De mauvaise foi

Bon, vous allez dire que je suis de mauvaise foi. Que c’est la pluie d’aujourd’hui qui m’a empêché d’enfourcher mon vélo pour me rendre au travail qui m’a rendu d’humeur maussade. Et vous avez peut-être un peu raison, mais que voulez-vous, à 43 ans, on ne me changera pas !

Qu’est-ce qui me fait râler ?  Un petit article paru dans La Presse+ hier qui ne faisait ni plus ni moins que je répéter ce qu’on retrouve ici. Ainsi donc, selon une étude de l’Institut de Cardiologie de Montréal, le sport à haute intensité pendant plusieurs années peut être nuisible pour le coeur.

En fait, ça, c’était le titre de l’article. Quand on se donne la peine de lire un peu plus loin, on retrouve une belle phrase qui diminue passablement la crédibilité de l’ensemble du texte. Je cite: “Les résultats sont probants: la pratique de l’exercice physique à haute intensité peut provoquer une susceptibilité à la fibrilation auriculaire chez certains sujets.” (les caractères gras sont de moi). On va peut-être m’accuser de jouer sur les mots, mais pour moi, l’utilisation du verbe “pouvoir” et du mot “certains” démontrent que les résultats ne sont vraiment pas probants, justement…

Mais il y a plus. Les résultats sont basés sur la reproduction en laboratoire de l’exercice à haute intensité chez l’être humain en la transposant chez des rongeurs. En effet, les chercheurs en ont fait courir une heure par jour pendant 8 à 16 semaines, “l’équivalent de 10 ans d’exercice chez l’être humain”. D’où vient cette équivalence  ?  D’une bête règle de trois ?  Et 10 ans, c’est pour 8 ou 16 semaines ?  Ce n’est pas vraiment la même chose… Et désolé de vous l’apprendre, messieurs les chercheurs, mais n’importe quelle personne qui a eu un hamster sait que ces petites bêtes courent bien plus que ça et ce, durant toute leur vie. En les faisant courir une heure par jour, vous les avez restreints, pas le contraire… Bon, probablement que les rongeurs utilisés étaient des rats et que peut-être que génétiquement, les rats sont plus proches de l’être humain que du hamster et qu’ils ne courent normalement pas durant toute la nuit.  Mais j’en doute. Quelqu’un peut m’éclairer à ce sujet ?

Les chercheurs stipulent que ces résultats devront être confirmés par des études sur des cohortes d’êtres humains (duh !?!). Question simpliste du profane: ils n’auraient pas pu tout simplement commencer par là ?  Une petite enquête auprès d’anciens athlètes de tous les niveaux, puis comparer le tout à la population en général, genre…

L’article se termine par un paragraphe sur la fibrilation auriculaire. De beaux chiffres sont lancés: “on estime qu’une personne sur 4 souffrira de fibrilation auriculaire au cours de sa vie. Au Canada, près de 250000 personnes sont atteintes de cette forme d’arythmie”. Selon le dernier recensement, notre pays comptait environ 33.5 millions d’habitants en 2011. J’ai beau faire le calcul de tous bords tous côtés, ça ne marche pas. Est-ce que ça se guérit ?  Ce qui expliquerait que certaines personnes en ont souffert et n’en souffrent plus ?  Est-ce que tant de personnes que ça vont en souffrir plus tard ?  Parce que 250000 sur 33.5 millions, c’est une personne sur 134. On commence à être loin du compte…

Bref, comme je disais, je suis probablement de mauvaise foi. Mais quand on nous attire avec un titre accrocheur du style “Le marathon est dur pour le coeur” (ça, c’était sur La Presse+) et qu’on nous garroche des chiffres qui ne tiennent pas debout après nous avoir présenté les résultats d’une étude faite sur des rongeurs, je n’ai qu’une chose qui me vient en tête: retournez faire vos devoirs. Ça me rappelle la fameuse étude qui avait conclu que le port du soutien-gorge augmentait de façon extraordinaire le risque de développement du cancer du sein chez la femme. Du grand n’importe quoi.

Bon, c’est la semaine du Grand Prix…  Il est où le médecin qui va nous sortir comme à chaque année que piloter un Grand Prix, c’est aussi dur pour le corps que courir un marathon ?  Tant qu’à chiâler…  😉

Dans l’humidité

L’humidité était à son comble samedi quand mon amie Maryse est arrivée au Mont St-Bruno. J’y étais depuis près de 90 minutes et je m’étais arrêté tellement souvent pour reprendre mon souffle/mouiller ma casquette/enlever mon t-shirt que je n’avais fait que 12 km. Je les avais faits le plus rapidement possible (4:32/km de cadence moyenne), mais il n’en demeure pas moins qu’à force d’arrêter, je n’avais finalement pas couru tant que ça. C’était toutefois suffisant, surtout que j’accompagnerais mon amie sur une autre dizaine de kilomètres.

Quand elle m’a vu, tout dégoulinant dans ma splendeur, je n’ai pas eu droit à un câlin. Je ne comprends pas pourquoi… 😉  Au programme: des côtes. Car voyez-vous, Maryse habite Laval, c’est-à-dire un endroit où un viaduc d’autoroute est considéré comme une montagne, un peu comme chez nous d’ailleurs. Or, comme elle s’est inscrite à St-Donat, elle voulait avoir un aperçu de ce que seraient des vraies côtes.

J’avais prévu faire le Sentier des Lacs (8.8 km), mon préféré, en faisant une bifurcation vers la côte de la tour de télécom. Mais avec la chaleur, je lui ai proposé de nous rendre directement à la tour et revenir, tout simplement. Elle préférait toutefois y aller plus graduellement, nous avons donc pris le sentier et son parcours vallonné.

J’avoue qu’elle m’a impressionné: ça prenait du caractère pour affronter des côtes pour la première fois par une telle chaleur. Je lui ai appris quelques rudiments de la course en montagnes, comme par exemple marcher en montant pour récupérer au lieu de le faire sur le plat et essayer de courir en montant. En effet, la différence de vitesse entre la marche et la course n’est pas immense en montant, mais sur le plat par contre…

Dans les deux derniers kilomètres, comme ça descendait beaucoup, mais avec une pente assez douce, elle s’est laissée aller. C’était beau à voir: sa queue de cheval qui battait au rythme de ses foulées, de grandes enjambées (pour un bout de femme de 5’2”, on s’entend) qui sautaient par dessus les obstacles, elle avait l’air de s’amuser comme un petite fille; autant que moi quand je descends. Lui aurais-je transmis le goût de courir dans le bois ?

En tout cas, je ne lui ai pas transmis le goût de collectionner les chaussures de course.  Vous auriez dû lui voir le visage et surtout, entendre le sermon qu’elle m’a servi quand elle a vu mon arsenal… Si j’ai envie d’avoir 15 paires de souliers pour faire de la peinture, j’ai bien le droit, non ?  Bref, j’ai fait une erreur: maintenant, elles sont rendues deux à me dire que je devrais me débarrasser de ces godasses avec lesquelles j’ai parcouru tant de kilomètres.

Puis dimanche, j’y suis retourné, seul cette fois. Mon avant-dernière très longue sortie avant St-Donat: 46 km. L’humidité était encore à couper au couteau. En plus, il pleuvait et il n’y avait pas le moindre signe de vent. La température idéale pour faire autre chose que courir. J’ai essayé de me “réchauffer” (bizarre d’utiliser ce terme quand on transpire juste à respirer), mais comme j’étais envahi par les foutus maringouins, j’ai coupé ça court et suis parti.

La pluie tombait, c’était écrasant. Mon corps était récalcitrant et m’a rapidement donné une indication que la journée serait longue: le premier kilomètre en 4:45, alors qu’une bonne partie avait été faite en descente et le reste sur le plat. Pas bon signe…

J’ai évolué, lentement, à la cadence que mes jambes déjà taxées me permettaient d’avancer. Autour du 9e kilomètre, alors que j’étais en montée et que la pluie était diluvienne, qui s’est montré le bout du nez ?  Mon bon “ami” le surveillant (en tout cas, s’il ne l’est pas, il a une légère tendance à se prendre pour ça). Pas en pickup comme l’an passé, mais en cart de golf cette fois. Probablement parce que c’est plus pratique pour aller écoeurer le monde dans les sentiers…

Il s’est arrêté pour me demander si j’avais mon droit d’accès sur moi (il a été très courtois, je dois l’admettre). Tu me niaises, bonhomme ?  Il tombe de la merde, penses-tu sérieusement que je serais ici si je n’étais pas un habitué ?!?

J’ai répondu que ma carte était dans mon Camelbak (ce qui était vrai) et entrepris de défaire les millions de courroies en montrant que c’était tellement compliqué de tout défaire ça… Il m’a demandé si ma carte était encore valide et quand je lui ai répondu qu’elle l’était jusqu’au 31 juillet, il a dit que c’était correct, que je n’avais pas besoin de la sortir, m’a souhaité une bonne journée et est parti. Mais pourquoi diable ce gars-là est-il le seul qui m’ait jamais demandé ma carte dans ce parc ?  Pourquoi ne se contente-t-il pas d’envoyer la main et faire un beau sourire aux coureurs comme le font les autres ?

Les kilomètres se sont mis à s’accumuler, lentement mais sûrement, comme dans un ultra. Je prenais bien soin d’emprunter les sentiers et détours les plus difficiles, ayant une petite idée de ce qui m’attend en compétion pour le reste de la saison. Arrivé au sommet du centre de ski, la pluie n’avait pas ralenti ses ardeurs, bien au contraire. 7 jours plus tôt, j’étais au même endroit, sous la pluie encore une fois, mais je gelais. Cette fois-ci, la pluie me faisait presque du bien…

Mais pas autant qu’à une dame croisée à l’accueil on dirait… Elle m’a abordé, me disant: “C’est vraiment le fun de courir sous la pluie, non ?  On se croirait dans la jungle !”. Ouais, l’Amazonie, ce n’est pas habituellement le portrait que je me fais d’une belle course. J’ai comme dans mon idée qu’elle n’avait pas un programme aussi chargé que le mien…

Les longues sorties, c’est aussi le moment idéal pour faire (encore) des tests. Dimanche, j’essayais le GU Brew à la place de mon traditionnel Gatorade dans mon Camelbak. Et comme il faisait chaud, je buvais souvent: à tous les kilomètres. C’est bien, le GU Brew, c’est moins collant que le Gatorade et ça se tolère mieux à la longue. Mais ça ne goûte pas grand chose, finalement. Bah, c’est mieux que de l’eau.

Sauf que ce qui devait arriver, arriva: au 40e kilomètre, j’étais à sec. J’ai pu me rendre à l’accueil sans problème, mais l’avertissement était lancé: seulement un Camelbak, ce n’est pas assez. Je dois définitivement trouver autre chose qui est un, moins lourd et deux, plus facile à remplir. J’ai un prospect en vue, j’ai hâte de faire un essai. Histoire à suivre…