Le jeunot qui fait la leçon aux vétérans

Avec deux jours de retard, mes impressions sur le marathon des hommes aux Jeux de Londres (j’ai manqué celui des femmes, étant parti en camping ce jour-là)

Ce matin-là, j’ai ouvert l’oeil à 5h40. « Ha, il me reste 20 minutes, cool ! » que je me suis dit. Quand je l’ai rouvert pour la deuxième fois, il était 6h30. Merde, ça faisait déjà une demi-heure que le marathon olympique était parti, ils devaient bien avoir 10 kilomètres dans les jambes à cette heure. Comme nous dormions sur le divan-lit du salon de mes beaux-parents, je me suis précipité sur la télécommande pour ouvrir la télé sur le champ. L’image est apparue comme le peloton de tête venait de franchir les 10 kilomètres. J’arrivais juste au bon moment.

Pendant que Barbara, toujours fatiguée de sa mésaventure et de sa nuit à l’hôpital, dormait à poings fermés, j’ai regardé évoluer en direct un grand classique.

Premier acte, le Kenyan Wilson Kipsang Kiprotich, détenteur de la deuxième performance de tous les temps, s’est détaché du peloton. Il est demeuré très longtemps seul en tête, avec une bonne avance sur un premier groupe de poursuivants. Ce groupe s’est effiloché au fil des kilomètres et je pensais bien que Kiprotich s’en allait vers une belle victoire en solo.

Deuxième acte: les derniers rescapés du groupe de poursuite, le deuxième Keyan, mon favori pour la victoire, Abel Kirui, accompagné d’un presque inconnu, l’Ougandais Stephen Kiprotich (incroyable qu’il ait le même nom de famille que l’autre sans être de la même nationalité) ont rattrapé le fuyard. Les trois sont demeurés ensemble de longs moments. L’Ougandais, âgé de seulement 23 ans, semblait peiner à suivre les deux vétérans de 30 ans. Ceux-ci échangaient parfois quelques mots: ils parlaient probablement stratégie.

À un moment donné, je vous jure que ça m’est passé par l’idée: pendant qu’ils jasaient devant, ces deux-là, l’autre restait bien sagement à l’abri derrière. À 20 km/h, disons que côté résistance de l’air, ça fait une différence, non ?  Mais l’Ougandais semblait vraiment une coche sous les deux autres, il allait craquer, c’était seulement une question de temps. D’ailleurs, on le voyait parfois à la traine, quelques mètres derrière, mais il parvenait toujours à recoller…

Troisième acte: autour du kilomètre 37, l’Ougandais est passé à l’attaque. Une accélération que les deux autres n’ont pas vue venir, c’était assez évident. Kiprotich (le Kenyan), déjà fatigué de son effort solo, a décroché assez rapidement.  Kirui a essayé tant bien que mal de boucher le trou, mais le mal était fait. Le petit jeune venait de faire la leçon aux deux autres. Il s’est économisé toute la course en demeurant sagement derrrière, laissant les autres dépenser leur énergie, puis paf, ils les a assomés avec une accélération. Impressionnant. Parions toutefois qu’il sera marqué lors de ses prochaines courses et qu’il ne pourra plus jamais faire le coup.

Côté canadien, résultats très satisfaisants: Dylan Wykes a terminé 20e, Eric Gillis, 22e et Reid Coolsaet, 27e.

J’avais prédit un temps autour de 2h05 pour le vainqueur. Erreur d’évaluation. Le parcours avait beau être relativement plat, on est tout de même au mois d’août, pas en avril comme lors du marathon de Londres… Donc, des temps plus lents: 2h08 pour le gagnant, autour de 2h15 – 2h16 pour nos Canadiens. C’était logique.

Côté couverture télé, des images magnifiques de la télévision officielle. Par contre, le consortium V-RDS ne nous a vraiment pas gâtés dans ce qu’il pouvait contrôler. Premièrement, la conférence de presse de Marcel Aubut et compagnie pour nous annoncer la porte-drapeau du Canada pour la cérémonie de clôture: inutile, ennuyeuse et vraiment trop longue. Franchement, dans le genre de nouvelle qui pouvait attendre… Heureusement qu’il y avait des stations anglophones qui avaient autre chose à montrer. Une course, genre…

Ajoutez à ça qu’après être revenus à la course, ils ont réussi à aller en pause publicitaire au moment où l’attaque a eu lieu. Hello, ils étaient trois, à 5 km de l’arrivée, c’était certain que ça allait se produire à un moment donné, non ?

Autre chose qui m’a dérangé et j’avoue que ça me fait un peu de peine d’en parler. Pierre Houde et Richard Garneau sont de grands professionnels. J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour monsieur Garneau, un homme discret, rigoureux. Mais malheureusement, on dirait qu’il commence à avoir de la difficulté à suivre le rythme. Je n’ai pas pu suivre les compétitions d’athlétisme, alors je ne peux pas parler du reste de son travail, mais pour le marathon, hou la la…  Ha, il était rapide pour aller vérifer les performances antérieures des coureurs et nous les transmettre, mais quand venait le temps d’analyser ce qui se passait… Monsieur Houde et lui ont passé la deuxième moitié de la course à nous dire « qu’on se dirigeait vers un 2h06 », alors qu’un simple calcul mental nous donnait l’évidence que ça n’arriverait pas. Quel calcul mental ?  Facile: 3 minutes au kilomètre, ça donne 2h06 sur 42 km (donc 2:06:36 pour 42.2). Peu après la mi-parcours, les temps de passage étaient déjà plus lents que ce rythme et la cadence n’allait certainement pas s’accélérer vers la fin, surtout à voir les coureurs s’asperger d’eau comme ils le faisaient. Ça me surprend que messieurs Houde et Garneau aient manqué ça (surtout monsieur Houde qui a parlé d’une « simple règle de 3 », son frère n’aurait pas fait cette erreur). Je vais mettre ça sur le compte de la fatigue de la longue semaine que ces gens ont eue à couvrir les différentes épreuves. Ou des ordinateurs qui donnent de nmauvaises informations ?

Un petit mot en terminant sur la cérémonie de remise des médailles, qui s’est tenue durant la cérémonie de clôture. Je l’ai trouvée de très bon goût. Avez-vous vu le sourire timide et satisfait du gagnant ?  La fatigue dans les yeux des trois hommes ?  J’en suis encore ému.  Maudit qu’on est loin des sparages de Bolt et ses acolytes (désolé, fallait que j’en reparle…) !

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Les sprinters et moi

Après les grosses émotions, retour à la « normalité »: la course, ce sport qui m’a semblé tellement superflu par moments hier et si essentiel aujourd’hui. Comme quoi notre point de vue sur un aspect de notre vie peut parfois changer diamétralement en l’espace de quelques heures…

Bon, tradition oblige, j’étais vissé au petit écran cet après-midi pour LE festival des sprinters: le relais 4 x 100 mètres. Je regarde les Jeux olympiques depuis mon adolescence et c’est le relais 4 x 100 mètres remporté par les Canadiens à Atlanta en 1996 qui m’a donné les plus grandes émotions au cours de ces années. Donavan Bailey qui traverse la ligne en joggant pour narguer les Américains, le silence dans le stade… Inoubliable.

Mais depuis que je cours, les sprinters et moi… Je ne sais pas si c’est l’influence de Foglia, mais tout comme lui, leurs sparages m’énervent. En fait, ils m’ÉNARVENT !!!  Ça me révolte (bon, le mot est peut-être un peu fort) que ces gars-là gagnent la même médaille que ceux qui s’étaient esquintés sur le 50 km marche quelques heures auparavant et ceux qui le feront demain sur le marathon. De les voir déconner avant, enlever leurs survêtements, faire leur petit 10 secondes, puis jouer à la rock star avec un tour d’honneur qui ne finit plus, pas capable. Et Usain Bolt qui fait la baboune parce que les officiels ne veulent pas lui laisser le témoin en souvenir, pauvre petit gars… Si vous étiez un peu fatigués après vos performances les gars, peut-être que vous auriez moins d’énergie à dépenser après pour faire des singeries !

Et pourtant, pas question de manquer ça. Dans le genre paradoxe…  Parce que pedant ces 37 secondes, on a eu droit à tout un spectacle. La puissance à l’état pur, le synchronisme parfait (en fait, il ne l’était même pas !) des Jamaicains, les Américains qui leur soufflaient dans le cou durant les 300 premiers mètres, Bolt qui s’envole littéralement dans la dernière ligne droite… Wow !  Tout ça sans oublier la joie puis le drame du Canada, bon troisième pendant quelques minutes, avant d’apprendre qu’il était disqualifié…

Pourquoi donc faut-il qu’ils enrobent le tout d’un sirop qui finit par être si sucré qu’il donne mal au coeur ?

Heureusement, les Jeux nous gardent toujours le meilleur pour le dessert: le marathon masculin qui sera couru demain. Un contingent de coureurs très très relevé, un parcours relativement facile, des conditions probablement propices à de belles performances (il faisait très froid dans le stade en soirée, alors il ne devrait pas faire trop chaud rendu au matin).

Une prédiction ?  Le Kenyan Abel Kirui, un habitué des grands rendez-vous. Il devrait descendre sous les 2h05, à moins qu’on se retrouve avec une course tactique, où tout peut arriver. Alors un outsider (donc pas kenyan ni éthiopien) pourrait se faufiler. Les Américains pourraient alors jouer les trouble-fête…

Les Canadiens ?  Il n’y en a pas un parmi nos trois représentants qui ne soit jamais descendu sous les 2h10, alors… Une place dans les 15 premiers serait une performance exceptionnelle. Peut-être Dylan Wykes…

En tout cas, je vais savoir quoi faire en déjeunant demain matin !  🙂