« Extreme »

Tout le monde au bureau sait que je cours. Enfin, presque tout le monde… Il faut dire que quand un gars arrive tout dégoulinant de sueurs au travail, en tenue de course, avec la casquette et la ceinture d’hydratation, disons qu’il y a des indices qui ne trompent pas. Ne vous inquiétez pas, je ne passe pas la journée dans cet état: nous disposons de douches au Saint Siège (il me semble que je me répète; fidèles lecteurs, n’hésitez pas à me le faire savoir si ça m’arrive).

Sauf que ce n’est pas tout le monde qui sait jusqu’à quel point…  Jean-François, un de mes « abonnés », m’a décrit cette semaine comme un peu « extreme ». Heu, ha oui ?  Tu trouves ?  Comme je lis beaucoup sur les ultras, question d’en apprendre le plus possible sur l’hydratation, l’alimentation, les stratégies de courses, etc., je suis exposé (virtuellement) à des gens qui courent pas mal plus que moi. Alors je ne me suis jamais vraiment considéré comme « extreme ». Ce n’est tout simplement pas dans ma personnalité qui est toute en nuances. Disons que jamais rien n’est tout noir ou tout blanc avec moi, sauf si je vois un jour Pierre-Karl Péladeau ou volant d’un pick-up, alors là…

Or je me suis retrouvé sur le mont Royal jeudi matin, à faire 32 km. Alors que j’avais fait un 31 km au  mont St-Hilaire dimanche. Ouin, peut-être qu’il a raison, après tout…  Parce que 32 km, c’est la distance maximale recommandée dans la préparation en vue d’un marathon et la plupart des programmes suggèrent d’en faire 2 ou 3 en tout, vers la fin. Ouin, et moi qui compte en faire 50 lundi , avant de partir en vacances.  « Extreme » ou ai-je tout simplement perdu la tête ?  Hum…

Oui Maryse, je t’entends d’ici: mongol, je le sais…  🙂

En attendant, un petit 16 km presque tempo ce matin (4:12 de moyenne, pas de quoi écrire à sa mère; de toute façon, elle me lit). La cuisse a tenu le coup, mais s’est tout de même montrée présente.  Ironiquement, elle ne m’inquiète pas tellement pour lundi. L’humidité, par contre…

Total de la semaine: 96 km

Total de la semaine dernière: 104 km

Course et amitié

Ceux qui me connaissent sont unanimes: on ne peut pas dire que je fais partie des gens qu’on pourrait définir comme « sociables ». Je ne suis pas à l’aise dans les gros groupes, particulièrement quand je suis entouré de personnes que je ne connais pas, ou très peu, ou avec lesquels j’ai peu d’affinités. Barbara, ma conjointe, est tout le contraire de moi de ce côté et je l’envie un peu. Mais je suis comme ça, que voulez-vous… Il parait que ça fait souvent partie de la personnalité des coureurs longue distance. Ha ben cout’ donc: 5’10 », 150 livres, plutôt solitaire, je n’avais pas le choix: je devais courir !  🙂

Ceci dit, mes amis sont très importants pour moi. Et hier, après en avoir parlé plusieurs fois par courriel, mon amie Maryse et moi sommes allés courir ensemble dans les sentiers de mont Royal. Bien que je cours toujours seul (ho surprise !), j’avais hâte. À défaut de pouvoir partager ce plaisir avec l’amour de ma vie (maudite arthrite de m… !), j’avais hâte de montrer ces sentiers à celle qui me surnomme son « mentor », lui faire voir ce que mon petit gars intérieur aime tant en parcourant ces sentiers si bien tenus et ma foi, si peu fréquentés.

(Parentèse: je suis fasciné de constater à quel point on ne croise jamais personne dans ces sentiers. Sous l’orage, je pouvais comprendre, mais par un merveilleux samedi matin ?  Tous les coureurs étaient sur le chemin Olmsted. On a peut-être croisé quoi, 4-5 personnes ?  Très étonnant, je dois avouer)

Maryse craignait de me ralentir, mais je m’en foutais éperdument, de ma vitesse. Je me fais un orgueil de l’avoir un petit peu inspirée à courir, d’avoir un tant soit peu contribué à la réussite de son premier 20 km alors ma vitesse du jour, je l’avais où, vous pensez ?  Je l’ai convaincue en lui disant que ça me ferait du bien, faire une course un peu plus lentement. Ce que je devrais faire… et que je ne fais jamais !  On dirait que je dois toujours me dépasser, aller le plus vite possible. Il ne faut pas, il faut récupérer de temps en temps, aussi…

Ceci dit, la course en sentiers, ce n’est pas une sinécure. Montées, descentes, roches, racines. Disons que le terrain a permis à mon amie de découvrir un autre aspect de cette version un peu particulière de notre sport: le paysage. Quand on s’entraine sur route, il nous arrive souvent de regarder le chronomètre, de suivre à la trace notre progression et par le fait même, moins apprécier ce qui nous entoure. En sentiers, si on voit un beau paysage, on s’arrête. Et au mont Royal, il y a quelques endroits où la vue sur la ville est tout simplement imprenable. On s’est donc arrêtés à quelques reprises pour admirer la ville et jaser un peu. Rien ne pressait, non ?

Une fois la couse terminée, retour à la maison où Barbara nous avait préparé un de ses beaux petits dîners que j’aime tant. Un peu plus tard, Yanick, le mari de Maryse, est venu nous rejoindre accompagné de leurs quatre petits trésors.  Quatre belles petites filles, âgées entre 4 et 9 ans, qui avaient plein d’histoires à nous raconter.

Piscine, plaisir et bon repas entre amis. Oui, une superbe journée où nous nous sommes donnés le plus beau des cadeaux qui soit: du temps. Parce qu’avec la vie moderne, il n’est pas toujours facile de trouver du temps pour se voir et hier, on se l’est donné.

Le rapport de tout ça avec la course et l’entrainement ?  L’équilibre. Tout dans la vie est un équilibre et bien que j’aie comme objectif de courir un 50 milles dans deux mois (gulp !), je n’y parviendrai pas sans une vie équilibrée. Et ça, ça passe par du temps avec ceux qui me sont chers.

J’ai d’ailleurs eu des résultats dès ce matin. Depuis quelque temps, peut-être à cause de la chaleur, il m’a semblé que mes sorties rapides l’étaient justement moins. Je suis parti pour un 15 km sans objectif précis, juste pour voir. Après 3 ou 4 kilomètres un peu difficiles, je me suis mis, à mon grand étonnement, à en aligner sous les 4 minutes (oui, je regardais le chrono !).  Un premier 10 km en moins de 41 minutes, malgré la relative chaleur et admettons-le, quelques onces d’alcool la veille… J’avais peine à y croire.

J’avais donc raison: la sortie d’hier m’a aidé au plan sportif tout en nous permettant de passer du temps entre amis. Joindre l’agréable à l’agréable, peut-on vraiment demander mieux ?

Donc, monsieur Guérette, si lu lis ceci, sache que j’ai très hâte que tu me fasses découvrir « ta » montagne !  🙂

Sous l’orage

Bah, la pluie, ça ne dure jamais longtemps en été…

C’est ce que je me disais quand je suis parti de chez moi mardi matin. Je m’attendais à faire une autre course dans la chaleur humide. Bien j’ai été plutôt servi côté humidité !  Il a plu tout le long du trajet m’amenant au pied du mont Royal et j’ai dû m’abriter sous un arbre pour faire mes réchauffements.

Pendant que je m’échauffe, je regarde distraitement l’endroit où aboutit le chemin Olmsted. Même à cette heure matinale, il y a habituellement une panoplie de coureurs qui arrivent et qui partent. Ce matin, je vois seulement une coureuse arriver. Ouin, je pense que je vais avoir la paix aujourd’hui…

Bon, avec les nuages et la pluie, premier problème technique: tout comme le satellite qui nous transmet les signaux pour la télé, celui ou ceux dont se sert mon GPS pour me donner des infos sur ma progression jouent à cache-cache. Je suis planté là, à la pluie, devant la statue de Georges-Étienne Cartier, à attendre que mon foutu GPS finisse par trouver ses signaux. Allô, il pleut !  Est-ce que je peux commencer à courir ?

Finalement, la technologie moderne me donne le OK et je pars. Je n’ai pas posé le pied dans le premier sentier que j’entends le tonnerre gronder. Et les nuages se mettent à passer du gris au noir, la pluie d’agréable à « vache qui pisse ». Dans le bois, j’ai peine à voir où je mets les pieds. J’ai beau commencer à connaitre le coin, on ne sait pas tout par coeur: roches, racines, etc. Mais ce sont des conditions auxquelles je dois m’habituer, au cas où… Et comme il fait chaud, la pluie ne dérange pas tant que ça.

Pendant l’ascension, je dois obligatoirement faire un bout sur le chemin Olmsted. Et là, je suis vraiment exposé au derrière de la vache. Et elle a toute un envie !  Il n’y a définitivement plus un seul centimètre carré de mon corps qui n’est pas déterempé!  Arrivent enfin les « vrais » sentiers. Ouf, je suis un peu plus à l’abri, mais on dirait qu’il fait encore plus noir que tantôt… Pour les montées, ça ne va pas si mal, mais pour les descentes, je dois ralentir car je ne peux distinguer si le sol mouillé est en terre ou en roche. C’est que la roche, c’est un tantinet plus glissant et je n’ai vraiment pas envie de me péter la marboulette, moi !

Rendu au belvédère, je décide d’aller jeter un coup d’oeil à la ville, question de l’admirer à la pluie. Ouais, bon, pas grand chose à voir: on dirait que les nuages la couvrent. Je repars. Les sentiers commencent à être remplis de flaques d’eau. Au bout d’un certain temps, je ne me donne même plus la peine de les contourner: je passe dedans. Et je continue à avancer à la vitesse vertigineuse d’un escargot, redoublant, retriplant même de prudence dans les descentes. Sans compter mes souliers qui commencent à alourdir…

Et l’orage qui continue de tomber. Les éclairs suivis de coups de tonnerre: ok, il semble assez loin. Je me sens tout de même comme dans le film Apocalypse Now: j’entends la musique de Wagner pendant que les bombes pleuvent autour de moi. Au lieu de faire du surf comme dans le film, je cours dans le bois. Puis, une idée me traverse l’esprit: et si la foudre frappait un arbre juste à côté de moi ?  Je lis déjà la première page du Journal de Montréal: « Un ingénieur d’Hydro-Québec tué par la foudre au mont Royal ! »  Et j’imagine le journaliste expliquer bêtement à ses lecteurs que j’aurais dû connaitre les risques, avec ma formation, et patati et patata. Oui, je les connais les risques, mais j’ai le droit de m’amuser, non ?

Parce que oui, je m’amuse comme un petit fou. Même avec l’orage qui ne tempère pas ses ardeurs. Les sentiers les plus larges sont maintenant des torrents où j’ai de l’eau aux chevilles. J’essaie d’emprunter les plus petits sentiers, mais il sont gorgés d’eau. Et j’avance toujours aussi lentement. S’il fallait que ce soit comme ça au Vermont 50 ?  Aille, 80 km comme ça ?  Pas certain de trouver ça amusant aussi longtemps, moi !

Finalement, l’orage se calme et laisse place à « seulement » de la pluie moins forte. Je peux maintenant voir où je vais. Les sentiers se drainent assez rapidement et à défaut d’être secs, redeviennent presque praticables. Puis je me rends compte d’une chose: je n’ai pas glissé une seule fois. Malgré les roches, les racines, la boue. Je dois me rendre à l’évidence: les souliers de trail, c’était extrêmement important par de telles conditions. Essentiel, même.

À la fin, je peux redescendre à pleine vitesse et compléter les 18 km que j’avais prévus faire. Les jambes couvertes de boue, le t-shirt et les shorts transpercés, le sourire au visage. Les très nombreux absents (j’ai rencontré plus de chiens que d’êtres humains !) de la montagne ont vraiment manqué quelque chose !

Le plus ironique dans tout ça ?  J’ai pris mon parapluie pour la petite marche de 15 minutes entre mon auto et le Saint Siège !  🙂