Lettre à Dan Des Rosiers

Salut Dan,

Tout d’abord, je tiens sincèrement à vous remercier, ton équipe de bénévoles et toi, d’avoir offert encore une fois cette année l’Ultimate XC St-Donat à la communauté des coureurs en sentiers. C’est un travail colossal que vous accomplissez et aujourd’hui, cet événement est devenu un incontournable dans notre petit monde.

Plus particulièrement, je t’avoue avoir été impressionné par toute la logistique que vous avez mise en place pour que nous, participants de la Petite Trotte à Joan, puissions réussir le défi que nous nous étions lancé. Je n’en revenais pas que des bénévoles passent la nuit dans le refuge du lac à l’Appel et au soixantième kilomètre afin de venir en aide à seulement une poignée de coureurs. Votre dévotion à notre réussite m’a fait chaud au cœur.

Ceci dit, tu devines bien que je ne t’écris pas seulement pour cette raison. En fait, j’ai une seule et unique question à te demander : fallait-il vraiment que ça se termine ainsi ?

En partant, tu avoueras qu’il est un paradoxal qu’un temps limite (dont nous avons appris l’existence moins d’un mois avant le départ) soit imposé à une course… qui n’est pas chronométrée !  Mais je comprends très bien l’idée derrière : éviter que des coureurs prennent tout leur temps pour faire le parcours, dorment en chemin, se baignent dans les lacs, etc. Bref, éviter le niaisage de façon à ce que les bénévoles et toi puissiez être libérés à une heure raisonnable le samedi en fin de journée. Et je suis 100% d’accord avec ça.

Julie et moi avons bien tenté de respecter cette coupure, mais malheureusement, ma coéquipière était trop éprouvée physiquement pour être en mesure de tenir le rythme nécessaire durant les dernières heures. Au pied de la côte de l’Enfer, nous avions accepté le fait que nous arriverions dans un parc des Pionniers vide et que nous n’aurions pas droit à l’immense sous-verre (il est tout simplement génial !) que les autres ont reçu. Et c’était bien correct ainsi. Le plus important pour nous était qu’elle puisse réussir son défi, soit compléter cet infernal trajet de 120 km.

Peut-être aurions-nous dû te tenir au courant en cours de route car probablement étiez-vous inquiets de ne pas nous voir arriver. Mais nous nous disions qu’à chaque ravito, les bénévoles pouvaient te rapporter notre passage (mettons qu’on se faisait remarquer) et lorsque la fermeuse du 60 kilomètres nous a rejoints, elle a bien vu que nous étions encore dans un état tout à fait acceptable. Elle nous a aussi dit qu’elle t’avertirait par texto. Bref, dans notre tête, le monde savait que nous avancions, encore et toujours. Lentement, mais nous avancions.

C’est à quatre kilomètres de l’arrivée que nous avons commencé à nous douter que cette belle aventure allait peut-être mal se terminer. En effet, tu avais envoyé un très gentil bénévole nous chercher avec « ordre de vous ramener ». Il nous a rapporté tes paroles: « La course est terminée, ils n’ont plus d’affaire sur le parcours !». Le pauvre en semblait gêné et n’a vraiment pas insisté lorsque nous lui avons dit que nous comptions terminer sur nos jambes.

Ainsi donc, la course était terminée. Vraiment ?  Tu fais quoi de ce qu’on retrouve sur le site même de la Petite Trotte ?  N’y est-il pas écrit que cette épreuve n’est PAS une compétition, mais simplement une belle aventure humaine ?  Tu voulais mettre fin à cette belle aventure, l’aventure d’une vie pour mon équipière, à 4 kilomètres (de loin les plus faciles du parcours en plus) de l’arrivée pour une simple question de minutes ?  Nous allions arriver 1 heure en retard, pas 5 ou 6…

De toute façon, à partir de ce moment, cher Dan, nous te dégagions de toute responsabilité, mais on dirait que tu l’as plutôt pris comme un affront, un acte de rébellion, ou même, de trahison. Et quelle a été ta réponse à ça ?  Nous « barrer » de tes épreuves pour l’avenir. C’est comme si des parents mettaient leur ado à la porte parce que celui-ci est rentré trop tard un vendredi soir. L’équivalent de la peine capitale pour avoir fumé un joint. Wow. Alors qu’à ce que je sache, nous n’avons fait que « désobéir » à tes ordres basés sur des règlements que tu es le seul à connaitre.

Tu aurais tout simplement pu nous « condamner » à des « travaux communautaires » en nous demandant de faire partie de ton équipe de bénévoles l’an prochain. Ça m’aurait fait plaisir de jouer le jeu et de m’occuper du relais du lac à l’Appel durant la nuit ou d’être là au soixantième kilomètre pour m’occuper des coureurs et je suis certain que Julie aurait été partante également.

Mais bon, tu en as décidé autrement et si je comprends bien, tu vas nous refuser l’accès à l’Ultimate XC pour le restant de nos jours. Et en fait, pourquoi au juste ?  Pour avoir utilisé des sentiers de randonnée après l’heure de coupure ?  Je tiens à te rappeler que ces sentiers sont publics et qu’aux dernières nouvelles, ils ne t’appartiennent pas. Nous avions tout à fait le droit de les emprunter pour nous rendre au parc comme n’importe quel autre citoyen.

Au final, tu sais quoi ?  Malgré la « sentence » que tu nous imposes, je recommanderais tout de même l’Ultimate XC (particulièrement la Petite Trotte à Joan) à mes amis. Hé oui, je suis niaiseux de même. Pour l’ambiance, pour le parcours qu’on aime détester profondément et surtout, pour les bénévoles. Ces gens-là sont tout simplement extraordinaires. Ils étaient encore une vingtaine à nous attendre à l’arrivée, malgré l’heure tardive. Et quel accueil ils nous ont fait !  Tu as de quoi être fier d’eux.

Quant à toi Dan, je te remercie de t’être éclipsé et d’avoir fait parvenir le message par Lambert de façon à éviter que nous recevions la nouvelle à la manière « Lieutenant Dan » (c’est-à-dire très brutale) et que ça gâche la petite fête que nous vivions à l’arrivée.

J’espère qu’on se reverra un jour, car malgré cet épisode malheureux, je dois dire que je t’aime bien. Mais ce ne sera pas dans le cadre de l’Ultimate XC car, même si tu revenais sur ta décision, il était très clair pour moi durant la Petite Trotte que j’allais passer à autre chose une fois l’arrivée franchie. Le parcours que je me suis tapé un total de 5 fois, le Vietnam, la bouette, les foutues bibittes, pus capable !!!

Mais qui dit que je n’aurais pas (encore) changé d’idée ?

Sur ce, je te souhaite un bon repos,

Fred

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8 avis sur « Lettre à Dan Des Rosiers »

  1. Tu sais moi Frédéric, je suis en paix avec cette fin de course. Pour moi, elle fut magique, avec toutes ces personnes, amis et bénévoles qui nous ont attendus simplement parce qu’ils souhaitaient nous voir et nous féliciter même à cette heure tardive, ça me touche au plus haut point. Je trouve dommage naturellement de ne pas avoir pu partager ce plaisir avec Dan et d’avoir pensé pendant les derniers kilomètres plus à sa réaction qu’à la satisfaction de ce bel accomplissement. Mais peut-être que c’est ainsi que cela devait se passer. Comme tu me le disais précédent notre aventure, “it happens”. Les choses arrivent, on deal avec, que ce soit avant, pendant ou après la course, c’est cette attitude qui nous mène au fil d’arrivée ! Au moins, on n’a pas gâché ce beau moment et on a vraiment célébré avec tous le monde. Tu sais, moi aussi je dis souvent jamais plus, puis je change d’idée 😉 Alors l’Ultimate qui dit que je n’y serais pas retourné. Mais qu’y a-t-il à la même date mon cher ? Un 100 kilomètres solo, je pense que je me sens prête maintenant.

    • Ha ha ha, on a pensé à la même affaire ! Ça sent l’UTMA… 🙂
      moi aussi, ce qui m’a dérangé le plus, ça a été de passer ces derniers kilomètres à me soucier de sa réaction. Mais quel accueil nous avons reçu ! Et ils nous avaient gardé de la bouffe et de la bière en plus ! Ces gens sont tout simplement extraordinaires.

  2. J’ajouterais au moins il restait des hamburgers et de la bière, n’est-ce pas le plus important ? Toutefois, je dois dire que ça fait aussi une finale triste. Mais c’est comme si je préfère ignorer que ceci est vraiment arrivé afin que ces émotions ne prennent pas le dessus le plaisir et la fierté de cet accomplissement. C’est pourquoi je n’en ai moi-même que très peu parlé jusqu’à maintenant. Merci d’avoir écrit cette lettre, moi, je n’aurais pas trouvé les bons mots.

  3. Très bien écrit comme toujours Fred, et tellement plus poliment que je ne l’aurais possiblement fait dans les mêmes circonstances. Je suis content de voir qu’au moins vous avez vécu une superbe fi de course 🙂

  4. Ping : La petite trotte à Joan, 120 kilomètres, une fin de course magique et mémorable

  5. Ping : Mes excuses publiques et sincères à Daniel Desrosiers

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