La tête ailleurs

Ce soir, retour de vacances. Le moment idéal pour raconter mes sorties dans le bas du fleuve ou ma lecture du formidable « Born to Run » (aucun rapport avec Springsteen). Sauf un léger détail: mon amour est à l’hôpital, sous observation pour la nuit.

Ce qu’elle a ?  Un vulgaire saignement de nez qui n’en finit plus de finir. Des heures que ça dure. Le médecin a essayé un « paquetage », puis un « ballon », mais rien ne semblait vouloir fonctionner. Ils essaient donc de contrôler le tout pour cette nuit et elle verra un ORL demain matin. Ou plus tôt, si la situation se détériorait. En attendant, je vais essayer de prendre un peu de sommeil et m’occuper de mon mieux de notre petit amour à quatre pattes tellement cher à ma douce moitié.

Vous me comprendrez donc d’avoir la tête ailleurs… Disons que mes sorties « tempo » un peu pénibles des derniers jours, je les ai assez loin merci. 

Merci à mes beaux-parents, Lise et Gaëtan, pour leur aide.  

Hallucinant…

Je regardais le 20 km marche des Jeux olympiques cet après-midi avec ma douce moitié et mes beaux-parents. Au-delà de la technique bizarre que ces athlètes doivent utiliser pour garder en permanence au moins un pied en contact avec le sol, je me suis attardé à leurs temps: c’est sidérant à quel point ils « marchent » vite !

Barbara a compris quand elle a vu le temps de passage au 10e kilomètre: 40:08. Oui, mon amour, à peine quelques secondes plus lent que mon « temps-canon » sur 10 km à Champfleury… Puis les marcheurs se sont mis à s’attaquer. Le gagnant a terminé en 1:18:46… par un temps chaud (vous avez vu le Russe tomber ?  Ça ressemblait drôlement à un coup de chaleur…). Au demi Scotia Bank, par une journée parfaite d’avril,  un pépère Fred en état de grâce était passé en 1h24 au kilomètre 20…

En « marchant », ils tiennent une cadence plus rapide que 4 minutes au kilomètre.

Hallucinant…

Une autre paire de manches

Encore une sortie « tempo » de 15 km à la chaleur aujourd’hui. Vraiment, mais vraiment rien à signaler là-dessus. À part qu’il fait aussi chaud dans les alentours de mon Victoriaville natal que dans mon 450 d’adoption.  Pas moyen de s’en sauver, cet été…

J’aimerais plutôt parler d’hier: je me suis pour ainsi dire auto-introduit au mont St-Hilaire. Premier contact assez brutal merci. Déjà dans le stationnement, je voyais que le mont St-Bruno, c’était de la petite bière: je devais virer la tête vers l’arrière pour voir le haut de la montagne et il me semblait que déjà, le petit sentier qui nous amène à l’accueil était un peu à pic à mon goût…

J’ai fait mes échauffements à l’auto, puis me suis dirigé audit accueil en marchant (routine d’avant-course habituelle pour moi). Énième coup d’oeil à la carte des sentiers, j’en sélectionne un qui semble commencer plus smooth que les autres (le Rocky rouge pour ceux qui connaissent). Non mais, si je veux faire 25 km là-dedans, vaut mieux ne pas y aller trop raide, hein ?

J’aperçois alors un gars qui a l’air assez hot merci. Jeune trentaine, bas de compression, petit Camelbak. Il semble être un habitué, je risque d’en manger toute une si je me frotte à lui. Ouin, je vais le laisser partir devant, question de ne pas me faire clencher. Mais c’est qu’il niaise, il niaise… Ho, il a l’air de faire la même affaire que moi. J’ai compris, je pars, espèce de chicken…

J’y vais vraiment progressif en passant par le lac Hertel où des gens font du yoga (le yoga, pas mal moins fatigant que courir, je devrais peut-être essayer…), puis finis par rejoindre mon sentier. Après 200-300 mètres, qui vois-je ?   Mon gars hot qui court devant moi. Je ne veux pas le rattraper, le dépasser, puis me faire coller au cul ensuite. Ok, j’arrête un bon 3 minutes pour lui laisser le champ libre puis repars. Le sentier est bien: large, un peu rocailleux avec quelques racines, mais tout à fait correct. C’est valonné au départ, ce que j’espérais.

Puis ça se met à monter. On marche. Message à mon ami de Guérette: t’avais raison, impossible de courir partout sur cette montagne-là, surtout quand il fait 30 degrés !  Pour faire changement, ça monte encore. Et encore. Je suis essouflé même quand je marche, bout de viarge !  Par pitié, faites que ce ne soit pas comme ça au Vermont !  Shit, même pas 3 kilomètres dans les pattes et je suis à bout de souffle. Je continue, alternant course et marche, travaillant à améliorer ma technique de montée. Et qui vois-je devant ?  Le gars pas si hot, finalement. Ok, je lui laisse encore du lousse. Rien à faire, je me retrouve encore sur ses talons alors que j’ai l’impression de ne pas avancer.

Dans une section tellement abrupte que j’ai presque besoin de mes mains pour monter, je décide de passer. Le gars me regarde, la langue sortie faisant comme s’il était complètement à bout. Il me fait le signe du pouce levé, me démontrant une certaine « admiration », si on peut dire. Pas pire le vieux, hein ?  Je lui lâche une niaiserie à propos de la montée, puis poursuis mon chemin. Je ne l’ai plus revu.

Après une éternité à monter, je jette un oeil à ma Garmin au moment où j’atteinds le quatrième kilomètre. 8:11 apparait. Ça m’a pris  plus de 8 minutes à faire un kilomètre !?!  Je pars à rire. C’est certainement un record !  Ça y est: une tortue et un escargot sont sur le point de me dépasser, je le sens !

J’arrive au sommet Rocky. Ouf, petite pause. Ho mais quelle vue on a !  Wow !!!  Ouin, je comprends pourquoi le monde vient ici… Mais bon, 5 km à la Garmin, on doit redescendre: on en a encore pour 20, non ?

Aille, decente très, très technique. La montée l’était aussi, mais ça dérange moins. Beaucoup de roche, des racines, pentes débiles, c’est vraiment quelque chose. Je me tourne une cheville, mais pas de dommage. Un peu plus loin, je trébuche sur une roche et réussis à reprendre mon équilibre à la dernière seconde. Ouf, s’il avait fallu que je plante… Pendant que mon cerveau est occupé à m’imaginer gisant par terre dans les roches, ensanglanté, mes jambes (mes quadriceps, surtout) poursuivent leur travail: m’amener en bas. Disons que je suis content d’avoir fait des descentes ailleurs avant de venir ici…

Une fois cette introduction à la Montagne passée, je suis parti vers un autre sommet, le Dieppe. Montée beaucoup plus progressive, sentier plus facile à pratiquer, presque un congé par rapport à l’autre. J’ai terminé le tout par deux boucles de 4.9 km du sentier mauve, que j’ai cru à tort être facile. Ha, il l’est… par rapport aux autres. Mais par rapport à St-Bruno ?  Définitivement une autre paire de manches !

En terminant ma deuxième boucle, j’ai croisé deux ados qui dévalaient un autre sentier à toute vitesse. Comme ils en faisaient moins long que moi, ils sont évidemment arrivés avant. Quand je suis arrivé, l’un d’eux m’a regardé avec un petit criss de sourire…  Ben oui, le jeune, j’ai 25 km dans le derrière, c’est normal que je sois complètement détrempé !  Mon côté mâle me poussait à lui lancer un défi pour lui enlever, son petit sourire fendant. Je m’imaginais lui pousser dans le derrière dans la montée, lui rappelant à chaque minute que son petit gras de bébé, ça devait être pesant transporter… Puis je me suis dit que j’étais justement en train de faire l’adolescent et l’ai laissé avec ses illusions.

Après être redevenu un adulte, je me suis rendu compte d’une chose: quand ils disent qu’ils sont une « réserve naturelle », ce n’est pas de la bullshit. Je cherchais un endroit pour m’étirer, genre du gazon à l’ombre et… je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas de gazon !  Quelques herbes qui poussaient ici et là, comme à l’état sauvage. Étant tout mouillé, je ne voulais pas m’installer sur le sol, alors j’ai enligné une vieille table de pique-nique. En bois naturel, pas traité.

Ouais, tout est « naturel » au mont St-Hilaire et j’avoue que j’aime ça. J’ai aussi adoré le contact avec les employés, autant le sympathique monsieur à la guérite que la gentille dame à l’accueil. Pas de place pour les chauffeurs de pick-up-air-bête, ici !

En fait, il n’y a qu’un seul inconvénient: les sentiers sont difficiles et je ne me vois pas me taper 50 km là-dedans. Ça me prendrait bien la journée !  Je le sais, c’est mon problème…

Voir le côté positif

J’avais à peine 200 mètres de parcourus. 217 en fait, selon ma Garmin. Je me suis arrêté et me suis mis à sacrer. Littéralement. Je maudissais cette foutue chaleur humide qui fait virer en torture sans nom des petites sorties de travail de vitesse qui seraient normalement bien agéables. Ça fait des semaines que ça dure, je suis écoeuré !  On a 2 ou 3 jours à 24-25, puis paf, des nuits à 20, des journées à 30, des humidex à 40. Pus capable !!!  Devrai-je prendre mes vacances en octobre à l’avenir, bout de sacrament ?

Puis je me suis dit que ça ne donnait strictement rien de chiâler contre la température, que je n’y pouvais rien de toute façon. Et si je n’étais pas content, j’avais juste à aller voir l’aviron à la télé (non, mais quels athlètes;  non mais, quel sport plate !!). Je suis donc reparti à courir dans le sauna, tentant de revoir à la baisse mes attentes du jour.

Ok, vraiment pas le temps de faire des intervalles. Courir des kilomètres sous les 3:50 par une telle température ?  Non merci. Et comble de malheur, le ciel avait l’air de vouloir se dégager. O-S-T-I-E !!!

J’ai décidé d’y aller au feeling. Après 2 kilomètres, je me suis retrouvé avec un vent de face. Ha, c’était mieux comme ça, plus rafraichissant. Je me suis dirigé vers le bord du fleuve, là où les pêcheurs vont, espérant que l’eau et les quelques arbres m’apportent un peu de fraîcheur. Chemin faisant, petit velours à mon égo tout à fait mâle: j’ai croisé une jolie joggeuse (trop jeune pour toi, pervers pépère, trop jeune pour toi…) qui a semblé porter une attention particulière à mes jambes. Ha ben, 6 ans d’entrainement, est-ce que ça commencerait à paraitre ?  😉  Oui mademoiselle, ce sont bien les miennes. Elles ont quelques varices, vous savez… Ha, comme les jambes de votre père ?

C’est ça qui arrive quand on court au gros soleil: le cerveau se met à virer de tous bords, tous côtés. Peut-être pour ça que Maryse me traite de mongol. Enfin…

Arrivé sur le chemin de terre, il faisait toujours aussi chaud. Je maudissais encore et toujours la température quand les paroles de mon beau-père me sont revenues en tête: il faut toujours voir le côté positif des choses. Ouin, bon, quoi de positif à cette chaleur de merde, voulez-vous bien me dire ?

J’ai essayé et j’ai trouvé (c’était facile, dans le fond): plus je cours par temps chaud, plus je vais m’y habituer. Et puis, jamais je n’aurais été capable de tenir cette cadence (j’étais à 4:11 de moyenne) par un tel temps au mois de juin… Je n’irai pas jusqu’à dire que ça m’a donné un boost, mais ça m’a apaisé les esprits. Je me suis mis à prendre la chose avec un grain de sel pour finalement me rendre compte… que j’allais plus vite !

Je me suis arrêté après 10 km pour flatter des boxers (les chiens, pas les gars qui se tapent dessus avec des gants rembourrés) et tordre mon t-shirt qui était trempé à lavette. Le soleil était maintenant bien présent et, par un phénomène que je trouvais très bizarre, il m’a semblé qu’il faisait moins chaud. Hein ?

Je suis reparti tout pimpant (bah, façon de parler), me disant que je n’avais plus que 5 km à faire. Je me suis même permis d’en faire deux de suite sous les 4 minutes. Ok, le vent dans le dos, mais quand même…

Bref, comme à peu près à chacune de mes sorties, j’ai encore appris. Il y a TOUJOURS du positif, peu importe la situation. Il faut avoir la sagesse et parfois l’humilité pour le voir. Dans une longue course, ça peut faire la différence entre la réussite et un DNF. À retenir.