Sur la route, entre Hopkinton et Wellesley

Les 5 premiers kilomètres

La course est lancée. On sent une clameur, puis… rien. C’est toujours comme ça que ça se passe dans une grande course. La fébrilité du début, puis le monde attend de pouvoir avancer. On commence en marchant, puis on arrête. On repart, jogge un peu… autre arrêt. Finalement, en haut de la montée menant à la ligne de départ, ça s’éclaircit devant moi et je peux me mettre à courir. Pour les 185 à 200 prochaines minutes, je vais courir sans arrêt. Vaut mieux ne pas y penser…

Le parcours commence par une descente assez abrupte merci. À ma première expérience, fort de mes aptitudes de coureur des bois, je l’avais dévalée à toute vitesse. Cette stratégie s’était avérée payante à Philadelphie quelques mois plus tôt, alors pourquoi pas ici ? Sauf que tous les experts du parcours disent d’éviter de faire ça, alors cette fois-ci, je demeure dans le milieu de la route et suit le rythme de mes compagnons de course.

Le premier kilomètre se fait tout de même rapidement en 4:12 (je crois que j’avais fait 4:11 l’an passé !). Premier problème: le protecteur que je porte au genou droit est déjà descendu. À l’entrainement, je m’arrêterais tout simplement, puis repartirais. Mais ici, pas question. Je réussis à le remonter à peu près en me disant que la course va être longue (par chance, il demeurera finalement en place jusqu’à Boston)…

Suit la première montée et le ton est donné: nous monterons et descendrons sur 42.2 kilomètres. Je m’efforce de demeurer « en dedans », c’est-à-dire de courir sans faire d’effort. J’essaie de me détendre, d’y aller relaxe. Mais en même temps, pas facile car je suis parti avec des coureurs un peu plus rapides que moi. J’ai beau essayer de faire ma course et de ne pas m’occuper des autres, l’effet d’entrainement est toujours là.

Ceci dit, Boston n’est pas propice aux « amitiés » soudaines entre coureurs. Habituellement en course, je me retrouve toujours avec un ou quelques coureurs/coureuses avec qui je fais un petit bout de chemin. Mais ici, à cause du relief, pas moyen. En effet, personne ne fait les côtes de la même façon, que ce soit en montée ou en descente. Ajoutez le contingent de coureurs qui est le plus fort au monde et ça donne une course où on passe son temps à dépasser et à se faire dépasser.

Ma cadence finit par se stabiliser autour de 4:18/km pour un passage en 21:41 aux 5 kilomètres (il y a toujours une erreur sur la Garmin par rapport au parcours officiel; je me fie toujours sur la Garmin pour maintenir ma cadence). J’ai beau vouloir demeurer « en dedans », je suis déjà plus rapide que l’an passé…

Les kilomètres 5 à 15

Depuis le départ, les paysages ruraux et les petites villes de banlieue défilent sous nos yeux. Déjà que les gens de Boston sont plus chaleureux et accueillants que ceux des autres grandes villes américaines, imaginez les campagnes environnantes. L’ambiance est magique, c’est la fête pour tout le monde ici. Le parcours est peut-être difficile, c’est le plus beau que j’ai eu la chance de voir en marathon. Et de loin !

Dans une descente, je sens une panique derrière moi. Je me retourne au moment précis où une fille que je viens à peine de dépasser se retrouve le visage contre le sol. Ouch !  Comme nous sommes en descente, notre vitesse se situe probablement autour de 16-17 km/h, alors l’atterrissage a dû être brutal. Je songe à arrêter pour l’aider, mais nous sommes en marathon, pas en trail, alors je poursuis ma route en espérant qu’elle puisse se relever et reprendre la course (il y a également des équipes médicales un peu partout sur le parcours, au besoin). Je prie également pour que personne n’ait trébuché sur elle.

10e kilomètre: 43:37. Bon, encore un peu rapide, mais je vais bien. Très bien même. Je ne me sens pas totalement « en dedans », mais au moins aussi bien qu’à New York au même moment dans la course, alors pourquoi ne pas continuer ainsi ?

Autour du 12e kilomètre, je décide de prévenir le teen blues en avalant un gel (saveur jet blackberry, j’adore). Qu’est-ce que le teen blues ?  C’est un phénomène que j’ai observé lors de mes longues sorties et de mes marathons. J’ai toujours un down entre les 13e et 16e kilomètres, comme si mon corps me disait: « Ouf, il en reste encore beaucoup ! ».  L’an passé, j’en avais frappé un très solide, au point que je ne m’imaginais pas finir. Est-ce qu’il existe un meilleur moyen qu’un peu de sucre et de caféine pour prévenir ça ?  Jusqu’à ce que j’en trouve un, ce sera celui-là que j’utiliserai. 🙂

Ce petit boost n’aurait peut-être pas été nécessaire car presque immédiatement après, j’entends crier: « Team Hoyt on the left !  Team Hoyt on the left ! ». Ha, Team Hoyt… L’inspiration de millions de coureurs. Il s’agit de leur 32e et dernière présence ici. Ils sont encore là, Dick, 73 ans, poussant son fils handicapé Rick, 52 ans. Il y a quelques années, ils ont fait le parcours en 2h42, un exploit gigantesque. Aujourd’hui, le père Dick n’est plus en mesure de courir, alors c’est en marchant qu’il fait le parcours. Dans la descente où nous les dépassons, il semble avoir de la difficulté à retenir le baby jogger dans lequel est installé son fils. L’admiration que nous éprouvons tous pour cet homme demeure et nous les applaudissons, lui et son fils, alors que nous passons à côté d’eux. Ce fut un privilège de partager le parcours avec vous, monsieur Hoyt.

teamHoyt

Team Hoyt à l’oeuvre. Remarquez les applaudissements…

Nous entrons ensuite dans la charmante municipalité de Natick où on retrouve une enseigne identique à celle installée à l’entrée de Las Vegas et qui dit, bien évidemment, « Welcome to fabulous Natick ». Tout près de l’enseigne, un band et le chanteur, qui semble habillé comme Elvis (je ne suis pas certain, il y a beaucoup de monde) chante le classique « Always on my Mind ».

Traitez-moi que feffi de romantique fini, je m’en fous: j’adore cette chanson. À la fois simple et profonde, elle me touche, que voulez-vous ?  Et tout de suite, mes pensées se retrouvent 27 kilomètres plus loin (j’ai passé les 15k en 1:05:32), à l’arrivée, où Barbara est peut-être déjà rendue. Oui, je pense à toi, mon amour. Tout le temps, même si ça ne parait pas toujours… (Je sais, la chanson est écrite au passé par un gars qui regrette ce qu’il a fait, mais j’ai droit de l’adapter au présent et garder seulement le titre, non ?)

Du kilomètre 15 au demi

La traversée de Natick se poursuit sans anicroche. Progressivement, ma cadence moyenne a monté et est maintenant rendue à 4:21/km, ce qui est une bonne chose. Le gel a fait des merveilles et le teen blues ne s’est jamais manifesté. Je continue à m’hydrater régulièrement, cueillant un verre d’eau à chaque mille et complétant le tout avec mon GU Brew.

Autour du 19e kilomètre, nous arrivons dans Wellesley. Ha, le fameux scream tunnel qui approche !  🙂  Sur les côtés, des spectateurs nous offrent des lingettes humides et après m’être dit que je n’en avais pas besoin, je décide du contraire. Je bifurque donc rapidement et coupe un autre coureur au passage. Oups, erreur de débutant. Je m’excuse et lui explique que je veux me débarbouiller avant de recevoir mon bec. Puis je corrige: avant de recevoir MES becs. Ben là, tant qu’à y être…  🙂  Le gars sourit, mais c’est tout. Je pense qu’il va demeurer du côté gauche de la route une fois rendu sur place.

Plusieurs histoires ont été racontées au sujet du fameux scream tunnel. On dit que les étudiantes de Wellesley College (l’alma mater d’Hillary Clinton, quand même) y crient tellement fort qu’on peut les entendre un mille avant d’arriver à leur hauteur. C’est un petit peu exagéré. Mais on les entend clairement avant d’arriver. Et une fois sur place, le bruit est assourdissant. Les cris des jeunes filles sont perçants, elles doivent avoir un satané mal de gorge le lendemain, c’est comme rien…  Ce petit vidéo donne une excellente idée de l’ambiance qui y règne. 🙂

Je suis à peine arrivé au début du « tunnel » que j’aperçois une jeune asiatique qui tient une pancarte sur laquelle est écrit: « Kiss me, I want my PR ! ». Bon ben, pas le choix, si la demoiselle vise un record personnel, faut que je me dévoue… Je me penche donc pour qu’on échange un baiser simultané sur la joue, mais la petite me surprend en m’enlignant drette sur le kisser, comme on dit (Always on my Mind, Always on my Mind, Always on my Mind…). Ouais, elle va l’avoir, son record personnel à ce rythme-là !  🙂  J’aurais protesté, mais que voulez-vous, pas le temps, j’ai un marathon à courir moi..  😉

Je reprends ma course et m’arrête une autre fois, au hasard. Moi aussi, j’y vais tout de même pour un record personnel. La jeune étudiante, probablement moins attirée par les vieux pépés, me tend la joue. Ouais, bon, pas pour finir de même, alors un peu plus loin, autre arrêt où j’échange un double-joue simultané avec une jolie jeune fille qui était grimpée sur la clôture. Je n’étais tout de même pas pour la décevoir.

Bon, record personnel établi, retour aux vraies affaires. J’échange quelques high fives en m’en allant, puis j’aperçois une pancarte sur laquelle je lis: « Kiss me, I’m single ! ». Pauvre chouette. Je me sacrifie donc, encore une fois. Et ladite célibataire de me tendre… la joue !  Ha ben, tu vas rester seule longtemps toi ! J’aurais dû garder ma « trilogie ». Ça, c’est comme dans les films. Il y a eu trois Godfather, mais quatre Lethal Weapon et quatre Indiana Jones. Et dans les deux cas, le quatrième était de trop. Même chose pour moi à Wellesley. Moi pis ma gentillesse aussi…  😉

Comme l’année dernière, cet intermède m’a fait du bien. Cette tradition, si unique à Boston, met toujours de la bonne humeur dans le peloton. Ça nous sort de notre bulle « route-cadence-hydratation-alimentation ». Maintenant, retour aux choses sérieuses.

En traversant le centre-ville de Wellesley, nous atteignons la mi-parcours. Le chrono me dit 1:32:37. Je trouve (encore) mon temps de passage trop rapide, mais je me sens bien. Pas au top-top-top, mais vraiment bien. Si les 5 prochains kilomètres ne causent pas de dommage, je me sens d’attaque pour les Newton Hills.

Et si j’étais dans un grand jour ?

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