Pas mal trop de rose

Ça a débuté avant même que je commence à courir, durant de mon premier été à travailler au centre-ville, il y a plusieurs années. Incapable d’endurer une journée ensoleillée au bureau sans avoir bougé auparavant, je m’étais mis à voyager en vélo. Ça prenait à peine plus de temps, je n’avais pas à vivre l’enfer du transport en commun en plein été et surtout, j’avais l’impression de ne pas « perdre » une belle journée.

Comme l’entreprise qui m’employait à l’époque ne disposait pas de vestiaires/douches, je m’étais pris un abonnement à rabais dans un gym. Apprenant cela, un collègue m’avait fait la remarque que ça me reviendrait plus cher que le transport en commun. Comme si je faisais ça pour économiser… Il y a autre chose que l’argent dans la vie, non ?  C’est fou le nombre de niaiseries dans le même genre que j’ai entendues de la part de gens qui tentent de se justifier parce qu’ils se sentent coupables de ne pas bouger. Certains ne comprendront jamais que je ne fais même pas ça pour me mettre en forme, je le fais parce que j’aime ça. Et surtout, je déteste rester enfermé quand il fait beau.

En tout cas, peu importe, il avait tort de toute façon et pour lui en faire la preuve, je me suis mis à utiliser un marqueur rose pour indiquer sur le calendrier les dates où j’avais enfourché mon vélo pour venir au travail. Pourquoi avoir choisi le rose ?  Euh… Parce que c’était ce marqueur-là qui traînait ce matin-là ?

Au fil des années, ce petit rituel s’est poursuivi. Quand je me suis mis à la course, je marquais les jours où je courais en jaune. Ainsi, en un coup d’œil, je pouvais « apprécier » les semaines, les mois, les années. Disons que quand ça va bien, il ne reste pas beaucoup de dates en blanc une fois un mois terminé.

Depuis Massanutten, mon calendrier a pris une tendance rose. Très rose.

C’est que voyez-vous, comme c’est mon habitude, j’ai voyagé à vélo au bureau dans la semaine qui a suivi la course. Je laissais ainsi tomber mes traditionnelles sorties au mont Royal question de faire un peu de récupération active. Puis le samedi, toujours suivant mes habitudes, je suis parti faire une petite sortie. Juste un petit aller-retour au parc, environ 11 km mollo.

Au début, rien à signaler. C’était dur, mais bon, c’était normal vues les circonstances. J’avançais sans me presser, appréciant le moment. Puis, rendu au point le plus éloigné de mon parcours (c’est toujours comme ça), j’ai soudainement ressenti l’équivalent d’une vive douleur de tendinite au niveau du tendon d’Achille droit.

Quessé ça ?  Un tendinite « subite » ?  What the f… ?

C’est tant bien que mal que je suis revenu à la maison. Ok, j’avais peut-être repris un peu tôt. J’allais prendre quelques jours supplémentaires, mettre de la glace… et faire du vélo.

6 jours plus tard, la douleur étant disparue, je suis reparti. Je n’étais pas rendu au coin de la rue que le tendon se lamentait. Le déni entra alors dans la danse. Il va se réchauffer que je me disais, ça va finir par être correct.

Bien que c’était endurable après une dizaine de minutes, la douleur a fini par revenir sournoisement s’immiscer dans le processus, si bien que c’est finalement à la marche que je suis retourné à la maison.

Pas le choix, je devais retourner voir Annie-Claude, ma physio. Pas que je ne l’aime pas, au contraire, mais bon, je parvenais à survivre sans elle, mettons.

En gros, elle m’a dit mon corps n’était pas prêt à subir l’épreuve que je lui ai fait subir (oh surprise !). Après une année 2017 de misère, j’avais réussi à reprendre une forme tout à fait acceptable, mais ça prend plus que de la forme physique pour faire un ultra. Pour faire image, il faut que les fondations de la maison soient solides. Elles ne l’étaient pas assez et se sont fissurées. La maison était demeurée intacte en apparence durant la course, mais après…

Bref, dans ce cas précis, le mollet n’étant pas assez fort, c’est donc le tendon d’Achille qui en a subi les contrecoups. D’où la tendinite subite.

La cassette de l’an passé recommença alors à jouer: exercices à faire, zéro course pour une semaine avec possibilité de retour progressif par la suite. C’était le jour de la marmotte.

Pour le deuxième rendez-vous, étant serré dans le temps, j’ai dû me rendre en marchant très. Arrivé sur place, ma cheville était légèrement enflée. Ça ne regardait pas bien.

J’avais malheureusement raison. Je devais poursuivre avec les exercices, on allait se revoir dans deux semaines. Et toujours pas de course. « Pour le vélo, pas de problème ». Ce serait bien le bout de la m… Ça fait que le rose s’accumule sur le calendrier…

Pour la petite histoire, je n’ai jamais montré ledit calendrier au collègue en question.

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Le drapeau blanc

Vous savez c’est comment une mère, hein ?  La progéniture a beau être rendue dans la quarantaine (légèrement avancée), ça s’inquiète toujours. Et ça a le don d’avoir raison et de nous dire des affaires qu’on ne veut pas entendre.

À Ottawa, après mon abandon, je venais de dire que je laissais tomber mes courses pour l’été. « Pour moi, tu devrais arrêter pour le reste de l’année… »  Exactement la situation que je ne voulais pas envisager. Arrêter de courir, moi ?  Jamais de la vie !

Aujourd’hui, je n’en suis plus si sûr. Ce matin matin, mon année de m… s’est poursuivie. Après l’ischio déchiré, le mollet déchiré, les côtes pétées (ben, pas vraiment pétées, mais c’était tout comme), fallait que mon foutu sciatique décide de jammer.

Ha, je le sentais venir, mais j’avais la naïveté de penser l’avoir sous contrôle. Mais à mesure que je montais mon volume hebdomadaire, je sentais bien qu’il prenait le dessus. Mon appel de détresse à Marie-Ève est venu trop tard: je suis sur le carreau. Encore. Ça devient vraiment une habitude.

J’ai reçu mon traitement mercredi, j’ai même été sage les deux jours suivants: pas de course, ni de vélo. J’ai enfourché ma machine seulement hier pour un petit 50 km. Et ce matin, je me sentais bien. Je me promettais un 10 km facile, 12 max si ça allait vraiment bien. Après à peine 6, j’ai hissé le drapeau blanc. De façon définitive pour le reste de la saison (en ce qui concerne les compétitions, en tout cas).

En revenant à la maison en « marchant », j’ai eu du temps pour réfléchir. Le Vermont 50, ma dernière chance pour aller chercher les fameux points (j’y reviendrai prochainement) qui me garantiraient l’entrée pour l’UTMB l’an prochain, n’est plus possible. Si je suis à peine en mesure de faire 6 km sur le plat aujourd’hui, comment envisager en faire 80 dans les montagnes dans 5 semaines ?  Déjà que mon entrainement était « limite »…

J’ai donc décidé de me concentrer sur la guérison, sans me mettre aucune échéance. Je veux surtout refaire une base solide, arrêter de recommencer en montant le volume, encore et encore, pour finir par me blesser à nouveau. Selon ce que j’ai réussi à décoder de Marie-Ève, mon mollet n’étant pas tout à fait guéri, j’aurais eu tendance à compenser de ce côté, d’où un fessier qui travaillait trop et par conséquence, un sciatique irrité. La joie. Je suis définitivement dans mon année Ellis Valentine !

Donc, en terminant, chers lecteurs, je vous demanderais de prier pour ma pauvre épouse, car c’est elle qui aura à m’endurer au cours des prochaines semaines… 😉

Année de m…

Jeudi matin, je rentrais tranquillement au boulot à la course. Mes pauses-marche se faisant de plus en plus rares, disons que l’effet de l’humidité se faisait sentir. Mais je ne m’en plaignais pas: j’étais en train d’effectuer, lentement mais sûrement, un autre « retour au jeu » et c’était tout ce qui comptait.

Les coureurs d’expérience l’auront probablement remarqué, les lacets des souliers se défont plus facilement lorsqu’il pleut ou quand c’est tellement humide que nos pieds deviennent détrempés juste à recevoir la sueur qu’on émet.

C’était arrivé un peu plus tôt avec le pied gauche, je venais de me rendre compte que les lacets du pied droit s’étaient également défaits. Pas le temps de décider de m’arrêter,  j’avais déjà pilé sur lesdits lacets. Les lois de la physique ont alors opéré: tout mon corps avançait à 12-14 km/h, un obstacle a bloqué la base, le mouvement de translation s’est transformé en mouvement de rotation avec les pieds comme point d’appui.

Nous ultramarathoniens avons un sixième sens pour compenser quand les pieds glissent sur de la roche ou se prennent dans des racines. Mais on dirait qu’on perd toutes ces belles facultés quand on s’enfarge sur la route. Pas le temps de me protéger, je me suis retrouvé le visage contre le bitume. Calv… !

Après avoir vérifié que personne ne m’avait vu et arrêté le chrono (un gars a ses priorités) j’ai fait disperser les étoiles qui étaient apparues dans mon champ de vision pour être en mesure de constater les dégâts. Mis à part que j’étais tout crotté (c’était sous l’autoroute Bonaventure, l’endroit où la piste cyclable est à son plus sale, bien évidemment), j’avais de merveilleux road rashs sur les cuisses et les avant-bras, probablement aussi sur ma joue (j’ai essayé de vérifier, pas facile). Avais-je une commotion ?  J’en doutais, les prochaines heures allaient me le dire. J’avais surtout un foutu mal de côtes, gracieuseté d’un avant-bras qui avait été coincé entre ma poitrine et le sol lors du contact.

Cette dernière blessure qui m’achale encore aujourd’hui. Était-ce cassé ?  Je n’en avais aucune idée, et je l’ai ignoré un bout puisque j’ai vu le médecin seulement hier matin (anecdote : elle m’a demandé si j’avais maigri. Hein ? Elle se souvient de moi ?  De toute façon, sais pas, je ne me pèse jamais). Ben oui, j’ai attendu toute la fin de semaine. Pourquoi ?  Pour la simple et bonne raison que je me sentais mieux vendredi et j’étais certain de pouvoir reprendre la course samedi.

Ho que je m’étais fourvoyé !  À chaque fois que le pied touchait au sol au pas de course, une douleur vive transperçait ma poitrine. Rien à faire, j’ai dû me résigner à « seulement » enfourcher mon vélo. Et encore là, pas moyen d’accélérer en me dressant sur les pédales.

Le pire, je ne sais pas pourquoi c’est de même, ce ne serait pas arrivé avec des Skechers. J’ignore comment ils fabriquent les lacets de leurs chaussures, mais même dans les pires conditions, jamais ils ne m’ont fait ce coup, peu importe le modèle. Jamais. Pourtant, ils en ont vu de la pluie et de l’humidité.

Pourquoi je ne portais pas de Skechers, vous me demandez ?  Ben… C’est que le modèle GOrun de route que j’ai est de tendance plus minimaliste et donc, nécessite une foulée qui demande plus de travail au mollet qu’un modèle plus coussiné. Et comme je me remets d’une blessure au mollet… D’ailleurs, comme pour me narguer, j’ai reçu ma dernière paire d’Ultra Road hier. Si je les avais eus une semaine plus tôt…

Mais bon, au final, pas de fracture. En tout cas, pas de fracture apparente sur les radios. De toute façon, il semblerait que ça ne change pas grand-chose: la médecine n’y peut rien, il faut attendre que ça guérisse.  Je déjeune donc aux anti-inflammatoires et je pédale pour me rendre au travail. Encore.

Année de m…

Les suites d’un abandon

Luc, t’as besoin de bénévoles ?

« Hey Freeeed, comment ça va ? ». Je l’avais vu passer au 38e kilomètre, je m’étais dit que j’essaierais de le voir après l’arrivée pour lui annoncer mon retrait du 50 km 5 Peaks d’Orford dont il est l’organisateur. Si je n’étais pas foutu de faire plus de 4 kilomètres après une semaine sans courir, il était hors de question d’en envisager 50 trois semaines plus tard. Dans le meilleur des cas, je pourrais reprendre le collier cette fin de semaine-là.

J’ai perçu de la tristesse sur son visage quand je lui ai résumé ma mésaventure. Entre coureurs, on se comprend. On sait c’est quoi, être privés de notre drogue. « Ha, on a toujours besoin de bons bénévoles… Je vais te mettre en charge de surveiller les toilettes, tiens ! ». J’ai éclaté de rire. Il me fait toujours rire. Vous devriez lire ses info-lettres pour sa course : du bonbon.

J’avoue que ça me faisait bizarre de déambuler dans une aire de retrouvailles après une course après avoir dû l’abandonner. On voit tous ces coureurs radieux, avec leur médaille de finisher au cou… On se sent… comment dirais-je ?  Pas à sa place. Comme si on n’avait pas du tout d’affaire à être là.

Au moins, j’étais vraiment, mais vraiment heureux pour ma sœur. Me connaissant, j’avais peur que le fait d’être blessé me rende d’une humeur massacrante et que je devienne le casseux-de-party de son premier marathon. Mais non, j’étais si heureux pour elle. Et c’était tellement beau de voir la fierté de Christian et de mes parents. Vraiment, un beau moment passé en famille.

J’appréhendais également le long retour en voiture. Deux heures seul avec moi-même, deux heures pour tout ressasser. Encore là, rien à signaler. Ce n’est pas comme s’arrêter durant un ultra parce qu’on n’en peut plus ou qu’on n’a plus le goût. Dans ce temps-là, on se dit qu’on aurait pu faire ceci, dû faire cela, etc. Ce n’était pas le cas. J’étais blessé, je ne pouvais pas poursuivre, point à la ligne.

J’ai plutôt dressé mon plan pour les prochaines semaines. En plus du 50k d’Orford, j’allais devoir me retirer de la Course des 7, où j’étais supposé être lapin de cadence, et du Vermont 100. J’avais une blessure de fatigue, il n’était pas question que j’essaie de me faire un 100 miles plutôt roulant dans un délai si court.

Mais il fallait surtout que je soigne. Et ça, ce serait l’affaire d’Annie-Claude, la physio qui a réglé mon problème d’ischio.

Faut croire que je ne suis pas le seul à la trouver bonne parce que j’ai dû attendre au vendredi pour avoir un rendez-vous. Verdict : déchirure de grade 1 (ça a l’air qu’il y en a 3), pronostic de deux autres semaines sur les lignes de côté. Définitivement que j’avais bien fait de déclarer forfait pour mes courses !

Finalement, après une semaine où j’ai été un patient modèle (c’est-à-dire que j’ai fait tous les exercices prescrits et ce, sans en faire trop), j’ai eu la permission de reprendre. Ok, « reprendre », façon de parler: 15 minutes en mode 2/1 (2 minutes de course pour 1 minute de marche), mais bon. En fait, ça fait un beau prétexte pour se rendre l’épicerie qui coin. Demain, ce sera 20 pleines minutes. Hou la la…

Ceci dit, c’est peut-être psychologique, mais depuis que je me suis fait cette micro-sortie hier, il me semble que le mollet va mieux. Comme si la reprise avait aidé la guérison. Oui je sais, c’est dans ma tête…

Il y a une affaire que je retiens dans cette histoire-là (mis à part le fait qu’il ne faut jamais présumer de son « invincibilité ») : demander des conseils à d’autres coureurs, lire des publications, aller voir sur les forums de discussions, ça donne une bonne idée. Mais il n’y a jamais rien qui va égaler l’avis un professionnel. Lui, il nous voit, nous tâte, constate quels mouvements on peut faire ou ne pas faire. Des blessures, il en voit à longueur de journée et elles sont toutes différentes.  Bref, il a tous les outils pour cerner le problème et prescrire le « remède » approprié.

La suite des choses maintenant ?  Pour l’instant, je ne suis inscrit à aucune course. Toutefois, mon retrait du Vermont a un double impact sur les « monuments » auxquels j’aimerais prendre part. Tout d’abord, il y a évidemment l’UTMB, pour lequel je dois amasser 3 petits points cette année pour assurer mon inscription l’an prochain. Je comptais sur le Vermont pour aller en chercher 6. Il y a toujours Bromont qui demeure toujours dans ma ligne de mire, mais comme il n’est pas encore accrédité officiellement (Gilles ?), j’aurais préféré être fixé plus rapidement.

Autre inconvénient: le Vermont était la seule course qualificative pour le Western States que j’avais prévu faire cette année. Oups.

Ha, ce n’est pas la fin du monde, c’est juste une course… Mais dans un autre sens, je trouverais pas mal cool de me faire les deux courses en sentier les plus célèbres. Je suis donc allé voir la liste des courses qualificatives, au cas où il y en aurait pas trop loin en automne.

Et sur quoi suis-je tombé ?  Sur le Harricana 125. Début septembre, une organisation extraordinaire que je connais bien, franchement pas loin de la maison… En plus, cette course donne 5 points UTMB. Comment passer à côté ?

Bref, histoire à suivre. Si la guérison se déroule bien…

« Tirer la plogue »

Voilà, c’est fait: j’ai « tiré la plogue », comme on dit. En fait, elle s’est tirée par elle-même quand je n’ai pas confirmé mon inscription, mais ça revient à la même chose: je ne serai pas à Massanutten en mai prochain. Je me faisais peu à peu à l’idée depuis quelque temps, c’est maintenant officiel… et ça me fait tout drôle. Cette course, je l’avais tellement détestée à mes débuts, en 2015, pendant les longues heures que j’avais passées sur les foutues roches, sous le soleil de plomb… J’avais fini par l’apprivoiser en faisant la deuxième moitié de l’infernal parcours avec mon ami Pierre puis l’an passé, je m’étais carrément attaché. L’organisation, les gens, le site, tout. Le monde des ultras tel qu’on l’apprécie. Sans compter le fait qu’il y aura encore cette année une belle délégation québécoise. Mais bon, je n’en ferai pas partie.

Pourtant,  il y a quelqu’un qui a rallumé la lumière au bout du tunnel. Cette personne, c’est Annie-Claude, la physio que j’ai consultée à la clinique de la gare centrale. Sentant que j’étais allé au bout de l’ostéopathie pour la blessure que j’avais et constatant que la guérison stagnait, je me suis dit: pourquoi ne pas essayer la physio ?

À notre premier rendez-vous, elle m’a demandé un ordre de grandeur de mon volume habituel d’entraînement. J’ai répondu que je faisais entre 80 à 100 kilomètres par semaine, parfois 110 en « période de pointe ».

Pas de réaction. « Vos prochaines compétitions ? ». 50 kilomètres début avril (Runamuck) et 167 kilomètres début mai (Massanutten, évidemment). À peine un sourcillement. Soulagement: je n’allais pas passer pour un hurluberlu et ne me ferait pas dire « que j’en faisais beaucoup trop, que ça n’avait pas de bon sens, et patati et patata… ». Cool.

Après m’avoir examiné, fait faire un paquet de petits tests, taponné mon ischio de tous bords, tous côtés, elle m’a expliqué ce que j’avais et ce qu’il fallait faire pour guérir. En gros, oui, le muscle avait déchiré, mais il était en train de reprendre. Sauf qu’il fallait qu’il reprenne « comme il faut » et pour ça, je devais faire à tous les jours une série d’exercices qu’elle allait me prescrire.

La question me brûlait évidemment les lèvres : pouvais-je reprendre la course ?  « Pas cette semaine, mais à partir de la semaine prochaine, si vous faites vos exercices, le retour progressif à la course va faire partie de votre réhabilitation ».

Enfin !!!  Ça faisait 6 semaines que je m’étais blessé, ma dernière tentative remontait à 10 jours. Dire que je trouvais le temps long serait un euphémisme.

Et mon début de saison ?  « Je pense qu’il vaut mieux prévoir un retour progressif dans le but d’avoir un bon milieu et une bonne fin de saison qu’essayer d’aller trop vite. »

Flûte-caca-boudin. Mais bon, disons que je m’y attendais. J’allais définitivement « tirer la plogue ».

Je me suis donc mis à la tâche, assidûment, soir après soir. D’ailleurs, je ne comprendrai jamais pourquoi certaines personnes vont voir un professionnel comme un physio ou un ostéo pour ensuite ne pas faire les exercices prescrits. Ils pensent quoi, que ça va se faire tout seul ?  Que le pro a une baguette magique et va nous faire guérir en un claquement de doigts ?  C’est comme aller voir le médecin et ensuite, ne pas aller chercher les médicaments prescrits. Pourquoi y aller, voulez-vous bien me dire ?

Bref, après une semaine, deuxième rendez-vous. J’ai eu droit à des félicitations pour mes progrès et, extase, ai reçu mes instructions de course. Je devais commencer par une sortie de 20 minutes au cours de laquelle j’alternerais 3 minutes de course avec 1 minute de marche.

Moi, le gars plate, le gars de chiffres, fallait que je demande : 20 minutes, est-ce que c’est juste pour la course ou c’est pour le total. « Pour le total ». Ouin… Si ça allait bien, je pouvais ensuite monter progressivement: 30 minutes, 40 minutes. Puis passer à 5/1, 6/1, etc. Vous voyez le principe. Dans le genre progressif…

***

« Ça va pas ?!? ». C’en était presque comique. Ma belle-maman était à la maison pour quelque jours et lorsque je suis revenu de ma première sortie, peu habituées à me voir partir si peu longtemps, elle et Barbara ont posé cette question exactement en même temps.

Vous savez, 20 minutes, ce n’est pas tellement long… Et pas tellement épuisant non plus, à vrai dire, surtout quand on fait du 3/1. 5 petits blocs de 4 minutes et c’est terminé.

C’était il y a 3 semaines. Depuis, j’ai revu Annie-Claude à 2 reprises et ne devrais plus avoir à y retourner. Le retour graduel se poursuit. Une raideur (qui est tout à fait normale, à ce qu’il paraît) se pointe de temps à autre, me rappelant de ne pas brûler les étapes.

Maintenant, aurais-je pu faire Massanutten ?  Aucune idée. Et on ne le saura jamais…

Mais disons qu’avec le satané rhume qui m’est tombé dessus (oui oui, une vraie grippe d’homme !  Une chance que j’avais écrit le squelette de ce texte il y a quelques jours…), je ne suis pas trop fâché de ne pas avoir cette pression-là.

Chronologie d’une cr… de blessure

Le préambule – On s’envoie sa plus grosse année de course en « carrière » : trois 100 miles en plus d’un 120 km très costaud. On pace des amis au travers de la nuit. Après le dernier 100 miles, au lieu de se reposer, on « veut profiter de la belle température » pour essayer de retrouver sa pointe de vitesse d’antan. Et ce, même si on sait très bien qu’avec l’hiver qui s’en vient, ladite pointe de vitesse va se perdre.

L’incident – On est en plein milieu d’un intervalle, devant Habitat 67. On ressent un élancement au niveau de l’arrière de la cuisse.

La minimisation (oui, ça se dit !) – On a déjà ressenti ça, on se dit que c’est possiblement une contracture vu qu’une crampe est peu probable à ce stade d’une sortie relativement courte. No big deal. Un rendez-vous en ostéo et ce sera réglé. On prendra peut-être sa pause annuelle, question de reprendre pour les Fêtes.

La stupidité (I) – On repart, malgré la douleur. En fait, c’est plus un inconfort. S’il fallait s’arrêter à chaque inconfort…

La stupidité (II) – On reprend les intervalles. En plus, on ne coupe pas court, non, non, non, ce serait trop intelligent. On se tape le parcours prévu originalement en faisant le tour du circuit Gilles-Villeneuve. Les conditions sont tellement bonnes… Sauter les clôtures du pont est plus pénible que d’habitude. On finit par se faire une sortie de 17 kilomètres.

Le doute – La nuit, on se réveille en se retournant car la cuisse fait mal. Hum…

Le rendez-vous  (I) – L’ostéopathe parle de déchirure musculaire et « prescrit » la pause annuelle.

La pause – On se convainc que c’est probablement un mal pour un bien, que le corps en avait sans doute besoin. On en profite pour faire autre chose, pour dormir le dimanche matin.

Le retour (I) – En échauffement, on sent qu’il y a toujours un élancement. On l’ignore. Comme c’est un matin de tempête, on se dit que c’est parfait, qu’on va être « obligé » de prendre ça mollo.

La stupidité  (III et IV) – Dès les premières enjambées, le mal revient. On croit naïvement que ça va passer et on persiste. Sur 11 kilomètres. Et le pire, c’est qu’on remet ça le surlendemain… en courant plus vite !

Le soupçon de sagesse (I) – On décide de prendre un autre rendez-vous et de demeurer au repos d’ici là. On en profite aller prendre un verre avec les copains du bureau. C’est la dernière journée avant Noël, après tout !

Le rendez-vous (II) – On se sent bien, « il ne reste presque plus rien ». L’ostéo travaille longuement sur le muscle blessé. De vives douleurs se pointent à des endroits insoupçonnés. Quand pourra-t-on reprendre ?  « Il faut écouter votre corps ». Re-hum…

Le soupçon de sagesse (II) – Pause de 5 jours avant la reprise qui se fera très, très progressivement se promet-on. En alternant course et marche.

Le retour (II) – Règle auto-imposée: dès qu’on ressent une tension, on marche. Connaissant son esprit compétitif, on laisse la Suunto à la maison. Tout se fera au feeling. Premier essai 50-50 course-marche. Deuxième essai, on court plus, on marche moins. Troisième essai, on court encore plus, on marche encore moins.

La stupidité (V) – Quatrième essai. On court trop, on ne marche pas assez.

Le soupçon de sagesse (III) – Nouvelle pause de 5 jours. On veut attendre « de ne plus rien sentir »

Le retour (III) – Aucune douleur, aucune raideur, la vie est belle, nouvel essai. Au bout d’environ 500 mètres, inconfort dans une région assez éloignée de « l’épicentre ». Bah, c’est probablement autre chose…  11 kilomètres sans marcher, même si son épouse fait remarquer qu’il « court sur les brakes ».

Le découragement – Le lendemain, la raideur est revenue. La guérison a été retardée. Que faire ?  Quand pourra-t-on reprendre ?  Le moral est à plat; l’humeur, massacrante.

La revue à la baisse de objectifs – Le printemps qui était chargé risque de l’être moins. En effet, comment envisager de faire 100 miles sur ses deux jambes quand on n’est pas foutu d’en faire 5 ?

On vise d’être en mesure de faire le marathon d’Ottawa avec sa petite sœur.

Le rendez-vous (III) – « C’est beaucoup mieux que la dernière fois. Le muscle est en train de guérir. Faut juste lui laisser le temps. »

Les loteriesMassanutten in. On a jusqu’au mois de février pour s’engager. Et après ça, jusqu’en avril, il en coûtera seulement 25$ si on se retire. On a le temps d’y penser.

UTMB out.

Le soupçon de sagesse (IV) – Autre pause auto-imposée de deux semaines. On croise les doigts.

2016: retour sur une drôle d’année

Les traditions étant les traditions, celle-là en est une incontournable depuis que j’ai démarré l’écriture de ce blogue, alors la voici donc: ma drôle d’année 2016 en quelques flashes.

« Je fais des ultramarathons parce que des marathons, c’est trop dur » – C’est ainsi que je me suis présenté lors de ma première rencontre des ambassadeurs Skechers. Tout le monde s’est mis à rire, mais je n’exagérais pas tant que ça. C’est très dur un marathon, vous savez…

Jamais je n’aurais pensé qu’une compagnie puisse être intéressée à commanditer quelqu’un de mon niveau. Imaginez: le gars qui était assis à côté de moi était le champion en titre du marathon de Montréal !  Je n’avais pas vraiment rapport. Et justement, c’est parce que je n’avais pas rapport que j’étais là: je suis ultramarathonien, alors que les autres faisaient de la piste, de la route ou du triathlon.

L’association a été fructueuse, pour moi en tout cas. Je cours maintenant presque exclusivement sur du Skechers et les vêtements fournis commencent à être sérieusement usés. Notre entente a été renouvelée pour 2017, à mon grand bonheur.

Les pauses-bobos – Février, mon sciatique a fait des siennes. Résultat: un mois on and off. Je suis arrivé à Massanutten légèrement sous-entrainé, avec comme conséquence que j’ai fait le même temps qu’en 2015, mais dans des conditions pas mal plus faciles.

Décembre, déchirure au niveau de l’ischio-jambier droit. J’attends « patiemment » que ça guérisse. Moi qui fais des sorties course-marche, on aura tout vu…

C’est fou le nombre de blessures qui peuvent se produire dans un sport sans contact. Les coureurs en ont tous, à divers degrés. Mes collègues me voient souvent boiter au travail et me demandent si je me suis fait une compétition quelques jours auparavant. Hé non, ce sont la plupart du temps mes tendons d’Achille qui se plaignent. Mais comme ils n’empêchent rien, je cours dessus.

Mais bon, ça ne se passe (malheureusement) pas comme ça avec l’ischio.

Les controverses – Paradoxalement, j’ai moins publié en 2016 que les années précédentes et pourtant, jamais je n’ai créé autant de controverses. Car non pas une, mais bien deux fois mes articles ont entrainé des réactions… pas toutes positives, disons.

Les discussions privées demeureront privées, mais je tiens à souligner ici l’apport de Patrick au débat « principal ». Je voudrais le remercier pour le ton très cordial qu’il a utilisé, pour son ouverture et ainsi pour les arguments qu’il a apportés qui m’ont amené à voir la situation d’un autre oeil. J’ai appris à connaitre un homme remarquable que j’espère bien recroiser très prochainement.

De tout ça, je retiens une chose: nous sommes chanceux de vivre dans un endroit où un sujet comme la course à pied peut mener à de telles discussions. Il faut croire que nos vies ne se portent pas si mal. Je me demande bien ce que les gens d’Alep pourraient en penser…

Le fat ass – L’appel a été lancé au hasard sur Facebook par un ami. Il s’attendait à ce qu’il y ait 10-15 coureurs qui se présentent. Le soleil radieux aidant, il y en a eu une quarantaine. Un beau parcours de 50 kilomètres empruntant des chemins de campagne comme je les affectionne. Merci Stéphane.

fatass

La gang du fat ass avant le départ. Crédit photo: je l’ignore. Guy, je te l’ai empruntée sur ta page Facebook…

« Je ne crèverai pas icitte ! » – Ça a été ma mantra lors de mes deux premiers 100 miles de la saison. La première fois que je me suis dit ça, c’était à Massanutten, peu de temps après le départ. Je commençais à frustrer à force de me faire dépasser dans les roches et tâchais tant bien que mal (surtout mal) d’accélérer le pas. Après avoir perdu l’équilibre à quelques reprises, j’ai eu cet éclair de lucidité: valait mieux arriver un peu plus tard que ne pas arriver du tout. Je suis nul dans le technique, aussi bien l’accepter. Avec le recul, je l’ai peut-être trop « accepté », mais bon…

C’est dans un tout autre contexte que je me suis juré de demeurer vivant lors de l’Eastern States. Je venais d’accompagner un gars qui se vomissait les tripes jusqu’au ravito du 33e mile. La section qui suivait était relativement facile, je pensais pouvoir rouler un peu. C’est ce moment que la chaleur a choisi pour me tomber dessus. J’ai vraiment eu l’impression que si je persistais à courir, j’allais y rester. Je me suis mis à marcher.

Les roches – À Massanutten, je les connaissais. Je savais qu’elles me donneraient du fil à retordre. Disons qu’elles ne m’ont pas déçu. À Eastern States, par contre… Ha, il y en a moins, mais bout de viarge, elles bougent !

Québec Power – Sur 199 partants à Massanutten, nous étions 7 de la belle province. On dirait bien qu’il va falloir que les Américains s’habituent à entendre parler français.

La décision – Shawl Gap, mile 38. Sachant qu’une longue section sans ravito s’en vient, je change mon système d’hydratation, question d’avoir une plus grande réserve de liquide avec moi. Dans le transfert des trucs, j’hésite à prendre un imperméable de secours, car je trouve qu’il prend de la place pour rien. Je décide finalement de l’emporter avec moi, au cas où…

Cette décision sauvera littéralement ma course. À peine une heure plus tard, la pluie se mettra à tomber et la température, à chuter. Sans ce cossin à 1$, l’hypothermie me guettait. Quand on pense que c’est arrivé à une coureuse d’expérience comme Amy…

La pluie – Trois courses de 100 miles, trois fois de la pluie, au moins une heure à chaque fois. Vais-je faire un 100 miles sans pluie un jour ?

La perf – Je sais qu’il n’aime pas tellement qu’on en parle, mais je suis encore béat d’admiration devant la perf que mon ami Pierre nous a sortie à Massanutten. 24h38, bon pour une quinzième place. Wow. Sur un tel parcours, chapeau bien bas.

Mention très honorable à Stéphane-le-métronome, qui a terminé de boucler le grand « 8* à peine une heure plus tard.

Le lapin – Pour la deuxième année, j’ai eu la chance de jouer au lapin de cadence lors de la Course des 7 qui se déroulait dans mon patelin. Les conditions aidant (il y avait un vent très « montérégien » ce jour-là), j’ai eu des clients (des clientes, en fait) jusqu’à la toute fin. Les high fives de remerciement que j’ai reçus à l’arrivée n’avaient pas de prix.

La Maison bleue – Étant réservé de nature, je ne suis pas vraiment  (en fait, je devrais dire: vraiment pas) porté vers tout ce qui a rapport à la sollicitation. Mais bon, Julie, ma partner de la Petite Trotte, m’a convaincu de nous lancer dans une levée de fonds pour la Maison bleue, un organisme qui vient en aide aux jeunes familles.

J’avoue avoir été impressionné par cet organisme et surtout, par les gens qui y travaillent. Un bel exemple pour tous. J’ai porté le macaron de la Maison bleue tout au long de notre périple à travers les bois de St-Donat et il se retrouve toujours sur mon sac. Il devrait être de la partie le jour où de prendrai le départ de l’UTMB.

Courir en équipe – 28 heures. C’est le temps que nous avons passé ensemble dans les bois, Julie et moi. Ajoutez à ça le voyage en auto, le dîner, etc. Des discussions, nous en avons eu plein et peu à peu, les barrières socio-naturelles sont tombées. J’ai déjà lu quelque part que si vous voulez vraiment connaitre quelqu’un, vous devez courir un ultra avec cette personne. Hé bien, nous ne nous connaissions pas beaucoup avant le départ, mais  ces heures ont fini par faire de nous de véritables amis.

Le dimanche matin au déjeuner, quand la serveuse a demandé avec lequel de Lambert ou de moi Julie était en couple, j’ai eu envie de répondre qu’elle avait passé la dernière nuit avec lui, mais la précédente avec moi.

Mais bon, je me suis gardé une petit gêne…  🙂

Le pacer – Course Chamfleury, avril 2012. J’approche du dernier kilomètre de cette course qui en compte 10. Ça va super bien mon affaire, les soeurs Puntous sont environ 200 mètres derrière, je suis déjà entièrement satisfait de ma course.

Devant, je vois un gars qui cours à bonne allure parmi les coureurs plus lents qui font le 5 kilomètres. Je me dis que je vais essayer de le rattraper, juste pour voir. Après dur effort, je suis sur ses talons et me laisse « tirer » par lui. Ouf, juste demeurer derrière, c’est déjà dur…

Puis, je réussis à reprendre mon souffle un peu et tente de le dépasser. Il terminera quelques secondes après moi. On s’échangera quelques mots de félicitations par après et je croyais ne plus le revoir.

J’oubliais que le monde est petit. En effet, 4 ans plus tard, j’aurai comme mission d’amener mon ami Martin vers son objectif, soit de descendre sous les 20 heures dans une course de 100 miles. Malheureusement, la chaleur du jour a fini par faire son effet et mon coureur en a été affecté. Il faut aussi dire que c’est lui qui a le don de me faire rire à chaque fois qu’il parle, alors que normalement, c’est moi qui aurais dû être là pour le distraire. Mais bon, il est tellement drôle que c’est dur à accoter, comme on dit…

Pour clôturer sa saison, après s’être envoyé une multitude d’ultras, Martin fracassera la barrière des 3 heures à Toronto. Je me demande encore comment j’ai pu le rejoindre par ce beau matin d’avril.

La vie d’ultra… un peu – Je le dis souvent: je suis trop douillet pour faire la « vraie » vie d’ultra. Vous savez, se taper de longues heures de route pour coucher dans sa voiture ou sous une tente… Je suis plus du type « hôtel », une vraie poule de luxe.

J’en ai tout de même eu un aperçu lors de cette fin de semaine au Vermont. Stéphane et moi nous sommes rendus sur place le samedi, avons pacé nos coureurs respectifs, puis avons dormi dans l’auto sans prendre de douche avant de revenir le lendemain.

Le bilan ?  Mon compagnon de voyage a été extraordinaire et on a eu beaucoup de plaisir. Si je le referais ?  Absolument !  Même si je ne suis pas vraiment fait pour ça…

« It makes sense«  – Frontière américaine. Le douanier ne semble pas surpris que je lui dise que je m’en vais faire une course de 100 miles. Il s’interroge toutefois sur la présence d’un matelas de sol dans mon VUS. Je lui explique que je suis avec ma soeur et mon père, que nous allons coucher à l’hôtel…

Son visage exprime une réflexion: aucune des combinaisons s’offrant à nous (père-fils, père-fille, frère-soeur) ne semble possible pour partager un lit, alors effectivement, nous aurons besoin d’un troisième matelas.

« Yeah, it makes sense…« 

Le sauna – On a dit des marathons de Boston et d’Ottawa qu’ils s’étaient déroulés dans des « saunas » cette année. Que dire de l’Eastern States, alors ?  Quand j’ai ouvert la portière du véhicule la veille de la course, la chaleur était écrasante. Il faisait 35 degrés, plus de 45 degrés avec le facteur humidex. Étouffant vous dites ?

À partir de ce moment, j’ai eu peur, peur comme jamais avant une course. Comment pourrais-je faire 100 miles là-dedans alors que je peinais à respirer ?

« Coin-coin, le petit canard a pris la pluie ! » –  Commentaire de mon ami René suite à la parution d’une photo prise lors de la course.

Le problème ?  Au moment où ladite photo a été prise, il n’avait pas encore plu.

L’orage – Grosse chaleur, grosse humidité, ça amène quoi, habituellement ?  Hé oui, de gros orages. Celui-là a été particulièrement effrayant. Surtout quand la foudre est tombée sur l’abri sous lequel je me tenais.

Le plus dur ? – Ce fut un véritable massacre: 197 au départ, 66 à l’arrivée. Les conditions ont probablement faussé les données, mais comme dirait l’autre, la chaleur en Pennsylvanie au mois d’août, fallait s’y attendre un peu.

Maintenant, est-ce que ce parcours est plus difficile que celui de Massanutten ?  Vrai que j’y ai mis près de 3h30 de plus, mais comme je disais, avec la chaleur… Honnêtement, je ne sais pas. Certaines montées (et certaines descentes !) sont épiques, rien de ce que j’avais vu auparavant ne s’y compare. Mais en ce qui me concerne, dans des conditions similaires, je pense que Massanutten est plus difficile pour moi, rapport à mes lacunes techniques.

Mais pour tout le monde ?  Il vous faudra essayer !  🙂

Le paradis – Les rues de Londres, les étroits chemins ondulés et verdoyants du Devon, les environs de Bath, ha… Durant ces deux semaines en Angleterre, j’ai eu la chance de voir à la course un côté moins connu de ce si beau pays . Définitivement que cette manière de visiter est là pour rester.

Les vieux routiers – Ligne de départ du Bromont Ultra. Je suis avec Pierre, Louis et Pat. On jase, on rigole. Tout autour, je sens la nervosité chez quelques coureurs qui en sont à leur première expérience sur la distance. Pas trop déplaisant d’être un vieux routier…

« Tu peux prendre ton temps, vous êtes quatrièmes » – Ian et moi venons d’arriver au ravito du lac Bromont, au kilomètre 41. Je me doutais bien être en plutôt bonne position (ce que mon père venait de me confirmer) et pourtant, j’ai l’impression de ne pas avancer depuis le départ. Impression que je conserverai jusqu’à l’arrivée. Tout comme la quatrième place d’ailleurs.

Le jeunots – Les ultramarathons, c’était habituellement réservé aux coureurs plus matures, si on peut s’exprimer ainsi. Mais depuis peu, je constate l’arrivée d’une nouvelle génération qui nous fait la vie dure. Je connaissais déjà Vincent et Benjamin, voilà que cette année, j’ai eu la chance de côtoyer Xavier (qui s’est enfilé le trio Petite Trotte – Vermont 100 – Bromont 160) et Ian, qui a terminé deuxième à Bromont en me mettant plus d’une heure dans le buffet.

Pépère Fred n’a pas fini de se faire botter le derrière !  🙂

Le cri dans la nuit – Bien qu’ils soient toujours pris avec des bobos à gauche et à droite, il est rare d’entendre des coureurs, particulièrement des ultramarathoniens, se plaindre d’avoir mal. Alors quand j’ai entendu le cri de Stéphane déchirer la nuit, j’en ai eu des frissons. Fallait que ça fasse mal pas à peu près pour qu’il le laisse échapper.

Verdict: cheville tordue, contraint à l’abandon. Il va revenir plus fort pour nous refaire le coup du métronome.

L’autre cri dans la nuit – Celui-là, il est sorti de ma bouche. La descente menant au deuxième passage au ravito P5 avait été rendue impraticable par la pluie. Je me suis retrouvé à glisser sur mon postérieur de manière incontrôlable et quand le toboggan a fini par finir par s’arrêter, j’ai laissé échapper ce cri de frustration… parsemé de mots religieux de circonstance. De toute façon, que serait un ultra sans quelques mots religieux ?

Perdu – Par deux fois, j’ai manqué un virage dans la section relativement bénigne du mont des Pins. Maudite vision-tunnel !  Une autre raison pour invoquer les saints.

Plusieurs minutes perdues. Sans ça, aurais-je pu terminer une position plus haut ?  On ne le saura jamais.

La sérénité – Avant de m’élancer dans la dernière mini-boucle de 6 kilomètres, on m’a dit que je n’avais que 3 minutes de retard sur celui qui me précédait. J’ai poussé sur un ou deux kilomètres, mais ne l’ai jamais aperçu. Voyant cela, j’ai levé le pied et ai terminé en appréciant le moment. Étais-ce bien grave de ne pas terminer sur le podium ?  Bien sûr que non.

La bière – Véritable obsession parfois, à croire qu’on ne court que pour ça. Mais mon papa avait prévu le coup !  🙂  On dirait qu’elle est meilleure à 10 heures le matin…

bierebromont

Ha, la bière d’après-course…

Un podium à cinq marches ? – Bromont a le don de me mettre par terre. Durant la course, ça va bien, mais après, je tombe en mode zombie assez rapidement. Je savais que ma « fenêtre » pour être en mesure de retourner à la maison était courte, alors j’ai voulu partir. C’est alors qu’on m’a appris que le podium comptait cinq marches et non pas trois. J’en faisais donc partie.

Hein, cinq marches ?!?  De quessé ?

J’ai confirmé auprès de Gilles, qui m’a dit que si j’étais à bout, d’y aller, que ce n’était vraiment pas la fin du monde. Au moment où la cérémonie a eu lieu, j’étais étendu sur le lit de la chambre d’amis, incapable de bouger, notre Charlotte blottie contre moi. Je trouvais ça poche de ne pas être là, mais j’étais vraiment brûlé.

Merci Gilles – C’est lui qui a eu l’idée saugrenue de se lancer dans l’aventure d’organiser un ultramarathon à Bromont. L’événement ne cesse de grandir depuis, de sorte qu’il est devenu un incontournable. Merci Gilles.

Travail d’équipe – Paradoxalement, bien que le sport que je pratique soit individuel, je préfère les sports d’équipe. Malheureusement, l’individualisme vient trop souvent briser la beauté de ces derniers, ce qui a le don de me mettre en rogne, alors…

Je peux toutefois faire équipe dans le cadre d’un ultra, que ce soit avec un autre coureur ou avec mon équipe de support. Et dans ce domaine, comment oublier l’apport de mon papa encore cette année ?  Quand c’est rendu que les membres d’une équipe de support se font reconnaitre par les autres coureurs…

Et avec ma petite soeur dans le portrait, je sens que l’équipe pourrait s’agrandir de temps en temps…  🙂

Zéro marathon – Il y a à peine 10 ans, je me suis mis à courir, « pour voir ». L’année suivante, je complétais mon premier marathon. À chaque année depuis, j’en avais fait au moins un. C’était jusqu’à 2016. Pas de marathon, ça fait tout de même bizarre quand on y pense. Bah, ça va avec la drôle d’année que j’ai eue.

Est-ce à dire que c’est terminé pour moi ?  Sais pas. Je vais définitivement en faire d’autres pour accompagner des parents et amis, mais en faire d’autres « pour moi » ?  Pas sûr.

Mais bon, Pierre et Martin m’ont lancé l’idée de me tirer vers les 3 heures à Philadelphie…

Pour 2017 ? –  Ha, cette période de l’année où on décide de son calendrier de courses avec une bière dans la main…

Tout comme en 2016, l’année risque d’être tracée en fonction du résultat du tirage au sort en vue de l’UTMB. Pour le moment, je ne suis inscrit qu’au Runamuck 50k (avril) et au marathon d’Ottawa (mai) que je ferai comme pacer personnel pour ma frangine préférée qui en sera à son premier marathon.

Pour le reste, j’envisage un retour à Massanutten (c’est qu’on s’attache à ces petites bêtes-là) en mai, un petit voyage en Estrie pour le 50k de Five Peaks à Orford en juin ainsi que peut-être le Vermont en juillet. Bromont en octobre ?  Un incontournable, je l’ai déjà dit.

J’ai regardé toutes sortes d’épreuves en Europe (surtout en Écosse et en France) si jamais je n’étais pas pris, mais j’en suis venu à la conclusion que le désir de prendre part à ces courses ne valait pas l’investissement de temps et d’argent qu’elles impliquent. Par contre, la Transmartinique en décembre, hum… À voir.

Bonne année 2017 !  🙂