« Tirer la plogue »

Voilà, c’est fait: j’ai « tiré la plogue », comme on dit. En fait, elle s’est tirée par elle-même quand je n’ai pas confirmé mon inscription, mais ça revient à la même chose: je ne serai pas à Massanutten en mai prochain. Je me faisais peu à peu à l’idée depuis quelque temps, c’est maintenant officiel… et ça me fait tout drôle. Cette course, je l’avais tellement détestée à mes débuts, en 2015, pendant les longues heures que j’avais passées sur les foutues roches, sous le soleil de plomb… J’avais fini par l’apprivoiser en faisant la deuxième moitié de l’infernal parcours avec mon ami Pierre puis l’an passé, je m’étais carrément attaché. L’organisation, les gens, le site, tout. Le monde des ultras tel qu’on l’apprécie. Sans compter le fait qu’il y aura encore cette année une belle délégation québécoise. Mais bon, je n’en ferai pas partie.

Pourtant,  il y a quelqu’un qui a rallumé la lumière au bout du tunnel. Cette personne, c’est Annie-Claude, la physio que j’ai consultée à la clinique de la gare centrale. Sentant que j’étais allé au bout de l’ostéopathie pour la blessure que j’avais et constatant que la guérison stagnait, je me suis dit: pourquoi ne pas essayer la physio ?

À notre premier rendez-vous, elle m’a demandé un ordre de grandeur de mon volume habituel d’entraînement. J’ai répondu que je faisais entre 80 à 100 kilomètres par semaine, parfois 110 en « période de pointe ».

Pas de réaction. « Vos prochaines compétitions ? ». 50 kilomètres début avril (Runamuck) et 167 kilomètres début mai (Massanutten, évidemment). À peine un sourcillement. Soulagement: je n’allais pas passer pour un hurluberlu et ne me ferait pas dire « que j’en faisais beaucoup trop, que ça n’avait pas de bon sens, et patati et patata… ». Cool.

Après m’avoir examiné, fait faire un paquet de petits tests, taponné mon ischio de tous bords, tous côtés, elle m’a expliqué ce que j’avais et ce qu’il fallait faire pour guérir. En gros, oui, le muscle avait déchiré, mais il était en train de reprendre. Sauf qu’il fallait qu’il reprenne « comme il faut » et pour ça, je devais faire à tous les jours une série d’exercices qu’elle allait me prescrire.

La question me brûlait évidemment les lèvres : pouvais-je reprendre la course ?  « Pas cette semaine, mais à partir de la semaine prochaine, si vous faites vos exercices, le retour progressif à la course va faire partie de votre réhabilitation ».

Enfin !!!  Ça faisait 6 semaines que je m’étais blessé, ma dernière tentative remontait à 10 jours. Dire que je trouvais le temps long serait un euphémisme.

Et mon début de saison ?  « Je pense qu’il vaut mieux prévoir un retour progressif dans le but d’avoir un bon milieu et une bonne fin de saison qu’essayer d’aller trop vite. »

Flûte-caca-boudin. Mais bon, disons que je m’y attendais. J’allais définitivement « tirer la plogue ».

Je me suis donc mis à la tâche, assidûment, soir après soir. D’ailleurs, je ne comprendrai jamais pourquoi certaines personnes vont voir un professionnel comme un physio ou un ostéo pour ensuite ne pas faire les exercices prescrits. Ils pensent quoi, que ça va se faire tout seul ?  Que le pro a une baguette magique et va nous faire guérir en un claquement de doigts ?  C’est comme aller voir le médecin et ensuite, ne pas aller chercher les médicaments prescrits. Pourquoi y aller, voulez-vous bien me dire ?

Bref, après une semaine, deuxième rendez-vous. J’ai eu droit à des félicitations pour mes progrès et, extase, ai reçu mes instructions de course. Je devais commencer par une sortie de 20 minutes au cours de laquelle j’alternerais 3 minutes de course avec 1 minute de marche.

Moi, le gars plate, le gars de chiffres, fallait que je demande : 20 minutes, est-ce que c’est juste pour la course ou c’est pour le total. « Pour le total ». Ouin… Si ça allait bien, je pouvais ensuite monter progressivement: 30 minutes, 40 minutes. Puis passer à 5/1, 6/1, etc. Vous voyez le principe. Dans le genre progressif…

***

« Ça va pas ?!? ». C’en était presque comique. Ma belle-maman était à la maison pour quelque jours et lorsque je suis revenu de ma première sortie, peu habituées à me voir partir si peu longtemps, elle et Barbara ont posé cette question exactement en même temps.

Vous savez, 20 minutes, ce n’est pas tellement long… Et pas tellement épuisant non plus, à vrai dire, surtout quand on fait du 3/1. 5 petits blocs de 4 minutes et c’est terminé.

C’était il y a 3 semaines. Depuis, j’ai revu Annie-Claude à 2 reprises et ne devrais plus avoir à y retourner. Le retour graduel se poursuit. Une raideur (qui est tout à fait normale, à ce qu’il paraît) se pointe de temps à autre, me rappelant de ne pas brûler les étapes.

Maintenant, aurais-je pu faire Massanutten ?  Aucune idée. Et on ne le saura jamais…

Mais disons qu’avec le satané rhume qui m’est tombé dessus (oui oui, une vraie grippe d’homme !  Une chance que j’avais écrit le squelette de ce texte il y a quelques jours…), je ne suis pas trop fâché de ne pas avoir cette pression-là.

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2016: retour sur une drôle d’année

Les traditions étant les traditions, celle-là en est une incontournable depuis que j’ai démarré l’écriture de ce blogue, alors la voici donc: ma drôle d’année 2016 en quelques flashes.

« Je fais des ultramarathons parce que des marathons, c’est trop dur » – C’est ainsi que je me suis présenté lors de ma première rencontre des ambassadeurs Skechers. Tout le monde s’est mis à rire, mais je n’exagérais pas tant que ça. C’est très dur un marathon, vous savez…

Jamais je n’aurais pensé qu’une compagnie puisse être intéressée à commanditer quelqu’un de mon niveau. Imaginez: le gars qui était assis à côté de moi était le champion en titre du marathon de Montréal !  Je n’avais pas vraiment rapport. Et justement, c’est parce que je n’avais pas rapport que j’étais là: je suis ultramarathonien, alors que les autres faisaient de la piste, de la route ou du triathlon.

L’association a été fructueuse, pour moi en tout cas. Je cours maintenant presque exclusivement sur du Skechers et les vêtements fournis commencent à être sérieusement usés. Notre entente a été renouvelée pour 2017, à mon grand bonheur.

Les pauses-bobos – Février, mon sciatique a fait des siennes. Résultat: un mois on and off. Je suis arrivé à Massanutten légèrement sous-entrainé, avec comme conséquence que j’ai fait le même temps qu’en 2015, mais dans des conditions pas mal plus faciles.

Décembre, déchirure au niveau de l’ischio-jambier droit. J’attends « patiemment » que ça guérisse. Moi qui fais des sorties course-marche, on aura tout vu…

C’est fou le nombre de blessures qui peuvent se produire dans un sport sans contact. Les coureurs en ont tous, à divers degrés. Mes collègues me voient souvent boiter au travail et me demandent si je me suis fait une compétition quelques jours auparavant. Hé non, ce sont la plupart du temps mes tendons d’Achille qui se plaignent. Mais comme ils n’empêchent rien, je cours dessus.

Mais bon, ça ne se passe (malheureusement) pas comme ça avec l’ischio.

Les controverses – Paradoxalement, j’ai moins publié en 2016 que les années précédentes et pourtant, jamais je n’ai créé autant de controverses. Car non pas une, mais bien deux fois mes articles ont entrainé des réactions… pas toutes positives, disons.

Les discussions privées demeureront privées, mais je tiens à souligner ici l’apport de Patrick au débat « principal ». Je voudrais le remercier pour le ton très cordial qu’il a utilisé, pour son ouverture et ainsi pour les arguments qu’il a apportés qui m’ont amené à voir la situation d’un autre oeil. J’ai appris à connaitre un homme remarquable que j’espère bien recroiser très prochainement.

De tout ça, je retiens une chose: nous sommes chanceux de vivre dans un endroit où un sujet comme la course à pied peut mener à de telles discussions. Il faut croire que nos vies ne se portent pas si mal. Je me demande bien ce que les gens d’Alep pourraient en penser…

Le fat ass – L’appel a été lancé au hasard sur Facebook par un ami. Il s’attendait à ce qu’il y ait 10-15 coureurs qui se présentent. Le soleil radieux aidant, il y en a eu une quarantaine. Un beau parcours de 50 kilomètres empruntant des chemins de campagne comme je les affectionne. Merci Stéphane.

fatass

La gang du fat ass avant le départ. Crédit photo: je l’ignore. Guy, je te l’ai empruntée sur ta page Facebook…

« Je ne crèverai pas icitte ! » – Ça a été ma mantra lors de mes deux premiers 100 miles de la saison. La première fois que je me suis dit ça, c’était à Massanutten, peu de temps après le départ. Je commençais à frustrer à force de me faire dépasser dans les roches et tâchais tant bien que mal (surtout mal) d’accélérer le pas. Après avoir perdu l’équilibre à quelques reprises, j’ai eu cet éclair de lucidité: valait mieux arriver un peu plus tard que ne pas arriver du tout. Je suis nul dans le technique, aussi bien l’accepter. Avec le recul, je l’ai peut-être trop « accepté », mais bon…

C’est dans un tout autre contexte que je me suis juré de demeurer vivant lors de l’Eastern States. Je venais d’accompagner un gars qui se vomissait les tripes jusqu’au ravito du 33e mile. La section qui suivait était relativement facile, je pensais pouvoir rouler un peu. C’est ce moment que la chaleur a choisi pour me tomber dessus. J’ai vraiment eu l’impression que si je persistais à courir, j’allais y rester. Je me suis mis à marcher.

Les roches – À Massanutten, je les connaissais. Je savais qu’elles me donneraient du fil à retordre. Disons qu’elles ne m’ont pas déçu. À Eastern States, par contre… Ha, il y en a moins, mais bout de viarge, elles bougent !

Québec Power – Sur 199 partants à Massanutten, nous étions 7 de la belle province. On dirait bien qu’il va falloir que les Américains s’habituent à entendre parler français.

La décision – Shawl Gap, mile 38. Sachant qu’une longue section sans ravito s’en vient, je change mon système d’hydratation, question d’avoir une plus grande réserve de liquide avec moi. Dans le transfert des trucs, j’hésite à prendre un imperméable de secours, car je trouve qu’il prend de la place pour rien. Je décide finalement de l’emporter avec moi, au cas où…

Cette décision sauvera littéralement ma course. À peine une heure plus tard, la pluie se mettra à tomber et la température, à chuter. Sans ce cossin à 1$, l’hypothermie me guettait. Quand on pense que c’est arrivé à une coureuse d’expérience comme Amy…

La pluie – Trois courses de 100 miles, trois fois de la pluie, au moins une heure à chaque fois. Vais-je faire un 100 miles sans pluie un jour ?

La perf – Je sais qu’il n’aime pas tellement qu’on en parle, mais je suis encore béat d’admiration devant la perf que mon ami Pierre nous a sortie à Massanutten. 24h38, bon pour une quinzième place. Wow. Sur un tel parcours, chapeau bien bas.

Mention très honorable à Stéphane-le-métronome, qui a terminé de boucler le grand « 8* à peine une heure plus tard.

Le lapin – Pour la deuxième année, j’ai eu la chance de jouer au lapin de cadence lors de la Course des 7 qui se déroulait dans mon patelin. Les conditions aidant (il y avait un vent très « montérégien » ce jour-là), j’ai eu des clients (des clientes, en fait) jusqu’à la toute fin. Les high fives de remerciement que j’ai reçus à l’arrivée n’avaient pas de prix.

La Maison bleue – Étant réservé de nature, je ne suis pas vraiment  (en fait, je devrais dire: vraiment pas) porté vers tout ce qui a rapport à la sollicitation. Mais bon, Julie, ma partner de la Petite Trotte, m’a convaincu de nous lancer dans une levée de fonds pour la Maison bleue, un organisme qui vient en aide aux jeunes familles.

J’avoue avoir été impressionné par cet organisme et surtout, par les gens qui y travaillent. Un bel exemple pour tous. J’ai porté le macaron de la Maison bleue tout au long de notre périple à travers les bois de St-Donat et il se retrouve toujours sur mon sac. Il devrait être de la partie le jour où de prendrai le départ de l’UTMB.

Courir en équipe – 28 heures. C’est le temps que nous avons passé ensemble dans les bois, Julie et moi. Ajoutez à ça le voyage en auto, le dîner, etc. Des discussions, nous en avons eu plein et peu à peu, les barrières socio-naturelles sont tombées. J’ai déjà lu quelque part que si vous voulez vraiment connaitre quelqu’un, vous devez courir un ultra avec cette personne. Hé bien, nous ne nous connaissions pas beaucoup avant le départ, mais  ces heures ont fini par faire de nous de véritables amis.

Le dimanche matin au déjeuner, quand la serveuse a demandé avec lequel de Lambert ou de moi Julie était en couple, j’ai eu envie de répondre qu’elle avait passé la dernière nuit avec lui, mais la précédente avec moi.

Mais bon, je me suis gardé une petit gêne…  🙂

Le pacer – Course Chamfleury, avril 2012. J’approche du dernier kilomètre de cette course qui en compte 10. Ça va super bien mon affaire, les soeurs Puntous sont environ 200 mètres derrière, je suis déjà entièrement satisfait de ma course.

Devant, je vois un gars qui cours à bonne allure parmi les coureurs plus lents qui font le 5 kilomètres. Je me dis que je vais essayer de le rattraper, juste pour voir. Après dur effort, je suis sur ses talons et me laisse « tirer » par lui. Ouf, juste demeurer derrière, c’est déjà dur…

Puis, je réussis à reprendre mon souffle un peu et tente de le dépasser. Il terminera quelques secondes après moi. On s’échangera quelques mots de félicitations par après et je croyais ne plus le revoir.

J’oubliais que le monde est petit. En effet, 4 ans plus tard, j’aurai comme mission d’amener mon ami Martin vers son objectif, soit de descendre sous les 20 heures dans une course de 100 miles. Malheureusement, la chaleur du jour a fini par faire son effet et mon coureur en a été affecté. Il faut aussi dire que c’est lui qui a le don de me faire rire à chaque fois qu’il parle, alors que normalement, c’est moi qui aurais dû être là pour le distraire. Mais bon, il est tellement drôle que c’est dur à accoter, comme on dit…

Pour clôturer sa saison, après s’être envoyé une multitude d’ultras, Martin fracassera la barrière des 3 heures à Toronto. Je me demande encore comment j’ai pu le rejoindre par ce beau matin d’avril.

La vie d’ultra… un peu – Je le dis souvent: je suis trop douillet pour faire la « vraie » vie d’ultra. Vous savez, se taper de longues heures de route pour coucher dans sa voiture ou sous une tente… Je suis plus du type « hôtel », une vraie poule de luxe.

J’en ai tout de même eu un aperçu lors de cette fin de semaine au Vermont. Stéphane et moi nous sommes rendus sur place le samedi, avons pacé nos coureurs respectifs, puis avons dormi dans l’auto sans prendre de douche avant de revenir le lendemain.

Le bilan ?  Mon compagnon de voyage a été extraordinaire et on a eu beaucoup de plaisir. Si je le referais ?  Absolument !  Même si je ne suis pas vraiment fait pour ça…

« It makes sense«  – Frontière américaine. Le douanier ne semble pas surpris que je lui dise que je m’en vais faire une course de 100 miles. Il s’interroge toutefois sur la présence d’un matelas de sol dans mon VUS. Je lui explique que je suis avec ma soeur et mon père, que nous allons coucher à l’hôtel…

Son visage exprime une réflexion: aucune des combinaisons s’offrant à nous (père-fils, père-fille, frère-soeur) ne semble possible pour partager un lit, alors effectivement, nous aurons besoin d’un troisième matelas.

« Yeah, it makes sense…« 

Le sauna – On a dit des marathons de Boston et d’Ottawa qu’ils s’étaient déroulés dans des « saunas » cette année. Que dire de l’Eastern States, alors ?  Quand j’ai ouvert la portière du véhicule la veille de la course, la chaleur était écrasante. Il faisait 35 degrés, plus de 45 degrés avec le facteur humidex. Étouffant vous dites ?

À partir de ce moment, j’ai eu peur, peur comme jamais avant une course. Comment pourrais-je faire 100 miles là-dedans alors que je peinais à respirer ?

« Coin-coin, le petit canard a pris la pluie ! » –  Commentaire de mon ami René suite à la parution d’une photo prise lors de la course.

Le problème ?  Au moment où ladite photo a été prise, il n’avait pas encore plu.

L’orage – Grosse chaleur, grosse humidité, ça amène quoi, habituellement ?  Hé oui, de gros orages. Celui-là a été particulièrement effrayant. Surtout quand la foudre est tombée sur l’abri sous lequel je me tenais.

Le plus dur ? – Ce fut un véritable massacre: 197 au départ, 66 à l’arrivée. Les conditions ont probablement faussé les données, mais comme dirait l’autre, la chaleur en Pennsylvanie au mois d’août, fallait s’y attendre un peu.

Maintenant, est-ce que ce parcours est plus difficile que celui de Massanutten ?  Vrai que j’y ai mis près de 3h30 de plus, mais comme je disais, avec la chaleur… Honnêtement, je ne sais pas. Certaines montées (et certaines descentes !) sont épiques, rien de ce que j’avais vu auparavant ne s’y compare. Mais en ce qui me concerne, dans des conditions similaires, je pense que Massanutten est plus difficile pour moi, rapport à mes lacunes techniques.

Mais pour tout le monde ?  Il vous faudra essayer !  🙂

Le paradis – Les rues de Londres, les étroits chemins ondulés et verdoyants du Devon, les environs de Bath, ha… Durant ces deux semaines en Angleterre, j’ai eu la chance de voir à la course un côté moins connu de ce si beau pays . Définitivement que cette manière de visiter est là pour rester.

Les vieux routiers – Ligne de départ du Bromont Ultra. Je suis avec Pierre, Louis et Pat. On jase, on rigole. Tout autour, je sens la nervosité chez quelques coureurs qui en sont à leur première expérience sur la distance. Pas trop déplaisant d’être un vieux routier…

« Tu peux prendre ton temps, vous êtes quatrièmes » – Ian et moi venons d’arriver au ravito du lac Bromont, au kilomètre 41. Je me doutais bien être en plutôt bonne position (ce que mon père venait de me confirmer) et pourtant, j’ai l’impression de ne pas avancer depuis le départ. Impression que je conserverai jusqu’à l’arrivée. Tout comme la quatrième place d’ailleurs.

Le jeunots – Les ultramarathons, c’était habituellement réservé aux coureurs plus matures, si on peut s’exprimer ainsi. Mais depuis peu, je constate l’arrivée d’une nouvelle génération qui nous fait la vie dure. Je connaissais déjà Vincent et Benjamin, voilà que cette année, j’ai eu la chance de côtoyer Xavier (qui s’est enfilé le trio Petite Trotte – Vermont 100 – Bromont 160) et Ian, qui a terminé deuxième à Bromont en me mettant plus d’une heure dans le buffet.

Pépère Fred n’a pas fini de se faire botter le derrière !  🙂

Le cri dans la nuit – Bien qu’ils soient toujours pris avec des bobos à gauche et à droite, il est rare d’entendre des coureurs, particulièrement des ultramarathoniens, se plaindre d’avoir mal. Alors quand j’ai entendu le cri de Stéphane déchirer la nuit, j’en ai eu des frissons. Fallait que ça fasse mal pas à peu près pour qu’il le laisse échapper.

Verdict: cheville tordue, contraint à l’abandon. Il va revenir plus fort pour nous refaire le coup du métronome.

L’autre cri dans la nuit – Celui-là, il est sorti de ma bouche. La descente menant au deuxième passage au ravito P5 avait été rendue impraticable par la pluie. Je me suis retrouvé à glisser sur mon postérieur de manière incontrôlable et quand le toboggan a fini par finir par s’arrêter, j’ai laissé échapper ce cri de frustration… parsemé de mots religieux de circonstance. De toute façon, que serait un ultra sans quelques mots religieux ?

Perdu – Par deux fois, j’ai manqué un virage dans la section relativement bénigne du mont des Pins. Maudite vision-tunnel !  Une autre raison pour invoquer les saints.

Plusieurs minutes perdues. Sans ça, aurais-je pu terminer une position plus haut ?  On ne le saura jamais.

La sérénité – Avant de m’élancer dans la dernière mini-boucle de 6 kilomètres, on m’a dit que je n’avais que 3 minutes de retard sur celui qui me précédait. J’ai poussé sur un ou deux kilomètres, mais ne l’ai jamais aperçu. Voyant cela, j’ai levé le pied et ai terminé en appréciant le moment. Étais-ce bien grave de ne pas terminer sur le podium ?  Bien sûr que non.

La bière – Véritable obsession parfois, à croire qu’on ne court que pour ça. Mais mon papa avait prévu le coup !  🙂  On dirait qu’elle est meilleure à 10 heures le matin…

bierebromont

Ha, la bière d’après-course…

Un podium à cinq marches ? – Bromont a le don de me mettre par terre. Durant la course, ça va bien, mais après, je tombe en mode zombie assez rapidement. Je savais que ma « fenêtre » pour être en mesure de retourner à la maison était courte, alors j’ai voulu partir. C’est alors qu’on m’a appris que le podium comptait cinq marches et non pas trois. J’en faisais donc partie.

Hein, cinq marches ?!?  De quessé ?

J’ai confirmé auprès de Gilles, qui m’a dit que si j’étais à bout, d’y aller, que ce n’était vraiment pas la fin du monde. Au moment où la cérémonie a eu lieu, j’étais étendu sur le lit de la chambre d’amis, incapable de bouger, notre Charlotte blottie contre moi. Je trouvais ça poche de ne pas être là, mais j’étais vraiment brûlé.

Merci Gilles – C’est lui qui a eu l’idée saugrenue de se lancer dans l’aventure d’organiser un ultramarathon à Bromont. L’événement ne cesse de grandir depuis, de sorte qu’il est devenu un incontournable. Merci Gilles.

Travail d’équipe – Paradoxalement, bien que le sport que je pratique soit individuel, je préfère les sports d’équipe. Malheureusement, l’individualisme vient trop souvent briser la beauté de ces derniers, ce qui a le don de me mettre en rogne, alors…

Je peux toutefois faire équipe dans le cadre d’un ultra, que ce soit avec un autre coureur ou avec mon équipe de support. Et dans ce domaine, comment oublier l’apport de mon papa encore cette année ?  Quand c’est rendu que les membres d’une équipe de support se font reconnaitre par les autres coureurs…

Et avec ma petite soeur dans le portrait, je sens que l’équipe pourrait s’agrandir de temps en temps…  🙂

Zéro marathon – Il y a à peine 10 ans, je me suis mis à courir, « pour voir ». L’année suivante, je complétais mon premier marathon. À chaque année depuis, j’en avais fait au moins un. C’était jusqu’à 2016. Pas de marathon, ça fait tout de même bizarre quand on y pense. Bah, ça va avec la drôle d’année que j’ai eue.

Est-ce à dire que c’est terminé pour moi ?  Sais pas. Je vais définitivement en faire d’autres pour accompagner des parents et amis, mais en faire d’autres « pour moi » ?  Pas sûr.

Mais bon, Pierre et Martin m’ont lancé l’idée de me tirer vers les 3 heures à Philadelphie…

Pour 2017 ? –  Ha, cette période de l’année où on décide de son calendrier de courses avec une bière dans la main…

Tout comme en 2016, l’année risque d’être tracée en fonction du résultat du tirage au sort en vue de l’UTMB. Pour le moment, je ne suis inscrit qu’au Runamuck 50k (avril) et au marathon d’Ottawa (mai) que je ferai comme pacer personnel pour ma frangine préférée qui en sera à son premier marathon.

Pour le reste, j’envisage un retour à Massanutten (c’est qu’on s’attache à ces petites bêtes-là) en mai, un petit voyage en Estrie pour le 50k de Five Peaks à Orford en juin ainsi que peut-être le Vermont en juillet. Bromont en octobre ?  Un incontournable, je l’ai déjà dit.

J’ai regardé toutes sortes d’épreuves en Europe (surtout en Écosse et en France) si jamais je n’étais pas pris, mais j’en suis venu à la conclusion que le désir de prendre part à ces courses ne valait pas l’investissement de temps et d’argent qu’elles impliquent. Par contre, la Transmartinique en décembre, hum… À voir.

Bonne année 2017 !  🙂

Eastern States 100: coeurs sensibles s’abstenir

« L’Eastern States ?   La Pennsylvanie, en août ?  Vraiment ? Ça va pas, non ?  En plus, ça prend un doctorat pour réussir à acheter de la bière dans cet état ! ».

À qui je disais ça ?  À personne, mais je le pensais très fort en cette chaude soirée de mai 2015 au ravito Gap Creek I installé au mile 69.6 du diabolique Massanutten. C’est que voyez-vous, James Blanford, un des meilleurs coureurs dans l’est du continent, avait dû abandonner quelques heures plus tôt et il nous faisait part de ses plans pour le reste de l’été.

Et qui se retrouve à jogger à mes côtés alors que je me présente à la station Ritchie Road, située au mile 38.5 dudit Eastern States que je m’étais juré de ne jamais faire ?  Hé oui, ce même James Blanford !

« J’ai la chienne, t’as pas idée… ». C’était le mot que j’avais laissé à ma douce avant de quitter l’hôtel. Pas ma meilleure idée, ça risquait juste de l’inquiéter. Mais il fallait que je le dise à quelqu’un, il fallait que ça sorte. J’avais une trouille sans nom, comme jamais ça m’était arrivé avant une course.

J’avais peur de quoi, vous me demandez ?  Comme ma mère l’avait prédit, j’avais peur de la chaleur. De la cr… de chaleur. Je savais que j’allais avoir chaud, mais jamais je ne m’étais imaginé qu’il ferait aussi chaud. Quand nous sommes arrivés vendredi en fin d’après-midi, le mercure indiquait 35 degrés et l’humidité était à couper au couteau. L’été a été chaud au Québec, mais ce n’était absolument rien comparé à ça. Et j’allais me taper 100 (102.9, en fait) miles dans de telles conditions… J’en tremblais dans mes shorts.

J’ai tout de même décidé de suivre mon plan à la lettre : partir rapidement vers le devant du peloton, question de ne pas me retrouver dans un embouteillage lorsque la première grosse montée (celle du sixième kilomètre) allait se montrer la face, puis demeurer « en dedans » pour le reste de la course.

Après les deux premiers kilomètres franchis en 10 minutes (c’est rare qu’on fait du 5:00/km dans un ultra, mais bon…) et 4 kilomètres de single track, la fameuse côte s’est présentée. Hou la la, une vraie de vraie !  Longue, abrupte, elle allait donner le ton au reste de la journée car dès lors, le rythme serait très, très lent.

Pour vous dire, j’ai remarqué que je passais le 20e kilomètre en 3 heures pile. Un calcul rapide me donnait une arrivée en 25 heures à ce rythme-là. Quand on sait qu’on ralentit invariablement en cours de route, ouch !

Toujours est-il que j’avançais, tant bien que mal, malgré la chaleur qui se faisait de plus en plus présente. Dès que je le pouvais, je m’arrêtais pour tremper mon chiffon J (j’ai toujours un chiffon J sur moi, pour les « urgences », si on peut dire) dans les quelques ruisseaux qu’on croisait et m’asperger d’eau. Si bien qu’en arrivant tout près de Lower Pine Bottom (mile 17.8), je me sentais relativement bien.

Ça c’était jusqu’à ce que le bénévole me dise que le ravito était en haut d’une interminable montée… en asphalte et au gros soleil. « I HATE you !!! » que je lui ai lancé, un sourire en coin.

Tout en haut, mon dream team du Vermont (composé de mon père et de ma sœur) m’attendait. Pour la première fois, ils allaient s’étonner de mon relatif état de fraîcheur. Remplissage rapide du réservoir de ma veste que je siphonnais à la vitesse grand V pendant que je me choisissais de quoi bouffer à la table et voilà, j’étais reparti. Non sans avoir constaté, comme me l’avait fait remarquer mon père en me pointant un drapeau américain tout à fait immobile, que le vent était totalement absent. Tant qu’à se sentir dans un sauna de toute façon…

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Little Pine Bottom, mile 17.8. Il ne vente crissement pas…

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Quand on a chaud juste à regarder la photo… Et il n’est même pas encore 10 heures !

Après être passé par Browns Run (mile 25.8), j’ai pris la direction de Happy Dutchman, (mile 31.6). Les montées et descentes s’enchainaient, la difficulté du terrain étant variable. Des gens me dépassaient, je les redépassais. Bref, un ultra dans ce qu’il y a de plus classique.

Mais qu’étaient-ce ces bruits ?  Le ravito qui approchait ?  Cooool !  Et en plus, j’apercevais un gars devant, j’allais pouvoir en shifter un…

J’avais juste à moitié raison. Il y avait effectivement un gars devant et j’allais indéniablement le shifter. Mais les bruits, c’était lui qui les produisait. En se vomissant le corps. Et il faisait ça avec une puissance admirable, je dois dire. Ça devait lui faire mal jusque dans le… Cœurs sensibles s’abstenir.

Will you be all right ?  “Don’t know...”  Autre salve conique d’un merveilleux mélange solide-liquide que j’imaginais sûrette sur les bords. Hummm… Do you want me to stay with you ?

Quand il a réussi l’exploit de produire un autre jet, je n’ai pas attendu sa réponse. I’m staying with you. Il ne s’est pas obstiné et nous avons repris le sentier à la marche.  Le gars présentait des symptômes de début de coup de chaleur, je ne pouvais tout simplement pas le laisser seul. Sur la route, on s’en fout un peu, il y a toujours du monde. Mais là, dans le milieu du bois ?  Il aurait pu en mourir, alors pas question de le quitter.

Fallait tout de même avoir l’estomac bien accroché pour assister à un tel spectacle et pendant qu’il s’exécutait, disons que j’avais une vague pensée pour tout ce que j’avais bouffé depuis le début de la course : sandwichs, fruits, chips, quelques gels. Heureusement que le mélange était assez équilibré, car je n’aurais pas pu garantir sa « stabilité ». Déjà que j’avais laissé tomber le Gatorade à saveur de « pisse de schtroumpf » parce qu’il me donnait des rapports…

Feeling a bit better ?  Oui, il allait un peu mieux, assez pour réussir à jaser un peu. Tout jeune (il avait l’air d’avoir 30 ans), le gars venait de Pennsylvanie. Et pas plus habitué que ça à la chaleur locale ?  Hé ben…  Deux autres nous ont rejoints et quand je leur ai raconté ce qui arrivait à mon nouvel ami, on s’est tous mis à élaborer sur nos symptômes: mains enflées, pas uriné depuis des heures, nausées. Tout ça en riant. Parce que oui, on fait ça parce qu’on a du fun !

Toujours est-il que le ravito est arrivé et à partir de là, je le laissais entre les mains du personnel médical. Il m’a remercié de l’avoir accompagné, je lui ai simplement répondu qu’il allait me botter le derrière avant même que la nuit ne tombe. Lui comme moi n’en croyions pas un mot.

Devant moi, une section facile selon les bénévoles. Yeah right. Y’a rien de facile ici.

Pourtant elle l’était : un beau sentier de motoneige (il y a vraiment des motoneiges ici ?  Comment peut-on avoir de la neige ET des serpents à sonnette ?!?), mais c’est là que la providence a décidé que j’allais vraiment commencer à ressentir les effets de la chaleur et souffrir. Dès que je me mettais au pas de course, je sentais la pression grimper à l’intérieur de mon presto. Et juste pour faire exprès, pas un petit maudit ruisseau digne de ce nom dans les alentours, alors qu’il y en avait toujours un dans les parages depuis le début de la course. Juste des minuscules trous de bouette, que je commençais à envisager avec envie. Si c’est bon pour les cochons, ça doit être bon pour moi, non ?

Au moins, il n’y avait plus de roches. Car, parlons-en des roches. Ha, elles étaient moins présentes qu’à Massanutten, mais elles avaient une particularité. Oui mesdames et messieurs, une particularité : elles bougeaient !  Donc, avant de poser le pied, pas moyen de savoir si ce qui se trouvait en-dessous allait se dérober pou pas. La joie.

Un gars muni de bâtons de marche m’a rejoint puis dépassé. Ça a l’air efficace ces machins-là, je devrais peut-être essayer. Un peu plus loin, alors qu’il était arrêté pour faire son petit pipi (certainement doré), je lui ai fait la remarque comme quoi il était chanceux car moi, ça faisait un bon 6 heures que je n’avais pas uriné.

Il se mit alors en frais de me faire peur… et de réussir. 6 heures ?  Tu ne t’hydrates pas assez qu’il disait. Ben oui Chose, je siphonne mon réservoir de 2 litres entre deux ravitos et ce n’est pas assez ?  Et il en remettait, me parlant de coup de chaleur, etc.

Voilà, mon moral était atteint. Cette chaleur, c’était trop pour moi, mon corps de Québécois ne pouvait tout simplement pas s’y adapter. Et les idées d’abandon commencèrent à s’immiscer dans mon esprit. Il était encore tôt, si je fermais boutique, on passerait une nuit tranquille à l’hôtel, puis on pourrait retourner à la maison une journée en avance…

Comme quoi les dieux de la course en sentiers n’étaient pas tous contre moi, ils ont mis Blanford sur mon chemin. En le reconnaissant, je me suis arrêté et me suis mis à lui jaser ça. Il sautait une année, il était là comme crew pour un de ses amis et allait le pacer pour les 22 derniers miles. S’il se rendait.

Hey, you’re here to run, not to talk !”. Celle que je présume être sa femme. James, très gentil, s’est offert de continuer à la « course » avec moi jusqu’au ravito et sur ces minuscules 200 mètres, il a changé ma course. Car même lui, il a de la difficulté à uriner quand il fait chaud et il a découvert que finalement, forcer les choses, ça ne donne rien. On a continué à échanger un peu et nous sommes arrivés à ma gang. Savoir qu’un coureur d’élite vit les mêmes choses que moi m’a rassuré. Merci James.

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Échange sur les besoins de base avec un des grands ultrarunners de ce coin du monde

Je devais toutefois en avoir le cœur net et suis monté sur la balance. Verdict : 141.8 (pour mes amis européens, ça donne environ 64 kg). 4 livres de perdues depuis le départ, moins de 3%. Pas l’idéal, mais rien de dramatique. Alors l’autre avec son coup de chaleur…

Or donc, après avoir vidé mon réservoir d’eau sur ma tête et l’avoir rempli de LG1, puis m’être remonté le moral auprès de mon dream team en tâchant de manger un peu, je suis reparti, prêt à affronter la section au soleil, sous la ligne électrique.

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Je souris, je vous l’assure. C’est juste que je garde tout à l’intérieur !

How the fuck did I miss that turn ?!?”.  C’est ainsi que je fais la connaissance de Jess, une blondinette qui revient en sens inverse à toutes jambes, alors que je gravis les derniers mètres d’une xième  montée sous le soleil de plomb. Quand une femme utilise le mot en « f », c’est qu’elle est en petit crapaud, c’est le moins que l’on puisse dire.  Tâchant de profiter de son adrénaline, je tente de m’accrocher à elle quand nous retrouvons finalement les bois, mais c’est peine perdue, elle s’envole (presque) littéralement.

Ça n’empêche pas que nous quitterons Hyner Run (mile 43.2) ensemble pour la longue montée graduelle de 9 kilomètres, accompagnés son pacer. Elle a l’air de s’être calmée et placote sans arrêt. Pour ma part, j’ai repris du poil de la bête et c’est la crainte de tomber sur une section technique qui m’empêche de leur demander le passage.

Au sommet, ho miracle : je dois m’arrêter pour uriner. J’allais pouvoir m’en vanter à mon crew à notre prochaine rencontre ! 🙂

Cet arrêt combiné à la descente très technique qui a suivi ont fait que je me retrouve seul. Bah, pas grave, on a la vie devant soi. Le ciel s’est couvert, mais ça fait des heures qu’on entend le tonnerre gronder et qu’il ne se passe rien. Et là, il gronde à nouveau. Ben oui, des promesses…

Car je souhaite de la pluie depuis le début. Une averse de 10 minutes à chaque heure, ce ne serait pas trop demander, non ?

Le vent se lève. Hum, ça pourrait être vrai cette fois-ci… Quelques minutes plus tard, la pluie commence. Ha, ça fait du bien !

C’est qu’elle ne ralentit pas… Ouais, ça finit par être désagréable. Et ça tombe de plus en plus. Merde, c’est que je commence à me les geler ! C’est le monde à l’envers…  Alors que mon corps a combattu la chaleur toute la journée, il doit maintenant se battre pour la conserver.

Pas le choix, imperméable d’urgence, que j’avais inséré sans grande conviction dans ma veste. Vivement le ravito, il ne doit pas être bien bien loin…

Aussitôt demandé, aussitôt arrivé : le ravito Dry Run (mile 51.1) est là. J’y arrive, hilare, alors qu’une dizaine de coureurs (dont Jess) et 4-5 bénévoles se tiennent à l’abri du mieux qu’ils le peuvent. Dry Run, sous une telle pluie, c’est drôlement ironique, non ?  On dirait bien que je suis le seul à trouver ça drôle.

Il faut dire que ça tombe comme une vache qui pisse, il y a de l’eau partout. Le vent est incroyablement fort, la foudre frappe à une fréquence phénoménale. Ce serait de la pure folie de repartir.

Un bruit assourdissant vient nous faire sursauter. Au même moment, je sens un chatouillement dans mes pieds. « I was shocked !!! » s’exclame une bénévole qui tente de retenir l’abri… que la foudre vient de frapper.

Ouais, ce n’est plus drôle, là… Je n’ai pas peur des orages, mais il y a des limites. Si ça n’arrête pas, je hisse le drapeau blanc. Pas question que je me tape l’autre moitié du parcours dans de telles conditions. Je prends soin de coller mes pieds ensemble et attends que ça finisse par finir.

Un gars est passé et ne s’est même pas arrêté. D’autres se sont tannés d’attendre et sont repartis. Finalement, la pluie diminue progressivement d’intensité et Jess repart. 2-3 minutes plus tard, ce sera mon tour.

Petite section relativement facile débutée sous la pluie et terminée avec mon imper dans les mains. À Halfway House (mile 54.7), une charmante dame avec un dossard de pacer m’accueille. « Do you have a pacer ?». Hein ?  Heu… non. J’ai un crew, est-ce que ça fait pareil ?  « Ho, sorry… ». Pas trop compris ce qu’elle voulait, probablement une pacer dont le coureur avait abandonné et qui se cherchait un coureur à accompagner. Ça aurait pu être plaisant, mais moi, jaser en anglais quand je suis brûlé…

Ok, changement de souliers, mes Skechers GoTrail Ultra 3 sont complètement détrempés. La pluie a cessé et je sens des débuts d’ampoules sur les côtés des talons.

 « Mon Dieu, tes pieds !!! »

Ils sont ratatinés et tout blancs (vous savez, comme les bouts des doigts après un long bain ?), gracieuseté de la pluie. Ajoutez à ça le bleu des orthèses qui ont déteint et mettons que ce n’est pas joli-joli. D’où la réaction de ma petite sœur adorée.

J’observe le tout, prenant mon air de gars qui en a vu d’autres. Pas si pire. Pas d’ampoule en-dessous, on va essuyer ça bien comme il faut et changer pour du sec. Ça devrait être correct. Tant qu’à faire, on change de camisole, puis on embarque les frontales et on reprend la route en prenant bien soin de s’empiffrer. Je pense que ma remontée impressionne mon équipe. Allez, on se revoit dans 9 miles !

9 miles pénibles car en plus d’être très techniques, les sentiers sont rendus glissants au possible suite à la pluie. Je ne compte plus les roches qui ont cogné sur mes chevilles suite à des mini-éboulements. Les mots d’église qui sortent de ma bouche viennent briser la quiétude de la forêt à de maintes occasions.

Toujours est-il que j’arrive tout de même à Slate Run (mile 63.8). En fait, c’est où, Slate Run ?  Il y a bel et bien un bistrot où des gens s’amusent en prenant un verre sur la terrasse (belle soirée pour ça), mais la station, elle est où ?  Doit-on entrer dans le bistrot ?  Moi, si j’entre là-dedans, je n’en sors pas… Ha, une bonne bière en fût…

Un bon samaritain m’indique le chemin à suivre et je retrouve mon équipe derrière, dans le stationnement. Au menu du ravito ?  De la pizza, gracieuseté du bistrot. D’ailleurs, qui a eu la brillante idée de se partir un bistrot ici ?  En tout cas… Le gars qui arrive juste après moi en dévore une pointe, mais moi, ça ne me dit rien. Je me contente donc des plus traditionnels sandwichs.

Au moment de repartir, léger problème : je ne sais pas où aller !  Et je ne suis pas le seul car les bénévoles ne semblent pas trop au courant. Finalement, quelqu’un le sait et c’est accompagné de mon équipe que je fais les premiers 200-300 mètres dans l’obscurité du sentier. Hé oui, ils veulent savoir « de quoi ça a l’air la nuit ».  Hé bien voilà !  « Je ne changerais pas de place avec toi ! » finit par me lancer mon père avant de rebrousser chemin. Ça tombe bien, moi non plus. On est fait pour s’entendre ! 🙂

J’aurais bien aimé qu’on frappe une fameuse montée avant qu’ils fassent demi-tour, mais bon, ce sera pour une prochaine fois. N’empêche, je le dis à chaque fois, mais mon équipe de support accomplit un travail colossal et ce, toujours dans la bonne humeur. Attendre des heures pour me voir passer en coup de vent ou presque, ça dépasse mon entendement.

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Les joies d’être équipe de support !

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C’est qu’ils ont l’air d’aimer ça, en plus…

Oups, que se passe-t-il ? 2-3 kilomètres après le ravito, mes paupières sont soudainement lourdes. Très lourdes. Un gel à la caféine peut-être ?  Sans effet.  Pourtant, il n’est pas si tard… Ça va passer, ça va passer…

Nope. Et contrairement à Massanutten, je n’ai pas Pierre pour me guider pendant que je suis en train de me transformer en zombie. Allez, on se rend à Algerines (mile 69.1) et on dort là. Un petit coup de cœur…

Rien à faire. Tout ce que mon esprit pense, c’est trouver un endroit où je pourrais dormir. Vite, ça presse !  Ce buisson-là ?  Sous cet arbre ?  Si ça continue, je vais littéralement tomber de sommeil…

Tiens, une grosse roche plate au pied d’un arbre, le nirvana. Je m’assois, m’appuie le dos et la tête sur l’arbre, éteint mes lampes… et ferme les lumières. Les serpents à sonnette ?  Qu’ils aillent se faire voir, je dors ici, point final.

Combien de temps je reste là ?  5 minutes, pas plus. Un coureur passe et me « réveille ». Ok, on va faire un test. Hou la la, que c’est dur de se relever !  Petite marche. Ok. On reprend graduellement le rythme… Toujours ok et miracle, je ne m’endors plus !  Je suis évidemment fatigué, mais au moins, je suis réveillé.

Réveillé au point où je parviens à rejoindre un gars avec qui j’ai joué au yo-yo depuis le début. Pourquoi je le rattrape si facilement ?  Il a une grosse ampoule et marche difficilement. Ok, je comprends, mais tu ne pourrais pas te tasser ?  Pourquoi dès que je sens que quelqu’un est plus rapide que moi, je le laisse passer et que moi, si je tombe sur du monde qui en arrache, je dois avoir l’odieux de demander le passage ?  Tasse-toé, joual vert!

Je parviens à passer dans une montée légèrement plus large et arrive à Algerines (qui est installé en plein milieu du bois) au son d’une cloche. Définitivement que j’ai bien fait de dormir avant…

Sur un grand tableau, le classement : je suis le 26e à passer là. Hé, pas si mal. Avec un peu de chance, un top 20 n’est pas impossible.

Sans trop m’attarder question de ne pas être encore pris derrière mon téteux-à-l’ampoule, je poursuis ma route à travers la nuit. Une route lente, ponctuée de (pas tellement) de hauts et (pas mal plus) de bas et marquée par une conversation que j’ai avec une grenouille. Dis, tu connais le Québécois ?  Wrebbitt, wrebbitt, wrebbitt… Je pense qu’elle a décidé de la jouer « hard to get » car elle finit par s’en aller.

Blackwell, mile 80.3. Le capitaine de la station me dit qu’à partir de là, on finit, pas le choix. Heu, si j’ai décidé de passer la nuit, je vais finir, ne t’en fais pas vieux !

James Blanford me reconnait et me demande comment ça se passe. « Not too bad, actually ». Vraiment pas si mal. Et son ami ?  Il a abandonné. Ha, c’est triste. Mais si je n’étais pas si gêné, je lui demanderais de me pacer. Sauf qu’il serait encore plus gêné de me refuser, alors je laisse tomber.

Je décide de faire une entorse à ma façon de faire habituelle et m’assois en arrivant pour bouffer. J’informe mon crew pour mon dodo et que ça va mieux depuis. Au moment de partir, je leur dis qu’on se voit dans 12 miles.

« Heu non, c’est la dernière station accessible. ». Mon père fait le tour de ses feuilles et selon l’info dont il dispose, il s’agit bel et bien de la dernière. Je suis persuadé du contraire. Pour en avoir le cœur net, ma sœur va aux infos : j’ai raison. Sauf qu’il y a un léger problème : en plus de ne pas avoir les indications, le réservoir de mon RAV4 est à sec. Oubli de ma part en arrivant vendredi, sans compter le fait que la seule station d’essence de Waterville… n’avait plus d’essence !

Bah, on se reverra à l’arrivée, ce n’est pas la fin du monde. Au rythme où j’avance et avec un tel terrain, ce ne sera pas avant 7 heures.

« On va trouver une solution ! ». Je n’en doute pas une seconde, mais je préfère ne pas me faire d’illusion, au cas où je serais déçu.

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La meilleure façon de s’assurer d’être là quand la station-service va ouvrir.

Bon, à l’attaque de Skytop maintenant. Une petite pancarte l’annonce : dans 4.5 miles. Puis la montée commence. Ouch. Face de cochon, face de singe, appelez ça comme vous voulez, ça monte en s’il-vous-plait ! Selon les données, ce serait à 17% de moyenne. Avec plus de 80 miles dans les jambes.

En haut, avec le jour qui se lève en arrière-plan, la vue est à couper le souffle. Mais ça ne fait pas 4.5 miles que je monte, ça c’est certain. Hum… Sentier technique qui descend trop longtemps à mon goût. Si ça descend, va falloir remonter, parce que Skytop, il me semble que le mot le dit.

Hé oui, faut remonter. Encore et encore. Calv…  Moi qui aime monter, j’en ai marre de le faire en tâchant de demeurer « en dedans » question de ne pas me brûler. En fait, une chance que je suis demeuré « en dedans », car en vérité, je SUIS brûlé.

Mais j’arrive tout de même au ravito sur mes deux jambes. « Skytop » mon c… C’est bien en haut, mais il n’y a foutrement rien à voir. Ceci dit, les bénévoles sont extraordinaires et l’ambiance est à la fête. On m’assure que la descente est douce et sans roches boueuses (Hallelujah !) et que les montées, bien que difficiles, ne sont pas si pires. Bon ben, amenez-les !

Effectivement, c’est une section qui passe plutôt bien (dans les circonstances) et Barrens (mile 92.8) ne tarde pas trop à se montrer. Et qui vois-je dans le sentier ?  Ma sœur !  La belle surprise !!!

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Barrens, mile 92.8. Si près et si loin encore…

Ils me racontent rapidement leurs aventures avec la station-service, et pendant que je me ravitaille, mon père effectue un dernier plein de ma veste. Encore une fois, je demande du Coke. Le Coke, ça me donne le coup de fouet dont j’ai besoin à chaque fois.

Pas de Coke. Comment ça, pas de Coke ?!?  Même les élites prennent du Coke !  « On a du Ginger Ale et du café ». Beuh… Ouin, va falloir faire avec.

Des gens parlent français derrière, je leur placote ça un peu. Ils attendent un coureur que je ne connais pas qui serait 45 minutes derrière moi. Ouais, bon, parle parle, jase jase, j’ai une course à faire moi !  16 kilomètres ?  Bah, une heure et c’est fini ! 😉

Un des membres de l’équipe de support québécoise part à rire, car il sait de quoi je parle : moins de 4 minutes au kilomètre. Bon, ok, ça va prendre un peu plus de temps…

Mon équipe me suit encore une fois dans le sentier. C’est vraiment le fun, ces petits moments-là en famille. Peut-être ma petite sœur voudra-t-elle me pacer un jour, qui sait ? Mais bon, comme c’est courable, je commence à jogger et leur dit un dernier au revoir.

Dès le début de la section, je rejoins Jess, qui marche avec des bâtons. Elle est au bout du rouleau. Quant à moi, je me sens revivre. Tel qu’on m’en avait parlé, c’est roulant, alors j’y vais au pas de course. Mon objectif de 30 heures est hors de portée, mais peut-être que descendre sous les 31 heures, si jamais…

Ça va bien mon affaire, ça va bien… Les kilomètres doivent passer, jamais je ne croirai (ma Suunto a rendu l’âme depuis des heures) !  Puis, un ruisseau à traverser, une petite montée, des racines plein le sol, pas moyen de reprendre un rythme… et je frappe un mur. Merde, merde, merde !  Je n’avance plus !

Et ne voilà ti pas un gars qui arrive à pleine vitesse et me laisse sur place. You’re flying, man !  « Yeah, I’m finally feeling good ! ». Ha pis, va donc ch… !

Les gels ne font pas effet, je suis fatigué comme en pleine nuit. Pourtant, la lumière du jour devrait me réveiller, mais il n’en est rien. J’avance péniblement, un pas à la fois. La section de 6.5 miles s’éternise, elle ne finit plus !

Après 2-3 éternités, Hacketts (mile 99.1), dernier ravito. Du Coke, je veux du Coke !!!

Pepsi, ça fait pareil ?  Ok, on y va avec ça. « Only 3.8 miles left ! ». Ils sont comment, ces 6 foutus kilomètres ?  Plats, droits, sans roches ni racines ?

Bien sûr que non !  Techniques au bout, je n’en peux plus. Puis une montée. La dernière. Allez, un petit coup de cœur, ça achève.

Au fur et à mesure que je monte, je remarque que de plus en plus, les chances que je doive descendre avant l’arrivée sont grandes. Ha non…

Hé oui !  Une face de singe pas possible. À tout moment, j’ai peur qu’un pied parte et de me casser la figure. Freiner, freiner, toujours freiner. 10 fois plus pénible que monter. Et pourtant, je rejoins un gars et son pacer. À ce point de la course, il faudrait bien terminer ensemble, mais il n’avance tellement pas (il ne faut vraiment pas avancer pour aller moins vite que moi) que je passe en lui lâchant un encouragement.

Je croise un monsieur qui m’assure qu’il ne reste qu’un demi-mile. Ça achève, ça achève…

La pente s’adoucit finalement et comme je reprends le pas de course, j’entends les deux zigotos que je viens de dépasser approcher. Ils passent en coup de vent en arrivant dans le parc, avec l’arche d’arrivée en vue. Cheap shot, mais ce n’est pas tellement grave : c’est fini.

31:38:44, 24e sur 197 au départ.

Ça aurait pu être mieux, mais ça aurait pu être pas mal pire !

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Ha, fini…

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Recevoir un câlin de la part d’une des organisatrices, un des « bénéfices marginaux » de terminer cette course… 😉

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Avec mon Dream Team II. Merci encore à vous deux, vous êtes extraordinaires. Je vous aime !!!

Comme ils disent: Eastern States, pas pour les débutants !

Massanutten: avancer encore moins vite de nuit

Fidèles à mes habitudes, je ne m’attarde pas trop à Indian Grave et reprends la route. Car oui, la distance qui me sépare d’Habron Gap se fera entièrement sur une route de terre.

Ça me fait bizarre, car à partir de maintenant, je vais ni plus ni moins « découvrir » la deuxième moitié du parcours. Car il y a 12 mois, Pierre et moi avons beaucoup parlé durant cette seconde partie et je dois avouer que mon esprit n’a pas tellement enregistré les subtilités de ce que nous avions à affronter. Aujourd’hui, c’est tout ce qu’il aura à faire.

Dans les arbres, je remarque que les rubans qui marquent le parcours sont équipés de réflecteurs, ce qui me met face à l’évidence : certains vont faire cette partie dans l’obscurité. Il est pourtant à peine dépassé 15 heures… Ce qui veut dire que quelques coureurs passeront ici beaucoup plus tard. Ouf !

Au loin, je vois quelqu’un qui marche. Bah, je n’en fais pas de cas, plusieurs marchent en ultra, surtout quand ça monte. Et au fil des kilomètres, la fatigue aidant, la définition de « montée » devient de moins en moins restrictive.

Mais là, cette personne marche même les descentes. C’est bizarre, elle ne doit vraiment pas bien aller. Et comme je m’approche, je me rends bien compte que c’est une femme. Donc, une des meilleures (car je sais qu’il n’y a pas beaucoup de femmes devant).

Amy ?!?  Are you injured ?

Je me sens qu’il y a vraiment quelque chose qui cloche, comme lorsque j’avais rejoint Joan à Harricana. Elle se tourne vers moi, l’air un peu confuse. Elle me répond qu’elle a gelé sur le haut de la montagne et que ça a grugé toute son énergie. Au ravito, tout ce qu’ils ont pu faire pour elle a été de lui donner le sac à poubelle qu’elle porte pour tenter de conserver le peu de chaleur qui lui reste. Au moins, il ne pleut plus.

Je suis désolé, j’aimerais vraiment pouvoir l’aider. « That’s not the end of the world. It happens. Maybe my crew will be able to do something« .

It happens”… Ces mots résonneront dans des oreilles pendant longtemps. Ben oui, c’est vrai : ce n’est pas la fin du monde, c’est juste une course. Si quelqu’un qui a des ambitions de victoire comme elle peut relativiser les choses ainsi, pourquoi pas moi ? Avant de repartir, je lui souhaite la meilleure des chances et ajoute : « I know you’re gonna kick my ass ! » en guise d’encouragement. Mais je n’y crois pas trop.

Bon, assez fait de soucis pour une étrangère, j’ai une course à finir, moi. Et j’ai aussi une belle ampoule qui se forme sur mon gros orteil gauche, va falloir que je regarde ça au ravito.

Habron Gap (mile 54.0). Je pense que mon père aime l’air que j’ai car je suis relativement frais, dans les circonstances. Je lui fais un petit rapport de ce qui vient de se passer et lui dis que tant qu’à regarder l’état de mes pieds, en plus de changer de souliers, je vais changer tout le reste : bas, t-shirt, casquette. Après 12 heures passées debout, mes jambes ne se plaindront pas d’une petite pause.

Pendant que je m’exécute, je m’enquiers de mes amis. Pierre s’est un peu détaché des autres et au passage, s’est inquiété de moi par rapport à la pluie. Dire que c’est moi qui m’inquiétais de lui avant le départ ! Tout ce beau monde a environ 45 minutes d’avance sur moi. Alexandre, de son côté, est à plus d’une heure.

En sortant, je croise Amy qui arrive. Elle a enlevé le sac à poubelle et abhorre sa game face. Je sens que je vais la revoir.

Enfiler des vêtements secs m’a revigoré et c’est avec un bel enthousiasme que j’entreprends la grande ascension qui m’amènera, évidemment, sur la crête de la montagne. Je prends du terrain sur un gars sorti bien avant moi et le rejoins sans mal. Quand je serai rendu en haut, je l’aurai définitivement largué. Ha, si on pouvait monter tout le temps…

Malheureusement, ce n’est pas le cas et une fois au sommet, le manège recommence. Et, bien décidé à ne pas me casser la figure, je marche dès que ça devient le moindrement compliqué.

Quelques coureurs me rejoignent et me laissent sur place. Dans une descente technique (mais pas tant que ça) où je prends mon temps, j’entends quelqu’un arriver derrière. Je me retourne : c’est Amy. « I knew were gonna kick my ass !  I knew it ! » que je lui lance. Elle me répond quelque chose que je ne comprends pas en me posant la main sur le bras au passage. Elle est repartie en grande.

Je poursuis à mon rythme cette interminable section de 9.8 miles, la plus longue de la course. Elle est très difficile, tant au niveau technique que du côté dénivellation. Je m’en rendrai compte plus tard, c’est vraiment ici que la course commence et que les écarts se creusent. Si on pousse ici, on peut reprendre beaucoup de retard. Et si on avance lentement, ben…

Toujours est-il que j’ai décidé de demeurer en vie et que ça prendra le temps que ça prendra. Puis, après un long, très long moment, j’approche enfin de Camp Roosevelt (mile 63.8). Mais qui vois-je devant ? Amy, qui est de nouveau à la marche et n’avance tout simplement plus.

Arrivé à sa hauteur, je lui dis : « Ho no…« . Elle me répond avec un sourire triste : « Yeah, I think I’m gonna stop here… I’ll survive, you know. I’ll cry a bit and then I’ll be fine. »

Je lui réponds: “I’m so sorry to hear that…”, puis ajoute: “You what ?  You should slap me in the face !

Mais qu’est-ce que ma bouche vient de dire que mon cerveau n’a pas autorisé ?!?  Non mais, ça va pas ?  Son visage exprime exactement ce que je pense. Je crois toutefois nécessaire de me justifier en lui disant que ça va lui faire du bien et que moi, ça va me réveiller. Mais trop gentille, elle refuse tout de même mon offre. Pas certain que sa principale rivale aurait décliné aussi gentiment.

Je la laisse avant qu’elle ne change d’idée et rejoins mon père. Je vais prendre mes frontales et ma cloche à ours ici car malheureusement, je dois me rendre à l’évidence que la nuit sera tombée quand j’arriverai à Gap Creek I (mile 69.6). J’aurais bien aimé y arriver avant, mais bon…

Ce qui m’attend sur cette section me prend au dépourvu. Les sentiers étaient plutôt humides jusqu’à présent, surtout depuis la pluie, mais là, ça en est ridicule : il y a de l’eau partout !  C’était bien le fun, sauter d’une roche à l’autre sur les bords d’un ruisseau quand j’étais enfant, mais à un moment donné, quand on est rendu un vieux chiâleux…

Car oui, à certains endroits, le « sentier » s’est carrément transformé en ruisseau. Et l’eau est froide, bout de viarge !  J’essaie donc d’éviter le plus possible de m’enfoncer les pieds dedans, sans grand succès.

Vous devinez que courir dans de telles conditions tient de l’exploit. « C’est beau si j’ai couru 500 pieds depuis le dernier ravito… » que j’annonce à mon père en arrivant à Gap Creek (qui devrait s’appeler « Gap River » aujourd’hui…). Et mes amis ?  Pierre et Alexandre se sont croisés il y a plus d’une heure et demi; Stéphane est passé une demi-heure après; Martin et Benjamin sont partis depuis 35 minutes. Wow, Pierre qui colle Alexandre… Et que dire des autres qui poursuivent leur effort ?  Je suis impressionné. Vont-ils m’attendre à l’arrivée ou ils seront déjà partis ?

Entre deux verres de Coke, je demande au bénévole s’il sait si les prochains sentiers sont aussi boueux. Sa réponse ?  Il en doute car c’est très rocailleux. Hum, est-ce une bonne nouvelle, ça ?  Pas sûr…

Ben oui, c’est rendu que j’essaie de carburer à la caféine car la fatigue commence à drôlement se faire sentir. Et l’obscurité de la nuit n’arrange pas les choses.

J’attaque cette nouvelle section en débutant par la fameuse montée Jawbone. Une vraie de vraie montée, qui débute par un chemin de quads et se poursuit par un long, très long bout en single track. Ici, ma seule préoccupation est de ne pas me faire lapper par les meneurs (on se fait cette montée deux fois durant la course). Je vis donc une mini-victoire personnelle quand j’arrive avant eux aux assiettes à tartes indiquant la direction à suivre dépendant de la distance parcourue : 71 miles, à gauche; 98 miles, tout droit. Ce sera à gauche…

Suivent les roches, les vraies de vraies. Probablement les pires de tout le parcours. En tout cas, de nuit, elles sont terribles. Même pas moyen de passer à la marche rapide là-dedans, on avance à tâtons. Et pourtant, je m’approche sensiblement de deux coureurs. En fait, ce sont (malheureusement) un coureur et son pacer.

Are you all right ?  « A bit tired, I would say… ». Je comprends, s’il se fait rejoindre par moi ici. Il me laisse passer et je me retrouve… devant rien !  Where’s the trail ?!?

« There’s a switchback here« . Effectivement, j’ai manqué un virage. Pris d’un fou rire, je remonte la pente et leur raconte que j’ai fait la même chose l’an passé, probablement ici même. Puis qu’est-ce qui arrive à peine 100 mètres plus loin ?  Je me retrouve encore devant… absolument rien !   Calv… !  Et là, je suis certain que c’est vraiment le même endroit, je reconnais le virage. Non mais, se perdre deux fois en avançant à très basse vitesse, faut quand même le faire, avouez !

Ce petit intermède fait du bien, car c’est plutôt pénible. En fait, c’est très pénible. En plus, la fatigue poursuit sans relâche son long travail de sape, ce qui fait que je ressens un léger mal de cœur pas trop agréable. La caféine a fait la job un peu en quittant le ravito, mais son effet n’a pas été de très longue durée. Et gober des gels avec de la caféine n’aide pas vraiment.

Toutefois, le calvaire des roches s’achève (temporairement) et je me retrouve sur la route. Mes jambes font mal au possible, mais je m’en fous: j’enclenche la vitesse supérieure. Un à un, je dépasse des coureurs qui trottinent ou marchent carrément dans cette descente. « You’re flying, man ! » me lance  l’un d’eux. Je lui réponds que je prends ma revanche sur les foutues roches. Mon « bas du corps » me supplie de ralentir, mais je ne veux rien savoir : c’est roulant, alors on roule.

C’est probablement l’adrénaline qui fait que lorsque je me présente à Visitor Center (mile 78.1), je me sens tout pimpant et prêt à poursuivre sur le champ. Sauf qu’il y a un hic : mon père n’est pas là.

Que se passe-t-il ?  Ça fait presque 3 heures que je suis parti de Gap Creek, il a certainement eu le temps d’arriver. Je fais un tour rapide du stationnement, n’aperçois pas mon RAV4. Je m’approche du feu, pour voir, au cas où…

Hé, les Canadiens !  Ben oui, Benjamin et Martin sont là, assis près du feu. Ça va ?  Leurs visages sont marqués par la fatigue, particulièrement Benjamin qui me dit tout simplement : « La dernière section, man… ». Effectivement, elle était coriace, il n’y a pas à dire. Mais jamais je n’aurais cru les rattraper. Pour l’encourager, je lui fais part de mon admiration, lui qui a fait 33 heures à Bromont. Puis je leur demande s’ils ont vu mon père.  Négatif.

Merde, est-ce qu’il lui serait arrivé quelque chose ?  C’est la seule explication car mon père ne se perd jamais et n’est jamais en retard. Ça y est, j’imagine déjà les pires scénarios-catastrophes…

Je décide de faire un autre tour du stationnement, plus attentivement cette fois. Tiens, un véhicule qui dont la lumière est allumée, peut-être que…

Hé oui, c’est mon crew !  Ouf… Je cogne à la fenêtre. Mon père se retourne, l’air très surpris : « Qu’est-ce que tu fais là ?!? ». Heu, je fais un ultramarathon, et toi ?

Il s’avère que lorsqu’il a vu mes deux amis arriver, il était certain que je n’arriverais pas avant 20 minutes. Et comme il fait un froid de canard, il est allé se réfugier dans le RAV4 pour tenter de se garder au chaud. Il a laissé mes affaires sur une table de pique-nique, près du ravito. Comme je ne vois rien, je ne les ai pas vues.

Je suis certain que c’est le genre de situation qui en aurait perturbé plusieurs. Mais moi, ça me fait juste rire. Une anecdote à raconter, un point c’est tout. Je fais remplir  mon réservoir, prends les trucs dont j’ai besoin et avale une soupe bien chaude. « Il ne te reste qu’un marathon à faire ! ». Cool, dans 3h15, je vais avoir fini !

C’est évidemment une blague, sachant pertinemment que je serai chanceux si je m’en tire avec le double. Avant de quitter, je croise Martin. Pis, vous venez me pousser dans le derrière ?  « Deux petites minutes, on arrive ! ». Vu que je commence à sérieusement frigorifier, je lui dis que je vais partir en marchant, qu’ils n’auront qu’à me rejoindre.

Léger détail que j’avais négligé : on ne peut pas vraiment courir, alors ce ne sera pas nécessairement facile pour eux de me rejoindre. Surtout que cette courte section nous menant à Bird Knob (mile 81.6) commence par une montée pour le moins… abrupte !  Je me retourne souvent pour scruter l’obscurité, à la recherche de deux faisceaux lumineux. Rien. Je fais quoi, je les attends ou pas ? Ha non, il fait trop froid, je dois poursuivre. Au prochain ravito, il y aura un feu, je serai en meilleure posture pour les attendre.

J’entends de la musique : c’est du Pink Floyd !  J’arrive en chantant « Comfortbaly Numb » (titre de circonstance) avec le ghetto, le bonheur. Moi qui chante sans avoir bu, quand même…

« Bourbon ? » Ha, Bird Knob, le ravitaillement le plus cool du monde des ultras.  C’est définitivement le party, ici !  Je décline toutefois l’offre, étant incapable d’avaler de la boisson forte. S’ils avaient eu de la bière, par contre…

J’ai plutôt un goût de sel, j’ai juste envie de bouffer des chips. Une bénévole me tend un tube de Pringles, j’essaie d’en prendre, mais mes mains enflées écrabouillent les 2-3 chips que je prends. La bénévole en sort d’autres du tube pour moi, mais quand j’essaie de les prendre, même résultat. Comme si je n’avais plus aucune dextérité fine. C’est à la fois fascinant et épeurant. Je me résous à manger des miettes.

Mais ça importe peu car j’ai une obsession et elle s’appelle caféine. J’ai besoin de caféine !  Vous avez des morceaux de chocolat, comme l’an passé ?  C’était délicieux et hyper-efficace. Personne ne semble comprendre de quoi je parle. « We have coffee…« . Ho que non !  La dernière fois que j’en ai bu, mon estomac a retourné la marchandise. « Red Bull ? »  Ha, je pourrais essayer, pourquoi pas ?  La seule fois que j’ai tenté l’expérience, c’était avant une nuit blanche au bureau et ça avait plutôt bien fonctionné.

Ouais, pas fameux comme goût. Comment les ados font pour carburer à ça ?  En espérant que l’estomac le tolère…

La bénévole me demande combien de Canadiens nous sommes dans la course car je ne suis pas le premier à passer. Je ne suis pas en état de lui expliquer la subtile nuance entre « Canadien » et « Québécois », alors je lui réponds que nous sommes 7. Elle me parle de Pierre (qui leur a certainement piqué une petite jasette) et d’un autre… Alexandre ?  Vous savez, un beau grand jeune homme… Ça ne lui dit rien. Stéphane ?  Celui avec la barbe… Oui, c’est ça !  Ont-ils beaucoup d’avance ?  Pas mal, oui. Sont-ils loin l’un de l’autre ?  Pas tant que ça, semble-t-il. Mais comment a-t-elle pu rater Alexandre ?  Je lui dis qu’il en reste deux autres qui devraient arriver bientôt.

D’ailleurs, coup d’œil à l’arrivée du sentier : pas l’ombre de mes deux amis. Je fais quoi ?  Ça fait déjà un petit bout que je suis là. Et s’ils étaient demeurés plus longtemps à Visitor Center ?  Je ne sais pas trop quoi faire… Attends ou pas ?  Si je reste trop longtemps sur place, même près du feu, je risque de figer. Je décide de repartir, tout seul comme un péteux (dixit mon paternel).

Rien à signaler dans cette section, que je « découvre » après l’avoir déjà traversée en mode zombie. Un beau chemin de terre pour commencer, des montées, des descentes, de la roche, des ruisseaux, alouette !

Les sentiers la nuit, c’est quelque chose de vraiment spécial à vivre. Combinée aux jeux d’ombres causés par le faisceau de la frontale, la fatigue accumulée fait travailler le cerveau d’une manière plutôt étrange. On voit toutes sortes de choses durant ces longues heures. Ce ne sont pas nécessairement des hallucinations, seulement des interprétations erronées de ce que les yeux perçoivent.

Si vous saviez ce que je peux avoir « vu » durant cette nuit… Toutes sortes de bêtes étranges, une roulotte (???), un  Jeep. Mais aucune hallucination à proprement parler.

Picnic Area (mile 87.9), le ravito qui n’a pas  rapport avec son nom. En tout cas, je n’en vois aucun. Mon père a deux nouvelles pour moi. La bonne : il est arrivé ici à minuit trente et Pierre partait. Hein ?!?  Mon partner a TROIS heures d’avance sur moi !?!  Il est en feu, ma parole !  Je suis bouche bée. À ce rythme, il va me mettre 4 heures dans le buffet et flirter avec les 24 heures. Wow !

La mauvaise ?  Alexandre avait abandonné à Visitor Center parce qu’il n’arrivait pas à se réchauffer. Au lieu de tomber en hypothermie, il a préféré se retirer. Très sage décision, mais ça m’attriste toujours d’apprendre qu’un de mes amis n’a pas pu terminer. D’ailleurs, j’espère qu’il n’est rien arrivé de grave à Benjamin et Martin, derrière.

Ok, back to business. Sans trop savoir pourquoi, j’ai maintenant 30 pleines minutes de retard sur 2015. Mais comme je me sens infiniment mieux (pas de crise incontrôlable d’endormitoire, l’estomac qui se porte relativement bien), j’espère réussir à reprendre le tout sur les 8.9 prochains miles qui me séparent du dernier ravito.

J’annonce que cette section me prendra probablement 3 heures et me met aussitôt à l’ouvrage. Chemin faisant, j’essaie de me repérer. Tiens, c’est probablement ici que mon estomac a provoqué un retour d’ascenseur. Ou est-ce là ?  Je ne sais plus. En tout cas, ça avance bien.

Puis arrivent les ruisseaux. L’eau est tellement haute que les petits ponts de roches sont submergés, alors pas ben ben le choix : faut se (re)mouiller les pieds. Quand il fait 4-5 degrés, marcher dans l’eau froide, bof…

À un endroit en particulier, j’essaie de trouver les rubans jaunes qui marquent le parcours et tout ce que je vois, c’est qu’ils suivent carrément le ruisseau. Cout’ donc, on se croirait à St-Donat !  Depuis quand que le ruisseau EST le parcours à Massanutten ? Bout de v…

Et quand, par endroits, le terrain finit par s’adoucir un peu et que je pourrais le courir, je me rends compte que mes quads sont fichus, rendant les descentes pénibles au possible. C’est ça qui arrive quand on est pissou dans les descentes et qu’on passe son temps à freiner !  Va vraiment falloir que j’apprenne un jour à descendre comme un vrai coureur en sentiers.

Lueur d’espoir cependant : le soleil se lève tranquillement. Ça pourrait m’aider, ça…

Mais pas à traverser un autre maudit ruisseau. Ha, il y a bel et bien un « pont » cette fois-ci, mais il est en billots de bois qui ont l’air glissants au possible. Normalement, 3-4 petites enjambées rapides et ce serait traversé. Mais tout ce que mon ciboulot réussit à analyser, c’est que je pourrais facilement perdre l’équilibre et tomber 2 pieds plus bas, dans l’eau glacée, sur la roche. Non, pas question de risquer ça.

J’entreprends donc de le traverser… à quatre pattes !  C’est la seule façon que j’ai trouvée où le risque de tomber me semble minime. Une fois de l’autre côté, bien content que personne ne m’ait vu, je repars… pour tomber sur une autre foutu ruisseau qu’on doit traverser sur un autre foutu pont en billots de bois. Grrrrr !!!

Je recommence l’opération, en espérant qu’il n’y en aura pas 10 autres, sinon je me mets à pleurer. Mais il n’y en aura effectivement pas d’autres et après avoir passé ce qui m’a semblé être une longue partie de mon existence dans le sentier, arrive le chemin de terre.

Ne me faisant pas d’attente quant à la proximité de Gap Creek II (mile 96.8), je me contente de profiter du moment en courant du mieux que les longues heures sur mes jambes me le permettent. Je sais que la course achève, que le pire est derrière.

Finalement, le bout de terre passe vite et c’est sous les applaudissements que je me présente au ravitaillement. « Do you have a drop bag ?« . Heu non, j’ai un crew. En tout cas, je suis supposé avoir un crew

Car mon père n’est nulle part en vue. Mais cette fois-ci, je ne m’inquiète pas. Il dort peut-être, la nuit ayant été foutrement longue. Je fais donc remplir mon réservoir d’eau (j’ai laissé tomber le LG depuis Picnic Area de toute façon) et regarde l’offre alléchante de bouffe offerte. Tiens, c’est quoi ça ?  On me dit que ce sont des gaufres, car après tout, on est rendus au déjeuner.

Hum, c’est bon… J’en prends plusieurs, remercie les incroyables bénévoles et repars en marchant pendant que j’avale mes victuailles. Malgré toutes les embûches de la dernière section, j’ai réussi à reprendre mon retard. Mais je risque d’être très serré si je veux battre mon temps, surtout que Pierre et moi avions ni plus ni moins survolé les 6-7 kilomètres en terre de la fin. Avec les jambes qui me restent, pas certain que je vais pouvoir répéter.

Tiens, qui vois-je devant ?  Mon crew qui arrive, chargé de mes 3 gros sacs Ziploc. J’ai envie de rire, il a encore failli me manquer… Que s’est-il passé cette fois-ci ?  Voilà: il est arrivé au ravito à 3h45 et comme j’ai dit que je prendrais 3 heures pour arriver, il a calculé (oubliant que j’avais fait l’annonce à 3h30) que je serais là à 6h45. Donc, s’il se présentait aux tables à 6h30, il serait en avance…

Hi hi hi, trop drôle !  Encore là, au lieu de me déranger, cette anecdote me met de meilleure humeur. Et quand on est de bonne humeur, on court bien. Je profite de sa présence pour lui laisser mes frontales et entame la dernière étape de mon périple. Dans moins de deux heures, je serai le deuxième multiple « finisher » québécois de cette terrible épreuve. Qui a été le premier ?  Mon ami Pierre, qui à l’heure actuelle, a déjà terminé. Stéphane aussi est fort probablement déjà arrivé. Dans ma tête, je dis ce que j’ai tellement répété l’an passé : « J’arrive Pierre, j’arrive ! ».

Bon, tout d’abord, la très difficile montée Jawbone. Dans les premiers mètres, je sens que j’ai un bon rythme. Je me permets même de courir quand la pente s’adoucit avant de se raidir à nouveau. Allez, on tient le rythme, on a un temps à battre !

Ouf, elle est longue. Elle est où, la foutue assiette à tarte ?  Finalement, la voilà : 98 miles, droit devant. Un jour, je repasserai ici et l’assiette indiquant d’aller vers la gauche sera encore là.

Dans mes souvenirs, la descente était pénible au possible. Et elle l’est !  Des roches, encore des roches. Au moins, le sentier est (presque) sec. Mais les maudites roches… J’entends des gars derrière. Ha merde, je vais perdre au moins une position, peut-être plus.

Ils sont trois, donc probablement deux coureurs et un pacer. Je leur laisse le chemin, mais comme les roches prennent un peu pitié de moi, je parviens à m’accrocher. Et ils demeurent dans mon champ de vision jusqu’à l’extase : le chemin de terre. Enfin !!!

Sitôt dessus, ils se mettent à trottiner vers l’arrivée. Je sais que c’est un peu aller contre l’esprit de la course en sentiers, mais je n’ai pas le goût de les attendre, je veux juste en finir. Au plus sacrant !  Et puis, il n’y a pas un chrétien qui m’a attendu dans ces sentiers où j’en arrachais, je ne vais certainement pas faire le bonasse maintenant un fois rendu dans « mon » domaine. Ça fait que je me dis : de la marde, qu’ils me suivent s’ils sont capables et m’envole.

Ils ne s’accrochent pas. Pas plus que la dame que je dépasse un ou deux kilomètres plus loin. Ou que le gars qui avance péniblement. Tout ce beau monde m’a dépassé sans rien me dire dans les roches, hé bien qu’ils regardent mon derrière maintenant !

Ok, il ne faut pas s’emballer trop vite. La montagne là, il faut que je la contourne avant de pouvoir espérer arriver. Mes jambes me demandent grâce, je leur réponds en serrant les dents. Allez, tenez bon, ça achève.

Puis, c’est l’asphalte et tout juste après, l’entrée du camping. Une petite montée, une descente, le petit pont, le champ. C’est fini.

Coup d’œil au chrono. Ok, j’ai du lousse pour battre mon 28h15. Ha, maudite montée, elle est dont ben dure !  Pis longue !  Un gars en haut se retourne et me voyant, se remet à courir. Ne t’en fais pas, Chose, tu es trop loin.

En haut, je traverse le camp de vacances, passe à côté des cabins. Ça achève, ça achève… Bon, c’est quoi cette descente technique là ?  Grrr !!!  Pas moyen de me laisser aller, je dois la faire en freinant. 28h09, ça commence à être joyeusement serré…

Finalement, le tronc d’arbre pour traverser le petit ruisseau et le grand champ. Il fait un temps splendide, quelle belle journée !  Kevin annonce mon arrivée, je vois mon père, mes amis. Voilà, je l’ai encore fait. Ce sera un 28h12. Ç’aurait pu être mieux, mais bon…

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Ça achève…

Je traverse la ligne en 28:12:02 pour être accueilli par Kevin. Ensuite, je serre mon père, qui vient de compléter lui aussi, à sa façon, son 4e 100 miles. Merci papa.

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Avec mon crew, avec Kevin en arrière-plan 🙂

Puis, arrivent les copains : Alexandre, Pierre, Sébastien, Stéphane. Pierre est hilare : « Fred, tu as fait le même temps que l’année passée !!! ». On n’avait pas fait 28h15 ?  « Non, c’était 28h12 !  Tu as fait EXACTEMENT le même temps !!! ».

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Ha, la casquette de « finisher » ! On peut dire qu’on travaille fort pour la gagner. Remarquez le manteau que porte Pierre: si au Québec il neigeait ce jour-là, il ne faisait pas tellement plus chaud en Virginie…

En fait, je me suis « amélioré » de 34 minuscules secondes. J’aurais voulu que je n’aurais pas réussi…

Massanutten: ne pas avancer de jour…

Dès le départ, Pierre s’envole. Alexandre faisant partie des extraterrestres devant et les autres ayant décidé de demeurer sages au départ, je me retrouve à faire les premiers hectomètres sans mes compagnons québécois. Tout d’abord sur l’asphalte du Camp Roosevelt Road, puis sur la terre du chemin de campagne menant à Moreland Gap (mile 4.1).

Une belle petite mise en jambes, ce chemin. En montée graduelle, il permet de  s’échauffer et d’étirer le peloton avant d’entrer dans le vif du sujet. Il permet également de mettre un peu son placottage à jour, ce que ma foi, Amy et Pierre sont maintenant en train de faire tout juste devant moi. Je ne m’étais même pas rendu compte en remontant le peloton que je l’avais rejoint !

Je n’ai aucune idée de quoi ils causent, mais sociables comme ils sont tous les deux, ils ne doivent pas manquer de sujets. Puis, Amy s’éloigne peu à peu et je me hisse progressivement au niveau de mon partner qui semble étonné de me voir là. Vrai qu’à pareille date l’an passé, j’avais entrepris de monter les premières bosses à la marche, mais là, j’ai décidé de les courir.

Amy a l’air en forme… « Ouais, elle a l’air. Elle est partie pour faire ça sous les 24 heures, je pense ».

Et là, tout d’un coup, ça me frappe de plein fouet. J’ai beau le savoir, je viens de me le faire rappeler : ça va définitivement me prendre plus de 24 heures. Il m’en reste au moins 25 ou 26 à courir, marcher, grimper, descendre, sauter, avancer encore et toujours. Je vais voir non pas un, mais fort probablement deux levers de soleil avant de m’arrêter. Ouch !

Se présente alors une bonne montée, une première vraie de vraie. De la marde, je la marche. Il reste encore 100 miles, bout de viarge… « Si tu marches, je marche ». Cout’ donc, va-ton faire toute la course ensemble ?  Ce serait surprenant, Pierre étant nettement supérieur à moi dans le technique. « Toi Fred, t’es un grimpeur ! ». Ouin, mais ce que je donnerais pour être légèrement moins fort en montée comme lui pour être aussi bon dans le technique et en descente. À ce niveau, je ne suis même pas près de son calibre…

La station, telle qu’annoncée, est constituée de récipients de 5 gallons d’eau qui se trouvent dans le coffre arrière du véhicule d’un bénévole. Pas de bouffe, pas de Gatorade, pas de tables, pas de verres. Nous passons en envoyant la main et entrons dans les sentiers.

Au début, c’est plutôt facile et non seulement j’arrive à garder le contact avec Pierre, mais en plus, je réussis l’exploit de reprendre 2 ou 3 coureurs au passage.

Puis, arrivent les roches, les vraies. Et là, c’est le désastre. Mes lacunes au niveau technique se retrouvent exposées au grand jour (en fait, à la grande nuit car le soleil est encore couché, lui). Un à un des coureurs me rejoignent et, sentant leur présence tout juste derrière, je les laisse passer.

Une longue montée apporte un peu de répit. De la base, j’entends Amy jacasser plus haut. Ça m’encourage un peu, je me dis qu’elle n’a pas pris tant d’avance que ça, finalement… J’ai même envie de lui pousser un « Amy, we can hear you from down here ! », mais je me retiens. On ne peut pas dire qu’on se connait vraiment, même si on a déjà méméré une bonne dizaine de minutes (à la fin du Vermont 100).

Les roches recommencent de plus belle. « Fred, c’est toi ? ». C’est Stéphane qui vient de me rattraper. Ben oui, je suis pathétique dans de telles conditions. En fait, quand ils ont inventé ce mot, ils pensaient justement à moi parcourant ces sentiers.

J’essaie de m’accrocher à lui, mais c’est bientôt peine perdue. Il s’éloigne tranquillement, tout en continuant de me jaser. Comme un (autre) gars m’a déjà dépassé depuis, je dis : « Heu, Stéphane, ce n’est plus moi qui suis derrière toi ! ». Bientôt, je ne le reverrai plus.

Puis, tout juste derrière, je sens quelqu’un d’autre qui approche. Je me tasse et Kathleen Cusick, la championne en titre, passe en trombe, lâchant un « Good morning ! » au passage. Good morning et… ça m’a fait plaisir. Toujours aussi sympathique, il n’y a pas à dire, mais au moins elle m’a parlé. Deux gars sont à sa suite. J’aimerais bien me joindre au train, mais abandonne rapidement l’idée. L’an passé, elle m’avait passé le K.O. autour du 25e mile. Là, on n’en a même pas 10 de parcourus et je sais que je ne la reverrai plus.

Les suivants à me botter le derrière ?  Benjamin et Martin. Je parviens à m’accrocher un tout petit peu, profitant de l’occasion pour jaser souliers avec Benjamin, mon « compagnon d’écurie » chez Skechers (nous sommes les seuls coureurs en sentier de la marque au pays). Il porte le même modèle de souliers que moi et lui aussi semble très satisfait de leur comportement. Il y a juste que lui sait mieux les utiliser.

Non mais, je ne me souvenais pas qu’il y avait autant de roches aussi tôt dans la course… C’est l’enfer !  Au moins, le nombre de personnes qui me dépassent semble se stabiliser un peu. Il y en a toutefois un dernier qui m’assène le coup de grâce : un monsieur assez âgé qui sautille allègrement d’une roche à l’autre avec un naturel aussi désarmant que frustrant. Ça a tellement l’air facile…

Quand, après une éternité, je débouche enfin sur le chemin de terre, j’y vais à pleins gaz. Non mais, c’est tellement frustrant de ne pas avancer, je vais au moins me laisser aller dans les descentes faciles. Et mon monsieur « âgé » qui trottine… Je passe en coup de vent, sachant fort bien qu’il va me reprendre plus loin.

Edinburg Gap (mile 12.1). Mon père m’attend une centaine de mètres avant la station avec mes affaires. Remplissage rapide de mes bouteilles, il me met au courant de la progression de mes amis : Alexandre est passé avec les meneurs, les autres ont quelques minutes d’avance, sans plus. Il a bien tenté de réparer le réservoir de Pierre, mais il n’est pas certain que ça a marché.

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Mon arrivée à Edinburg Gap (photo: Kevin Sayers)

Je le remercie, lui laisse ma frontale et me dirige vers la station pour prendre quelques trucs à manger. Car cette année, suite à mon expérience désastreuse de 2015, j’ai décidé de carburer à la nourriture « ordinaire » plutôt qu’aux gels qui ne seront là qu’en guise de « support ». Je me prends donc quelques trucs et repars.

Avant de traverser la route pour entrer à nouveau dans le sentier, j’aperçois Gary Knipling. Hey, GARY !!!  Je lui tends le poing, il me répond par son fameux fist bump en ajoutant, le sourire aux lèvres, le traditionnel « Good job ! ». Ça fait du bien de le voir souriant. Peut-être n’a-t-il rien de grave ?

Massanutten étant Massanutten, un ravito est immanquablement suivi d’une montée. Douce au début, la pente s’accentue par la suite. Comme je les aime. Allez, c’est le moment de reprendre du terrain !

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Le début de la montée en quittant Edinburg Gap (photo: Paul Encarnacion)

Justement, devant, une proie. Je fonds sur lui. En fait, je crois fondre sur lui. Je me rapproche, mais pas assez vite à mon goût. Voyons, qu’est-ce qui se passe ?  Déjà que j’ai remarqué que je n’avais pas amélioré mon (médiocre) temps de passage de l’an dernier, je ne suis même plus foutu d’être bon en montée ?

Je rattrape tout de même peu à peu le gars, mais surtout, j’entends quelqu’un à ma poursuite. Hein, je me fais rejoindre en montée ?  Ha ben là, il y a des limites ! Quand mon poursuivant arrive à moi, je me tasse pour lui laisser le chemin, mais il me dit non, que j’ai un excellent rythme, qu’il va demeurer derrière. Bon, au moins un petit encouragement… Il ajoute que c’est tout ce qu’il sait faire, monter. Ben on est deux, mon ami !

Nous rejoignons et dépassons l’autre et, rendus au sommet, je me tasse. « Are you sure ? ». You bet. On ne peut pas être aussi pourri que moi dans le technique, c’est physiquement impossible. Je parviens tout de même à le suivre un bout sur la crête de la montagne avant de le perdre de vue. Un autre. Ça doit bien faire 20-25 personnes qui me dépassent depuis qu’on est dans les sentiers.

Selon mes souvenirs, une fois rendu sur la crête de la montagne, cette section passait plutôt bien. Et effectivement, je peux la courir. Bah, il y a évidemment des bouts rocailleux (non !?!) où j’en arrache, mais en général, ça avance. C’est sûr que j’éprouve une certaine frustration quand le monsieur assez âgé me refait le coup de gambader sur les roches, mais bon, il fait beau, la température est agréable, les vues sont splendides, pourquoi ne pas en profiter ?  On est aussi ici pour ça !

Je suis donc d’assez bonne humeur quand j’arrive à Woodstock Tower (mile 20.3), surtout que ma mémoire me rappelle que la section suivante passait aussi plutôt bien. En effet, j’y avais même réussi à « coller » Amy.

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Woodstock Tower, mile 20.3 (photo: Kevin Sayers)

Avant de partir, je regarde ce qu’il y a côté bouffe. Hein, des hot dogs ?  Ça va pas, non ?  C’est l’enfer à avaler et encore plus l’enfer à digérer. Roter des roteux durant un ultra ?  Non merci !  Je choisis plutôt un sandwich et repars… dans la mauvaise direction.  Sans le bénévole, Dieu sait où je me serais retrouvé.

Tiens, il me semblait que c’était moins difficile que ça, ici… Et puis, quand je regarde mon chrono, bien que je ne me souvienne pas de tous mes temps de passage, j’ai vraiment l’impression que je ne vais pas plus vite que l’an passé. Pourtant, les conditions sont idéales ou à peu près… Ok, certains endroits sont plus boueux et il y a même des ruisseaux à traverser, ce qui n’avait pas été le cas jadis, mais quand même.

Puis je me rends compte d’une chose : j’ai la chienne. Voilà, quand je pourrais aller le moindrement vite dans les roches, j’ai peur de m’enfarger et de planter face première. Et ça, la fraîcheur de l’air n’y peut rien. Si on a peur, on demeure plus prudent, un point c’est tout. Vaut mieux arriver plus tard que ne pas arriver du tout.

Une fois ce constat accepté, je poursuis à mon rythme jusqu’à Powell’s Fort (mile 25.8). Là, petit irritant, le ravito est placé à l’écart du parcours. Je ne sais pas pourquoi, mais ça m’énerve. Bout de viarge, quand bien même que tu ferais 200-300 pieds de plus, sur 103.7 miles, tu n’en mourras pas, du con !

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Alexandre, le premier de notre petit groupe à Powell’s Fort (photo: Paul Encarnacion)

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Le troupeau comprenant Benjamin, Martin et Pierre amené par Amy  (photo: Paul Encarnacion)

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Benjamin, Martin et Pierre sont sortis du troupeau pour la photo 😉 (crédit: Paul Encarnacion)

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Au tour de Stéphane, 5 minutes plus tard (photo: Paul Encarnacion)

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Me voilà enfin, un quart d’heure derrière (photo: Paul Encarnacion)

Aussi, j’en ai eu un petit aperçu à Woodstock Tower, mais j’en ai la confirmation ici : la ceinture à la taille avec les deux bouteilles, ce n’était pas la meilleure des idées. Je pensais que le remplissage se ferait rapidement et sur ça, j’avais raison. Dans mon super-raisonnement, j’ai aussi supposé qu’il serait facile pour moi d’y ajouter mon LG en poudre en sortant du ravito. Eh bien sur ça, j’étais dans le champ.

J’ai sous-estimé les manipulations à faire et les troubles que j’aurais à extirper de mon sac les petits pots de pilule contenant le LG. Sans oublier le fait que je perdais de l’eau chemin faisant et aussi que les bouchons des bouteilles seraient difficiles à desserrer et à resserrer. Bref, ça ne va pas bien. En plus, le frottement de la ceinture sur le bas de mon dos commence à joyeusement l’irriter.

Ajoutez à ça la température qui grimpe tranquillement (des mouches à chevreuil ont d’ailleurs commencé à me virer autour, signe indéniable) et j’appréhende déjà l’interminable section de 9 miles entre les miles 41.1 et 50.1. Pas certain que j’aurai assez de liquide dans mes bouteilles pour faire la distance. Bref, à Elizabeth Furnace (mile 33.3), je vais avertir mon père de préparer ma veste pour la station suivante.

Mais d’abord, je dois m’y rendre !  Le tout commence par un beau chemin de terre, qui ma foi, est beaucoup plus long que dans mes souvenirs, ce qui n’est pas une mauvaise nouvelle en soit. Puis, avant d’entrer à nouveau dans le sentier, je croise des randonneurs. « Looking good ! » me lance l’un d’eux. Only looking good !  Celle-là, elle me sert depuis des années et fait rire presque à chaque fois.

Poursuivant tant bien que mal mon chemin, mes pensées divaguent. Non mais, faut quand même vouloir… Faire de la randonnée ici, vraiment ?  C’est l’enfer ! Puis j’y pense : et toi, le zouf, tu te penses brillant à te taper un 100 miles ici ?

J’ai à peine terminé ma « réflexion » que je croise mon idole : un gars en… vélo de montagne !  WHAT ?!?  Du vélo de montagne ici ?  J’ai peine à avancer sur mes deux jambes et lui le fait sur deux roues ?  Il a perdu un pari, quelque chose ?  Il veut se punir d’un péché ?  Je lui laisse le chemin question qu’il puisse garder un semblant de rythme et il me remercie gros comme le bras au passage.

Et le pire, c’est que je vais en croiser d’autres comme lui. Moi qui pensais que nous ultramarathoniens étions les plus fous sur cette terre…

Toujours est-il que tout ça me distrait et, bien que je n’avance pas plus vite, mes pensées sont très positives. Pas question d’envisager l’abandon cette année.

À Elizabeth Furnace, mon père m’informe que Pierre, Martin et Benjamin sont passés ensemble, une vingtaine de minutes auparavant. Ils ont rejoint Pierre ?  Ça ne me surprend pas de Martin, mais de Benjamin, wow ! Il a fait 33 heures à Bromont et il est parti sur une cadence de 25-26 heures ici !  Je suis très, très impressionné.

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Elizabeth Furnace, « déjà » le tiers de fait ! (photo: Tim Toogood)

Et Stéphane ?  Il ne l’a pas vu. Alexandre ?  Il n’est plus dans le peloton de tête, mais il est encore dans les premiers. Quant à Sébastien, incommodé par une blessure au genou, il prévoyait marcher et se retirer rapidement, alors sa course est probablement terminée.

J’informe mon crew de mon intention de prendre ma veste à Shawl Gap (mile 38.0), lui expliquant mon raisonnement. Il aura donc comme tâche de la préparer.

En partant, j’ai un petit sourire intérieur juste à imaginer mon père pris pour remplir seul le réservoir et l’insérer dans ma veste. Personnellement, je suis habitué et ce n’est pas toujours évident, surtout quand on veut que le réservoir soit plein. J’ai bien hâte de voir comment il se débrouillera.

Mes souvenirs de cette section n’étaient pas mauvais, ils étaient tout simplement atroces. Des roches, des roches, encore des roches. Pas moyen de prendre le moindre rythme, toujours arrêté pour essayer de se trouver une trajectoire.

Et qu’est-ce qui arrive quand on s’attend à de la merde ? Hé bien ça finit (presque) toujours par être moins pire que prévu. Dans la montée initiale, je rejoins progressivement un gars, mais une fois rendu à lui, décide de demeurer derrière car je sais que ce sera très technique plus loin. Un autre arrive derrière et les deux se mettent à jaser. Heu, je ne vous dérange pas trop, les gars ?

Bah, de toute façon, quand le relief s’aplanit pour ensuite prendre une tendance vers le bas, je les perds de vue. Puis, le sentier devient de plus en plus praticable au point que je peux me laisser aller dans la descente menant au ravito. Ha que ça fait du bien…

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Je me présente à Shawl Gap, après une longue descente (photo: Anzhela Knyazeva)

« Hé hé, relaxe, ne va pas si vite ! ». C’est mon père qui m’accueille. Comment ça, pas aller si vite ?  Je n’avance pas !

Il me raconte les difficultés qu’il a eues avec ma veste. Car non seulement le remplir représentait un défi, mais il a également eu toutes les misères du monde à installer le réservoir. Heureusement, un bon samaritain l’ai aidé. Et en plus, il a perdu le morceau de plastique servant à le refermer. Mais, prévoyant comme toujours, j’avais un réservoir de réserve (ça fait bizarre à dire, non ?) et il a pu utiliser la pièce de ce dernier en remplacement.

Tout en l’écoutant, je ne peux m’empêcher de sourire. Comment a-t-il pu réussir à perdre ce morceau ?  Mais que voulez-vois, la distraction, c’est une tare familiale: je ferais exactement comme lui si j’étais à sa place !

Je transfère mes trucs de mon sac à ma veste: gels, guenille (j’en ai toujours une, au cas où…). J’arrive à l’imperméable de secours. Vais-je vraiment avoir besoin de ce machin ?  Le soleil est bien fort, il fait chaud au point que j’insère maintenant de la glace dans ma casquette. S’il pleut, ça va seulement me faire du bien, non ?  Bah, au cas où j’en aurais besoin durant la nuit, aussi bien faire le transfert tout de suite.

Avant de partir, je reçois un ordre: « À Habron, je veux que tu sois en forme ! ». Habron, c’est Habron Gap, la prochaine station où je le reverrai, dans quelque 16 miles. L’an passé, Pierre et moi mous y étions présentés avec des airs de morts-vivants. Mon paternel ne veut pas revoir cette image. Chef, oui chef !

Et mes amis ?  Toujours ensemble, une demi-heure devant.

Ok, une section de route menant Veach Gap (mile 41.1) maintenant. Petite facile avant une des pièces de résistance du parcours.

Ho, mais c’est qu’il y a des foutues bonnes montées ici ! Aille, aille, j’avais effacé ça de ma mémoire, moi… De bonnes pentes, genre Vermont 100. Ouin… Bon ben, faut faire avec ! J’avance tout de même bien et dépasse quelques coureurs. Cette partie a été plus difficile que prévu, mais rien pour écrire à sa mère.

Tiens, le ciel s’est couvert et comme par magie, on sent que la température a commencé à descendre un peu. Pas que je vais m’en plaindre. En quittant le ravito, un bénévole nous crie: « 3 miles up, 3 miles on the ridge, 3 miles down ». Simple, non ? 9 « petits » miles pour arriver à Indian Grave (mile 50.1). Et comme je quitte, il rajoute: « The rain is gonna come down any minute ! ». Amenez-la votre pluie, elle ne me fait pas peur…

Ha, l’infernale montée à la sortie de Veach Gap. Elle peut se vanter de m’avoir fait mettre un genou à terre, celle-là. Mais elle ne m’aura pas deux fois !

Je grimpe bien, au point où je commence à me faire des idées. En effet, peut-être que je pourrais réussir à rejoindre mes compagnons et qu’on ferait un bout ensemble par la suite. Si ça va bien, pourquoi pas ?

À mesure que je gagne en altitude, un vent frisquet se fait sentir. Hum, pas désagréable. Au sommet, je me dis « Déjà ? ». Wow, déjà 3 miles de faits, plus que 6 !

En fait, je ne sais pas où le bénévole a pris ses infos, mais la partie sur la crête de la montagne est beaucoup plus longue que 3 miles. Elle ne finit plus de finir et comble de bonheur, elle est technique au possible. J’avance péniblement, hésitant, reprenant un semblant de rythme. Puis, la pluie se met à tomber. Légère au début, elle prend progessivement de l’intensité.

Voilà, je ne peux pas m’en sortir, je suis détrempé. Et sur la crête, nous sommes exposés au vent comme jamais. J’essaie de poursuivre malgré le fait que je commence sérieusement à me les geler, mais je finis par hisser le drapeau blanc: je vais devoir enfiler mon imperméable.

En fait, c’est un vulgaire poncho de secours qu’on peut se procurer dans une pharmacie pour la modique somme de 1$. Il y a juste un problème avec ces machins-là: c’est l’enfer de les enfiler.

Comme je suis (très) têtu, j’entreprends de me taper l’opération tout en marchant. Bon, il est où, le trou pour la tête ?  Ha, le semblant de capuchon est ici, ça doit être ça. J’essaie d’entrer ma tête par là et elle se retrouve… dans un trou où on devrait passer un bras ! J’essaie à nouveau, même résultat. Dans le trou pour l’autre bras ou le même trou ?  Aucune idée ! Tout ce que je sais, c’est qu’il n’y a pas de capuchon, alors ma tête n’est pas au bon endroit. Calv… !

Finalement, je me résous à arrêter et investir un peu de temps dans l’opération. On n’est pas à 2-3 minutes  près, n’est-ce pas ?

J’ai vraiment bien fait car ni la pluie ni le vent ne baissent en intensité. Cette protection de fortune n’est vraiment pas idéale pour courir, mais bon, sans elle, je risquerais l’hypothermie.

Un gars me rejoint et je lui fais part de mon « inquiétude » par rapport à la longueur que nous avons à parcourir sur la crête. Ne trouve-t-il pas que c’est un long 3 miles ?  Il me répond que le bénévole était probablement dans les patates, que nous avons plus 1.5 mile de montée, 6 miles de crête et 1.5 mile de descente à faire. Ouais, ça a de l’allure son affaire…

Arrive ce que je pense être le début de la descente. Ho que c’est compliqué ça mes amis: les possibilités de se péter la marboulette sont presque infinies !  Je descends donc prudemment (comme d’habitude) et une fois au niveau du plancher des vaches, attends avec impatience l’arrivée de la station. Après ce virage-là, oui, je me souviens. Hé non. Après celui-là ?  Nope. Cout’ donc, l’ont-ils oubliée ?

Finalement, des voix. Ha… J’ai un mince espoir de voir un de mes compagnons m’attendre, mais je ne me fais pas d’illusion: la crête et la descente ont été très difficiles pour moi, c’est plutôt improbable que je puisse leur avoir repris du terrain. En arrivant sur place, j’aperçois un gars qui porte un bandeau. Serait-ce Benjamin ?

Hé non. Ben ben, ça a l’air que je vais devoir me débrouiller comme un grand garçon pour la suite…

Massanutten – l’avant-course

« Nous sommes arrivés hier à 23h30. Quand nous sommes entrés dans notre sukkah, ça sentait le moisi et il y avait des milliers crottes de souris partout, même sur les lits. On en aurait eu pour au moins une heure à faire le ménage avant de peut-être pouvoir se coucher. On a décidé de laisser faire et d’aller à l’hôtel. On est au Holiday Inn Express à Woodstock. Vous voulez que je vous réserve une chambre ? » (citation approximative)

Hé, c’est notre hôtel ça !

Ben oui, je ne suis pas un « vrai » (mot que je devrais utiliser avec parcimonie, je crois ;-)) ultrarunner. En ce sens que bien que j’adore fraterniser avec les copains et que, suivant l’esprit de la course en sentiers, je ne compétitionne pas vraiment avec eux, je suis trop douillet et trop antisocial (certains diront « sauvage ») pour la vie minimaliste et en communauté que cet esprit implique.

Coucher dans l’humidité d’une tente ou dans une salle commune la veille de me taper 160 kilomètres à la course ?  Comme dirait l’autre, c’est trop pour moi. Mes comparses ont toute mon admiration d’être en mesure de le faire.

À Massanutten, les offres d’hébergement dépassent le camping classique. Comme le quartier général de la course est situé dans un camp de vacances, on y retrouve des cabins et des sukkahs (soit la misère et la grosse misère), endroits où on retrouve plusieurs lits. Les cabins ont l’eau, l’électricité et une toilette commune. Les sukkahs ?  Heu… Un toit ?  On dit qu’elles sont plus tranquilles. Je me demande bien pourquoi…

Avant la remise des dossards et suite au message que Sébastien avait envoyé aux quatre (Alexandre, Martin, Pierre et Stéphane) qui faisaient la route le vendredi, mon père et moi sommes allés visiter lesdites cabins.

Ouf, bien que celle que nous avons visitée n’était pas aussi « garnie » que la description que Sébastien en faisait de leur sukkah, j’aurais définitivement été trop douillet pour passer la nuit là. Lits superposés trop petits, sales et gorgés d’humidité, planchers en contre-plaqué datant de l’avant-guerre et, oui, on y retrouvait des dépôts provenant de rongeurs. À 30$ par personne par nuit, c’était tout simplement du vol.

De retour au quartier général, j’ai pris mon dossard et nous nous sommes installés sous la tente en attendant les autres et le début du briefing.

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Le classique « mug shot ». Maintenant je comprends pourquoi ils voulaient que je me place au-dessus du petit fanion au sol… (photo: Kevin Sayers)

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Devant le fameux « silo » qui, après réflexion, est fort probablement un ancien observatoire. En tout cas, ce serait un bon endroit pour en installer un, en plein milieu de nulle part…

Notre joyeux quatuor est arrivé avec une marge de manœuvre, autour de 15h45. Au point où, le briefing commençant avec un peu de retard, Pierre s’est même permis de se plaindre à la blague que ça prenait du temps.

Kevin, le directeur de course, s’est emparé du micro. J’adore son sens de l’humour. Il a le don de passer des infos qui ne seraient normalement pas intéressantes en y ajoutant sa touche toute personnelle. C’est donc dans la bonne humeur que le tout s’est déroulé. J’ai surtout retenu que la météo allait jouer au yo-yo le lendemain: fraîche en début de course, presque chaude en mi-journée pour être suivie de pluie et d’une baisse marquée de la température. La gestion de l’habillement allait jouer un rôle-clé.

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Avec mon père et Martin durant le briefing. Celui-là a le don de me faire rire à chaque fois qu’il ouvre la bouche. On en a la preuve ici… 🙂 (Photo: officiellement Kevin Sayers, mais bon, il était en train de jaser au micro, alors ce n’est certainement pas lui qui a pesé sur le piton)

Il manquait un gros morceau à ce briefing : Gary Knipling, la légende. J’ai vu qu’il était inscrit, mais il n’était pas là. Un bénévole en a fait allusion, disant porter un bracelet en son honneur. J’avoue que ça m’a inquiété. Il avait quelque chose, mais quoi ?  Un cancer ?  C’était ce qu’il y avait de plus plausible, dans les circonstances… Un Massanutten sans un fist bump de la part de Gary Knipling, c’est comme un Masters sans la présence d’Arnold Palmer. On sait que ça va arriver un jour, mais on se fait pas à l’idée que ça pourrait être cette année.

Toujours est-il que le briefing s’est terminé après quelques questions posées çà et là par des coureurs inquiets: dans quelles conditions sont les sentiers, quand les drop bags seraient-ils disponibles, etc. Honnêtement, malgré son humour, j’ai eu l’impression que Kevin n’était pas totalement «dedans» car ça m’a semblé beaucoup plus court que l’an passé. Et quand la bouffe est arrivée, tout le monde s’est garroché et à partir de là, l’assemblée était levée.

Pour nous, ça signifiait l’heure du retour à l’hôtel car, je le répète, je ne suis pas un « vrai » ultrarunner. Je ne me suis jamais résigné à manger autre chose que la bouffe de ma douce la veille d’une course. Pourtant, ce n’est jamais rien de compliqué : des pâtes avec une sauce toute simple à base d’huile d’olives. Mais bon, je ne veux pas faire des essais la veille d’une course, alors…

En tout cas, ce n’est pas autour de l’hôtel que j’aurais pu tenter des expériences culinaires par ce beau vendredi soir. Ha, il y avait bien des restos tout autour, mais tous du genre très « américain » : McDonald, Burger King, Taco Bell, PFK, Wendy’s, Pizza Hut. Après ça on se demande comment il peut y avoir une véritable épidémie d’obésité au sud de la frontière…

J’ai tout de même fait quelque chose de différent en cette veille de course: j’ai succombé à l’appel du houblon.  Je l’avais fait à Washington avec des résultats pour le moins surprenants, alors pourquoi ne pas tenter ma chance ici ?  C’est quoi le pire qui pouvait m’arriver ?  Que je me plante le lendemain ?  Ce ne serait certainement pas une bière qui allait faire tout basculer.

Nous avons eu à peine le temps de terminer notre souper que nous avons entendu parler français dans le corridor : les 4 joyeux lurons étaient dans la chambre en face de la nôtre !

Vous allez dormir à 4 ici ?  Voilà, c’est confirmé: je ne suis définitivement pas digne d’être appelé un ultrarunner. J’aime bien mes compagnons de course, je les aime beaucoup même, mais de là à partager un lit double avec l’un d’eux… Moi, sentir le frottement des pieds d’un autre sur mes jambes, bof… Traitez-moi de vieux garçon si vous voulez, mais à part ma tendre moitié, il n’y a personne avec qui j’ai envie de vivre ça. Ok, à la limite, vraiment mal pris, j’accepterais peut-être Magalie Lépine-Blondeau. Peut-être. Savez-vous si elle fait des ultras ?

Mais bon, ça n’avait pas l’air de les déranger outre mesure. Quoi qu’à les voir trinquer leur IPA, peut-être qu’après tout…

Stéphane m’a demandé mes objectifs. Heu, bonne question !  Après réflexion, j’aurais aimé au minimum le finir, bien évidemment. Ensuite, j’aurais visé de faire un meilleur temps qu’en 2015. Descendre sous les 26 heures était selon moi atteignable, surtout que la température allait être plus clémente. Sous les 24 heures ?  Ce serait le nirvana !  Côté classement, un top 20 ?  Possible, surtout qu’on a fini en 23e position l’an passé. À voir.

Après notre « petite » jasette (à un moment donné, nous étions 8 dans la chambre), ce fut la courte nuit et maintenant à 2h45, il est l’heure de partir pour Caroline Furnace. Étonnamment, le stationnement de l’hôtel est plein à craquer, preuve que beaucoup de gens s’y arrêtent pour passer la nuit (c’est tout juste à côté de l’autoroute). Comme nous rangeons nos choses dans le RAV4, un gars arrive et commence à faire de même dans l’auto stationnée tout juste à côté. Il s’en va à la même place que nous, celui-là !  Ça me rassure un peu de savoir que je ne suis pas le seul freak de la ponctualité qui s’arrange toujours pour être vraiment d’avance. Vous savez, au cas où qu’il y aurait un imprévu dans les imprévus…

Le sinueux chemin qui nous mène au départ est (ho surprise) désert. Après avoir évité renards et chevreuils, nous arrivons au départ qui bourdonne déjà d’activité. Comme il fait frais, presque froid (environ 8 degrés), mon père va demeurer dans l’auto durant mon « éclipse » dans les boîtes bleues. Je le rejoindrai plus tard et c’est de là que nous attendrons.

3h45, nous nous dirigeons à la tente. Après l’enregistrement, je retrouve mes amis. Pierre n’a pas son sourire détendu habituel et pour cause: son sac d’hydratation a une fuite. Après quelques recherches, il n’a pas trouvé de moyen pour le réparer. Je lui offre du duct tape, mais il est trop tard, mon père n’aura pas le temps d’aller le chercher au RAV4 avant le départ. Peut-être au premier ravito, à Edinburgh Gap ?

J’avoue que je me fais un peu de souci pour mon partner. Lors de notre dernière sortie ensemble, il en avait arraché, au point d’arrêter après 19 kilomètres. Bon, il avait gros rhume, mais il ne m’était pas apparu à son top lors du fat ass non plus. Ajoutez à ça qu’il n’a pas fait son volume d’entrainement habituel et bon, je me demande comment il va s’en tirer ici. Bah, au pire pour lui, il devra s’accrocher à moi comme je me suis accroché à lui l’an passé.

Pour ma part, côté équipement, j’ai décidé de partir avec ma ceinture à la taille avec deux bouteilles à la base du dos. Sur ce parcours, je préfère avoir les mains libres et je me dis que s’il devait faire chaud, je ne serais pas «emprisonné» dans ma veste. Le plan est d’enfiler ladite veste à Camp Roosevelt (mile 63.9) ou au mieux, à Gap Creek I (mile 69.6), en vue de la nuit. Dans mes pieds, mes Skechers GOtrail Ultra 3 qui ont passé les tests que je leur ai imposés avec les grands honneurs. Malgré l’épaisseur de leur semelle, ils sont très stables et en plus, côté confort, ils sont incroyables. Aussi, ils m’ont prouvé leur efficacité sur la roche mouillée, un incontournable ici. Je porte également le couvre-chef de la compagnie, mais malheureusement pas la camisole, qui n’est pas conçue pour porter une veste (et qui ne me va vraiment pas bien, pour être bien honnête). Quant aux shorts, je n’ai pas eu l’occasion de les tester sur une longue sortie, alors ce n’est pas le moment de faire des essais. Pas vraiment envie de me retrouver les parties intimes à vif avant la nuit, mettons…

Tiens, voilà Gary Knipling !  Il est en grande conversation avec un coureur et abhorre son légendaire sourire. Ses traits sont tirés, mais son visage n’est pas amaigri. Peut-être que ce qu’il a n’est pas si grave après tout. En tout cas, il ne prendra pas le départ car il porte une bonne vieille paire de jeans.

La température froide rend l’ambiance un peu étrange. En effet, personne ne sort de la tente, malgré le fait que le départ est dans moins de 3 minutes. Et comme on n’est pas dehors, on ne sent pas d’empressement ou de nervosité d’avant-course. Et pourtant…

En tout cas, pas moyen de faire la photo « pendant qu’on a le sourire » devant l’horloge comme l’an passé, on va faire ça à l’intérieur:

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La délégation québécoise (presque) au grand complet: Sébastien, moi, Stéphane, Martin, Pierre et Benjamin avant le départ. Ne manque qu’Alexandre, aux prises avec une « urgence » de dernière minute ! 😉

Puis, mon père me souhaite bonne chance et me dit de m’amuser. Je lui réponds tout simplement « Merci » en le serrant contre moi. Je suis vraiment content qu’il soit là. Contrairement à l’an passé, je suis serein. Je sais ce qui m’attend et malgré mes objectifs, je ne me suis mis aucune pression. Je vais prendre les roches une à la fois. Les blessures ?  Tout est sous contrôle. Le sciatique est rentré dans l’ordre juste à temps, la cheville se tient tranquille. Il y a bien le genou droit qui est endolori suite à mes premières sorties de vélo (ben oui, certains laissent la course pour le vélo à cause de problèmes aux genoux et moi, je fais le contraire), mais il devrait tenir. Il va tenir.

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Plus quelques secondes…

Kevin égrène les secondes et c’est parti. Mon onzième ultra, mon quatrième 100 miles est maintenant commencé.

Semaine de loterie

Cette semaine, la fameuse loterie Powerball était partout dans les médias. C’était purement et simplement la folie, au point où nos compatriotes se sont garrochés dans les dépanneurs  situés tout  juste au sud de la frontière. On rapportait jusqu’à une heure d’attente à certains endroits. Attendre une heure pour un billet de loto ?  Wow.

Dans le petit monde des ultras, c’était aussi semaine de loterie. Et dans mon cas, c’était deux fois plutôt qu’une.

Tout d’abord, en arrivant à la maison mardi, je me suis précipité sur les cotes de la Bourse. En fait, tout comme l’an passé à pareille date, c’était seulement la valeur du Dow Jones à la fermeture des marchés qui m’intéressait. La raison ?  Pour savoir si j’allais faire partie du contingent de coureurs qui allait se lancer à l’assaut du diabolique parcours de Massanutten dans 4 mois (j’ai déjà résumé un peu le processus légèrement compliqué de la loterie de cette course ici).

Pour dire la vérité, je n’avais pas vraiment à m’en faire. En effet, si on se fie aux années passées, il n’est jamais arrivé qu’un finisher d’une précédente édition se retrouve le bec à l’eau à la fin du processus d’inscription. C’est qu’il y a tellement de gens qui s’inscrivent à la loterie pour ensuite reculer, qui omettent de payer à temps, qui se retirent pour diverses raisons, etc. que beaucoup de coureurs qui se retrouvent initialement sur la liste d’attente finissent par prendre le départ de la course. Et comme les finishers ont priorité sur ceux qui n’ont jamais terminé l’épreuve quand vient le temps de piger parmi les « perdants » de la loterie pour combler les places laissées vacantes, mes chances (façon de parler) de prendre le départ étaient excellentes de toute façon.

Mais je préférais être fixé tout de suite et je l’ai été : tout comme l’an passé, j’ai été pris au premier tour. Donc, dossier réglé : à la mi-mai, je passerai une journée complète, et même plus, à sacrer après les roches.

Le lendemain matin, au réveil, autres résultats de loterie. Cette fois-ci, c’était en vue de l’UTMB. Bien que cette course me fiche la trouille, j’y tenais beaucoup. Le parcours mythique, les Alpes, l’ambiance à Chamonix…  Barbara et moi nous étions fait un paquet de scénarios quant à savoir ce que nous irions visiter après : la Suisse, le sud de la France, le nord de l’Italie ?  Plein de possibilités.

Puis j’ai vu « Refusé » à côté de mon nom. Flûte-caca-boudin !  Ce sera pour une prochaine fois.

Quelques heures plus tard, j’étais inscrit à l’Eastern States. Oui oui, le 100 miles qui se court en Pennsylvanie, dans la canicule du mois d’août, dans un état où il est mission impossible d’acheter de la bière. Sur un parcours qu’on dit plus difficile que Massanutten. Pensez-vous que ça se soigne ?

Parlant de soigner, j’ai eu un retour du médecin cette semaine, rapport à la torture que j’ai eu à subir (les gens normaux appellent ça des prises de sang) avant les Fêtes. La secrétaire m’a tout simplement dit que « le médecin voulait me revoir d’ici deux mois pour un suivi ». Parait-il que je dois la revoir, mais qu’elle a d’autres suivis urgents à faire avant, alors elle ne veut pas me voir avant une semaine ou deux.

Ça veut dire quoi, ça ?  La secrétaire m’a assuré que vu que ce n’était pas urgent, ça ne pouvait pas être grave. Ha oui ?  Et comment puis-je être certain de ça, moi ?  C’est quoi cette manie qu’ils ont d’en dire juste assez pour nous énerver, mais pas plus ?  Calv… !!!

Bon, revenons à nos moutons. Quand Pat a franchi la ligne d’arrivée à Massanutten en 2013, il était seulement le deuxième Québécois à le faire et le premier en 13 ans. En 2015, Joan a été le troisième à réussir à dompter la bête et, quelques heures plus tard, Pierre et moi l’avons suivi.

J’ai fait un petit survol de la liste des « gagnants » en vue de la course de cette année. En tout, nous sommes 8 Québécois. Ajoutez à ça les 4 qui sont sur la liste d’attente et qui, s’ils sont patients, devraient eux aussi être mesure de prendre le départ. Donc, potentiellement, nous pourrions être 12 de la belle province, soit 3 fois plus que l’an passé.  En tout cas, Gary Knipling n’a pas fini d’entendre parler « some kind of French » sous la tente la veille de la course ! 🙂

Quant à l’UTMB, la présence québécoise y est plus soutenue depuis quelques années et 2016 ne fera pas exception.

La tendance observée ces dernières années semble donc se confirmer: notre sport, bien qu’il serait ennuyant à mourir à suivre à la télé, gagne rapidement en popularité ici. Et cette popularité risque d’être accompagnée d’une émergence de coureurs de haut niveau. Les prochaines années risquent d’être très intéressantes à suivre…