Le jour et la nuit

Je m’y attendais un peu, mais j’ai pu constater par moi-même la différence marquée entre les approches de professionnels (en fait, je devrais l’écrire au féminin) de la santé cette semaine.

Tout d’abord mardi en fin d’après-midi, visite dans le bureau de Sophie, mon ultra-chiro. Comme je lui avais laissé sous-entendre par courriel qu’elle avait fait quelque chose de croche la dernière fois, je m’attendais à un accueil plutôt froid. Mais non, elle était comme d’habitude: réservée et… directe.

Ça n’a pris de temps avant qu’elle m’entreprenne, avec ses tours de passe-passe que je ne comprends strictement pas. Entre autres, il a fallu que je me laisse aller vers l’arrière, comme si j’allais tomber sur le dos, pour qu’elle me rattrape. Quel est le rapport avec mon genou ?  Et avec mon sciatique (c’est la conclusion à laquelle elle, moi et plein d’autre monde en étions arrivés pour ma douleur à la fesse/hanche/dos) ???  Comme je ne pèse pas 300 livres, elle a pu me saisir par les bras facilement et à ce moment, j’ai entendu un merveilleux craquement dans le haut de mon dos. Ça y était, j’étais maintenant paralysé…

Hé non, c’était le but (le craquement, pas la paralysie) il semblerait. Ok, mais le reste ?  Ont alors suivi les multiples manipulations dont je ne vois à peu près jamais l’utilité: pousse ici, tire là, saute sur place (je le jure !). Sans oublier le désormais classique: retourne-toi sur le côté et replie ta jambe pour que je me laisse tomber dessus. Celui-là me fout la trouille à chaque fois.

Diagnostic ?  Mon sacro-iliaque était bloqué du côté gauche, amenant la douleur dans le sciatique et n’aidant évidemment pas mon genou. Son hypothèse était qu’il n’y avait rien qui lui sautait aux yeux de ce côté la première fois, alors elle s’était concentrée sur le genou. En courant à nouveau, le blocage s’était fait ou accentué et là elle a pu le voir (ô surprise !). Elle en a également profité pour régler un problème que j’avais au cou  (j’avais effectivement de la difficulté à tourner la tête sur le côté gauche).

Conseils: ok pour le retour à la maison en vélo, mais si je promettais d’y aller relaxe. Pas la bonne journée pour essayer de battre mon record (je ne fais jamais ça ;-)). Pour ce qui est de la course, je devais attendre 36 heures. Pour la première fois, elle a ouvert la porte à une autre discipline: la physiothérapie qui serait peut-être nécessaire si la douleur au genou persistait.

Je suis donc reparti en boitillant, affichant un optimisme prudent. Je me disais que si effectivement le problème du sciatique était réglé, je pourrais peut-être courir en fin de semaine. Avec un peu de chance, je pourrais même envisager vendredi, surtout si l’ostéo… Pour les 36 heures, je n’y pensais même pas !

Mercredi matin, pour la première fois depuis des lunes, je me suis levé sans la moindre douleur au sciatique. Je marchais normalement dans la maison. Je sentais l’enthousiasme remonter, commençais même à envisager à nouveau une participation aux ultras de septembre. Comme mon rendez-vous chez l’ostéo était à 11h30, je suis allé promener Charlotte avant. Après 10 minutes, j’ai commencé à sentir une raideur dans la fesse gauche. Ça n’a pas pris de temps à se propager au bas du dos. Et moi de reprendre ma superbe démarche de tout croche. MERDE !!!  Vivement l’ostéo, pour voir si elle pouvait faire quelque chose.

Ça a débuté par la série de questions habituelles. Des chirurgies ? Non. Des allergies ?  Pas que je sache. Des médicaments ?  À part des Advil quand j’essaie de courir avec de la douleur, non. Alimentation ?  Pas le choix de bien manger. Cout’ donc, je suis dont ben plate, moi (pas de question sur les liqueurs douces ou l’alcool, je ne me suis donc pas fait chicaner) !  Quand est venu le temps d’énumérer mes blessures, elle a été étonnée que je puisse me rappeler des dates et des endroits. C’est pas compliqué, c’est toujours un muscle arrière (ischio ou mollet) de la jambe… Pour les dates, ça doit être mon côté Rain Man.

J’ai été heureux d’apprendre qu’elle avait fait sa maitrise en étudiant les genoux des coureurs de haut niveau (shit, ça ne me concerne pas !  ;-)). Good, elle connait la course. De mon côté, je lui ai appris en quoi consistaient les ultramarathons, mais comme bien du monde, elle s’est arrêtée aux distances alors que les ultras, c’est plus le terrain qui les rend… différents. Enfin…

En ce qui concerne les traitements en tant que tels, c’est pour ainsi dire le jour et la nuit. Tout se fait en douceur, au point même où à un moment donné, je me suis dit: “Faudrait peut-être faire quelque chose, j’ai envie de guérir cette année, moi.”. Mais contrairement à la chiropractie, on voit tout de suite le rapport: j’ai mal au genou, elle travaille autour du genou; j’ai mal au sciatique, elle travaille dans ce coin-là. Tout est en étirements et en pressions autour des zones touchées. En chiro, je me suis retrouvé plus d’une fois à me demander ce qu’elle pouvait bien foutre à essayer de démantibuler une partie de mon corps qui ne semblait pas avoir rapport à ce que j’avais.

La principale difficulté ?  Établir un seuil de douleur. “Dites-moi quand la douleur sera à 6 sur 10.”  Ça veut dire quoi, 6 sur 10 de douleur ?  C’est quoi, 10 sur 10 ?  Une pierre aux reins ?  C’est que nous, les coureurs, ne sommes généralement pas plaignards (quoi que je commence à me trouver pas mal lamenteux sur les bords), alors 6 sur 10…  Une crampe, c’est quoi ?  8, 9, 9.5 ?

Détail qui m’a frappé: l’ambiance. Peut-être que ça a à voir avec la personnalité de la thérapeute, mais dans le bureau de l’ostéo, l’ambiance est plus feutrée. En plus de la table de traitement, on y retrouve deux chaises confortables, des petits chocolats (du Costco, mais quand même), de la musique-qui-fait-faire-des-dodos. Dans celui de la chiro, il y a la table, un comptoir où elle prend des notes et c’est tout. Assis-toi là, fais ci, fais ça. Pas de niaisage. Différent, mettons.

Avant de partir, l’ostéo m’a demandé de faire des exercices d’étirements. Et pour la première fois, j’ai senti une certaine autorité dans sa voix. J’avais bien l’intention de l’écouter de toute façon car je n’ai qu’un seul objectif: reprendre le collier. Parce que je commence à en avoir ras le pompon de vous parler de mes bobos. Et j’ai hâte de redevenir un être humain et non pas un air bête perpétuel.

Mais pour mieux sauter, je vais peut-être devoir me résoudre à reculer. Je commence sérieusement à envisager un repos complet de quelques jours. Oui, moi, au repos complet. Faire comme la majorité des gens: prendre l’auto pour me rendre au train, le train pour me rendre au boulot puis faire le chemin inverse le soir avec comme seul exercice la petite marche entre la gare et le bureau. En plein été. Je ne suis vraiment pas certain que je vais pouvoir réussir à faire ça sans commettre un crime quelconque. Présentement, j’envie les gens sédentaires, ceux pour qui l’été ou l’hiver, ça ne fait pas vraiment de différence puisqu’ils sont toujours à l’intérieur. Vous savez, ceux qui passent leur temps devant l’ordinateur ou la télé. Quelques jours à ne rien faire, c’est quoi pour eux ?  Alors que pour moi…

Je préfère de loin demeurer actif quitte à retarder la guérison. Sauf que si le fait d’arrêter quelques jours me permettait de reprendre la course plus rapidement ? Je ne suis pas décidé encore.

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