Ma « Doug » à moi

Dimanche le 16 septembre dernier, c’était la journée Terry Fox. J’avoue ne pas prendre part aux activités reliées à cette journée, la principale raison étant que j’ai une sainte horreur de faire de la sollicitation. C’est d’ailleurs pour cette raison que les chances sont à peu près nulles que je coure un jour pour une cause. Si quelqu’un est prêt à se taper la partie sollicitation, je suis partant pour n’importe qu’elle distance, peu importe les conditions. Mais par pitié, ne me faites jamais demander de l’argent au gens, j’en suis tout simplement incapable.

Ceci dit, le « personnage » de Terry Fox me fascine depuis que j’ai pris conscience de l’existence du jeune homme, soit le jour où il a dû abandonner son fameux Marathon de l’Espoir. Je lisais le journal (ben, à 10 ans, vous devinez que c’était la section des sports, quand même) et j’ai aperçu une photo de lui, étendu sur une civière, sur le point d’entrer dans une ambulance, les micros sous le nez, expliquant aux journalistes que le cancer s’était étendu jusqu’à ses poumons.

J’ai commencé à tout lire ce qui me tombait sous la main à son sujet. J’ai regardé tous les documentaires qui se sont mis à passer quasiment en rafales suite à son décès, relevant au passage les erreurs factuelles. J’étais pour ainsi dire en admiration devant ce jeune homme timide, dur à son corps, déterminé à la limite de l’entêtement. Je me reconnaissais dans sa timidité, je m’inspirais de cette volonté, cette discipline.

Aujourd’hui, je me rends encore plus compte de ce qu’il a pu endurer. Se taper l’équivalent d’un marathon à tous les jours, soit. Mais avec une prothèse probablement mal ajustée qui devait lui faire souffrir le martyr, des souliers qui n’avaient certainement pas le coussinage des souliers modernes, des vêtements en coton… Imaginez: quand il faisait froid, il portait les fameux coton-ouatés des années 70-80. Ce qu’il devait être mal à l’aise !

Avec le recul, je crois qu’il a encore de l’influence sur moi, d’une certaine façon.

Ainsi donc, quand je suis tombé sur un reportage à TSN (ça semblait avoir été fait en 2005) de dimanche-là en fin d’après-midi, j’ai évidemment regardé. La première personne autre que Terry qui est apparue à l’écran a été un homme chauve, au sourire timide, portant des lunettes. Je me suis dit: c’est Doug Alward.

C’était bien lui. Doug était le compagnon de route de Terry. Il s’occupait de toute la logistique reliée au Marathon de l’Espoir. Il conduisait le camper dans lequel les deux vivaient, s’occupait des repas, des trajets à suivre, de la lessive, etc. Bien que j’admirais Terry, si cette histoire avait été un film, mon personnage préféré aurait été Doug. Même à ce jeune âge, je comprenais le rôle ingrat qu’il avait accepté de jouer pour son grand ami. Un rôle difficile parce qu’effacé, mais indispensable. Sans Doug, pas de Marathon de l’Espoir, point à la ligne.

Comme j’écoutais Doug, toujours souriant, parler de son ami disparu, j’ai eu un flash. Tout comme Terry, je suis timide de nature, n’aime pas recevoir beaucoup d’attention. Mais ça ne m’empêche pas d’avoir un caractère particulier et surtout, d’être très entêté. Et ça prend quelqu’un hors de l’ordinaire pour vivre avec moi, m’endurer à travers mes entrainements, mes nombreuses absences, mes manies. Cette personne si exceptionnelle, ma « Doug » à moi, c’est Barbara, ma compagne de vie.

Nous sommes en couple depuis plus de 25 ans et vivons ensemble depuis 22, soit depuis l’université. Et nous sommes mariés depuis 2 ans (que voulez-vous, je voulais être bien certain que c’était la bonne…  ;-)). Atteinte de polyarthrite rhumatoïde, ses activités sont limitées par la douleur, oui, mais surtout par un manque presque perpétuel d’énergie. Avec les années, nous avons eu à composer avec sa maladie et la mienne (je sais, la mienne se soigne, mais bon) et je pense qu’on réussit bien.

Vous comprendrez toutefois que me voir courir des distances de fous ne l’enchante guère. Moi qui ai la chance d’avoir des articulations en parfait état, je m’amuse à les scrapper sans penser au lendemain. De plus, passer une journée d’automne à l’extérieur à attendre que son débile léger finisse par passer en coup de vent, alors que ça s’annonce plutôt frais et humide, ce n’est pas l’idée qu’elle se fait d’une sortie en amoureux.

Et pourtant, depuis samedi, le bureau à la maison a commencé à se remplir de choses qu’elle prévoit amener pour la fin de semaine à venir: vaisselle, ustensiles, nourriture, vêtements (les siens, pas les miens, quand même !), choses à ne pas oublier pour Charlotte, etc. Elle se tape ce boulot afin de m’aider à vivre un rêve et évidemment, je ne la remercie jamais assez.

Alors donc, permettez-moi ce soir de laisser ce petit mot à ma « Doug » à moi: merci de tout mon coeur, mon amour. Je ne sais pas comment je pourrai te remettre ça un jour. J’ai tellement hâte de te serrer dans mes bras à l’arrivée…

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2 avis sur « Ma « Doug » à moi »

  1. Qu’est-ce qu’une épouse peut répondre à un tel hommage? Merci à toi aussi d’être là pour moi, la vie avec une arthritique peut aussi être assez sportive par bout. Pas tous les hommes qui pourraient si faire. Je t’aime.

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