Une année en dents de scie

Les rétrospectives, c’est une tradition à ce temps-ci de l’année. Je l’ai fait l’an passé, alors pourquoi ne pas remettre ça cette année ?  Pour moi, l’année 2013 a été synonyme de hauts de de bas, mais à la fin, une chose demeure: la course à pied est une véritable passion que je désire continuer à partager avec vous, fidèles lecteurs.

Voici donc l’année résumée en quelques thèmes.

La consécration. Hopkinton, le 15 avril, 9h55. J’étais dans mon couloir, attendant le départ du Marathon de Boston. Le plus ancien et le plus prestigieux marathon de la planète. Après des années de travail acharné, j’y étais enfin. À ce moment, j’ai éprouvé un très grand sentiment de fierté, probablement ce qu’un athlète de haut niveau peut vivre quand il se retrouve à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques. C’était à la fois simple et magique, je vais m’en rappeler le restant de mes jours.

Mauvaise évaluation. J’ai carrément sous-estimé la difficulté du parcours. Je me disais que je suis un ultrarunner, que les côtes de moumounes comme sur le parcours nous amenant à Boston, ça ne pouvait jamais être si difficile que ça… J’en ai payé le prix. Dans les dernières encablures de la Heartbreak Hill, j’ai crampé. Les 8 derniers kilomètres ont été infernaux.

L’horreur. J’étais arrivé depuis un bon bout de temps. Nous avions quitté les lieux et étions probablement en train de débarquer du métro quand les bombes placées près de l’arrivée ont explosé. Mais l’horreur des événements nous a tous touchés. À l’hôtel, les gens étaient en état de choc, personne ne parlait plus de rien d’autre. La question sur toutes les lèvres: pourquoi ?

La résilience. Celle des coureurs qui retourneront car ils refusent de se laisser intimider. Je fais partie de ceux-là. Celle de la merveilleuse ville de Boston qui a décidé elle aussi de se tenir debout devant l’adversité et de faire un pied-de-nez à ceux qui voudraient lui faire peur. Je ne suis pas un amateur de hockey, mais ce qui s’est passé deux jours plus tard avant le match des Bruins m’a donné les frissons.

La vague. Celle d’amour qui a déferlé de partout. Nos amis, notre parenté, nos collègues. Des personnes avec qui nous n’avions pas eu de contact depuis des années se sont inquiétées pour nous et nous ont demandé, nous ont ordonné même de leur confirmer que nous allions bien. Rien ne m’a jamais fait autant chaud au cœur. Merci à tous, encore une fois !

La bouette. St-Donat, le 29 juin. Le printemps avait été pluvieux, il venait de tomber une trentaine de millimètres de pluie. Devant nous, 58 kilomètres de sentiers. Un parcours déjà considéré comme difficile à la base avait été transformé en véritable soue à cochons. De l’eau jusqu’aux épaules dans la rivière, une traversée interminable du « Vietnam », des descentes impossibles à négocier. À maintes reprises, je me suis promis que « plus jamais ». Et pourtant, j’ai eu du plaisir et serai fort probablement de retour. Faut croire que je suis maso. Ce vidéo de Michel Caron qui a terminé une vingtaine de minutes avant moi est une véritable pièce d’anthologie.

LA blessure. Elle s’est manifestée au lendemain de la tragédie à Lac-Mégantic (question de me donner un peu de perspective). Une semaine plus tard, j’étais sur la liste des blessés. Ça a duré des semaines. Des semaines d’enfer au cours desquelles j’ai dû annuler ma participation à deux courses que je voulais vraiment faire cette année: le 65k du XC Harricana et le Vermont 50.

L’ostéo. Son prénom: Marie-Ève. Sa discipline: l’ostéopathie. Je ne connaissais pas ça, mais on m’avait fait plusieurs suggestions en ce sens, alors je me suis dit que j’essaierais. Elle a sauvé ma fin de saison, un point c’est tout. Sans elle, je ne serais pas allé à New York. Chaque sou que j’ai investi dans ses traitements a été un sou bien investi. Elle me chargerait le double du prix que j’y retournerais sans hésiter.

Lake Placid. Coup de cœur ou coup de foudre ?  Le beau temps a certainement aidé, mais nous sommes tombés sous le charme de cette petite ville du nord de l’état de New York. Là-bas, le sport et le plein-air sont rois. Des montagnes, des sentiers de randonnée, des routes dans un état impeccable… Nous nous promettons évidemment d’y retourner prochainement. Très prochainement.

Le plus bel entrainement. XC Harricana, le 7 septembre. Mon genou m’ayant empêché de m’entrainer convenablement, j’ai troqué le 65k pour le 28k avec dans l’idée de le faire comme un entrainement. Un vrai entrainement là, pas le moment de me tuer à l’ouvrage. Ça a été ma sortie la plus plaisante depuis le Vermont 50 2012. J’ai eu un plaisir inégalé dans la montée du mont Grand-Fonds, les sentiers de quads, la montée de la montagne Noire et tout le reste. Une course à l’organisation impeccable, des sentiers très bien marqués, une super belle expérience avec à la clé, une 15e place complètement inattendue. À répéter un jour, c’est certain.

La bonne décision. À la fin septembre, lors d’un entrainement, ma tendinite au genou est revenue. Je me suis tout de suite arrêté et dans la journée, ai contacté mon ostéo qui a réussi à me traiter dès le lendemain. Quatre jours plus tard, je reprenais l’entrainement. Nous coureurs avons l’habitude d’ignorer les signes que nous envoie notre corps jusqu’à ce que ça devienne insupportable. Ce jour-là, j’ai pris une bonne décision et ça a payé. Je devrais faire ça plus souvent…

Le plaisir entre amis. Mont Orford, le 19 octobre. Des conditions parfaites, une course que je faisais avec des amis dans un endroit superbe. Et beaucoup, beaucoup de plaisir. J’adore accompagner des amis dans une course, même si parfois je me sens un peu inutile. Pour 2014, j’ai déjà deux « accompagnements » de prévus. Et j’ai hâte.

La Grosse Pomme. New York. Ça faisait des années que j’y rêvais. Pas pour les mêmes raisons que Boston où il faut se qualifier. Ha, on peut aussi se qualifier pour New York, mais les standards sont vraiment trop stricts pour moi. J’ai donc dû passer par la loterie et attendre 3 ans avant de pouvoir faire partie du contingent de coureurs qui s’élanceraient du Verrezano-Narrows Bridge en direction de Central Park.

Des spectateurs par centaines de milliers tout au long du parcours, une organisation extraordinaire à la hauteur de cette ville qui n’a pas d’égale à travers le monde. Une expérience unique que je recommande fortement à tout le monde qui en a la chance.

À la fin, un deuxième meilleur temps à vie sur un parcours difficile et la tête remplie de souvenirs.

Pour 2014. Beaucoup de belles courses en vue. Un premier 100 km, peut-être un premier 100 milles. Va définitivement falloir que les genoux et le sciatique se tiennent à carreau !  🙂

Sur ce, un très joyeux Noël à tous ! 🙂

Ma « première »

Grande première vendredi dernier: un massage donné par une professionnelle. Pour les esprits tordus, je tiendrais à préciser qu’il s’agissait d’une massothérapeute, et non pas ce qu’on appelle souvent une masseuse. En fait, c’est  mon ostéo qui a plusieurs cordes à son arc et qui selon ce que j’avais entendu dire, était excellente dans ce domaine-là aussi. Cout’ donc, toute douce, gentille comme ça ne se peut pas, super bonne dans deux domaines, est-ce qu’elle a des défauts, cette fille-là ?

Arrivé dans sa salle de traitement, il a fallu qu’elle m’instruise. Barbara m’avait dit qu’il fallait que je me déshabille au complet, mais bon, je préférais attendre la confirmation, au cas où. Tout doucement, elle m’a expliqué qu’elle sortirait, que je me déshabillerais alors et me coucherais sous les draps de la table de massage/traitement. Elle entrerait ensuite et commencerait le massage, ne découvrant que la partie du corps qu’elle massait. Je pouvais garder les sous-vêtements ou pas, à  mon aise. Pour le massage, elle m’a demandé ce que je voulais. De quessé ?  On n’est pas ici pour un massage ?   Est-ce qu’il en existe plusieurs sortes ?  Tu ne vas pas me parler de millénarisme, toujours ?  Ha, l’intensité…  Je ne connais pas ça, moi, alors je lui ai dit d’y aller comme elle le sentait. Elle a envoyé une couple de jets de push-push qui sent bon, puis a quitté la pièce.

Pas pudique pour deux sous, j’avais commencé à me déshabiller avant même qu’elle sorte. Bon, garder mes boxers ou pas ?  Hum… Allais-je passer pour un pervers-pépère si je les enlevais ?  Ou pour un coincé si je les gardais ?  Gros dilemme… Et puis merde, j’ai décidé de les enlever, ça risquait d’être plus gossant qu’autre chose.

Aussitôt rendu sous les draps, j’ai eu chaud. Ouais, pas l’idéal pour se détendre. Je m’imaginais couvert de sueurs, tout visqueux… J’ai essayé de laisser la température de mon corps baisser un peu, mais rien à faire, fallait que j’enlève la couverture du dessus. Comment ça se fait que nous les hommes avons toujours chaud ?

Quand elle est entrée, voyant la couverture par terre, elle m’a dit: « Je pense que je ne monterai pas la température de la ventilation ». Bien jugé. Commença alors le massage proprement dit. Par dessus le drap. Heu, elle ne va pas me frotter de même avec un drap pendant une heure ?  Ça va être poche…

Finalement non et elle a commencé par le dos. Tu n’oublies pas mes jambes, hein ?  Je suis ici pour ça, après tout.  Est-ce que j’ai le droit de parler ?  C’est quoi, le décorum ?  La petite musique de détente incite au calme, c’est certain, mais si ça fait mal, est-ce que j’ai le droit de le dire ?

Parce que moi, ça faisait mal. Les épaules, hou la la…  Elle s’attardait à certains endroits, exactement où ça faisait mal. Et j’ai payé pour être ici, moi ?  À un moment donné, je n’en pouvais plus, j’ai brisé le silence en laissant aller des petits grognements de gars qui se plaint un peu. C’est là que j’ai compris: c’était moi qui décidais si on parlait ou pas.

« Je vous dis qu’il y a de la tension là-dedans ! » qu’elle m’a lancé, prenant soin de préciser qu’elle y allait entre le doux et le moyen comme intensité. Aille, comment une femme à la voix si douce pouvait me torturer ainsi en y allant supposément si peu fort ?  « Allez, on détend ça cette épaule-là ». Facile à dire quand on sait qu’on va se la faire enfoncer dans la table dans moins de 15 secondes… « Je pense qu’on va y aller pour un massage thérapeutique ». Ce n’était pas ça, le but ?  Je n’avais pas fini ma phrase qu’elle a enfoncé son doigt/poing/coude dans mon épaule. Ouch !!!  Tu ne vois pas que j’ai seulement des os dans ce coin-là ?

Évidemment, petit à petit, j’ai senti que ça faisait effet. Les endroits douloureux l’étaient de moins en moins et ça faisait du bien de me faire brasser (au sens propre) un peu. Elle s’est ensuite attaquée aux jambes. Enfin… Je me disais que les tensions devaient certainement être moins pires dans ce coin-là. Il fallait qu’elles soient moins pires. Mais bon, vu que mes tendons ont fini par se plaindre parce qu’ils travaillaient trop, peut-être qu’au bout du compte…

Hé oui, elle a réussi à trouver des spots presque aussi douloureux que les épaules. « Ho que ces muscles-là sont fatigués ! » qu’elle a dit. Ils sont sensibles aussi, genre que ça fait mal, tsé veux dire ?  Définitivement pas un massage de détente, en tout cas… Elle en était rendue à me masser le visage quand elle m’a annoncé que c’était terminé. Déjà ?  Je commençais tout juste à y prendre goût, moi là…  Semble-t-il que j’avais tellement de tensions qu’elle n’a pas eu le temps de « faire le tour ».

Quand je me suis levé, je me suis rendu compte que merde, ça m’avait vraiment fait du bien !  Je me sentais vraiment relaxe. Assez pour recommencer: j’ai donc pris un autre rendez-vous sur le champ. Faut croire que j’ai un côté maso.

Il y a toutefois quelque chose qui me dérange: toute cette tension, elle doit bien venir de quelque part, non ?   Pourtant, je ne suis vraiment pas d’un naturel nerveux, ni du genre à courir à gauche et à droite (là, c’est au sens figuré que je parle, parce qu’au sens propre, on peut dire que je cours à gauche et à droite). Qu’est-ce que ce serait si je l’étais ?  Vais-je devoir me mettre aux arts martiaux ?  Au tai chi ?  Au qi gong ?  À la méditation ? À la camomille ?

Le genou va bien…

Trois semaines après ma tentative désastreuse du 20 juillet, semaines au cours desquelles j’ai subi un traitement de chiropractie et deux d’ostéopathie, aujourd’hui était le jour J. Mon genou ne me faisait plus souffrir depuis quelque temps et j’étais maintenant capable de promener notre Charlotte pendant plus d’une heure sans que mon sciatique ne se plaigne. C’était le moment de passer à l’étape suivante.

Dès les premiers petits pas à la course en période d’échauffement, ma raison s’est mise à crier: « Arrête ! ». Je sentais déjà quelque chose dans le fessier. Je me disais qu’en se réchauffant, peut-être que… Mais non, la raideur est demeurée. Que faire ?  Après 1.8 km, j’ai bien failli retourner à la maison et aller enfourcher mon vélo. Mais j’ai voulu en avoir le cœur net et tant que la douleur ne montait pas dans le dos, j’allais poursuivre.

Elle n’est jamais montée plus haut et j’ai complété les 7 kilomètres prévus en tâchant d’y aller vraiment relaxe (4:31/km de moyenne, j’ai donc presque réussi ;-)). En courant, comme je pensais continuellement à mon sciatique, j’avais l’impression d’être devenu un monsieur Caron (désolé pour ceux qui ne sont pas de la génération RBO comme moi) obsédé par ses douleurs: « Garde, garde, chus maaalaaade !  Mon sciatique ! Ma prostate !!!  Ma bru m’a payé un voyage en Euthanasie… ». Je n’ai pu réprimer un sourire. Ouais, je dois l’admettre: je ne rajeunis pas.

Vers la fin, je me suis rendu compte d’une chose: je ne pensais pas du tout à mon genou, la cause première de tous les pleurs et grincements de dents des derniers temps. Bien enveloppé dans un support style « Docteur Gibaud », il a très bien répondu aux efforts que je lui commandais de faire. Ça, c’est très encourageant.

Quant au sciatique, je crois avoir reculé de ce côté, mais je sens que les étirements prescrits par l’ostéo ainsi que le traitement prévu pour demain vont le ramener rapidement dans le droit chemin. Bref, je ne suis pas tiré d’affaire, mais je vois la lumière au bout du tunnel. Il suffit maintenant d’être patient. Encore.

Le jour et la nuit

Je m’y attendais un peu, mais j’ai pu constater par moi-même la différence marquée entre les approches de professionnels (en fait, je devrais l’écrire au féminin) de la santé cette semaine.

Tout d’abord mardi en fin d’après-midi, visite dans le bureau de Sophie, mon ultra-chiro. Comme je lui avais laissé sous-entendre par courriel qu’elle avait fait quelque chose de croche la dernière fois, je m’attendais à un accueil plutôt froid. Mais non, elle était comme d’habitude: réservée et… directe.

Ça n’a pris de temps avant qu’elle m’entreprenne, avec ses tours de passe-passe que je ne comprends strictement pas. Entre autres, il a fallu que je me laisse aller vers l’arrière, comme si j’allais tomber sur le dos, pour qu’elle me rattrape. Quel est le rapport avec mon genou ?  Et avec mon sciatique (c’est la conclusion à laquelle elle, moi et plein d’autre monde en étions arrivés pour ma douleur à la fesse/hanche/dos) ???  Comme je ne pèse pas 300 livres, elle a pu me saisir par les bras facilement et à ce moment, j’ai entendu un merveilleux craquement dans le haut de mon dos. Ça y était, j’étais maintenant paralysé…

Hé non, c’était le but (le craquement, pas la paralysie) il semblerait. Ok, mais le reste ?  Ont alors suivi les multiples manipulations dont je ne vois à peu près jamais l’utilité: pousse ici, tire là, saute sur place (je le jure !). Sans oublier le désormais classique: retourne-toi sur le côté et replie ta jambe pour que je me laisse tomber dessus. Celui-là me fout la trouille à chaque fois.

Diagnostic ?  Mon sacro-iliaque était bloqué du côté gauche, amenant la douleur dans le sciatique et n’aidant évidemment pas mon genou. Son hypothèse était qu’il n’y avait rien qui lui sautait aux yeux de ce côté la première fois, alors elle s’était concentrée sur le genou. En courant à nouveau, le blocage s’était fait ou accentué et là elle a pu le voir (ô surprise !). Elle en a également profité pour régler un problème que j’avais au cou  (j’avais effectivement de la difficulté à tourner la tête sur le côté gauche).

Conseils: ok pour le retour à la maison en vélo, mais si je promettais d’y aller relaxe. Pas la bonne journée pour essayer de battre mon record (je ne fais jamais ça ;-)). Pour ce qui est de la course, je devais attendre 36 heures. Pour la première fois, elle a ouvert la porte à une autre discipline: la physiothérapie qui serait peut-être nécessaire si la douleur au genou persistait.

Je suis donc reparti en boitillant, affichant un optimisme prudent. Je me disais que si effectivement le problème du sciatique était réglé, je pourrais peut-être courir en fin de semaine. Avec un peu de chance, je pourrais même envisager vendredi, surtout si l’ostéo… Pour les 36 heures, je n’y pensais même pas !

Mercredi matin, pour la première fois depuis des lunes, je me suis levé sans la moindre douleur au sciatique. Je marchais normalement dans la maison. Je sentais l’enthousiasme remonter, commençais même à envisager à nouveau une participation aux ultras de septembre. Comme mon rendez-vous chez l’ostéo était à 11h30, je suis allé promener Charlotte avant. Après 10 minutes, j’ai commencé à sentir une raideur dans la fesse gauche. Ça n’a pas pris de temps à se propager au bas du dos. Et moi de reprendre ma superbe démarche de tout croche. MERDE !!!  Vivement l’ostéo, pour voir si elle pouvait faire quelque chose.

Ça a débuté par la série de questions habituelles. Des chirurgies ? Non. Des allergies ?  Pas que je sache. Des médicaments ?  À part des Advil quand j’essaie de courir avec de la douleur, non. Alimentation ?  Pas le choix de bien manger. Cout’ donc, je suis dont ben plate, moi (pas de question sur les liqueurs douces ou l’alcool, je ne me suis donc pas fait chicaner) !  Quand est venu le temps d’énumérer mes blessures, elle a été étonnée que je puisse me rappeler des dates et des endroits. C’est pas compliqué, c’est toujours un muscle arrière (ischio ou mollet) de la jambe… Pour les dates, ça doit être mon côté Rain Man.

J’ai été heureux d’apprendre qu’elle avait fait sa maitrise en étudiant les genoux des coureurs de haut niveau (shit, ça ne me concerne pas !  ;-)). Good, elle connait la course. De mon côté, je lui ai appris en quoi consistaient les ultramarathons, mais comme bien du monde, elle s’est arrêtée aux distances alors que les ultras, c’est plus le terrain qui les rend… différents. Enfin…

En ce qui concerne les traitements en tant que tels, c’est pour ainsi dire le jour et la nuit. Tout se fait en douceur, au point même où à un moment donné, je me suis dit: “Faudrait peut-être faire quelque chose, j’ai envie de guérir cette année, moi.”. Mais contrairement à la chiropractie, on voit tout de suite le rapport: j’ai mal au genou, elle travaille autour du genou; j’ai mal au sciatique, elle travaille dans ce coin-là. Tout est en étirements et en pressions autour des zones touchées. En chiro, je me suis retrouvé plus d’une fois à me demander ce qu’elle pouvait bien foutre à essayer de démantibuler une partie de mon corps qui ne semblait pas avoir rapport à ce que j’avais.

La principale difficulté ?  Établir un seuil de douleur. “Dites-moi quand la douleur sera à 6 sur 10.”  Ça veut dire quoi, 6 sur 10 de douleur ?  C’est quoi, 10 sur 10 ?  Une pierre aux reins ?  C’est que nous, les coureurs, ne sommes généralement pas plaignards (quoi que je commence à me trouver pas mal lamenteux sur les bords), alors 6 sur 10…  Une crampe, c’est quoi ?  8, 9, 9.5 ?

Détail qui m’a frappé: l’ambiance. Peut-être que ça a à voir avec la personnalité de la thérapeute, mais dans le bureau de l’ostéo, l’ambiance est plus feutrée. En plus de la table de traitement, on y retrouve deux chaises confortables, des petits chocolats (du Costco, mais quand même), de la musique-qui-fait-faire-des-dodos. Dans celui de la chiro, il y a la table, un comptoir où elle prend des notes et c’est tout. Assis-toi là, fais ci, fais ça. Pas de niaisage. Différent, mettons.

Avant de partir, l’ostéo m’a demandé de faire des exercices d’étirements. Et pour la première fois, j’ai senti une certaine autorité dans sa voix. J’avais bien l’intention de l’écouter de toute façon car je n’ai qu’un seul objectif: reprendre le collier. Parce que je commence à en avoir ras le pompon de vous parler de mes bobos. Et j’ai hâte de redevenir un être humain et non pas un air bête perpétuel.

Mais pour mieux sauter, je vais peut-être devoir me résoudre à reculer. Je commence sérieusement à envisager un repos complet de quelques jours. Oui, moi, au repos complet. Faire comme la majorité des gens: prendre l’auto pour me rendre au train, le train pour me rendre au boulot puis faire le chemin inverse le soir avec comme seul exercice la petite marche entre la gare et le bureau. En plein été. Je ne suis vraiment pas certain que je vais pouvoir réussir à faire ça sans commettre un crime quelconque. Présentement, j’envie les gens sédentaires, ceux pour qui l’été ou l’hiver, ça ne fait pas vraiment de différence puisqu’ils sont toujours à l’intérieur. Vous savez, ceux qui passent leur temps devant l’ordinateur ou la télé. Quelques jours à ne rien faire, c’est quoi pour eux ?  Alors que pour moi…

Je préfère de loin demeurer actif quitte à retarder la guérison. Sauf que si le fait d’arrêter quelques jours me permettait de reprendre la course plus rapidement ? Je ne suis pas décidé encore.

Où donner de la tête ?

Ça va mieux. En fait, c’est un peu une façon de parler parce qu’on ne peut pas dire que côté guérison, ça se fait à la vitesse de l’éclair. Mais on dirait que dans ma tête, j’ai réussi à me faire l’idée: il n’est pas impossible que ma saison soit terminée. Je sais, il est beaucoup trop tôt pour lancer la serviette et je ne la lancerai pas de toute façon, mais on dirait que j’ai trouvé un semblant de paix intérieure. Peut-être que le sevrage physique est passé et que le psychologique réussit à se satisfaire du vélo (pour le moment)…

Il faut dire que ma douleur à la fesse/hanche/dos « aide » beaucoup. C’est probablement un mal pour un bien car elle m’empêche de marcher confortablement durant plus d’une heure. Après ce laps de temps, chaque appui que je prends sur le pied gauche devient inconfortable et ma démarche en est affectée. Alors je ne me vois tout simplement pas me mettre à courir. Pendant ce temps-là, je laisse mon genou tranquille.

Il y a une chose qui m’a frappée depuis que je suis au garage: c’est très compliqué de se faire soigner. On ne sait pas où donner de la tête. Tous les gens à qui j’en parle ont leur opinion et me donnent des références en physio, en ostéo, en médecine sportive, etc. Et j’ai une impression étrange: ces gens ne travaillent pas en équipe. Pas moyen d’avoir un diagnostic de base et se faire aiguiller vers la bonne personne par après. Chacun tire la couverture de son côté et croit pouvoir nous guérir.

Qu’est-ce qui me fait penser ça (et je me trompe peut-être) ?  Trois de mes lecteurs, qui sont aussi des coureurs (désolé mesdames pour l’utilisation du masculin pour alléger le texte :-)) m’ont fortement conseillé d’aller voir un ostéo. À ce que j’ai compris, l’ostéopathie se fait tout en douceur, tout le contraire de la chiropractie. Pourtant, les deux professionnels pensent pouvoir régler mon problème.  Heu, qui dois-je croire, moi ?  Est-ce qu’il serait possible de prendre deux chemins totalement différents pour atteindre la même destination ?

Je vais donc faire le cobaye cette semaine: des rendez-vous mardi avec Sophie et mercredi en ostéo. On verra bien ce que ça va donner…  Mais encore là, on me dit que ce n’est peut-être pas une bonne idée de se taper deux traitements coup sur coup comme ça. Mais comment je peux savoir, moi ?  Je ne suis qu’un pauvre ingénieur, je ne connais rien au corps humain. Ça prendrait l’avis d’un super-professionnel de la santé, un médecin sportif, par exemple. Et si je pouvais le voir avant le mois d’octobre, ça ferait bien mon affaire. Seb, tu n’en connaitrais pas un ?

En tout cas, ma date-butoir est fixée: si je suis incapable de m’entrainer normalement durant nos deux semaines à Lake Placid à la mi-août, les deux ultras prévus en septembre vont sauter. Pour New York, on avisera. Pour celui-là, nous allons faire le voyage peu importe ce qui arrive, quitte à transformer le séjour en vacances d’automne. Parce qu’au bout du compte, il n’y a pas que la course dans la vie, n’est-ce pas ?  (Ho que ma douce moitié va être contente de lire ça ! :-))

Au garage

Le rendez-vous avec Sophie s’est super bien passé. Elle a longuement travaillé mon genou et évidemment, fait quelques tours de passe-passe typiques des chiros sur lesquels on ne se pose pas de questions. On a jasé course, de son gros objectif de la saison (le TDS), des miens (le Vermont 50 et New York), du Ultimate, etc. Bref, difficile de demander mieux comme visite chez un professionnel de la santé.

Mon problème ?  Il semblerait que mon tibia était vraiment déplacé, ce qui faisait que mon genou travaillait mal, amenant des problèmes aux tendons. Selon elle, je m’étais très fort probablement fait ça à St-Donat et les dommages au genou étaient survenus par après. C’était plausible.

Je pouvais reprendre la course dès le lendemain si je promettais d’être sage, c’est-à-dire d’y aller mollo. Pas le moment de faire des intervalles. Chef, oui chef !  🙂

Je suis donc sorti de la clinique rempli d’optimisme. J’ai même poussé la sagesse jusqu’à voyager au travail à vélo hier (question de me faire prendre par la pluie le matin… et le soir !) pour faire un petit essai tranquille ce matin.

Au programme: une douzaine de kilomètres relaxes, la majorité sur le chemin de terre longeant le fleuve. Au début, tous mes efforts étaient concentrés sur une chose: y aller mollo. Pas facile quand on est habitué à un certain rythme. J’ai tout de même réussi à me « retenir » pour un premier kilomètre en 4:23. Tout allait bien. Le premier signal est arrivé 500 mètres plus loin.

J’ai poursuivi, en me disant que je ne faisais que me dérouiller. Après la montée vers le pont des écluses, j’ai même emprunté les marches pour descendre sur les bords du fleuve, question de ne pas taxer mon genou. Mais à mesure que j’avançais, je le savais: ça n’allait pas mieux. Puis, à 3.75 km, j’ai senti une douleur vive, identique à celle de dimanche dernier, qui m’a forcé à arrêter.

Après de longues minutes à me masser les muscles et à me demander quoi faire, j’ai essayé de reprendre. Maintenant, ce n’était plus seulement le genou, la hanche s’était mise de la partie. Je n’avançais pour ainsi plus. Découragé, je me suis encore arrêté et rendu à l’évidence: je n’allais définitivement pas mieux. C’était peut-être même pire.

Je me suis assis sur une espèce de banc (il ont construit ça ces dernières années et je ne sais toujours pas pourquoi: il n’y a jamais un chat qui va là !) donnant vue sur le fleuve. Ce cours d’eau qui m’a si souvent apaisé… Puis, j’ai eu une vision: au moment même où se déroulait la course à laquelle je rêve participer (le Vermont 100), sur ma gauche se trouvait le Mont Royal, sur ma droite, le Mont St-Bruno et, perdu dans le nuages, le Mont St-Hilaire. Mes trois terrains de jeux, les endroits où j’aime tant aller m’entrainer. Ils étaient si loin, ils me semblaient terriblement hors d’atteinte.

J’ai bien essayé de reprendre la course pour le retour à la maison, mais j’ai terminé en marchant. Aussitôt arrivé, j’ai envoyé un courriel à Sophie: je fais quoi ?

Elle m’a répondu très rapidement. Elle va essayer de me trouver un trou cette semaine. En attendant, ok pour le vélo. mais pas de course. On dirait bien qu’elle veut que je guérisse autant que moi, ce qui est très encourageant. Mais si c’était au-dessus de ses compétences ?  Et si elle me faisait plus de mal que de bien ?

J’ai fait quelques recherches, je vais faire des appels en début de semaine. J’envisage maintenant d’autres solutions: la médecine sportive, l’ostéopathie. Parce que je n’ai définitivement pas envie de demeurer au garage bien bien longtemps.