Il n’y a pas que le hockey dans la vie

Cette phrase désormais célèbre a été prononcée par Stéphane Richer, alors qu’il s’adressait aux journalistes durant son deuxième séjour avec le Canadien de Montréal. À l’époque, il avait été tourné en ridicule par la presse et les partisans. Dans ce temps-là, j’étais encore amateur de hockey et bien que je comprenais un peu ce qu’il voulait dire, je faisais partie de ceux qui pensaient qu’au salaire qu’il était payé, il devait au moins fournir les efforts en conséquence.

Aujourd’hui, cette phrase prend un tout autre sens. Avec les années, je me suis assoupli, j’ai compris bien des choses. L’argent, ce n’est pas tout. Et hier, en regardant le deuxième volet de la fabuleuse série documentaire Ma vie après le sport, j’ai eu honte d’avoir jugé Stéphane Richer jadis.

Nous ne le savions pas à l’époque, mais il vivait une grande détresse. Victime de dépression (non diagnostiquée, bien évidemment, car tout le monde le sait, les joueurs de hockey, ce sont des toughs), il n’était pas bien dans sa peau. Il jouait un rôle: celui de la vedette, du gars à qui tout réussit. Mais il était malheureux. Tellement malheureux qu’après une deuxième conquête de la coupe Stanley en carrière, tout au long de la route le ramenant du New Jersey vers la maison familiale, le grand Stéphane a pleuré au volant de sa Porsche. Il aurait dû vivre l’euphorie de la victoire, mais non. Rien. Il a même dû résister à la tentation de mettre fin à tout ça, là, sur le champ.

J’ai été troublé de le voir déballer le tout, sans la moindre censure, les yeux dans l’eau, avec une candeur rafraîchissante. Puis je me suis mis à penser à ce que j’avais fait le soir même. Après le boulot, comme Joan m’avait dit que la route vers la rive sud était tout à fait praticable (merci au ciel pour ce si beau redoux !), j’avais décidé de retourner à la gare de St-Lambert au pas de course. En approchant du pont de la Concorde, je me suis retourné, au cas où je le verrais à ma poursuite. Au loin, un coureur s’en venait dans ma direction. Je me suis dit que si c’était Joan, même en accélérant, je ne pourrais le distancer.

Je suis parti à toute vapeur et suis arrivé à l’île Ste-Hélène à bout de souffle. Je me suis retourné et effectivement, je n’avais pas réussi à prendre la moindre avance significative sur mon poursuivant. C’était certainement lui, alors je l’ai attendu pour lui dire un petit bonjour. Il est arrivé, tout sourire. Nous avons bavardé un peu, juste heureux d’être là, au-dessus du fleuve, à faire ce que l’on aime: courir. Puis nous sommes repartis, lui direction du pont, moi direction île Notre-Dame. Sur le circuit Gilles-Villeneuve, je me suis amusé à éviter les endroits glacés, à courir dans les flaques d’eau, à salir mon linge. Comme un enfant.

Le trottoir du pont Jacques-Cartier était fort bien praticable, mais ça a été assez compliqué pour moi et ma souplesse légendaire (qui se situe à mi-chemin entre celle du manche de hache et celle de l’enclume) de passer par-dessus la barrière située en bas des marches nous menant à la rive-sud. J’étais perché sur ladite barrière, me demandant comment j’allais réussir à descendre sans me péter la marboulette et je riais. Non mais qu’est-ce que je foutais là ?  Tu vas bientôt avoir 44 ans vieux con, tu as passé l’âge de ces acrobaties-là depuis longtemps…

Ce que je faisais ?  Je m’amusais. Contrairement à Stéphane Richer qui a encore aujourd’hui des relents du passé et pour qui même les matchs des anciens sont parfois difficiles tellement ils lui rappellent de mauvais souvenirs. Dans ses yeux et sa voix, on lisait une émotion: le regret. Le regret de ne pas avoir eu une vie normale, de ne pas avoir fait ce qu’il aimait. Est-ce qu’il aimait jouer au hockey ?  Ce n’est pas clair. Mais il détestait royalement l’attention qu’il recevait et ne pouvait plus vivre avec. Sauf qu’il n’avait pas le choix, il ne savait pas faire autre chose. Dans sa jeunesse, tout était hockey, hockey, hockey…

Je m’adresse donc ici aux parents. Je devine bien que ceux concernés ne sont pas du genre à lire un blogue sur la course, mais bon… Je vous dis donc ceci: c’est évident que vous voulez le bien de vos enfants, mais plus que tout, soyez attentifs à eux. Le langage non-verbal, ça parle beaucoup plus que les mots. Ils auront beau avoir tout le talent du monde, s’ils n’aiment pas ce qu’ils font, ils vont être malheureux. Et rien, surtout pas l’argent, ne changera quoi que ce soit à ça.

Hier, j’en ai eu la confirmation. Qui est le mieux dans sa peau ?  Les deux zigotos qui sortaient de la ville à la course ou le millionnaire qui avait des trémolos dans la voix ?

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4 avis sur « Il n’y a pas que le hockey dans la vie »

    • Merci pour le petit mot, Seb.
      Il semblerait que ça regarde très bien pour l’UTHC encore une fois cette année. C’est un succès qui est entièrement mérité, à mon humble avis. Félicitations à toi et à toute l’équipe !

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