Conclusion dans la Grosse Pomme

Le Marathon de New York est tellement un événement hors normes qu’il “mériterait” peut-être même un récit seulement pour l’après-course. Mais bon, à un moment donné, les récits, faudrait pas abuser…

Je vais donc résumer en disant qu’une fois la ligne d’arrivée franchie, on est loin d’avoir fini. Après avoir reçu la médaille, pris la pose traditionnelle (beau bonhomme, hein ;-)), ramassé le petit lunch offert,  puis m’être protégé du froid avec la couverture d’aluminium (comme à Boston, il y avait une bénévole dont l’unique tâche consistait à coller un bout de scotch tape sur la couverture pour l’aider à tenir), j’ai suivi le flot des coureurs qui marchaient vers le nord du parc. Nous avons marché, marché, marché… Il y avait des bénévoles à tous les 20 pieds qui ne cessaient de nous féliciter et surtout, nous incitaient à continuer à avancer, encore et toujours. Quand un coureur voulait s’arrêter un peu, il se faisait assaillir: ou bien il devait repartir en marchant, ou bien les bénévoles appelaient le service médical. Ils étaient toujours extrêmement gentils, mais ne nous laissaient pas tellement nous reposer. Je présume qu’ils avaient ordre d’éviter la congestion à l’arrivée.

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La photo classique après l’arrivée

À un moment donné, les gens ayant décidé de ne pas utiliser le transport de bagages ont eu le droit de sortir, au niveau de la 76e rue (l’arrivée était situé autour de la 65e). Pour nous qui avions fait transporter des choses, la marche continuait jusqu’aux camions UPS. “Finalement !” que je me suis dit en apercevant les premiers horribles camions bruns. Sauf qu’ils étaient stationnés dans l’ordre inverse des numéros de dossard. Le premier camion, c’était pour les dossards 72000 et plus !  Comme il n’y avait que l’équivalent de 2000 numéros par camion, ça m’a pris une autre éternité avant de réussir à arriver au mien.

C’est là que l’organisation de New York s’est démarquée de Boston: les sacs nous attendaient bien classés dans l’ordre numérique. Aussitôt arrivé, aussitôt récupéré. Rien à voir avec le fouillis total de Boston et son transport de marchandises par autobus scolaires.

Une fois mon linge sec et très laid (règle de base: il faut être prêt à ne pas revoir les choses qu’on fait transporter, ça fait que…) enfilé, j’ai pu reprendre la longue marche vers la sortie… au niveau de la 85e rue. Les retrouvailles avec les familles se déroulaient entre les 61e et 65e rues, sur l’avenue Central Park West. J’ai regardé sur Google par après: c’était encore 2 kilomètres de marche !

L’expérience était un peu surréaliste. Cette très large avenue était pour ainsi dire déserte. Après avoir été entourés par des milliers de spectateurs tout au long du parcours, plus personne. Seulement nous, les coureurs, retournant péniblement vers le sud. Çà et là, des bénévoles et des policiers. J’ai demandé à la blague à un constable qui semblait s’emmerder royalement dans son auto s’il ne me donnerait pas un lift, il m’a répondu par un “No” aussi sec que son air était bête. Quand j’ai raconté l’anecdote à Barbara, elle m’a fait remarquer que je n’étais probablement pas le premier à lui faire le coup. Bon point.

Fait intéressant, les coureurs qui avaient choisi de ne pas faire transporter de linge entre le départ et l’arrivée pouvaient non seulement sortir plus rapidement du parc, mais recevaient également un poncho supplémentaire pour se protéger du froid. Définitivement, New York, c’est la grande classe !

Sur le site web de la course, l’organisation prévient que le délai entre l’arrivée d’un coureur et le moment où il atteint l’aire des retrouvailles est de l’ordre de 45 à 60 minutes. Ils ont raison. Et c’est un minimum. Mais une fois arrivé, j’ai pu retrouver mon fan club. La récompense du coureur !  🙂

Maintenant, quelques nouvelles des autres participants. La course a été remportée par le Kenyan Geoffrey Mutai qui est en passe de devenir une légende. Après le doublé Boston –  New York en 2011, il a remporté Berlin en 2012 avant de récidiver à New York cette année. Son temps à l’arrivée, 2:08:24, était plus de 3 minutes plus lent que le record du parcours qu’il avait établi il y a deux ans. La raison ?  Le vent qui a forcé les coureurs d’élite à courir en peloton durant la majeure partie de la course. Mutai a attaqué dans le dernier quart pour finir détaché.

GeoffreyMutai

Geoffrey Mutai en route vers la victoire

Du côté des femmes, c’est un véritable exploit qu’a accompli la Kenyane Priscah Jeptoo. En effet, elle est demeurée sagement dans le peloton durant la première moitié de la course, passant au demi avec 3 minutes et 22 secondes de retard sur les deux premières qui s’étaient détachées. Puis, elle s’est lancée dans une contre-attaque en solitaire et a rattrapé tout le temps perdu. Avec un tel vent, c’était vraiment remarquable. Ce qui était tout aussi remarquable, c’était sa technique de course. Peu orthodoxe, c’est le moins qu’on puisse dire (on la voit clairement à partir de la 35e seconde de ce petit vidéo) !  Mais bon, on dirait bien que c’est efficace.

Jeptoo

Un style peu orthodoxe, mais bigrement efficace

Côté “participation” maintenant. J’en avais glissé un mot suite à notre visite à l’expo-marathon: Ultramarathonman lui-même était présent. Hé oui, tout comme à Boston, j’ai partagé la route avec Dean Karnazes, 51 ans. Et tout comme à Boston, je ne l’ai jamais vu !  Là-bas, il avait terminé 5 minutes derrière moi. À New York, il m’a pris 6 minutes…

DeanKarnazes

Dean, tu m’écoeures !

Mes amis français du départ, quant à eux, semblent avoir fait la distance au complet ensemble avec leur Tour Eiffel comme couvre-chef. Je ne sais pas s’ils ont gardé le sourire tout le long, mais à l’arrivée, ils semblaient avoir le même air qu’au départ. Un temps de 3:34:05 pour les cousins. 🙂

Francais

Vachement sympas, les mecs !

Vous reconnaitrez peut-être Marc Cassivi, le sympathique (j’ai eu beaucoup de plaisir à courir avec lui lors de l’événement-hommage pour Boston) chroniqueur culturel de La Presse. Remis de la blessure qui l’avait empêché de terminer à Paris au printemps, il a bouclé le parcours en 3:53:13.

MarcCassivi

Je pense que Marc a trouvé les derniers kilomètres un peu pénibles

La dernière mais non la moindre, la fameuse participante numéro 67329 dont j’ai parlé au lendemain de la course: la seule et unique Pamela Anderson, 46 ans. Hé oui, la célèbre “actrice”, connue pour bien d’autres choses que ses talents athlétiques (et ses talents d’actrice !), a terminé son premier marathon peu de temps avant le coucher du soleil, en 5:41:03.

PamAnderson

Soyez honnêtes: dites-moi que vous ne l’auriez jamais reconnue !

Au final, New York est un marathon à faire une fois dans sa vie. Le départ sur le Verrazano Narrows Bridge, la foule immense, l’arrivée dans Central Park… Et pouvoir courir dans les rues de la Grosse Pomme, que demander de plus ?  Avec une organisation rodée au quart de tour, je crois sincèrement que l’expérience en vaut le coût. Des images de cette journée resteront à jamais gravées dans ma mémoire.

Pour les gens qui accompagnent les coureurs, ce n’est malheureusement pas l’idéal. La foule est très dense à peu près partout et les indications n’étaient vraiment pas claires. Ainsi, après avoir attendu de longues minutes pour entrer dans l’aire des retrouvailles, mes accompagnatrices se sont vu refuser l’accès parce qu’elles étaient à une entrée VIP. Sauf que rien n’était indiqué à ce sujet. Même confusion à la sortie, quand nous nous sommes mis à suivre la foule pour finir par nous faire barrer le chemin par la sécurité. Personne ne pouvait nous dire que nous ne pouvions pas passer par là ?  Bref, une organisation hors pair, mais le contrôle de la foule par la police et la sécurité était carrément déficient.

Je dois aussi avouer que le touriste en moi a été un peu déçu. Tout comme le Marathon de Montréal, celui de New York y va dans le pratico-pratique. Certains endroits sont donc évités et plusieurs quartiers résidentiels et sans véritable intérêt sont traversés. Ceci dit, ça donne une excellente idée de la densité de population de cette ville et dans le fond, c’est le “vrai” New York qu’on a pu voir et non une série de cartes postales.

Côté sportif, le parcours est loin d’être facile, bien au contraire. Après Boston, c’est le marathon le plus difficile que j’ai eu à affronter. Rarement plat, exposé au vent, New York représente tout un défi, car y garder une cadence constante tient de l’impossible. En ce qui concerne le contingent de coureurs, il est probablement relativement le plus faible que j’ai pu voir, toutes compétitions confondues. Ce n’est tout simplement pas “normal” que je termine dans le top 3% d’une course. C’est dire le nombre de personnes (comme madame Anderson) qui font de ce marathon leur premier… et fort probablement leur dernier. Sur plusieurs photos, on voyait des pelotons entiers de gens qui marchaient. Est-ce mal ?  Non. Juste différent.

Comme New York.

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Le contraste

Nous sommes à New York depuis à peine plus de 24 heures. Durant ces quelques heures, j’ai été à même de constater pourquoi je tends à me concentrer de plus en plus vers la course en sentiers et délaisser un peu la course sur route.

Pas que le voyage se soit mal déroulé, bien au contraire. Selon notre GPS, nous avons perdu à peine 36 minutes dans la circulation et les détours causés par ses indications nébuleuses. Si on tient compte du fait que nous avons traversé Manhattan d’ouest en est, ce n’est vraiment pas si mal.

Non, ce qui me dérange, c’est toute la logistique dont il faut tenir compte avant de prendre le départ. Ainsi, Barbara et moi sommes allés chercher mon dossard hier. Une quarantaine de minutes de métro et une vingtaine de minutes de marche plus tard, nous étions rendus sur place. Nos sacs ont évidemment été fouillés avant d’entrer à l’expo-marathon et il a fallu faire la file pour présenter des pièces d’identité ainsi que la preuve que j’étais vraiment inscrit. C’est sûr que je serais allé niaiser dans ce coin perdu de la ville juste pour le fun, moi. Enfin… Heureusement, la récupération du dossard en soit n’a pas pris de temps, le nombre de kiosques de distribution étant tout simplement hallucinant. Moi qui croyais avoir vu « beaucoup » de ces kiosques à Boston…

En ce qui concerne l’expo en tant que telle, elle n’était pas si impressionnante. Sur ce point, Boston a définitivement le dessus. Mise à part la boutique Asics qui occupe la majeure partie du plancher, vraiment rien de spécial à signaler. Après avoir fait l’achat de « armwarmers », j’ai fait le plein de gels et de barres énergétiques puis, après m’être assuré que Dean Karnazes n’était pas au kiosque North Face (il était parti depuis un foutu bout de temps !), nous avons levé les feutres.

On m’avait dit que l’organisation à New York, c’est le nec plus ultra. Nous en avons eu une preuve à la sortie: des navettes étaient mises à la disposition des participants et de leurs familles pour les ramener vers les divers hôtels du centre-ville. Vous allez me dire que franchement, des marathoniens, c’est capable de marcher… Oui, bien sûr, mais le quartier autour du Jacob Jovits Convention Center est vraiment moche et se le taper deux fois, bof… En plus, ce n’est pas évident que tout le monde qui accompagne un coureur soit en mesure de marcher autant. Bref, comme il commençait à se faire tard et que nous n’avions pas encore mangé, nous avons profité du « lift » pour nous rapprocher du métro. Car hé non, il n’y en a pas autour du Jovits Center.

Ha manger, le joyeux problème !  Déjà que je n’avais pas vraiment eu le choix de me taper du cr… de McDo au dîner… Comment un coureur peut-il réussir à se sustenter sans se ruiner ni manger de la scrap à New York ?  Disons que ça relève presque de l’exploit. Finalement, ho miracle, nous sommes tombés sur une place qui offrait un grand buffet style « bar à salade pour emporter ». Il y a définitivement un Dieu à quelque part. Ne nous restait plus qu’à nous taper un autre 40 minutes de métro avant de pouvoir manger dans la tranquillité de l’appartement.

Car oui, l’appartement que nous avons loué est relativement tranquille. Je dis « relativement » parce que Brooklyn, ce n’est pas Manhattan, mais ça demeure la grande ville quand même: stationnement dans les rues, du monde partout, circulation incessante, etc.  Pas vraiment mon environnement. Tantôt, j’ai fait le tour de Prospect Park, le parc situé juste en face de notre appart. C’est vraiment chouette, une espèce de mini Central Park. Mais quand tu vois quelqu’un qui a pris la peine d’amener ses poids et haltères dans le parc pour faire ses exercices, tu te dis que tu es définitivement dans un autre monde.

Bon, le dossard, c’était bien beau, mais il va falloir que je me rende au départ. Je suis supposé prendre le traversier pour Statten Island à 6h demain matin. Mais comment savoir combien de temps ça va prendre pour m’y rendre ?  Pas le choix, je devais faire la trajet en métro avant.

Ça a occupé ma matinée, mais ça a été un bon investissement. L’application de calcul de trajets du métro me donnait 37 minutes en me proposant un trajet avec 2 transferts. Hé bien j’ai eu la joie de constater que la dernière ligne qu’il me proposait d’utiliser était fermée la fin de semaine !  Plaisant, n’est-ce pas ?  J’ai donc pris 1h25 pour faire le trajet complet, me donnant le luxe de revenir à Brooklyn avant de retourner à Manhattan. Super efficace, il n’y a pas à dire. J’ai réussi à trouver un autre trajet, plus rapide, pour le retour. Mais mettons que je ne suis pas rassuré et je vais me garder une petite marge de manœuvre.

Bref, en pensant à tout ça, le contraste avec la course en sentiers m’a frappé. En effet, pour le Harricana, nous sommes partis la veille de la course, avons fait les 4 heures de route, nous sommes installés et le lendemain, nous sommes tapés un long voyage de 15 minutes en auto avant d’arriver sur place, cueillir le dossard, puis faire la course. Pas de métro, pas de soirée passée à courir après un dossard, pas de souci de stationnement. Pour courir dans le bois par dessus le marché. Le bonheur.

Ceci dit, je ne voudrais pas que vous vous mépreniez. Je suis très très heureux d’être ici. Faire New York, j’en rêve depuis toujours.  Participer à ce marathon, c’est un privilège. Imaginez: courir les rues de cette ville, la foule omni-présente, l’arrivée à Central Park… Je vais profiter de chaque instant, c’est certain. En plus, la météo annonce un temps splendide. Tout se passera comme dans un rêve… Quand on va finir par finir de partir !

Côté performance, après avoir jonglé avec l’idée de suivre le lapin de 3h10, j’ai décidé  d’y aller au feeling. Je vais partir avec le 3h15 et verrai comment ça se passe. De toute façon, le 3h10 part  dans un groupe de coureurs différent du mien (il y a 4 vagues séparées en 3 groupes chacune), alors je risque de ne jamais le voir de toute façon.

On se dit à demain ?