Petites vites de la fin avril

Beaucoup de petites choses ces dernières semaines, malheureusement pas tellement l’occasion de les partager avec vous, fidèles lecteurs. En voici toutefois quelques-unes, en vrac.

La blessure

« Si la course avait été en fin de semaine, je l’aurais courue ».

Voilà, pour ceux qui s’en soucieraient, c’est ainsi que je résume mon état de santé depuis quelques semaines. Je ne suis pas au top, mais je suis en mesure de courir. Marie-Ève a poursuivi son dur travail de « redressement » de ma vieille carcasse et comme je ne suis pas toujours tellement patient quand vient le temps de laisser une blessure guérir, ben le processus est long.

Mais je sens que je suis sur la bonne voie. Vais-je être à mon meilleur niveau à Massanutten ?  Jamais de la vie. Pas assez entraîné, pas assez remis. Mais j’y serai et compte bien le terminer, quitte à ce que ça prenne plus de temps.

Le fat ass

Stéphane, un camarade de course, a eu l’idée d’organiser une « petite » sortie de groupe à la fin mars. L’idée a fait boule de neige et, le soleil aidant, nous nous sommes retrouvés une bonne quarantaine dans le stationnement de la microbrasserie de Dunham, prêts à affronter en gang le « petit » parcours que notre organisateur avait tracé dans les chemins de campagne de cette superbe région.

Au programme: 50 kilomètres divisés en deux boucles. Une première faisait 35 km pour nous ramener au point de départ et une autre de 15 km venait s’y ajouter.

Stéphane a définitivement des talents d’organisateur car il avait tout prévu : le parcours était balisé et il offrait même un petit ravito autour du 16e kilomètre. Wow !

Après un départ groupé, le peloton s’est étiré selon les rythmes naturels de chacun. Comme par magie, je me suis retrouvé avec mes acolytes Pierre et Martin. Ce dernier semblant dans une excellente forme, nous avons fini par le laisser aller, le parcours étant somme toute pas mal exigeant.

Avant même le départ, j’avais décidé de m’arrêter après la première boucle, question de ne pas trop en faire car je n’étais tout simplement pas rendu là dans mon entrainement à ce moment-là (vous voyez, ça m’arrive d’être raisonnable !). Autour du 30e kilomètre, je me suis dit que peut-être que… Mais mes tendons m’ont rappelé qu’ils n’avaient pas vraiment envie d’en faire plus et comme ce n’était pas une compétition…

Ne pouvant résister à l’appel de la bière, Pierre s’est joint à son ami Vincent et à moi dans le « groupe des sages » (hum hum) qui a pris la microbrasserie d’assaut en premier. Que voulez-vous, ne dit-on pas qu’il est préférable de s’entraîner « un peu moins » qu’ « un peu trop » ?  Ça fait que…

Poing levé

Le temps était exécrable. Vraiment exécrable. Pluie, vent, 2 ou 3 minuscules degrés au thermomètre. J’étais sur le chemin du retour, vent en pleine figure, trempé jusqu’aux os. Autour du 28e kilomètre de cette sortie pénible au possible, je me suis retrouvé à combattre un vent qui me forçait à courir en adoptant une position exagérément penchée vers l’avant.

Une rafale vint me déséquilibrer. Puis une autre. J’ai laissé échapper un cri de rage contre les éléments. Puis, quelques mètres plus loin, un autre, encore plus fort, au point où j’en ai eu mal à la gorge.

Le reste de mon corps était somme toute correct, mais mes gants gorgés d’eau ne suffisaient plus à la tâche de protéger mes mains qui étaient frigorifiées. Il y avait une station-service tout près, j’allais m’y arrêter pour demander à Barbara de venir me chercher. Trop, c’était trop.

Puis je me suis souvenu : Quebecers are fucking tough que je me plais à répéter. Allais-je laisser tomber ?

J’ai brandi le poing dans les airs en signe de défi. Est-ce que c’est tout ce que tu as à me donner, Dame Nature de mes deux ?

Je dois toutefois avouer que je me suis trouvé un endroit un peu plus loin pour sécher mes gants avant de poursuivre. Il y a des limites à être fucking tough

La température

Parlant de conditions météo, après un hiver plutôt clément, le sud de la province a subi un mois d’avril anormalement froid, avec parfois de la neige.

Remarque comme ça: ce n’est pas la première fois et certainement pas la dernière qu’il neige en avril. Il y en a au moins une année sur deux, si ce n’est pas 2 sur 3. Je me souviens particulièrement de la bordée mouillée qui nous était tombée dessus la veille de notre départ pour Boston en 2013.

La question alors : pourquoi en faire tout un plat ?  Quand c’est rendu qu’Environnement Canada émet des avertissements de froid au mois d’avril, franchement… Qu’est-ce que ça peut bien faire qu’il fasse 10 degrés moins que la sacro-sainte « normale » de saison ?

C’est ce qui fait la beauté de notre sport : il peut se pratiquer dans toutes les conditions. Ou presque. D’ailleurs, vendredi de la semaine dernière, quand je me suis pointé au bureau dans mon accoutrement de course, des collègues se sont étonnés de me voir arriver ainsi, vues les conditions. J’ai tout simplement répondu que vu qu’il pleuvait, je n’avais pas pu prendre mon vélo.

Ils commencent à être habitués de côtoyer une anomalie de la nature…

Ultra-ordinaire

J’ai assisté au lancement, j’ai avalé le bouquin en moins de temps qu’il faut pour crier « UTMB ! ». Pour les quelques personnes sur cette terre qui ne seraient pas encore au courant, Ultra-ordinaire – Journal d’un coureur, le livre de mon ami Joan, a été lancé il y a quelques semaines.

Impressionnant collage de superbes photographies (prises en majeure partie lors de ses allers-retours au travail à la course ou lors d’événements) et de textes écrits avec une plume que je lui envierai toujours, cet ouvrage est un incontournable, que vous soyez coureur ou pas.

J’ai eu une belle surprise en voyant apparaître mon nom dans la liste des remerciements qu’on retrouve à la fin. J’ai eu beau m’enquérir de la raison de cet honneur auprès de l’auteur, il s’est contenté de me redire « Merci ! ».

Ha ben cout’ donc, ça m’a fait plaisir !

Petit quiz pour ceux qui ont l’œil averti : Joan fait référence à votre (pas toujours) humble blogueur à deux endroits dans son bouquin. Pourriez-vous les trouver ?  Il y en a un assez évident, l’autre moins… 🙂

« Ta femme dit que tu cours des 100 milles… C’est-tu vrai, ça ? »

Journée de repos, promenade de Charlotte au parc. Un groupe de retraités qui vont y prendre leur marche tous les matins m’arrête pour me poser la question.

« Oui. » Vous voulez que je réponde quoi ?  C’est vrai…

« Ça prend combien de temps ? ».

Question classique. J’ai eu envie de les référer au livre de Joan.

Washington

Les années se suivent et ne se ressemblent pas. L’an passé, j’étais le seul Québécois au départ du 50 miles du North Face Endurance Challenge de Washington. Il y avait un autre représentant de la belle province sur place, qui lui faisait le 50 kilomètres et que je n’ai pas eu la chance de croiser. Ce jour-là, nous avons affronté la première vraie journée chaude de l’été, chaude au point où je me suis permis une petite baignade dans un ruisseau sur le chemin du retour.

Hé bien cette année, je ne sais pas si c’est moi qui ai tracé la voie, mais plusieurs des nôtres y étaient (dont Yohan, un de mes lecteurs, qui était là un peu à cause de moi; j’espère qu’il ne m’en veut pas trop aujourd’hui ;-)). Et pas seulement pour faire de la figuration : en plus de terminer dans le top 10 au classement général, les deux premières femmes (Hélène Michaux et Rachel Paquette) étaient des Québécoises !  Wow !  Ajoutez à ça une septième place pour Félix Guévremont et il n’y a pas à dire, Quebecers are fucking tough !

Surtout que les conditions étaient plutôt « québécoises » à ce qu’on me dit : froid, pluie et neige, boue. Rien à voir avec ce que j’ai connu. Je me demande comment je m’en serais sorti, moi qui déteste viscéralement la boue…

La très forte délégation québécoise a poursuivi son travail ce matin à Bear Mountain en allant chercher 5 des 10 premières places. Un de ces jours, un des nôtres ira chercher un grand titre…

La blessure – bis

À deux reprises récemment, je me suis tapé des sorties plus longues qu’un marathon (43 et 45 km) et à chaque fois, il m’a semblé que la blessure ressortait de plus belle. J’ai donc décidé de ne plus dépasser 25 km pour une sortie et de mieux répartir mon kilométrage sur toute la semaine. Jusqu’à maintenant, tout semble fonctionner à merveille (quoi que faire 4 sorties de 20 km ou plus dans une semaine, ce n’est pas toujours évident). Reste à voir ce qui va se passer le jour J. À suivre.

Boston

Quand on dit que les années se suivent et ne se ressemblent pas… En 2015, la course s’est déroulée dans le froid et la pluie (je n’ose imaginer à quel point l’attente à Hopkinton a pu être désagréable) alors que cette année, il faisait un soleil radieux et le mercure dépassait allègrement les 20 degrés au départ… pour plonger quelques heures plus tard.

J’ai remarqué une chose cette année : il m’a semblé qu’on parlait beaucoup, beaucoup de ce marathon. À la radio, sur les réseaux sociaux, même à la télé. Vrai qu’en 2013 et en 2014, j’étais de la fête alors que l’an passé, j’étais encore dans la capitale américaine. Peut-être en ai-je manqué des bouts à ce moment-là. Mais quand même…

Oui, c’est un sport !

C’est bizarre, la question m’a été posée deux jours de suite récemment. Avant, je dois avouer que je n’avais peut-être pas toute la crédibilité nécessaire pour l’affirmer sans détour, mais maintenant que j’ai quelques courses relativement longues dans les jambes, je crois pouvoir l’affirmer sans risquer de me faire juger.

Oui, le golf est un sport.

Dans la jeune trentaine, quand je le pratiquais régulièrement (qui peut se vanter d’avoir déjà réussi un trou d’un coup et d’avoir aussi couru un 100 miles, hein ? :-)) et qu’on me posait la question, ça me frustrait. Et souvent, je répondais par une question: « As-tu déjà joué au golf ? ». Invariablement, la réponse était négative. Car quiconque qui s’est tapé un 18 trous de golf à pied (en voiturette par contre, bof…) sait pertinemment qu’il en ressort fatigué. Pas épuisé comme après une course, on s’entend, mais fatigué. Personnellement, j’avais l’impression que j’avais plus bougé après avoir joué un 18 trous qu’après certaines parties de hockey cosom.

On s’entend, pas besoin d’être un athlète pour exceller au golf. Et le tour de taille de certains golfeurs professionnels est là pour le prouver. Mais il en est de même pour plusieurs professionnels au baseball, au football et même au basketball. Et que dire de certains haltérophiles et boxeurs ? Pourtant, on ne remet pas en question le fait qu’ils pratiquent un sport. Alors, pourquoi en est-il ainsi pour le golf ?  Aucune idée.

Le commentaire

Pierre m’avait averti: « Fred Houde ne sera pas content… »

Frédéric Houde, c’est l’homme à la tête des Courses gourmandes, une série de courses sans prétention qui sont organisées un peu partout en Montérégie et qui remportent un beau succès populaire. Et pour cause, car je n’en entends que des commentaires positifs et pour avoir participé à l’une d’elles (le demi-marathon des Micro-brasseries), je dois dire que les compliments étaient tout à fait mérités.

Vous l’aurez peut-être deviné, le Marathon des Érables (qui avait lieu aujourd’hui) fait également partie des Courses gourmandes et l’argumentation de mon dernier article était en partie basée sur le parcours dudit marathon.

Il s’avère que monsieur Houde a lu mon article et, comme Pierre m’avait dit, il n’était pas content.  Ce qu’il m’a fait savoir via un commentaire qu’il a laissé sur ce site. Commentaire que j’aurais pu ne pas publier, mais auquel j’ai plutôt préféré répondre.

Je n’en vous en direz pas plus car j’aimerais avoir votre avis sans tenter de vous influencer, chers lecteurs. Avis sur le ton utilisé, sur le contenu du commentaire ainsi que sur celui de la réponse. Et je vous demanderais des avis honnêtes, sans complaisance. Car mon but est autant de partager avec vous ma passion de la course à pied que de le faire en m’améliorant, article après article.

Alors à vos claviers, j’attends vos commentaires !  🙂

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Des parcours et des marathons

De retour après une longue pause, conséquence d’un classique manque de temps. J’ai bien quelques articles en préparation, mais aucun de « final ». À suivre, chers lecteurs.

En attendant, comme nous sommes dans la semaine du Marathon de Boston, j’ai pensé vous faire part d’une certaine réflexion, réflexion qui a pris sa source dans une conversation à bâtons rompus avec mon partner de course. Car comme vous le savez, quand on court, on a le temps de penser (quand on est seul) et de jaser (quand on est seul ou plusieurs)…

Or donc, quand j’ai commencé à courir, il n’y avait pour ainsi dire que trois marathons au Québec : Rimouski, celui des Deux Rives à Québec et évidemment, Montréal. À l’époque, je déplorais l’absence de courses intermédiaires entre le traditionnel demi-marathon et celle que je considérais comme l’épreuve reine.

Depuis, on a vu apparaître des courses de 30 kilomètres qui permettent aux futurs marathoniens de tester leur progression ou qui peuvent servir de course de préparation aux marathoniens expérimentés. Et c’est très bien ainsi.

Par contre, à ce phénomène s’en ajoute un autre : la multiplication des marathons. Ainsi, celui de Magog a vu le jour il y a quelques années. Puis cette année naîtront deux petits nouveaux : celui de Longueuil et celui des Érables. Il y en a bien d’autres, mais je ne vais m’attarder qu’à ceux-là. Car qu’ont de commun  ces marathons ?  Ils ne sont pas ce que j’appelle de « vrais » marathons. Je dirais plus qu’ils sont des marathons « patentés ».

Je m’explique. Tout marathonien vous le dira, faire 42.2 kilomètres, particulièrement sur la route, c’est difficile. Surtout quand on veut « faire un temps ». Et nous passons tous à peu près par les mêmes phases : euphorie du début, première moitié qui passe plutôt bien « parce qu’on ne va pas trop vite », petit blues après le demi, les craintes qui commencent à s’installer entre les 25e et 30e kilomètres, puis… là ça dépend. Quand ça va bien, les 12-15 derniers kilomètres ne passent pas si mal: on serre les dents, on prie pour que ça tienne, on s’accroche.

Mais quand ça va mal, que les crampes s’installent, que la machine dérape, c’est à ce moment que le mental doit prendre le dessus. Et pour ça, surtout quand on n’a pas beaucoup d’expérience, on a besoin d’un environnement qui a le moindrement de l’allure.

Or, certains « marathons » sont bourrés d’allers-retours (voir le parcours du marathon des Érables ci-bas). Non mais, est-ce qu’il y a quelque chose de plus décourageant que d’avoir à se taper une loooongue ligne droite pour se rendre à un vulgaire cône orange pour avoir à revenir sur ses pas ?  Qui n’a pas « rêvé » de croiser à l’aller le gars qui lui est sur son retour et avec qui on a couru durant la première partie de la course ?  Lui qui a l’air tout frais alors qu’on se sent comme de la merde…

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Le parcours du marathon des Érables. Ouch !

Et que dire des courses qui offrent des boucles ?  Les coureurs du demi en font une, ceux du marathon en font deux (comme à Longueuil). Wow, quelle imagination !

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Longueuil: à faire deux fois pour les marathoniens…

Je comprends très bien qu’avec toute la logistique impliquée dans l’organisation d’une course sur route (sécurité, fermetures de rues, etc.), c’est plus simple d’instaurer des allers-retours et/ou faire plusieurs boucles. Mais les « vrais » marathons, eux, offrent des parcours intéressants ou à tout le moins, variés aux coureurs. Pas un collage de détours-pour-faire-la-distance, de chemins déjà parcourus et/ou d’allers-retours coupe-jambes.

Ainsi donc, ayant couru 14 marathons officiels, j’ai eu la (mal)chance de m’attaquer à 8 parcours différents. Je vous présente aujourd’hui mon palmarès d’appréciation desdits parcours.

1- Boston (2013 et 2014)

Boston

Le célèbre parcours…

En fait, il devrait plutôt s’appeler le Marathon de la banlieue de Boston car en réalité, les coureurs ne font seulement qu’environ 2 kilomètres dans la ville même. Le départ est donné à Hopkinton et son superbe parcours traverse une pléiade d’autres charmantes petites villes du même style liées entre elles par un chemin de campagne qui nous fait remettre en question l’organisation : allons-nous vraiment à Boston ?  Surtout que le voyage pour se rendre au départ en autobus jaune semble prendre une éternité…

Ondulé, très ondulé même, il en offre pour son argent au marathonien qui est forcément aguerri… car il faut se qualifier d’abord !  On y retrouve plusieurs points de repères qui sont devenus célèbres au fil des ans : le scream tunnel de Wellesley, Charles River, la caserne des pompiers de Newton, la fameuse Heartbreak Hill, etc.

En 2014, quand je suis revenu de Boston, mon patron m’a demandé si, comme je venais du Québec, je ne ressentais pas une certaine animosité de la part des gens là-bas. « Tu sais, Canadien-Boston »…

Il ne pouvait pas être plus dans le champ. Tout d’abord, à Boston, le hockey passe loin, très loin derrière le football, le baseball et le basket. Et puis, le marathon, c’est une grande fête là-bas. Alors le Canadien de Montréal, les gens s’en balancent complètement. Tout au long du parcours,  on sent l’enthousiasme des spectateurs ainsi que l’hospitalité typique de la Nouvelle-Angleterre avec qui nous, les Québécois, avons beaucoup d’affinités d’ailleurs.

J’ai beau avoir souffert les deux fois que je l’ai fait et m’être promis de ne jamais y retourner, c’est un must absolu à vivre au moins une fois si on a la chance de se qualifier.

2- New York (2013)

New York

C’est New York, oui, mais le vrai New York, pas celui qu’on montre aux touristes. Le parcours prend son envol à Staten Island et rejoint Brooklyn via le pont Verrezano-Narrows, offrant une vue spectaculaire sur Manhattan. Après Brooklyn, c’est le Queens, puis Manhattan direction Bronx par la première avenue. Les coureurs reviennent ensuite vers Manhattan pour finir le tout en beauté dans Central Park.

Tout au long du parcours, la foule est très dense. Dans le dernier kilomètre, les cris sont tout simplement assourdissants. Une expérience unique. Son coût prohibitif m’empêchera de recommencer, mais j’en garderai toujours un souvenir impérissable.

3- Ottawa (nouveau parcours, 2012 et 2014)

Ottawa

Le plus grand week-end de course au pays, une organisation hors pair. Quant au parcours, il amène les coureurs dans plusieurs racoins de la capitale. Quelques endroits sont plus difficiles mentalement : l’aller-retour au milieu de nulle part le long de la rivière des Outaouais, la petite virée dans Gatineau ainsi que le petit bout où les coureurs doivent partager la chaussée avec la circulation en étant protégés seulement par des cônes.

Mais le canal Rideau ainsi que le passage dans le centre-ville rattrapent le tout. Je me souviendrai toujours de la réponse de la foule quand je leur ai demandé du bruit. J’en ai encore les frissons.

4- Philadelphie (2012)

Philadelphie

Ce parcours réussit l’exploit de nous faire oublier une ville somme toute bien ordinaire en nous montrant ses plus beaux attraits. L’aller-retour de la deuxième partie pourrait être difficile à supporter, mais la vue sur la rivière ainsi que sur les cavernes réussissent à sauver (un peu) la mise. Une arrivée devant les fameuses « marches à Rocky » agrémentée d’un high five au maire font de ce marathon une destination de choix pour l’automne.

5- Ottawa (ancien parcours, 2010)

Pas tellement différent du nouveau parcours, il avait la particularité de « perdre » les coureurs dans un endroit isolé dans les kilomètres les plus difficiles. Au 35e kilomètre, ça tombait comme des mouches. Ça prenait le retour dans le portrait du canal Rideau pour remonter le moral.

Personnellement, je m’en suis sorti, mais ce n’est pas le cas pour tous…

6- Montréal (ancien parcours, 2007, 2008, 2009, 2010 et 2011)

J’ai souvent, et avec raison, déblatéré contre l’ancien parcours de notre marathon local. La première partie était plutôt bien, avec le départ sur le pont Jacques-Cartier, le tour du circuit Gilles-Villeneuve, le passage devant Habitat 67 et la traversée du Vieux.

Ça se gâchait sur Ste-Catherine avec le détour qui semblait obligé dans l’est de la ville et par un retour sur le très monotone boulevard Maisonneuve. La côte Berri suivie du parc Lafontaine et du Plateau annonçaient des kilomètres intéressants.

Erreur. Après un long faux-plat qui coupait les jambes, les coureurs devaient se taper St-Laurent dans son plus moche suivi du suprême casse-moral : la rue des Carrières, une horreur sans nom. Les survivants devaient par la suite se taper l’interminable rue Rachel qui ne donne pas sa place côté laideur elle non plus.

Le tour du parc Maisonneuve venait rattraper un peu les choses, surtout une fois que la montée Pie IX avait été complétée. Mais c’est là que j’ai cru que j’allais mourir, dans la fournaise de 2011.

L’arrivée dans le stade avait quelque chose de magique et quand ce dernier est devenu trop petit pour la taille de l’événement, le parc Maisonneuve a offert une belle alternative.

Ceci dit, le gros, gros problème à Montréal, c’est la foule : il n’y en a tout simplement pas. Pas un foutu chat pour lancer un encouragement au moment opportun. Rien. Comme si le marathon était un emmerdement pour la population. Ça faisait un peu pitié.

7- Mississauga (2011)

Mississauga

Départ dans une cour de centre d’achats (ça ne s’invente pas), un aller-retour dans un quartier industriel moche au possible, des détours placés çà et là pour essayer de nous faire faire la distance et tellement pas de monde que celui qui a franchi la ligne le premier avait justement court-circuité un de ces détours sans le savoir.

L’arrivée est située sur les bords du lac Ontario et s’il avait fait beau, probablement que je serais moins sévère. Mais je suis tombé sur une fin de semaine de pluie…

8- Montréal (nouveau, 2015))

Montreal

Il garde les qualités de l’ancien parcours dans sa première moitié et épargne même les coureurs de la partie déprimante dans l’est de la ville.

Mais une fois la mi-parcours franchie, c’est le désastre. Un chemin de croix, un vrai de vrai, composé non pas de un, mais bien de trois allers-retours. Toujours pas un chat sur le parcours, des bands qui jouent sans conviction et qui finissent par tomber sur les nerfs…

On dirait que toute l’emphase est mise sur le demi-marathon et pour ceux qui font le marathon, hé bien il y a cette merde-là si vous y tenez tant que ça. Honnêtement, ça fait dur.

Heureusement, ceux qui s’aligneront au départ à Hopkinton lundi prochain n’auront pas à vivre ça, bien au contraire. Petit conseil: profitez de chaque instant, même si le parcours est difficile. Car c’est le plus beau marathon du monde !

2014, mieux que 2012 ?

Une autre année qui s’achève. La tradition étant maintenant bien établie, je vous offre aujourd’hui chers lecteurs une petite rétrospective de mon année de course à pied. Avec mes bons et mes moins bons coups.

Tourner en rond – La dernière fois que j’en ai parlé, c’était lors d’une conférence donnée par Joan. Il présentait l’ultramarathon sous toutes ses formes et parmi celles-ci, il y avait la version consistant à courir 50 kilomètres sur une piste. La première réaction des gens quand ils prennent connaissance de telles épreuves se résume généralement à un gros « Ouach ! » ou un « Beurk ! » de dégoût.

Et pourtant, je dois avouer que je n’ai pas détesté l’expérience. Ça a quelque chose de rassurant, courir sur une piste. Les toilettes sont toujours proches, les ravitaillements aussi. Et en hiver, ce n’est pas trop déplaisant de courir sans spinner. Je ne sais pas si je vais récidiver, mais je ne ferme certainement pas la porte.

La victoire – Dès le premier des 500 virages à effectuer durant la course, j’étais seul en tête. Pendant près de 4 heures, je me suis demandé si j’allais tenir le coup, s’il y avait un coureur qui me suivait et attendait que je faiblisse pour m’achever. Comment aurais-je pu savoir que Denis, celui qui m’encourageait à chaque fois que je le dépassais, était mon plus proche poursuivant ?

Puis, dans le dernier tour, on a prononcé les mots magiques: « vainqueur » et « record ». Ça m’a fait vraiment bizarre. On n’était évidemment pas en présence du contingent de coureurs du Marathon de Boston, mais j’ai tout de même savouré cette grande première.

Quant au record, il a tenu le coup lors de l’édition montréalaise des Marathons intérieurs JOGX et il ne sera pas en danger en 2015 pour la simple et bonne raison qu’on n’y tiendra pas d’épreuve de 50 km.

L’attente –  Hopkinton, le lundi 21 avril. Après New York quelques mois plus tôt, je me retrouve encore à attendre le départ d’un grand marathon en gelant comme un creton. Ça durera des heures. À ce moment précis, je me dis « Plus jamais ».

L’émotion – Quand les Japonais tout près ont fini par finir de jacasser, un silence complet s’est installé dans la grande cour de l’école secondaire où tous les coureurs étaient réunis. Les images de l’horreur qui avait secoué Boston et le monde entier me sont revenues en tête. Si j’étais là, c’était pour les victimes, pour montrer à tous les illuminés que cette terre peut porter que jamais, au grand jamais, ils ne me feront reculer.

Je ne sais pas si c’était la rage ou la tristesse, mais j’ai senti une vive émotion monter en moi. Et ai laissé échapper quelques sanglots.

Le parcours – Pourtant je le savais. Ce parcours-là tend un piège au coureur pour le bouffer tout rond par la suite. Je ne cessais de me répéter de prendre ça cool, de relaxer, de demeurer « en dedans ».

Rien à faire. Après avoir eu l’illusion que je pourrais être dans un grand jour (du con !), les premières crampes ont fait leur apparition avant même d’arriver à Newton, au 26e kilomètre. Heureusement, fort d’une expérience acquise à la dure (c’est le moins que l’on puisse dire !), j’ai réussi à gérer ma fin de course relativement convenablement et à terminer avec mon 3e meilleur temps en « carrière ».

Je me demande si un jour, je réussirai à traverser la petite banlieue de Brookline sans souffrir le martyr… Pour ça, va falloir que je refasse la course, ce dont je ne suis pas certain d’avoir envie.

Lapin-accompagnateurMarathon d’Ottawa. Pour la première fois, j’allais accompagner quelqu’un pour un marathon. J’avais bien peur de ne pas être à la hauteur. En effet, que faire et quand le faire ?  Encourager « positivement » ou « botter le derrière » ?  Et si Maggie frappait le mur ?

Disons que j’ai beaucoup appris ce jour-là. Des détails, mais qui peuvent faire toute une différence. Par exemple, les côtes sont beaucoup plus difficiles pour les coureurs moins rapides, car ils n’ont pas le même momentum à la base. Ils doivent donc travailler plus fort durant la montée qui semble alors plus longue pour eux. Aussi, prévoir que les ravitos pourraient être moins bien garnis et surtout, trainer de l’argent la prochaine fois. Quand Maggie a constaté que des Mr Freeze (il faisait chaud) avaient été distribués et qu’il n’en restait plus pour nous, j’ai senti son moral en prendre un coup. Si j’avais pu faire un arrêt au dépanneur à ce moment-là…

Lapin-accompagnateur (bis) – Sylvain, le coureur le plus rapide que j’ai eu l’occasion d’accompagner, faisait sa première incursion dans le monde du demi-marathon (en fait, le Tour du Lac Brome fait 20 kilomètres, mais bon…). J’ai eu l’occasion de me reprendre un peu, m’amusant à déconner avec mon ami, question de lui changer les idées durant l’épreuve.

La prochaine fois, ce sera pour la grande course. Il est prêt, ne reste plus qu’à le convaincre. Je crois même qu’il a le potentiel pour faire Boston dès sa première tentative.

Le feu – Ils étaient (presque) tous bien installés autour quand nous sommes arrivés. Les participants de la course de 120 km de l’Ultimate XC de St-Donat avaient trouvé la nuit particulièrement difficile. Pas tellement encourageant de voir des coureurs de ce calibre avoir le moral dans les talons après avoir complété (en sens inverse) le parcours qui nous attendait. Parmi les sept, seulement deux se joindraient à nous pour les 60 kilomètres restant.

Question de nous enlever le peu de confiance en nous qui nous restait, Joan s’est permis d’ajouter: « Vous allez vous amuser ! ». Moi qui avais trouvé l’épreuve particulièrement pénible 12 mois auparavant…

Les crampes (bis) – Je devrais plutôt dire LA crampe, soit celle qui semblait contracter tous les muscles de mon corps suite à une chute à quelques kilomètres du village de St-Donat. L’espace d’un instant, j’ai cru que jamais je ne me relèverais.

Le sourire – Celui de Luc quand il m’a aidé à me relever. Celui de Luc encore quelques minutes plus tard quand il m’a dit « Allez, on finit ça ensemble ! ». Et celui qu’on avait tous les deux quand on a traversé la ligne d’arrivée, main dans la main. C’est ce que j’aime par-dessus tout de la course en sentiers: on passe des heures et des heures sur le parcours et pourtant, on termine à égalité, la position n’ayant que finalement pas tellement d’importance (nous avons tout de même terminé en 14e place).

Le coup de pied – Celui de Pat. Donné sur le bout pied au sens propre, mais au derrière au sens figuré. En 2-3 phrases, il m’a convaincu que j’étais prêt pour un 100 miles. Il avait crissement raison.

L’imagination – Quelques jours après St-Donat, le travail m’a amené à effectuer un premier de très (trop ?) nombreux déplacements en Abitibi. Les longues heures, la fatigue accumulée, un nouvel environnement, plusieurs obstacles se sont dressés pour m’empêcher de vivre ma passion.

J’ai dû faire preuve d’imagination, mais j’ai trouvé à la fois le temps et les endroits pour courir. J’ai même pu parcourir à fond la caisse des sentiers de quads qui étaient ma foi fort praticables et très agréables.

Un collègue (beaucoup plus jeune que moi) m’a demandé où je trouvais l’énergie pour aller courir après des journées comme on se tapait au boulot. Honnêtement, j’aurais trouvé infiniment plus difficile d’aller m’enfermer dans ma chambre d’hôtel…

La bibitte rare – Dans un monde où les engins à moteur sont pratiquement élevés au niveau des dieux (j’exagère à peine), la perception qu’ont les gens d’un gars maigrichon qui court beau temps mauvais temps, pluie ou neige, varie à l’intérieur de la fourchette allant de l’extra-terrestre à la nuisance publique.

Mes collègues de la place, à force me côtoyer, ont semble-t-il adopté le terme « bibitte rare » pour me décrire. Un être humain en apparence tout à fait normal, mais bon, le soir, il court. Que voulez-vous, personne n’est parfait…

Mais on dirait que ce n’est pas toute la population locale qui ait aussi bien assimilé la présence d’oiseaux rares. En effet, pour la première fois depuis des années, j’ai entendu a un cabochon qui m’a lancé un « Cours Forrest, cours ! » comme je passais tout près. Moi qui croyais que cette race avait quitté la surface de la planète… Puis, le même soir, il y a un autre tata, au volant de son giga-pickup, qui s’est mis à me klaxonner (et ce n’était pas un petit coup de klaxon pour m’avertir de sa présence, c’était la version frénétique des klaxons à répétition ayant l’air de dire: « Tasse-toi de mon chemin ! ») alors que la rue était suffisamment large pour accommoder 5 ou 6 engins du calibre de celui dans lequel il semblait essayer d’exprimer sa virilité. Du con…

Le « froid » abitibien – Un seul mot pour le décrire: exagéré. Vent pour ainsi dire absent, humidité presque aussi rare, les conditions y sont quasi-idéales pour pratiquer des sports en hiver. Pour une même température, je porte une couche de moins de vêtements que dans la région de Montréal.

-20 degrés en Abitibi ?  C’est plus facile à endurer qu’un -10 dans le sud de la province. Je n’ai toutefois pas connu leurs fameux -40…

Lake Placid –  Nous avions tellement aimé, nous y sommes retournés. Un terrain de jeux incroyable pour un fou de la trail qui en a profité au maximum, encore une fois. Le Flume Trail System n’a maintenant plus aucun secret pour moi. Les heures que j’ai passées à l’arpenter dans tous les sens m’ont donné une base inestimable en vue des courses automnales.

La meilleure organisation ? – On dit souvent que ce sont les petits détails qui font la différence. Et l’organisation de l’UT Harricana semble particulièrement attentive à ces petits détails.

Par exemple, la présence de toilettes portables au départ. Ou le marquage des kilomètres sur le parcours. Ces petits riens qui font passer l’expérience de course d’agréable à très agréable.

Savoir s’adapter est également une très belle qualité pour une organisation. 300 coureurs qui finissent par aboutir dans un single track, ce n’est pas jojo. Ainsi, l’épreuve de 80 km ne reviendra pas en 2015 et sera remplacée par un 125 km qui partira de plus loin. Donc, moins de congestion à « subir » avec les coureurs du 65 km.

Ceci dit, nous devrions nous compter extrêmement chanceux que des gens passionnés mettent sur pied des épreuves de grande qualité comme St-Donat, Harricana et Bromont (je compte bien « rendre visite » aux autres ultras de la Belle Province dans un avenir rapproché). Pour avoir vécu l’expérience aux USA, les nôtres n’ont absolument rien à envier, bien au contraire, à nos voisins du sud. Et pourtant, ceux-ci devraient posséder une plus vaste expérience dans le domaine…

La bonne formule pour moi ? –  Après avoir lu le Field Guide to Ultrarunning d’Hal Koerner, j’ai décidé de faire un test à Harricana: j’allais prendre un gel à environ toutes les 30 minutes, sauf dans le cas où je boufferais aux ravitos. Résultat: aucune baisse d’énergie, aucun down pendant les 9h20 que j’ai passées dans les sentiers. J’allais certainement répéter.

Pas le plus rapide, ni le plus habile, mais… – Je suis parti en milieu de peloton, ou à peu près. Dans le single track, j’avais l’impression d’être une nuisance. Je ne comptais plus les coureurs que j’avais dû laisser passer.

Puis, je me suis rendu compte que les autres s’éternisaient aux ravitos, alors que je passais presque en coup de vent. Puis je rattrapais des coureurs, un à un, et ne me faisais jamais reprendre. Je poursuivais mon petit bonhomme de chemin, un point c’est tout. « Keep moving forward » que je ne cessais de me répéter.

Au final, une 13e place sur environ 150 partants, malgré une contracture au mollet droit. Serais-je fait pour les très longues distances ?

L’inconnu – 100 miles. 160 foutus kilomètres. En sentiers, en montagne. Il faut être fou pour faire ça, non ?  Pourtant, quelques minutes avant le départ de l’épreuve-reine du Bromont Ultra, je ne ressentais pour ainsi dire aucune nervosité, même si je me lançais dans l’inconnu. J’allais faire ce que j’aime le plus au monde pendant une journée complète. Quoi demander de mieux ?

La tente médicale – Après les 55 premiers kilomètres, premier passage au camp de base. Sous la tente, deux ou trois coureurs qui se tordent de douleur. Dans ma tête l’épreuve vient à peine de commencer, alors je trouve bizarre de voir autant de concurrents amochés. Du coup, je gagne plusieurs places au classement…

Première expérience – Je n’avais jamais couru à l’obscurité. On dit qu’il faut tester toutes le conditions de course, mais bon, je n’en avais pas eu l’occasion, alors…

En octobre, la nuit dure environ 13 heures. J’aurai passé tout ce temps à parcourir les bois et les chemins de campagne à la lueur de la frontale. Qui serait assez fou pour aller courir dans des sentiers à 3 heures du matin en temps « normal » ?  Personne, probablement. Mais dans le cadre d’une course, on dirait que c’est « normal », justement.

On avance plus lentement, les ombres font parfois (souvent) croire à la présence d’animaux bizarres, on se sent seul au monde, on réussit à se perdre même si on se déplace à la vitesse d’une maman paresseux affolée. Et pourtant, on se sent à sa place. Jamais je n’ai souhaité être ailleurs cette nuit-là.

« T’es deuxième !!! » – Thibault l’air serein, bien installé sur une chaise, une couverture sur les jambes, ses bâtons de marche à ses pieds. Il se retirait de la compétition, les quads fichus. Ces mots sortis de la bouche de ma douce moitié confirmaient ce que je venais de réaliser: il ne restait plus qu’un seul coureur devant moi, Joan, qui n’est tout simplement pas dans ma ligue. Derrière: trois ultramarathoniens aguerris. 56 longs kilomètres me séparaient encore de l’arrivée. Tellement de choses pouvaient encore se produire…

1h15 – C’est l’avance que j’avais sur Pierre, Louis et Martin lors de mon dernier passage au camp de base. À ce moment-là, ça m’est tombé dessus: j’allais vraiment terminer mon premier 100 miles en deuxième position. Wow !

L’équipe de support –  Sans elle, pas de deuxième place, point à la ligne. L’anticipation de voir mon père et ma tendre moitié à chaque poste de ravitaillement m’a littéralement transporté.

Mention spéciale à ma douce qui possède un don: celui de deviner mes besoins. Elle ne court pas et pourtant elle sait. Comment fait-elle pour deviner ?  Aucune idée, mais c’est bigrement efficace !

La belle surprise – Joan, sachant que j’en étais à ma première expérience, a attendu mon arrivée pendant presque deux heures. Je ne sais pas s’il peut savoir à quel point ça m’a fait plaisir…

L’anonymat – Réservé, même dans le monde composé d’introvertis des coureurs longue distance, j’étais peu connu du milieu au moment de prendre le départ. Durant toute la course, j’étais le « coureur inconnu qui avance bien ».

Maintenant, je ne pourrai plus évoluer sous le radar de la même manière. Mon amie Maryse a même tenté de me convaincre que je faisais partie de l’élite de la course en sentiers au Québec. C’est bien gentil de sa part, mais c’est juste que tout est tombé en place pour moi ce jour-là, un point c’est tout. L’élite, moi ?  Jamais de la vie !

L’entrevue – Une première pour moi. Il fallait que ce soit avec 160 kilomètres dans les jambes et 28 heures sans sommeil. Essayant de répondre par autre chose que « Oui » et « Non », les pensées se bousculaient dans ma tête… à la vitesse qu’elles pouvaient bien se bousculer !

J’ai tenté de profiter de l’occasion pour faire la promotion de notre merveilleux sport, de faire comprendre aux lecteurs tout ce que ça implique, etc. Le résultat n’a pas été si mal, mais aurait pu être mieux…

« Félicitations ! » –  Durant toute la journée, le cerveau ralenti par l’alcool (désolé Julie si je n’ai pas toujours été cohérent lors de nos conversations de jour-là !), je ne comptais plus les gens qui me félicitaient quand ils me croisaient. À chaque fois, je remerciais la personne bien humblement, gêné de toute cette attention.

Je suis carrément tombé des nues le lendemain matin lorsque mon voisin, avec qui nous n’avons pas beaucoup de contacts (vous savez, du genre: « Bonjour, bonjour » ou « Pourriez-vous ramasser le courrier pendant nos vacances ? ») m’a crié ses félicitations alors que j’étendais péniblement mes vêtements souillés de la veille sur la corde à linge. Comment savait-il ?  « J’ai lu ça dans le journal ! ».

C’était dans la version papier du journal ?!?  Shit… Avais-je dit des conneries durant l’entrevue ?

La récup –  Longue, très longue. Chevilles et pieds enflés, deux semaines complètement arrêté, reprise pénible ponctuée d’une contracture à l’ischio droit. Comment Scott Jurek a-t-il pu gagner Badwater deux semaines après avoir remporté le Western States ?

Meilleure que 2012 ? – En 2012, j’ai connu un printemps d’enfer en alignant des records personnels sur 10k, le demi et le marathon avec à la clé, une première qualification pour Boston. Ont suivi mon premier ultra, puis un autre record personnel sur marathon à l’automne, 14 pleines minutes plus rapide que mon temps de référence en début d’année.

Et pourtant, je me demande si je n’ai pas connu une meilleure année en 2014. Parce que cette fois-ci, je me suis vraiment dépassé. Ce que j’ai perdu en vitesse, je semble l’avoir gagné en endurance. Et surtout, je me sens dans mon élément, dans le bois, à m’adapter aux différentes conditions, loin du stress de l’effort continu de la course sur route.

Aurais-je trouvé mon créneau ?

2015 – Rien d’officiel pour l’instant, mais tout comme pour Boston jadis, ce sont les grands ultras vers lesquels je porte maintenant mon attention. Et qui dit grands ultras dit courses qualificatives. À suivre…

Bromont Ultra: l’avant-course

Pour le Bromont Ultra, l’avant-course ne commence pas seulement quelques heures avant la course mais bien plusieurs jours avant (ça y est, je vois déjà ma douce rouler les yeux en se disant : « Ça va être long… »).

C’est que voyez-vous, je sortais vraiment de ma zone de confort avec cette course-là. Mon amie Chantale m’avait mis au défi de le faire en m’inscrivant à un 5 km, j’ai  plutôt opté pour l’autre extrémité du spectre, le 100 miles.

Dire que j’étais nerveux serait un euphémisme. Car non seulement j’allais me lancer dans l’inconnu, mais ma levée de fonds avait été un véritable succès. En effet, 575 $ avaient été amassés en mon nom, soit 3 fois et demi l’objectif initial. Or, en aucune façon je ne voulais laisser tomber les gens qui m’avaient appuyé. C’était une question d’honneur pour moi.

Heureusement, mon amie Maryse a le don de trouver les mots et le ton pour à la fois me rassurer et me brasser le derrière. Son courriel m’a fait rire et m’a fait me rendre compte que finalement, c’était juste une course. Une grosse course, mais juste une course quand même.

Autre coup de chance : je n’étais pas en essais de mise en service durant la semaine précédant l’événement, alors j’ai pu avoir une vie « normale » et non me taper de grosses heures de travail en chantier. J’ai donc fait mes deux petites sorties de 10 km en mode facile mardi et jeudi et pu prendre une partie du sommeil nécessaire à l’épreuve qui m’attendait.

Arrive vendredi. Je me présente au camp de base du Bromont Ultra, le parc équestre. Le cadre est enchanteur, ça augure bien. Quand j’arrive, la fourmilière est à l’œuvre. Tout semble terriblement bien organisé, comme si ça faisait des années que ces gens-là faisaient ça. Et pourtant, c’est la première édition.

Je reconnais Allister, un coureur d’élite ici, mais surtout, le concepteur du parcours. Je me présente et quand il apprend que je ferai le 160k, il me dit : « I’m sorry… ». J’éclate de rire. Est-ce que son parcours est si difficile ?  En tout cas, j’aime bien son sens de l’humour !

Aux tables des dossards, Gilles m’accueille. Tout sourire (il a le visage d’un homme qui sourit tout le temps), il se présente, me présente Ahmed et Thibault, qui tout comme moi, en serons à leur premier 100 miles. Il me parle du parcours, attire mon attention sur les 17 derniers kilomètres de la boucle de 55 km qui sont particulièrement difficiles et au cours desquels nous ne verrons aucune âme qui vive, mis à part les autres concurrents, bien évidemment, et peut-être des ours aussi. J’en prends bonne note (pas les ours, la longueur et la difficulté de la section).

Je récupère mon dossard : numéro 17. Gulp !  Un petit numéro. C’est comme si ça venait de me frapper : je vrais vraiment faire la plus grosse course de cette fin de semaine…

Avant de quitter, je demande où je dois me faire peser. Mini-panique du côté d’Audrey, la directrice de course : elle ne sait pas ni où ni quand on se fait peser. C’est que sur le site de l’événement, c’est écrit qu’on se fait peser la veille…

Dan DesRosiers, entendant les questions à ce sujet, aboie une réponse tellement typique de sa part : « Ben voyons donc, la pesée, c’est demain avant la course ! On ne pèse pas le monde la veille ! ». Comme si c’était l’évidence même, dans le même ordre que 2 et 2 font 4. D’accord, mais si le Vermont 100 le fait et que c’est écrit sur le site, me semble que… Enfin.

Une fois bien informé, je quitte les lieux, non sans avoir bien enregistré le dernier conseil de Gilles : « Repose-toi bien ce soir ! ». Ouais, je vais essayer…

Après une nuit de sommeil somme toute fort convenable et un solide déjeuner, c’est accompagné de mon père que je prends la route direction Bromont. Le RAV4 est rempli de trucs dont je risque d’avoir besoin: gels en quantités industrielles, barres énergétiques, gaufres, lampes frontales, piles de rechange, vêtements pour faire face à n’importe quelles conditions météo, 12 litres de GU Brew pré-mélangé, etc. Le tout bien classé dans des bacs à tiroirs faciles d’accès. Nous avons aussi installé un sac de couchage pour les longues heures d’attente.

Le plan est bien établi. Mon père agira comme équipe de support, me suivant de station en station (quand c’est possible) durant les premières heures de course. En début d’après-midi, Barbara viendra le rejoindre. À deux, s’il y en a un qui est fatigué, l’autre pourra prendre la relève. Il ne faut pas oublier que Barbara est atteinte d’arthrite rhumatoïde et que mon père vient tout de même d’avoir 68 ans…

La température est fraîche, un peu comme à Harricana, alors je compte partir vêtu exactement de la même façon : shorts, t-shirt, casquette, arm warmers et gants. C’est fou l’éventail de températures que je peux affronter avec cet accoutrement. Je porterai également ma fidèle veste Alpha UltraSpire, mais le vieux Camelbak est dans l’auto, au cas où.

Le site est animé par la même fourmilière que la veille. On sent une certaine nervosité chez les membres de l’organisation. Mais c’est une belle nervosité. Je me rends à la pesée et après avoir ajusté l’instrument de mesure (c’est une bonne vieille balance qui se désajuste à chaque utilisation, dans le genre imprécis…), mon poids de départ est déterminé à 148 livres. Avec des souliers, après un gros déjeuner ?  Ouais, c’est vrai qu’il n’est pas gros, le monsieur…

Nous sommes conviés à la tente tout près du lieu où nous arriverons, espérons-le, demain matin. Les ultras au Québec, c’est une petite communauté, alors même moi je connais presque tout le monde. Petite jasette avec Joan et Mélanie, sa femme. Je ne peux m’empêcher de dire au grand favori que si je le rattrape, je lui botte le derrière, ce qui fait bien rire sa douce moitié.

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En compagnie de Joan avant le départ. Dans un peu plus de 24 heures, nous serons à nouveau encore réunis…

Je croise Pierre, que j’adore. Toujours de bonne humeur, la bonté dans la voix, les yeux et les gestes, il incarne à lui seul l’esprit de la course en sentiers. Évidemment, Pat est un incontournable. Il me salue avec un clin d’œil, me demande si je suis prêt. J’espère, je le saurai bien assez vite… Sinon, ben ce sera de sa faute ! 😉

Denis, celui qui m’a tant encouragé à Sherbrooke en janvier, est ici pour son premier ultra en sentiers (il a par contre fait énormément de courses contre le temps, dont des 24 heures). Coureur rapide sur route (il a un PB de 2h51 sur marathon), il a commencé cette année à faire des sentiers. Son terrain de jeux: le mont Orford. Un plus gros défi que mon petit mont St-Bruno, mettons… Il me présente à Marie, sa charmante épouse et à son petit bonhomme qui est venu voir son papa courir. Toute la famille porte des tuques de course super originales, fort probablement des créations de Marie. Je sais où je vais faire mes prochains achats…

On prend ensuite une photo de groupe du style « pendant qu’on a encore le sourire », puis c’est le briefing (à moins que le briefing ait lieu avant ?  Je ne sais plus…) d’avant-course. Audrey nous donne les instructions de base: suivre les fanions et rubans roses, porter attention aux flèches noires sur fond jaune qui indiquent les virages. Le classique. Elle nous rappelle le code du coureur en sentiers: toujours, toujours porter assistance à un autre dans le besoin et ne rien jeter dans les sentiers. C’est à peu tout. Ou du moins, c’est tout ce que j’écoute.

Nous nous rendons ensuite en haut de la colline d’où sera donné le départ. Je fais le chemin en joggant, feignant un essoufflement incontrôlable. Ça y est, mon rythme cardiaque est déjà rendu à 200 (sans blague, je ne porte même pas de bidule pour vérifier ça) !  Je ne sais pas si c’est par politesse, mais certains rient comme je passe à côté d’eux.

Dans l’herbe mouillé et la fraicheur matinale, j’égrène les dernières minutes avant 9h en jasant avec Denis de tout et de rien. En fait, je jase beaucoup de Boston et après avoir utilisé à quelques reprises des termes un peu crus (mes choix de mots étaient borderline bûcheron par bouts, il m’arrive de me faire honte à moi-même) pour exprimer ce que je pense du parcours, je me rends compte qu’il y a un petit homme de 8 ans avec nous. Oups, pas fort. Vraiment pas fort. J’espère que Marie ne m’en voudra pas trop…

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Le bûcheron avec Denis, Marie et leur fils

Juste avant que le départ soit donné, Jeff fait le tour du groupe et se donne la peine de souhaiter bonne chance à tout le monde. Co-vainqueur avec Florent du 80k à Harricana, ces deux-là feront la course à relais aujourd’hui: Jeff fera la première boucle, Florent, la deuxième. Juste pour le plaisir.

Quand il arrive à moi, je lui dis, non sans une certaine pointe d’ironie: « On va essayer de te suivre ! ». Comme il ne me connait pas, je vois à sa réaction qu’il se demande si je suis sérieux. Principe numéro un avec Fred: il n’est jamais sérieux ! 🙂

Voilà, plus que quelques secondes et le départ sera donné. J’ai été nerveux cette semaine, mais je ne le suis plus. Advienne que pourra. Je sais que je vais avoir du plaisir pour au moins la première moitié de course. Après, on avisera.

Nouvelles pré-Harricana

L’apparition – Dimanche 24 août, 6 heures du matin. Je venais de faire mon petit pipi d’avant-course dans les toilettes publiques du KOA de Wilmington et me dirigeais vers le lavabo quand il m’est apparu dans le miroir. C’était la première fois que je le voyais d’aussi près, mais on ne pouvait faire autrement que le reconnaître: il portait une camisole de course, des arm warmers, une casquette vissée sur la tête avec la visière orientée vers l’arrière pour laisser place à sa lampe frontale et une veste d’hydratation. C’est là que ça m’a frappé : j’étais vraiment un ultrarunner !

Bon, après le petit tour de réchauffement dans le pet walk du camping (un sentier de 300-400 mètres de long spécialement conçu pour le meilleur ami de l’homme, vraiment chouette), je suis revenu à la roulotte et ai laissé la frontale et les arm warmers sur place, mais quand même…

À ma décharge, je n’avais pas seulement le look. J’avais tout de même un 50 km dans les sentiers du Flume Trail System (avec quelques incartades à Whiteface, juste à côté) au programme. Des sentiers parfois sinueux, techniques, souvent très techniques même. Mon objectif : faire de la distance, bien évidemment, tout en vérifiant mes progrès au niveau habileté quand les roches et les racines commencent à se multiplier.

Premier constat : maudit que c’est gossant courir avec une cloche à ours !  Entendre des « gueling-gueling » pendant des heures, quelle torture !  Pas étonnant que les gros poilus nous laissent le passage quand on les avertit de notre présence avec ça !  Mais à cette heure matinale, je préférais l’endurer que faire une rencontre impromptue.

Deuxième constat : c’était une utopie de vouloir les Jeux olympiques d’hiver à Québec avec un Massif retravaillé (et une arrivée sur le fleuve, quelle bonne blague !). À un moment donné, alors que je courais sur Whiteface, je suis tombé par hasard sur une vieille bâtisse sur laquelle on pouvait lire : « Arrivée des épreuves de descente et de slalom géant des Jeux olympiques de Lake Placid de 1980 ». Hé bien de cet endroit, je ne pouvais ni voir le sommet de la pente… ni sa base !  Ça c’est une montagne !

Troisième constat : ce n’est pas demain la veille que les ultrarunners vont être considérés comme des gens normaux. Vous auriez dû voir le regard ahuri de nos voisins quand ils m’ont vu revenir à notre site autour de 9h – 9h15 pour refaire le plein en liquide. Priceless.

Quatrième constat : le côté course vous dites ?  Je dirais que c’est pas mal mieux pour le technique, mais je suis toujours aussi pourri dans les descentes. C’était moins pire vers la fin du séjour, mais encore là… C’était peut-être que je commençais à connaître lesdites descentes, justement. Par contre, je me sentais bien après la sortie, capable d’en prendre encore. C’est bon signe, parce qu’avec ce qui s’en vient…

Marathon de Boston – Les inscriptions sont ouvertes depuis lundi et moi, gracieuseté de mon New York de l’an passé ET du fait que je serai âgé de 45 ans le jour de la course, j’aurais pu m’inscrire dès hier, dans le groupe de ceux qui ont devancé les standards par 10 minutes et plus.

Mais je ne le ferai pas. J’en ai souvent parlé, j’y reviens encore: après avoir littéralement couru pendant plusieurs années après l’objectif qui était de me qualifier, je me permets maintenant de ne pas y aller. Ça me fait un peu bizarre… Une amie m’a taquiné en me disant que j’en étais maintenant rendu à boycotter Boston. Faudrait pas exagérer, là !  😉

UT Harricana – Un ami (oui oui, j’en ai plus qu’un !) m’a fait remarquer que j’allais me taper l’équivalent de la distance Québec-Montréal en l’espace de deux courses. Vu de même, ça fait un peu peur, pas vrai ?

Mais bon, en ultra comme dans n’importe quoi, une chose à la fois. La première étape, ce sera le 80k de l’UT Harricana samedi. Cette course sera l’équivalente (temporairement du moins) de la plus longue distance que j’ai parcourue à vie et étonnament jusqu’à hier, je n’étais pas nerveux du tout. Je me sentais zen, en contrôle, comme dans les jours précédant le Marathon de Philadelphie en 2012.

Puis hier soir, premiers signes de nervosité (enfin !), à propos d’une chose sur laquelle je n’ai absolument aucun contrôle: la météo. La nuit s’annonce froide, allant de 1 et 6 degrés selon les sites consultés. Ok, pas de problème. On part avec des arm warmers, c’est tout. Et s’il pleuvait à cette température ?  Oups. Coupe-vent ou pas ?  Et si j’enfile le coupe-vent, je ferai quoi avec quelques heures plus tard, quand il fera 13-14 degrés au beau soleil ?  Cette course-là se fera en semi-autonomie, sans possibilité d’avoir une équipe de soutien, alors ce qu’on aura sur nous au départ, on l’aura encore à l’arrivée (quoi que je compte bien garrocher tout surplus au bout de mes bras lors de mon premier passage au mont Grand-Fonds). J’ai envisagé utiliser mon vieux Camelbak, un véritable container, au cas où, mais je me suis dit que non, ce machin-là, c’est trop gros. Ha, si j’étais comme Joan !  Je me demande bien s’il va partir à moitié nu à 1 degré sous la pluie…

Le reste ne m’énerve pas. Avec un départ des autobus vers le départ à 3h du matin, je risque d’avoir quelques problèmes à dormir avant. Et puis après ?  Je vivrai également quelques premières : départ dans le noir à la frontale, aucun ravitaillement solide avant le 28e kilomètre (il y aura des points d’eau aux 8e et 20e kilomètres). Je prends ça comme un ajout à mon expérience. Ça risque de m’être fort utile pour l’avenir, un point c’est tout.

Une réponse au-delà des attentes ! – Je m’en voudrais de ne pas remercier tous ceux et celles qui ont contribué à ma levée de fonds pour le Bromont Ultra. Nous les coureurs ne recevons les rapports de dons qu’une fois par semaine, mais déjà, quand j’ai vu mon nom apparaître dans la liste des leaders dans ce domaine la semaine dernière, j’ai été estomaqué.

Alors un gros, gros merci à tous. Vous allez être ma motivation durant ce défi. Je vais penser à vous quand ça ira mal. Pour la première fois, je ne courrai pas seulement pour moi, mais aussi pour vous qui croyez en moi. Je vais faire tout en mon possible pour ne pas vous décevoir.

Lapin privé au Lac Brome

Deux semaines avant l’Ultimate XC, j’avais pris part au Tour du Lac Brome, question d’accompagner mon ami Sylvain pour son premier 20 km. Dans les jours qui avaient suivi, j’avais commencé à pondre un petit récit, mais il y a eu l’Ultimate, « l’urgence » de produire suite à cette course, le travail, etc. Bref, manque de temps pour peaufiner ce que j’avais débuté. Mais je m’en serais voulu de ne pas vous raconter cette superbe journée passée entre amis.

Hé oui, j’ai encore une fois joué au lapin privé, pour le Tour du Lac Brome cette fois. À croire que j’y prends goût ! 🙂

Pour l’occasion, c’était mon ancien collègue et ami Sylvain que j’accompagnais pour le tour du lac, sur une distance de 20 kilomètres. Un habitué des courses de 10 km, Sylvain en était à ses premières armes sur une distance plus longue. Peu de temps avant la course, il m’avait dit prévoir tenir une moyenne de 5:10/km, mais comme il « vaut » 45 minutes sur 10k, je m’attendais évidemment à quelque chose de plus rapide, genre 4:50 – 4:55 /km, ce qui ferait une belle sortie d’entrainement pour moi… si je me « faisais un fond » avant le départ.

Honnêtement, j’avais envisagé faire un petit Dean Karnazes de moi-même et me taper tranquillement le parcours en sens inverse avant. Mais bon, ça m’aurait amené à me lever à l’heure des poules, à me dépêcher pour faire le premier tour et risquer d’arriver un peu juste. Je n’étais pas là pour moi, mais pour un ami après tout.

J’ai donc décidé de me faire un 10 km sur le parcours du 22.2 km du « Défi marathon » avant de rejoindre Maggie et Sylvain au parc des Lions. Autour de 7h15, je suis parti à vive allure direction Bromont, croisant de nombreux visages en point d’interrogation au passage. On m’avait dit que le parcours du 22.2 km était pas mal plus difficile que celui du tour du lac, qui n’est pourtant pas piqué des vers. Hé bien, ce n’était pas une exagération !  Rapidement, je me suis retrouvé sur un chemin de terre et devant moi s’est présentée une montée en face de cochon. C’est qu’elle ne finissait plus, la satanée montée !

Après une éternité, je suis finalement arrivé en haut. Devant moi, la campagne, la vraie. Les côtes, le chemin de terre, tout me rappelait le Vermont 50. Ha, le bonheur… J’ai complété mon aller de 5 km, puis suis revenu à mon point de départ après ce que j’appellerais une bonne sortie « tempo ». Un 20 km relaxe en compagnie d’un ami, ça complèterait parfaitement une belle journée.

Comme quoi je ferais n’importe quoi pour mes amis, mon cell était ouvert pour l’occasion. Oui oui, je le jure !  Après deux ou trois appels, j’ai fini par rejoindre Maggie et Sylvain. Quelques échauffements (je ne savais pas trop si je devais m’échauffer, m’étirer ou faire les deux) plus tard, nous nous sommes dirigés vers le départ. En attendant que soit finalement donné le signal, j’ai jasé avec Robert, un collègue de Sylvain, qui est légèrement plus rapide que lui. Il était à Ottawa pour le marathon et gardait le rythme pour se qualifier pour Boston quand les crampes l’ont assailli de toutes parts. Il a terminé de peine et misère, loin de son objectif. Ha, le marathon, ce que ça peut être cruel parfois…

C’est avec 10 minutes de retard que nous sommes partis (je soupçonne que certains coureurs d’élite se sont fait attendre, mais je n’ai aucune preuve de ce que j’avance) sur un rythme un peu lent, je dirais. Mais Robert s’est rapidement mis en marche et Sylvain a tenté de le suivre, me laissant un peu perplexe. En effet, au deuxième kilomètre, la cadence moyenne flirtait autour des 4:40/km. Ha, pas la mer à boire, mais si j’avais su, j’aurais peut-être moins appuyé lors de ma « mise en jambes ». Finalement, Sylvain a décidé de lever le pied et laisser aller Robert afin de poursuivre à son rythme. La course était encore jeune.

Je trouve toujours très drôles les débuts de courses, surtout quand j’accompagne des gens. C’est frappant de constater à quel point plusieurs personnes qui nous entourent partent trop rapidement, c’est aussi évident que le nez dans le visage. Il y avait entre autres celui qui respirait comme Darth Vader. Pensait-il vraiment pouvoir avancer à ce rythme pendant 20 km en respirant de même ?  Et que dire du gars avec un léger surpoids qui nous a clenchés dans la première descente ?  Dès la montée suivante, il a explosé.  Est-ce que c’était la première fois de sa vie qu’il courait ? Il se pensait où, au juste ?

Car le Tour du Lac Brome, sans être d’une difficulté extrême, n’est pas une mince affaire non plus. Je le surnomme affectueusement le « mini-Boston »: un enchainement infini de montées et de descentes. Ha, elles ne sont pas particulièrement difficiles, mais ça n’arrête pas: monte, descend, monte, descend… Pas un parcours pour débutant. Mais je n’avais aucune crainte de ce côté pour Sylvain, un habitué des côtes (il habite pour ainsi dire au pied du mont St-Hilaire).

Autre particularité du Lac Brome: des points d’eau vraiment mal espacés. Ça prend 4 kilomètres avant d’en atteindre un, puis le suivant est seulement un kilomètre plus loin. Tout juste si je n’avais pas encore mon verre dans les mains nous y sommes arrivés. C’est à n’y rien comprendre.

Comme c’est mon habitude quand je joue au lapin privé, je suis incapable de me fermer le clapet. Je me dis que c’est une bonne façon de distraire mon partner de course. Sylvain étant particulièrement réceptif à l’exercice, nous en avons jasé un coup durant le trajet. Je lui ai entre autres dit que je préférais accompagner Maggie parce qu’à la vitesse à laquelle il court, la gente féminine se fait plus rare. Pour citer un de mes amis du secondaire qui se plaignait du manque de filles lors dans ses cours au Cegep: « Des queues, des queues, il n’y a que des queues ! ». Sylvain a semblé la trouver drôle et m’a gentiment invité à attendre Maggie si je n’étais pas satisfait de ma situation. C’était bien envoyé, mais ça ne m’a pas empêché de protester quand il a ignoré ma supplication (hum hum) de demeurer derrière deux charmantes personnes. Ha, on n’a plus les amis qu’on avait…  😉

Mis à part ce sujet hyper-essentiel à la vie d’un coureur, nous avons échangé sur le parcours (qu’il ne trouvait pas si difficile), sur les spectateurs légèrement moins nombreux qu’à Ottawa et sur l’immensité de la carcasse d’un castor gisant sur le bord de la route. Sans blague, il était énorme et quand un spectateur a suggéré d’aller chercher une pelle pour l’enlever de là, j’ai répondu que ce serait une pépine dont il aurait besoin (pour mes amis européens, une « pépine » au Québec, c’est une pelle mécanique; ne me demandez pas d’où ça vient !).

Après un gel pris au 9e kilomètre, nous avons franchi la mi-parcours en 48:15, un excellent chrono. Quand j’en ai glissé un mot à mon partner, il m’a répondu qu’il ne prévoyait pas vraiment un negative split ici. Ha Sylvain et sa prudence, on ne le changera pas !  Sauf qu’il semblait ignorer un détail: la deuxième partie du Tour du Lac Brome est souvent plus rapide que la première… quand il ne fait pas trop chaud. Et ce jour-là, les conditions étaient idéales.

Les kilomètres ont continué à défiler, le rythme constant de Sylvain faisant que nous rattrapions pas mal de coureurs. Il y a bien celui qui poussait son petit avec un baby jogger qui nous a dépassés, mais à part ça…

Au 14e kilomètre, Sylvain a pris un gel et sentant mon estomac qui commençait à gargouiller, je m’en suis enfilé un aussi. Puis, devant nous, la fameuse côte nous amenant au 15e kilomètre. Une fille avec qui nous jouions au yo-yo depuis un petit bout nous a lancé un encouragement comme nous arrivions au pied de ladite côte: « Allez les gars, je suis sûre que vous êtres capables ! ».

Si elle avait su… Je ne suis même pas certain si nous avons ralenti dans la montée. Autour de nous, ça tombait comme des mouches. À partir des deux tiers de la côte, impressionné, je me suis mis à lâcher des « Ho yeah !!! » à répétition. Mon ami était en train de détruire le parcours (ok, je l’avoue, je m’emporte un peu) !

Puis suivit la descente, longue et agréable. Peu après, mon esprit compétitif a été réveillé par des bruits derrière. Un gars s’en venait en encourageant les gens qu’il dépassait au passage. Rendu à notre hauteur, il nous a lancé un encouragement, mais son sourire exprimait une satisfaction… un tantinet arrogante. Du genre l’air de dire « Hé hé, je vais plus vite que vous ! ». Je sais que ma tendre moitié va être découragée en lisant ça, mais mon sang n’a fait qu’un tour. Tous mes muscles m’ordonnaient de coller aux semelles de ce petit baveux et ensuite lui placer une couple d’accélérations pour lui montrer que j’en avais encore beaucoup sous la pédale. Question de lui faire avaler, son petit sourire… Mais je me suis retenu et l’ai laissé à ses illusions. Je n’en ai même pas glissé mot à Sylvain, qui continuait au rythme établi, sans broncher.

Ce n’est qu’à partir du 17e kilomètre que je l’ai senti faiblir un peu. Le parcours suivait un profil en faux-plat ascendant, le vent soufflait de façon défavorable pour la première fois… Je me suis placé devant, question de lui couper le plus de vent possible, mais nous ralentissions, je le savais. Puis le « bip » de sa Garmin lui annonçant qu’il avait franchi 18 kilomètres se fit entendre. « Oups, on a ralenti. Je ne m’en étais pas rendu compte. »  Je venais de voir passer un kilomètre en 5:06.

Aussitôt, ce fut l’accélération. C’est presque en trombe que nous avons traversé le village. 19e kilomètre dans les 4:20. « Ho yeah… » que je murmurais. Puis arriva le chemin qui mène au parc des Lions qui était maintenant en vue. La boucle était presque bouclée. Sur les côtés, les coureurs ayant terminé, ceux du 10 km, les accompagnateurs, bref, pas mal de monde. Une foutue belle ambiance.

J’ai posé la main sur l’épaule et lui ai dit: « God job, mon chum. Good job. » Ma Garmin indiquait une moyenne de 4:43/km (elle est toujours optimiste de 3-4 secondes, mais bon…), j’étais très impressionné. Sylvain était en train de réaliser une super-performance.

Une fois rendu à l’entrée du parc, il s’est mis à accélérer. J’allais encore me faire shifter par la personne que j’accompagne, un autre classique. J’ai bien essayé de le remonter, puis j’ai relâché mon effort: ce n’était pas le moment de me faire un claquage. Vraiment pas certain que j’aurais réussi à le rejoindre…

Son temps: 1:35:52. Le mien ? Une seconde de plus !  🙂  Un temps presque identique à celui que j’avais fait ici même en 2007. 3 mois plus tard, je complétais mon premier marathon.

C’est un Sylvain souriant et très fier de sa course que j’ai retrouvé à la sortie. Les félicitations et l’accolade étaient plus que méritées. Bravo mon ami pour ton premier 20 km !  Je sais qu’un jour, tu seras toi aussi marathonien !  Et plus vite que tu penses…

Direction Boston

En direction de Charles River

Ok, le plan est maintenant de relaxer jusqu’à Charles River, de façon à être prêt pour les fameuses Newton Hills qui suivront. Si tout va bien, une fois rendu en haut de Heartbreak Hill, il me restera à peine plus de 8 km, la majeure partie en descente. Piece of cake.

Comme tout bon bon plan, celui-ci se verra évidemment bousillé. Tout d’abord, il fait plus chaud que prévu, au point où je dois sortir mon t-shirt de mes shorts (chose que j’aurais dû faire au départ) et me mets à regretter de ne pas avoir enfilé une camisole. Dire que je gelais en arrivant à Hopkinton…

Peut-être est-ce à cause de la chaleur qui monte ou peut-être parce que je suis (encore) parti trop vite, mais toujours est-il que je suis frappé par un autre type de blues: celui du demi cette fois. Celui-là se manifeste quand le coureur, une fois la mi-parcours franchie, se met à penser qu’il lui en reste autant que ce qu’il a de fait. J’ai bien pris un gel avant Wellesley College, mais on dirait qu’il ne veut pas « embarquer ». Merde.

Je commence à essayer de me convaincre qu’il ne s’agit que d’un blues, que c’est passager. J’en ai vu d’autres, ça finit toujours par passer. Enfin, presque toujours. Alors que les collines de Wellesley défilent sous mes pieds, je m’efforce de ralentir un peu, question de prendre des forces.  J’essaie aussi de me changer les idées en pensant stratégie. Depuis mes petits arrêts « forcés » (hum hum) à Wellesley College, ma cadence moyenne est rendue à 4 :22/km. Si je compte que chacune des Newton Hills va coûter une seconde à cette moyenne, je serai à 4:26 en haut. Comme ça descend beaucoup dans les 8 derniers kilomètres, le rythme visé de 4:25 demeure fort jouable.

Arrive la descente vers Charles River. Longue et plutôt douce, elle précède la première des fameuses montées. Il s’agit du dernier moment de répit pour le coureur avant le grand test. J’essaie donc d’en profiter, jusqu’à ce que… mon mollet droit crampe. Là, en pleine descente, à la hauteur du 25e kilomètre (passé en 1:49:58). La crampe s’est pointée comme ça, sans avertissement.

“Merde, merde, merde !  Shit, shit, shit !  Fuck, fuck, fuck ! »  que je me dis,  sans oublier, évidemment, les jurons bibliques de circonstance. Des crampes qui commencent à 17 kilomètres  de l’arrivée, avec les Newton Hills encore à faire… Je fais quoi avec ça, moi ?

Ok, mode damage control, pas le choix. Je diminue la longueur de mes foulées, question d’enlever un peu de pression sur les muscles. Il me faut maintenant baisser la cadence juste assez pour que tout tienne et éviter que ça se mette à cramper de partout. Puis je reprends ma mantra de l’Ultimate XC et de l’ultra intérieur : « Bois, bois bois ! ». Dans les deux cas, j’avais réussi à m’en tirer sans trop de dommage.

Newton et ses Hills

C’est donc dans ce merveilleux état d’esprit que j’arrive au bas de la descente et traverse l’autoroute. Voyant la masse de coureurs qui passe sur le viaduc, des camionneurs klaxonnent au passage. Nous répondons en envoyant la main. J’aime bien cette interaction entre véhicules et coureurs lors des grands événements.

Ok, première montée. Vraiment pas difficile… quand on n’a pas 25 km courus trop rapidement dans les jambes. Mais là, ouille ! Je tâche de diminuer encore la longueur de mes enjambées, active mes bras rapidement question de me donner un certain momentum. Arrivé en haut, la première chose qui me passe par la tête est que je ne m’imagine pas m’en taper 3 autres…  Coup d’œil à la moyenne : 4:23/km. Ok, j’ai perdu une seconde dans la montée comme prévu, pas de dommage.

L’ambiance à Newton est extraordinaire. La ville est accueillante, les gens sont chaleureux. Malgré l’abondance de points d’eau, certains spectateurs en offrent tout de même aux coureurs. Je profite donc du service, soucieux de faire entrer le plus de liquide possible dans mon corps. Ma réserve de GU Brew commence à dangereusement diminuer, je devrai peut-être me résigner à prendre du Gatorade… au citron, bien évidemment. Est-ce qu’il faut encore que je fasse l’étalement de mes états d’âme en ce qui concerne le Gatorade au citron ? Ok, juste au cas où que certains ne le sachent pas: je HAIS le Gatorade au citron !!!

17e mille, nous allons bientôt tourner sur Commonwealth Avenue et passer devant la caserne de pompiers. Bill Rodgers dit que c’est ici que le marathon commence vraiment. Il en dit des affaires celui-là ! Hé bien moi, je me demande si le mien n’est pas en train de se terminer. Ceci dit, jusqu’à maintenant, la stratégie de limitation des dégâts semble fonctionner. Des avertissements de crampe ont surgi, mais sans plus. Vais-je pouvoir tenir ce rythme jusqu’à la fin ?

Deuxième montée. Ouch, elle est tough celle-là !  Espèce de parcours de mes deux, je me promets bien de te détester le restant de mes jours !  Mais par miracle, les jambes tiennent. Il faut dire que je suis loin d’être le seul à en arracher et j’avoue que voir des coureurs de mon niveau qui peinent ici m’encourage. J’atteins le sommet avec une moyenne de 4:24/km au compteur. Toujours pas de dommage, mais maudit que c’est dur !  Allez, plus que deux…

Les deux prochains kilomètres devraient me permettre de récupérer un peu, mais ils ne sont évidemment pas plats. En fait, je confonds même une colline pour la troisième « vraie » montée. Vous imaginez ma déception quand ladite montée se présente à moi tout juste après le 19e mille ? Bah, je ne m’étais pas fait tellement d’illusions de toute façon.

Celle-là me donne vraiment du fil à retordre. Les crampes se sont maintenant propagées dans l’ischio. Je suis alors pris dans un dilemme : arrêter pour m’étirer ou pas ?  Certains le font, d’autres continuent d’avancer en claudiquant  (sans compter les autres qui courent comme si rien n’était, les tab…). En marathon, j’ai deux adversaires : le parcours et le chronomètre. Et je dois tenter de trouver qu’est-ce qui sera le plus rapide : m’arrêter pour m’étirer et espérer pouvoir reprendre mon rythme normal par la suite ou poursuivre en mode damage control ?

Je décide de poursuivre en tentant de limiter les dégâts et de garder les étirements seulement si les crampes deviennent très fortes, ce qui n’est pas encore le cas. Pendant que je jongle à tout ça, un spectateur crie sans arrêt : « An American has won !  An American has won ! ». Hein, c’est un Américain qui a gagné ?  Hall ou Meb ?  C’est certainement Meb, Hall avait dit avant la course qu’un top 10 lui apporterait pleinement satisfaction. Mais Meb, il a quel âge, au juste ? (Il aura bientôt 39 ans)  Et les Kenyans ?  Et les Éthiopiens ? Puis, j’ai illumination : le gagnant a déjà terminé !?!  Bout de viarge, je n’ai pas encore fini les maudites Hills à la con et lui est déjà en train de boire de la bière ?  Calv… !

Je parviens en haut de la montée. Coup d’œil à la Garmin : 4:25, toujours dans les temps. Et franchement, je ne vais pas si mal. Est-ce l’effet psychologique d’avoir passé 75% de ces foutues Hills ?  En tout cas… J’aperçois ensuite un gars qui tient une enseigne sur laquelle on peut lire : « Next beer 7 miles away ». Ho yeah !  Ce qu’elle va être bonne celle-là !  (Je sais, je fais peut-être une obsession avec la bière, je crois que je vais en parler à mon psy ;-))

Je passe le 20e mille. Ok, plus que 10 kilomètres et c’est fini. C’est quoi 10 kilomètres, hein ?  C’est moins que mes sorties en tapering cette semaine. Une fois la Heartbreak Hill passée, je serai rendu.

La voilà justement. Elle est là devant moi. L’an dernier, j’avais littéralement été terrassé par les crampes tout près de son sommet et ça m’avait tout pris pour terminer. Là, bien que diminué, je me sens plus fort. Les spectateurs occupent les deux côtés de l’avenue, ils sont nombreux et bruyants. L’un deux nous lance : « After the trafic light, it’s all the way down ! ». Je regarde vers le haut et aperçois ledit feu de circulation. Il ne me semble pas si loin. Je sens que mes forces sont encore là, allez un petit effort… et un petit sourire pour la caméra !  🙂

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Un petit sourire dans Heartbreak Hill

Avant de basculer au sommet, un gars portant une camisole des Vainqueurs me dépasse. Moi qui me fais un honneur depuis des années de dire que je ne crois pas aux méthodes du coach Cloutier, que je n’ai jamais été repris en course par un de ses coureurs, ben voilà, je viens de me faire shifter. Je me demande s’il s’entraine « au bon rythme », lui…

Cap sur Boston

Je passe les 21 milles puis entame la descente. L’état de mes jambes m’empêche d’y aller à fond, mais je tiens tout de même un bon rythme. Ma moyenne est maintenant à 4:26 et j’ai bon espoir de pouvoir la conserver jusqu’au bout. Ce que j’aimerais un jour avoir des jambes fraîches pour dévaler cette descente-là à toute allure… On dirait bien que ça n’arrivera jamais !

Je tape les 35 kilomètres en 2:36:58.  Plus que 7 km (7.2, en fait). Un calcul rapide me dit qu’à moins d’un malheur, je ne ferai pas pire que 3h13. Je devrais donc battre mon 3:12:26 de l’an passé (quand je dis qu’on ne pense qu’au chrono quand on court sur la route). Peu après le 22e mille, j’aperçois une enseigne nous annonçant un changement de municipalité. « Ha, enfin rendu à Boston » que je me dis. Erreur. J’entre maintenant dans Brookline, une banlieue assez cossue.

Brookline est synonyme de souffrance pour moi car j’y ai vécu un véritable calvaire 12 mois plus tôt. Car ce n’est pas vrai qu’après Heartbreak Hill, ça descend tout le long. Au Marathon de Boston, il y a toujours une montée qui nous attend quelque part. Déjà, je trouve que le 23e mille prend du temps à arriver. Après m’avoir laissé respirer un peu, les crampes ont repris de plus belle. La foule, extrêmement dense, nous encourage sans relâche, mais je ne l’entends plus. Toute mon attention est tournée vers l’avenue devant moi, à la recherche du prochain mile marker. Plusieurs de mes comparses sont contraints à la marche. Je songe me joindre à eux, mais je repousse l’idée du revers de la main. Depuis un certain temps, je vois des kilomètres de plus en plus lents passer sur ma Garmin: 4:40, 4:42, 4:48… Va falloir que ça finisse par finir un jour, cette maudite course-là !  Aux points d’eau, les gens s’arrêtent pour boire. Je résiste à la tentation de faire la même chose et continue à avancer tout en buvant. J’essaie de réveiller ma carcasse avec un gel, mais ça ne fonctionnera pas vraiment.

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La souffrance dans Brookline. Malgré la faible résolution de l’image, on voit bien le sel sur mon visage…

 

24e mille. 2.2 milles à faire, à peine 3.5 kilomètres. Tu y es presque, dans moins de 20 minutes, tout sera terminé.  Le tapis chronométrique des 40 kilomètres semble prendre une éternité à arriver. Coup d’œil au chrono: 3:00:40. Bon, contrairement à New York, je n’ai pas les jambes pour pousser, alors pas de petite accélération pour finir. De toute façon, les 3h10 sont maintenant hors de portée.

J’entre (finalement) dans Boston avant le 25e mille, dernière petite montée pour passer une autoroute ou une rivière (je n’ai pas regardé), puis l’annonce : « One mile to go ! ».  C’est toujours difficile, mais ça tient. Puis, une année-lumière plus loin, affiché sur un viaduc : « Last kilometer ». Bientôt, je tourne sur Hereford et finalement, aboutis sur Boylston.

Au loin, l’arrivée. Tout autour, la foule, les édifices, Boston. Au lieu de me concentrer sur terminer, je décide de vivre Boston, la course à laquelle j’ai tant rêvé depuis que j’ai commencé à courir. Je regarde tout autour, salue les spectateurs. C’est avec le sourire que je traverse cette mythique arrivée pour la deuxième… et probablement dernière fois.

Temps officiel : 3:11:03