Bromont Ultra: la première grand boucle

Suite à la course, un coureur bien connu m’a demandé (je ne suis pas certain que c’était à la blague :-)) combien de tomes aurait le récit. Je m’étais promis d’être plus concis dans mon histoire. Mais que voulez-vous, quand on a du Paul houde dans le nez… Voici donc la première partie de mon premier 100 miles, le Bromont Ultra.

Sections 1 et 2 : départ à ravito 2 (Versant du Lac, 13k)

Le départ est donné. Voilà, c’est parti : devant moi, le plus grand défi de ma « carrière » de coureur. 160 kilomètres, 100 miles à pied. On dirait que c’est trop gros pour que je me donne la peine de le réaliser.

Après un petit bout dans l’herbe détrempée du matin (on a déjà les pieds mouillés, ça commence bien), nous rejoignons le sentier C1 qui fait pour ainsi dire le tour de la montagne. Je me tiens dans le dernier tiers du mini-peloton et malgré tout, le premier kilomètre est parcouru en 5:10. Devant, Jeff s’est déjà envolé et je devine Joan pas loin derrière lui.

Assez rapidement, on se tape une plutôt longue montée. Je m’étonne de voir presque tout le monde la faire en courant. Malgré mes pulsions compétitives, je m’astreins à la marche. Pas question de brûler des cartouches si tôt dans la journée. De toute façon, je recolle dans la descente juste avant d’entrer dans le premier single track.

Comme on n’est pas nombreux (31 au départ), l’étroitesse du sentier ne pose pas problème. En tout cas, pas pour nous. Je ne dirais pas la même chose des vélos de montagne qu’on croise, par contre. Eux se demandent sérieusement s’ils vont être capables de pratiquer leur sport favori aujourd’hui. C’est que… on n’est pas beaucoup, mais on risque d’être là pour un petit bout, par contre !

Côté alimentation, vu que ça avait très fonctionné à Harricana, j’ai décidé d’utiliser la même stratégie ici : un gel à toutes les 30 minutes ou à peu près. Sans caféine pour les premières heures, avec caféine à partir de la tombée de la nuit. Je compte compléter le tout avec ce que je pourrai trouver dans les stations d’aide : patates bouillies, bretzels, bananes et éventuellement, des sandwichs… si le cœur m’en dit. Car il semblerait qu’à un moment ou un autre, c’est immanquable : le système digestif lâche et on n’a plus le goût de rien. Ça, c’est dans le meilleur des cas. Dans le pire, on retourne la marchandise.  Et vous me demandez pourquoi je fais des ultras ? Heu…

La course se décante et je me retrouve à partager les sentiers avec Pat, Louis et Pierre-Olivier, un tout jeune homme qui court avec le coupe-vent orange-flashant de Boston et abhorre même un tatouage du logo du plus vieux marathon du monde sur un mollet. Et quand je dis jeune, je n’exagère pas : il a seulement 22 ans !  Louis, qui en a 39 (mais qui semble en avoir 10 de moins), taquine Pat en disant qu’il est deux fois plus vieux que notre compagnon de course. C’est que moi aussi, j’ai le double de son âge !  Merde, je cours avec un gars qui pourrait littéralement être mon fils !  Ça y est, le poids des années me tombe dessus, avant même que la première heure de mon premier 100 miles soit complétée. Ouch !!!

On jase de nos courses précédentes, de nos lieux d’entrainement. Louis et Pat sont des vétérans aguerris, j’ai bien l’intention de demeurer avec eux un petit bout. Quant à Pierre-Olivier, il est un coureur rapide sur route (duh !), ayant fait 2h57 pour se qualifier pour Boston. Par contre, c’est un néophyte dans le monde des ultras : c’est son premier. Hiiiiii, 22 ans, premier ultra et il fait un 100 miles ?  Bonne chance mon gars !

Louis raconte à Pierre-Olivier qu’il devrait connaitre Pat parce qu’il est acteur et qu’il a joué dans plusieurs séries télévisées. Notre jeune compagnon répond qu’il n’écoute pas la télé. Pat ajoute : « Moi non plus ! », ce qui nous fait bien rire. Je ne peux m’empêcher d’ajouter mon grain de sel : « Moi, je n’écoutais pas Destinées, mais j’ai vu La marraine… C’était justement la marraine que je trouvais intéressante». Bon, on dirait que Louis non plus n’a pas vu La marraine…

Premier relais (Cercle des Cantons, kilomètre 7), un petit chapiteau et une table vide nous attendent. Aucune âme qui vive, pas la moindre goutte d’eau. Bof, on s’en fout un peu. On croise toutefois deux personnes qui courent en sens inverse dans le sentier une centaine de mètres plus loin. Seraient-ce les bénévoles qui sont en retard ?

Arrive la première montée d’une pente de ski. Pat nous laisse aller. Louis, qui le connaît très bien, nous dit que c’est souvent comme ça : ils font les premiers kilomètres ensemble, puis il se détache. Pat finit par le rejoindre une dizaine d’heures plus tard, ils font un autre bout ensemble… jusqu’à ce qu’il parte et finisse devant lui. Ça ne m’étonne pas. La fois où on a couru ensemble, Pat m’a impressionné par sa régularité. Un vrai métronome… qui disait bonjour à tout le monde qu’on croisait. Je m’attends donc à le revoir.

Dans la section nous amenant au premier ravito complet, Louis nous raconte ses expériences : Virgil Crest, Bighorn, Wasatch, Rocky Racoon. Il lui est déjà arrivé de lire dans un guide des coureurs ce qu’il fallait faire en cas de morsure par un serpent à sonnette. Il lui est aussi déjà arrivé de passer une nuit entière à craindre qu’un cougar lui saute sur la nuque. Personnellement, je trouve ça super intéressant, mais je me demande ce que notre jeune ami en pense. On dirait qu’il a l’air intimidé…

Sections 3 et 4: ravito 2 (Versant du Lac, 13k) à ravito 4 (Ironhill, 24k)

En quittant le ravito, nous savons ce qui nous attend. En fait, les deux vieux routiers le savent, mais le jeune, pas certain… Devant nous, des montées infernales. Techniques, abruptes au possible. « Un parcours qui peut se faire en courant » qu’ils disaient. Yeah right !  Comment courir dans une face de cochon, voulez-vous bien me dire ?  Quand on doit tirer sur les racines des arbres (oui, sur les racines !) pour réussir tant bien que mal à se hisser en haut… Je n’ose m’imaginer ce que ça aura l’air la nuit. Bah, on verra plus tard, une chose à la fois comme on dit.

S’ensuit une descente, hyper technique comme il se doit. Puis, un petit bout plus roulant. Bah, pas si pire finalement. C’était ça, votre fameuse « lobotomie » ?  Bof… Louis sort le parcours de ses affaires. Il s’avère que nous venons de nous farcir les hors-d’œuvre. Le plat de résistance est à venir.

La montée suivante est tout simplement infernale. À certains endroits, je doute même être capable de me hisser tellement c’est dur. On fait de l’escalade ou quoi ?  Celle-là, elle est de notre compagnon qui commence à la trouver moins drôle, on dirait. « Pis, les côtes à Boston, est-ce qu’elles étaient si dures que ça ? » que je lui lance. Pas de réponse.

Après une ou deux éternités, nous arrivons entre les deux oreilles du cochon. Maintenant, je vais comprendre pourquoi ils appellent la prochaine descente la lobotomie: quelqu’un qui fait ça en courant est forcément passé chez son neurochirurgien récemment. Je suis constamment sur les freins, craignant un emballement et une éventuelle rencontre avec un arbre. Ou une roche. Ou les deux. À certains endroits, c’est mon postérieur qui sert d’équipement de glisse. Mes compagnons, bien que plus habiles que moi, n’avancent pas tellement plus vite. Finalement, les descentes très difficiles m’avantagent peut-être car elles ont effet de nivellement par le bas. Je ne m’en plaindrai certainement pas.

Juste avant d’aboutir (enfin !) sur un chemin de terre, Thibault, équipé de bâtons de marche, nous rejoint et c’est à quatre que nous arrivons au relais rue Knowlton (18e kilomètre) qui est constitué d’une table, d’un petit chapiteau et de trois cruches de 5 gallons de type Coleman. That’s it. Je m’accroupis et avale quelques gorgées d’eau à même la champlure. À la guerre comme à la guerre.

Devant nous, 19 kilomètres de chemins de campagne.  J’avoue que ça ne me fera pas pleurer d’enfiler un peu les kilomètres. Des fois, c’est décourageant de ne pas avancer quand on est dans le technique jusqu’au cou, alors un peu de route fera du bien. C’est en nous suivant sans vraiment nous suivre que nous évoluons tous sur cette route bien dégagée.

Dans une montée, Louis se met à la marche. Pierre-Olivier fait de même, mais se fait distancer peu à peu. Je le rejoins et une fois arrivé à sa hauteur, il me glisse : « Vous marchez vite !». Bon, première affaire le jeune : j’espère que le « vous » s’adresse à Louis et moi, parce qu’il y a des limites à se faire traiter de vieux !  Et de deux, qu’est-ce que tu veux que je te dise ?  Cours si tu trouves qu’on marche trop vite !

Ben non, je ne suis pas méchant à ce point-là… Je ne fais que lui dire que c’est comme autre chose, ça vient avec la pratique. Et effectivement, Louis marche vraiment vite !

Le ravito Ironhill (kilomètre 24) est installé dans le garage d’un particulier qui a eu l’immense gentillesse d’offrir sa propriété à l’organisation. J’entendrai même dire plus tard qu’il était sur place durant la nuit pour prêter main forte aux bénévoles. Comment peut-on être aussi gentil et ne pas être canonisé ?

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Le vétéran amène les deux recrues au ravito Ironhill, kilomètre 24

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La « recrue » de 44 ans qui a encore le sourire…

Mon père est sur place (je lui avais dit de laisser faire pour le ravito du 13e kilomètre, je ne prévoyais pas avoir besoin de quoi que ce soit), je vais pouvoir remplir mon réservoir pour la première fois.

Plus facile à dire qu’à faire. Prenez un homme qui a un bras dans le plâtre (mon père) et mettez-le en équipe avec un autre qui a les mains pleines de pouces et qui ne sait plus lesquels utiliser (ça, c’est moi). Bref, le gazon se retrouve engraissé de quelques onces de GU Brew, mais au final, j’ai à nouveau deux litres dans mon dos, près pour un autre bout.

Sections 5 et 6 : ravito 4 (Ironhill, 24k) à ravito 6 (Parking 7, 38k)

En sortant du garage, nous sommes dirigés vers l’arrière de la propriété, puis dans un sentier tracé en pleine forêt. Et ledit sentier est bouetteux à souhait. Mais c’est quoi cette affaire-là ?  On n’était pas supposés faire de la route pendant 19 kilomètres ?  Elle est où, notre belle route en terre ?!?

Je n’ai même pas terminé de chiâler que je la retrouve, ma route en terre. Louis et Pierre-Olivier sont devant moi, ayant quitté le ravito plus rapidement. Mais quand je vois Louis s’éclipser dans le fossé, pas besoin d’un dessin pour comprendre ce qui lui arrive !  😉

Le chemin est vallonné, les paysages seraient magnifiques… si les nuages n’étaient pas si menaçants. Un qui ne semble pas trop apprécier le paysage, c’est notre jeune ami bostonnais. Je le rejoins au creux d’un vallon et comme je passe à côté de lui, il me confie qu’il va prendre ça relaxe. C’est qu’on est dans un bout roulant, il devrait nous bouffer tout cru, vue sa pointe de vitesse. Et pourtant non. Preuve qu’un ultra et un marathon, ce sont deux choses bien différentes. Je commence à sérieusement mettre en doute ses chances de terminer.

Semblant totalement immunisé contre la fatigue, Thibault poursuit son petit bonhomme de chemin. Je joue un peu au yoyo avec lui, mais au bout d’un certain temps, je me résigne à le laisser aller. Il semble si « facile », je ne suis définitivement pas dans sa classe aujourd’hui.

Après un ou deux kilomètres sur l’asphalte, je me retrouve au relais du kilomètre 33 situé sur les bords du lac Bromont, où Barbara et mon père m’attendent. Encore un relais avec des 5 gallons sous des petits abris. Et heureusement qu’on les a, ces abris, car il pleut maintenant. Est-ce ma douce moitié qui a amené la pluie, comme pour nous rappeler ce merveilleux souvenir du Vermont 50 2012, mon premier ultra ?  Ça ne m’empêche pas de lui faire mon plus beau des sourires et de l’embrasser avant de repartir avec Louis qui m’a rejoint (et qui est définitivement plus rapide que moi pour « faire le vide ») !).

À la fin d’une montée assez corsée, nous nous retrouvons à l’intersection du chemin de Irlandais et O’Connor. Je me demande bien de quelle origine étaient ceux qui se sont établis ici… 😉  Dans le genre cliché, c’est dur à battre !  Pourquoi pas une intersection chemin des Écossais et MacLoed ?  Chemin des Vietnamiens et Nguyen ?  Chemin des Suédois et Johansson ? (Vous avez compris le concept…)

Je garde toutefois mes observations pour moi, mon partner ne me connaissant pas vraiment, il pourrait croire que je suis en train de délirer. En fait, peut-être que je délire tout le temps, qui sait ?  Toujours est-il que nous entrons ensemble dans une section qui ressemble beaucoup au mont St-Bruno : c’est large, roulant. Vraiment plaisant. Malheureusement, Louis est pris d’une autre attaque intestinale et doit encore s’arrêter. Je le plains, c’est tellement déplaisant quand ça nous prend…

Arrivé près la base des pentes de ski, j’aperçois un coureur au loin qui semble avoir raté un virage. Je crie à des passants de lui indiquer qu’il s’est trompé, ils me répondent qu’il est déjà entré dans le bois. Bah, tant pis. Peut-être se retrouvera-t-il. Je ne suis tout de même par pour courir après lui…

Je m’enfonce donc seul dans une petite section technique et juste assez rock’n’roll avec la traversée d’un ruisseau, des sentiers étroits et des enchaînements montées-descentes très plaisants. La course en sentiers à son plus pur.

Mon équipe m’attend à la station de ski (kilomètre 38). Il tombe maintenant des cordes et mon humeur s’en ressent. Dans le bois, c’était correct, mais là… Courir sous la pluie en plein été, pas de problème. Mais aujourd’hui ?  Pas sûr. Les risques d’hypothermie sont bien réels et en plus, une pluie soutenue rendrait certains sentiers impraticables. Pour ajouter la cerise sur le sundae, j’aperçois le gars qui s’était « perdu » plus tôt en train de monter la pente sous les télésièges à la sortie du poste de ravitaillement.

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En arrivant au ravito Parking 7, l’humeur devient maussade. Si ce n’était de la présence de mon père en arrière-plan, on ne devinerait pas la pluie. Et pourtant, elle tombe…

Ha ben sacrament !  Le gars a pris un raccourci. Que ce soit volontaire ou non (je doute que ce le soit), la seule raison pourquoi il est devant moi est qu’il a fait moins de chemin que moi, un point c’est tout. Et pendant que je rumine, un autre coureur arrive par le mauvais côté, mon père l’accueillant avec un « Tiens, un autre qui arrive du mauvais bord ! ». Un autre qui a pris un short cut, ouais !

J’engloutis quelques bananes et prends la direction des pentes de ski derrière Louis (qui est réapparu vêtu d’un sac à poubelle), des patates plein les mains. Mon père me dit de prendre ça relaxe, de les laisser aller, qu’il n’y a pas de presse. Oui mais, tu ne comprends pas que le gars en haut ne devrait justement pas être rendu là ?  Il devrait être derrière moi et je compte bien sur la montée pour que l’ordre soit rétabli.

Sections 7 et 8 : ravito 6 (Parking 7, 38k) à ravito 8 (Camp de base, 55k)

C’est dans ce merveilleux état d’esprit que j’entame ce que Gilles m’avait décrit comme la partie la plus difficile de tout le parcours : 17 kilomètres très techniques, beaucoup de montées, autant de descentes. Tout ça sans voir personne. Sous la pluie qui tombe maintenant comme une vache qui pisse. La joie.

Je me résous à enfiler mon imperméable de secours, dernier rempart entre l’hypothermie et moi. S’il s’avérait ne pas être suffisant…  De son côté, Louis, qui en a vu d’autres, prend le tout avec philosophie. Il lâche même des « WHOOO-HOOOO !!! » de temps à autre, comme pour défier les éléments. J’avoue que je l’envie un peu maintenant.

Tout en montant, je me rappelle les paroles de Joan lors de sa conférence: les organisateurs d’ultras finissent toujours par nous faire monter une pente de ski. Ici, j’ai l’impression qu’on se tape toutes les pentes. En montée et en descente. On aboutit sur une double-diamond à grimper. La pluie a ralenti, je sens que mes jambes poussent mieux. Lentement, mais sûrement, je gagne du terrain sur celui que je poursuis et distance Louis peu à peu.

Arrivé à ce qui semble être le sommet, je suis les petits fanions et me retrouve… parmi un groupe de coureurs, dont Pierre et Thibault, qui cherchent leur chemin. De quessé ?  Ils ont identifié le « dernier fanion », puis plus rien. Ils ont fait une tentative dans une piste, mais ont dû rebrousser chemin et remonter, étant incapables de trouver d’autres indicateurs. Je suis découragé pour eux.

Bon, on fait quoi là ?  On appelle l’organisation ?  À partir du dernier petit fanion, il n’y a rien. Rien de rien. Derrière, Louis termine son ascension et voyant qu’on est en train de se chercher, nous pointe rapidement l’endroit où on aurait dû tourner pour entrer dans le bois. Mon cerveau analyse la situation et en vient à la conclusion suivante: le fameux « dernier fanion » était de trop. Nous l’avons repéré, nous sommes dirigés vers lui et avons passé devant le virage sans le voir.  Ha, la damnée vision-tunnel… Je demande à Pierre d’enlever ce fanion, question de ne pas nuire aux autres coureurs. Il semblerait que nous n’avons pas été les seuls à nous faire tromper par lui.

C’est donc en groupe que nous entamons la descente, dans la bonne humeur (ça change vite durant un ultra…). Je laisse passer les descendeurs (Thibault, Pierre et un homme dont j’oublie le nom), puis me mets à les suivre. Louis et le gars du short cut (que je ne reverrai plus) sont derrière. À part décider où je mets les pieds, j’ai un autre problème à gérer: quoi faire avec mon foutu imperméable ?  J’ai croisé une poubelle en arrivant au sommet, mais n’ai pas osé le jeter, au cas où… Sauf que maintenant, je suis pogné avec. J’essaie de le replier, mais c’est peine perdue : je me retrouve avec une grosse boule de plastique à transporter.

Je la mets où ?  Je fais un bout avec en la tenant dans une main, mais après un certain temps, je me rends compte que j’ai besoin de mes deux mains, particulièrement dans les virages serrés ou les descentes un peu raides. Je décide de l’enfouir dans mon t-shirt. Ouais, pas confo. Sans compter le look femme enceinte… C’est finalement dans mes shorts qu’elle terminera la première boucle de 55 kilomètres.

C’est que ça semble sans fin, ces sentiers-là !  J’entends des voix devant, peut-être est-ce le relais Deltaplane (kilomètre 48) ?  Hé non. Juste des gars qui sont là à jaser. Ils font quoi, au juste ?  Jaser ?  Ici ?  2 ou 3 kilomètres plus loin, nous y parvenons enfin. C’est un relais réduit à sa plus simple expression : 3 5-gallons posés par terre, un point c’est tout. Pas de table, pas de chapiteau, encore moins de bénévoles. Bon ben, on ne niaisera pas trop longtemps ici…

Gilles m’avait dit que c’était en descente tout le long à partir de là. Hé bien non !  Ce sont encore et toujours des enchaînements, à tendance descendante toutefois. D’ailleurs, dans une partie particulièrement ardue, Pierre m’entend sacrer et me demande si je vais bien. Oui Pierre, je vais bien, c’est juste que les maudites descentes, j’HAÏS ça !!!

Il ne le sait pas, mais il m’est d’un très grand secours durant cette partie. Il en est à son 5e 100 miles et je sais pertinemment qu’il est plus rapide que moi sur la route. Je me fie donc sur lui pour la cadence dans les parties plus roulantes. Je sais que chacun doit faire sa course, mais il n’y a pas de mal à s’inspirer des experts, non ?

Alleluia, la sortie du bois et un chemin carossable !  J’anticipe le parc équestre bientôt, surtout que la Garmin indique que j’approche les 55 kilomètres. Je n’apprendrai donc jamais… En ultra, quand on s’attend à ce que quelque chose finisse bientôt, on se trompe immanquablement. Il reste encore du technique. Ha, pas si pire, mais du technique quand même.

Puis, après 7 heures de course (j’en espérais 6), j’entrevois la fin de la première boucle de 55 (56 selon Sainte-Garmin) kilomètres. Sur place, Barbara, mon père, ma petite sœur (qui vient de terminer sa première course organisée, le 6 km; bravo Élise !), notre amie Marie-Claude et sa fille Marie-Pier.

Pour plusieurs, c’est une première expérience en tant que spectatrices d’un ultra et elles n’en reviennent pas de me voir souriant après 55 kilomètres de course. Heu, c’est que je n’ai que le tiers de fait, s’il fallait que je tombe de fatigue…  Je ne dirais pas que je suis à mon meilleur, mais je me sens d’attaque pour la suite.

Vue l’heure, je sais que j’ai le temps de faire la boucle du lac Gale (18 km) avant la tombée de la nuit. Je décide donc de ne pas prendre mes frontales tout de suite. Après quelques photos de circonstance, je me dirige, la bouche pleine, vers ma prochaine destination. Au passage, je croise Élise. On se félicite mutuellement, on se donne un gros câlin. Ma sœur et moi sommes pas mal différents, mais nous partageons une grande affection mutuelle. Ça ne m’empêche toutefois pas de penser de lui demander un autre imperméable de secours vu que j’ai réussi à faire de l’espace dans mes shorts en me débarrassant de ma boule de plastique.

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Après 55 kilomètres, j’ai retrouvé mon monde… et le sourire ! 🙂

Ce bel intermède où j’ai pu voir mon monde m’a fait un grand bien. Maintenant, back to business. 55 down, 105 to go !

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C’est de ta faute, Pat !

J’ai appris qu’il courait en 2008, la semaine avant le Marathon de Montréal. Dans une entrevue accordée à « Salut Bonjour ! », il parlait de cette première pour lui dans la plus longue des distances classiques. Il visait un temps de 4 heures. Pour ma part, comme j’avais fait un 3h43 « en dedans » à ma première expérience l’année précédente, j’étais confiant de pouvoir descendre sous les 3h30. La pluie torrentielle qui était tombée dans les heures précédant la course avait été suivie par une humidité à couper au couteau. Inexpérimenté, j’avais terminé cette course de peine et misère, franchissant la ligne après 3h56 de pure souffrance. Je suppose qu’il a vécu un peu la même chose que moi, une trentaine de minutes derrière.

Je me suis mis à suivre son évolution, comme je le faisais avec d’autres personnes connues qui pratiquent la course. Nous nous croisions de temps en temps dans le cadre d’une course (habituellement au demi Scotia Bank), mais comme je n’avais rien de particulier à lui dire, ce n’était pas parce qu’il était connu que j’étais pour lui parler…

Puis j’ai remarqué qu’il semblait courir moins. À l’époque, je n’avais qu’une seule référence en la matière: SportStats.ca. Je me suis dit qu’il avait probablement ralenti la cadence, faute de temps et/ou de motivation.

Puis un jour, allant faire mon « épicerie » à la boutique Coin des Coureurs du centre-ville, j’ai émis un commentaire sur la grande quantité de gels que j’achetais. L’employé me raconta alors qu’il y avait un monsieur qui était passé et en avait acheté une quantité phénoménale parce qu’il s’en allait faire une course de 100 milles et qu’il préférait « en avoir plus que moins ».

J’avais vaguement entendu parler de ces courses-là. Un jour, j’avais vu un reportage sur le fameux Leadville 100 à la télé américaine, mais je me disais que c’était certainement marginal comme épreuve. Il me semblait toutefois qu’il y avait un 100 milles quelque part dans le Vermont….

Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça, mais je me suis mis en frais de trouver le site de l’événement et ensuite, la liste des participants. Qu’est-ce que je cherchais au juste ?  Quelqu’un que je connaissais ?  Toujours est-il qu’en défilant ladite liste, je suis tombé sur son nom. Hein, lui ?  Merde, il est plus lent que moi dans toutes les courses qu’on fait et il va se taper un 100 milles ?  Non, ce n’était pas possible… Peut-être était-ce quelqu’un qui portait le même nom (ben oui Chose, dans le genre coïncidence…) ?

J’ai approfondi mes recherches et j’ai trouvé d’autre références que SportStats (duh !). Il s’était lancé dans les course plus longues que le marathon classique et à ce moment-là (nous étions en 2011), il avait déjà deux Ultimate XC, un Vermont 50 et un Bear Mountain sous la ceinture. Holly shit !

Je me suis mis à m’intéresser à ce monde si particulier des ultras en sentiers. Et plus je lisais sur le sujet, moins je comprenais. Il fallait que j’en parle à quelqu’un. Mais à qui ?  Je ne connaissais personne d’assez fou pour se lancer dans de telles aventures. Il y avait bien des blogues qui en parlaient, mais à part ça… Toutefois, tous étaient unanimes sur un point: la course en sentiers, c’est le plaisir pur et la camaraderie, rien à voir avec la route. J’avais vraiment le goût d’essayer.

J’ai contacté David Le Porho qui m’a recommandé de commencer par des distances plus courtes, question de voir si j’aimais ça ou pas. Puis, quelques mois plus tard, après avoir complété un Marathon d’Ottawa de rêve qui me permettait enfin de m’assurer une place pour Boston, je suis tombé sur Pat par pur hasard.

Je devais être sur un high, je ne sais pas trop, mais cette fois-là, je lui ai parlé. Sans avoir aucune espèce d’idée sur la performance qu’il venait de réaliser, je l’ai félicité sur le champ (il venait d’établir son record personnel). Après quelques phrases typiques d’après-course échangées avec le grand sourire entre coureurs, je lui ai parlé des ultras. En fait, je lui ai dit que j’envisageais le Vermont 50. Il me l’a recommandé chaudement pour un premier ultra, à cause de l’organisation et de son niveau de difficulté technique relativement faible. Je le cite: « Il est vraiment beau, le Vermont 50. Ça monte et ça descend beaucoup, mais il facile techniquement. La place idéale pour commencer ! ». J’avais ma confirmation. Le surlendemain, j’étais inscrit. Le conseil de David ? Heu…

La suite fait partie de l’histoire, comme on dit. Malgré une météo exécrable, j’ai vécu la plus belle course de ma vie. J’étais définitivement accroc.

J’avais prévu acquérir plus d’expérience en ultra en 2013 et me lancer dans les grande aventure du 100 milles pour le Vermont 100 2014, trois ans après avoir « découvert » l’existence même de cette course. Mais j’ai été ralenti par les blessures et n’ai pas pu participer aux courses que j’aurais voulu.

Sauf que…

Quand c’est rendu que le gars que je voyais comme mon modèle dans le domaine me sermonne gentiment pour me dire que je suis plus que prêt… Quand c’est rendu que ma conjointe me dit que je devrais le faire, que pour un premier essai sur LA distance, pouvoir le faire près de chez soi, c’est toute une chance…

Et puis à un moment donné, si j’attends que les conditions idéales soient toutes réunies (travail, conditions météo, entrainement), je ne le ferai jamais. Au pire, si je suis trop fatigué pour le compléter, j’arrêterai en chemin et me reprendrai une autre fois. Ou je finirai à la marche, DFL (dead fucking last !).

Alors voilà, je plonge. C’est fait: je suis inscrit pour le 160 km du Bromont Ultra.

Et ça, c’est de ta faute, Pat !  🙂

L’invitation

Celle-là m’a pris les culottes à terre (pas que j’étais en train de faire quelque chose de répréhensible, mais bon…).

La semaine dernière, j’ai reçu un courriel de la part de Sébastien, le directeur de course de l’UT Harricana. Croyant à un envoi général faisant la promotion de la course, je l’ai ouvert machinalement, question de voir de quoi il en retournait.

Première surprise, il m’était adressé personnellement. Deuxième surprise, Sébastien me disait que pour mon “implication dans la communauté de trail running au Québec et la course à pied en général”, il m’offrait une inscription gratuite pour l’épreuve de mon choix.

HEIN ?!?  Mon implication dans la communauté de trail running ?  Je ne connais à peine que quelques coureurs de trail. À part les (trop) rares sorties-placotages effectuées avec mes amis Maryse ou Sylvain, je cours toujours seul. Je ne fais partie d’aucun club, ne travaille pas avec un entraineur. J’ai fait du bénévolat pour une course une seule fois (je compte toutefois récidiver). Alors par rapport aux gens qui organisent des courses, mettons que côté implication, il me reste encore pas mal de croûtes à manger.

J’admets que ce blogue me donne une tribune où je ne gêne pas pour faire la promotion de la course en sentiers. Mais je ne fais qu’exprimer ce que je ressens, ce que je vis. Car c’est quand je me retrouve dans les sentiers ou même sur un chemin de campagne que je me sens le plus vivant. Il m’arrive parfois de m’arrêter seulement pour admirer le paysage, écouter le silence, respirer l’air pur. Et c’est là que je remercie le ciel de m’avoir donné la santé qui me permet de vivre ces moments à la fois si simples et si magiques. Peut-être est-ce parce que je raconte sans censure ce que ce si merveilleux sport m’apporte qu’on considère cela comme une forme d’implication.

En tout cas, peu importe, j’aurais été fou de refuser, pas vrai ?  L’an passé, je n’avais que des bons mots pour les sentiers empruntés pour l’épreuve de 28 km de l’UT Harricana ainsi que pour l’organisation.   Je ne vois vraiment pas pourquoi ce serait moins bien cette année avec l’augmentation de la participation et une année d’expérience derrière la ceinture. J’avais bien l’intention de me faire l’ultra un jour, mais bon, ça ne fittait pas tellement dans mon calendrier cette saison.

Hé bien, on peut dire que je l’ai modifié, ledit calendrier !  Certains sont en mesure de faire des 50 milles à deux semaines d’intervalle, mais moi, je préfère me laisser plus de temps pour récupérer entre deux épreuves. Donc, pas de Chute du Diable (deux semaines avant) ni de Vermont 50  (deux semaines après) pour cette année. Par contre, le Bromonultra qui aura lieu quatre semaines plus tard et à seulement 80 km de chez moi, hum… Histoire à suivre.

Il me restait seulement à décider d’un léger détail: à quelle course prendre part: le 65k ou le 80k ?  Tout me poussait vers le 80k, surtout qu’il inclut la montée du mont Grand-Fonds après 65 km de course.  Une chose me dérangeait cependant: 3h du matin. C’est l’heure de départ de la navette nous amenant au départ. Comme je suis aussi rapide qu’un escargot quand vient le temps de me préparer le matin, vous imaginez à quelle heure j’aurais à me lever ?  Mais après quelque temps à y réfléchir, je me suis dit que je m’en voudrais de ne pas le faire, alors je me suis inscrit à la grande course. Tant qu’à faire le voyage… 🙂

En terminant, pour ceux qui ne l’auraient pas encore vu, je vous invite fortement à visionner ce petit vidéo: c’est un véritable bijou qui a fait le tour du monde en quelques jours seulement. Tourné par Joan, il nous entraine avec lui lors de ses allers-retours au travail à la course, du lundi au vendredi, hiver comme été, beau temps, mauvais temps. Ha, si j’habitais moins loin du centre-ville…

Vous retrouverez ici (à partir de la 47e minute) l’entrevue qu’il a accordée à la télévision locale suite à la publication du vidéo. Il y exprime très bien ce qui se passe dans la tête (et dans le corps !) d’un coureur. Ça pourrait peut-être aider quelques personnes qui vivent avec une personne comme nous…  🙂

Petites vites de début d’année

Question de parler d’autre chose que du temps qu’il fait (avouez que ce n’est vraiment pas évident ces jours-ci, surtout quand le mercure grimpe, puis replonge de 25 degrés en l’espace de quelques heures avant de vouloir remonter en vue de la fin de semaine), voici ce qui a retenu mon attention au cours des derniers jours dans notre merveilleux petit monde des coureurs du froid et de l’humidité.

1- Marathon de Boston: la résilience (encore). Un petit coup d’oeil furtif à la liste des inscrits au prochain Marathon de Boston m’a confirmé ce que je savais déjà: la résilience des coureurs, ce n’est pas de la frime. Qu’il s’agisse de personnes connues ici (Éric Hoziel, Suzanne Gariépy), de coureurs connus  au Québec (Sébastien Roulier) ou ailleurs (Team Hoyt, Amy Rusiecki) ou de connaissances à moi, tous ceux qui étaient là en 2013 seront de retour en 2014.

C’est avec beaucoup de fierté que je me joindrai à eux à Hopkinton le 21 avril au matin.

2- Ultimate XC St-Donat. Les autobus jaunes s’emplissent rapidement !  Plus de la moitié des places sont déjà prises pour chacune des épreuves de 38 et 60 km après seulement une semaine d’inscriptions. Il serait étonnant que ces deux courses-là n’affichent pas “complet” d’ici au printemps.

3- Vermont 100. “Online registration opened on January 6th 2014. And the response was overwhelming !”. Ce sont les mots que l’on retrouve sur le site internet du Vermont 100. Et “overwhelming”, c’est le moins qu’on puisse dire !  J’ignore en combien de temps le 100 milles s’est rempli, mais à peine 4 heures après l’ouverture des inscriptions, il ne restait plus de place et la liste d’attente comptait déjà une trentaine de noms.

Je me demande bien ce que les organisateurs comptent faire pour les prochaines éditions, l’approche “premier arrivé, premier servi” n’étant peut-être pas la meilleure quant une épreuve devient trop populaire. Se voir refuser l’accès à une course pour cause de problème de connexion internet, ça doit être assez frustrant merci ! Je prédis l’instauration loterie pour l’édition 2015.

En ce qui concerne le 100k, la course que j’envisageais faire cette année, il reste encore une vingtaine de places au moment d’écrire ces lignes.

4- Pandora 24. C’est maintenant décidé, je ne serai pas de la fête à Silver Hill Meadow en juillet. Le but de m’inscrire au 100k était d’aller chercher de l’expérience en vue d’un 100 milles. Or, bien que cette course m’aurait été fort utile en ce sens, elle aurait représenté un investissement logistique et monétaire équivalent à la “vraie” course. De plus, je craignais d’éprouver un certain regret à la vue des 100-milers tout autour de moi.

Je mettrai donc le cap sur Prévost cet été. Mon but: effectuer des tests. Voir ce qui marche, ce qui ne marche pas côté alimentation, hydratation, vêtements, chaussures, etc. Le fait de pouvoir avoir accès à mes affaires à tous les 10 km me permettra de pouvoir m’ajuster en cours de route tout en étant pas mal moins exigeant pour l’équipe de support !  Je pourrai également tester ma volonté car après plusieurs heures passées dans les sentiers, il sera probablement tentant de sauter dans l’auto pour retourner à la maison !

Aussi, détail non négligeable, on ne m’a dit que du bien du Massif des Falaises et de l’organisation du Tour en octobre dernier.

5- La fin de saison. Encore une fois, toujours question d’y aller progressivement, pas de Virgil Crest pour 2014. J’envisage plutôt deux courses de 80 km / 50 milles: la Chute du Diable et mon Vermont 50 chéri que j’ai dû laisser tomber en 2013. Mais bon, j’ai encore le temps d’y penser, pas vrai ?

6- Face de bouc. Comme les valeureux Gaulois, je résiste, encore et toujours à l’envahisseur. Mais pour combien de temps encore ?  Maintenant, les réseaux que l’on dit sociaux sont partout et si on les évite, on finit par se priver d’informations très intéressantes. Ainsi, la très grande majorité des épreuves ont leur page Facebook sur laquelle ils publient les dernières informations pertinentes. Les infolettres arrivent souvent plus tard… quand elles arrivent. Dans certains cas, être un irréductible comme moi présente des inconvénients considérables. Par exemple, l’organisation des 6 heures Frozen Ass Mount Royal n’avait même pas de site web, l’inscription se faisant par Facebook uniquement.

Va peut-être falloir que je me fasse à l’idée…

Une année en dents de scie

Les rétrospectives, c’est une tradition à ce temps-ci de l’année. Je l’ai fait l’an passé, alors pourquoi ne pas remettre ça cette année ?  Pour moi, l’année 2013 a été synonyme de hauts de de bas, mais à la fin, une chose demeure: la course à pied est une véritable passion que je désire continuer à partager avec vous, fidèles lecteurs.

Voici donc l’année résumée en quelques thèmes.

La consécration. Hopkinton, le 15 avril, 9h55. J’étais dans mon couloir, attendant le départ du Marathon de Boston. Le plus ancien et le plus prestigieux marathon de la planète. Après des années de travail acharné, j’y étais enfin. À ce moment, j’ai éprouvé un très grand sentiment de fierté, probablement ce qu’un athlète de haut niveau peut vivre quand il se retrouve à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques. C’était à la fois simple et magique, je vais m’en rappeler le restant de mes jours.

Mauvaise évaluation. J’ai carrément sous-estimé la difficulté du parcours. Je me disais que je suis un ultrarunner, que les côtes de moumounes comme sur le parcours nous amenant à Boston, ça ne pouvait jamais être si difficile que ça… J’en ai payé le prix. Dans les dernières encablures de la Heartbreak Hill, j’ai crampé. Les 8 derniers kilomètres ont été infernaux.

L’horreur. J’étais arrivé depuis un bon bout de temps. Nous avions quitté les lieux et étions probablement en train de débarquer du métro quand les bombes placées près de l’arrivée ont explosé. Mais l’horreur des événements nous a tous touchés. À l’hôtel, les gens étaient en état de choc, personne ne parlait plus de rien d’autre. La question sur toutes les lèvres: pourquoi ?

La résilience. Celle des coureurs qui retourneront car ils refusent de se laisser intimider. Je fais partie de ceux-là. Celle de la merveilleuse ville de Boston qui a décidé elle aussi de se tenir debout devant l’adversité et de faire un pied-de-nez à ceux qui voudraient lui faire peur. Je ne suis pas un amateur de hockey, mais ce qui s’est passé deux jours plus tard avant le match des Bruins m’a donné les frissons.

La vague. Celle d’amour qui a déferlé de partout. Nos amis, notre parenté, nos collègues. Des personnes avec qui nous n’avions pas eu de contact depuis des années se sont inquiétées pour nous et nous ont demandé, nous ont ordonné même de leur confirmer que nous allions bien. Rien ne m’a jamais fait autant chaud au cœur. Merci à tous, encore une fois !

La bouette. St-Donat, le 29 juin. Le printemps avait été pluvieux, il venait de tomber une trentaine de millimètres de pluie. Devant nous, 58 kilomètres de sentiers. Un parcours déjà considéré comme difficile à la base avait été transformé en véritable soue à cochons. De l’eau jusqu’aux épaules dans la rivière, une traversée interminable du « Vietnam », des descentes impossibles à négocier. À maintes reprises, je me suis promis que « plus jamais ». Et pourtant, j’ai eu du plaisir et serai fort probablement de retour. Faut croire que je suis maso. Ce vidéo de Michel Caron qui a terminé une vingtaine de minutes avant moi est une véritable pièce d’anthologie.

LA blessure. Elle s’est manifestée au lendemain de la tragédie à Lac-Mégantic (question de me donner un peu de perspective). Une semaine plus tard, j’étais sur la liste des blessés. Ça a duré des semaines. Des semaines d’enfer au cours desquelles j’ai dû annuler ma participation à deux courses que je voulais vraiment faire cette année: le 65k du XC Harricana et le Vermont 50.

L’ostéo. Son prénom: Marie-Ève. Sa discipline: l’ostéopathie. Je ne connaissais pas ça, mais on m’avait fait plusieurs suggestions en ce sens, alors je me suis dit que j’essaierais. Elle a sauvé ma fin de saison, un point c’est tout. Sans elle, je ne serais pas allé à New York. Chaque sou que j’ai investi dans ses traitements a été un sou bien investi. Elle me chargerait le double du prix que j’y retournerais sans hésiter.

Lake Placid. Coup de cœur ou coup de foudre ?  Le beau temps a certainement aidé, mais nous sommes tombés sous le charme de cette petite ville du nord de l’état de New York. Là-bas, le sport et le plein-air sont rois. Des montagnes, des sentiers de randonnée, des routes dans un état impeccable… Nous nous promettons évidemment d’y retourner prochainement. Très prochainement.

Le plus bel entrainement. XC Harricana, le 7 septembre. Mon genou m’ayant empêché de m’entrainer convenablement, j’ai troqué le 65k pour le 28k avec dans l’idée de le faire comme un entrainement. Un vrai entrainement là, pas le moment de me tuer à l’ouvrage. Ça a été ma sortie la plus plaisante depuis le Vermont 50 2012. J’ai eu un plaisir inégalé dans la montée du mont Grand-Fonds, les sentiers de quads, la montée de la montagne Noire et tout le reste. Une course à l’organisation impeccable, des sentiers très bien marqués, une super belle expérience avec à la clé, une 15e place complètement inattendue. À répéter un jour, c’est certain.

La bonne décision. À la fin septembre, lors d’un entrainement, ma tendinite au genou est revenue. Je me suis tout de suite arrêté et dans la journée, ai contacté mon ostéo qui a réussi à me traiter dès le lendemain. Quatre jours plus tard, je reprenais l’entrainement. Nous coureurs avons l’habitude d’ignorer les signes que nous envoie notre corps jusqu’à ce que ça devienne insupportable. Ce jour-là, j’ai pris une bonne décision et ça a payé. Je devrais faire ça plus souvent…

Le plaisir entre amis. Mont Orford, le 19 octobre. Des conditions parfaites, une course que je faisais avec des amis dans un endroit superbe. Et beaucoup, beaucoup de plaisir. J’adore accompagner des amis dans une course, même si parfois je me sens un peu inutile. Pour 2014, j’ai déjà deux « accompagnements » de prévus. Et j’ai hâte.

La Grosse Pomme. New York. Ça faisait des années que j’y rêvais. Pas pour les mêmes raisons que Boston où il faut se qualifier. Ha, on peut aussi se qualifier pour New York, mais les standards sont vraiment trop stricts pour moi. J’ai donc dû passer par la loterie et attendre 3 ans avant de pouvoir faire partie du contingent de coureurs qui s’élanceraient du Verrezano-Narrows Bridge en direction de Central Park.

Des spectateurs par centaines de milliers tout au long du parcours, une organisation extraordinaire à la hauteur de cette ville qui n’a pas d’égale à travers le monde. Une expérience unique que je recommande fortement à tout le monde qui en a la chance.

À la fin, un deuxième meilleur temps à vie sur un parcours difficile et la tête remplie de souvenirs.

Pour 2014. Beaucoup de belles courses en vue. Un premier 100 km, peut-être un premier 100 milles. Va définitivement falloir que les genoux et le sciatique se tiennent à carreau !  🙂

Sur ce, un très joyeux Noël à tous ! 🙂

Un 80 km au XC Harricana

La nouvelle est sortie presque en catimini il y a une dizaine de jours et je ne l’ai tout simplement pas vue passer: en plus des épreuves tenues lors de la première édition cette année (5, 10, 28 et 65 km), le XC Harricana offrira en 2014 un choix supplémentaire aux fous de mon espèce: un 80 km (50 milles). Cette nouvelle épreuve se déroulera en fait sur exactement le même parcours que le 65 km auquel on ajoutera une quinzaine de kilomètres supplémentaires tirés du parcours du 28 km, dont l’ascension du mont Grand-Fonds.

J’avoue ne pas trop savoir quoi penser de tout ça. Comme je l’ai déjà dit, l’organisation du Harricana est excellente et je suis certain que les gens en place sauront relever ce défi avec brio. De plus, je n’ai entendu que des échos positifs à propos du 65 km et pour ma part, j’ai adoré le 28. Donc, pas de problème à prévoir de ce côté.

Par contre, je me pose des questions au niveau participation. Bien que la course en sentiers gagne en popularité (Orford en est la preuve par dix), on ne peut pas dire que le nombre d’ultramarathoniens dans notre belle province suit une progression aussi rapide. J’étais à St-Donat et au Harricana cette année et le nombre de visages que j’ai vus aux deux places était frappant. À mon avis, il risque plus d’y avoir une séparation du contingent de coureurs dans chacune des deux courses qu’autre chose.

Aussi, le départ des autobus à 3 heures du matin de la station de ski en vue d’un départ de course à 5 heures risque d’en décourager plus d’un (moi le premier !). À ça s’ajoute le fait que le 65 km était considéré par plusieurs comme une épreuve de préparation pour les ultras de l’automne. Vraiment pas certain que la nouvelle épreuve présentera le même attrait.

Une avenue qui serait peut-être intéressante consisterait à faire comme à Virgil Crest: donner le départ du 65 et du 80 km en même temps et permettre à ceux inscrits au 80 d’avoir tout de même un classement à la course de 65 km s’ils désirent s’arrêter lors du premier passage à la station de ski ou après, pour quelque raison que ce soit. Je crois qu’une telle mesure aiderait à augmenter le nombre d’inscriptions pour la longue course.

D’une manière plus générale, je me questionne également sur la nouvelle date choisie. En effet, le XC Harricana s’est déroulé le 7 septembre cette année, soit le samedi après la Fête du Travail. La raison en est simple: ça permettait d’allonger la saison touristique de la région de Charlevoix d’une semaine, les hébergements affichant complet durant cette fin de semaine. Or, en 2014, les courses auront lieu la semaine suivante, soit le 13 septembre. Une semaine avant Virgil Crest, deux avant le Vermont 50. Comme je compte faire une de ces deux courses (non, pas les deux, je ne suis pas complètement débile), je serai en tapering à ce moment-là, alors les chances que je sois à Charlevoix sont bien minces. À moins que je refasse le 28 km, question d’être sage…  😉

Les petites vites

De retour après quelques jours assez occupés. Voici ce qui a retenu mon attention ces derniers temps.

Virgil Crest Ultras – Ça fait 10 jours que la course a eu lieu et je n’ai pas eu l’occasion d’en parler. Pourtant, durant la fin de semaine du Marathon de Montréal, mes pensées étaient non pas ici, mais bien dans un coin perdu de l’état de New York. Comme le temps était frais et pluvieux par chez nous, je me disais que ça devait être la même chose là-bas. En plus, avec le principe du double aller-retour pour le 100 milles, pas difficile d’imaginer que l’état des sentiers devait se détériorer à vue d’oeil à mesure que la journée (et la nuit) avançait.

Nous étions en mode “ménage” à la maison, car nous avions fait des rénos et elles étaient terminées. Est-ce qu’il y a une meilleure façon d’avoir la tête ailleurs que faire du ménage ?  J’en étais pathétique: j’allais voir les mises à jour sur le site de l’événement aux 30 minutes, question de suivre l’évolution de nos coureurs québécois. J’ai vite constaté, à voir les temps de passage, que certains d’entre eux couraient ensemble.

La course a été difficile. Très difficile. Sur 66 au départ du 100 milles, ils étaient seulement 18 à l’arrivée. Plusieurs se sont arrêtés à la mi-parcours, obtenant ainsi un classement officiel pour la course de 50 milles qui se déroulait en même temps. Le gagnant, James Blandford, est un habitué des courses dures: c’est lui qui a remporté le Massanutten en mai. Les Québécois ne sont pas demeurés en reste. Joan a terminé en excellente 3e position; son récit de course est du bonbon, à ne pas manquer (me croirez-vous si je vous dis qu’il est rentré au travail en courant deux jours plus tard ?!?  T’es une machine, Joan !). Le toujours souriant Pierre Lequient a quant à lui fini 4e et Pierre Arcand, 6e. Quant à Pat, il s’est arrêté après une soixantaine de milles. Il nous raconte son expérience ici. Cette lecture m’a beaucoup fait réfléchir.

Record du monde à Berlin – Berlin a la réputation d’être un marathon ultra-rapide. Je ne sais pas ce qui se passe là-bas, mais les records du monde y tombent comme des mouches. Je suppose que le parcours est très plat, mais il y a certainement autre chose. Est-ce le climat ?  Le bitume ?  Le fait que les pacers engagés par l’organisation sont de très haut niveau ?

En tout cas, le Kenyan Wilson Kipsang y a réussi dimanche une course parfaite et a fait éclater le record du monde: 2:03:23, soit 15 secondes de mieux que l’ancien record de Patrick Makau. Kipsang est un coureur établi qui avait failli s’emparer du record en 2011 en faisant 2:03:42 à Francfort. Gagnant à Londres en 2012, il avait raté sa chance aux Jeux olympiques trois mois plus tard: il était l’un des deux Kenyans à s’être fait jouer un vilain tour par l’Ougandais Stephen Kiprotich dans les derniers kilomètres.

À Berlin, il a réussi une course parfaite. Se tenant à l’arrière du peloton de tête amené avec vigueur par deux pacers de très haut calibre, il a conservé un rythme constant du début à la fin. En effet, ses splits sur 5 km ont varié de 14:27 à 14:48 (non mais, comment ils font pour aller à une telle vitesse bout de sacrament ?!?). Du grand art.

Seul bémol: un tata qui a décidé de faire une pub pour un site de prostitution et qui a réussi à se faufiler pour franchir le fil d’arrivée juste devant Kipsang. Donc, pas de photo d’arrivée triomphale pour le nouveau recordman du monde. Dommage.

Record de parcours au Vermont 50 – Celle-là m’a fait énormément plaisir. Ma course préférée, à laquelle je ne pouvais pas participer alors qu’il faisait un temps splendide, a été remportée par David Le Porho. Le sympathique David a donné une véritable leçon de course à Brian Rusiecki, le vainqueur de l’année passée, en établissant un record du parcours (6:09:31 !) et laissant ce dernier 24 pleines minutes derrière lui.

Au cours d’une conférence à laquelle j’ai assisté récemment, David a dit être en préparation pour sa première course de 100 milles. La course visée ?  Le Western States 100, rien de moins. Comme il est très rapide (il a fait 2h21 sur marathon cet été) et qu’il n’est pas du genre à s’embarquer dans un projet à la légère, je ne parierais pas contre lui. Je pense que les chances qu’on le voit à St-Donat l’an prochain sont plutôt minces. 😉

En début de saison, j’ambitionnais de compétitionner avec les meilleures femmes lors du VT50. En effet, Amy Rusiecki (oui, la femme de l’autre) avait gagné en 8h18 l’an passé, soit 24 minutes de mieux que moi. Je me disais qu’avec un entrainement plus poussé en côtes et une meilleure gestion des ravitaillements, peut-être que… Or cette année, elle est descendue sous les 8 heures… mais ce n’est pas elle qui a gagné. C’est plutôt Aliza Lapierre qui a fait un temps-canon de 7:01:08.  Définitivement que j’aurais eu à réviser mes ambitions à la baisse !

Augmentation des mesures de sécurité à New York – Ça fait des semaines que les New York Road Runners m’envoyaient des courriels de schnoutte. De la pub pour leurs autres courses, des promos à la noix, des sondages, etc. Puis est arrivé le courriel que nous attendions en espérant ne jamais le recevoir: celui à propos des nouvelles mesures de sécurité.

On voit immédiatement les effets post-Boston 2013. En gros, on nous dit que tous les sacs à dos risquent d’être fouillés, que les spectateurs doivent se préparer à de longues files d’attente, que l’aire des retrouvailles risque d’être très difficile d’accès et qu’il serait préférable de donner rendez-vous à ses proches ailleurs (ha oui, où ça ?  À la Statue de la Liberté ?). À ça s’ajoute une longue liste d’articles qu’il sera interdit pour nous coureurs de transporter. Il y en a des évidents: couteaux, armes-qui-n’en-sont-pas-mais-qui-pourraient-l’être (genre un marteau), armes à feu (duh !), etc. Mais il y a aussi des articles qui pourraient être utiles en course qui seront interdits. Les vestes d’hydratation, par exemple. Honnêtement, celle-là me dérange un peu plus car j’avais jonglé avec l’idée d’utiliser la mienne au lieu de ma ceinture. Maintenant, comme il y a des points d’eau à chaque mille, je pense sérieusement à faire comme tout le monde: courir avec rien. Ce serait une première pour moi.

Mais malgré toutes ces belles précautions, dans ce genre d’événement, on ne peut pas tout prévoir. Juste à voir comment un nono a réussi à s’infiltrer en fin de parcours à Berlin…

Pendant ce temps-là, du côté du blessé… – Le Grand Blessé a reçu son traitement d’ostéo vendredi dernier. Toujours le même problème: mes muscles sont trop contractés, alors les tendons sont sollicités en permanence. Et les douleurs finissent par se pointer…

Le remède ?  Repos (pas facile !), étirements (ça semble marcher) et massages. Suite au traitement, j’ai reçu l’ordre de me reposer au moins 48 heures, le temps que ses manipulations fassent effet. Pour une fois, j’ai écouté, me contentant de marches comme exercice durant la fin de semaine. Puis lundi, à vélo, je suis parti pour la première fois sans ma Garmin, question de mettre toutes les chances de mon côté pour y aller vraiment mollo. Car je me connais, quand je vois une vitesse affichée qui ne fait pas mon affaire, je pousse toujours un petit peu…

Mardi, retour à la course. Encore là, relaxe: 15 km que j’ai faits à 4:25/km de moyenne pour entrer au travail. Les genoux ont tenu le coup, mais ça faisait vraiment bizarre de terminer avec un sentiment du style “il me semble que j’aurais pu aller pas mal plus vite…”. Pas habitué à ça, le monsieur. Aujourd’hui, c’était encore le mollo-vélo et demain, un autre 15 km. En espérant que ça tienne encore…