Course islandaise: Skogafoss

WOO-HOU !  WOOOU-HOOOU !!!

Ces cris qui sortent de ma bouche, ils viennent de loin. De très loin. Ça doit bien faire une douzaine d’années qu’ils sont en « préparation » et là, ils sortent tout naturellement. Des cris de pure joie, de pur bonheur.

C’est que voyez-vous, vers le milieu de la dernière décennie, mon grand ami d’enfance était posté en Suède avec sa petite famille. À maintes reprises, ils nous ont invités à aller les visiter. Imaginez: pouvoir visiter un pays scandinave sans avoir à payer le moindre sou pour l’hébergement. Quoi demander de mieux ?

Malheureusement, à l’époque, la santé de ma douce était… chancelante, si je peux m’exprimer ainsi. La maladie l’obligeait à demeurer à la maison et les douze heures de sommeil qu’elle prenait quotidiennement lui permettaient à peine de fonctionner le reste du temps. Vous devinerez donc que les longs voyages, ce n’était tout simplement pas envisageable.

À peu près à la même époque (est-ce une coïncidence ?  Je ne peux pas dire…), je me suis mis à la course. Pour moi, l’objectif était clair: j’allais faire un marathon un an plus tard.

Marathon il y a eu. Vous connaissez la suite: d’autres marathons, puis après quelques années, les ultras, le tout entrecoupé de blessures, etc. Pendant ce temps, un nouveau médicament avait commencé à faire son effet de telle sorte que, voulant profiter au maximum de cette « fenêtre d’opportunité » qui s’offrait à nous (lorsqu’on doit dealer avec une maladie chronique, on apprend vite à prendre le peu qu’elle nous donne), nous avons développé une véritable passion pour les voyages. Et par la bande, je me suis mis à chérir les opportunités de courir dans des endroits nouveaux.

Durant une tournée des trois sommets suite à son retour d’Islande, Pierre m’avait parlé d’un endroit très particulier: la chute Skogafoss. Je le cite approximativement ici: « Les touristes arrivent en bas, ils prennent 15-20 photos devant la chute, puis ils s’en vont. Pourtant, si tu te donnes la peine de monter les marches, non seulement la vue de la chute y est superbe, mais il y a un sentier qui mène à une autre chute. Puis une autre un peu plus loin. Puis une autre. Encore une autre. Et une autre. Au total, il y a une vingtaine de chutes à voir pis y’a presque personne ! »

Superbe Skogafoss…

Fallait que je vois ça.

Nous avions commencé notre journée par aller visiter la fameuse épave du DC3 échoué sur la plage. Au total, ce sont entre 7 et 8 kilomètres de marche qu’il faut se taper pour « l’admirer ». Facile, vous dites ? Pas dans des conditions météo typiquement islandaises: 2-3 degrés, des vents à 55 km/h avec rafales à 75 (non, je n’exagère pas), les averses de neige alternant périodiquement avec de rares percées de soleil.

La fameuse carcasse du DC3. Cette photo a été prise à peine deux heures avant la précédente. Quand je dis que le climat islandais est un tantinet changeant…

Bref, médicament efficace ou pas, c’était le gros effort physique que Barbara allait pouvoir se taper pour cette journée. Je suis donc parti en éclaireur, prenant d’assaut les 428 marches (certains sites parlent de 500, je ne les ai pas comptées), pour voir si ça valait la peine qu’elle revienne pour les monter le lendemain.

Je dois vous faire une confidence ici: je me suis un peu bidonné dans la montée. Les touristes sont relativement jeunes en Islande, alors de voir des petits coqs tenter de se faire l’ascension au pas de course… Allant à mon rythme habituel en montée, je les ai rattrapés un à un. Les entendre souffler péniblement alors que le vieux passait sans ralentir ?  Priceless !  🙂

Arrivé en haut, j’ai découvert les chutes « secondaires » dont mon ami m’avait parlé. Elles sont magnifiques. Et même si le sentier était fermé au bout de la troisième ou quatrième, ça valait lle coup qu’on revienne le lendemain pour que Barbara voit ça.

Une des chutes « secondaires ». Pas mal, hein ?

Comme je retournais vers l’escalier pour descendre, j’ai croisé un couple qui arrivait à la course d’un autre sentier. Moi qui suis habituellement trop antisocial pour parler aux étrangers, fallait que je sache: est-ce que ça va loin ?

« C’est un vieux chemin. Oui, c’est pas mal long, vous pouvez aller y marcher, c’est très beau. »

Ho que non: j’irais le courir !

Je me suis donc retrouvé le lendemain, encore une fois au pied des marches. Barbara irait prendre des photos des chutes « secondaires » et moi, j’irais découvrir ledit vieux chemin.

Dès que je l’ai commencé, je me suis retrouvé seul. Un vieux, très vieux chemin de terre et de pierre qui montait, montait… Mais qu’est-ce qu’ils foutaient avec ce chemin ?  Il n’y a pas un véhicule autre qu’un tank qui pourrait passer ici. Pas étonnant qu’il soit laissé à l’abandon… à la grande joie du coureur.

Monte, monte encore. La pente n’était pas trop abrupte, mais quand même… Peu importe où je regardais, la vue était magnifique. Des bouts, je me demandais si je n’étais pas en train de rêver.

Puis, je suis arrivé à un endroit à partir duquel le chemin était enneigé. Il faut dire que nous avions subi des averses de neige à tous les jours depuis notre arrivée et ce matin n’avait pas fait exception. En fait, il s’agissait plutôt de petits grêlons qui fondaient en quelques minutes une fois l’averse terminée. Mais là où je me trouvais, il faut croire qu’il faisait en-dessous du point de congélation…

Paysage lunaire dans la montée.

Au bout d’un certain temps, je me suis rendu compte que si je poursuivais ainsi, je risquais de dépasser l’heure de rendez-vous pour le retour. Demi-tour donc.

Me disant que si je me plantais, j’aurais bien des chances de mourir d’hypothermie avant que quelqu’un finisse par me trouver, j’ai tout d’abord joué de prudence dans la descente. Surtout que je suis pris avec une labyrinthite qui n’en finit plus de finir. Puis progressivement, je me suis laissé aller.

Et c’est là que c’est arrivé: j’ai ressenti un sentiment de liberté totale. Les enjambées s’enfilaient les unes après les autres, sans effort. Je repensais à toutes années passées à combattre cette maudite maladie et je remerciais le ciel pour cette rémission (ils appellent ça comme ça pour l’arthrite) qui nous permettait d’être ici, maintenant.

Et j’ai crié. Une, deux, trois fois. À m’en faire mal à la gorge.

WOOOU-HOOOU !!!

Bon, personne n’a pu m’entendre, mais on dirait bien que les dieux n’appréciaient guère ma voix mélodieuse puisqu’au moment même où je suis pour en pousser un autre, une tempête de grêlons commence à s’abattre sur moi.

Je ne peux m’empêcher d’en rire. Ok, c’est beau, j’ai compris, j’arrête… Non mais, j’arrête, je vous dis ! Rien à faire, la tempête se poursuit.

Ouch ! C’est que ça pince, ces petits maudits morceaux de glace tombés du ciel. Ayoye bout de viarge !

Pas le choix, malgré le vent de face à écorner un boeuf, je dois ramener la visière de ma casquette vers l’avant et couvrir mon visage avec ma main gantée. Essayez de descendre un vieux chemin cabossé et enneigé avec une main devant le visage…

Puis, comme elle a commencé, la tempête s’arrête. À peine quelques minutes plus tard, je me retrouve à nouveau sur la partie du chemin où il n’y a pas de neige. Est-ce qu’il est tombé de la schnoutte ici ou c’était vraiment une volonté de dieux de me faire taire en m’envoyant une averse très localisée ?  Je ne le saurai jamais.

Devant moi, la montagne et à ses pieds, la plaine qui va jusqu’à l’océan tout près. Ha les vues ici…

Arrive un passage plus technique. Je ralentis, pas le moment de me péter la gueule. Puis quand la pente d’adoucit à nouveau, je reprends de plus belle. Les chute sont proches, je les entends d’ici…

Se produit alors une scène qui m’est maintenant trop familière: mon pied butte sur une roche anodine, un « toc » sec se fait entendre. Comme à chaque fois, l’espace d’une fraction de seconde, je pense pouvoir rattraper la situation. Comme à chaque fois, je me retrouve face contre terre. Calv… !

Ok, pas besoin d’arrêter le chrono puisque depuis ma dernière blessure, j’ai décidé de ne plus mesurer mes sorties (j’avoue tout de même que je vais ensuite voir sur Google pour savoir les distances :-)). Deuxième étape: est-ce que quelqu’un m’a vu ?  Non. Good, l’honneur est sauf. Troisième étape; les dégâts.

Avant-bras du coupe-vent ainsi que pantalons de course bien souillés, un gant de déchiré. J’ai probablement quelques éraflures, mais rien ne parait en surface. On verra plus tard.

Je peux courir encore ?  Ouf, les genoux ont mangé un coup, c’est raide. Mais je peux reprendre et c’est en courant pleins gaz que je me retrouve sur le bord de la rivière. Allez, un dernier petit aller-retour du côté amont avant de redescendre. Ce sera peut-être la dernière fois de ma vie que je pourrai voir ces chutes-là.

Devant une autre des chutes « secondaires » (mes amis Facebook reconnaitront peut-être ce selfie que je leur ai déjà fait subir)

J’arrive à l’auto le sourire aux lèvres, tout juste après Barbara.

Puis mon amour, on va voir quoi maintenant ?

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Une grippe d’homme ?

Ce billet s’adresse à vous, mesdames.

La plupart d’entre vous avez probablement déjà entendu parler de la péjorativement surnommée “grippe d’homme”. Selon cette théorie (je n’ose pas dire “invention), quand un homme est malade, la terre arrête de tourner: il est incapable de bouger, incapable de penser, incapable de respirer et vous devez absolument satisfaire le moindre de ses caprices sinon c’est une mort certaine qui l’attend. Pourtant si ses chums l’appellent parce qu’ils ont besoin de lui pour une partie de hockey d’une ligue de garage quelconque, il a, premier miracle, la force de répondre au téléphone et deuxième miracle, il est en mesure d’aller jouer. Ses raisons: “Je ne peux pas laisser tomber les boys” et “Ça va casser ma grippe”.

Mettons les choses au clair: je vis avec une femme, alors je n’ai jamais eu connaissance de ce genre de comportement. Et selon ma tendre moitié, il semblerait que je suis relativement facile à vivre quand un virus me fait le merveilleux cadeau de se multiplier dans mon système.

Mais en ce qui concerne les raisons invoquées pour répondre à l’appel de détresse de ses amis, sachez mesdames qu’elles sont vraies et vérifiables. Car laisser tomber les boys, ça ne se fait pas. Ce serait comme déserter quand on va à la guerre. Et “casser la grippe” ou “faire sortie le méchant”, c’est vrai aussi. Oui oui, je vous le jure.

J’en ai d’ailleurs fait l’expérience pas plus tard que samedi. Le rhume (parce que ce n’est définitivement pas une grippe, quand même) qui s’était montré le bout du nez en milieu de semaine était définitivement bien installé samedi matin. En plus, pépère Fred s’était couché tard parce qu’il était allé voir un spectacle pour les gens de son âge: Rock of Ages. Spectacle qui est excellent, soit dit en passant.

Mais bon, disons qu’avec le nez morveux et les pensées un peu embourbées, je ne pensais vraiment pas casser la baraque. Je me disais que je ferais du 4:30/km et que si ça ne marchait pas, j’avais juste à revenir à la maison. La veille, j’avais lu un article me rappelant une des bases de la course longue distance: raccourcir les foulées et augmenter leur fréquence, un peu à la manière des Kenyans. Je me disais que j’essaierais de me concentrer là-dessus.

Au début, le truc semblait fonctionner. Le son de mes pas me rappelait le mois de novembre où tout était si facile. 4:11 pour le premier kilomètre. Ouais, pas mal, mais j’avais le vent dans le dos. J’ai continué, les voies respiratoires étant dégagées pour la première fois depuis 48 heures. Deuxième kilomètre en 3:59. De quessé ?  Sous les 4 minutes sans forcer ?  Le vent était favorable, mais à ce point ?  Hum, je tenais peut-être quelque chose, moi là…

Par la suite, j’ai dû affronter le vent de face (fallait bien) et ma cadence moyenne a évidemment ralenti. Mais je me sentais très fort. Pour la première fois depuis mon “retour”, je voulais littéralement manger les kilomètres. Une sensation tellement grisante… Au final, ma deuxième meilleure moyenne depuis ma blessure, sur 14 km au lieu de 11 comme la fois précédente. Pas encore ce que je faisais à l’automne, mais pas si loin non plus. Et surtout, un rhume qui en a pris tout un coup: je me sentais infiniment mieux après. Bien que ce ne soit pas encore parfait, ça va beaucoup mieux depuis.

Alors mesdames, si votre homme veut aller se défouler alors qu’il est malade, je vous prie de le laisser faire. Après, il vous reviendra (presque) en pleine forme… et dans de biens meilleures dispositions. Ce sera alors le temps idéal de lui parler de travaux de plomberie/menuiserie/peinture…  😉

Il y a tout de même des limites

J’ai fait ce qu’il fallait faire: je me suis reposé. Lundi, repos toute la journée, malgré le merveilleux temps d’automne (je dois avouer que je ne pouvais pas faire autrement de toute façon…). Mardi, retour au travail en train. Hier, même chose, malgré le fait que j’aurais pu y aller à vélo, la température le permettant. J’avais décidé d’être sage pour une fois et de faire ce qu’il faut supposément faire: me laisser récupérer. Je sentais que je remontais la pente et prévoyais reprendre la course ce soir.

Oui, j’utilise l’imparfait: je prévoyais recommencer à courir aujourd’hui. Mes plans ont décidé de changer sans vraiment me demander mon avis: depuis hier soir, plus moyen de m’éloigner des toilettes ! Et je commence à ne vraiment pas la trouver drôle…  Je tiens absolument à accompagner Sylvain à Magog dimanche et je ne suis plus certain de pouvoir le faire. Pour faire la distance à la cadence prévue, je ne vois pas de problème, mais vais-je être capable de seulement courir dans trois jours ?  Ça fait quatre jours que ça dure, il me semble que ce serait suffisant, non ?  Heureusement que j’ai décidé de ne pas faire le marathon…

Enfin, je vais prendre mon mal en (im)patience, je n’ai pas vraiment le choix. Je dois avouer que n’étant pas habitué à être malade, je tolère très mal de rester à ne pas bouger. Quatre jours sans course ni vélo ?  La dernière fois que ça m’est arrivé, c’est quand je me suis blessé au mois de décembre. Trois longues semaines d’inactivité, un véritable calvaire… surtout pour Barbara qui a dû m’endurer pendant cette interminable convalescence.

Mais bon, je ne peux pas croire que je vais être malade si longtemps, il y a tout de même des limites, non ?

Et mon esprit de compétition ne peut s’empêcher de songer à Philadelphie. Je ne m’attendais pas à des miracles, mais avec cet arrêt subit de l’entrainement, c’est certain que mon PB ne sera pas en danger. Je m’attends même à faire plus de 3h30, une première depuis… 2009.

Pour me changer les idées, j’ai visualisé des vidéos du Vermont 50 sur YouTube. En voici quelques-uns.

Ici, une « merveilleuse » vue du mont Ascutney qui nous montre les conditions de la journée.

Celui-ci a été tourné en majeure partie à Skunk Hollow, autour du 12e mille, première station d’aide où les équipes de support avaient accès. Ça donne une très bonne idée de l’ambiance et de quoi a l’air une station d’aide « principale ». Elle était située tout juste à côté d’une garderie qui a été construite… en plein milieu de nulle part !  Je me demande sérieusement d’où viennent les enfants qui la fréquentent. C’est à cet endroit que j’ai lancé à Barbara, un grand sourire me fendant le visage: « C’est complètement débile, cette affaire-là ! »   J’étais définitivement accroc…

Les suivants ont été tournés par des concurrents en vélo de montagne. On y voit très bien le parcours, mais ils ne donnent malheureusement pas une très bonne idée du relief. Pièces à conviction numéros un et deux.

Ici, un assez bon petit survol du parcours accompagné d’une chanson très bien choisie, à mon humble avis. À 0:47, Garvin Hill, au 19e mille, le sommet de la course. À 1:30 environ, Greenall’s (32e mille), LA station d’aide, celle où j’ai fait le changement complet de mon équipement.

Le dernier et non le moindre… Il risque toutefois de vous donner la nausée si vous le regardez au complet !  😉