Le tapering, version Fred

Jeudi 10 avril. Je suis dans le Vieux-Port, en face du Centre des Sciences, l’endroit d’où je m’élance habituellement quand je cours le soir pour retourner à mon auto, garée à St-Lambert. La température est (enfin) douce, alors je suis habillé en court. Comme Boston n’est que dans 11 jours, je suis théoriquement en tapering. Je dois donc essayer d’y aller plutôt relaxe. Vu que j’espère (je dis bien: j’espère) tenir une cadence moyenne de 4:25/km en course, quelque chose autour de 4:20 serait correct pour les 14 km que j’ai au programme (je sais, tous les experts diront que je vais trop vite, mais c’est comme ça que je m’entraine, bon !). Me connaissant, je vais plutôt me « contenter » de 4:15…

En partant, c’est vent de face. Rapidement, j’ai le souffle assez court. Suis-je parti trop vite ?  Suis-je en train d’en faire trop ?  Bof, le vent dans la face, c’est toujours difficile de toute façon, alors je dois être correct. Le premier kilomètre sonne: 4:11. Shit, pas mal trop vite. Relaxe bonhomme, relaxe !  Je fais ensuite la petite rue devant l’horrible usine Five Roses, puis passe sous l’autoroute Bonaventure en slalomant. Deuxième kilomètre en 4:16. Ok, c’est mieux.

Piste cyclable menant au parc Jean-Drapeau. J’ai maintenant le vent dans le dos. Ma Garmin est toujours fuckée dans ce coin-là, alors pas moyen d’avoir une véritable idée de ma cadence. Troisième bip: 4:12. Comment ça, 4:12 ?  Avec le vent dans le dos, de la façon que j’appuie, je devrais être un peu plus rapide, non ?  Je passe devant Habitat 67 (je devrais m’arrêter de temps en temps pour l’admirer, celui-là), puis monte sur le pont de la Concorde. Quatrième kilomètre en 4:14. Tab… !  Déjà, je ne pense plus à relaxer. J’essaie de me raisonner: « Il y avait une petite montée, c’est normal que ce soit un petit peu plus lent… ». Rien à faire, je me dis qu’avec les efforts que je produis, le vent dans le dos, je devrais être plus rapide.

Mon cinquième kilomètre se fait en 4:09. Ok, c’est mieux. Je descends sur le circuit et me dirige vert l’est. Arrivé sur l’île Ste-Hélène, j’entame le tour de l’Isle. Habituellement, je le fais 3 fois, mais comme je suis en tapering, je n’en ferai que 2, un dans chaque sens.

Montée abrupte vers le pont Jacques-Cartier. Les efforts des derniers mois semblent payer car je la sens plus facile que d’habitude. J’arrive en haut un peu essoufflé, mais je suis bien. Ok, je suis en tapering (je suis en tapering, je suis en tapering…) , je vais prendre ça relaxe pour la descente. Mais c’est ma dernière occasion ou à peu près de travailler ma technique… Je me penche donc vers l’avant et entame la descente presque à fond, tâchant de faire mouliner les jambes rapidement et que le contact des pieds avec le sol se fasse sous mon bassin. Pas évident…

Je termine la descente, me rends jusqu’au Hélène-de-Champlain (qui est en rénovation depuis une éternité), puis fais demi-tour. Relaxe bonhomme, relaxe…

J’attaque la côte que je viens à peine de descendre, question de retourner vers le pont. Elle n’est pas tellement abrupte, mais elle est relativement longue (selon les standards de la course sur route, on s’entend) et me fait énormément penser à la fameuse Heartbreak Hill. Plus haut, devant moi, un gars se dirige vers le pont à vélo. Il tourne un braquet minuscule et n’avance pas, alors qu’est-ce qui me passe par la tête ?  L’idée d’arriver sur le tablier avant lui, bien évidemment !

J’ai maintenant un objectif, on fera du tapering plus tard. J’accélère, gardant le vélo en point de mire. Je gagne du terrain, je vais plus rapidement que lui, c’est évident. Ha ha, je vais l’avoir, lalalère !  Je le rejoins et le dépasse à une cinquantaine de mètres du tablier. Même pas difficile. Tiens toi !

Coup d’oeil à la moyenne: 4:14. Compte tenu des côtes, c’est trop rapide. Mais le pont est là, il m’attend…  C’est que je cours toujours très bien sur le pont Jacques-Cartier, je ne sais pas pourquoi. Contre toute logique, j’enclenche donc la vitesse supérieure. Bout plat, petite montée et longue descente vers la rive sud. Une fois rendu à St-Lambert, toute idée de retenir mes élans s’est envolée. Comme on dit, l’enfer est pavé de bonnes intentions. J’enchaine les kilomètres autour de 4 minutes, faisant fi de la raison. Rendu près du but, après 14 kilomètres, je m’arrête finalement. Moyenne globale: 4:10/km.

Durant mon retour au calme, la raison me rattrape enfin. Pourquoi tu es allé si vite, du con ?

Note: j’y suis allé plus relaxe cette semaine… mais jamais assez. Je suis vraiment incorrigible.

 

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Sur le pont de la Concorde…

J’étais à la fin d’un intervalle. Je venais de passer devant Habitat 67 et je finissais la petite montée menant au pont de la Concorde. À cet endroit, la piste cyclable était (encore) sur fond glacé et en y ajoutant de l’eau provenant de la neige fondue, Dame Nature présentait un combo périlleux au coureur qui osait s’y aventurer (je n’ose penser quoi ça doit voir l’air avec ce qui nous est tombé dessus hier !).

Je m’arrête donc à chaque fois que je passe là depuis quelque de temps, question de faire ce petit passage en marchant car je désire demeurer en vie. Petite différence en cette fin de jeudi après-midi cependant: deux gars qui n’avaient vraiment pas rapport à cet endroit (ils étaient habillés comme des gens ordinaires, duh !) s’en venaient en sens inverse. Quand l’un d’eux m’a abordé (en anglais), j’ai tout de suite su qu’ils ne venaient pas du coin.

Ils voulaient savoir s’il y avait un McDonald proche (ils ne venaient définitivement pas du coin). Première chose qui m’est venue à l’idée: “Si tu avais l’idée de te partir un McDo, mon chum, le ferais-tu ici, en plein milieu du fleuve ?!?”. Mais bon, ils ne pouvaient pas savoir… J’ai regardé ma Garmin et sachant qu’il y en a un dans le Vieux, tout près de l’endroit où je m’étais élancé, je leur ai annoncé: “Il y en a un à 3.75 km”.

“Ça prend combien de temps, ça ?”. Évidemment, je me suis senti obligé de leur répondre par une niaiserie: “15 minutes si vous courez”. Ma Garmin indiquait exactement 15 minutes (je vous rappelle que je terminais un intervalle, je ne vais pas si vite habituellement !). Et l’autre de me répliquer qu’il ne court pas, il a un trop gros surpoids (ça, c’est le McDo, mon ami). Sur le coup, je l’ai trouvée drôle, puis je me suis rendu compte qu’il m’avait évidemment pris au premier degré. Here we go again

Son compagnon, qui semblait moins pressé à s’empiffrer de junk food (il était plus mince aussi), s’est mis à me poser des questions. “Pourquoi tu cours ?  Pour maigrir ?”. Et moi de répondre: “Yeah !” avec un grand sourire. C’est plus fort que moi. On dirait que le second degré, ça fait autant partie de ma nature profonde que la course. “Tu sais, ce n’est pas bon être trop maigre…”. Bon, encore une de mes blagues qui tombe à plat. Décidément, je n’apprendrai jamais… Heille le smatte, est-ce que j’ai l’air d’un anorexique ?  As-tu une idée de la quantité de calories que je peux absorber dans une semaine ?  Sur l’heure du midi, mes lunchs prennent toujours deux fois plus de temps que ceux de mes compagnons de travail à chauffer. Ce n’est certainement pas parce que j’aime manger ma bouffe plus chaude…

Question suivante: “Tu cours quelle distance ?”. À peu près 16 km aujourd’hui (j’ai laissé tomber l’idée de faire leur éducation sur le travail de vitesse, les intervalles, les côtes, etc.). “C’est jusque où ça ?  Jusqu’au casino ?”. Ils ne connaissent vraiment rien à rien, il n’y a pas à dire: le casino est environ à 1.5 km d’où nous étions !  Je me suis mis à leur expliquer que je me rendais à mon auto, qui était garée sur la rive sud. Pour ce faire, je devais passer par le pont Jacques-Cartier (que j’ai pointé du doigt), le traverser, puis faire un petit bout par après. J’allais me taper 3 boucles du chemin de l’Isle (sur l’île Ste-Hélène) question de faire des côtes avant de traverser, mais ça, ils n’avaient pas à le savoir.

Voyant où est situé le pont, ils n’en revenaient pas. “Tu vas courir jusque là ?!?”. Ben heu, oui. “Tu vas courir sans arrêt ?”. Merde, ce n’est même pas 3 km pour se rendre !  Je vais courir sans arrêt, sauf si je pogne des plaques de glace comme ici, si je dois sauter une clôture, si je tombe sur deux hurluberlus qui me posent des questions bizarres, etc. Ils n’en démordaient pas. “Tu vas vraiment courir sans arrêt ?  Combien de temps tu cours ?”.  Entre 1h05 et 1h10, dépendant du vent, des côtes, des conditions quoi. J’ai cru qu’ils allaient tomber dans les pommes. Un marathon, vous connaissez ?  Ça prend un petit peu plus de temps que ça, vous savez…

Nous nous sommes quittés après avoir jasé un peu plus de poids et de malbouffe. Ils semblaient vraiment vouloir aller chez McDo car ils ont poursuivi leur chemin vers le Vieux Port. Je me demande où ils ont fini par aboutir…