Massanutten: ne pas avancer de jour…

Dès le départ, Pierre s’envole. Alexandre faisant partie des extraterrestres devant et les autres ayant décidé de demeurer sages au départ, je me retrouve à faire les premiers hectomètres sans mes compagnons québécois. Tout d’abord sur l’asphalte du Camp Roosevelt Road, puis sur la terre du chemin de campagne menant à Moreland Gap (mile 4.1).

Une belle petite mise en jambes, ce chemin. En montée graduelle, il permet de  s’échauffer et d’étirer le peloton avant d’entrer dans le vif du sujet. Il permet également de mettre un peu son placottage à jour, ce que ma foi, Amy et Pierre sont maintenant en train de faire tout juste devant moi. Je ne m’étais même pas rendu compte en remontant le peloton que je l’avais rejoint !

Je n’ai aucune idée de quoi ils causent, mais sociables comme ils sont tous les deux, ils ne doivent pas manquer de sujets. Puis, Amy s’éloigne peu à peu et je me hisse progressivement au niveau de mon partner qui semble étonné de me voir là. Vrai qu’à pareille date l’an passé, j’avais entrepris de monter les premières bosses à la marche, mais là, j’ai décidé de les courir.

Amy a l’air en forme… « Ouais, elle a l’air. Elle est partie pour faire ça sous les 24 heures, je pense ».

Et là, tout d’un coup, ça me frappe de plein fouet. J’ai beau le savoir, je viens de me le faire rappeler : ça va définitivement me prendre plus de 24 heures. Il m’en reste au moins 25 ou 26 à courir, marcher, grimper, descendre, sauter, avancer encore et toujours. Je vais voir non pas un, mais fort probablement deux levers de soleil avant de m’arrêter. Ouch !

Se présente alors une bonne montée, une première vraie de vraie. De la marde, je la marche. Il reste encore 100 miles, bout de viarge… « Si tu marches, je marche ». Cout’ donc, va-ton faire toute la course ensemble ?  Ce serait surprenant, Pierre étant nettement supérieur à moi dans le technique. « Toi Fred, t’es un grimpeur ! ». Ouin, mais ce que je donnerais pour être légèrement moins fort en montée comme lui pour être aussi bon dans le technique et en descente. À ce niveau, je ne suis même pas près de son calibre…

La station, telle qu’annoncée, est constituée de récipients de 5 gallons d’eau qui se trouvent dans le coffre arrière du véhicule d’un bénévole. Pas de bouffe, pas de Gatorade, pas de tables, pas de verres. Nous passons en envoyant la main et entrons dans les sentiers.

Au début, c’est plutôt facile et non seulement j’arrive à garder le contact avec Pierre, mais en plus, je réussis l’exploit de reprendre 2 ou 3 coureurs au passage.

Puis, arrivent les roches, les vraies. Et là, c’est le désastre. Mes lacunes au niveau technique se retrouvent exposées au grand jour (en fait, à la grande nuit car le soleil est encore couché, lui). Un à un des coureurs me rejoignent et, sentant leur présence tout juste derrière, je les laisse passer.

Une longue montée apporte un peu de répit. De la base, j’entends Amy jacasser plus haut. Ça m’encourage un peu, je me dis qu’elle n’a pas pris tant d’avance que ça, finalement… J’ai même envie de lui pousser un « Amy, we can hear you from down here ! », mais je me retiens. On ne peut pas dire qu’on se connait vraiment, même si on a déjà méméré une bonne dizaine de minutes (à la fin du Vermont 100).

Les roches recommencent de plus belle. « Fred, c’est toi ? ». C’est Stéphane qui vient de me rattraper. Ben oui, je suis pathétique dans de telles conditions. En fait, quand ils ont inventé ce mot, ils pensaient justement à moi parcourant ces sentiers.

J’essaie de m’accrocher à lui, mais c’est bientôt peine perdue. Il s’éloigne tranquillement, tout en continuant de me jaser. Comme un (autre) gars m’a déjà dépassé depuis, je dis : « Heu, Stéphane, ce n’est plus moi qui suis derrière toi ! ». Bientôt, je ne le reverrai plus.

Puis, tout juste derrière, je sens quelqu’un d’autre qui approche. Je me tasse et Kathleen Cusick, la championne en titre, passe en trombe, lâchant un « Good morning ! » au passage. Good morning et… ça m’a fait plaisir. Toujours aussi sympathique, il n’y a pas à dire, mais au moins elle m’a parlé. Deux gars sont à sa suite. J’aimerais bien me joindre au train, mais abandonne rapidement l’idée. L’an passé, elle m’avait passé le K.O. autour du 25e mile. Là, on n’en a même pas 10 de parcourus et je sais que je ne la reverrai plus.

Les suivants à me botter le derrière ?  Benjamin et Martin. Je parviens à m’accrocher un tout petit peu, profitant de l’occasion pour jaser souliers avec Benjamin, mon « compagnon d’écurie » chez Skechers (nous sommes les seuls coureurs en sentier de la marque au pays). Il porte le même modèle de souliers que moi et lui aussi semble très satisfait de leur comportement. Il y a juste que lui sait mieux les utiliser.

Non mais, je ne me souvenais pas qu’il y avait autant de roches aussi tôt dans la course… C’est l’enfer !  Au moins, le nombre de personnes qui me dépassent semble se stabiliser un peu. Il y en a toutefois un dernier qui m’assène le coup de grâce : un monsieur assez âgé qui sautille allègrement d’une roche à l’autre avec un naturel aussi désarmant que frustrant. Ça a tellement l’air facile…

Quand, après une éternité, je débouche enfin sur le chemin de terre, j’y vais à pleins gaz. Non mais, c’est tellement frustrant de ne pas avancer, je vais au moins me laisser aller dans les descentes faciles. Et mon monsieur « âgé » qui trottine… Je passe en coup de vent, sachant fort bien qu’il va me reprendre plus loin.

Edinburg Gap (mile 12.1). Mon père m’attend une centaine de mètres avant la station avec mes affaires. Remplissage rapide de mes bouteilles, il me met au courant de la progression de mes amis : Alexandre est passé avec les meneurs, les autres ont quelques minutes d’avance, sans plus. Il a bien tenté de réparer le réservoir de Pierre, mais il n’est pas certain que ça a marché.

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Mon arrivée à Edinburg Gap (photo: Kevin Sayers)

Je le remercie, lui laisse ma frontale et me dirige vers la station pour prendre quelques trucs à manger. Car cette année, suite à mon expérience désastreuse de 2015, j’ai décidé de carburer à la nourriture « ordinaire » plutôt qu’aux gels qui ne seront là qu’en guise de « support ». Je me prends donc quelques trucs et repars.

Avant de traverser la route pour entrer à nouveau dans le sentier, j’aperçois Gary Knipling. Hey, GARY !!!  Je lui tends le poing, il me répond par son fameux fist bump en ajoutant, le sourire aux lèvres, le traditionnel « Good job ! ». Ça fait du bien de le voir souriant. Peut-être n’a-t-il rien de grave ?

Massanutten étant Massanutten, un ravito est immanquablement suivi d’une montée. Douce au début, la pente s’accentue par la suite. Comme je les aime. Allez, c’est le moment de reprendre du terrain !

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Le début de la montée en quittant Edinburg Gap (photo: Paul Encarnacion)

Justement, devant, une proie. Je fonds sur lui. En fait, je crois fondre sur lui. Je me rapproche, mais pas assez vite à mon goût. Voyons, qu’est-ce qui se passe ?  Déjà que j’ai remarqué que je n’avais pas amélioré mon (médiocre) temps de passage de l’an dernier, je ne suis même plus foutu d’être bon en montée ?

Je rattrape tout de même peu à peu le gars, mais surtout, j’entends quelqu’un à ma poursuite. Hein, je me fais rejoindre en montée ?  Ha ben là, il y a des limites ! Quand mon poursuivant arrive à moi, je me tasse pour lui laisser le chemin, mais il me dit non, que j’ai un excellent rythme, qu’il va demeurer derrière. Bon, au moins un petit encouragement… Il ajoute que c’est tout ce qu’il sait faire, monter. Ben on est deux, mon ami !

Nous rejoignons et dépassons l’autre et, rendus au sommet, je me tasse. « Are you sure ? ». You bet. On ne peut pas être aussi pourri que moi dans le technique, c’est physiquement impossible. Je parviens tout de même à le suivre un bout sur la crête de la montagne avant de le perdre de vue. Un autre. Ça doit bien faire 20-25 personnes qui me dépassent depuis qu’on est dans les sentiers.

Selon mes souvenirs, une fois rendu sur la crête de la montagne, cette section passait plutôt bien. Et effectivement, je peux la courir. Bah, il y a évidemment des bouts rocailleux (non !?!) où j’en arrache, mais en général, ça avance. C’est sûr que j’éprouve une certaine frustration quand le monsieur assez âgé me refait le coup de gambader sur les roches, mais bon, il fait beau, la température est agréable, les vues sont splendides, pourquoi ne pas en profiter ?  On est aussi ici pour ça !

Je suis donc d’assez bonne humeur quand j’arrive à Woodstock Tower (mile 20.3), surtout que ma mémoire me rappelle que la section suivante passait aussi plutôt bien. En effet, j’y avais même réussi à « coller » Amy.

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Woodstock Tower, mile 20.3 (photo: Kevin Sayers)

Avant de partir, je regarde ce qu’il y a côté bouffe. Hein, des hot dogs ?  Ça va pas, non ?  C’est l’enfer à avaler et encore plus l’enfer à digérer. Roter des roteux durant un ultra ?  Non merci !  Je choisis plutôt un sandwich et repars… dans la mauvaise direction.  Sans le bénévole, Dieu sait où je me serais retrouvé.

Tiens, il me semblait que c’était moins difficile que ça, ici… Et puis, quand je regarde mon chrono, bien que je ne me souvienne pas de tous mes temps de passage, j’ai vraiment l’impression que je ne vais pas plus vite que l’an passé. Pourtant, les conditions sont idéales ou à peu près… Ok, certains endroits sont plus boueux et il y a même des ruisseaux à traverser, ce qui n’avait pas été le cas jadis, mais quand même.

Puis je me rends compte d’une chose : j’ai la chienne. Voilà, quand je pourrais aller le moindrement vite dans les roches, j’ai peur de m’enfarger et de planter face première. Et ça, la fraîcheur de l’air n’y peut rien. Si on a peur, on demeure plus prudent, un point c’est tout. Vaut mieux arriver plus tard que ne pas arriver du tout.

Une fois ce constat accepté, je poursuis à mon rythme jusqu’à Powell’s Fort (mile 25.8). Là, petit irritant, le ravito est placé à l’écart du parcours. Je ne sais pas pourquoi, mais ça m’énerve. Bout de viarge, quand bien même que tu ferais 200-300 pieds de plus, sur 103.7 miles, tu n’en mourras pas, du con !

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Alexandre, le premier de notre petit groupe à Powell’s Fort (photo: Paul Encarnacion)

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Le troupeau comprenant Benjamin, Martin et Pierre amené par Amy  (photo: Paul Encarnacion)

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Benjamin, Martin et Pierre sont sortis du troupeau pour la photo 😉 (crédit: Paul Encarnacion)

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Au tour de Stéphane, 5 minutes plus tard (photo: Paul Encarnacion)

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Me voilà enfin, un quart d’heure derrière (photo: Paul Encarnacion)

Aussi, j’en ai eu un petit aperçu à Woodstock Tower, mais j’en ai la confirmation ici : la ceinture à la taille avec les deux bouteilles, ce n’était pas la meilleure des idées. Je pensais que le remplissage se ferait rapidement et sur ça, j’avais raison. Dans mon super-raisonnement, j’ai aussi supposé qu’il serait facile pour moi d’y ajouter mon LG en poudre en sortant du ravito. Eh bien sur ça, j’étais dans le champ.

J’ai sous-estimé les manipulations à faire et les troubles que j’aurais à extirper de mon sac les petits pots de pilule contenant le LG. Sans oublier le fait que je perdais de l’eau chemin faisant et aussi que les bouchons des bouteilles seraient difficiles à desserrer et à resserrer. Bref, ça ne va pas bien. En plus, le frottement de la ceinture sur le bas de mon dos commence à joyeusement l’irriter.

Ajoutez à ça la température qui grimpe tranquillement (des mouches à chevreuil ont d’ailleurs commencé à me virer autour, signe indéniable) et j’appréhende déjà l’interminable section de 9 miles entre les miles 41.1 et 50.1. Pas certain que j’aurai assez de liquide dans mes bouteilles pour faire la distance. Bref, à Elizabeth Furnace (mile 33.3), je vais avertir mon père de préparer ma veste pour la station suivante.

Mais d’abord, je dois m’y rendre !  Le tout commence par un beau chemin de terre, qui ma foi, est beaucoup plus long que dans mes souvenirs, ce qui n’est pas une mauvaise nouvelle en soit. Puis, avant d’entrer à nouveau dans le sentier, je croise des randonneurs. « Looking good ! » me lance l’un d’eux. Only looking good !  Celle-là, elle me sert depuis des années et fait rire presque à chaque fois.

Poursuivant tant bien que mal mon chemin, mes pensées divaguent. Non mais, faut quand même vouloir… Faire de la randonnée ici, vraiment ?  C’est l’enfer ! Puis j’y pense : et toi, le zouf, tu te penses brillant à te taper un 100 miles ici ?

J’ai à peine terminé ma « réflexion » que je croise mon idole : un gars en… vélo de montagne !  WHAT ?!?  Du vélo de montagne ici ?  J’ai peine à avancer sur mes deux jambes et lui le fait sur deux roues ?  Il a perdu un pari, quelque chose ?  Il veut se punir d’un péché ?  Je lui laisse le chemin question qu’il puisse garder un semblant de rythme et il me remercie gros comme le bras au passage.

Et le pire, c’est que je vais en croiser d’autres comme lui. Moi qui pensais que nous ultramarathoniens étions les plus fous sur cette terre…

Toujours est-il que tout ça me distrait et, bien que je n’avance pas plus vite, mes pensées sont très positives. Pas question d’envisager l’abandon cette année.

À Elizabeth Furnace, mon père m’informe que Pierre, Martin et Benjamin sont passés ensemble, une vingtaine de minutes auparavant. Ils ont rejoint Pierre ?  Ça ne me surprend pas de Martin, mais de Benjamin, wow ! Il a fait 33 heures à Bromont et il est parti sur une cadence de 25-26 heures ici !  Je suis très, très impressionné.

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Elizabeth Furnace, « déjà » le tiers de fait ! (photo: Tim Toogood)

Et Stéphane ?  Il ne l’a pas vu. Alexandre ?  Il n’est plus dans le peloton de tête, mais il est encore dans les premiers. Quant à Sébastien, incommodé par une blessure au genou, il prévoyait marcher et se retirer rapidement, alors sa course est probablement terminée.

J’informe mon crew de mon intention de prendre ma veste à Shawl Gap (mile 38.0), lui expliquant mon raisonnement. Il aura donc comme tâche de la préparer.

En partant, j’ai un petit sourire intérieur juste à imaginer mon père pris pour remplir seul le réservoir et l’insérer dans ma veste. Personnellement, je suis habitué et ce n’est pas toujours évident, surtout quand on veut que le réservoir soit plein. J’ai bien hâte de voir comment il se débrouillera.

Mes souvenirs de cette section n’étaient pas mauvais, ils étaient tout simplement atroces. Des roches, des roches, encore des roches. Pas moyen de prendre le moindre rythme, toujours arrêté pour essayer de se trouver une trajectoire.

Et qu’est-ce qui arrive quand on s’attend à de la merde ? Hé bien ça finit (presque) toujours par être moins pire que prévu. Dans la montée initiale, je rejoins progressivement un gars, mais une fois rendu à lui, décide de demeurer derrière car je sais que ce sera très technique plus loin. Un autre arrive derrière et les deux se mettent à jaser. Heu, je ne vous dérange pas trop, les gars ?

Bah, de toute façon, quand le relief s’aplanit pour ensuite prendre une tendance vers le bas, je les perds de vue. Puis, le sentier devient de plus en plus praticable au point que je peux me laisser aller dans la descente menant au ravito. Ha que ça fait du bien…

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Je me présente à Shawl Gap, après une longue descente (photo: Anzhela Knyazeva)

« Hé hé, relaxe, ne va pas si vite ! ». C’est mon père qui m’accueille. Comment ça, pas aller si vite ?  Je n’avance pas !

Il me raconte les difficultés qu’il a eues avec ma veste. Car non seulement le remplir représentait un défi, mais il a également eu toutes les misères du monde à installer le réservoir. Heureusement, un bon samaritain l’ai aidé. Et en plus, il a perdu le morceau de plastique servant à le refermer. Mais, prévoyant comme toujours, j’avais un réservoir de réserve (ça fait bizarre à dire, non ?) et il a pu utiliser la pièce de ce dernier en remplacement.

Tout en l’écoutant, je ne peux m’empêcher de sourire. Comment a-t-il pu réussir à perdre ce morceau ?  Mais que voulez-vois, la distraction, c’est une tare familiale: je ferais exactement comme lui si j’étais à sa place !

Je transfère mes trucs de mon sac à ma veste: gels, guenille (j’en ai toujours une, au cas où…). J’arrive à l’imperméable de secours. Vais-je vraiment avoir besoin de ce machin ?  Le soleil est bien fort, il fait chaud au point que j’insère maintenant de la glace dans ma casquette. S’il pleut, ça va seulement me faire du bien, non ?  Bah, au cas où j’en aurais besoin durant la nuit, aussi bien faire le transfert tout de suite.

Avant de partir, je reçois un ordre: « À Habron, je veux que tu sois en forme ! ». Habron, c’est Habron Gap, la prochaine station où je le reverrai, dans quelque 16 miles. L’an passé, Pierre et moi mous y étions présentés avec des airs de morts-vivants. Mon paternel ne veut pas revoir cette image. Chef, oui chef !

Et mes amis ?  Toujours ensemble, une demi-heure devant.

Ok, une section de route menant Veach Gap (mile 41.1) maintenant. Petite facile avant une des pièces de résistance du parcours.

Ho, mais c’est qu’il y a des foutues bonnes montées ici ! Aille, aille, j’avais effacé ça de ma mémoire, moi… De bonnes pentes, genre Vermont 100. Ouin… Bon ben, faut faire avec ! J’avance tout de même bien et dépasse quelques coureurs. Cette partie a été plus difficile que prévu, mais rien pour écrire à sa mère.

Tiens, le ciel s’est couvert et comme par magie, on sent que la température a commencé à descendre un peu. Pas que je vais m’en plaindre. En quittant le ravito, un bénévole nous crie: « 3 miles up, 3 miles on the ridge, 3 miles down ». Simple, non ? 9 « petits » miles pour arriver à Indian Grave (mile 50.1). Et comme je quitte, il rajoute: « The rain is gonna come down any minute ! ». Amenez-la votre pluie, elle ne me fait pas peur…

Ha, l’infernale montée à la sortie de Veach Gap. Elle peut se vanter de m’avoir fait mettre un genou à terre, celle-là. Mais elle ne m’aura pas deux fois !

Je grimpe bien, au point où je commence à me faire des idées. En effet, peut-être que je pourrais réussir à rejoindre mes compagnons et qu’on ferait un bout ensemble par la suite. Si ça va bien, pourquoi pas ?

À mesure que je gagne en altitude, un vent frisquet se fait sentir. Hum, pas désagréable. Au sommet, je me dis « Déjà ? ». Wow, déjà 3 miles de faits, plus que 6 !

En fait, je ne sais pas où le bénévole a pris ses infos, mais la partie sur la crête de la montagne est beaucoup plus longue que 3 miles. Elle ne finit plus de finir et comble de bonheur, elle est technique au possible. J’avance péniblement, hésitant, reprenant un semblant de rythme. Puis, la pluie se met à tomber. Légère au début, elle prend progessivement de l’intensité.

Voilà, je ne peux pas m’en sortir, je suis détrempé. Et sur la crête, nous sommes exposés au vent comme jamais. J’essaie de poursuivre malgré le fait que je commence sérieusement à me les geler, mais je finis par hisser le drapeau blanc: je vais devoir enfiler mon imperméable.

En fait, c’est un vulgaire poncho de secours qu’on peut se procurer dans une pharmacie pour la modique somme de 1$. Il y a juste un problème avec ces machins-là: c’est l’enfer de les enfiler.

Comme je suis (très) têtu, j’entreprends de me taper l’opération tout en marchant. Bon, il est où, le trou pour la tête ?  Ha, le semblant de capuchon est ici, ça doit être ça. J’essaie d’entrer ma tête par là et elle se retrouve… dans un trou où on devrait passer un bras ! J’essaie à nouveau, même résultat. Dans le trou pour l’autre bras ou le même trou ?  Aucune idée ! Tout ce que je sais, c’est qu’il n’y a pas de capuchon, alors ma tête n’est pas au bon endroit. Calv… !

Finalement, je me résous à arrêter et investir un peu de temps dans l’opération. On n’est pas à 2-3 minutes  près, n’est-ce pas ?

J’ai vraiment bien fait car ni la pluie ni le vent ne baissent en intensité. Cette protection de fortune n’est vraiment pas idéale pour courir, mais bon, sans elle, je risquerais l’hypothermie.

Un gars me rejoint et je lui fais part de mon « inquiétude » par rapport à la longueur que nous avons à parcourir sur la crête. Ne trouve-t-il pas que c’est un long 3 miles ?  Il me répond que le bénévole était probablement dans les patates, que nous avons plus 1.5 mile de montée, 6 miles de crête et 1.5 mile de descente à faire. Ouais, ça a de l’allure son affaire…

Arrive ce que je pense être le début de la descente. Ho que c’est compliqué ça mes amis: les possibilités de se péter la marboulette sont presque infinies !  Je descends donc prudemment (comme d’habitude) et une fois au niveau du plancher des vaches, attends avec impatience l’arrivée de la station. Après ce virage-là, oui, je me souviens. Hé non. Après celui-là ?  Nope. Cout’ donc, l’ont-ils oubliée ?

Finalement, des voix. Ha… J’ai un mince espoir de voir un de mes compagnons m’attendre, mais je ne me fais pas d’illusion: la crête et la descente ont été très difficiles pour moi, c’est plutôt improbable que je puisse leur avoir repris du terrain. En arrivant sur place, j’aperçois un gars qui porte un bandeau. Serait-ce Benjamin ?

Hé non. Ben ben, ça a l’air que je vais devoir me débrouiller comme un grand garçon pour la suite…

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