Les 90 minutes précédant la course

Il est autour de 5h35 quand je pose le pied dans le lobby de l’hôtel. C’est le choc: il y a du monde partout !  Et c’est bruyant. Très bruyant. Je m’attendais à ce que l’endroit soit complètement silencieux, avec un seul préposé à la clientèle cognant des clous au comptoir. Hé non. On dirait que l’équipe de “Team in Training” au complet avait choisi le Sonesta pour passer la nuit avant le marathon et les préposés sont très occupés. Hé bien…

Je me faufile à travers de la cohue et arrive à l’extérieur. Ha, le silence… Ha, ce qu’il fait bon dehors… Parce que oui, on est très bien. Juste assez frisquet pour que je sois obligé de porter des gants, mais je ne gèlerai pas avec mes shorts et mon coupe-vent en attendant que débute la course. Je me dirige vers Benjamin Franklin Parkway (c’est fou le nombre de références à cet homme dans cette ville), où sera donné le départ. À mesure que je m’approche de l’endroit désigné, je remarque que plus en plus de gens arrivent de toutes les rues et convergent vers le même endroit. Celui où je me rends, bien évidemment. Rendu sur place, c’est une véritable fourmilière: il y a du monde partout. Ouais, moi qui espérais un peu d’intimité pour mon arrêt obligé d’avant-course…

Je réussis à trouver un endroit moins fréquenté. Quand je remets le nez à l’extérieur quelques minutes plus tard, l’endroit n’est plus “moins fréquenté”. C’est fou, partout où je regarde, c’est plein de monde !  Je me dirige vers la rivière Schuylkill, à la hauteur des marches de Rocky, où se trouve un petit parc qui risque d’être un peu plus tranquille. Le soleil a commencé à se montrer le bout du nez, le vent est léger. Ouais, une belle journée en perspective.

Après quelques minutes passées à relaxer, je retourne vers le site de départ/arrivée. Je me place en file pour un dernier soulagement de pression d’avant-course. J’ai enfilé un imperméable jetable par dessus mon coupe-vent, question de me garder au chaud et de ne pas dépenser d’énergie inutilement avant la course. Le monsieur derrière moi engage la conversation en me parlant de mon imper, justement. De fil en aiguille, j’apprends qu’il en sera à son premier marathon, il est un peu nerveux. Quant à moi, je ne me souviens pas avoir été si relaxe avant une course. J’ai dormi une pleine nuit et je n’ai aucune idée du temps que je vais faire. Ni de celui que je veux faire.

Je pense que mon air relaxe le rend encore plus nerveux. Il voit que je suis dans le même groupe que lui (le couloir noir) et il s’excuse presque d’avoir entré 3h30 comme temps visé. Je n’ose pas lui dire que j’ai écrit 3h25 (c’était avant Ottawa, je le savais-tu que je pouvais faire 3h12 moi ?). Je lui dis de ne pas s’en faire, qu’il a juste à se tenir à l’arrière du groupe s’il ne se sent pas confiant. On parle un peu d’entrainement, de stratégie de course. Il me parle d’une technique qui incorpore des pauses de 30 secondes de marche dans la course. Il me dit que ça peut même aider ceux qui courent en 3 heures. Ouais, bon, sais-tu chose, je pense que je vais faire à ma tête, ça m’a assez bien servi jusqu’à maintenant…

Par après, je me rends sur le parcours proprement dit. Je fais les derniers mètres en petit jogging, question d’amorcer un réchauffement. À l’avant du couloir noir se tient le lapin de 3h15. Les gens commencent à s’agglutiner autour, lui posent toutes sortes de questions. J’écoute un peu. On voit qu’ils sont nerveux et moi, je commence à m’énerver… parce que je ne le suis pas !  Il semble très gentil et habitué à ce genre de tâche, je pense bien qu’il va faire une bonne job. J’aimerais vraiment faire ça un jour.

Comme il y a un bon espace entre le couloir noir et le couloir marron (celui des moins de 3h10), je me tiens entre les deux. Je remarque qu’une clôture temporaire a été dressée à la hauteur du couloir marron,  ce qui veut dire qu’ils partiront avant nous et que les “noirs” seront de la deuxième vague. Et de l’autre côté de la clôture, je remarque la présence du lapin de 3h05. Bon, on va définitivement laisser faire pour le suivre, celui-là.

Je retourne donc vers le lapin de 3h15. Mais c’est qu’il est rendu envahi, ma parole !  Et derrière lui, ça commence à s’empiler aussi…  Bon, je vais devoir partir de la bande de Gaza entre les marron et les noirs on dirait. Pas grave. Plus grave par contre: ma foutue vessie s’est encore emplie. J’envisage de sauter la clôture (au sens propre là !) et aller me soulager derrière un arbre. Barbara ne vient me rejoindre que plus tard, alors pas de risque de me faire gronder… Petit coup d’oeil à ma Garmin: il est 6h59. Shit, trop tard.

L’annonceur se fait aller depuis tantôt, mais je n’écoute pas vraiment. Je remarque toutefois qu’une « traductrice » retransmet l’information en langage par signes. Une première pour moi dans ce genre d’événement. Et ceux dans le fond, dans le coin des marches à Rocky, ils font comment pour la voir, hein ?

Puis l’hymne national commence. Ha les Américains… Chanté a capella et avec beaucoup de retenue par une femme à la voix magnifique, j’ai beau ne pas être du genre patriotique (on ne peut vraiment pas en dire autant des habitants de la ville !), je sens un frisson qui commence à parcourir mon échine. J’arrête tous mes réchauffements, enlève ma casquette et écoute le reste de cette superbe pièce. Pas la main sur le coeur comme plusieurs, mais avec respect. Car oui, je le trouve beau, leur hymne national, meilleur que le Ô Canada qui fait tant triper nos voisins si « Canadians » (et par pitié, amis souverainistes, ne me parlez pas de Gens du Pays…). Il n’y a rien pour battre l’ancien hymne national soviétique, par contre, mais bon..

Peu de temps après, ce sont les handcycles qui prennent le départ. D’où je suis placé, je ne vois rien. Il y a toutefois autre chose dans mon champ de vision: l’hôtel de Ville, droit devant moi. L’urbanisme de la ville a été créé de façon à ce qu’on puisse voir le Musée d’Art de Philadelphie (en haut des marches à Rocky) à un bout de Benjamin Franklin Parkway et l’hôtel de Ville à l’autre bout. À la lumière du petit matin, il n’y a pas de mot pour décrire la beauté de l’endroit.

Trois minutes plus tard, coup de klaxon, le départ pour l’élite et les coureurs marron est donné. La foule, déjà très nombreuse, les applaudit à tout rompre. Une fois que les meilleurs d’entre nous sont rendus assez loin, la clôture temporaire est enlevée. Bientôt, ce sera notre tour…

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