètres dans les jambes… »

« Ça prend juste un bon tapering. Au moins 3 semaines » – Gilles, le grand manitou derrière le Bromont Ultra. Je venais de lui parler de l’Eastern States qui a la réputation d’être très difficile, qu’il va faire chaud, et patati, et patata…

J’ai l’habitude d’être assez négligent du côté tapering, mais j’ai décidé de m’essayer pour une fois. Mais je me suis laissé deux semaines, pas trois. On verra ce que ça donne.

« Hé content de te voir !  Câl… qu’il fait fait chaud ! » – Louis venait d’arriver au ravito Camp 10 Bear pour la première fois. Ouais, la canicule que nous avions subie durant la semaine s’était un tantinet résorbée, mais on ne peut pas dire que c’était frisquet, mettons. Toutefois, il avait l’air plus amoché moralement que physiquement. Ce satané Vermont 100, qu’on dit supposément facile, il a le don de nous rentrer dedans. Monte, descend, monte, descend…

Nous devions être 4 ou 5 autour de lui à essayer de lui amener de la bouffe, de l’aider avec ses affaires. Au moment de repartir, il m’a glissé : « Je ne suis pas certain que je vais finir… ». Je l’ai pris par les épaules et lui ai dit de prendre ça un ravito à la fois, de ne pas penser au reste. Dans un ultra, tout finit par passer. Dans le genre cliché, c’est dur à battre, mais bon, si j’avais de la répartie, je ferais peut-être un autre métier.

Au BBQ le lendemain, il me dira que je lui avais vraiment donné le boost dont il avait besoin. Ça m’a vraiment fait plaisir.

« Je t’avertis, ça va être long… » – Martin vient de se présenter pour la deuxième fois à Camp 10 Bear et à partir de là, je peux l’accompagner. La chaleur ne semble pas trop l’avoir affecté, mais les mouches à chevreuil, hou la la… Il a au moins une quinzaine de piqûres dans le dos.

Tu as du lousse en masse pour les 24 heures, tu sais… « C’est 20 heures que je vise ! ». C’est possible, vu qu’il a 5 minutes d’avance sur mon temps de l’an passé. À moi de l’amener vers son objectif, maintenant.

« À quoi ?!? » – À la demande de Martin, MON coureur, tel un Capitaine Caverne fouillant dans sa barbe, je suis parti à la recherche d’un gel à travers les multiples racoins de ma veste. Le premier que j’ai réussi à trouver était à saveur de… root beer. Oui Martin, de root beer.

Ils sont comme ça, GU avec leurs gels: ils offrent plein de saveurs bizarres. Bacon à l’érable, caramel salé, menthe concombre (?!?), « espresso love » (pourquoi « love » ?) et plusieurs autres. Dont root beer. Je m’étais dit que je l’essaierais, mais bon, c’est Martin qui sera mon cobaye. Autour du 130e kilomètre d’un ultra. Dans le genre timing pas tellement idéal…

J’ai d’autres sortes si tu veux… « Non, ça va être correct. » Il a à peine terminé sa phrase qu’il commence à engouffrer ledit gel. « Ost… !  Il a failli ressortir deux fois plus vite qu’il est entré ! ». Oups, on dirait bien que le mot « root » était de trop dans la description de la saveur du gel pour que ça passe mieux.

Car Martin, en tant qu’ultrarunner (en tout cas, en tant qu’ultrarunner québécois) a une légère tendance vers le houblon, le malt et autres produits dérivés. Et en plus, j’ai pu le constater depuis mon arrivée ici, le Vermont regorge de bières de microbrasseries. Non mais dites-moi, est-ce le paradis ici ou pas ?  De superbes chemins de campagne bien ondulés, des paysages magnifiques, des habitants  accueillants et respectueux qui élisent Bernie Sanders et qui en plus, produisent un éventail impressionnant de bières artisanales… Qui dit mieux ?

« C’est une fille, elle a du Cutex » – Martin et sa logique implacable. C’est que depuis que j’ai commencé à le pacer, nous jouons au yoyo avec une personne dont le genre est difficile à préciser. La queue de cheval tressée donne un indice, mais ne confirme pas tout. Nous lui avons même parlé, question d’en avoir le cœur net, mais sans confirmation définitive, sa voix s’apparentant à celle de Caitlyn Jenner. Dans le genre pas clair…

Mais avec une preuve comme celle que Martin vient de sortir…

« FRED !!!  Douleur, ça se dit comment en anglais ? » – Ravito Bill’s, mile 88. Martin a mal à un pied depuis quelques kilomètres et les Advil que j’ai sortis de ma barbe-de-Capitaine-Caverne n’ont pas réussi à tout endormir. Il tente tant bien que mal d’expliquer ce qui se passe au personnel médical et fatigue oblige, les mots ne viennent pas facilement.

Pain mon chum, pain. Finalement, c’est un bleu. Sous le regard sceptique de l’infirmière/médecin, il installe un morceau de bon vieux duct tape par-dessus son bas et enfile son soulier. La douleur disparaitra comme par enchantement.

« Je suis détruit » – Je suis définitivement un mauvais pacer. Pourquoi ?  Je n’ai pas de foutue mémoire. Tout comme à Bromont, je ne me souviens plus qu’il y avait tant de montées dans cette partie du parcours. Je savais qu’il y en avait, mais à ce point ?

Alors quand je dis que les montées achèvent, j’ai l’air de quoi quand une autre se présente ?  Ben c’est ça, d’un mauvais pacer.

Mon coureur est à bout, sa journée a été très longue. Et c’est en ces mots qu’il me résume son état. Je sais qu’il va se rendre au bout et aura probablement un sursaut d’énergie vers la fin. Mais en ce moment, je ne sais pas trop quoi faire pour l’encourager. Je ne suis tout de même pas pour commencer à lui chanter Sweet Caroline. En tout cas, je n’irai pas lui dire que la dernière montée était vraiment la dernière…

« Ça goûte la Laurentide » – Polly’s, mile 95. La veille, un bénévole a promis une bière à Martin à cet endroit. Chose promise, chose due et mon coureur se retrouve avec un verre de Genesee à la main.

Genesee ?  Connais pas. « Elle a du goût. Ne me parlez pas des Michelob, Budweiser, Miller, ça ne goûte rien. Celle-là goûte quelque chose et n’est pas chère : on peut en avoir une caisse de 30 pour 16$»

Pas rassurant. Vous savez, je suis persuadé que mon urine a du goût et elle ne coûte définitivement pas cher, ce n’est pas une raison pour en boire. Martin me confirme le tout pas cette simple phrase… et m’en offre une gorgée. Je pense que je vais laisser faire.

« Awesome ! » – C’est Amy Rusiecki, la directrice de course. Martin vient de terminer en 20 heures et 33 minutes (j’ai définitivement mal fait mon travail), en 27e position. Elle est mariée au grand gagnant, elle a fait cette course sous les 20 heures à quelques reprises et pourtant, elle accueille et félicite chaque participant avec un bel et sincère enthousiasme, comme si elle venait d’assister à un véritable exploit. Je l’adore.

Elle me jette un coup d’œil, je me demande si elle reconnait le zigoto qui lui a suggéré de lui foutre une claque sur la gueule il y a quelques semaines à peine. Si oui, elle ne le montre pas.

« Fred, je l’ai clenchée !!! » – Pierre vient d’arriver. Son mollet lui a causé des soucis tout au long de la journée, mais il est tout content de m’annoncer qu’il a dépassé la seule personne qui n’est pas sympathique dans le monde des ultras. On en avait parlé lors de notre dernière virée, on en rêvait presque : si on pouvait lui botter le derrière au moins une fois… Voilà, Pierre a réussi, se payant le luxe de la dépasser définitivement dans les 5 derniers miles.

Ha, si je pouvais lui faire le coup à Eastern States, que ce serait jouissif !  🙂

« Si t’as des problèmes intimes, tu diras à ta femme que c’est parce que tout ton sang est rendu dans ton mollet » (version censurée) – Pierre nous montrait son mollet. Pourtant déjà plutôt bien pourvu dans le domaine, celui qui est blessé dépasse tout de même de 50%  son collègue en volume. Martin dormait sur la chaise à côté il n’y a même pas 15 secondes de ça, mais ça ne l’a pas empêché de nous sortir celle-là du champ gauche.

Je la ris encore.

« Après 22 kilomètres, on aurait dit que tu venais juste de commencer à courir !» – Jonathan, le fils de 14 ans de mon amie Marie-Josée. Très bon coureur à son école, il est fasciné par les distances que je peux parcourir. À chaque fois qu’on se voit, il ne tarit pas de questions.

Par ce beau samedi matin, je m’étais élancé sur le chemin Gosford, près du lac Nicolet, me promettant de revenir « prendre » Jonathan ainsi que mes amis d’enfance Sylvain et Louis une fois que j’aurais une vingtaine de kilomètres dans les jambes. Après les avoir manqués, j’ai poursuivi ma route et ai fini par croiser le jeune homme. Il avait fière allure, ça semblait bien aller son affaire. Il a beaucoup de potentiel, à mon humble avis.

Mais bon, les distances, ça impressionne toujours. Et pourtant…

« Je vais faire un demi » – Dimanche, je termine ma dernière tournée du mont St-Bruno avant Eastern States. Un 20 kilomètres sans forcer, sans aller dans les plus grosses montées. À l’accueil, je croise Pat qui en est à sa dernière avant son prochain défi, le Bigfoot 200.

On placote un peu, parle du Bigfoot. Il se rappelle que je fais aussi une course en même temps que lui, c’est là que je lui dis ça.

« Tu vas à Eastern States ?  Tu le fais au complet, non ? ». C’est ce que je dis : ça fait un « demi ». Je pense qu’il l’a trouvée bonne.

« Tu n’as pas peur d’avoir chaud ? » – Une mère, ça demeure toujours une mère : ça s’inquiète pour ses enfants. Non maman, je n’ai pas peur d’avoir chaud, je VAIS avoir chaud. En plus, les sentiers risquent d’être complètement gorgés d’eau. On dirait bien qu’encore une fois, je ne pourrai pas vivre un 100 miles sans pluie. Le bonheur.

Pourquoi je fais ça, donc ? 😉

2015, une drôle d’année

Les traditions étant les traditions, pas moyen de passer à côté de celle qui en est rendue à sa quatrième édition, soit la revue de ma dernière année dans le merveilleux monde de la course.

Voici donc ce qui m’a « frappé » au cours des 12 derniers mois…

Les femmes de la course – Contrairement aux années précédentes, j’ai cru remarquer qu’elles avaient eu un rôle plus important dans mon activité en 2015. Je ne peux donc tout simplement pas laisser leur apport sous silence.

Tout d’abord, je me dois évidemment de souligner, encore une fois, tout le soutien venant de la part de ma (la plupart du temps) tendre épouse Barbara. Contrairement à bien d’autres qui prétendent soutenir leur homme et qui profitent ensuite de la moindre occasion pour leur ramener ça sur le nez quand ça va moins bien, je sens vraiment qu’elle est derrière moi. Elle me connait mieux que personne et sait que je pourrais difficilement vivre sans mon sport. Or, quand je me suis blessé et aussi quand j’ai eu une grosse baisse de régime en fin d’année, au lieu de me casser les oreilles avec les classiques « Je te l’avais dit » et « Tu en fais trop », elle a cherché avec moi à trouver des solutions. Ajoutez à ça qu’elle a passé une autre nuit blanche à me suivre dans les coins le plus reculés de la Virginie profonde pour ensuite avoir l’immense bonheur d’avoir à me ramasser quand je suis tombé dans les pommes dans la salle de bain…

Donc, très humblement, merci pour tout, mon amour.

Une qui n’a pas eu à passer une nuit blanche, mais presque, et qui a gardé le sourire tout le long, c’est ma « petite » sœur Élise. Prise pour dormir sur le fauteuil de la chambre d’hôtel avant et après la course, elle n’a jamais perdu sa contagieuse bonne humeur tout au long de la journée. Et le sourire, elle l’avait encore par cette belle journée de novembre, quand elle a complété avec brio son premier demi-marathon. Je l’ai dit et le répète, il y a une marathonienne et même une ultramarathonienne dans ma frangine.

Dans un autre créneau, que dire de Fanny, celle pour qui j’ai joué au pacer à Bromont ?  Je l’ai rejointe alors qu’elle avait 124 longs kilomètres dans les jambes. Elle claudiquait, avançait lentement. Mais elle avait un moral d’acier et son esprit était si vif que je me suis trouvé nul de me sentir moche alors que j’avais dormi quelques heures.

Comme le lapin Energizer, elle a avancé, encore et toujours, grugeant lentement, mais sûrement un à un les obstacles qui se dressaient devant elle. Jamais je ne l’ai entendue se plaindre. Une battante, une vraie de vraie. Une inspiration.

Puis, comment oublier Christina, Kathleen et Amy, celles qui m’ont donné tant de fil à retordre en compétition ?

Christina, elle n’avait l’air de rien. Mais elle enfilait les kilomètres en enchainant les petites enjambées à une cadence époustouflante. Au fur et à mesure que la course progressait à Washington, elle s’éloignait de moi, me laissant croire que je n’étais pas vraiment dans une bonne journée. Et pourtant…

De Kathleen, je me rappellerai toujours le fait qu’elle n’arrête jamais, mais jamais de courir, même si elle avance plus lentement que quelqu’un qui marche dans certaines montées.  Et surtout, elle est ce qu’on appelle ici un cr… d’air bête. Autant à Massanutten qu’au Vermont, nous avons fait de longs bouts ensemble et la seule fois qu’elle m’a glissé un mot, c’était pour répondre au « Great job ! » que je lui avais lancé. Elle m’a répondu « You too ! » pour, quelques centaines de mètres plus loin, me dépasser sans me dire un foutu mot. Bout de viarge, elle a parlé plus aux chevaux qu’à moi durant toutes ces heures !

Quant à Amy, bien que son flot incessant de paroles m’ait un peu agacé à Massanutten, la longue jasette qu’on s’est piqué après le Vermont (où elle était directrice de course) m’a fait découvrir une femme charmante et drôle à souhait. Une vraie de vraie trail runneuse, contrairement à l’autre…

Aussi, un petit mot pour Anne, qui aurait bien pu être la première femme à me chicker dans un ultra au Québec. Si ce n’est pas elle, ce sera une autre, car le monsieur ne rajeunit pas et les femmes commencent à pousser pas mal fort ici…

En terminant, bien qu’on ne se soit pas côtoyés en course, j’ai suivi de près (mais à distance) l’impressionnante progression de mon amie Julie cette année. 4 ultras, en plus de plusieurs autres courses pas piquées des vers, c’est toute une saison qu’elle a eue. Et en juin prochain, nous ferons équipe dans le cadre de la Petite Trotte à Joan. J’y reviendrai.

Monsieur dream team – Il a été de tous mes 100 miles, il est sans contredit mon fan numéro un. Homme discret qui n’aime pas être le centre d’attention (c’est génétique, que voulez-vous…), il tient mordicus à faire partie de mon équipe de soutien. Et sa place est réservée à perpétuité (sauf pour les épreuves que je ferai en solo, bien évidemment). Un gros, gros merci pour tout papa.

Mon « entourage » – Bien que la course soit le sujet de ce blogue et que mes interventions Facebook ont presque toutes rapport à ça, c’est seulement quelque chose que je fais, ce n’est pas ce que je suis. Non mais, est-ce qu’il y a quelque chose de plus fatigant que quelqu’un qui parle toujours de la même affaire ?

Ma femme, ma famille, mes amis, mes collègues de travail me permettent d’échanger sur d’autres sujets d’intérêt. En fait, même entre ultrarunners, on parle souvent d’autre chose. Car, il n’y a pas que la course dans la vie, n’est-ce pas ?

« Mes jeunes » – C’est comme ça que je surnommais les étudiants de l’école Gérard-Filion avec qui je courais les lundis. Eux s’entrainaient pour le Grand Défi Pierre-Lavoie et moi, ben, je courais, comme d’habitude.

C’était beau de voir des jeunes motivés par le projet et des profs dévoués les encadrer. Une belle expérience de vie.

Ils nous ont quittés –  Quelques jours avant la course à Washington, j’ai appris le décès de mon oncle Claude, qui n’avait que 70 ans. Je ne le voyais pas tellement souvent, mais c’était toujours un immense plaisir d’être en sa compagnie. Il avait le don de nous faire rire, alternant taquineries et autodérision. Les funérailles ayant lieu le jour où nous partions, nous n’avons pas pu y assister.

Dans les 10 derniers miles, alors que le soleil était à son zénith et que je serrais les dents pour tâcher de terminer, je l’entendais me traiter de débile et rire de moi. J’ai ri tout seul parce que j’étais un peu d’accord avec lui…

Puis, peu avant le Vermont 100, j’ai appris le décès de Christian. Celui-là, je l’ai pris encore plus dur, probablement parce qu’il avait mon âge. Durant la course, dans les moments les plus difficiles, je me rappelais de ses expressions colorées et encore là, je riais tout seul. Deux jours plus tard, à la sortie de l’église de Ste-Julie, je n’ai pas retenu mes larmes. Il me manquait déjà.

Le froid – C’est difficile à croire avec le mois de décembre hyper-clément que nous avons eu, mais l’hiver a été dur dans la partie nord-est du continent. Très dur, même. Jamais vu autant de journées avec des températures descendant sous les -20 degrés, jamais vu un hiver aussi long. Pas les conditions idéales pour se préparer en vue de la saison des ultras, mettons.

La chaleur – Bon, j’ai beau m’en plaindre, mais mon corps vit plutôt bien avec le froid. Malgré les conditions extrêmes, je ne suis jamais allé au bout de ma garde-robe. Je ne protège que très rarement mon visage et n’ai aucun problème à respirer dans le froid. Ha, si mes mains pouvaient être comme le reste de mon corps…

Par contre, la chaleur… Ouch !  Là, c’est plus difficile. Et comme le hasard fait « bien » les choses, il fallait qu’il fasse chaud autant à Washington qu’à Massanutten. Si au moins ça s’était déroulé en fin de saison…  Mais non, c’était en avril et en mai. Dire que j’ai souffert serait un euphémisme.

Un parcours à ma mesure – En banlieue de Washington, sur les bords du Potomac. Deux parcs reliés entre eux par un sentier. Parcours peu technique, relativement rapide. Des boucles, des allers-retours. Un parcours fait pour moi (il le serait encore plus s’il y avait de vraies montées, mais bon…). Je pensais que j’aurais pu faire mieux, mais finalement…

WHAT ?!? – C’est ce qui est sorti de ma bouche. La première fois, alors que j’avais 75 km dans les jambes et que le pauvre bénévole m’annonçait que je devais me taper le foutue boucle de 2.2 miles qu’on s’était tapée plusieurs heures auparavant. Pendant que je bougonnais, les coureurs du 50 km que je venais de dépasser passaient tout droit. Quand j’ai vu Christina sortir de ladite boucle, je me suis résigné : j’y suis allé, la queue entre les jambes, comme si on m’envoyait à l’abattoir.

Puis, une fois l’arrivée franchie, alors que j’envisageais sérieusement de retourner à mon auto pour aller récupérer moi-même mon drop bag, je suis passé à la tente de chronométrage. Comme j’avais eu une course somme toute correcte, je m’attendais à avoir terminé entre les 20e et 30e places. Au mieux, la 15e. Puis, j’ai vu le chiffre : 9e, avec à la clé, une première place dans ma catégorie.

WHAT ?!?

Les roches – Massanutten Mountain Trail 100-Mile Run. Les roches en font sa réputation. J’en ai fait une indigestion, littéralement.

Abandonner ? – En course, j’y avais souvent songé, mais jamais sérieusement. C’était avant de connaitre Massanutten. Il faisait chaud, le parcours très technique faisait que j’avançais à pas de tortue. Je détestais ça profondément. Je voulais juste partir, être ailleurs. Avant même le premier tiers, j’ai songé à abandonner.

Je me suis trainé jusqu’au ravito. Puis jusqu’au suivant. Mon enthousiasme est revenu, avant de repartir. À la mi-parcours, j’étais en mode death walk. La providence a mis Pierre sur mon chemin. Sa présence m’a rassuré, revigoré. Ce n’est que beaucoup plus tard que je resongerai à abandonner, quand, envahi par la fatigue, mon corps ne voulait tout simplement plus avancer.

Le bourbon – Bird Knob, mile 81.6. Je me demande comment je fais pour tenir debout. Le ravito est minuscule et sur place, les bénévoles sont sur le party. Ils nous offrent du bourbon, il me reste tout juste assez d’intelligence pour décliner. Pierre accepte avec plaisir, alors que je me contente d’un concentré de café au chocolat (ou était-ce du chocolat au café ?).

En tout cas, c’est ce que Pierre m’a raconté, car honnêtement, ceci n’est qu’un vague souvenir pour moi.

Pas un pique-nique – Picnic Area, mile 87.9. Je suis au bout du rouleau. J’ignore si c’est la fin ou pas, mais je dois prendre un temps d’arrêt : je dors debout. Le problème est que je ne dors pas une fois couché, alors j’attrape au passage mon partner avant qu’il quitte et nous repartons ensemble.

Quelques centaines de mètres plus loin, mon système digestif me signifie son ras-le-bol. Il refera plusieurs fois des siennes pendant les 3 heures que durera le trajet nous menant au dernier ravito, à peine 9 miles plus loin.

Voulez-vous bien me dire pourquoi ils ont appelé ce ravito Picnic Area ?!?

Les hallucinations – Une dame qui nous fait des grands signes. Un chapiteau. Je les vois, clairement même. Mais Pierre ne les vois pas. J’hallucine, mais le pire est passé. Nous en rions encore.

Le « sprint » –  Nous avons enfin regagné la route. Plus que 6 petits kilomètres. Ma Garmin ayant rendu l’âme, je ne sais pas à quelle vitesse nous allons, mais j’ai l’impression que c’est très vite. Un à un, nous rejoignons des coureurs, les laissant dans notre sillage.

Quelques heures auparavant, je pensais que j’allais mourir. Pourtant, en ce moment, je vole. Et je n’ai jamais pris de repos entre les deux. C’est bizarre, le corps humain.

Mon partner – Nous avons passé 17 heures ensemble. 17 heures à échanger sur tout, à se soutenir, à s’encourager. On dit que pour vraiment connaitre une personne, il faut courir un ultra avec elle. Hé bien, je crois qu’on a vraiment eu la chance de se connaitre tout au long de cette journée et de cette nuit.

J’ai pris le départ de cette course sans trop savoir à quoi m’attendre. Je l’ai terminée avec un ami.

Lapin de cadence – Un rêve devenu réalité 8 ans plus tard. À cause de mon déguisement (ou malgré lui, c’est selon), plusieurs personnes sont venues me parler. Et pendant plus d’une heure, j’ai été leur guide. Une responsabilité que j’assumais pleinement, espérant secrètement avoir contribué un tantinet à la réussite de certains d’entre eux.

Je n’avais juste pas prévu faire les 6-7 derniers kilomètres tout seul…

On s’habitue à tout – St-Donat, la première fois, j’ai détesté. Profondément détesté. Trop technique, trop de bouette, pas moyen de prendre un semblant de rythme. Puis, par masochisme, j’y suis retourné. Bah, pas si pire, que je me disais. J’en ai donc remis une couche cette année.

Ha ben bout de viarge, j’ai même aimé ça !  Comme quoi, on s’habitue vraiment à tout.

Perdu – Mon ami Pierre a la fâcheuse tendance à se perdre quand il court des ultras et j’avoue que nous le taquinons un peu avec ça. Mais cette fois-ci, à St-Donat, c’est moi qui me suis royalement fourvoyé peu après le sommet de la Noire.

Têtu comme une mule, je me suis enfoncé, encore et encore. C’est par une chance incroyable que j’ai fini par retrouver le bon sentier. À ne pas refaire.

Le kyste – Je le trainais depuis longtemps. Des mois, des années ?  Je ne sais pas trop. Il était dans mon dos, alors il ne paraissait pas et ne me dérangeait pas, alors pas de presse à le faire enlever, n’est-ce pas ?

Erreur. Durant les 8 heures que j’ai passées dans les sentiers de St-Donat, le frottement incessant de ma veste d’hydratation a probablement fini par causer une ou plusieurs micro-blessures et ledit kyste s’est infecté. Après quelques jours à l’endurer, j’ai dû me rendre à l’évidence : je ne m’en sortirais pas seul.

On l’a ouvert, vidé, puis on y a installé une mèche que je devais faire changer tous les jours. On m’avait dit que ça durerait 7 à 10 jours, le temps que la plaie se referme. Ça a pris 6 interminables semaines.

Finalement, c’est un chirurgien que j’ai rencontré par hasard la veille du Vermont 100 qui m’en a débarrassé, plusieurs semaines après.

« And you ran a 100 miles with that… » – C’était Amy, après le Vermont 100, alors que je venais de lui expliquer pourquoi je devais retourner au Québec avant le traditionnel barbecue. Tu aurais fait pareil, chère Amy.

« Il est tout mouillé » – L’infirmière qui a effectué le changement de pansement-mèche le lendemain du Vermont. C’est que voyez-vous, j’ai couru 100 miles dans la grosse humidité et pour couronner le tout, je me suis fait arroser non pas par un, mais bien deux orages.

Alors oui, c’est possible qu’il soit mouillé.

Monte, descend, monte, descend… – Dans le milieu, on le dit « facile ». Vrai qu’il n’est pas tellement technique, vu qu’il se passe à 70% sur des chemins de terre. Quand on sait que le record de parcours se situe sous les 15 heures…

Ceci dit, ça n’empêche pas le Vermont 100 d’être tout un test. 100 miles, 161 foutus kilomètres, toujours en montée ou en descente. Aucune de ces montées ne peut se targuer d’être une véritable ascension. Il en va de même pour les descentes, qui se font à peu près toutes à pleine vitesse. Mais c’est l’ensemble, qui est beaucoup plus difficile que la somme des parties, qui fait de ce parcours ce qu’il est : un défi à ne pas sous-estimer.

La cheville – Bang, bang, bang. Des milliers de fois, mes pieds ont frappé le sol. Au bout d’un certain temps, ma cheville en a eu marre. Deux semaines de repos, je la pensais guérie. Erreur. La persistance de ce mal m’a forcé à essayer de changer ma technique de course.

Changement de technique – En course à pied, il faut toujours, toujours y aller graduellement. Ce que je n’ai évidemment pas fait. Des mollets et des tendons d’Achille sollicités au maximum, des malaises qui ne finissent plus de guérir. Je suis maintenant contraint de recommencer à zéro, en espérant que ma cheville me le permette…

Pacer – Étant dans l’impossibilité de compétitionner pour moi-même, je me suis rabattu sur le pacing en fin de saison. Tour à tour, Sylvain, Fanny et ma sœur Élise ont eu à m’endurer, parfois pendant des heures. Je les plains.

Porteur de bière – Mon ami Sylvain était blessé, je me sentais tellement, mais tellement inutile. Quand il m’a réclamé de la bière, j’ai tout d’abord cru à une blague. Constatant son sérieux, je me suis exécuté avec plaisir. Si au moins je pouvais servir à ça…

Réflexion toutefois : 5$, était-ce suffisant pour acheter cette grosse canette de Heineken dans un dépanneur ?

Bénévole –  C’était ma première « vraie » expérience en tant que bénévole dans un ultra. Observer les autres agir, ça nous permet d’en apprendre beaucoup, autant sur eux que sur soi-même, tout en se rendant utile. À refaire.

Courir à travers l’histoire – Rome, Florence. La Place St-Pierre, le Tibre, le Circo Massimo, le Colisée, l’Arno, le Ponte Vecchio, le Duomo, le Palazzo Vecchio.  Des endroits célèbres, « courus » par les touristes. Hé bien moi, j’étais le touriste qui les ai découverts en courant au (très) petit matin, alors qu’il n’y avait personne.

Une manière de découvrir le monde autrement. Je ne l’avais jamais fait, je ne pourrai plus m’en passer. Merci pour le tuyau, Didier.

Ambassadeur – Hé oui, je suis maintenant ambassadeur Skechers. Qui l’eût cru ?

Le down – Retour d’Italie, petite sortie de 10 km en vue du demi avec ma sœur trois jours plus tard. Catastrophe : je fais du 4:23/km de moyenne, de peine et misère. Je mets ça sur le compte du décalage horaire.

Les semaines se suivent et je n’avance toujours pas. La nouvelle technique peut être en cause, mais comme je reviens peu à peu à mes premières amours, il me semble que… Puis, un dimanche, après 11 petits kilomètres à St-Bruno, étourdissements. Je persiste, puis finis par capituler après 18 kilomètres. La semaine suivante, ma « longue sortie » ne fera que 16 misérables kilomètres.

Entre les deux, les sorties plus courtes étaient somme toute convenables. J’en parle aux copains qui ont des propos rassurants. Je consulte tout de même un médecin qui décèle un léger souffle au cœur et commande un bilan médical complet. Une fois « sevré » d’alcool, je me retrouve une aiguille enfoncée dans le bras avant de faire pipi dans le petit pot pour ensuite jouer dans mon caca avec un petit bâton. La joie. J’aurai les résultats d’ici 2 semaines.

Entre temps, j’ai décidé de contrôler ce que je peux contrôler, soit mon alimentation. Donc, moins de sucre et moins d’alcool. Pas de coupure drastique (la vie serait tellement plate et c’est tout de même le temps des Fêtes !), mais un certain contrôle. Ça ne peut pas nuire.

Depuis deux semaines, je sens que je remonte la pente. J’étais peut-être juste fatigué après tout…

Les loteries – L’année a commencé par celle de Massanutten, où j’ai « gagné ». Elle s’est terminée par une « défaite » en vue du Western States (j’avais un gros 3.6% de chance d’être pigé) et un suspens en vue de l’UTMB. Hé oui, j’ai appris tout récemment que mon résultat à Massanutten était admissible pour l’obtention des fameux « points » nécessaires pour avoir le droit de participer à la mythique épreuve.

Mais, tout comme quelques-uns de mes comparses, j’avoue que toutes ces loteries commencent à me peser. Bientôt, on ne pourra plus avoir la moindre idée de notre programme de la saison avec tous ces foutus jeux de hasard…

2016 ? – Le programme se dessine tranquillement. Encore une fois, pas de marathons, à moins que ce soit comme accompagnateur. Les marathons et moi…

Malgré toutes mes belles promesses, je compte retourner à Massanutten. J’ai un compte à régler avec cette course-là et comme je l’ai déjà terminée, j’ai à peu près 100% des chances d’y retourner si c’est ce que je veux.

Ensuite, ce sera la Petite Trotte à Joan, puis, comme je ne suis qu’un être humain, je ne crois pas que ce soit une bonne idée de me faire le Vermont 100 trois petites semaines plus tard. De toute façon, si je suis pris à l’UTMB… Je sais, Joan s’est farci les trois l’an passé, mais je le répète, je ne suis qu’un être humain, moi. Et si ça ne fonctionnait pas du côté des Alpes, ce sera l’Eastern States, qu’on dit très, très difficile. Ok, c’est moins glamour, mais bon, c’est aussi pas mal moins loin !

À l’automne, j’espère bien effectuer un retour à Bromont, mais c’est encore loin. Puis, j’aimerais bien me faire  quelque chose de plus petit en mars ou avril. Un 50 km ou un 50 miles. On verra.

Encore une fois, bien des beaux projets ! 🙂

Bonne année 2016 à tous !

Des problèmes avec la gauche

Chers amis, rassurez-vous: malgré ce que le titre de ce billet laisse sous-entendre, je ne parlerai pas de politique. Hé non, je garde mes opinions sur le sujet pour moi… et ma douce moitié.

Non, c’est de mon côté gauche dont je veux parler. Moi le droitier, j’ai remarqué que depuis je cours, c’est toujours mon côté « faible » qui est la cause de mes problèmes. Pourtant, la course est un sport symétrique, non ?

Blessure à l’ischio-jambier droit ?  C’est parce que ma jambe gauche est trop faible (« Elle est morte » m’avait dit Sophie sans passer par quatre chemins). Contracture au mollet droit ?  Même raison.

Cet été ?  J’ai déjà abordé le sujet, c’est un kyste infecté sur l’omoplate qui m’a causé bien des soucis. En fait, il m’a souvent donné l’impression de me faire tout simplement rater mon été: pas de baignade, pas moyen de faire des efforts avec le haut du corps de ce côté (et quand on a ma « charpente », ça ne prend pas grand chose pour avoir à faire des efforts, croyez-moi !), toujours rendu au CLSC pour faire changer le pansement… La grande joie. Heureusement, je pouvais toujours courir, vu que j’étais blessé « au haut du corps », justement. Mais de quel côté ?  Le gauche, bien sûr !

Depuis que l’abcès est guéri, ma gauche, se sentant démunie et abandonnée, m’a réservé une merveilleuse surprise pour la suite des choses: un problème à la cheville.

Celui-là est récurrent. Il s’est manifesté la première fois en 2011, suite à une « petite sortie » de 49 kilomètres qui m’avait amené chez des amis où on allait souper. À l’époque, survolté suite à la lecture d’un livre de Dean Karnazes, je m’étais mis à enfiler les très longues courses (genre distance marathon et plus) à toutes les semaines. Et à un moment donné, ça avait fait crack… Trois semaines d’arrêt complet alors que nous vivions le plus beau mois de décembre que je n’ai jamais connu pour la course. Damn !

Toujours est-il qu’il arrive parfois que je ressente encore cette douleur que je reconnais assez rapidement. Elle était revenue en force durant le Vermont, mais est disparue durant la période de récupération qui a suivi. Comme je ne suis pas intelligent, j’ai repris un entrainement « normal » (c’est-à-dire pas graduel du tout) en vue de Bromont, et après deux semaines complètes, re-crack. Re-damn !

J’ai dû me rendre à l’évidence: fallait que je m’arrête. Encore. Juste avant ma semaine de vacances. Vous imaginez les craintes que ma tendre moitié pouvait avoir ?  Une pleine semaine pognée avec un homme qui ne peut pas courir, est-ce qu’il y a pire souffrance sur cette terre ?  Pas sûr… 😉

Mais, contre toute attente, je me suis retenu… sans chiâler. Oui oui, je le jure ! Enfourchant le vélo, j’ai patienté, bien déterminé à attendre que le mal disparaisse pour reprendre la course. Et après une éternité (une pleine semaine, oui mesdames et messieurs), j’y suis allé graduellement. 10 kilomètres, puis 13 le surlendemain. Ce matin, 21 au mont St-Bruno. So far, so good. Ce n’est pas parfait, mais ça tient.

Vais-je être en mesure de faire Bromont, où selon Gilles, l’absence de Joan fera de moi the heir of the throne (et celui qui se retrouve sur la page couverture du site web !  Voyez de quoi on a l’air quand ça fait 24 heures qu’on s’amuse dans le bois…)?  Rien n’est moins certain. Mais j’y serai, aucun doute là-dessus. Car si je ne suis pas en mesure de courir, j’irai prêter main-forte à Audrey, Gilles, Alister et toute la gang là-bas. Ces gens-là font un travail colossal, on se doit de les aider à la réussite de ce merveilleux événement.

En attendant, le Marathon de Montréal dans 18 jours sera un excellent test. Si ça passe, je me relance dans l’aventure. Si ça casse, quelqu’un a besoin d’aide pour faire des sandwichs ?

Nouvelles post-Vermont

L’après-course

Voilà, j’avais réussi. Joan m’avait taquiné avec le fait que je n’étais jamais parvenu à descendre sous les 24 heures dans un 100 miles, je pouvais maintenant dire que j’avais retranché 4 heures à cet objectif. C’est hyper-plaisant de terminer une course où ça s’est plutôt bien déroulé. Il peut toujours se passer quelque chose dans un ultra, mais au cette fois-ci, rien qui sortait de l’ordinaire ne s’était produit.

Dès que j’ai franchi la ligne, j’ai serré ma sœur, puis mon père dans mes bras. Sans eux, je n’ai aucune idée de ce que j’aurais pu faire. Savoir que je le verrais un peu partout sur le parcours, ça me poussait à continuer, encore et encore. Je m’incline devant ceux qui font la course en solo, je ne sais pas comment ils font… mais je vais probablement m’essayer un jour ! 🙂

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Avec ma petite soeur, qui a tellement aimé l’expérience qu’elle est prête à recommencer et peut-être, agir comme pacer l’an prochain. À suivre ! 🙂

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Mon père, qui a été de la partie pour chacun de mes 100 miles. Il semblerait que nous avons un petit air de famille. On nous a même déjà demandé si nous étions… frères !

Attendant patiemment que nous ayons terminé nos « retrouvailles » familiales, Amy, la directrice de course, affichait un beau sourire. Son travail est totalement bénévole, alors je crois que son « salaire », elle le reçoit quand elle voit les coureurs heureux. Quand je me suis tourné vers elle, elle m’a tendu la main. Nah, je suis québécois, chère Amy, tu vas avoir droit à un câlin !  Elle l’a accepté de bonne grâce pendant que je la remerciais d’avoir si bien mené un événement d’une telle envergure.

Après les photos, je suis retourné la voir pour lui expliquer que j’avais un kyste infecté, que je devais le faire drainer tous les jours, que j’avais un rendez-vous dimanche à 15h, etc. Bref, je ne pourrais pas être au BBQ. « And you ran 100 miles with that ? » qu’elle m’a demandé. Heu oui. Dis-moi que tu n’aurais pas fait la même chose à ma place…

Toujours est-il qu’elle n’a vraiment pas fait de chichi et m’a remis mon buckle. Amy étant Amy, il était impossible que je m’en sorte sans une petite jasette (j’en avais eu un bref aperçu à Massanutten) et bien honnêtement, ça faisait un bout de temps que j’avais envie de lui en piquer une, alors pourquoi ne pas en profiter là, par un beau samedi soir d’été ?

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En pleine séance de mémérage avec Amy. Elle est vachement sympa, j’ai hâte de la recroiser, durant une course ou… après, comme ici.

En quelques minutes, nous avons couvert Massanutten, les difficultés du parcours du Vermont (tous deux sommes d’accord : il n’est vraiment pas facile, malgré tout ce qu’on en dit !), les rigueurs du froid dans le nord-est du continent, l’exploit de son mari Brian en Virginie et bien d’autres choses. J’ai aussi profité de l’occasion pour serrer la pince à Brian, qui avait l’air fatigué. J’avoue que c’est rassurant de voir qu’un athlète d’élite peut sembler humain après avoir couru 100 miles. Il n’avait pas gagné, devant se « contenter » de la deuxième place derrière un gars qu’il ne connaissait pas. Il semblait déçu, mais pas démoralisé. Ce n’était qu’une course, après tout.

Un autre athlète d’élite qui avait l’air fatigué, c’était Joan, que j’ai croisé à la tente médicale. Pierre et lui avaient terminé ensemble, une heure avant moi. Quand on pense qu’il m’avait mis plus de 2 heures à Bromont (tout en se permettant 3 siestes en cours de route) et 6 à Massanutten, c’est dire à quel point la journée n’avait pas été bonne pour lui. Il la raconte ici.

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Joan, pourtant pas dans un grand jour, n’a jamais laissé tomber. Plusieurs à sa place l’auraient fait…

Quant à Pierre, je n’ai malheureusement pas eu la chance de le voir après la course. Mais dans nos échanges Face de Bouc, j’ai senti sa fierté d’avoir réussi à faire sous les 19 heures. Bravo mon ami !  J’ai par contre eu la chance de voir Simon juste avant de partir. Son sourire en disait long sur sa satisfaction d’avoir complété son premier 100 miles en 20h40. Je sens que je vais le revoir très bientôt. 🙂

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Je me suis souvent demandé pourquoi les athlètes olympiques mordaient leur médaille. Peu importe, je me suis amusé à faire de même en mordant mon buckle…

La récupération

Après Bromont, j’avais les chevilles tellement enflées qu’elles ont pris une pleine semaine avant de reprendre leur taille normale. Et j’en ai eu besoin de deux avant de pouvoir reprendre la course.

Suite à mon deuxième 100 miles, à Massanutten, malgré toutes les difficultés rencontrées durant l’épreuve (c’est vraiment le terme approprié !), mes jambes étaient en bon état et je me suis accordé seulement 5 jours de repos.

Après le Vermont ?  Un hybride entre les deux. Une cheville enflée pendant 3 jours, 11 jours sans courir… parce que je le voulais bien. Ne sentant aucune urgence face au reste de la saison, j’ai décidé d’en profiter pour voyager plus souvent au travail à vélo. Après quelques jours, je me suis même surpris à appuyer un peu plus sur les pédales et à tirer un braquet similaire à mes jeunes années.

Bref, tout est revenu à la normale, ou presque. Je suis tout de même en mode « je me traine » quand je cours, mais je suppose que mes jambes vont reprendre leur tonus au cours des prochaines semaines.

Le kyste

Quand je dis « presque »… Le lundi suivant le VT100, j’ai commencé une ronde de 10 jours d’antibiotiques. Disons qu’ils n’étaient pas étrangers à ma décision d’attendre avant de reprendre la course. Moi, courir avec ces cochonneries-là dans le corps…

Une fois le « traitement » terminé, le médecin m’a répété que ce n’était pas normal que ça prenne autant de temps à guérir, que d’habitude, ça prend 7 à 10 jours, qu’il fallait faire quelque chose, etc. Ok, mais on fait quoi ? Pas vraiment de réponse claire, mis à part que je dois voir un chirurgien. J’ai rendez-vous pour le 19 avec François, le membre de l’équipe de support de Seb.

D’ici là, je ferais quoi ?  Ben je ferais mon petit voyage quotidien au CLSC pour faire changer mon combo pansement-mèche. À chaque jour, j’espérais que l’infirmière me dise que c’était presque guéri, que ça achevait, qu’on était sur la bonne voie… pour me faire dire que ça coulait toujours, qu’il semblait y avoir encore un peu d’infection. Le jour de la marmotte, vous connaissez ?  C’est exactement ça que j’ai vécu, pendant 5 semaines au total.

C’était la joie…

Heureusement, la lumière au bout du tunnel semble avoir été rallumée. En effet, depuis dimanche, plus de mèche dans le cratère qui semblerait-il, serait rendu trop petit (je ne sais pas, il est dans mon dos, ce qui fait que je ne le vois crissement pas !). À la place, une gelée, ce qui annoncerait la fin. Vais-je pouvoir finir par me baigner ?

En passant, après avoir vu au moins une vingtaine d’infirmières différentes, je commence à me demander si le look avec la petite cornette, le décolleté plongeant et la jupe courte (vous savez, comme on en voit dans certains films d’auteur) ne serait un pas un mythe. C’est vrai: aucune de celles que j’ai vues jusqu’à maintenant n’était habillée comme ça. Je commence à trouver que ça fait pas mal d’exceptions…

Le reste de la saison

Comme vous devinerez, ce qui reste de ma saison dépendra de ce que le chirurgien va me dire. Pour moi, il n’est tout simplement pas question de courir avec une veste tant que je ne serai pas débarrassé de ce foutu machin dans mon dos. Donc, Bromont serait difficile… à moins que je trouve une façon satisfaisante de pouvoir trainer une bouteille à la main et des bidules à la ceinture. Car à Bromont, on peut avoir besoin de tellement de choses en cours de route : gants, arm warmers, imperméable, tuque à la rigueur. Partir avec une simple bouteille à la main comme dans les vallons de la Nouvelle-Angleterre est hors de question. En ce qui me concerne en tout cas.

Autre histoire à suivre…

Vermont 100: les 50 derniers kilomètres

J’embarque sur la balance. Pendant les quelques instants où l’instrument de mesure semble chercher mon poids, je tente de deviner. « 145.6 ! » que je lance à voix haute. Verdict : 148.0.

Ok, je suis revenu au poids original, big deal. Le chef médical me demande si j’urine. « Yes » que je mens. Parce que non, je ne pisse pas tellement depuis quelque temps et j’avoue que ça m’inquiète un peu. « You drink a lot ? ». Je lui montre ma bouteille, lui signifiant que je la vide entre chaque ravito. « That’s good, you’re clear. ».  Yes !!! Deux contrôles médicaux passés, plus qu’un seul.

Je demande mes Advil. Ma sœur me dit qu’elles sont dans le RAV4, qu’elle va courir aller les chercher. Heu, il est loin, le RAV4 ?  Pas de réponse, elle est partie.  Bon ben, on va bouffer.

Line étant revenue à son poste (sa nièce n’avait heureusement rien de grave), elle m’offre plein de bonnes choses à manger. Ça a l’air tellement appétissant que j’ai envie de tout prendre. Et c’est qu’il y a de l’ambiance, ici ! Le système de son crache « Speed of Sound » de Coldplay, je danse (si on peut appeler ça « danser ») au son de la musique en avalant un grill cheese. Mon père affiche un merveilleux sourire. « C’est comme à Bromont, tu as l’air vraiment bien ! ». Bon, disons que je suis dans un high

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Encore en train de m’empiffrer…

Au retour de ma frangine, je donne mes instructions : à Spirit of ’76, je vais avoir besoin de mes lampes car je doute pouvoir me rendre à Bill’s à la clarté. Avant de partir, rempli de confiance, je lance : « Il parait qu’il faut partir de Camp 10 Bear avant la nuit pour avoir une chance d’avoir son buckle. Regardez, pensez-vous que je vais l’avoir ? ». Le soleil est encore bien haut dans le ciel… Mais est-ce que je viens de provoquer les dieux des ultras en étant si arrogant ? Hum…

Ok, retournons à nos affaires. Ils disent que les 30 derniers miles sont difficiles. Voyons voir. Effectivement, après un petit bout relativement facile, ça commence à monter. Sur route de terre d’abord, puis en sentier.

Sentier qui est boueux, ne me demandez pas comment. C’est même très boueux, au point de ça se met à glisser et je suis incapable de trouver les points d’appui nécessaires pour monter. « TABAR… ! » que je laisse sortir. Puis je souris : je viens de me rendre compte que c’est le premier juron qui sort de ma bouche de la journée (par rapport au parcours, on s’entend), un véritable exploit en ultra. Il faut croire que je ne suis pas dans un mauvais jour.

J’entends des chevaux qui se rapprochent. Je leur cède le passage, mais tout de suite après être passés à côté de moi, l’un d’eux s’arrête net. Heu, c’est que tu me bloques le chemin, le gros… Il semble tout simplement écoeuré de se taper ce beurre de peanuts-là, particulièrement en montée. Tu devrais aller faire un tour à St-Donat, le grand, peut-être que tu ne rechignerais pas trop ici !

Il finit par repartir. C’est vrai que ça doit être chiant de ses taper ces montées avec un gars bien installé sur son dos… Il y a autre chose qui est chiant : sentir qu’on va se faire cheeker par deux filles qui placotent. Parce que oui, j’en entends deux qui jacassent derrière moi et je ne peux pas croire qu’il va y en avoir deux qui vont me dépasser en jasant. Suis-je rendu si lent ?

Le sentier aboutit sur une belle route de terre qui nous donne une vue magnifique sur les alentours. Ha que c’est beau… Dans une montée en pente légère, je comprends ce qui se passe : une fille avec qui j’ai joué à saute-moutons pendant un bon bout de temps avant que je finisse par la laisser derrière s’est prise une pacer et c’est cette dernière qui ne cesse de jacasser. Ha, là je comprends… Non mais, est-ce que je m’en fous de ce qui se passe dans ta job, Chose ?

Après avoir monté pendant ce qui me semble avoir duré une éternité, j’ai Spirit of 76 (mile 76.2) en point de mire. Le capitaine du ravito, me voyant arriver torse nu, m’ordonne à la blague d’enfiler une tenue décente. Mais comme j’aperçois quelqu’un portant un t-shirt rouge à ses côtés (l’équipe médicale porte le rouge), j’obtempère. Je n’ai vraiment pas envie de me faire poser des questions sur le pansement que j’ai dans le dos. Finalement, ce n’était pas quelqu’un de l’équipe médicale…

Alors que j’installe mes frontales (une à la taille, l’autre… ben sur le front, bien évidemment !), je demande à ma sœur d’insérer les piles de rechange dans la poignée de ma bouteille. Plus tard, elle m’avouera que cette simple manipulation a provoqué le transfert d’une odeur de « stock de hockey » sur ses mains. Imaginez ce que je dois sentir…

12 miles avant de les revoir, il est 18h45, je leur dis qu’ils peuvent prendre le temps d’aller souper parce que je vais en avoir pour minimum 2, peut-être même 3 heures avant qu’on se revoit. Ça va dépendre du terrain, que je ne connais pas.

Pendant que le bénévole m’explique à quelles distances sont situés les prochains ravitos (il est tout mêlé dans ses miles), Stéphane arrive. J’avoue être étonné de le voir vu qu’il a terminé neuvième (sur 10 qui avons complété la distance) à Bromont et qu’il a fait 34 heures à l’Eastern States. Je me serais attendu à ce qu’il flirte avec les 26-27 heures ici.

Ouais, ça va bien ton affaire !  « Je ne sais pas ce que j’ai, ça va super bien ! Au-delà de mes espérances ! ». Je comprends !

Je fais un bout avec son pacer et lui dans les sentiers qui suivent. J’y apprends entre autres que des 193 livres qu’il pesait à Bromont, il a descendu son poids à 167 livres ici. Ha, ça explique ben des affaires… Il aurait déjà monté jusqu’à 250-260 livres. Ouch !  Un ancien obèse qui me donne du fil à retordre dans un ultra ?  Way to go, mon Stéphane ! 🙂

Comme il a déjà joué au pacer ici pour une dame qui a terminé tout juste sous la limite des 30 heures, il connait un peu le parcours. Il me dit que ça se corse après Bill’s. Ok, c’est noté. Parce qu’honnêtement, depuis Spirit of 76, il n’y a pas de quoi écrire à sa mère…

Goodman’s (mile 80.3): une table sur le bord du chemin. Le pacer de Stéphane joue au bénévole, c’est vraiment gentil de sa part. Hum, je prends du Coke ou pas ?  Il me tente… Mais je me retiens, je n’ai pas envie d’avoir un goût de sucré collé dans le palais pour le restant de la course. Mon estomac va encore assez bien, pourquoi le provoquer ?

Sur la route de Cow Shed (mile 83.3), un ange descend du ciel. Non, ce n’est pas une hallucination, mais plutôt une dame qui a fait des biscuits et qui en offre aux coureurs. « J’ai pensé que vous auriez besoin de sucre… ». Ce que les gens peuvent être gentils, ici !  Mon amour, on déménage quand ?

Je ne peux pas résister. Hum, sont écoeurants !!!  Celui que j’engloutis fond dans la bouche. « Vous pouvez en prendre un autre ». Non, je vais en laisser aux autres, ce serait un crime de tous les prendre. Mais sont vraiment bons…

Malgré un arrêt forcé aux puits, Stéphane me distance peu à peu. Il est plus agressif que moi dans les montées douces et ça lui rapporte. Je n’essaie pas de m’accrocher, préférant la jouer conservateur.

Ce qui fait que, encore une fois, je me retrouve seul quand les rares nuages qu’on a vus depuis l’orage décident de se rassembler pour se vider au-dessus de moi. C’est une averse, une vraie de vraie. Ça tombe comme une vache qui pisse avec en prime, des vents à écorner un boeuf (ne me reste plus qu’à trouver une expression avec le mot « veau » et la famille bovine au complet sera réunie; vous en avez une à suggérer ?).

Au début, je tâche de demeurer le plus possible sous les arbres, mais à un moment donné, ça ne sert à rien. Je suis complètement détrempé, au point de commencer à avoir froid. Pour ce qui est d’éviter de mouiller mon pansement, on repassera… Et il pleut, il pleut et pleut encore, ça n’a pas de sens. Ho que je suis content que Bill’s soit dans une grange…

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Mon Dream Team II avec en arrière-plan, la grange où est monté le ravitaillement Bill’s. Pouvez-vous croire qu’il va pleuvoir quelques minutes plus tard ?

Finalement, à environ un mile de Bill’s (mile 88.3), la pluie cesse. Enfin !  Sur place, un petit chemin éclairé nous guide vers l’entrée de la grange. Tiens, je ne sais pas pourquoi, mais j’avais dans mon idée que ce ravito était situé en plein champ. Et pourtant, non. Il est sur le bord du chemin…

Ok, dernier contrôle médical. Au moment d’embarquer sur la balance, je suis pris d’un étourdissement. Woh, il ne faut surtout pas que ça paraisse !  Il semble que je réussisse à le cacher. J’attends le verdict. Je devrais être correct…

Quoi, 151.0 !?!  Ben voyons donc, comment ai-je peu prendre 3 livres sur 19 miles ?

Ha non, pas encore le spectre de l’hyponatrémie, merde, merde, merde !  J’essaie de me justifier en sortant les gels que j’ai dans mes poches. « Ça ne change pas grand-chose, vous savez ». Ben voyons, si ça pèse 100 grammes chacun et que j’en ai 5, ça fait une livre, ça madame ! Ajoutez les frontales…

Je me mets en frais de retrouver le poids d’un gel sur le sachet. Avec plus de 17 heures et 142 kilomètres de course dans les jambes, un éclairage du style vraiment pas adéquat et la vue de proche d’un gars dans la mi-quarantaine… Ben oui, cherche donc une aiguille dans une botte de foin avec ça, tant qu’à y être… Je parviens malgré tout à retrouver l’information : un gel pèse 32 grammes. Ça en prendrait 14 pour faire une livre. Je n’en ai jamais 14 dans les poches…

«3 pounds, 2%, no big deal. You’re clear ». Je continue à essayer de me justifier en disant que je bois beaucoup, comme si je n’acceptais pas le résultat. « You’re clear… » me répète la dame. Tu veux quoi de plus, espèce de tête dure ?

En fait, je suis un peu inquiet moi-même. Je n’urine vraiment pas souvent, malgré le fait que je boive beaucoup. Et comme pour en rajouter, mon estomac commence à faire des siennes et je n’ai plus du tout envie d’absorber une autre goutte de LG. Or, si le liquide que je prends ne contient pas d’électrolytes, le risque d’hyponatrémie devient encore plus grand. Bref, je ne suis pas rassuré.

J’en fais part à mon équipe, question de les tenir au courant. Ainsi, s’ils me voient en mode zombie à Polly’s, ils sauront pourquoi. Pendant que nous discutons, je leur demande : « Vous n’entrez pas ? ». « C’est interdit aux équipes de support. Même, on n’est pas supposés être aussi proches de la grange.».

Pardon ?  Je comprends qu’il y a beaucoup de monde ici (la petite grange est remplie de coureurs qui semblent prendre une longue pause), mais là, franchement, dans de telles conditions, c’est inhumain de laisser le monde dehors… En ce moment, je plains sérieusement le bénévole qui viendrait dire à mon équipe de s’éloigner. Car bien que je suppose que ledit bénévole ne comprendrait probablement pas le français, le ton que j’utiliserais ne laisserait aucun doute sur le contenu de mes parole. Non mais…

Le pacer de Stéphane me sort de mes pensées pour me demander si j’ai besoin d’aide pour terminer. Je lui réponds que non, que tout va bien. Croyant que Stéphane est en train de se faire masser ou quelque chose du genre, je pense qu’il voudrait repartir à trois. Ce n’est que plus tard que je comprendrai qu’il avait changé de pacer et avait demandé à celui qui l’avait accompagné pour les 18 derniers miles de m’attendre, au cas où j’aurais besoin. C’était vraiment chic de leur part à tous les deux.

Dernier coup d’œil à la grange remplie, puis c’est le re-départ. Devant moi, 19 petits kilomètres. Ma Garmin ayant rendu l’âme, je ne peux plus me fier qu’à ma montre. Elle indique 21h18. 2h42 pour atteindre mon objectif. Ouf, ça va être serré. C’est le parcours qui va décider…

« Tu vas partir tout seul dans la noirceur ? », demande mon père. Heu oui. Je n’attendrai pas qu’il fasse clair… « Ouais, t’es pas peureux… ».

C’est vrai quand on y pense. Jamais, au grand jamais je n’oserais m’aventurer à la course dans des sentiers ou des chemins de terre en pleine nuit. Honnêtement, je n’ai pas peur des animaux. Mais les êtres humains me fichent la trouille. On ne sait jamais si on peut tomber sur un chauffard ivre ou un cabochon qui décide de « défendre sa propriété ». Or, je ne sais pas pourquoi, mais dans le cadre d’une course, ces craintes tombent.

Heureusement car dans une longue montée, je me retrouve à la hauteur de deux véhicules qui se croisent. Aveuglé par les phares, j’espère que les conducteurs savent qu’il y a une course dans leur perdu coin de pays, car sinon, je pourrais me faire faucher… J’apprendrai plus tard que l’un des deux véhicules était mon bon vieux RAV4.

Stéphane n’exagérait pas : après Bill’s, ça se corse. Les enchainements montées-descentes sont de plus en plus difficiles. Dans l’obscurité, le seul indice que l’on a sur ce qui s’en vient est le positionnement des bâtons lumineux dans les arbres. Et chaque fois que j’en vois un, il me semble être installé des centaines de pieds au-dessus de ma tête. Ça monte, ça monte, ça ne finit plus !

Justement, dans une montée, j’entends encore jacasser. Devinez qui ?  La fille avec qui je jouais à saute-moutons qui a changé de pacer, pour une fille qui, semblerait-il, a les mêmes habitudes que l’autre au niveau des échanges verbaux. En fait, le sujet de discussion n’est pas tout à fait le même. Si au moins elle parlait de sexe ou de quelque chose d’intéressant. Mais non, elle parle de… ses expériences de troubles gastriques en ultra !  Elle raconte donc qu’à telle course, elle a vomi 3-4 fois, ou à telle autre course, un des ses amis a retourné la marchandise avec tellement de pression qu’il y en avait partout. Vous voyez le genre. Entendre parler de ça pendant qu’on a l’estomac qui, justement, commence à avoir son voyage…  Disons qu’à ce moment précis, je préférerais ne pas comprendre l’anglais…

Petite victoire morale toutefois sur cette section: je réussis enfin à faire sortir du pipi de ma vessie. Je n’ai jamais été aussi content de me soulager. Exit l’hyponatrémie.

Après être passés par Keating’s (mile 91.5), c’est Polly’s (mile 94.9). Dernière station accessible aux équipes de support. Je sens l’effervescence dès que j’arrive sur place. C’est la dernière fois que les coureurs voient leur monde, ça sent la fin. On a l’impression que même les bénévoles sont énervés.

Ainsi, je sens beaucoup de fierté dans la voix et les gestes de ma sœur et de mon père. Il y a de l’émotion dans l’air, aussi. La journée a été très longue et tout ça achève. Un dernier petit coup de cœur et on se revoit à l’arrivée. Il est 23h01, restent 5.1 miles à faire. C’est toujours jouable. En temps normal, 5.1 miles en moins d’une heure, je ferais ça sur une jambe, mais bon, on n’est pas en temps normal.

Ça va plutôt bien. L’idée de voir la ligne d’arrivée a réussi à calmer mes troubles digestifs. J’enfile les côtes sur chemins de terre, j’ai le sentiment d’avoir un bon rythme malgré le profil très accidenté du parcours. Mes chances sont bonnes. Arrive Sargent’s (mile 97.5), un ravito constitué d’une seule et unique table. Ma montre indique 23h31.

Merde !  J’ai depuis longtemps oublié la notion que les objectifs de temps, en ultra, c’est inutile. Je veux un « 1 » comme premier chiffre de mon résultat, bon ! Or, j’ai fait 2.6 miles relativement (je devrais dire : très relativement) faciles en 30 minutes, vais-je pouvoir en faire 2.5 en 28 minutes ?  Je doute, à moins que le parcours finisse par être facile.

J’empoigne un deux litres de Coke et en avale 5-6 gorgées à même la bouteille. Puis je m’élance et me retrouve… dans un  sentier. Ça y est, c’est foul ball. Si j’ai à peine réussi à « faire mon temps » sur une route en terre, comment pourrais-je aller plus vite dans des sentiers, en pleine nuit de surcroit ?  Impossible. J’en prends mon parti et me dit que finalement, 20:05 ou 20:10, ce ne serait pas si mal. Et ce ne serait surtout pas la fin du monde.

J’avance lentement, prudemment. Je préfère rater mon objectif plutôt que me péter la marboulette. C’est vraiment injuste : les meilleurs n’avaient pas à se taper ça à la noirceur, eux !

J’aperçois la fille qui était accompagnée par la jacasseuse. Elle est maintenant avec un homme (elle a combien de pacers, donc ?). Elle baisse ses shorts et s’accroupit pour se soulager juste devant moi (c’est fou le peu de pudeur qu’on a dans ce petit monde). J’ai envie de la féliciter de son « exploit » au passage, car je ne serais jamais capable de m’accroupir après une course aussi longue. Mais je décode un épuisement marqué sur son visage, alors je décide de passer mon chemin sans rien dire. Ce serait toutefois bien qu’on termine ensemble, surtout qu’on a passé une bonne partie de la journée à jouer à saute-moutons. Je verrai si je les attends un peu plus loin.

Puis, peu après être sorti du sentier, petite pancarte sur le bord du chemin : « 1 mile to go ! ». Il est 23h42. Hé, je suis capable de faire un mile en moins de 18 minutes, moi !

C’est comme si j’avais reçu un coup de fouet. Je vais l’avoir, je vais l’avoir !  Merde, une montée. Une tabar… de montée. Fallait vraiment qu’ils nous en foutent une aussi dure si près de la fin ? Pas moyen de la courir, je dois la marcher.

Puis, un sentier. Grrr !  Pas facile d’aller vite, en sentier. Pancarte : “0.5 mile to go”. 23h48. Ok, c’est encore plus que faisable. Je serre les dents, je tâche d’avancer rapidement tout en restant debout. 800 petits mètres, c’est fini.

Les bâtons lumineux sont maintenant dans des gallons d’eau, ce qui donne un effet pour le moins… psychédélique. À moins que je sois en train d’halluciner ?  Nah, les bâtons lumineux dans les gallons d’eau, c’est la marque de commerce du Vermont 100 : ils indiquent que la fin est proche.

Tourne à gauche, tourne à droite, monte, descends. Ça doit bien achever, non ?  Le sentier se tortille, encore et toujours. Ben voyons, 800 mètres, ce n’est pas si long que ça ! Des voix… La fin doit vraiment être proche, je ne peux pas croire !  23h54. Ho que c’est serré !

Après une énième courbe, je vois une petite descente et elle est enfin là : l’arrivée. Je vais l’avoir, je vais l’avoir !

096

Dans l’obscurité, un guerrier termine sa mission…

Je traverse en 19h56 (temps officiel: 19:56:19). Job done.

Vermont 100: cap sur Camp 10 Bear… deux fois

Le début du parcours fait étrangement penser à celui du Marathon de Boston : ça descend sur une route. Et ça descend pas mal, à part ça !  Je passe à côté de Pat et lui glisse : « Il y a du monde en calv… ! ». Il me répond qu’on était mal placés dans le peloton. Je ne peux pas contester ça. Heureusement, on n’est pas dans un étroit sentier, mais plutôt sur une route assez large, ce qui nous permet de dépasser les coureurs plus lents assez facilement.

Comme c’est la coutume, le peloton finit par s’étirer. Dans le premier sentier, je continue à dépasser du monde. Je me retourne: Pat n’a pas suivi. Il a le don d’être sage au départ et garder un rythme constant tout au long de la course. Une vraie horloge. Je m’attends à ce qu’il finisse par me rejoindre.

Puis, devant, une femme. Je ne sais pas si on peut dire qu’elle est musclée ou tout simplement qu’elle est maigre, mais bon, je suis certain de la reconnaitre: il s’agit de Kathleen Cusick, la gagnante ici l’an passé et à Massanutten il y a deux mois. Après être partie plus lentement que moi là-bas, elle m’avait rejoint. On avait fait un bout à saute-moutons, puis elle m’avait définitivement botté le derrière autour du 26e mile. Je m’étais promis que si j’en avais la chance un jour, j’allais essayer de suivre une des meilleures femmes, question de voir comment elle gèrent leur course.

Je décide donc de demeurer avec elle. Par bouts, ce n’est pas facile, car je suis définitivement « en dedans ». Sur marathon, cette fille-là n’aurait aucune chance contre moi, mais bon, on n’est pas en marathon justement. Patience.

Ouais, évoluer avec une femme qui pète, qui rote et qui passe son temps à se vider le nez, mettons que ce n’est pas ce que j’appelle une expérience agréable. Et c’est plutôt déstabilisant. Disons que côté éructation, elle n’a rien à envier à mon chien ou à Barney des Simpson. Difficile de croire que cette machine à produire des bruits dégueux soit titulaire d’un doctorat en microbiologie. Et pourtant…

À Densmore Hill (mile 7.0), premier ravito qui est constitué d’une table et de cruches contenant de l’eau et du Tailwind (de quessé ?). Étant parti avec une bouteille à la main parce que je ne voulais pas solliciter encore plus mon kyste avec une veste et que le parcours le permettait, j’entreprends de refaire ma mixture de LG.

Pas évident. Après avoir empli la bouteille d’eau, je dois ouvrir le petit ziploc, puis verser la poudre de LG dans ladite bouteille. Hé bien, je n’avais pas prévu que la manipulation du ziploc soit si difficile… J’ai l’impression que ça prend une éternité avant qu’il finisse par finir d’ouvrir. Et pour le verser, j’aurais besoin de 3 mains. Bref, à partir de maintenant, je vais me contenter d’eau quand il n’y aura pas de bénévole pour m’aider.

Alors que le jour se lève tranquillement, ma découverte du Vermont 100 se poursuit. Et il est exactement comme c’était décrit sur le site web et dans les récits : ça monte, ça descend, ça monte, ça descend… Sur des chemins de terre la plupart du temps, dans des sentiers parfois. Je sais que plusieurs ultramarathoniens détestent, mais moi, j’adore.

Le jeu de saute-moutons entre les concurrents est bel et bien engagé. Il faut dire que le parcours s’y prête. Ainsi, certains (comme moi) préfèrent marcher les montées et aller plus vite sur le plat ou dans les descentes. Je trouve que ça me permet de varier l’effort que les jambes doivent fournir, sollicitant ainsi d’autres muscles. Par contre, certains coureurs (dont madame Cusick) gardent un rythme plus constant (entre deux rots), ce qui fait qu’ils vont plus vite en montée, mais sont plus lents le reste du temps. D’où le jeu de « je te dépasse, tu me dépasses, je te re-dépasse, tu me re-dépasses ».

Je garde toutefois l’œil sur madame Cusick, tâchant de la garder à une distance raisonnable à l’approche de Dunham Hill (mile 11.5). Mais il y a également d’autres femmes dans le portrait, ce qui complique ma stratégie. Dois-je me coller à Kathleen ou suivre les autres qui la dépassent ?

Je remarque que le rythme est assez rapide, malgré le fait que je sois toujours en mode « Woh les moteurs !». En effet, ma Garmin m’indique que je suis sous les deux heures après le passage au demi-marathon !  Je ne peux pas croire que ça va rester comme ça. Il est vrai que le temps demeure couvert et relativement frais (je dirais 18-19 degrés). Mais c’est très, très humide, ma camisole étant déjà détrempée. J’espère de tout cœur qu’on ne verra pas le soleil de la journée, car sinon, on va vivre un bel effet de serre…

Arrivée dans Taftsville, un petit village typique du Vermont. C’est tellement chouette, le Vermont… Je vous l’ai déjà dit ?  Ce village prend un grand total de deux minutes à traverser à la course, puis nous empruntons un joli pont couvert, pont qui semble faire la fierté du village. Au ravito (mile 15.4), le gentil bénévole à qui j’ai demandé de l’aide en arrache pour ouvrir mon petit ziploc. Ça me rassure un peu de le voir gosser comme ça, me disant que dans le fond, je ne suis pas si pire. Mais en même temps, va peut-être falloir que je revoie mon système…

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Le joli pont couvert de Taftsville

Mis à part ce petit village, je remarque une chose du parcours : il n’y a rien de remarquable, justement. Des routes de terre, des enchainements montées-descentes, des champs et des montagnes à perte de vue. Je ne peux vraiment pas dire que je déteste.

Sur le chemin menant à So. Pomfret (mile 17.6), je continue de me tenir à portée de Kathleen. Comme je la dépasse dans une descente, elle me lance un beau « Good morning ! ». Je lui réponds sur le même ton, sourire aux lèvres, m’attendant à un sourire de sa part. Sauf que son regard n’est pas dans ma direction, mais est plutôt dirigé vers le pré d’à côté où gambadent de superbes chevaux. Heu, c’était à moi qu’elle disait ça ou aux chevaux ?

Arrive bientôt Pretty House (mile 21.3), première station où les équipes de soutien ont accès. Mon père prend des photos et ma sœur m’accueille… avec des applaudissements et un merveilleux sourire.

055

La « pretty house » en question. Vrai qu’elle est belle, non ?

Ouais, bon, c’est super gentil, mais j’ai une course à faire, moi là… « Du jus, du jus !!!» que je lâche, sur un ton un peu bête. Ma petite soeur se rend compte de ce qui se passe et me dit de lui laisser ma bouteille, elle va la remplir pendant que je vais me chercher à manger.

Le buffet offert est classique : patates bouillies, bananes, etc. Je pige un peu partout, puis reviens à mon équipe. Ma bouteille est dûment remplie de LG préparé d’avance. Ils me tiennent au courant de la progression des autres: Pierre est passé depuis une dizaine de minutes, Joan presque une demi-heure. Mon père m’avoue qu’il ne m’attendait pas si tôt. Le temps couvert et la température tolérable font que les miles passent plutôt bien. Espérons que ça continue comme ça.

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Première rencontre familiale de la journée

Au moment de quitter, je leur laisse ma frontale rendue inutile par le lever du soleil. Mais aussi, je regrette d’avoir été « direct » dans ma demande initiale. J’aurais pu être moins raide envers ma sœur qui a choisi de passer ses dernières journées de vacances à aider son frère à compléter un projet de fous. Enfin, je sais qu’elle ne m’en voudra pas. Dans 9 miles, quand je les reverrai, l’incident sera chose du passé. J’ai déjà hâte de les revoir, d’ailleurs.

En direction de U-Turn (mile 25.3), le parcours se durcit. Je continue de suivre Kathleen à distance, mais les enchainements de montées-descentes pas trop abruptes font qu’elle s’éloigne peu à peu.

Je m’encourage toutefois en constatant que je reprends du terrain sur un gars qui me semble pourtant rapide. Arrivé à sa hauteur, je reconnais… Simon ! Hé comment ça va ?  « J’ai des raideurs dans les jambes, c’est rough depuis un petit bout. Je pense que je vais prendre ça plus relaxe ». Ainsi, après avoir empli ma bouteille, je me retourne pour voir s’il me suit, mais il me dit de ne pas l’attendre. J’espère que ça se passera bien pour la suite des choses. Il ne semble pas très bien aller…

Dans le sentier qui suit, je rejoins ma cible, puis sur la route en descente menant à Stage Road (mile 30.3), je la distance. En fait, je crois que je la distance. La descente est longue, roulante, se fait super bien, ce qui fait que je me présente au ravito à vive allure. Mon père s’étonne encore, cette fois-ci de voir que j’ai franchi près de 50 kilomètres en moins de 5 heures. Ce n’est pas Massanutten, hein ?

064

Je me présente à Stage Road. La « Dame en bleu » derrière, c’est Kathleen Cusick. J’ignorais qu’elle me suivait de si près…

À ce rythme, je vais faire sous les 16 heures !  Ça n’a tout simplement pas de sens, le parcours doit devenir plus difficile plus loin, sinon on va tous péter des scores ! Pendant que je réfléchis à voix haute, on nous annonce l’arrivée des premiers chevaux. De superbes bêtes, montées en style classique. N’empêche que ça fait bizarre. Après avoir partagé les sentiers avec les vélos de montagne au Vermont 50, c’est maintenant au tour des chevaux ici. Je suis certain que s’il existait une variante « hiver » de ces courses-là, on la ferait en compagnie de traineaux à chiens.

J’ai à peine pris une bouchée d’un sandwich dinde-fromage que je vois Kathleen repartir sous mes yeux. « Ha la tabar… ! ». Mon père part à rire et me dit de la laisser aller, qu’il n’y a rien qui presse. Tu ne comprends pas: je pensais bien avoir réussi à me donner un petit lousse avec elle, mais voilà qu’avec un ravito rapide, elle reprend tout le terrain qu’elle avait perdu sur moi. Pas moyen de prendre un petit break, dans cette foutue course-là !

069

Hein, elle est déjà partie ?!?

Je pars donc à ses trousses, un peu découragé. Dans combien de temps vais-je me refaire botter le derrière ? Elle est vraiment forte.

Après un petit bout sur un chemin de terre, c’est la route 12 qui nous accueille. Elle est en asphalte et la circulation y est omniprésente. Pas l’endroit idéal pour courir, mettons. Je vois que Kathleen s’est arrêtée en haut d’une longue et douce montée pour… se refaire une beauté !

Hé oui, elle semble vouloir refaire sa coiffure, ce qui a l’air pour le moins complexe au profane du domaine que je suis. En fait, quand je passe à sa hauteur, elle est toute empêtrée dans ses cheveux qui, à première vue, semblent avoir la texture de la laine d’acier. Ho que ça a l’air compliqué mettre de l’ordre dans tout ça…

Il faut croire que ce n’était pas si pire, car nous arriverons ensemble au ravito bien nommé Route 12 (mile 33.3) et elle en repartira avant moi. Je ne la reverrai plus. Voilà, je viens de me faire botter le derrière. Encore.

Ok, le tiers de la course est passé, où en suis-je ?  Évidemment, je suis dans un bien meilleur état qu’au même endroit dans la course à Massanutten. Là-bas, je songeais déjà à abandonner, alors qu’aujourd’hui, il n’en est même pas question.

Ceci dit, sur le chemin menant à Camp 10 Bear, là où je reverrai mon équipe, un certain découragement commence à se faire sentir. Je parcours devient de plus en plus difficile, la température monte peu à peu. Je sais qu’il ne faut pas faire ça, mais je ne peux m’empêcher de songer à la distance qu’il me reste à franchir. J’ai ralenti, je le sais. Il y a des gens qui me dépassent, j’en rattrape peu. La définition du terme « montée » devient de plus en plus souple : je marche souvent.

Au passage de Lincoln Covered Bridge (mile 38.2), j’ai un petit regain, mais le moral a une tendance à la baisse. Peu après Lillians (mile 43.3), un gars me rejoint et décide de faire un bout avec moi… sans vraiment me consulter. On jase un peu. Il vient de la Floride. Ce qui veut dire que lui, l’humidité… Quand il me demande si j’ai un objectif, je lui réponds simplement : « Buckle ». Je n’ose pas dire tout haut que je vise sous les 20 heures. Il me répond que lui aussi, il veut le buckle (que chaque concurrent qui termine en moins de 24 heures recevra) car si on fait plus de 24 heures, on reçoit… un magnifique sous-verre.

Quoi, un sous-verre ?  Ha ben non, je ne me suis pas tapé ces années d’entrainement pour me retrouver avec un sous-verre !  Un paquet d’allumettes, tant qu’à faire ? Bah, au rythme auquel je suis parti, je pense que mes chances sont excellentes pour le buckle. Les 20 heures ?  Pas sûr, surtout si je continue à peiner.

« On devrait atteindre la mi-course en 8h30 » rajoute le gars. Hum, pas certain. J’espérais arriver à Camp 10 Bear (mile 47.0) en 8 heures, puis arriver à Pinky’s (mile 50.8) en 8h30, mais je sens que je dois rajuster mes objectifs à la baisse. 8h15 à Camp 10 Bear ?  Peut-être… si je finis par y arriver.

Puis, la route prend une tendance vers le bas. Ma Garmin me le confirme : Camp 10 Bear est proche. Je suis revigoré juste à l’idée de revoir mon Dream Team II. Leurs sourires, leur bonne humeur, ça va me faire du bien ! Quand j’y arrive, je découvre un méga-ravito. Des autos stationnées très serrées comme si on était au centre-ville, plusieurs gazebos de montés, de la bouffe en quantités industrielles. Wow !

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Premier passage à Camp 10 Bear

Première mission pour mon père : recoller la poignée de ma bouteille. Avec quoi ?  Ben mon rouleau de duct tape, bien évidemment !  On ne peut pas faire un ultra sans duct tape… « Pourquoi tu ne prends pas l’autre ? » demande ma sœur. Verdict : elle est trop petite… et je n’aime pas le bouchon qui fait du bruit. Je vais donc m’en servir seulement si j’en ai vraiment besoin, ce qui n’est pas le cas présentement.

Puis, c’est la pesée : 146.8 livres. Parfait !  Je me suis peut-être un peu déshydraté, mais vraiment pas grand-chose. J’ai bien sûr la permission de poursuivre.

À la bouffe, je reconnais la fille de Pierre (je ne sais plus si c’est Marion ou Alice, maudite mémoire…) et lui demande où est sa mère. Réponse : partie à l’hôpital avec sa nièce qui avait très mal à une oreille. Ho… C’est dont ben plate, ça…  J’espère que ce n’est rien de grave…

Avant de partir, coup d’œil autour : aucun indice de la présence de Dan Des Rosiers. Pourtant, ce n’est pas son genre d’être discret. Il est supposé être le capitaine du ravito, alors je m’attendais à l’entendre aboyer des ordres à gauche et à droite. Mais rien. Bizarre.

Ok, la boucle Camp 10 Bear maintenant. Boucle qui débute par une interminable montée. Des gars bien calés dans une auto me demandent si je veux quelque chose à manger. Non merci. Mais avez-vous de la bière ?

La blague est vielle comme le monde et pourtant, elle fait mouche. C’est ça Fred, continue avec le blagues au premier degré, c’est la meilleure façon pour que tu sois compris…

Après la montée, une longue descente, suivie d’une section relativement plate. Section que je trouve tout de même difficile car je dois tenir un rythme constant, n’ayant pas vraiment de raison de marcher.  Et mes jambes qui réclament un certain répit…

Ouais, je commence à avoir hâte d’être arrivé à la moitié, moi là. Selon mon GPS, c’est déjà fait, mais j’aimerais bien avoir une petite confirmation. Tiens, c’est peut-être la petite pancarte là, sur le bord du chemin. Je m’approche et y lis : « 50.5 miles, 49.5 miles to go ». Bon ben, j’ai passé la moitié, ça a l’air.

À Pinky’s (mile 50.8), le rose est à l’honneur (duh !) et le ravito n’est occupé que par des représentantes de la gente féminine, de tous les âges. Et fait étrange, tout le monde nous… remercie de courir. Hein, de quessé ?  Vous passez la journée à attendre des coureurs et c’est vous qui les remerciez ?  Heu…

Peu après Birminghams (mile 53.9), alors que je joue à saute-moutons avec quelques chevaux, je constate que mon soulier droit est en train de se délacer. Essaie de me pencher, impossible. Déjà qu’en temps normal, je suis souple comme une barre de fer, imaginez avec plus de 80 kilomètres dans les jambes… Bon ben, on va s’asseoir par terre. Niet, pas possible. Comment je pensais que je pourrais me relever, donc ? Je parviens à trouver une roche où je pourrai prendre la position assise pour la seule et unique fois de la course. À voir aller Pierre à Massanutten, je me demande si sa tactique n’est pas meilleure que la mienne.

Ce petit intermède me permet de me reposer un peu, mais ça ne change rien à un phénomène que j’ai remarqué depuis Camp 10 Bear : je n’avance plus. Pas que ça va mal, mais la fatigue se fait sentir. Et je commence à me demander si je ne suis pas allé en surcharge côté compétitions depuis un petit bout. Il s’agit tout de même de mon quatrième ultra en trois mois…

À Margaritaville (mile 58.5), que j’ai atteint après avoir eu l’impression de monter pendant des heures, ma sœur me le confirme : ils ont commencé à voir arriver des coureurs qu’ils n’avaient pas vus avant, preuve que je perds peu à peu du terrain.

Je leur explique que je vais bien, mais que j’ai ralenti, un peu comme à Bromont. Je leur demande donc d’être patients, mes passages risquent de s’espacer… « Pas de problème, prends tout ton temps, on est là pour ça. Voudrais-tu changer de t-shirt ? ». Pourquoi pas ?  J’avais prévu attendre le retour à Camp 10 Bear, mais à quoi bon ?  Je tends donc ma camisole complètement détrempée à ma sœur (ha, l’amour fraternel…)  et en enfile une toute propre. Ouais, pas trop déplaisant…

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Autre photo de famille à Margaritaville

C’est là que j’apprends que Pierre et Joan courent maintenant ensemble (on m’avait dit plus tôt que Joan n’était pas dans une bonne journée), environ une demi-heure devant moi. Hé bien, mon ami Pierre a décidé de faire un upgrade de partner, on dirait ! Avec Joan comme pacer personnel, il aura de bonnes chances de réussir un excellent temps.

Je repars, mais j’ai à peine franchi 300 ou 400 mètres que je me mords les doigts : j’ai oublié de réclamer mes Advil. Merde !

C’est que voyez-vous, un mal que je connais et reconnais très bien s’est installé dans ma cheville gauche. Il va et il vient, mais disons que depuis une heure ou deux, il se fait de plus en plus présent.  Ça sent les deux semaines de repos forcé après la course. Ajoutez à ça un genou gauche qui se plaint dans les descentes et on se retrouve avec un gars qui pense à soulager ses malaises artificiellement. À l’entrainement, je ne fais jamais ça, mais en course, ce n’est pas la même chose.

Le retour vers Camp 10 Bear se fait beaucoup mieux que l’aller, j’ai l’impression que la tendance est plus à la descente. Passent Puckerbrush (mile 61.6), puis Brown School House (mile 64.6) sans problème particulier. Prochain arrêt : le retour à Camp 10 Bear, au mile 69.4.

Léger embûche cependant. Le ciel, qui s’était passablement éclairci en début d’après-midi, me forçant parfois à prendre des petits détours pour courir à l’ombre, s’est ennuagé à nouveau. Et la menace n’est plus simplement une menace, ça va tomber. Reste à savoir quand.

Hé bien pour moi, ça se concrétise autour du 66e mile. J’entends le ciel se déchirer, je vois les éclairs tomber et finalement, le déluge qui s’abat. L’homme seul contre les éléments, le combat est inégal. Je me dis que courir sur un chemin de campagne durant un orage, ce n’est peut-être pas l’idée du siècle. Je devrais peut-être me trouver un abri…

Ben oui Chose, un abri… Tu veux trouver ça où ?  Il n’y a crissement rien autour. Il y a seulement des arbres, des champs et un chemin vallonné. Tu n’es tout de même pas pour aller te cacher sous un arbre !

Je poursuis donc, essayant de me rassurer en me disant que si la foudre tombe, ce sera certainement sur un arbre, pas sur moi. Puis, un orage étant ce qu’il est, tout s’arrête et le soleil reprend ses droits.

La boucle achève. Je croise des coureurs du 100 miles et me demande ce qu’ils peuvent bien foutre là… jusqu’à ce que je comprenne qu’ils commencent leur boucle, boucle qui m’a pris 4h40 à compléter. Je me sens envahi par une vague de découragement/sympathie. Ces gens-là commencent à peine leur boucle ? Ça va faire bientôt 13 heures que nous sommes partis et ils n’en sont pas encore rendus à la moitié ? Hou la la…

Après une longue montée, puis une toute aussi longue descente, Camp 10 Bear II est là. 50 kilomètres à faire.

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J’arrive à Camp 10 Bear pour la deuxième et dernière fois

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