Les petites vites

De retour après quelques jours assez occupés. Voici ce qui a retenu mon attention ces derniers temps.

Virgil Crest Ultras – Ça fait 10 jours que la course a eu lieu et je n’ai pas eu l’occasion d’en parler. Pourtant, durant la fin de semaine du Marathon de Montréal, mes pensées étaient non pas ici, mais bien dans un coin perdu de l’état de New York. Comme le temps était frais et pluvieux par chez nous, je me disais que ça devait être la même chose là-bas. En plus, avec le principe du double aller-retour pour le 100 milles, pas difficile d’imaginer que l’état des sentiers devait se détériorer à vue d’oeil à mesure que la journée (et la nuit) avançait.

Nous étions en mode “ménage” à la maison, car nous avions fait des rénos et elles étaient terminées. Est-ce qu’il y a une meilleure façon d’avoir la tête ailleurs que faire du ménage ?  J’en étais pathétique: j’allais voir les mises à jour sur le site de l’événement aux 30 minutes, question de suivre l’évolution de nos coureurs québécois. J’ai vite constaté, à voir les temps de passage, que certains d’entre eux couraient ensemble.

La course a été difficile. Très difficile. Sur 66 au départ du 100 milles, ils étaient seulement 18 à l’arrivée. Plusieurs se sont arrêtés à la mi-parcours, obtenant ainsi un classement officiel pour la course de 50 milles qui se déroulait en même temps. Le gagnant, James Blandford, est un habitué des courses dures: c’est lui qui a remporté le Massanutten en mai. Les Québécois ne sont pas demeurés en reste. Joan a terminé en excellente 3e position; son récit de course est du bonbon, à ne pas manquer (me croirez-vous si je vous dis qu’il est rentré au travail en courant deux jours plus tard ?!?  T’es une machine, Joan !). Le toujours souriant Pierre Lequient a quant à lui fini 4e et Pierre Arcand, 6e. Quant à Pat, il s’est arrêté après une soixantaine de milles. Il nous raconte son expérience ici. Cette lecture m’a beaucoup fait réfléchir.

Record du monde à Berlin – Berlin a la réputation d’être un marathon ultra-rapide. Je ne sais pas ce qui se passe là-bas, mais les records du monde y tombent comme des mouches. Je suppose que le parcours est très plat, mais il y a certainement autre chose. Est-ce le climat ?  Le bitume ?  Le fait que les pacers engagés par l’organisation sont de très haut niveau ?

En tout cas, le Kenyan Wilson Kipsang y a réussi dimanche une course parfaite et a fait éclater le record du monde: 2:03:23, soit 15 secondes de mieux que l’ancien record de Patrick Makau. Kipsang est un coureur établi qui avait failli s’emparer du record en 2011 en faisant 2:03:42 à Francfort. Gagnant à Londres en 2012, il avait raté sa chance aux Jeux olympiques trois mois plus tard: il était l’un des deux Kenyans à s’être fait jouer un vilain tour par l’Ougandais Stephen Kiprotich dans les derniers kilomètres.

À Berlin, il a réussi une course parfaite. Se tenant à l’arrière du peloton de tête amené avec vigueur par deux pacers de très haut calibre, il a conservé un rythme constant du début à la fin. En effet, ses splits sur 5 km ont varié de 14:27 à 14:48 (non mais, comment ils font pour aller à une telle vitesse bout de sacrament ?!?). Du grand art.

Seul bémol: un tata qui a décidé de faire une pub pour un site de prostitution et qui a réussi à se faufiler pour franchir le fil d’arrivée juste devant Kipsang. Donc, pas de photo d’arrivée triomphale pour le nouveau recordman du monde. Dommage.

Record de parcours au Vermont 50 – Celle-là m’a fait énormément plaisir. Ma course préférée, à laquelle je ne pouvais pas participer alors qu’il faisait un temps splendide, a été remportée par David Le Porho. Le sympathique David a donné une véritable leçon de course à Brian Rusiecki, le vainqueur de l’année passée, en établissant un record du parcours (6:09:31 !) et laissant ce dernier 24 pleines minutes derrière lui.

Au cours d’une conférence à laquelle j’ai assisté récemment, David a dit être en préparation pour sa première course de 100 milles. La course visée ?  Le Western States 100, rien de moins. Comme il est très rapide (il a fait 2h21 sur marathon cet été) et qu’il n’est pas du genre à s’embarquer dans un projet à la légère, je ne parierais pas contre lui. Je pense que les chances qu’on le voit à St-Donat l’an prochain sont plutôt minces. 😉

En début de saison, j’ambitionnais de compétitionner avec les meilleures femmes lors du VT50. En effet, Amy Rusiecki (oui, la femme de l’autre) avait gagné en 8h18 l’an passé, soit 24 minutes de mieux que moi. Je me disais qu’avec un entrainement plus poussé en côtes et une meilleure gestion des ravitaillements, peut-être que… Or cette année, elle est descendue sous les 8 heures… mais ce n’est pas elle qui a gagné. C’est plutôt Aliza Lapierre qui a fait un temps-canon de 7:01:08.  Définitivement que j’aurais eu à réviser mes ambitions à la baisse !

Augmentation des mesures de sécurité à New York – Ça fait des semaines que les New York Road Runners m’envoyaient des courriels de schnoutte. De la pub pour leurs autres courses, des promos à la noix, des sondages, etc. Puis est arrivé le courriel que nous attendions en espérant ne jamais le recevoir: celui à propos des nouvelles mesures de sécurité.

On voit immédiatement les effets post-Boston 2013. En gros, on nous dit que tous les sacs à dos risquent d’être fouillés, que les spectateurs doivent se préparer à de longues files d’attente, que l’aire des retrouvailles risque d’être très difficile d’accès et qu’il serait préférable de donner rendez-vous à ses proches ailleurs (ha oui, où ça ?  À la Statue de la Liberté ?). À ça s’ajoute une longue liste d’articles qu’il sera interdit pour nous coureurs de transporter. Il y en a des évidents: couteaux, armes-qui-n’en-sont-pas-mais-qui-pourraient-l’être (genre un marteau), armes à feu (duh !), etc. Mais il y a aussi des articles qui pourraient être utiles en course qui seront interdits. Les vestes d’hydratation, par exemple. Honnêtement, celle-là me dérange un peu plus car j’avais jonglé avec l’idée d’utiliser la mienne au lieu de ma ceinture. Maintenant, comme il y a des points d’eau à chaque mille, je pense sérieusement à faire comme tout le monde: courir avec rien. Ce serait une première pour moi.

Mais malgré toutes ces belles précautions, dans ce genre d’événement, on ne peut pas tout prévoir. Juste à voir comment un nono a réussi à s’infiltrer en fin de parcours à Berlin…

Pendant ce temps-là, du côté du blessé… – Le Grand Blessé a reçu son traitement d’ostéo vendredi dernier. Toujours le même problème: mes muscles sont trop contractés, alors les tendons sont sollicités en permanence. Et les douleurs finissent par se pointer…

Le remède ?  Repos (pas facile !), étirements (ça semble marcher) et massages. Suite au traitement, j’ai reçu l’ordre de me reposer au moins 48 heures, le temps que ses manipulations fassent effet. Pour une fois, j’ai écouté, me contentant de marches comme exercice durant la fin de semaine. Puis lundi, à vélo, je suis parti pour la première fois sans ma Garmin, question de mettre toutes les chances de mon côté pour y aller vraiment mollo. Car je me connais, quand je vois une vitesse affichée qui ne fait pas mon affaire, je pousse toujours un petit peu…

Mardi, retour à la course. Encore là, relaxe: 15 km que j’ai faits à 4:25/km de moyenne pour entrer au travail. Les genoux ont tenu le coup, mais ça faisait vraiment bizarre de terminer avec un sentiment du style “il me semble que j’aurais pu aller pas mal plus vite…”. Pas habitué à ça, le monsieur. Aujourd’hui, c’était encore le mollo-vélo et demain, un autre 15 km. En espérant que ça tienne encore…

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Le jeunot qui fait la leçon aux vétérans

Avec deux jours de retard, mes impressions sur le marathon des hommes aux Jeux de Londres (j’ai manqué celui des femmes, étant parti en camping ce jour-là)

Ce matin-là, j’ai ouvert l’oeil à 5h40. « Ha, il me reste 20 minutes, cool ! » que je me suis dit. Quand je l’ai rouvert pour la deuxième fois, il était 6h30. Merde, ça faisait déjà une demi-heure que le marathon olympique était parti, ils devaient bien avoir 10 kilomètres dans les jambes à cette heure. Comme nous dormions sur le divan-lit du salon de mes beaux-parents, je me suis précipité sur la télécommande pour ouvrir la télé sur le champ. L’image est apparue comme le peloton de tête venait de franchir les 10 kilomètres. J’arrivais juste au bon moment.

Pendant que Barbara, toujours fatiguée de sa mésaventure et de sa nuit à l’hôpital, dormait à poings fermés, j’ai regardé évoluer en direct un grand classique.

Premier acte, le Kenyan Wilson Kipsang Kiprotich, détenteur de la deuxième performance de tous les temps, s’est détaché du peloton. Il est demeuré très longtemps seul en tête, avec une bonne avance sur un premier groupe de poursuivants. Ce groupe s’est effiloché au fil des kilomètres et je pensais bien que Kiprotich s’en allait vers une belle victoire en solo.

Deuxième acte: les derniers rescapés du groupe de poursuite, le deuxième Keyan, mon favori pour la victoire, Abel Kirui, accompagné d’un presque inconnu, l’Ougandais Stephen Kiprotich (incroyable qu’il ait le même nom de famille que l’autre sans être de la même nationalité) ont rattrapé le fuyard. Les trois sont demeurés ensemble de longs moments. L’Ougandais, âgé de seulement 23 ans, semblait peiner à suivre les deux vétérans de 30 ans. Ceux-ci échangaient parfois quelques mots: ils parlaient probablement stratégie.

À un moment donné, je vous jure que ça m’est passé par l’idée: pendant qu’ils jasaient devant, ces deux-là, l’autre restait bien sagement à l’abri derrière. À 20 km/h, disons que côté résistance de l’air, ça fait une différence, non ?  Mais l’Ougandais semblait vraiment une coche sous les deux autres, il allait craquer, c’était seulement une question de temps. D’ailleurs, on le voyait parfois à la traine, quelques mètres derrière, mais il parvenait toujours à recoller…

Troisième acte: autour du kilomètre 37, l’Ougandais est passé à l’attaque. Une accélération que les deux autres n’ont pas vue venir, c’était assez évident. Kiprotich (le Kenyan), déjà fatigué de son effort solo, a décroché assez rapidement.  Kirui a essayé tant bien que mal de boucher le trou, mais le mal était fait. Le petit jeune venait de faire la leçon aux deux autres. Il s’est économisé toute la course en demeurant sagement derrrière, laissant les autres dépenser leur énergie, puis paf, ils les a assomés avec une accélération. Impressionnant. Parions toutefois qu’il sera marqué lors de ses prochaines courses et qu’il ne pourra plus jamais faire le coup.

Côté canadien, résultats très satisfaisants: Dylan Wykes a terminé 20e, Eric Gillis, 22e et Reid Coolsaet, 27e.

J’avais prédit un temps autour de 2h05 pour le vainqueur. Erreur d’évaluation. Le parcours avait beau être relativement plat, on est tout de même au mois d’août, pas en avril comme lors du marathon de Londres… Donc, des temps plus lents: 2h08 pour le gagnant, autour de 2h15 – 2h16 pour nos Canadiens. C’était logique.

Côté couverture télé, des images magnifiques de la télévision officielle. Par contre, le consortium V-RDS ne nous a vraiment pas gâtés dans ce qu’il pouvait contrôler. Premièrement, la conférence de presse de Marcel Aubut et compagnie pour nous annoncer la porte-drapeau du Canada pour la cérémonie de clôture: inutile, ennuyeuse et vraiment trop longue. Franchement, dans le genre de nouvelle qui pouvait attendre… Heureusement qu’il y avait des stations anglophones qui avaient autre chose à montrer. Une course, genre…

Ajoutez à ça qu’après être revenus à la course, ils ont réussi à aller en pause publicitaire au moment où l’attaque a eu lieu. Hello, ils étaient trois, à 5 km de l’arrivée, c’était certain que ça allait se produire à un moment donné, non ?

Autre chose qui m’a dérangé et j’avoue que ça me fait un peu de peine d’en parler. Pierre Houde et Richard Garneau sont de grands professionnels. J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour monsieur Garneau, un homme discret, rigoureux. Mais malheureusement, on dirait qu’il commence à avoir de la difficulté à suivre le rythme. Je n’ai pas pu suivre les compétitions d’athlétisme, alors je ne peux pas parler du reste de son travail, mais pour le marathon, hou la la…  Ha, il était rapide pour aller vérifer les performances antérieures des coureurs et nous les transmettre, mais quand venait le temps d’analyser ce qui se passait… Monsieur Houde et lui ont passé la deuxième moitié de la course à nous dire « qu’on se dirigeait vers un 2h06 », alors qu’un simple calcul mental nous donnait l’évidence que ça n’arriverait pas. Quel calcul mental ?  Facile: 3 minutes au kilomètre, ça donne 2h06 sur 42 km (donc 2:06:36 pour 42.2). Peu après la mi-parcours, les temps de passage étaient déjà plus lents que ce rythme et la cadence n’allait certainement pas s’accélérer vers la fin, surtout à voir les coureurs s’asperger d’eau comme ils le faisaient. Ça me surprend que messieurs Houde et Garneau aient manqué ça (surtout monsieur Houde qui a parlé d’une « simple règle de 3 », son frère n’aurait pas fait cette erreur). Je vais mettre ça sur le compte de la fatigue de la longue semaine que ces gens ont eue à couvrir les différentes épreuves. Ou des ordinateurs qui donnent de nmauvaises informations ?

Un petit mot en terminant sur la cérémonie de remise des médailles, qui s’est tenue durant la cérémonie de clôture. Je l’ai trouvée de très bon goût. Avez-vous vu le sourire timide et satisfait du gagnant ?  La fatigue dans les yeux des trois hommes ?  J’en suis encore ému.  Maudit qu’on est loin des sparages de Bolt et ses acolytes (désolé, fallait que j’en reparle…) !