Ultimate XC de St-Donat: ouch !

J’avais eu envie d’en faire ma première course en trail. Un « petit » 50 km pour commencer, que j’aurais fait sans me presser, juste pour avoir le feeling de ce qui se passe dans ce genre d’événement. Mais bon, je ne me considérais pas encore assez habitué à courir en sentier, Ottawa n’était que 5 semaines derrière (je sais que ça n’arrête pas tout le monde, mais bon, ça me donnait une bonne excuse, mettons) et il y avait les problèmes de logistique liés au logement. Bref, j’ai décidé de laisser faire.

J’ai vu les résultats hier: OUCH !  Le gagnant, l’Ontarien Gareth Davies, a terminé en 5h46. Son plus proche poursuivant a fini… 34 minutes plus tard !  Quand on pense que j’ai fait un marathon en 3h12 et que le GAGNANT à St-Donat a pris 2h30 de plus pour faire 8 km supplémentaires, ça donne une excellente idée de la difficulté du parcours !  Parce que ces gars-là, tout comme les Kenyans sur la route, ne sont tout simplement pas dans le même monde qu’un gars comme moi. Et ils ont fait du 7 minutes/km comme cadence. Shit… Je n’ose même pas imaginer à quel point j’aurais souffert si je m’étais lancé là-dedans samedi…

En fait, j’en ai eu une petite idée en lisant ce soir le dernier post de Patrice Godin, un qui en a pourtant vu pas mal d’autres… À lire sur www.patgodin.com, un véritable délice… et une mine incroyable d’information pour le profane que je suis. Mais bon, j’ai encore une douzaine de semaines pour manger mes croûtes, j’ai encore du temps…

Lâchez le trottoir !

Lorsque je cours près de chez moi, je vais inévitablement faire au moins un petit bout sur la piste cyclable asphaltée qui longe le boulevard Marie-Victorin, sur les bords du fleuve. C’est une transition parfaite vers le Recréo-parc de Ste-Catherine, la voie martime du St-Laurent ou Candiac, Laprairie, Brossard et compagnie. Et je ne compte plus les fois où je croise quelqu’un qui court sur le trottoir, de l’autre côté du boulevard. À ces gens, j’ai toujours envie de crier: « Lâchez le trottoir ! ».

Ça fait des années que je sais ça et je m’étonne encore que des coureurs continuent d’ignorer ce fait: le béton, c’est extrêmement dur. En courant sur le béton, les gens font subir des tortures incroyables à leurs pieds, chevilles et genoux, augmentant considérablement les risques de blessures. Et puis après, l’aspĥalte aussi c’est dur, non ?  Hé bien non, justement. L’asphalte a des propriétés d’aborption infiniment plus grandes que le béton.

Hier, alors que j’avais ce petit billet en tête, j’ai décidé de faire une expérience, question de prouver ce que je voulais avancer. J’ai empoigné mon marteau (oui oui, j’en ai un, moi le gars aux mains pleines de pouces; un 16 onces en plus) et me suis dirigé vers la rue. J’ai donné un bon coup sur la bordure de béton et qu’est-il arrivé ?  Le marteau a tout simplement rebondi. Presque toute l’énergie que j’avais donnée au marteau pour qu’il aille frapper le béton a été restituée. Puis, j’ai répété le manège, avec la même force, sur l’asphalte. Le marteau est resté collé au sol, comme si je venais d’enfoncer un clou. L’asphalte avait absorbé l’énergie. L’histoire ne dit cependant pas si mes voisins se sont posés des questions à propos de l’usage que j’avais fait dudit marteau avant de faire cette expérience…

Alors, chers coureurs qui pratiquez notre sport favori sur le béton, voici ce qui se produit: à chaque foulée, la plus grande partie de l’énergie avec laquelle votre pied frappe le sol est retournée dans votre jambe. C’est votre corps qui absorbe les coups, pas le sol. À chaque foulée. Alors ne vous étonnez pas si vous vous retrouvez sur la liste des blessés…

Ça me fait penser à deux anecdotes. La première se déroule lors de mon premier marathon, à Montréal en 2007. Nous venons de monter le faux-plat sur St-Joseph et tournons sur St-Lautrent, autour du kilomètre 29. Le groupe 3h45 a perdu pas mal de ses membres suite à la montée, mais nous sommes encore une dizaine. Au tournant, une spectatrice, probablement fâchée que la course bloque les rues, nous lance: « Vous ne pourriez pas courir sur le trottoir ? », ce à quoi je réponds: « Mange donc de la marde, toé ! ». Le lapin l’avait trouvée très drôle, comprenant fort probablement l’origine ma réponse plutôt… impolie.

Deuxième « anecdote ». Chacun sait que courir l’hiver, au Québec, ce n’est pas toujours évident. Surtout quand il y a beaucoup de neige. J’ai donc envisagé, à l’hiver 2011, de me joindre au club des Vainqueurs, le plus grand club de course au Québec. Dirigé par Jean-Yves Cloutier (dont j’ignorais les méthodes à ce moment), ce club avait une excellente réputation. Sauf un problème: les entrainements d’hiver avaient lieu… au stade olympique !  Hein ?  Sur le béton ?  Non, désolé, je ne paierai pas pour courir sur du béton. C’est quoi cette affaire-là ? J’avoue que ça me surprend énormément de monsieur Cloutier, dont les méthodes toutes en douceur sont justement développées pour que le coureur s’améliore progressivement, sans « donner de coups », de façon à ce que le coureur évite les blessures. Dans le genre contradiction…

Des sacrifices ? Plutôt des choix !

Ce matin 7h15, je parcourais déjà les sentiers du mont St-Bruno. Je me suis dit qu’il fallait tout de même être un peu fou… Ça m’a rappelé une petite histoire du passé.

Août 2010, je dîne avec mon amie Chantale. Nous parlons évidemment du marathon de Montréal, qui approche. Assez paradoxalement, malgré le fait que ce soit elle qui m’ait donné le goût de courir quatre ans plus tôt, elle en sera à son premier marathon. J’en serai à mon cinquième.

On parle d’entrainement quand elle me lance tout bonnement: « En tout cas, tu as toute mon admiration pour avoir fait ça cinq fois, parce que moi, je commence à être écoeurée et je ne suis pas certaine que je vais recommencer ! »

J’avoue avoir été pris au dépourvu. Je ne comprenais pas vraiment jusqu’à ce qu’elle se mette à m’expliquer qu’il lui était arrivé au cours des semaines précédentes de refuser certaines sorties avec des amis ou de quitter un party plus tôt qu’elle aurait aimé parce qu’elle devait courir le lendemain. Sans compter que courir en soit prend du temps. Il ne faut pas se leurrer, vers la fin d’un programme, les longues courses prennent une demi-journée. Disons que ça entame une fin de semaine…  Pour elle, s’entrainer pour un marathon comportait donc son lot de sacrifices et elle n’était pas certaine que ça valait le coup, malgré le fait qu’elle était dans la meilleure forme physique de toute son existence.

Pour ma part, je ne voyais (et ne vois toujours) pas ça comme un sacrifice. Je dirais plus que c’est un choix, tout simplement. Il n’y aucun autre sport qui apporte la même satisfaction, le même bien-être après sa pratique que la course. Comme le disait si bien Dean Karnazes dans un de ses livres: je cours parce que je me sens toujours mieux après qu’avant. Je ne sais pas combien de fois j’ai couru dans ma vie, 800 fois peut-être ? Hé bien, à part le mémorable marathon de Montréal 2008, je me suis senti mieux après ma sortie qu’avant de commencer à courir à chaque fois. À chaque fois. Même quand j’ai tapé un mur à cause de la chaleur, même lors des quelques (rares) occasions où je me suis blessé. L’influx d’endorphines qui nous envahit quand on a terminé n’a tout simplement pas son égal.

Ceci dit, il est bien clair qu’on n’a pas besoin de s’entrainer pour un marathon pour sentir les bienfaits d’une sortie à la course. C’est assez évident. Alors, pourquoi s’entrainer pour un marathon (ou pire, un ultra !) quand on en retire autant de satisfaction à courir de moins longues distances ?  C’est là qu’entre en ligne de compte la notion de choix. Je vais encore citer Karnazes: nous avons la chance de pouvoir tout avoir, mais on ne peut pas avoir tout. Il faut choisir. Parce qu’on n’a que 24 heures dans une journée, des obligations familiales, le travail, etc.

Comme ma conjointe et moi n’avons pas d’enfant, j’ai évidemment plus de temps libre que d’autres. Mais je dois tout de même faire des choix: à peu près pas de télé, plus de cinéma (de toute façon, le monde n’arrête pas de jaser !), plus de golf et évidemment, des travaux d’entretien de la maison qui se font plus lentement. Et bon, il y a un certain blogue aussi qu’il ne faut pas négliger…  😉

Mais j’y reviens: pourquoi les longues distances ?  Le rêve, la satisfaction d’avoir accompli quelque chose, je suppose. Quand j’avais 12 ans, j’ai fait une marche de 20 km avec un ami et je n’en revenais tout simplement pas qu’on puisse faire le double EN COURANT !  Pour moi, c’était l’Everest, la montagne impossible à gravir. Puis avec le temps, je me suis rendu compte que j’étais capable. Après l’avoir fait, j’ai voulu m’améliorer, ce que je crois avoir assez bien réussi (31 minutes quand même, pas si pire, hein ?). Honnêtement, à mon âge presque honorable, je doute pouvoir m’améliorer encore beaucoup côté vitesse. Mais côté distance, par contre… Devant moi se dresse donc un autre Everest, un autre défi.

Ceci dit, c’est très très rare que je refuse des sorties à cause de l’entrainement. Je m’adapte, tout simplement. Un party qui risque de finir tard le samedi ?  Je me lève tôt et fais ma longue sortie ce jour-là. Le dimanche, j’avise en conséquence. Nous recevons des amis ?  Même chose. Et pas besoin de performer tous les jours, à l’entrainement. Quand bien même que je me traine un peu une fois de temps en temps…. Je ne me prive pas non plus côté alcool (j’ai un gros faible pour une bonne bière), mais ne fais que très très rarement des abus. Aussi, question de sauver du temps la semaine, je fais mes intervalles en me rendant au travail, puis prends le train pour revenir à mon auto le soir. Appelons ça joindre l’utile à l’agréable.

En fait, je deviens aussi discipliné et ennuyeux qu’un moine en une seule occasion: dans les jours précédant une compétition. Là, honnêtement, j’ai vraiment l’impression de faire des sacrifices. Mais quand j’arrive aux trois quarts de la course et que je sens, je sais, que je suis en train de réaliser une belle performance, la notion de sacrifice est définitivement oubliée !

Bref, c’est ce que j’ai choisi, mais je comprends que ça ne convienne pas à tout le monde. Et il n’est pas impossible qu’un jour (ça y est, j’entends déjà l’amour de ma vie penser: « Yeah right !  Ne fais donc pas des promesses que tu ne pourras pas tenir ! »), je mette ça de côté et passe à autre chose. L’avenir de nous le dira.