Quarante-quatre

Quarante-quatre. C’est le nombre de fois que la terre a fait le tour du soleil depuis ma naissance. Le chiffre me semble énorme. C’est deux fois 22. Il y a 22 ans, j’étais à l’université, époque qui ne me semble pourtant pas si lointaine… Le jour de ses 44 ans, Bourassa n’était même plus premier minstre du Québec (pour la première fois en tout cas). Quant à Kennedy, il était déjà à la Maison-Blanche. Wow, ce que je peux être vieux…

Karnazes avait cet âge quand il a fait son 50-50-50, alors inspiré par lui, je me suis dit que j’allais célébrer ça en grande: 44 kilomètres au mont St-Bruno. Au diable les programmes d’entrainement du marathon qui nous limitent à 32 (programmes que je ne suis plus depuis belle lurette de toute façon) !  Il faisait froid ?  Il ventait ?  So fucking what ?  Ça fait plus que trois mois qu’il fait froid et qu’il vente, je n’allais pas me laisser arrêter par ce léger détail.

Comme on dit, l’enfer est pavé de bonnes intentions. Après quelques hectomètres, j’ai dû me rendre à l’évidence: la surface n’était peut-être pas adéquate pour y courir plus qu’un marathon. Les températures plus douces des jours précédents avaient transformé la neige tombée mercredi-jeudi en belle slush qui s’était empressée de se métamorphoser en glace lors du retour des froids polaires (bon, j’exagère, je sais…). De la glace très raboteuse et bien dure. J’avais beau porter mes crampons, c’était plutôt casse-gueule. En plus, les chevilles, les genoux et les hanches étaient sollicités comme jamais ils ne le sont sur la route ou même, en sentiers.

Je ne cessais de me répéter la maxime de Seb: “Il faut accepter d’aller moins vite”. En fait, ce n’était pas si difficile si je voulais éviter de me péter la marboulette dans les descentes ou même sur le plat. Je réussissais tout de même à faire monter le compteur. J’étais rendu à 22 quand un préposé du parc m’a arrêté pour une vérification de “titre de transport”.

Non, ce n’était pas mon super conducteur de pick-up préféré… Heu, tu me niaises, Chose ?  Il ne me niaisait pas. Je l’ai, ma petite carte, mais elle est loin, dans ma veste d’hydratation, seul accessoire qui m’accompagne en tout temps quand je viens ici. Sauf que par grand froid, j’enfile ladite veste sous mon coupe-vent, question d’éviter que le tube gèle.

Rien à faire, fallait que je lui montre ma petite carte. Je devais avoir l’air du gars qui essayait d’étirer le temps dans l’espoir que le préposé le croit sur parole… Commence par enlever la Garmin, puis enlève le coupe-vent. Garroche le coupe-vent par terre, entends la Garmin qui démarre. Cherche la Garmin pour l’arrêter. Trouve la Garmin. L’arrête. Enlève la veste d’hydratation (parce que bien sûr, la petite maudite carte n’était pas dans les poches avant, ça aurait été trop simple !). Commentaire du préposé: “C’est vrai qu’elle est loin…”. Ouais et moi je suis trempé de sueurs et en train de congeler au vent parce que je suis en train de me foutre à poil. Criss d’hiver !

Finalement, le Saint Graal était là où je pensais (j’ai douté quelques instants). 15 secondes plus tard, la vérification était faite et on me la remettait. Tout ça pour ça ?  Tabar… !

Mais bon, je ne me suis pas laissé démonter par cet incident et ai poursuivi mon chemin. Oui, il faisait froid et c’était venteux, mais le soleil de mars faisait son oeuvre. En fait, c’était une foutue belle journée !  Autour du 33e, mon genou gauche s’est mis à se lamenter un peu et j’ai décidé d’être sage. Mes jambes avaient assez travaillé pour la journée. Une petite boucle supplémentaire et j’allais plier bagage.

Au début de mon 37e et dernier kilomètre, je courais sur la piste de raquettes, en plein milieu d’un champ. Je sais que ce genre “d’illumination” m’arrive souvent et que je vous ai déjà fait part à plusieurs reprises sur ce blogue, mais ça m’a encore foudroyé: c’était fou à quel point je me sentais bien. Aucune âme qui vive en vue, le silence brisé par le seul bruit de mes pas sur le sol glacé, le soleil printanier qui réchauffait mon visage (après ça, le monde se demande pourquoi je suis bronzé à longueur d’année; duh !). Ça faisait plus de 3 heures que je courais et j’en aurais pris encore. J’ai écarté les bras et fermé les yeux, savourant ces moments magiques. Je n’existais pas, je vivais.

Certains ne voient pas d’autre façon que se saouler la gueule pour souligner le jour de leur anniversaire. D’autres choisissent d’aller se faire dorloter au spa. Pour ma part, je n’arrive vraiment pas à trouver comment j’aurais pu faire quelque chose d’autre qui m’aurait fait autant de bien et m’aurait donné autant de plaisir.

Advertisements

Courir en hiver: s’adapter à la surface

Aujourd’hui, suite sur le thème « Courir en hiver »: la surface.

C’est de loin ce que je trouve le plus difficile durant la saison froide. Comme je disais hier, le froid, je suis capable de m’y faire. Et je suis même chanceux de ce côté: pas de problèmes respiratoires, pas de goût de sang dans la bouche (ouais, ça a l’air que ça arrive…) non plus. Évidemment, par grands froids, mes poumons ont plus de difficulté à faire leur travail, mais vraiment rien pour m’arrêter de courir.

La neige, par contre… En fait, ce n’est pas la neige en tant que tel qui me dérange, mais ce que l’activité humaine en fait. Le passage a répétition des voitures la fait se transformer en belle gadoue, les trous d’eau sale se multiplient, l’enfer. Mais la pire surface que je connaisse, c’est l’espèce de « cassonade » qui se développe suite à une bonne bordée. Je ne sais pas d’où ça vient, mais dans certaines conditions, on dirait qu’à force de se faire brasser par les autos, la belle neige devient granuleuse et prend une horrible couleur beige. Et comme en plus de la couleur, elle prend également la texture de la cassonade, je lui ai donné ce surnom. Quand on se déplace (on se peut pas utiliser le verbe « courir dans ce cas-ci) là-dedans, on a l’impression d’être dans le Sahara. Tout ce qui plie dans le bas du corps (chevilles, genoux, hanches) commence alors une série de torsions inhabituelles et le débit de mots religieux sortant de ma bouche atteint des sommets qui ne sont égalés que lorsque je fais de la peinture ou installe un luminaire.

Pour la glace, il n’y a malheuresement qu’une seule chose à faire: l’éviter et attendre soit l’épandage d’abrasifs, soit le retour du printemps. Il n’y a pas de miracle…

De plus, à mesure que l’hiver avance, l’accumulation de neige sur les côtés des rues les fait rétrécir, faisant passer la cohabitation avec la circulation automobile d’acceptable dans le meilleur des cas, à impossible en certaines occasions.

Bon maintenant, qu’est-ce que je porte comme chaussures pour me rendre le tout un tantinet moins désagréable ?  Hé bien justement, j’ai toujours porté la même chose, hiver comme été. Je me suis aussi déjà procuré des « grappins ». Ceux que j’avais étaient comme des ressorts métalliques tenus ensemble par des bandes en caoutchouc. Faciles à installer, leur efficacité était remarquable sur la neige tapée et dans une certaine mesure, sur la glace. Par contre, ils étaient carrément inutiles dans la neige folle, la gadoue et bien sûr, la « cassonade ». Si j’en parle au passé, c’est que je les ai « scrappés » à force de courir sur l’asphalte avec. Parce que oui, la surface sur lacquelle on doit courir l’hiver varie, alors on n’a pas nécessairement envie de se geler les mains pour enlever/remettre les grappins à chaque fois.

Donc, bien que je m’en sois procuré une autre paire depuis, je ne les enfile plus et prie à chaque fois pour que la surface de course soir adéquate. Et j’essaie de me consoler en me disant que lorsque je cours sur la neige bien tapée, ça va moins vite, mais c’est moins dur pour mes articulations.

J’ai toutefois une lueur d’espoir pour cet hiver. En effet, je suis désormais l’heureux propriétaire de souliers de trail et à voir l’efficacité que ces derniers ont sur la roche glissante et dans la boue, j’ai bien hâte de voir comment ils vont se comporter dans la neige. Prions le Seigneur…