Vraiment cheap

Avertissement: ce billet contient encore des propos négatifs concernant un événement d’importance au Québec. Nous préférons vous en avertir.

J’ai sursauté en lisant ceci ce matin: les 12 coureurs et coureuses qui se sont mérité une bourse lors des différentes épreuves du Marathon de Montréal n’ont pas encore reçu un sou de la part de Competitor Group, la compagnie américaine propriétaire de l’événement.

En effet, en date d’aujourd’hui, aucun chèque n’a encore été émis. Dans le genre faire « ti-coune », c’est dur à battre. Il n’y a pas à dire, ces gens-là ont un véritable talent: ils réussissent à faire parler en mal d’eux même si ça fait plusieurs semaines que la course est chose du passé. Avouez qu’il faut le faire ! Déjà que lesdites bourses avaient été réduites à des montants dérisoires, ils ont maintenant le culot de retarder les paiements. Émettre des chèques, est-ce si compliqué ?  S’ils sont assez gratteux pour ne pas les donner sur place, la moindre des choses serait de les envoyer par la poste. Ne venez pas me dire qu’ils n’ont pas les adresses des gagnants, chaque coureur doit fournir la sienne avec son inscription.

Selon l’article, le journaliste de La Presse a contacté un représentant de Competitor Group qui a dit qu’il allait vérifier la cause des délais. On dirait que ça a fait bouger les choses car une quarantaine de minutes plus tard, les boursiers recevaient par courriel un formulaire à remplir pour de pouvoir recevoir leur bourse. Quoi, un formulaire pour recevoir une bourse ?  Est-ce vraiment nécessaire ?

Pourtant, le tout se fait en trois étapes faciles: faire un chèque, le mettre dans une enveloppe, poster l’enveloppe. Si l’organisation du Vermont 50 l’a fait pour moi, cette grosse boîte à siphonner de l’argent est bien capable de le faire pour les 12 personnes concernées.

Ce soir, j’ai entendu David Savard-Gagnon, le gagnant du marathon,  à la radio. Pas très loquace, le gars. Pas du genre à crier haut et fort pour revendiquer ce qu’on lui doit. Mais il nous a tout de même appris une chose qu’on ne retrouve pas dans l’article: le gagnant de 2012 a dû attendre jusqu’en juillet 2013 avant de recevoir son argent. 10 mois de délais !

Vous devinerez que je trouve une telle situation scandaleuse. Et ce n’est pas pour améliorer la réputation de notre marathon. Après avoir écoeuré l’élite internationale « B » ou « C », ces gens-là se permettent maintenant de faire de même avec l’élite locale. Savard-Gagnon ou les autres n’attendent évidemment pas après cet argent pour vivre. Mais cette compagnie-là n’a-t-elle pas d’honneur ?  Le jour où le marathon se gagnera en plus de 3 heures parce que les meilleurs d’ici préfèrent aller se faire voir ailleurs, ils vont avoir l’air de quoi ?

Retenir les bourses dans l’espoir qu’elles ne soient pas réclamées (parce que ça ressemble vraiment à ça), je ne sais pas si j’ai déjà vu plus cheap de toute ma vie.

Ils ne sont pas près de me revoir

« Ça va certainement t’inspirer un article, hein ? »

Barbara venait de lire la chronique du jour d’Yves Boisvert sur le Marathon de Montréal. Je l’avais déjà lue.

Selon monsieur Boisvert, le groupe Competitor, propriétaire du Marathon depuis deux ans, a poussé la soif du profit à l’extrême limite pour l’édition de dimanche en coupant dans les dépenses et les services au coureurs tout en continuant de charger des montants prohibitifs pour l’inscription.

Des exemples ?  Tout d’abord, l’absence d’une élite digne de ce nom. Car si les Québécois ont monopolisé les podiums, il y a une bonne raison : l’organisation a décidé de ne payer ni de cachets, ni les dépenses des coureurs d’élite. Dans la même veine, les bourses aux premiers de chaque épreuve ont été tout simplement charcutées. Ainsi, le vainqueur, David Savard-Gagnon, a récolté 1500 $ pour ses efforts alors qu’il y a deux ans, c’est 10000 $ qui avaient été remis au Kenyan Luka Kipkemoi Chelimo pour sa victoire.

Ça, c’est supposément pour mettre l’accent sur le volet participatif de l’épreuve. Si au moins c’était vrai. Les inscriptions sont toujours aussi dispendieuses (50 $ pour le 5 km !) et pourtant, si on se fie à ce que monsieur Boisvert écrit (et ça m’a été confirmé aujourd’hui par un collègue de travail), il ne semblait pas y avoir plus de toilettes au départ que jadis, quand je faisais partie de la fête. Pourtant, à l’époque, il y avait moins de participants, sans compter que le marathon et le demi partaient espacés de 90 minutes dans le temps. L’affluence pour les petits besoins nerveux d’avant-course était donc forcément moindre et ça n’empêchait pas que plusieurs (dont moi) allaient se soulager dans les buissons pour éviter les interminables attentes. Alors j’ai peine à imaginer ce que ça devait avoir l’air dimanche…

Mais il y avait une façon d’éviter ça. Hé oui, moyennant la modique somme de 5$, les participants pouvaient se prévaloir d’un accès VIP aux toilettes. Je vous suggère fortement de lire la chronique de Boisvert, ne serait-ce seulement que pour cette partie: je ne pourrais définitivement pas mieux exprimer ce que j’en pense !

Autre irritant majeur: un point d’eau autour du 30e kilomètre qui a manqué… de verres !  Quoi, manquer de verres à un point si stratégique sur le parcours ?!?  Puis-je vous rappeler qu’il faisait frais et que le temps était couvert dimanche ? Une journée idéale (si on enlève la pluie) pour courir. Il serait arrivé quoi s’il avait fait le moindrement chaud ?  On s’enlignait sur un désastre, c’est certain. Déjà que le Marathon de Montréal est le plus avare que j’ai connu au niveau du nombre de points d’eau sur le parcours, ils se permettent en plus de manquer de verres ?  Dans le genre faire « amateurs », c’est dur à battre. Et c’est inacceptable.

Mais ce qui m’a le plus dérangé, c’est le fait qu’aucune couverture en aluminium n’était disponible pour les concurrents à l’arrivée. Ça, c’est tout simplement inadmissible. Il faisait frais, le temps était maussade. À la fin d’une longue course, le corps du coureur refroidit très rapidement, surtout par de telles conditions. À mon sens, c’est un manque total de respect de laisser des concurrents qui ont payé une centaine de dollars pour être là congeler sur place pendant qu’ils attendent leurs effets personnels.

Tout ça s’ajoute à un autre petit détail qui me chicotait déjà: le chiffre 32000 qu’on nous a servi ad nauseam dans les différents médias. « 32000 coureurs au Marathon de Montréal » qu’on pouvait lire ou entendre un peu partout. Certains prenaient soin de spécifier que ce nombre correspondait au total des participants de toutes les épreuves de l’événement, mais la grande majorité omettait de préciser que seulement environ 3000 de ces personnes prenaient part à l’épreuve-reine. J’ai même entendu le commentateur sportif Mario Langlois dire sur les ondes de 98.5 FM que David Savard-Gagnon « a été le premier des 32000 coureurs à franchir la ligne d’arrivée ». Vous allez me dire que les « experts » en sport, au Québec, quand on les sort du merveilleux monde du hockey, leurs connaissances… Mais il me semble qu’il y a des limites à dire des âneries quand on ne sait pas de quoi on parle.

Je crois sincèrement que cette confusion fait bien l’affaire de l’organisation. Ainsi, quand les gens font la comparaison avec les grands marathons, ils se disent : « On n’est pas si loin». Et pourtant, il y a un monde de différence et ça, il n’y a personne qui se donne la peine de l’expliquer. Heureusement cette année, je n’ai pas entendu notre ami Bruny Surin (que j’adore, soit dit en passant) nous dire que notre marathon était juste une coche en-dessous de Boston ou Chicago…

Ma conclusion : moi qui avais déjà une (grosse) dent contre notre Marathon, ils ne sont définitivement pas près de me revoir !

Je voudrais toutefois terminer le tout sur une note positive. Car peu importe à quelle épreuve prenaient part les 32000 personnes qui étaient là dimanche, le seul fait qu’elles aient pris la peine de s’inscrire, s’entrainer et se déplacer pour y être fait énormément plaisir. C’est dire à quel point les gens ont leur santé à cœur. Et ça, c’est tellement beau à voir… J’espère seulement que les nombreux faux-pas de l’organisation ne viendront pas décourager ces personnes et qu’elles continueront à pratiquer ce merveilleux sport, à la fois si simple et si satisfaisant.

Toutes mes félicitations à tous et à toutes !