Une coupure de l’hiver

J’étouffe, je n’en peux plus…  Coup d’oeil au chrono: ça fait presque 3 minutes que je suis parti. Oui mesdames et messieurs, 180 pleines secondes que je cours et je ne m’endure plus. Je suffoque. Littéralement… ou presque.

L’hiver a débuté sur les chapeaux de roue au Québec, avec des froids polaires dès la mi-décembre. Je crois bien avoir établi un record personnel avec une sortie à -27 degrés (c’était au thermomètre, sans compter le vent et l’humidité) dans les rangs de campagne près de chez mes parents, le 1er janvier au matin. Le plus drôle, c’est que j’y ai rencontré mon bon golden retriever qui ne semblait même pas se rendre compte de la température et qui était tout énervé de pouvoir m’accompagner durant une bonne trentaine de minutes. C’est le coeur gros que j’ai été obligé de le chasser alors qu’il voulait me suivre sur la route principale.

Toujours est-il qu’après avoir subi toutes les conditions d’hiver possibles et imaginables (vent, pluie, neige, verglas, alouette), je n’ai pas eu de difficulté à me laisser convaincre par ma douce: nous allions prendre une petite pause de cette saison maudite à la fin janvier. Après quelques discussions (car je suis intraitable: PAS de « tout-inclus », je suis trop antisocial pour même envisager ça pour des vacances), nous avons choisi de nous établir dans une petite « boutique » annexée à une maison d’un quartier aisé de la banlieue sud de Miami.

Par chance, il y a une piste cyclable qui longe une « rivière » (ça ressemble plutôt à un canal, mais bon) tout juste derrière la propriété et j’ai décidé d’en profiter, avant même le lever du soleil, le lendemain de notre arrivée.

Mais là, mon corps n’est plus vraiment habitué à ça… Chaud, très humide, ouf ! Pas moyen d’endurer ma camisole, je décide de l’enfouir sous l’écorce d’un palmier qui ne s’est pas encore remis du passage d’Irma. À moins que ce soit normal qu’un palmier perde son écorce, je le sais-tu, moi ?  Comment voulez-vous que je sache ça ?  Bref, je me dis que je la reprendrai au retour.

Je regarde ma bouteille d’eau. 16 onces (les buveurs de bière à tendance geek comme moi savent que ça fait 473 mL). J’ai prévu courir une heure. Loin d’être certain que ça va être suffisant.

Je repars, plus léger. C’est fou la différence que ça fait, courir torse nu quand il fait chaud. Puis soudain, alerte: petit animal noir et blanc à 11 heures. J’applique instinctivement les freins. Vraiment pas le moment de me faire arroser. Vous imaginez l’odeur au retour dans l’avion ?  Surtout que nous voyageons sans bagages de soute…

Mon cerveau se détend cependant: ce n’est pas une moufette, mais bien un des nombreux canards qui ont élu domicile sur les bords de la Black Creek. Dans la pénombre matinale, pas facile de distinguer correctement les formes.

En passant à côté de lui, je ne peux m’empêcher de lui lancer:  » T’es laid en tab… toé ! ». Ok, je l’admets, ce n’est pas tellement gentil de traiter mes hôtes ainsi, mais les mâles de cette espèce de canard abhorrent un gros motton rouge sur le dessus du bec qui leur donne un air… particulier. Ils pensent séduire les femelles avec ça ?  Bonne chance. Avouez qu’il y a plus sexy…  Mais dans un autre sens, quand j’aperçois une femelle avec ses 10-12 canetons, je me dis que ça doit marcher un peu.

Version floridienne du canard

Je poursuis mon chemin en riant tout seul. Je prendrais quelques degrés de moins, mais maudit que c’est plaisant de ne pas spinner une enjambée sur deux. Un peu plus loin, je vois trois jeunes femmes devant qui font leur work-out matinal. Sur la piste. Pourraient pas faire ça ailleurs ?  Enfin…

Je passe près de m’évanouir en voyant leur accoutrement: pantalons et manches longues. Dans cette fournaise. Définitivement que nos corps ne sont pas adaptés au même climat.

Finalement, la destination de ma sortie se pointe: le parc Larry et Penny Thompson. Un tantinet différent des parcs que je connais, mettons: palmiers en lieu et place des érables et autres feuillus, le reste de la végétation est constitué d’une version locale de nos buissons. Ça va faire la job, surtout que Michelle, notre hôtesse Airbnb, m’a dit qu’il y a un parcours de cross-country qui en fait le tour.

Je trouve rapidement ledit parcours, qui compte 5 kilomètres (les kilomètres ainsi que les miles sont même marqués). Parfait. Après quelques centaines de mètres, j’accroche un « buisson » et retentit aussitôt un bruit s’apparentant à une grande feuille d’aluminium qu’on secoue. Quessé ça ?!?

Je m’attends à voir sortir un serpent à sonnette ou quelque chose du genre. Un alligator peut-être ?  Nah, ça ne bouge pas, ces créatures-là. Quand même…

Quelques secondes s’écoulent. Rien. Je m’approche tout doucement du buisson suspect, empoigne une branche et la fait shaker bien comme il faut. Et le bruit d’aluminium qui se fait entendre à nouveau, pas mal plus fort. Ayoye… Bruyants, ces machins-là !  Je l’avais à peine effleuré… Va falloir que je m’habitue, j’en ai pour une semaine quand même.

Le parcours m’amène sur le bord d’un étang où je sens encore une fois mes genoux fléchir. La raison ?  Un homme est installé à une table de pique-nique, son vélo à ses côtés. Il regarde l’eau paisible en écoutant le silence matinal. Il porte… un kangourou.  Avec le capuchon sur la tête en plus !  Comment il fait pour endurer ça ce matin ?!?  Il vient de m’asséner le coup de grâce.

J’en ai assez. Mes 473 malheureux millilitres d’eau descendant à vue d’oeil, je prends le chemin du retour. En cours de route, je remarque les pancartes demandant aux gens de ne pas nourrir les animaux. Et quel représentant de la faune ont-ils choisi pour illustrer leur propos ?  L’alligator, évidemment. Je me prends à rêver d’en croiser un. Ce serait cool, non ?

(Pour la petite histoire, nous en verrons un paquet durant notre séjour. Il y en a partout, particulièrement dans les Everglades. Et ils font tous la même chose: rien.  Voyez par vous-mêmes… Et non, nous n’étions pas dans un zoo !  Mais bon, il n’y en a pas dans les villes.).

Michelle me voit arriver torse nu, en sueurs, avec ma camisole dans les mains. Elle me fait un large sourire en m’envoyant la main. Un mélange terrier-chihuahua appartenant aux voisins me rappelle bruyamment qui est le patron du quartier.

J’ouvre la porte de la « boutique » qui donne directement sur le lit où Barbara est encore étendue, pas pressée de se lever. J’ai le réflexe de fermer rapidement pour éviter qu’elle ait froid, puis suis pris d’un fou rire. Pas facile de se débarrasser de nos réflexes hivernaux.

Ha, ça a fait du bien… La journée peut commencer. Où est-ce qu’on va aujourd’hui ?

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Le tapis

Petit voyage pour le travail (duh !) à la centrale La Sarcelle en début de semaine. C’est où ça ?  Pour vous donner une idée, nous avons atterri à Nemiscau, à une heure d’avion au nord de Rouyn (oui, il y a de la vie au nord de Rouyn !), avons fait 75 km sur un chemin de terre pour atteindre Eastmain, puis un autre 110 km (toujours sur un chemin de terre et toujours vers le nord, bien évidemment) pour rejoindre le campement de la centrale. Loin vous dites ?

Aeroport Nemiscau

L’immense aéroport de Némiscau

L’hiver québécois ne finissant plus de finir cette année, vous pouvez imaginer qu’il n’est pas en reste dans le nord. D’un agréable -12 degrés bien secs à notre arrivée, le mercure est allé lorgner du côté des -30 au cours des 48 heures qui ont suivi.

Espérant une fenêtre de temps libre pour insérer une petite sortie de 12-15 km durant notre séjour, j’avais amené le nécessaire pour la course en hiver. Peine perdue. Bien que les 10-11 km séparant le campement de la centrale constitueraient dans d’autres circonstances un merveilleux terrain de jeux pour le coureur, on ne peut pas dire que les astres étaient alignés pour que je puisse assouvir ma passion.

La Sarcelle

Petite vue du campement de La Sarcelle.  Ça donne le goût de courir, pas vrai ? 😉

 

En effet, les journées de travail sont longues quand on est en essais. De plus, il y avait les horaires très rigides de la cafétéria du campement, le froid, la noirceur, la non-connaissance de l’environnement, les loups (!), le fait qu’il y ait très peu de voitures (je devrais plutôt dire, de pickups) qui passent dans le coin et quand ils le font, c’est à tombeau ouvert; bref, plein de bonnes raisons qui m’ont forcé à faire ce que je ne fais jamais: me rendre à la salle d’entrainement pour aller courir sur un tapis roulant. J’avais prévu le coup, ayant inséré une paire de shorts dans mes bagages, au cas où…

En partant, je n’étais pas dans mon meilleur état, ayant terminé mon repas du soir à peine 60 minutes auparavant. Mais pas le choix, le “gym” fermait à 21h30 et il était déjà 20h, alors…

Bref, je suis arrivé dans la salle d’exercice et j’y ai découvert un bel assortiment d’instruments de torture: vélos stationnaires, machine “elliptique” et tout près de la télé accrochée au mur, 3 merveilleux tapis roulants.

J’entends déjà d’ici le monde s’exclamer: “Tu parles d’un ingénieur !”, mais c’est un fait: la technologie et les pitons, ça m’emmerde. Le temps que je gosse après ces patentes-là, je le perds à ne pas faire quelque chose de plus intéressant. Alors quand j’ai vu l’infinité de possibilités qui se présentaient à moi pour régler le tapis que j’avais choisi, je dû réprimer quelques jurons (bah, j’exagère un peu…).

Pèse sur le piton “Start”, ça commence. Bon, ça ne va pas assez vite. La flèche vers le haut je suppose ?  Ouais, ça marche. Encore la flèche ? Ouais. Mais à quelle vitesse je vais, donc ?  Celle indiquée, elle est en mph (miles per hour), je suppose ?  C’est qui l’imbécile qui met la vitesse d’un coureur en milles à l’heure ?  Je joue avec le piton des unités et une vitesse en km/h semblant correspondre un peu à ma cadence se présente à l’écran. Ok, c’est peut-être ça..

Au bout de quelque temps, je me suis mis à courir sans tenir la barre devant moi. Mes Montrail frappaient le tapis avec une belle régularité. Ce n’était pas si mal, finalement… Puis, au bout de même pas 5 minutes, je me suis rendu compte que je ne faisais que fixer les indicateurs de temps et de vitesse et que surtout… je m’emmerdais. Et solidement à part ça. La télé jouait à tue-tête un épisode d’une série poche à Série Plus, ce qui faisait que je m’emmerdais doublement. En plus, comme je ne suis pas habitué à ces machins-là, j’ai vite remarqué que je ne tenais pas une ligne droite et que je m’approchais souvent des bords du tapis. Je m’imaginais prendre la débarque de ma vie sans que personne ne vienne à mon secours.

Au bout de 15 minutes, ras-le-bol. Piton “Stop”. En débarquant du tapis, j’ai ressenti un petit étourdissement, semblable à ceux que je ressentais quand je faisais du vélo stationnaire. Étourdissements jamais agréables. Autre raison de ne pas aimer ces tapis-là.

Ok, tout d’abord changer de poste à la télé. Je ne suis pas amateur de hockey, mais ça allait faire pour ce soir-là. Puis, comme je n’avais rien pour boire (je me voyais mal arriver au gym avec ma veste d’hydratation), je suis allé à la buvette, puis suis revenu, rempli de bonnes intentions.

Piton “Start”, petite flèche vers le haut et c’était reparti. Même pas 5 minutes de “course” que l’ennui m’a repris. Et mon estomac qui me rappelait qu’il était encore bien rempli de mon souper. Moi, avoir des rapports au goût de brochettes quand je cours… Aussi, j’étais maintenant complètement détrempé, la sueur coulant de tous les pores de ma peau et probablement d’ailleurs aussi. Ha, faire du cardio à l’intérieur, quelle joie !  En plus, comme je n’avais pas vu de hockey depuis les Jeux de Sotchi, je trouvais la partie qui se jouait devant moi d’un ennui mortel. Décidément…

Autre arrêt pour prendre de l’eau (et autre étourdissement aussi désagréable que passager), puis je suis reparti, encore moins motivé. J’avais presque 30 minutes de faites, ce serait assez, non ?  J’ai alors commencé à m’intéresser aux “programmes” offerts, question d’essayer de me distraire un peu. Il y en avait une panoplie, mais si je voulais en faire un, je devais programmer le tout. Encore des maudits pitons à gosser, grrrr !

J’ai fini par en choisir un avec intervalles courts et surtout, par comprendre que c’était moi qui décidais la vitesse desdits intervalles. Je me suis donc retrouvé (si j’ai bien compris) à alterner des 2 minutes à 15.1 km/h avec des 2 minutes à 13 km/h. J’avais trouvé quelque chose qui m’allumait un peu, enfin !

Autour de 21h10, j’ai décidé que c’était suffisant. Toujours trempé à lavette, j’ai eu une pensée pour les addicts du gym qui se vantent de suer à profusion lors de leurs séances d’entrainement. Ma réponse la prochaine fois que j’en entendrai un chanter ses louanges ?  « Ouin, pis ? »  Je n’ai vraiment pas eu l’impression de me défoncer ce soir-là et pourtant, je pouvais tordre mes shorts tellement elles étaient imbibées d’eau, alors…

Mon « bilan » de l’expérience ?  Plus jamais !  J’ai détesté être enfermé, ne pas pourvoir respirer l’air du dehors, devoir regarder la télé en courant parce que ce que je faisais était d’un ennui mortel. Chapeau bien bas à tous ceux qui réussissent à s’entrainer régulièrement sur de tels machins !  Dans un autre sens, c’était mieux faire ça que ne rien faire du tout.

Je reconnais que pour faire des intervalles, c’est une machine parfaite car elle oblige le coureur à suivre les cadences préprogrammées, ce qui est une bonne chose, surtout pour quelqu’un comme moi qui ai une légère tendance à y aller trop fort durant la période de récupération. Mais c’est loin d’être une raison suffisante pour que j’envisage l’achat d’un tel bidule. Au grand plaisir de ma tendre moitié d’ailleurs !  🙂

De la cr… de m… !

Je m’étais pourtant promis que cette année, je m’adapterais sans broncher. Que j’allais prendre ce que la nature nous donnerait et ferait avec. Un peu comme on s’adapte et on accepte les différentes conditions qu’on doit affronter durant un ultra. Je me disais que cette année, l’hiver m’aiderait à forger mon caractère, me permettrait de monter ma résilience d’une ou deux coches.

Jusqu’à maintenant, je pense que j’avais bien fait ça. La neige du pont de la Concorde, la slush en descendant Jacques-Cartier, le froid. J’avais même fait une longue sortie dans la tempête dimanche dernier et un 16 km dans la boucle du sommet du Mont Royal jeudi. Tout ça avec le sourire.

C’était avant cette maudite dépression en provenance du Texas. Comme si ce n’était pas suffisant de nous avoir fait endurer un président nul pendant 8 ans, il fallait qu’en plus, les Texans nous envoient leur cr… de m… !  On leur a fait quoi, à ce monde-là pour qu’ils nous haïssent comme ça ?

Toujours est-il que depuis vendredi, il tombe un joyeux cocktail de précipitations sur le sud de Québec. Grésil, verglas, un peu de neige perdue à travers tout ça. Il fait -7 degrés le jour comme la nuit et il vente à écorner les boeufs. La conséquence: les rues sont dans un état lamentable.

Évidemment, le beau tata que je suis a voulu courir quand même hier. Il voulait faire de l’intensité en plus. Ben oui, toi… Je suis parti avec mes crampons, me disant que ce ne serait pas si mal. Erreur. La surface de course était la pire qu’un coureur puisse affronter: ce que j’appelle la cassonade. Vous savez, un mélange granuleux brunâtre dans lequel le pied s’enfonce, glisse et ne trouve aucune espèce de traction ?  Ben c’était ça. Les crampons étaient totalement inutiles, je pense même qu’ils me nuisaient plus qu’autre chose.

Après quelques kilomètres, j’ai décidé de les retirer. Ça ne changeait effectivement pas grand chose de les avoir ou non. Sauf que ça prend de la place dans les poches d’un coupe-vent, ces machins-là… Donc, retour à la maison où Barbara m’a accueille avec un « Déjà ? ». Voyant moins air de beu, elle a vite compris que je n’avais pas respecté ma belle promesse de garder une attitude positive envers la saison maudite.

Peu de temps après être reparti, une douleur à la fesse droite est apparue. À force de « twister » à cause de la cr… de cassonade, mon muscle fessier s’était trop contracté et coinçait maintenant mon sciatique. Calv… !

Bien sûr, en tant que tata, j’ai continué en me disant que ça allait passer. Ben oui chose ! Je me suis mis à arrêter à tout bout de champ, essayant tant bien que mal de m’étirer. Vu que l’étirement pour le sciatique se fait couché et qu’il faisait froid, venteux et qu’il y avait des millions de centimètres de neige au sol, pas question de m’étendre par terre. Je n’ai jamais trouvé une autre façon qui « faisait la job », comme on dit.

En plus, je ne sais pas pourquoi, mais on dirait que les automobilistes perdent une partie de leur cerveau quand il fait mauvais. Certains s’arrêtent en plein milieu de la rue, prenant bien soin de ne pas actionner le moindre feu clignotant pour indiquer leurs intentions. Tu fais quoi, du con ? Ton char prend toute la place !!!  D’autres choisissent ce moment pour avancer à 15 km/h. Donc, quand on se tasse sur le côté pour les laisser passer, ils prennent une éternité à le faire, nous faisant ainsi profiter le plus longtemps possible de la partie la plus épaisse de la m… qui couvre la rue. Pas de quoi améliorer mon humeur.

J’ai fini pas faire 15 kilomètres, en bougonnant. Depuis ce temps, à part pelleter (et chiâler), je passe mon temps à étirer mon fessier, dans l’espoir qu’il finisse par laisser mon sciatique tranquille. Pas question de courir avant que cette douleur disparaisse. De toute façon, avec la cr… de m… qui recouvre encore les rues… D’ailleurs, au moment où j’écris ces lignes, j’entends encore le grésil qui frappe dans les fenêtres. C’est vraiment la joie.

Non mais, ils sont où les Noëls de notre enfance où il n’y avait pas de neige et qu’il pleuvait de la vraie pluie ?  😉

Premières sorties d’hiver

On aurait dit que je voulais en profiter jusqu’à la dernière minute. La “tempête” tant annoncée allait s’abattre dans quelques heures quand je suis parti du bureau à la course mardi. Pas pour une longue sortie, juste pour faire un peu de vitesse en me rendant à mon auto garée à St-Lambert. Avec la merdouille blanche qui menaçait, c’était peut-être ma dernière occasion de courir le moindrement vite avant un bon bout de temps.

Il y avait un hic cependant: à ce temps-ci de l’année, le soleil se couche très tôt. Arrivé au parc Jean-Drapeau, la noirceur était déjà tombée. Je comptais sur le fait que le large sentier qui longe l’île Ste-Hélène du côté nord est bordé par des lampadaires pour éclairer ma route. Erreur. La Ville avait décidé de faire des économies de bout de chandelle et lesdits lampadaires étaient éteints. J’avançais tout de même à vive allure, prenant bien soin de regarder où je posais les pieds. J’ai croisé un monsieur en me demandant ce qu’il faisait là (look who’s talking), puis un autre qui semblait transporter… un appareil-photo et un trépied. De quessé ?  Il voulait photographier quoi, au juste ?

Puis, j’ai jeté un oeil vers la ville et j’ai compris. On dit que la vue de Montréal à partir du pont Champlain est la plus belle. Plus certain. Devant moi, j’avais le Vieux-Port et derrière, les édifices tout illuminés. En arrière-plan, le Mont-Royal avec la croix éclairée étaient bien en vue. Une vraie carte postale. C’était magnifique. J’ai remercié les dieux de la course de m’avoir poussé à pratiquer ce sport et ainsi, vivre ce petit moment de bonheur.

Heureusement, j’en ai profité parce que jeudi matin, c’était le retour à la réalité du Québec: la neige et le vent. Mais bon, comme j’avais des mois de frustrations hivernales devant mois, aussi bien commencer tout de suite, n’est-ce pas ?

Objectif: me rendre au bureau, à 30 km. Je suis parti dans l’obscurité, me gardant bien d’aller trop vite. Le vent qui soufflait à 40 km/h m’était favorable au début, puis de côté après 3-4 kilomètres. Vu qu’elle était dégagée, j’ai emprunté la piste cyclable me menant au pont Champlain, mes vieilles articulations reprenant progressivement leurs habitudes de courir sur une surface inégale d’hiver.

Arrivé au pont, je n’ai pas pu m’empêcher d’éprouver une grande admiration pour les travailleurs qui s’y affairaient (il y a des travailleurs à longueur d’année sous notre fameux pont Champlain). Travailler de leur mains, exposés aux grands vents montérégiens, par ce froid, cette humidité… J’en ai des frissons juste à y penser. Chapeau messieurs dames !

À St-Lambert, ce n’était pas vraiment une surprise car c’est toujours comme ça, mais j’ai tout de même été déçu de constater que la piste cyclable était enneigée. Hé oui, dans la riche St-Lambert, on juge qu’on n’a pas les moyens de dégager la piste alors que des municipalités plus « classe moyenne » comme Ste-Catherine, Candiac, Laprairie ou Brossard croient que c’est utile pour leurs citoyens. Chacun ses priorités, on dirait…

Je me suis fait à l’idée d’emprunter les rues secondaires en bougonnant un peu. Avec mes mains qui commençaient à geler, ça n’aidait pas mon humeur. J’appréhendais la traversée de Jacques-Cartier et surtout, le pont de la Concorde avec ce vent à écorner les bœufs. Faire les derniers kilomètres d’une longue sortie en plein hiver le vent dans la figure, ce n’est jamais une bonne idée.

Puis je me suis mis à penser à mon affaire et me suis mis à sourire à belles dents. Tout ça, c’était la faute à Joan. Je me disais que si lui était capable de faire l’aller-retour Longueuil-centre-ville tous les jours, hiver comme été, j’étais bien capable de faire un aller simple au moins une fois par semaine, non ?  Et ça, peu importe les conditions météo… C’est pour ça que j’avais envie de rire: est-ce que j’étais pour risquer des engelures pour cette seule et unique raison ? Pour me prouver que moi aussi, je pouvais ?  Ben voyons donc !  Quand je dis qu’il arrive que la course affecte mon petit cerveau…

J’avais fait 22 km, c’était bien suffisant de toute façon. J’ai pris le métro. C’était pas mal plus intelligent. Le pont pouvait attendre, l’hiver ne fait que commencer.