Massanutten – l’avant-course

« Nous sommes arrivés hier à 23h30. Quand nous sommes entrés dans notre sukkah, ça sentait le moisi et il y avait des milliers crottes de souris partout, même sur les lits. On en aurait eu pour au moins une heure à faire le ménage avant de peut-être pouvoir se coucher. On a décidé de laisser faire et d’aller à l’hôtel. On est au Holiday Inn Express à Woodstock. Vous voulez que je vous réserve une chambre ? » (citation approximative)

Hé, c’est notre hôtel ça !

Ben oui, je ne suis pas un « vrai » (mot que je devrais utiliser avec parcimonie, je crois ;-)) ultrarunner. En ce sens que bien que j’adore fraterniser avec les copains et que, suivant l’esprit de la course en sentiers, je ne compétitionne pas vraiment avec eux, je suis trop douillet et trop antisocial (certains diront « sauvage ») pour la vie minimaliste et en communauté que cet esprit implique.

Coucher dans l’humidité d’une tente ou dans une salle commune la veille de me taper 160 kilomètres à la course ?  Comme dirait l’autre, c’est trop pour moi. Mes comparses ont toute mon admiration d’être en mesure de le faire.

À Massanutten, les offres d’hébergement dépassent le camping classique. Comme le quartier général de la course est situé dans un camp de vacances, on y retrouve des cabins et des sukkahs (soit la misère et la grosse misère), endroits où on retrouve plusieurs lits. Les cabins ont l’eau, l’électricité et une toilette commune. Les sukkahs ?  Heu… Un toit ?  On dit qu’elles sont plus tranquilles. Je me demande bien pourquoi…

Avant la remise des dossards et suite au message que Sébastien avait envoyé aux quatre (Alexandre, Martin, Pierre et Stéphane) qui faisaient la route le vendredi, mon père et moi sommes allés visiter lesdites cabins.

Ouf, bien que celle que nous avons visitée n’était pas aussi « garnie » que la description que Sébastien en faisait de leur sukkah, j’aurais définitivement été trop douillet pour passer la nuit là. Lits superposés trop petits, sales et gorgés d’humidité, planchers en contre-plaqué datant de l’avant-guerre et, oui, on y retrouvait des dépôts provenant de rongeurs. À 30$ par personne par nuit, c’était tout simplement du vol.

De retour au quartier général, j’ai pris mon dossard et nous nous sommes installés sous la tente en attendant les autres et le début du briefing.

FredCheckIn

Le classique « mug shot ». Maintenant je comprends pourquoi ils voulaient que je me place au-dessus du petit fanion au sol… (photo: Kevin Sayers)

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Devant le fameux « silo » qui, après réflexion, est fort probablement un ancien observatoire. En tout cas, ce serait un bon endroit pour en installer un, en plein milieu de nulle part…

Notre joyeux quatuor est arrivé avec une marge de manœuvre, autour de 15h45. Au point où, le briefing commençant avec un peu de retard, Pierre s’est même permis de se plaindre à la blague que ça prenait du temps.

Kevin, le directeur de course, s’est emparé du micro. J’adore son sens de l’humour. Il a le don de passer des infos qui ne seraient normalement pas intéressantes en y ajoutant sa touche toute personnelle. C’est donc dans la bonne humeur que le tout s’est déroulé. J’ai surtout retenu que la météo allait jouer au yo-yo le lendemain: fraîche en début de course, presque chaude en mi-journée pour être suivie de pluie et d’une baisse marquée de la température. La gestion de l’habillement allait jouer un rôle-clé.

Briefing

Avec mon père et Martin durant le briefing. Celui-là a le don de me faire rire à chaque fois qu’il ouvre la bouche. On en a la preuve ici… 🙂 (Photo: officiellement Kevin Sayers, mais bon, il était en train de jaser au micro, alors ce n’est certainement pas lui qui a pesé sur le piton)

Il manquait un gros morceau à ce briefing : Gary Knipling, la légende. J’ai vu qu’il était inscrit, mais il n’était pas là. Un bénévole en a fait allusion, disant porter un bracelet en son honneur. J’avoue que ça m’a inquiété. Il avait quelque chose, mais quoi ?  Un cancer ?  C’était ce qu’il y avait de plus plausible, dans les circonstances… Un Massanutten sans un fist bump de la part de Gary Knipling, c’est comme un Masters sans la présence d’Arnold Palmer. On sait que ça va arriver un jour, mais on se fait pas à l’idée que ça pourrait être cette année.

Toujours est-il que le briefing s’est terminé après quelques questions posées çà et là par des coureurs inquiets: dans quelles conditions sont les sentiers, quand les drop bags seraient-ils disponibles, etc. Honnêtement, malgré son humour, j’ai eu l’impression que Kevin n’était pas totalement «dedans» car ça m’a semblé beaucoup plus court que l’an passé. Et quand la bouffe est arrivée, tout le monde s’est garroché et à partir de là, l’assemblée était levée.

Pour nous, ça signifiait l’heure du retour à l’hôtel car, je le répète, je ne suis pas un « vrai » ultrarunner. Je ne me suis jamais résigné à manger autre chose que la bouffe de ma douce la veille d’une course. Pourtant, ce n’est jamais rien de compliqué : des pâtes avec une sauce toute simple à base d’huile d’olives. Mais bon, je ne veux pas faire des essais la veille d’une course, alors…

En tout cas, ce n’est pas autour de l’hôtel que j’aurais pu tenter des expériences culinaires par ce beau vendredi soir. Ha, il y avait bien des restos tout autour, mais tous du genre très « américain » : McDonald, Burger King, Taco Bell, PFK, Wendy’s, Pizza Hut. Après ça on se demande comment il peut y avoir une véritable épidémie d’obésité au sud de la frontière…

J’ai tout de même fait quelque chose de différent en cette veille de course: j’ai succombé à l’appel du houblon.  Je l’avais fait à Washington avec des résultats pour le moins surprenants, alors pourquoi ne pas tenter ma chance ici ?  C’est quoi le pire qui pouvait m’arriver ?  Que je me plante le lendemain ?  Ce ne serait certainement pas une bière qui allait faire tout basculer.

Nous avons eu à peine le temps de terminer notre souper que nous avons entendu parler français dans le corridor : les 4 joyeux lurons étaient dans la chambre en face de la nôtre !

Vous allez dormir à 4 ici ?  Voilà, c’est confirmé: je ne suis définitivement pas digne d’être appelé un ultrarunner. J’aime bien mes compagnons de course, je les aime beaucoup même, mais de là à partager un lit double avec l’un d’eux… Moi, sentir le frottement des pieds d’un autre sur mes jambes, bof… Traitez-moi de vieux garçon si vous voulez, mais à part ma tendre moitié, il n’y a personne avec qui j’ai envie de vivre ça. Ok, à la limite, vraiment mal pris, j’accepterais peut-être Magalie Lépine-Blondeau. Peut-être. Savez-vous si elle fait des ultras ?

Mais bon, ça n’avait pas l’air de les déranger outre mesure. Quoi qu’à les voir trinquer leur IPA, peut-être qu’après tout…

Stéphane m’a demandé mes objectifs. Heu, bonne question !  Après réflexion, j’aurais aimé au minimum le finir, bien évidemment. Ensuite, j’aurais visé de faire un meilleur temps qu’en 2015. Descendre sous les 26 heures était selon moi atteignable, surtout que la température allait être plus clémente. Sous les 24 heures ?  Ce serait le nirvana !  Côté classement, un top 20 ?  Possible, surtout qu’on a fini en 23e position l’an passé. À voir.

Après notre « petite » jasette (à un moment donné, nous étions 8 dans la chambre), ce fut la courte nuit et maintenant à 2h45, il est l’heure de partir pour Caroline Furnace. Étonnamment, le stationnement de l’hôtel est plein à craquer, preuve que beaucoup de gens s’y arrêtent pour passer la nuit (c’est tout juste à côté de l’autoroute). Comme nous rangeons nos choses dans le RAV4, un gars arrive et commence à faire de même dans l’auto stationnée tout juste à côté. Il s’en va à la même place que nous, celui-là !  Ça me rassure un peu de savoir que je ne suis pas le seul freak de la ponctualité qui s’arrange toujours pour être vraiment d’avance. Vous savez, au cas où qu’il y aurait un imprévu dans les imprévus…

Le sinueux chemin qui nous mène au départ est (ho surprise) désert. Après avoir évité renards et chevreuils, nous arrivons au départ qui bourdonne déjà d’activité. Comme il fait frais, presque froid (environ 8 degrés), mon père va demeurer dans l’auto durant mon « éclipse » dans les boîtes bleues. Je le rejoindrai plus tard et c’est de là que nous attendrons.

3h45, nous nous dirigeons à la tente. Après l’enregistrement, je retrouve mes amis. Pierre n’a pas son sourire détendu habituel et pour cause: son sac d’hydratation a une fuite. Après quelques recherches, il n’a pas trouvé de moyen pour le réparer. Je lui offre du duct tape, mais il est trop tard, mon père n’aura pas le temps d’aller le chercher au RAV4 avant le départ. Peut-être au premier ravito, à Edinburgh Gap ?

J’avoue que je me fais un peu de souci pour mon partner. Lors de notre dernière sortie ensemble, il en avait arraché, au point d’arrêter après 19 kilomètres. Bon, il avait gros rhume, mais il ne m’était pas apparu à son top lors du fat ass non plus. Ajoutez à ça qu’il n’a pas fait son volume d’entrainement habituel et bon, je me demande comment il va s’en tirer ici. Bah, au pire pour lui, il devra s’accrocher à moi comme je me suis accroché à lui l’an passé.

Pour ma part, côté équipement, j’ai décidé de partir avec ma ceinture à la taille avec deux bouteilles à la base du dos. Sur ce parcours, je préfère avoir les mains libres et je me dis que s’il devait faire chaud, je ne serais pas «emprisonné» dans ma veste. Le plan est d’enfiler ladite veste à Camp Roosevelt (mile 63.9) ou au mieux, à Gap Creek I (mile 69.6), en vue de la nuit. Dans mes pieds, mes Skechers GOtrail Ultra 3 qui ont passé les tests que je leur ai imposés avec les grands honneurs. Malgré l’épaisseur de leur semelle, ils sont très stables et en plus, côté confort, ils sont incroyables. Aussi, ils m’ont prouvé leur efficacité sur la roche mouillée, un incontournable ici. Je porte également le couvre-chef de la compagnie, mais malheureusement pas la camisole, qui n’est pas conçue pour porter une veste (et qui ne me va vraiment pas bien, pour être bien honnête). Quant aux shorts, je n’ai pas eu l’occasion de les tester sur une longue sortie, alors ce n’est pas le moment de faire des essais. Pas vraiment envie de me retrouver les parties intimes à vif avant la nuit, mettons…

Tiens, voilà Gary Knipling !  Il est en grande conversation avec un coureur et abhorre son légendaire sourire. Ses traits sont tirés, mais son visage n’est pas amaigri. Peut-être que ce qu’il a n’est pas si grave après tout. En tout cas, il ne prendra pas le départ car il porte une bonne vieille paire de jeans.

La température froide rend l’ambiance un peu étrange. En effet, personne ne sort de la tente, malgré le fait que le départ est dans moins de 3 minutes. Et comme on n’est pas dehors, on ne sent pas d’empressement ou de nervosité d’avant-course. Et pourtant…

En tout cas, pas moyen de faire la photo « pendant qu’on a le sourire » devant l’horloge comme l’an passé, on va faire ça à l’intérieur:

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La délégation québécoise (presque) au grand complet: Sébastien, moi, Stéphane, Martin, Pierre et Benjamin avant le départ. Ne manque qu’Alexandre, aux prises avec une « urgence » de dernière minute ! 😉

Puis, mon père me souhaite bonne chance et me dit de m’amuser. Je lui réponds tout simplement « Merci » en le serrant contre moi. Je suis vraiment content qu’il soit là. Contrairement à l’an passé, je suis serein. Je sais ce qui m’attend et malgré mes objectifs, je ne me suis mis aucune pression. Je vais prendre les roches une à la fois. Les blessures ?  Tout est sous contrôle. Le sciatique est rentré dans l’ordre juste à temps, la cheville se tient tranquille. Il y a bien le genou droit qui est endolori suite à mes premières sorties de vélo (ben oui, certains laissent la course pour le vélo à cause de problèmes aux genoux et moi, je fais le contraire), mais il devrait tenir. Il va tenir.

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Plus quelques secondes…

Kevin égrène les secondes et c’est parti. Mon onzième ultra, mon quatrième 100 miles est maintenant commencé.

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4 avis sur « Massanutten – l’avant-course »

  1. hahaha, moi non plus, je ne suis pas une « vraie », j’ai besoin de confort pour le dodo précourse. Au minimum une chambre avec une salle de bain privée. L’an dernier à la chute du diable nous avions réservé tard et avions par conséquent dormi dans le chalet du trappeur, se faire réveiller à tout bout de champ par les mulots qui gratte et qui fouine, plus jamais, non merci. De toute façon, tu as vu le chalet que je nous ai trouvé pour notre après-course à La petite trotte à Joan. Ça prend quand même un minimum de confort et 2 chambres séparées ! C’est que je ne m’appelle pas Magalie Lépine-Blondeau, une actrice québécoise ? Et puis, ce n’est certainement pas parce que nous allons passer une nuit ensemble qu’on va coucher dans la même chambre LOL

    • Oui, Magalie est une actrice québécoise (19-2), pas mal bonne en plus de ça !
      Ouf, les mulots, pas sûr… C’est bien beau se dire qu’on ne dort pas vraiment la veille d’une course de toutes façons, mais il est préférable d’être le moindrement détendu, non ? Et ce n’est pas avec des mulots qu’on se détend, généralement…
      Pour le chalet à St-Donat, faudra juste s’arranger pour ne pas arrêter là à 10 km de l’arrivée ! 🙂

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