Des parcours et des marathons

De retour après une longue pause, conséquence d’un classique manque de temps. J’ai bien quelques articles en préparation, mais aucun de « final ». À suivre, chers lecteurs.

En attendant, comme nous sommes dans la semaine du Marathon de Boston, j’ai pensé vous faire part d’une certaine réflexion, réflexion qui a pris sa source dans une conversation à bâtons rompus avec mon partner de course. Car comme vous le savez, quand on court, on a le temps de penser (quand on est seul) et de jaser (quand on est seul ou plusieurs)…

Or donc, quand j’ai commencé à courir, il n’y avait pour ainsi dire que trois marathons au Québec : Rimouski, celui des Deux Rives à Québec et évidemment, Montréal. À l’époque, je déplorais l’absence de courses intermédiaires entre le traditionnel demi-marathon et celle que je considérais comme l’épreuve reine.

Depuis, on a vu apparaître des courses de 30 kilomètres qui permettent aux futurs marathoniens de tester leur progression ou qui peuvent servir de course de préparation aux marathoniens expérimentés. Et c’est très bien ainsi.

Par contre, à ce phénomène s’en ajoute un autre : la multiplication des marathons. Ainsi, celui de Magog a vu le jour il y a quelques années. Puis cette année naîtront deux petits nouveaux : celui de Longueuil et celui des Érables. Il y en a bien d’autres, mais je ne vais m’attarder qu’à ceux-là. Car qu’ont de commun  ces marathons ?  Ils ne sont pas ce que j’appelle de « vrais » marathons. Je dirais plus qu’ils sont des marathons « patentés ».

Je m’explique. Tout marathonien vous le dira, faire 42.2 kilomètres, particulièrement sur la route, c’est difficile. Surtout quand on veut « faire un temps ». Et nous passons tous à peu près par les mêmes phases : euphorie du début, première moitié qui passe plutôt bien « parce qu’on ne va pas trop vite », petit blues après le demi, les craintes qui commencent à s’installer entre les 25e et 30e kilomètres, puis… là ça dépend. Quand ça va bien, les 12-15 derniers kilomètres ne passent pas si mal: on serre les dents, on prie pour que ça tienne, on s’accroche.

Mais quand ça va mal, que les crampes s’installent, que la machine dérape, c’est à ce moment que le mental doit prendre le dessus. Et pour ça, surtout quand on n’a pas beaucoup d’expérience, on a besoin d’un environnement qui a le moindrement de l’allure.

Or, certains « marathons » sont bourrés d’allers-retours (voir le parcours du marathon des Érables ci-bas). Non mais, est-ce qu’il y a quelque chose de plus décourageant que d’avoir à se taper une loooongue ligne droite pour se rendre à un vulgaire cône orange pour avoir à revenir sur ses pas ?  Qui n’a pas « rêvé » de croiser à l’aller le gars qui lui est sur son retour et avec qui on a couru durant la première partie de la course ?  Lui qui a l’air tout frais alors qu’on se sent comme de la merde…

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Le parcours du marathon des Érables. Ouch !

Et que dire des courses qui offrent des boucles ?  Les coureurs du demi en font une, ceux du marathon en font deux (comme à Longueuil). Wow, quelle imagination !

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Longueuil: à faire deux fois pour les marathoniens…

Je comprends très bien qu’avec toute la logistique impliquée dans l’organisation d’une course sur route (sécurité, fermetures de rues, etc.), c’est plus simple d’instaurer des allers-retours et/ou faire plusieurs boucles. Mais les « vrais » marathons, eux, offrent des parcours intéressants ou à tout le moins, variés aux coureurs. Pas un collage de détours-pour-faire-la-distance, de chemins déjà parcourus et/ou d’allers-retours coupe-jambes.

Ainsi donc, ayant couru 14 marathons officiels, j’ai eu la (mal)chance de m’attaquer à 8 parcours différents. Je vous présente aujourd’hui mon palmarès d’appréciation desdits parcours.

1- Boston (2013 et 2014)

Boston

Le célèbre parcours…

En fait, il devrait plutôt s’appeler le Marathon de la banlieue de Boston car en réalité, les coureurs ne font seulement qu’environ 2 kilomètres dans la ville même. Le départ est donné à Hopkinton et son superbe parcours traverse une pléiade d’autres charmantes petites villes du même style liées entre elles par un chemin de campagne qui nous fait remettre en question l’organisation : allons-nous vraiment à Boston ?  Surtout que le voyage pour se rendre au départ en autobus jaune semble prendre une éternité…

Ondulé, très ondulé même, il en offre pour son argent au marathonien qui est forcément aguerri… car il faut se qualifier d’abord !  On y retrouve plusieurs points de repères qui sont devenus célèbres au fil des ans : le scream tunnel de Wellesley, Charles River, la caserne des pompiers de Newton, la fameuse Heartbreak Hill, etc.

En 2014, quand je suis revenu de Boston, mon patron m’a demandé si, comme je venais du Québec, je ne ressentais pas une certaine animosité de la part des gens là-bas. « Tu sais, Canadien-Boston »…

Il ne pouvait pas être plus dans le champ. Tout d’abord, à Boston, le hockey passe loin, très loin derrière le football, le baseball et le basket. Et puis, le marathon, c’est une grande fête là-bas. Alors le Canadien de Montréal, les gens s’en balancent complètement. Tout au long du parcours,  on sent l’enthousiasme des spectateurs ainsi que l’hospitalité typique de la Nouvelle-Angleterre avec qui nous, les Québécois, avons beaucoup d’affinités d’ailleurs.

J’ai beau avoir souffert les deux fois que je l’ai fait et m’être promis de ne jamais y retourner, c’est un must absolu à vivre au moins une fois si on a la chance de se qualifier.

2- New York (2013)

New York

C’est New York, oui, mais le vrai New York, pas celui qu’on montre aux touristes. Le parcours prend son envol à Staten Island et rejoint Brooklyn via le pont Verrezano-Narrows, offrant une vue spectaculaire sur Manhattan. Après Brooklyn, c’est le Queens, puis Manhattan direction Bronx par la première avenue. Les coureurs reviennent ensuite vers Manhattan pour finir le tout en beauté dans Central Park.

Tout au long du parcours, la foule est très dense. Dans le dernier kilomètre, les cris sont tout simplement assourdissants. Une expérience unique. Son coût prohibitif m’empêchera de recommencer, mais j’en garderai toujours un souvenir impérissable.

3- Ottawa (nouveau parcours, 2012 et 2014)

Ottawa

Le plus grand week-end de course au pays, une organisation hors pair. Quant au parcours, il amène les coureurs dans plusieurs racoins de la capitale. Quelques endroits sont plus difficiles mentalement : l’aller-retour au milieu de nulle part le long de la rivière des Outaouais, la petite virée dans Gatineau ainsi que le petit bout où les coureurs doivent partager la chaussée avec la circulation en étant protégés seulement par des cônes.

Mais le canal Rideau ainsi que le passage dans le centre-ville rattrapent le tout. Je me souviendrai toujours de la réponse de la foule quand je leur ai demandé du bruit. J’en ai encore les frissons.

4- Philadelphie (2012)

Philadelphie

Ce parcours réussit l’exploit de nous faire oublier une ville somme toute bien ordinaire en nous montrant ses plus beaux attraits. L’aller-retour de la deuxième partie pourrait être difficile à supporter, mais la vue sur la rivière ainsi que sur les cavernes réussissent à sauver (un peu) la mise. Une arrivée devant les fameuses « marches à Rocky » agrémentée d’un high five au maire font de ce marathon une destination de choix pour l’automne.

5- Ottawa (ancien parcours, 2010)

Pas tellement différent du nouveau parcours, il avait la particularité de « perdre » les coureurs dans un endroit isolé dans les kilomètres les plus difficiles. Au 35e kilomètre, ça tombait comme des mouches. Ça prenait le retour dans le portrait du canal Rideau pour remonter le moral.

Personnellement, je m’en suis sorti, mais ce n’est pas le cas pour tous…

6- Montréal (ancien parcours, 2007, 2008, 2009, 2010 et 2011)

J’ai souvent, et avec raison, déblatéré contre l’ancien parcours de notre marathon local. La première partie était plutôt bien, avec le départ sur le pont Jacques-Cartier, le tour du circuit Gilles-Villeneuve, le passage devant Habitat 67 et la traversée du Vieux.

Ça se gâchait sur Ste-Catherine avec le détour qui semblait obligé dans l’est de la ville et par un retour sur le très monotone boulevard Maisonneuve. La côte Berri suivie du parc Lafontaine et du Plateau annonçaient des kilomètres intéressants.

Erreur. Après un long faux-plat qui coupait les jambes, les coureurs devaient se taper St-Laurent dans son plus moche suivi du suprême casse-moral : la rue des Carrières, une horreur sans nom. Les survivants devaient par la suite se taper l’interminable rue Rachel qui ne donne pas sa place côté laideur elle non plus.

Le tour du parc Maisonneuve venait rattraper un peu les choses, surtout une fois que la montée Pie IX avait été complétée. Mais c’est là que j’ai cru que j’allais mourir, dans la fournaise de 2011.

L’arrivée dans le stade avait quelque chose de magique et quand ce dernier est devenu trop petit pour la taille de l’événement, le parc Maisonneuve a offert une belle alternative.

Ceci dit, le gros, gros problème à Montréal, c’est la foule : il n’y en a tout simplement pas. Pas un foutu chat pour lancer un encouragement au moment opportun. Rien. Comme si le marathon était un emmerdement pour la population. Ça faisait un peu pitié.

7- Mississauga (2011)

Mississauga

Départ dans une cour de centre d’achats (ça ne s’invente pas), un aller-retour dans un quartier industriel moche au possible, des détours placés çà et là pour essayer de nous faire faire la distance et tellement pas de monde que celui qui a franchi la ligne le premier avait justement court-circuité un de ces détours sans le savoir.

L’arrivée est située sur les bords du lac Ontario et s’il avait fait beau, probablement que je serais moins sévère. Mais je suis tombé sur une fin de semaine de pluie…

8- Montréal (nouveau, 2015))

Montreal

Il garde les qualités de l’ancien parcours dans sa première moitié et épargne même les coureurs de la partie déprimante dans l’est de la ville.

Mais une fois la mi-parcours franchie, c’est le désastre. Un chemin de croix, un vrai de vrai, composé non pas de un, mais bien de trois allers-retours. Toujours pas un chat sur le parcours, des bands qui jouent sans conviction et qui finissent par tomber sur les nerfs…

On dirait que toute l’emphase est mise sur le demi-marathon et pour ceux qui font le marathon, hé bien il y a cette merde-là si vous y tenez tant que ça. Honnêtement, ça fait dur.

Heureusement, ceux qui s’aligneront au départ à Hopkinton lundi prochain n’auront pas à vivre ça, bien au contraire. Petit conseil: profitez de chaque instant, même si le parcours est difficile. Car c’est le plus beau marathon du monde !

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Boston et son avant-course

Boston et New York ne sont vraiment pas des marathons comme les autres. En effet, en plus de faire partie des World Marathon Majors, ils présentent la particularité d’offrir un départ et une arrivée très éloignés l’un de l’autre géographiquement. Ceci amène son lot d’inconvénients et nécessite une logistique hors du commun pour transporter un immense contingent de coureurs vers le lieu du départ. Et qui dit logistique complexe dit… délais. J’en ai parlé abondamment par le passé.

Ainsi donc, malgré un départ à 10h, il est autour de 5h30 quand je me présente à la station de métro située tout près de l’appartement que nous avons loué dans Cambridge. Comme d’habitude, j’ai prévu tous les retards possibles et imaginables et comme d’habitude, tout se passe rondement. Je vois 5:44 sur la montre d’un autre coureur quand nous arrivons à la station Park, d’où les autobus qui nous amèneront à Hopkinton partiront. Merde. Je vais partir avec les premiers autobus, ce qui signifie que je vais sécher au froid encore plus longtemps une fois rendu là-bas…

Le parc Boston Common est bigrement tranquille pour un matin de marathon. Des bénévoles commencent à s’activer tranquillement, un café à la main, et c’est à peu près tout. On nous annonçait une sécurité accrue, je ne vois pas grand chose de différent de l’an passé. En tout cas, rien à voir avec la folie de New York et ses milliers de policiers.

Je fais le tri de mes affaires, puis passe au dépôt des sacs. Car oui, on peut laisser un sac contenant des vêtements de rechange en consigne ici. La jeune bénévole me demande de lui montrer mon dossard. J’ai toutes les misères du monde à le faire parce que pour me protéger du froid (il fait 3 ou 4 degrés), je porte mon chandail laid et un imperméable jetable par dessus mon t-shirt de course. « I swear I have a bid » que je lui dis en riant. Ce ne sera pas la dernière fois de la journée où je peinerai à montrer mon dossard.

Après une pause-pipi, je me dirige vers les autobus. Les accès sont très contrôlés, pas moyen d’en approcher sans son dossard (la difficulté à le déterrer sous mes couches de vêtement ajoutant évidemment aux délais) . On finit par nous diriger vers l’un des monstres jaunes. Tout comme à l’école secondaire, les premiers qui entrent s’assoient soit devant, soit derrière, comme si les bancs du milieu étaient radioactifs. Je choisis l’arrière, comme si je faisais partie des hots de l’école. Je me dis que c’est là que j’ai la meilleure chance d’être seul sur mon banc. Car vous savez, une heure en autobus jaune, avec de l’espace pour les jambes conçu pour accommoder des enfants… En tout cas, j’espère sincèrement pour le gars du banc d’à côté qu’il sera seul: c’est un mastodonte (pour la course, on s’entend). Il fait au moins 6’4 » et tape le 225 livres, c’est certain. Son dossard dans les 6600 (comme moi) m’indique qu’il « vaut » 3h06. Je n’en reviens pas…

Quand le convoi s’ébranle, l’autobus n’est même pas complet, ce qui fait que nous, les tannants à l’arrière, sommes seuls sur nos bancs. Indice que le monde fait partie de la première vague, il n’y a qu’une seule femme à bord. Je jase un peu avec les autres. Celui devant, un jeune, vient de Minneapolis. Il en sera à son 2e Boston. Un autre vient de Vancouver. Il nous raconte qu’il était inscrit à New York en 2012 et que c’est à l’aéroport qu’il a appris que le marathon avait été annulé. Vancouver ?  Minneapolis ?  Et moi qui demeure à 5 heures de route et ne veux pas revenir ici parce que je n’aime pas attendre au froid… Serais-je plaignard ?  Ou chiâleux peut-être ?  Pas nécessaire de me répondre. 😉

Rapidement, les conversations s’arrêtent et tout le monde retourne dans sa bulle. Je somnole durant une bonne partie du trajet. Comme nous approchons d’Hopkinton, je remarque que notre autobus ne fait plus partie d’un convoi. Arrivé près de la Middle School où est situé le village des athlètes, il ne tourne pas. Les gens commencent à s’inquiéter. Quoi, vous êtes vraiment pressés de sortir du confort pour aller vous les geler ?  Il ne retournera pas en ville avec nous, vous savez…

Finalement, après quelques détours, on nous dépose à l’avant de l’école. Encore là, rien de spécial côté sécurité. J’ai bien remarqué quelques soldats supplémentaires sur la rue principale, mais personne pour nous fouiller en débarquant comme à New York. Il y a aussi un chien renifleur, mais il ne semble pas trop s’énerver. Boston et sa banlieue, c’est relaxe. Il n’y a pas meilleure façon de faire un pied-de-nez aux terroristes.

Je ne sais pas si j’ai fait 10 pas qu’un photographe m’arrête. Bon, va encore falloir faire du défrichage de dossard…

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On prend la pose pendant qu’on a encore le sourire ! 🙂

On nous annonce qu’il est 7h25. Je dois trouver un endroit pour m’installer au soleil et à l’abri du vent. Tiens, un arbre au soleil qui est entouré de terre. Ce sera parfait: le sol sera moins humide et je risque moins de grelotter. Mon plan est de demeurer au village jusqu’à 8h30 environ, puis de me rendre tranquillement au centre-ville (façon de parler). J’assisterai aux départs des fauteuils roulants, des femmes et tout le reste, puis attendrai le mien sans me presser.

Mon super-plan est rapidement bousillé. Un bénévole s’approche de moi et me demande gentiment d’entrer dans le village (mon arbre est situé juste de l’autre côté de la clôture). Je proteste un peu, il me répond qu’il est désolé, mais s’il laisse un coureur à l’extérieur, il devra en laisser 2, 5, 10, …

Je ne lui en veux pas, je comprends très bien qu’au niveau de la logistique, de la gestion des coureurs, ils n’ont pas le choix d’agir ainsi. Mais j’avoue que je suis vraiment irrité par cet incident. On nous enferme à l’intérieur d’une clôture comme si on était du bétail. Je cours en bonne partie à cause du sentiment de liberté que ça me procure. Et là, je vais me retrouver entassé avec mes semblables, au froid et à l’humidité, pendant des heures (ok, j’exagère; de trèèès longues minutes). Vivement les courses en trail, bout de viarge !

Je me trouve un spot et commence l’attente. Tout autour, les autres font de même. Pour tuer le temps, je mange un peu, question de ne pas manquer de jus durant la course. L’animation est très présente, comme l’an passé. Ils ont d’ailleurs un don: se mettre à parler durant les meilleures chansons. C’est immanquable.

Puis arrive le moment. Juste au ton que prend l’animateur, je sais qu’il va parler des attentats de 2013. Il nomme les victimes, une à une, puis demande un moment de silence. Des Japonais tout près continuent de jacasser comme s’ils n’avaient rien compris. Un gars leur lâche un « TCHIIIIT !!! » bien senti. Le message passe instantanément.

Une fois le silence bien installé, je me mets à penser à ce qui s’est passé il y a 12 mois. Les explosions. La fumée. Le chaos. L’émotion m’envahit, mes inspirations et expirations deviennent saccadées. Les premiers sanglots se préparaient à sortir à l’instant où l’animateur nous remercie. Une larme coule sur ma joue et je songe au ridicule de ma frustration d’avoir à attendre le départ ici. Ces gens aimeraient bien pouvoir être là pour attendre à ta place, du con.

À 9h05, on appelle les coureurs des 3 premiers corrals de la première vague. Puis les corrals 4 à 6. Enfin, les 7 à 9 (je suis dans le 7). C’est dans cet ordre que nous nous rendrons au départ, situé à 1 km de là. Bien que les instructions qui nous été données depuis le début soient contraignantes, j’avoue que la méthode fonctionne bien et la circulation en direction du départ se fera avec beaucoup de fluidité.

Comme le mercure a grimpé considérablement depuis notre arrivée, je laisse mon imperméable,  mes vieux pantalons en coton ouaté ainsi que ma tuque du Marathon de Magog sur place. J’avoue que celle-là me fait un peu mal au coeur, elle n’aura servi qu’aujourd’hui. Que voulez-vous, on ne peut pas faire ramener des vêtements à l’arrivée…

La rue principale d’Hopkinton est totalement fermée à la circulation, nous permettant, nous coureurs, de nous rendre tranquillement vers le départ. À chaque année, les gens de cette petite ville voient leur univers complètement chamboulé. Et pourtant, ils sont souriants. Ils nous souhaitent bonne chance, nous offrent à boire et à manger. Évidemment, je ne peux manquer la pancarte sur laquelle il est écrit: « Beer, donuts and cigarettes ». Hé oui, des gens trinquent déjà à cette heure matinale. Privé de houblon depuis plus d’une semaine (c’est un exploit pour moi), je fais semblant d’être hypnotisé et me dirige vers eux, déclenchant quelques fous rires.

Dernière pause-pipi (il fallait évidemment que je me retrouve dans la file qui n’avançait pas), puis j’enlève mon horrible chandail. Celui-là ne me manquera pas. Quand je le donne à la préposée, je lui dis: « It was my ugliest sweater ! » en feignant de pleurer. Ha, sac à blagues que je suis !  Je me demande combien de personnes l’ont sortie, cette niaiserie-là…  Elle a tout de même la politesse de rire. À moins que ce soit mon accent qui la fasse rire ?

Bon, c’est quoi ça ?  Un ventre qui gargouille ?  Moi qui avais trop mangé l’année dernière, ne me serais-je pas assez nourri cette fois-ci ?  Merde, tu parles d’un beau tata… Mais ai-je vraiment faim ?  J’ai toujours mes en-cas, soient un gel au beurre d’arachides et ma Power Bar coupée en morceaux. Pour me rassurer, je fouille dans mes poches et trouve… ce qui ressemble à une bouse de vache enveloppée dans un ziploc. Le chocolat a ramolli et les morceaux ont «fusionné» pour donner un look pas trop appétissant à ma bouffe de secours. Bon, je ne suis pas tellement bien placé bon jouer au difficile, alors je vais faire avec !

L’animateur nous demande de nous tourner vers le drapeau le plus proche parce qu’ils vont maintenant faire jouer l’hymne national. Ha les Américains et leur patriotisme… Le corps droit, la casquette sur le coeur, alouette. Par respect, j’arrête de bouger et attends. Il est tout de même beau, leur hymne national. Pour le drapeau, j’ai laissé faire. Remarquez, il y en a partout, alors peu importe comment on se place…

Une fois le tout terminé, on nous présente les principaux coureurs d’élite qui prendront part au marathon en même temps que nous. Bien sûr, ce sont les coureurs américains qui sont nommés en premier, le golden boy Ryan Hall passant même avant Meb Keflezighi, qui a pourtant un palmarès beaucoup plus étoffé. Mais que voulez-vous, ce n’est pas un «vrai», il est né en Afrique…  Pourtant, en théorie, Ryan Hall ne devrait même pas être là vu qu’il n’a pas complété de marathon depuis les qualifications olympiques de 2012. Sur ces bases, il n’est donc pas qualifié, comme nous tous. Bon, je sais, les élites n’ont pas à se qualifier (certains font de Boston leur premier marathon, alors…).

Le directeur de course s’adresse ensuite à nous. Le ton qu’il utilise est très motivant, il nous dit presque de «tuer» le parcours pour gagner l’arrivée. Inspirant.

Au niveau où je me trouve dans le peloton, il y a un petit magasin de sport. Et devant ledit magasin, une jeune fille court sur un tapis roulant. Et sur l’écran dudit tapis roulant, on voit défiler un chemin de campagne. C’est certainement le parcours du marathon qu’elle est en train de faire. Je ne sais pas pourquoi, je trouve ça un peu bizarre comme coup de pub… Non mais, je m’en câl…-tu moi de ton tapis roulant ?  Je cours dehors, moi !  Je demeure tout de même fasciné…

Le départ va bientôt être donné. Je songe à ma préparation. Les côtes à répétition, les longues sorties au mont St-Bruno. Je connais maintenant mieux le parcours, je ne le sous-estime plus. Je me sens confiant, mais pas arrogant. Je n’ai pas d’objectif de temps précis, mais quelque chose sous les 3h10 me ferait bien plaisir. Si mes genoux pouvaient tenir le coup…

Puis je me rends compte d’une chose: je n’ai pas froid, l’air s’étant beaucoup réchauffé. Mauvais signe. Ne pas avoir froid avant le départ d’un marathon signifie qu’on aura chaud plus loin. Hum…

Des nouvelles des grands marathons

La fin de semaine dernière, je regardais les résultats du Marathon de Tokyo. Bien évidemment, il a été dominé par les Kenyans qui ont pour ainsi dire monopolisé le top 10. En effet, parmi les 10 premiers, on retrouve pas moins de 7 Kenyans !

Dans l’article, on nous apprend que le gagnant, Dickson Chumba (2:05:42), n’a pris que 14:21 entre les kilomètres 35 et 40. Je n’en revenais tout simplement pas. Ici au Québec, je doute honnêtement qu’il y ait quelqu’un qui soit en mesure de faire un tel temps sur un 5 km. Chumba a accompli cet exploit à la toute fin d’un marathon. Incroyable…

Autre chose que j’ai remarquée en regardant ces résultats: les temps et les athlètes qui les ont réussis. Bien que je sois loin d’être une référence en la matière, il y a un seul nom qui sonnait des cloches quand je l’ai vu: Abel Kirui, deux fois champion du monde et médaillé d’argent à Londres, qui a terminé en 10e place en 2:09:04. Tous les autres m’étaient inconnus et pourtant,  ils sont “descendus” sous les 2h08. C’est sidérant qu’un pays puisse produire autant de coureurs de si grande qualité. Un championnat national au Kenya, ça doit être tout un spectacle !

Mais vous savez ce qu’il y a d’encore plus étonnant ?  Ce pays n’a produit qu’un seul champion olympique au marathon. Hé oui, il s’agit de Samuel Wanjiru qui aurait probablement été le plus grand coureur de tous les temps (il n’avait pas encore 22 ans quand il a remporté le marathon des Jeux de Pékin)… s’il n’avait pas été pris en flagrant délit d’adultère par son épouse. En effet, cette dernière, le trouvant au lit avec une autre femme, enferma le couple dans la chambre située au deuxième étage. Wanjiru a alors tenté de sauter à partir du balcon (on ne sait pas trop pourquoi) et la chute a été mortelle. Un peu loser comme façon de mourir, pas vrai ?

Marathon de Boston. J’ai appris la semaine dernière mon numéro de dossard et mon couloir de départ. Numéro 6693, 7e couloir de la première vague. Ouch !

Pourquoi je dis ça ?  Parce que malgré un temps de qualification 5 minutes et demi plus rapide, je me retrouve dans le même couloir que l’an passé, avec à peu près le même numéro de dossard. Ça veut donc dire que le contingent de coureurs présents cette année sera très, très fort. Pour vous donner une idée, le “temps de coupure” de la première vague est de 3:12:52. Oui, 9000 coureurs qui ont fait moins de 3h13 !  Tout autour de moi, il y aura des gens qui “valent” 3h06, alors que moi, je suis bien loin de ça. Au mieux, je vaudrai 3h10… Il n’y en aura pas de facile !

Côté sécurité, l’organisation met tout le monde en garde, y compris évidemment les spectateurs: les forces policières seront omniprésentes sur le parcours et tous doivent s’attendre à être fouillés. J’espère que l’enthousiasme de la foule n’en sera pas atténué, ça fait partie du charme de cette course. Entre autres, je pense évidemment au fameux scream tunnel des étudiantes de Wellesley College, une tradition à Boston. S’il fallait que la sécurité empêche les coureurs d’avoir leur petit bec au 20e kilomètre…

Marathon de Chicago. Moi qui ai toujours cru qu’il fallait s’inscrire à une loterie ou faire partie d’un groupe caritatif pour participer à ce marathon, voilà que j’ai appris en navigant sur le site de l’événement qu’on pouvait se qualifier et ainsi, obtenir une place garantie. Les critères de qualification ?  D’une simplicité hors du commun: pour l’édition 2014, toute personne qui aura réussi le standard demandé (3h15 pour les hommes et 3h45 pour les femmes) sur un parcours accrédité après le 1er janvier 2012 sera admise. Point final. Pas de zigonnage avec les catégories d’âge.

J’ai trouvé ça intéressant. Ça veut dire que si je voulais courir Chicago, je serais déjà assuré de pouvoir le faire cette année et l’an prochain. Hum, une troisième grand Marathon dans ma besace ?

Bémol cependant: 1350 km, soit la distance entre Montréal et Chicago. C’est deux fois plus loin que se rendre à Philadelphie. Ça pourrait se faire en voiture, mais c’est un peu long à mon goût. Surtout pour courir “seulement” un marathon. L’avion ?  Beaucoup de frais supplémentaires. Et pour une destination pas tellement intéressante, dans le fond. San Francisco, Vancouver, l’Europe, c’est à voir. Mais Chicago ?  Bof…

Marathon de New York. Les inscriptions en vue de la loterie fermaient mardi. Je souhaite la meilleure des chances à ceux qui ont tenté le coup car New York, ça vaut vraiment la peine de le faire une fois dans sa vie.

Cette semaine, j’ai reçu le livre-souvenir de l’édition 2013 par la poste. La grande classe. En papier glacé, on y retrouve quelques articles et surtout, tous les résultats. Ça m’a permis de vérifier si mon nom y était inscrit pour l’éternité et il l’est, à la 1500e place précisément. Je n’ai pas pu m’empêcher d’aller voir le temps de la personne qui a terminé à a 50134e et dernière place. En fait, ils sont deux à partager cet honneur en arrêtant le chronomètre en 10:17:52. Oui, plus de 10 heures pour compléter un marathon !  Je présume qu’une des deux personnes souffrait d’un handicap, je ne peux pas croire…

Une année en dents de scie

Les rétrospectives, c’est une tradition à ce temps-ci de l’année. Je l’ai fait l’an passé, alors pourquoi ne pas remettre ça cette année ?  Pour moi, l’année 2013 a été synonyme de hauts de de bas, mais à la fin, une chose demeure: la course à pied est une véritable passion que je désire continuer à partager avec vous, fidèles lecteurs.

Voici donc l’année résumée en quelques thèmes.

La consécration. Hopkinton, le 15 avril, 9h55. J’étais dans mon couloir, attendant le départ du Marathon de Boston. Le plus ancien et le plus prestigieux marathon de la planète. Après des années de travail acharné, j’y étais enfin. À ce moment, j’ai éprouvé un très grand sentiment de fierté, probablement ce qu’un athlète de haut niveau peut vivre quand il se retrouve à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques. C’était à la fois simple et magique, je vais m’en rappeler le restant de mes jours.

Mauvaise évaluation. J’ai carrément sous-estimé la difficulté du parcours. Je me disais que je suis un ultrarunner, que les côtes de moumounes comme sur le parcours nous amenant à Boston, ça ne pouvait jamais être si difficile que ça… J’en ai payé le prix. Dans les dernières encablures de la Heartbreak Hill, j’ai crampé. Les 8 derniers kilomètres ont été infernaux.

L’horreur. J’étais arrivé depuis un bon bout de temps. Nous avions quitté les lieux et étions probablement en train de débarquer du métro quand les bombes placées près de l’arrivée ont explosé. Mais l’horreur des événements nous a tous touchés. À l’hôtel, les gens étaient en état de choc, personne ne parlait plus de rien d’autre. La question sur toutes les lèvres: pourquoi ?

La résilience. Celle des coureurs qui retourneront car ils refusent de se laisser intimider. Je fais partie de ceux-là. Celle de la merveilleuse ville de Boston qui a décidé elle aussi de se tenir debout devant l’adversité et de faire un pied-de-nez à ceux qui voudraient lui faire peur. Je ne suis pas un amateur de hockey, mais ce qui s’est passé deux jours plus tard avant le match des Bruins m’a donné les frissons.

La vague. Celle d’amour qui a déferlé de partout. Nos amis, notre parenté, nos collègues. Des personnes avec qui nous n’avions pas eu de contact depuis des années se sont inquiétées pour nous et nous ont demandé, nous ont ordonné même de leur confirmer que nous allions bien. Rien ne m’a jamais fait autant chaud au cœur. Merci à tous, encore une fois !

La bouette. St-Donat, le 29 juin. Le printemps avait été pluvieux, il venait de tomber une trentaine de millimètres de pluie. Devant nous, 58 kilomètres de sentiers. Un parcours déjà considéré comme difficile à la base avait été transformé en véritable soue à cochons. De l’eau jusqu’aux épaules dans la rivière, une traversée interminable du « Vietnam », des descentes impossibles à négocier. À maintes reprises, je me suis promis que « plus jamais ». Et pourtant, j’ai eu du plaisir et serai fort probablement de retour. Faut croire que je suis maso. Ce vidéo de Michel Caron qui a terminé une vingtaine de minutes avant moi est une véritable pièce d’anthologie.

LA blessure. Elle s’est manifestée au lendemain de la tragédie à Lac-Mégantic (question de me donner un peu de perspective). Une semaine plus tard, j’étais sur la liste des blessés. Ça a duré des semaines. Des semaines d’enfer au cours desquelles j’ai dû annuler ma participation à deux courses que je voulais vraiment faire cette année: le 65k du XC Harricana et le Vermont 50.

L’ostéo. Son prénom: Marie-Ève. Sa discipline: l’ostéopathie. Je ne connaissais pas ça, mais on m’avait fait plusieurs suggestions en ce sens, alors je me suis dit que j’essaierais. Elle a sauvé ma fin de saison, un point c’est tout. Sans elle, je ne serais pas allé à New York. Chaque sou que j’ai investi dans ses traitements a été un sou bien investi. Elle me chargerait le double du prix que j’y retournerais sans hésiter.

Lake Placid. Coup de cœur ou coup de foudre ?  Le beau temps a certainement aidé, mais nous sommes tombés sous le charme de cette petite ville du nord de l’état de New York. Là-bas, le sport et le plein-air sont rois. Des montagnes, des sentiers de randonnée, des routes dans un état impeccable… Nous nous promettons évidemment d’y retourner prochainement. Très prochainement.

Le plus bel entrainement. XC Harricana, le 7 septembre. Mon genou m’ayant empêché de m’entrainer convenablement, j’ai troqué le 65k pour le 28k avec dans l’idée de le faire comme un entrainement. Un vrai entrainement là, pas le moment de me tuer à l’ouvrage. Ça a été ma sortie la plus plaisante depuis le Vermont 50 2012. J’ai eu un plaisir inégalé dans la montée du mont Grand-Fonds, les sentiers de quads, la montée de la montagne Noire et tout le reste. Une course à l’organisation impeccable, des sentiers très bien marqués, une super belle expérience avec à la clé, une 15e place complètement inattendue. À répéter un jour, c’est certain.

La bonne décision. À la fin septembre, lors d’un entrainement, ma tendinite au genou est revenue. Je me suis tout de suite arrêté et dans la journée, ai contacté mon ostéo qui a réussi à me traiter dès le lendemain. Quatre jours plus tard, je reprenais l’entrainement. Nous coureurs avons l’habitude d’ignorer les signes que nous envoie notre corps jusqu’à ce que ça devienne insupportable. Ce jour-là, j’ai pris une bonne décision et ça a payé. Je devrais faire ça plus souvent…

Le plaisir entre amis. Mont Orford, le 19 octobre. Des conditions parfaites, une course que je faisais avec des amis dans un endroit superbe. Et beaucoup, beaucoup de plaisir. J’adore accompagner des amis dans une course, même si parfois je me sens un peu inutile. Pour 2014, j’ai déjà deux « accompagnements » de prévus. Et j’ai hâte.

La Grosse Pomme. New York. Ça faisait des années que j’y rêvais. Pas pour les mêmes raisons que Boston où il faut se qualifier. Ha, on peut aussi se qualifier pour New York, mais les standards sont vraiment trop stricts pour moi. J’ai donc dû passer par la loterie et attendre 3 ans avant de pouvoir faire partie du contingent de coureurs qui s’élanceraient du Verrezano-Narrows Bridge en direction de Central Park.

Des spectateurs par centaines de milliers tout au long du parcours, une organisation extraordinaire à la hauteur de cette ville qui n’a pas d’égale à travers le monde. Une expérience unique que je recommande fortement à tout le monde qui en a la chance.

À la fin, un deuxième meilleur temps à vie sur un parcours difficile et la tête remplie de souvenirs.

Pour 2014. Beaucoup de belles courses en vue. Un premier 100 km, peut-être un premier 100 milles. Va définitivement falloir que les genoux et le sciatique se tiennent à carreau !  🙂

Sur ce, un très joyeux Noël à tous ! 🙂

Ils vont vraiment vite !

Quand j’ai couru mon premier marathon en 2007, j’ai conservé une cadence assez constante de 5;17/km tout au long de la course, ce qui correspond à une vitesse moyenne de 11.3 km/h. Avec les années, j’ai travaillé la vitesse en faisant des intervalles, des entrainements en côte, etc. Ce qui fait qu’aujourd’hui, je réussis à tenir 4:30/km sur un marathon, ce qui correspond à une vitesse de 13.3 km/h.

Les coureurs le savent, la différence entre ces deux cadences est loin d’être négligeable. Grâce à cette petite augmentation de vitesse, je suis passé d’un coureur de milieu de peloton à quelqu’un qui se classe dans le top 10% lors des courses auxquelles il participe (exception faite de Boston… et des courses en sentiers !).

Où je veux en venir ?  À l’élite mondiale. J’en ai déjà parlé, mais j’y reviens, encore et toujours: ils vont vite. Vraiment, mais vraiment vite !  Par exemple, pour terminer avec un temps de 2:08:24 à New York, Geoffrey Mutai a dû courir à une vitesse moyenne de… 19.7 km/h !  C’est presque 50% plus rapidement que moi. Certaines personnes ont de la difficulté à aller à cette vitesse-là à vélo ! Vous imaginez la différence entre ces gars-là et les gens « normaux » ? C’est carrément dément.

Comme une image (ou plutôt, un vidéo) vaut mille mots, je vous invite à visionner ceci:

La compagnie Asics, après avoir proposé aux gens d’essayer de se mesurer à Ryan Hall qui courait sur le mur d’un centre commercial, a poussé l’idée un peu plus loin. En effet, dans le cadre du Marathon de New York, des gens ordinaires étaient invités à essayer de courir à la vitesse d’un marathonien d’élite le plus longtemps possible. Pour ce faire, ils devaient courir sur un tapis roulant dont la vitesse montait progressivement jusqu’à celle que tiennent les meilleurs au monde durant un marathon.

En revenant de l’expo-marathon, nous sommes tombés là-dessus par hasard. J’ai eu envie de m’essayer, puis je me suis ravisé. Je me disais que malgré le harnais de sécurité, je risquais de me casser la marboulette. L’avant-veille du marathon, ça n’aurait pas été ma meilleure. Mais je serais vraiment curieux d’essayer !

Conclusion dans la Grosse Pomme

Le Marathon de New York est tellement un événement hors normes qu’il “mériterait” peut-être même un récit seulement pour l’après-course. Mais bon, à un moment donné, les récits, faudrait pas abuser…

Je vais donc résumer en disant qu’une fois la ligne d’arrivée franchie, on est loin d’avoir fini. Après avoir reçu la médaille, pris la pose traditionnelle (beau bonhomme, hein ;-)), ramassé le petit lunch offert,  puis m’être protégé du froid avec la couverture d’aluminium (comme à Boston, il y avait une bénévole dont l’unique tâche consistait à coller un bout de scotch tape sur la couverture pour l’aider à tenir), j’ai suivi le flot des coureurs qui marchaient vers le nord du parc. Nous avons marché, marché, marché… Il y avait des bénévoles à tous les 20 pieds qui ne cessaient de nous féliciter et surtout, nous incitaient à continuer à avancer, encore et toujours. Quand un coureur voulait s’arrêter un peu, il se faisait assaillir: ou bien il devait repartir en marchant, ou bien les bénévoles appelaient le service médical. Ils étaient toujours extrêmement gentils, mais ne nous laissaient pas tellement nous reposer. Je présume qu’ils avaient ordre d’éviter la congestion à l’arrivée.

Fred3

La photo classique après l’arrivée

À un moment donné, les gens ayant décidé de ne pas utiliser le transport de bagages ont eu le droit de sortir, au niveau de la 76e rue (l’arrivée était situé autour de la 65e). Pour nous qui avions fait transporter des choses, la marche continuait jusqu’aux camions UPS. “Finalement !” que je me suis dit en apercevant les premiers horribles camions bruns. Sauf qu’ils étaient stationnés dans l’ordre inverse des numéros de dossard. Le premier camion, c’était pour les dossards 72000 et plus !  Comme il n’y avait que l’équivalent de 2000 numéros par camion, ça m’a pris une autre éternité avant de réussir à arriver au mien.

C’est là que l’organisation de New York s’est démarquée de Boston: les sacs nous attendaient bien classés dans l’ordre numérique. Aussitôt arrivé, aussitôt récupéré. Rien à voir avec le fouillis total de Boston et son transport de marchandises par autobus scolaires.

Une fois mon linge sec et très laid (règle de base: il faut être prêt à ne pas revoir les choses qu’on fait transporter, ça fait que…) enfilé, j’ai pu reprendre la longue marche vers la sortie… au niveau de la 85e rue. Les retrouvailles avec les familles se déroulaient entre les 61e et 65e rues, sur l’avenue Central Park West. J’ai regardé sur Google par après: c’était encore 2 kilomètres de marche !

L’expérience était un peu surréaliste. Cette très large avenue était pour ainsi dire déserte. Après avoir été entourés par des milliers de spectateurs tout au long du parcours, plus personne. Seulement nous, les coureurs, retournant péniblement vers le sud. Çà et là, des bénévoles et des policiers. J’ai demandé à la blague à un constable qui semblait s’emmerder royalement dans son auto s’il ne me donnerait pas un lift, il m’a répondu par un “No” aussi sec que son air était bête. Quand j’ai raconté l’anecdote à Barbara, elle m’a fait remarquer que je n’étais probablement pas le premier à lui faire le coup. Bon point.

Fait intéressant, les coureurs qui avaient choisi de ne pas faire transporter de linge entre le départ et l’arrivée pouvaient non seulement sortir plus rapidement du parc, mais recevaient également un poncho supplémentaire pour se protéger du froid. Définitivement, New York, c’est la grande classe !

Sur le site web de la course, l’organisation prévient que le délai entre l’arrivée d’un coureur et le moment où il atteint l’aire des retrouvailles est de l’ordre de 45 à 60 minutes. Ils ont raison. Et c’est un minimum. Mais une fois arrivé, j’ai pu retrouver mon fan club. La récompense du coureur !  🙂

Maintenant, quelques nouvelles des autres participants. La course a été remportée par le Kenyan Geoffrey Mutai qui est en passe de devenir une légende. Après le doublé Boston –  New York en 2011, il a remporté Berlin en 2012 avant de récidiver à New York cette année. Son temps à l’arrivée, 2:08:24, était plus de 3 minutes plus lent que le record du parcours qu’il avait établi il y a deux ans. La raison ?  Le vent qui a forcé les coureurs d’élite à courir en peloton durant la majeure partie de la course. Mutai a attaqué dans le dernier quart pour finir détaché.

GeoffreyMutai

Geoffrey Mutai en route vers la victoire

Du côté des femmes, c’est un véritable exploit qu’a accompli la Kenyane Priscah Jeptoo. En effet, elle est demeurée sagement dans le peloton durant la première moitié de la course, passant au demi avec 3 minutes et 22 secondes de retard sur les deux premières qui s’étaient détachées. Puis, elle s’est lancée dans une contre-attaque en solitaire et a rattrapé tout le temps perdu. Avec un tel vent, c’était vraiment remarquable. Ce qui était tout aussi remarquable, c’était sa technique de course. Peu orthodoxe, c’est le moins qu’on puisse dire (on la voit clairement à partir de la 35e seconde de ce petit vidéo) !  Mais bon, on dirait bien que c’est efficace.

Jeptoo

Un style peu orthodoxe, mais bigrement efficace

Côté “participation” maintenant. J’en avais glissé un mot suite à notre visite à l’expo-marathon: Ultramarathonman lui-même était présent. Hé oui, tout comme à Boston, j’ai partagé la route avec Dean Karnazes, 51 ans. Et tout comme à Boston, je ne l’ai jamais vu !  Là-bas, il avait terminé 5 minutes derrière moi. À New York, il m’a pris 6 minutes…

DeanKarnazes

Dean, tu m’écoeures !

Mes amis français du départ, quant à eux, semblent avoir fait la distance au complet ensemble avec leur Tour Eiffel comme couvre-chef. Je ne sais pas s’ils ont gardé le sourire tout le long, mais à l’arrivée, ils semblaient avoir le même air qu’au départ. Un temps de 3:34:05 pour les cousins. 🙂

Francais

Vachement sympas, les mecs !

Vous reconnaitrez peut-être Marc Cassivi, le sympathique (j’ai eu beaucoup de plaisir à courir avec lui lors de l’événement-hommage pour Boston) chroniqueur culturel de La Presse. Remis de la blessure qui l’avait empêché de terminer à Paris au printemps, il a bouclé le parcours en 3:53:13.

MarcCassivi

Je pense que Marc a trouvé les derniers kilomètres un peu pénibles

La dernière mais non la moindre, la fameuse participante numéro 67329 dont j’ai parlé au lendemain de la course: la seule et unique Pamela Anderson, 46 ans. Hé oui, la célèbre “actrice”, connue pour bien d’autres choses que ses talents athlétiques (et ses talents d’actrice !), a terminé son premier marathon peu de temps avant le coucher du soleil, en 5:41:03.

PamAnderson

Soyez honnêtes: dites-moi que vous ne l’auriez jamais reconnue !

Au final, New York est un marathon à faire une fois dans sa vie. Le départ sur le Verrazano Narrows Bridge, la foule immense, l’arrivée dans Central Park… Et pouvoir courir dans les rues de la Grosse Pomme, que demander de plus ?  Avec une organisation rodée au quart de tour, je crois sincèrement que l’expérience en vaut le coût. Des images de cette journée resteront à jamais gravées dans ma mémoire.

Pour les gens qui accompagnent les coureurs, ce n’est malheureusement pas l’idéal. La foule est très dense à peu près partout et les indications n’étaient vraiment pas claires. Ainsi, après avoir attendu de longues minutes pour entrer dans l’aire des retrouvailles, mes accompagnatrices se sont vu refuser l’accès parce qu’elles étaient à une entrée VIP. Sauf que rien n’était indiqué à ce sujet. Même confusion à la sortie, quand nous nous sommes mis à suivre la foule pour finir par nous faire barrer le chemin par la sécurité. Personne ne pouvait nous dire que nous ne pouvions pas passer par là ?  Bref, une organisation hors pair, mais le contrôle de la foule par la police et la sécurité était carrément déficient.

Je dois aussi avouer que le touriste en moi a été un peu déçu. Tout comme le Marathon de Montréal, celui de New York y va dans le pratico-pratique. Certains endroits sont donc évités et plusieurs quartiers résidentiels et sans véritable intérêt sont traversés. Ceci dit, ça donne une excellente idée de la densité de population de cette ville et dans le fond, c’est le “vrai” New York qu’on a pu voir et non une série de cartes postales.

Côté sportif, le parcours est loin d’être facile, bien au contraire. Après Boston, c’est le marathon le plus difficile que j’ai eu à affronter. Rarement plat, exposé au vent, New York représente tout un défi, car y garder une cadence constante tient de l’impossible. En ce qui concerne le contingent de coureurs, il est probablement relativement le plus faible que j’ai pu voir, toutes compétitions confondues. Ce n’est tout simplement pas “normal” que je termine dans le top 3% d’une course. C’est dire le nombre de personnes (comme madame Anderson) qui font de ce marathon leur premier… et fort probablement leur dernier. Sur plusieurs photos, on voyait des pelotons entiers de gens qui marchaient. Est-ce mal ?  Non. Juste différent.

Comme New York.

Du Queens à Central Park: Marathon de New York, suite et fin

Je me retourne pour apercevoir le lapin de 3h10, qui devrait logiquement être 30 secondes derrière moi. Rien. J’ai perdu ma partenaire, qui a maintenant une cinquantaine de mètres de retard sur moi. Je ne la reverrai plus. J’envisage la suite des choses: puis-je réaliser un negative split ?  Mes affaires vont bien, mais je me sens peut-être un peu juste. Aussi, il y a deux obstacles majeurs dans la deuxième partie du parcours: le Queensboro Bridge autour du 25e kilomètre et la montée dans Central Park, autour du 37e. Donc, une deuxième moitié plus difficile que la première. Un 3h09 serait plus qu’excellent dans les circonstances, mais un 3h10 demeure un objectif plus réalisable.

Le pont est exposé au vent et je suis seul comme un beau crétin. En plus, la vue est plutôt quelconque. Heureusement, je me retrouve dans le Queens assez rapidement. Sauf que le Queens, ça demeure… le Queens. C’est un quartier dur par endroits et pour la première fois, il y a même des coins où on se sent comme à Montréal: personne sur les côtés. Ça fait bizarre.

Tiens, une spectatrice toute seule… Comme je passe, elle lance: “Vive la France !” (il y a beaucoup de Français dans la course). Une touriste ma parole !  Mais qu’est-ce qu’elle fait spécifiquement ici ?

Arrive le Queensboro Bridge qui nous amènera sur Manhattan. J’entame la montée, longue, très longue. Encore un pont Jacques-Cartier, mais en plus long il me semble. Et sur le béton de l’étage inférieur, alors pour la vue, on repassera. On se sent comme si on était enfermé dans une cage géante, condamné à courir en montée pour l’éternité. D’ailleurs, mon GPS ne semble pas apprécier particulièrement lui non plus: la cadence qu’il lit devient complètement fuckée. Voir si je vais à 6:00/km, woh minute ! Bah, pas grave, je me dis que ça pourrait l’aider à mieux “recoller” à la réalité du parcours côté distance et que ma cadence moyenne sera peut-être plus fiable.

Je rejoins pas mal de monde dans la montée, dont un gars qui court avec un Camelbak. Comment, ils l’ont laissé partir avec ça ?  C’était pourtant bien spécifié dans les règlements. Avoir été certain qu’ils me laisseraient partir avec mon UltraSpire…  En même temps, ça va bien avec ma ceinture, je n’ai pas trop à me plaindre. Finalement, je ne vois plus la tête des coureurs qui sont loin devant moi, preuve qu’ils ont commencé la descente. Ça a l’air que ça finit un jour, cette montée-là.

Je passe le 25e kilomètre, mais le temps indiqué n’allume rien dans mon esprit. Ai-je beaucoup ralenti ?  Aucune idée. Quand je dis que mon cerveau gauche est dans le cirage… Finalement, j’arrive à la descente. Je m’applique à la faire en enchainant les petites enjambées rapides, question de ne pas taxer mes genoux. J’ai hâte qu’on laisse le béton, je déteste courir sur cette surface. C’est tellement dur…

Tout en bas, Manhattan, notre quatrième borough. Comme nous foulons le sol de l’île, les spectateurs refont leur apparition (ils étaient interdits d’accès au pont) et leurs cris forment un véritable mur. Je me sens comme une rock star à son arrivée sur scène. Wow, quel accueil !

Passage au 16e mille, je me dis qu’il n’en reste plus que 10, donc 16 kilomètres. Une sortie de semaine, rien de plus. Dans 2 petits kilomètres, les deux tiers du parcours seront derrière moi. Allez, on tient le coup !

Devant moi, une autre interminable ligne droite: 6 kilomètres à faire sur la première avenue avant de se retrouver dans le Bronx. Tout le monde a entendu parler des avenues célèbres de Manhattan: Broadway, Park, la cinquième. Mais la première ?  Il y a une raison pour ça: parce qu’il n’y a rien !  Ben rien, on s’entend là: on y retrouve évidemment énormément de bâtisses, probablement des tours à bureaux ou des condos. Mais des choses intéressantes ?  Pas vraiment. Pour moi, c’est un autre long et large boulevard où des milliers et des milliers de spectateurs sont massés. Et sur lequel 50000 débiles vont passer en courant aujourd’hui. À part ça…

Autour du 17e mille, deux gars passent à côté de moi. Ils ont l’air “faciles”, alors je décide de les suivre. Comme depuis le début, le vent tourbillonne, arrivant parfois de la droite, puis changeant brusquement de direction pour nous ramasser sur la gauche. Ou vice-versa. Bref, mes nouveaux amis me servent plus de guides pour la cadence que d’abri contre le vent.

“Glory Days” de Springsteen joue à une cheering station (comme s’ils avaient besoin de ça ici…). Je ne sais pas pourquoi, je me mets à chanter en même temps que le Boss. Mes compagnons se retournent, l’air surpris. Ou peut-être que leurs oreilles ont été écorchées ?  Ouais, je peux sembler être “en dedans” moi aussi. Pourtant non. Je suis correct, mais pas plus.

30e kilomètre, temps de passage dans les 2h14. Petit calcul rapide: à 5 minutes au kilomètre, je ferai autour de 3h14. Non, pas acceptable. Pas aujourd’hui où ça va plutôt bien merci depuis le début. Je peux définitivement faire mieux si je ne fais pas de connerie. Allez, du nerf, ce n’est pas le temps de se relâcher !

Comme ça arrive souvent (et ça m’est arrivé aussi), nous sommes maintenant rendus au point où les organismes commencent à en arracher. La plupart des coureurs font un maximum de 30-32 kilomètres à l’entrainement et il arrive qu’à partir de là, ça flanche. Aussi, comme on court plus vite en course, il se peut que plusieurs se soient surestimés. Donc, quelques-uns se sont mis à marcher, probablement pris de crampes. Ça aussi, ça m’est déjà arrivé !

Toujours est-il que quand ça va bien, voir les autres qui vont mal me donne toujours un boost. C’est pervers, mais c’est comme ça. Tout comme à Ottawa l’an passé, je me dis: “Amenez-les vos kilomètres !”. Et pour être certain de mon affaire, j’avale un gel full-octane chocolat-bleuets à la vue d’un point d’eau.

Sauf que ce n’est pas un point d’eau, c’est un point de… gels !  Des gentils bénévoles distribuent des gels Power Bar, ceux que j’aime bien prendre quand il fait -15 degrés. Autrement, je les trouve trop liquides: ils coulent sur les doigts qui deviennent tout gommés, beuh… Je passe donc mon tour et reste avec mon GU qui est maintenant bien collé dans ma bouche. Bout de viarge, il n’y a plus d’eau ou quoi ?  Je me rabats sur mon GU Brew, mais c’est pas mal moins efficace que l’eau pour passer un gel. Je finirai par l’avoir, environ 500 mètres plus loin.

Je ne sais pas ce qui s’est passé au “point de gels”, mais un de mes compagnons a glissé derrière et ne revient plus. Bon ben, on n’est plus que deux. Ha, un petit pont, ça doit être ça qui va nous amener dans le cinquième borough: le Bronx. Le vent y est toujours présent. Je m’accroche de mon mieux à mon partner qui a encore l’air très fort. Sur le pont, c’est de nouveau la désolation. Ça fait bizarre de passer de la foule à plus personne du tout.

PatrickBernal

Mon partner Patrick Bernal et moi traversant le pont nous amenant dans le Bronx

Arrivés dans le Bronx, constatation: c’est foutrement moche. C’est industriel ou manufacturier, je ne sais pas trop. Mais c’est moche. Se présente ensuite un quartier plus résidentiel qui sauve un peu la mise, mais quand on a 32 kilomètres dans les jambes, bof… En plus, mon gel ne semble pas vouloir fonctionner. Ça vaut la peine de les payer plus chers, ces foutus “full octane” !

Nous tournons sur la 138e rue (le Queensboro nous avait amenés à la 59e !) et sur celle-là, un joyeux détour de merde que mon amie Maryse aurait détesté à mourir. J’y pense et un sourire me vient aux lèvres. Je l’entends chiâler d’ici…

Dans le détour, je profite d’un virage pour dépasser devant mon Partner par l’intérieur. Il me fait le coup au virage suivant. Ha ben mon espèce de toi là !  De retour sur la 138e rue, nous devons prendre un virage assez large pour nous diriger vers le Madison Avenue Bridge qui nous ramènera à Manhattan. La fatigue commence définitivement à s’installer dans le peloton car tout le monde demeure à l’extérieur de la courbe, suivant sagement le coureur devant. Il y a de l’espace en masse pour couper le coin, les clôtures pour les spectateurs nous indiquant le chemin à suivre. Je ne me gêne donc pas et longe les barrières à l’intérieur du virage, dépassant par le fait même une cinquantaine de personnes. Pensez-vous sérieusement que l’élite est passée par l’extérieur ?  Vous savez, le parcours est mesuré par le chemin le plus court… Mon partner semblait vouloir suivre la masse, alors je le laisse derrière. Il faut croire qu’il n’était pas si “facile” que ça: je ne le reverrai plus lui non plus.

21e mille, retour à Manhattan, dans le fameux quartier Harlem. Ouf, le Bronx et sa déprime sont choses du passé. Prochain objectif: Central Park. Je ne sais pas pourquoi, le simple fait d’avoir shifté tant de monde sans forcer m’a donné des ailes. Ben, si on peut avoir des ailes après 34 km de course…  J’avale un dernier gel, expresso celui-là, puis me mets à la recherche d’arbres au loin. Coup d’oeil au GPS en même temps qu’un kilomètre se termine: 4:16 !  Nah, ce n’est pas possible, je ne peux pas aller à une telle cadence. Je prends cette information avec un grain de sel… mais ça fait tout de même plaisir à voir !  🙂

Ha, des arbres, ça y est, j’arrive au parc. Erreur. En fait, j’arrive au Marcus Garvey Memorial Park, un petit parc que nous devons contourner. Grr, encore un détour qui fait ch… Après avoir fait ledit détour, je me retrouve au niveau de la 120e rue. Il commence où, votre foutu parc ?  Au loin se dresse l’Empire State Building. Cout’ donc, est-ce qu’il va falloir que je me rende jusque là ?!?  Je sais bien que non, vu qu’il est sur la 34e, mais à un moment donné, un gars commence à se poser des questions.

L’irritation commence à monter en moi. La petite euphorie que j’ai traversée à été bien éphémère. Je sens mes jambes qui commencent à demander grâce. Entre autres, mon mollet droit envoie des signaux: une douleur commence à s’installer dans sa partie supérieure. Près du genou. Je n’aime vraiment pas ça. Allez, tiens le coup, il ne reste même pas 7 kilomètres !

À mesure que la course a progressé, les coureurs se sont espacés. Et à une intersection non gardée par un policier (ça doit bien être la seule), des gens commencent à traverser la rue devant moi. Les premiers ont attendu qu’il y ait un bon espace pour le faire, mais vous connaissez la théorie du bétail: quand le monde commence à traverser, les autres suivent sans se poser de question et sans regarder. C’est que j’approche, moi là !  Et pas question de casser mon rythme, surtout en fin de course. Je laisse donc échapper un “Come on guys, GET OUT OF THE WAY !!!”. J’ai réussi à retenir les gros mots, je ne sais pas comment parce que je suis hors de moi. Les derniers du groupe obtempèrent et accélèrent leur traversée. Je réussis tout juste à passer sans ralentir ni dévier ma route.

Bon, ce petit incident va peut-être m’envoyer une dose d’adrénaline dans le système…  J’attends un peu, mais non. Rien. Shit, j’en aurais bien pris. Heureusement, devant moi, sur la droite, je commence à voir LES arbres tant attendus. Enfin, la 110e rue et Central Park !  Nous allons finalement laisser les rues de la ville et nous promener dans le parc !

Déception: le parcours continue de suivre la 5e avenue. Merde. Et c’est la montée du 23e mille qui se pointe devant. Encore une fois, rien de très abrupt, mais elle semble s’étendre à l’infini. Je l’entame, tâchant de conserver un rythme constant tout en raccourcissant les enjambées. Je regarde les rues défiler: 105, 104, 103. Sur la gauche, des édifices résidentiels où habitent plusieurs célébrités. Sur la droite, le parc, qui nous semble interdit d’accès. Devant, la 5e avenue, qui ne finit plus de monter.

Sur les côtés, j’entends un homme dire à sa femme: “This is the hardest part of the course”, ce à quoi je réponds: “Yeah, and it’s fucking hard !”. Oups, j’ai sorti le gros mot dans l’un des quartiers les plus cossus de New York. Le fameux f-word que les Américains essaient d’éviter à tout prix. Moi qui m’attendais à des rires suivis d’encouragements (un peu comme si j’avais dit “Ouais, pis c’est dur en tabarnak !” au Québec), je suis accueilli par un silence. Au Marathon de New York. Faut le faire, quand même !

Bah, tant pis pour eux s’ils sont trop coincés, je poursuis ma route. J’ai tout de même un marathon à finir, moi ! Je vois passer un kilomètre sur mon GPS: 4:47. Ok, la montée ne me ralentit pas trop. Mais quand même…  Je ne sais plus si je vais être en mesure de descendre sous les 3h10. Vivement la pente vers le bas pour rattraper le temps perdu.

Finalement, la 90e rue arrive et avec elle, la fin de la montée et l’entrée dans le parc. Ça fait tout de même un mille complet en pente ascendante que je viens de me taper, ce n’est pas rien. Toutefois, je suis très encouragé par le nombre de personnes que j’ai dépassées. Dans le parc, j’entame la descente. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai dans ma petite tête que ce sera ainsi jusqu’à son extrémité sud. Ben oui, chose…

Ce que la mémoire, ça peut être sélectif quand ça veut. Je devrais pourtant me souvenir que Central Park, c’est tout sauf plat. Ha, encore une fois, pas des grosses côtes, mais de belles ondulations. Et c’est super beau, avec les arbres autour, les talus en haut desquels des milliers de spectateurs sont rassemblés pour nous encourager. Le sentiment est un peu surréaliste. La réalité me rejoint toutefois: ça monte et ça descend. Sans cesse.

Ok, je vais avoir une idée plus claire de mon temps final quand je traverserai le point de chronométrage du 40e kilomètre. Si je suis en bas de 3 heures, mon 3h10 est plus qu’envisageable, vu que je me laisse 4:30 par kilomètre, plus 1 minute pour les derniers 200 mètres (le cerveau gauche a repris ses droits, on dirait). Mais en haut de 3 heures… Regard inquiet au GPS: 3:00:22. Merde, 22 secondes à rattraper. Aille aille, ça va être juste. Ça va être très juste !

Je me retourne pour voir si le lapin est là, toujours rien. Je voudrais bien donner un petit coup de plus, accélérer pour aller chercher les secondes manquantes, mais je me rends bien compte que le volume d’entrainement qui me permettait de le faire l’an passé n’est tout simplement pas là cette année. Après ça, on viendra me dire qu’il faut courir moins pour aller plus vite. Yeah right !

Ça descend à la sortie du parc, peut-être que… Nous déboulons sur Central Park South et c’est la marée humaine qui nous attend. Les gens sont quoi 5, 10, 20 de profond ?  La densité de la foule est incroyable. Et elle crie, elle crie… Mais je n’entends rien, toute mon attention est maintenant portée sur le bout de la rue d’où nous entrerons à nouveau dans le parc.

J’essaie de tenir un rythme élevé, à la limite de mes capacités. Il ne faut pas que ça lâche. Je voudrais tellement un “0” comme deuxième chiffre sur mon temps. Juste pour dire que j’ai fait SOUS 3h10… Nous passons une pancarte: ½ mille à faire. 800 mètres. Je regarde le chrono: il me reste à peine plus de 3 minutes. Shit, je vais manquer de temps !

J’essaie d’appuyer, encore et encore. Je dépasse plein de monde, mais un gars me dépasse. Je le félicite pour son pace, car je suis incapable de le soutenir. Arrive l’entrée du parc. J’essaie d’y aller le plus efficacement possible, en choisissant une trajectoire à la fois serrée et qui me permettra de conserver ma vitesse. Je manque un peu mon coup et dois relancer la machine.

J’aurais dû m’y attendre, mais je ne l’ai pas vu venir: ça monte en entrant dans le parc. Double shit !  Ça ne monte pas beaucoup, mais juste assez pour me rentrer dedans. 400 verges à faire. Normalement, c’est le relâchement, on se dit que c’est fini, on est soulagé. On est dans le fameux dernier kilomètre. Mais là, je veux absolument faire sous les 3h10. Je ne sais toujours pas pourquoi, d’ailleurs. Je donne tout ce que j’ai.

Fred2

Dans les derniers mètres…

À la pancarte des 100 verges, il ne me reste plus qu’une poignée de secondes et je dois m’avouer vaincu. Je franchis la ligne avec le sourire, fier de ma deuxième meilleure performance à vie. Et heureux d’avoir joué au petit jeu de la performance à la fin, même si je n’ai pas réussi. Je me suis bien amusé.

Temps à l’arrivée: 3:10:08.