Le coureur de fond ou le sprinter ?

La nouvelle est sortie il y a plusieurs jours, mais je ne pouvais la laisser passer sans ajouter mon grain de sel: le sprinter Usain Bolt a accepté de relever le défi lancé par le coureur de fond Mo Farah. Ce dernier. vainqueur sur 5000 et 10000 mètres aux derniers Jeux olympiques, avait lancé l’idée que les deux athlètes s’affrontent sur une distance mitoyenne, les profits d’une telle confrontation allant à des oeuvres de charité. Donc, rien à voir avec la fameuse confrontation sur 150 mètres qui devait supposément déterminer, en 1997, lequel de Donavan Bailey ou Michael Johnson était l’homme le plus rapide du monde (alors qu’en réalité, c’est Maurice Greene qu’aurait dû revenir le titre). Comme il y avait un gros magot à la clé pour le gagnant, les négociations avaient été ardues entre les deux parties. Bailey avait même menacé de se retirer quand il avait appris que la course aurait lieu sur une piste composée d’une courbe de 75 mètres suivie d’une ligne droite de 75 mètres.  Le tout s’était terminé en queue de poisson, alors que Johnson s’était blessé en pleine course.

Dans le cas de Farah et Bolt, la grande question est: quelle distance présenterait une course intéressante ? Rappelons que Bolt est double tenant des titres olympiques sur 100 et 200 mètres. Il est sans contredit le plus grand sprinter de tous les temps. On dit qu’il s’entrainerait à faire des 400 mètres, question d’améliorer son « endurance » dans les fins de course. Quant à Farah, il compétitionne parfois sur 1500 mètres dans le but d’améliorer sa vitesse. L’affrontement devrait donc obligatoirement se dérouler sur une distance comprise entre les deux. Le 800 mètres étant considéré comme une épreuve de demi-fond au même titre que le 1500 mètres, il n’est pas surprenant que le choix se soit arrêté sur 600 mètres.

Le débat enflamme déjà les experts: qui gagnera ?  Les deux hommes sont tellement différents, leurs spécialités si éloignées les unes des autres, qu’au bout du compte, on ne sait pas. À première vue, on pourrait penser que Bolt est avantagé, car finalement, 600 mètres, ce n’est pas tellement plus long que 200, non ?  Un tour de piste de plus, c’est quoi, hein ?  Sauf que justement, l’effort que Bolt est habitué de fournir ne cadre vraiment pas avec une course aussi « longue ». Le sprint, c’est une explosion. Le corps humain est tout simplement incapable de produire un tel effort sur plus de 200 mètres. Pourrait-il alors se « retenir » et se contenter de suivre sur un tour de piste pour lâcher son énorme pointe de vitesse dans les derniers 200 mètres ?  Peut-être, mais lui resterait-il assez d’énergie pour le faire à ce moment-là ?

Car voyez-vous, ça n’a l’air de rien, mais Farah est capable de tenir une vitesse de 26.5 km/h sur 800 mètres. Après 400 mètres à ce régime, resterait-il encore de l’essence dans le réservoir de Bolt, qui ne l’oublions pas, doit trainer une carcasse de 6’5" et 200 livres ?  Pas certain. De plus, Bolt ne connait rien aux tactiques de course. Pour lui, chacun court dans son couloir et que le plus fort (c’est-à-dire lui) gagne. En courses de demi-fond et de fond, la tactique joue un rôle crucial. En effet, tout comme en cyclisme, celui qui prend la tête en début de course dépense plus d’énergie que les autres, la résistance de l’air à de telles vitesse n’étant pas négligeable. Toutefois, il est possible que la course se fasse en couloirs. En effet, le 400 mètres se déroule en couloirs alors que le 800 mètres se dispute « tout le monde ensemble ».  Qu’est-ce que ce sera sur 600 mètres ?

Ma prédiction ?  Mes lecteurs connaissent mon aversion pour les sprinters et leurs sparages. Je n’aime pas les sprinters, même s’ils sont sympathiques comme Bolt ou notre cher Bruny Surin. En fait, j’entretiens un rapport d’amour-haine avec eux, car je suis toujours incapable de quitter le téléviseur des yeux quand un grand sprint se prépare. Alors mon cœur va du côté de Farah et je crois que si la course se déroule en dehors du balisage des couloirs, il pourrait bien gagner. Mais si les deux hommes sont confinés à demeurer entre deux lignes blanches, sans interaction, ce sera Bolt. Malheureusement.

Les sprinters et moi

Après les grosses émotions, retour à la « normalité »: la course, ce sport qui m’a semblé tellement superflu par moments hier et si essentiel aujourd’hui. Comme quoi notre point de vue sur un aspect de notre vie peut parfois changer diamétralement en l’espace de quelques heures…

Bon, tradition oblige, j’étais vissé au petit écran cet après-midi pour LE festival des sprinters: le relais 4 x 100 mètres. Je regarde les Jeux olympiques depuis mon adolescence et c’est le relais 4 x 100 mètres remporté par les Canadiens à Atlanta en 1996 qui m’a donné les plus grandes émotions au cours de ces années. Donavan Bailey qui traverse la ligne en joggant pour narguer les Américains, le silence dans le stade… Inoubliable.

Mais depuis que je cours, les sprinters et moi… Je ne sais pas si c’est l’influence de Foglia, mais tout comme lui, leurs sparages m’énervent. En fait, ils m’ÉNARVENT !!!  Ça me révolte (bon, le mot est peut-être un peu fort) que ces gars-là gagnent la même médaille que ceux qui s’étaient esquintés sur le 50 km marche quelques heures auparavant et ceux qui le feront demain sur le marathon. De les voir déconner avant, enlever leurs survêtements, faire leur petit 10 secondes, puis jouer à la rock star avec un tour d’honneur qui ne finit plus, pas capable. Et Usain Bolt qui fait la baboune parce que les officiels ne veulent pas lui laisser le témoin en souvenir, pauvre petit gars… Si vous étiez un peu fatigués après vos performances les gars, peut-être que vous auriez moins d’énergie à dépenser après pour faire des singeries !

Et pourtant, pas question de manquer ça. Dans le genre paradoxe…  Parce que pedant ces 37 secondes, on a eu droit à tout un spectacle. La puissance à l’état pur, le synchronisme parfait (en fait, il ne l’était même pas !) des Jamaicains, les Américains qui leur soufflaient dans le cou durant les 300 premiers mètres, Bolt qui s’envole littéralement dans la dernière ligne droite… Wow !  Tout ça sans oublier la joie puis le drame du Canada, bon troisième pendant quelques minutes, avant d’apprendre qu’il était disqualifié…

Pourquoi donc faut-il qu’ils enrobent le tout d’un sirop qui finit par être si sucré qu’il donne mal au coeur ?

Heureusement, les Jeux nous gardent toujours le meilleur pour le dessert: le marathon masculin qui sera couru demain. Un contingent de coureurs très très relevé, un parcours relativement facile, des conditions probablement propices à de belles performances (il faisait très froid dans le stade en soirée, alors il ne devrait pas faire trop chaud rendu au matin).

Une prédiction ?  Le Kenyan Abel Kirui, un habitué des grands rendez-vous. Il devrait descendre sous les 2h05, à moins qu’on se retrouve avec une course tactique, où tout peut arriver. Alors un outsider (donc pas kenyan ni éthiopien) pourrait se faufiler. Les Américains pourraient alors jouer les trouble-fête…

Les Canadiens ?  Il n’y en a pas un parmi nos trois représentants qui ne soit jamais descendu sous les 2h10, alors… Une place dans les 15 premiers serait une performance exceptionnelle. Peut-être Dylan Wykes…

En tout cas, je vais savoir quoi faire en déjeunant demain matin !  🙂