Dans l’humidité

L’humidité était à son comble samedi quand mon amie Maryse est arrivée au Mont St-Bruno. J’y étais depuis près de 90 minutes et je m’étais arrêté tellement souvent pour reprendre mon souffle/mouiller ma casquette/enlever mon t-shirt que je n’avais fait que 12 km. Je les avais faits le plus rapidement possible (4:32/km de cadence moyenne), mais il n’en demeure pas moins qu’à force d’arrêter, je n’avais finalement pas couru tant que ça. C’était toutefois suffisant, surtout que j’accompagnerais mon amie sur une autre dizaine de kilomètres.

Quand elle m’a vu, tout dégoulinant dans ma splendeur, je n’ai pas eu droit à un câlin. Je ne comprends pas pourquoi… 😉  Au programme: des côtes. Car voyez-vous, Maryse habite Laval, c’est-à-dire un endroit où un viaduc d’autoroute est considéré comme une montagne, un peu comme chez nous d’ailleurs. Or, comme elle s’est inscrite à St-Donat, elle voulait avoir un aperçu de ce que seraient des vraies côtes.

J’avais prévu faire le Sentier des Lacs (8.8 km), mon préféré, en faisant une bifurcation vers la côte de la tour de télécom. Mais avec la chaleur, je lui ai proposé de nous rendre directement à la tour et revenir, tout simplement. Elle préférait toutefois y aller plus graduellement, nous avons donc pris le sentier et son parcours vallonné.

J’avoue qu’elle m’a impressionné: ça prenait du caractère pour affronter des côtes pour la première fois par une telle chaleur. Je lui ai appris quelques rudiments de la course en montagnes, comme par exemple marcher en montant pour récupérer au lieu de le faire sur le plat et essayer de courir en montant. En effet, la différence de vitesse entre la marche et la course n’est pas immense en montant, mais sur le plat par contre…

Dans les deux derniers kilomètres, comme ça descendait beaucoup, mais avec une pente assez douce, elle s’est laissée aller. C’était beau à voir: sa queue de cheval qui battait au rythme de ses foulées, de grandes enjambées (pour un bout de femme de 5’2”, on s’entend) qui sautaient par dessus les obstacles, elle avait l’air de s’amuser comme un petite fille; autant que moi quand je descends. Lui aurais-je transmis le goût de courir dans le bois ?

En tout cas, je ne lui ai pas transmis le goût de collectionner les chaussures de course.  Vous auriez dû lui voir le visage et surtout, entendre le sermon qu’elle m’a servi quand elle a vu mon arsenal… Si j’ai envie d’avoir 15 paires de souliers pour faire de la peinture, j’ai bien le droit, non ?  Bref, j’ai fait une erreur: maintenant, elles sont rendues deux à me dire que je devrais me débarrasser de ces godasses avec lesquelles j’ai parcouru tant de kilomètres.

Puis dimanche, j’y suis retourné, seul cette fois. Mon avant-dernière très longue sortie avant St-Donat: 46 km. L’humidité était encore à couper au couteau. En plus, il pleuvait et il n’y avait pas le moindre signe de vent. La température idéale pour faire autre chose que courir. J’ai essayé de me “réchauffer” (bizarre d’utiliser ce terme quand on transpire juste à respirer), mais comme j’étais envahi par les foutus maringouins, j’ai coupé ça court et suis parti.

La pluie tombait, c’était écrasant. Mon corps était récalcitrant et m’a rapidement donné une indication que la journée serait longue: le premier kilomètre en 4:45, alors qu’une bonne partie avait été faite en descente et le reste sur le plat. Pas bon signe…

J’ai évolué, lentement, à la cadence que mes jambes déjà taxées me permettaient d’avancer. Autour du 9e kilomètre, alors que j’étais en montée et que la pluie était diluvienne, qui s’est montré le bout du nez ?  Mon bon “ami” le surveillant (en tout cas, s’il ne l’est pas, il a une légère tendance à se prendre pour ça). Pas en pickup comme l’an passé, mais en cart de golf cette fois. Probablement parce que c’est plus pratique pour aller écoeurer le monde dans les sentiers…

Il s’est arrêté pour me demander si j’avais mon droit d’accès sur moi (il a été très courtois, je dois l’admettre). Tu me niaises, bonhomme ?  Il tombe de la merde, penses-tu sérieusement que je serais ici si je n’étais pas un habitué ?!?

J’ai répondu que ma carte était dans mon Camelbak (ce qui était vrai) et entrepris de défaire les millions de courroies en montrant que c’était tellement compliqué de tout défaire ça… Il m’a demandé si ma carte était encore valide et quand je lui ai répondu qu’elle l’était jusqu’au 31 juillet, il a dit que c’était correct, que je n’avais pas besoin de la sortir, m’a souhaité une bonne journée et est parti. Mais pourquoi diable ce gars-là est-il le seul qui m’ait jamais demandé ma carte dans ce parc ?  Pourquoi ne se contente-t-il pas d’envoyer la main et faire un beau sourire aux coureurs comme le font les autres ?

Les kilomètres se sont mis à s’accumuler, lentement mais sûrement, comme dans un ultra. Je prenais bien soin d’emprunter les sentiers et détours les plus difficiles, ayant une petite idée de ce qui m’attend en compétion pour le reste de la saison. Arrivé au sommet du centre de ski, la pluie n’avait pas ralenti ses ardeurs, bien au contraire. 7 jours plus tôt, j’étais au même endroit, sous la pluie encore une fois, mais je gelais. Cette fois-ci, la pluie me faisait presque du bien…

Mais pas autant qu’à une dame croisée à l’accueil on dirait… Elle m’a abordé, me disant: “C’est vraiment le fun de courir sous la pluie, non ?  On se croirait dans la jungle !”. Ouais, l’Amazonie, ce n’est pas habituellement le portrait que je me fais d’une belle course. J’ai comme dans mon idée qu’elle n’avait pas un programme aussi chargé que le mien…

Les longues sorties, c’est aussi le moment idéal pour faire (encore) des tests. Dimanche, j’essayais le GU Brew à la place de mon traditionnel Gatorade dans mon Camelbak. Et comme il faisait chaud, je buvais souvent: à tous les kilomètres. C’est bien, le GU Brew, c’est moins collant que le Gatorade et ça se tolère mieux à la longue. Mais ça ne goûte pas grand chose, finalement. Bah, c’est mieux que de l’eau.

Sauf que ce qui devait arriver, arriva: au 40e kilomètre, j’étais à sec. J’ai pu me rendre à l’accueil sans problème, mais l’avertissement était lancé: seulement un Camelbak, ce n’est pas assez. Je dois définitivement trouver autre chose qui est un, moins lourd et deux, plus facile à remplir. J’ai un prospect en vue, j’ai hâte de faire un essai. Histoire à suivre…

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Sous l’orage

Bah, la pluie, ça ne dure jamais longtemps en été…

C’est ce que je me disais quand je suis parti de chez moi mardi matin. Je m’attendais à faire une autre course dans la chaleur humide. Bien j’ai été plutôt servi côté humidité !  Il a plu tout le long du trajet m’amenant au pied du mont Royal et j’ai dû m’abriter sous un arbre pour faire mes réchauffements.

Pendant que je m’échauffe, je regarde distraitement l’endroit où aboutit le chemin Olmsted. Même à cette heure matinale, il y a habituellement une panoplie de coureurs qui arrivent et qui partent. Ce matin, je vois seulement une coureuse arriver. Ouin, je pense que je vais avoir la paix aujourd’hui…

Bon, avec les nuages et la pluie, premier problème technique: tout comme le satellite qui nous transmet les signaux pour la télé, celui ou ceux dont se sert mon GPS pour me donner des infos sur ma progression jouent à cache-cache. Je suis planté là, à la pluie, devant la statue de Georges-Étienne Cartier, à attendre que mon foutu GPS finisse par trouver ses signaux. Allô, il pleut !  Est-ce que je peux commencer à courir ?

Finalement, la technologie moderne me donne le OK et je pars. Je n’ai pas posé le pied dans le premier sentier que j’entends le tonnerre gronder. Et les nuages se mettent à passer du gris au noir, la pluie d’agréable à « vache qui pisse ». Dans le bois, j’ai peine à voir où je mets les pieds. J’ai beau commencer à connaitre le coin, on ne sait pas tout par coeur: roches, racines, etc. Mais ce sont des conditions auxquelles je dois m’habituer, au cas où… Et comme il fait chaud, la pluie ne dérange pas tant que ça.

Pendant l’ascension, je dois obligatoirement faire un bout sur le chemin Olmsted. Et là, je suis vraiment exposé au derrière de la vache. Et elle a toute un envie !  Il n’y a définitivement plus un seul centimètre carré de mon corps qui n’est pas déterempé!  Arrivent enfin les « vrais » sentiers. Ouf, je suis un peu plus à l’abri, mais on dirait qu’il fait encore plus noir que tantôt… Pour les montées, ça ne va pas si mal, mais pour les descentes, je dois ralentir car je ne peux distinguer si le sol mouillé est en terre ou en roche. C’est que la roche, c’est un tantinet plus glissant et je n’ai vraiment pas envie de me péter la marboulette, moi !

Rendu au belvédère, je décide d’aller jeter un coup d’oeil à la ville, question de l’admirer à la pluie. Ouais, bon, pas grand chose à voir: on dirait que les nuages la couvrent. Je repars. Les sentiers commencent à être remplis de flaques d’eau. Au bout d’un certain temps, je ne me donne même plus la peine de les contourner: je passe dedans. Et je continue à avancer à la vitesse vertigineuse d’un escargot, redoublant, retriplant même de prudence dans les descentes. Sans compter mes souliers qui commencent à alourdir…

Et l’orage qui continue de tomber. Les éclairs suivis de coups de tonnerre: ok, il semble assez loin. Je me sens tout de même comme dans le film Apocalypse Now: j’entends la musique de Wagner pendant que les bombes pleuvent autour de moi. Au lieu de faire du surf comme dans le film, je cours dans le bois. Puis, une idée me traverse l’esprit: et si la foudre frappait un arbre juste à côté de moi ?  Je lis déjà la première page du Journal de Montréal: « Un ingénieur d’Hydro-Québec tué par la foudre au mont Royal ! »  Et j’imagine le journaliste expliquer bêtement à ses lecteurs que j’aurais dû connaitre les risques, avec ma formation, et patati et patata. Oui, je les connais les risques, mais j’ai le droit de m’amuser, non ?

Parce que oui, je m’amuse comme un petit fou. Même avec l’orage qui ne tempère pas ses ardeurs. Les sentiers les plus larges sont maintenant des torrents où j’ai de l’eau aux chevilles. J’essaie d’emprunter les plus petits sentiers, mais il sont gorgés d’eau. Et j’avance toujours aussi lentement. S’il fallait que ce soit comme ça au Vermont 50 ?  Aille, 80 km comme ça ?  Pas certain de trouver ça amusant aussi longtemps, moi !

Finalement, l’orage se calme et laisse place à « seulement » de la pluie moins forte. Je peux maintenant voir où je vais. Les sentiers se drainent assez rapidement et à défaut d’être secs, redeviennent presque praticables. Puis je me rends compte d’une chose: je n’ai pas glissé une seule fois. Malgré les roches, les racines, la boue. Je dois me rendre à l’évidence: les souliers de trail, c’était extrêmement important par de telles conditions. Essentiel, même.

À la fin, je peux redescendre à pleine vitesse et compléter les 18 km que j’avais prévus faire. Les jambes couvertes de boue, le t-shirt et les shorts transpercés, le sourire au visage. Les très nombreux absents (j’ai rencontré plus de chiens que d’êtres humains !) de la montagne ont vraiment manqué quelque chose !

Le plus ironique dans tout ça ?  J’ai pris mon parapluie pour la petite marche de 15 minutes entre mon auto et le Saint Siège !  🙂