2016: retour sur une drôle d’année

Les traditions étant les traditions, celle-là en est une incontournable depuis que j’ai démarré l’écriture de ce blogue, alors la voici donc: ma drôle d’année 2016 en quelques flashes.

« Je fais des ultramarathons parce que des marathons, c’est trop dur » – C’est ainsi que je me suis présenté lors de ma première rencontre des ambassadeurs Skechers. Tout le monde s’est mis à rire, mais je n’exagérais pas tant que ça. C’est très dur un marathon, vous savez…

Jamais je n’aurais pensé qu’une compagnie puisse être intéressée à commanditer quelqu’un de mon niveau. Imaginez: le gars qui était assis à côté de moi était le champion en titre du marathon de Montréal !  Je n’avais pas vraiment rapport. Et justement, c’est parce que je n’avais pas rapport que j’étais là: je suis ultramarathonien, alors que les autres faisaient de la piste, de la route ou du triathlon.

L’association a été fructueuse, pour moi en tout cas. Je cours maintenant presque exclusivement sur du Skechers et les vêtements fournis commencent à être sérieusement usés. Notre entente a été renouvelée pour 2017, à mon grand bonheur.

Les pauses-bobos – Février, mon sciatique a fait des siennes. Résultat: un mois on and off. Je suis arrivé à Massanutten légèrement sous-entrainé, avec comme conséquence que j’ai fait le même temps qu’en 2015, mais dans des conditions pas mal plus faciles.

Décembre, déchirure au niveau de l’ischio-jambier droit. J’attends « patiemment » que ça guérisse. Moi qui fais des sorties course-marche, on aura tout vu…

C’est fou le nombre de blessures qui peuvent se produire dans un sport sans contact. Les coureurs en ont tous, à divers degrés. Mes collègues me voient souvent boiter au travail et me demandent si je me suis fait une compétition quelques jours auparavant. Hé non, ce sont la plupart du temps mes tendons d’Achille qui se plaignent. Mais comme ils n’empêchent rien, je cours dessus.

Mais bon, ça ne se passe (malheureusement) pas comme ça avec l’ischio.

Les controverses – Paradoxalement, j’ai moins publié en 2016 que les années précédentes et pourtant, jamais je n’ai créé autant de controverses. Car non pas une, mais bien deux fois mes articles ont entrainé des réactions… pas toutes positives, disons.

Les discussions privées demeureront privées, mais je tiens à souligner ici l’apport de Patrick au débat « principal ». Je voudrais le remercier pour le ton très cordial qu’il a utilisé, pour son ouverture et ainsi pour les arguments qu’il a apportés qui m’ont amené à voir la situation d’un autre oeil. J’ai appris à connaitre un homme remarquable que j’espère bien recroiser très prochainement.

De tout ça, je retiens une chose: nous sommes chanceux de vivre dans un endroit où un sujet comme la course à pied peut mener à de telles discussions. Il faut croire que nos vies ne se portent pas si mal. Je me demande bien ce que les gens d’Alep pourraient en penser…

Le fat ass – L’appel a été lancé au hasard sur Facebook par un ami. Il s’attendait à ce qu’il y ait 10-15 coureurs qui se présentent. Le soleil radieux aidant, il y en a eu une quarantaine. Un beau parcours de 50 kilomètres empruntant des chemins de campagne comme je les affectionne. Merci Stéphane.

fatass

La gang du fat ass avant le départ. Crédit photo: je l’ignore. Guy, je te l’ai empruntée sur ta page Facebook…

« Je ne crèverai pas icitte ! » – Ça a été ma mantra lors de mes deux premiers 100 miles de la saison. La première fois que je me suis dit ça, c’était à Massanutten, peu de temps après le départ. Je commençais à frustrer à force de me faire dépasser dans les roches et tâchais tant bien que mal (surtout mal) d’accélérer le pas. Après avoir perdu l’équilibre à quelques reprises, j’ai eu cet éclair de lucidité: valait mieux arriver un peu plus tard que ne pas arriver du tout. Je suis nul dans le technique, aussi bien l’accepter. Avec le recul, je l’ai peut-être trop « accepté », mais bon…

C’est dans un tout autre contexte que je me suis juré de demeurer vivant lors de l’Eastern States. Je venais d’accompagner un gars qui se vomissait les tripes jusqu’au ravito du 33e mile. La section qui suivait était relativement facile, je pensais pouvoir rouler un peu. C’est ce moment que la chaleur a choisi pour me tomber dessus. J’ai vraiment eu l’impression que si je persistais à courir, j’allais y rester. Je me suis mis à marcher.

Les roches – À Massanutten, je les connaissais. Je savais qu’elles me donneraient du fil à retordre. Disons qu’elles ne m’ont pas déçu. À Eastern States, par contre… Ha, il y en a moins, mais bout de viarge, elles bougent !

Québec Power – Sur 199 partants à Massanutten, nous étions 7 de la belle province. On dirait bien qu’il va falloir que les Américains s’habituent à entendre parler français.

La décision – Shawl Gap, mile 38. Sachant qu’une longue section sans ravito s’en vient, je change mon système d’hydratation, question d’avoir une plus grande réserve de liquide avec moi. Dans le transfert des trucs, j’hésite à prendre un imperméable de secours, car je trouve qu’il prend de la place pour rien. Je décide finalement de l’emporter avec moi, au cas où…

Cette décision sauvera littéralement ma course. À peine une heure plus tard, la pluie se mettra à tomber et la température, à chuter. Sans ce cossin à 1$, l’hypothermie me guettait. Quand on pense que c’est arrivé à une coureuse d’expérience comme Amy…

La pluie – Trois courses de 100 miles, trois fois de la pluie, au moins une heure à chaque fois. Vais-je faire un 100 miles sans pluie un jour ?

La perf – Je sais qu’il n’aime pas tellement qu’on en parle, mais je suis encore béat d’admiration devant la perf que mon ami Pierre nous a sortie à Massanutten. 24h38, bon pour une quinzième place. Wow. Sur un tel parcours, chapeau bien bas.

Mention très honorable à Stéphane-le-métronome, qui a terminé de boucler le grand « 8* à peine une heure plus tard.

Le lapin – Pour la deuxième année, j’ai eu la chance de jouer au lapin de cadence lors de la Course des 7 qui se déroulait dans mon patelin. Les conditions aidant (il y avait un vent très « montérégien » ce jour-là), j’ai eu des clients (des clientes, en fait) jusqu’à la toute fin. Les high fives de remerciement que j’ai reçus à l’arrivée n’avaient pas de prix.

La Maison bleue – Étant réservé de nature, je ne suis pas vraiment  (en fait, je devrais dire: vraiment pas) porté vers tout ce qui a rapport à la sollicitation. Mais bon, Julie, ma partner de la Petite Trotte, m’a convaincu de nous lancer dans une levée de fonds pour la Maison bleue, un organisme qui vient en aide aux jeunes familles.

J’avoue avoir été impressionné par cet organisme et surtout, par les gens qui y travaillent. Un bel exemple pour tous. J’ai porté le macaron de la Maison bleue tout au long de notre périple à travers les bois de St-Donat et il se retrouve toujours sur mon sac. Il devrait être de la partie le jour où de prendrai le départ de l’UTMB.

Courir en équipe – 28 heures. C’est le temps que nous avons passé ensemble dans les bois, Julie et moi. Ajoutez à ça le voyage en auto, le dîner, etc. Des discussions, nous en avons eu plein et peu à peu, les barrières socio-naturelles sont tombées. J’ai déjà lu quelque part que si vous voulez vraiment connaitre quelqu’un, vous devez courir un ultra avec cette personne. Hé bien, nous ne nous connaissions pas beaucoup avant le départ, mais  ces heures ont fini par faire de nous de véritables amis.

Le dimanche matin au déjeuner, quand la serveuse a demandé avec lequel de Lambert ou de moi Julie était en couple, j’ai eu envie de répondre qu’elle avait passé la dernière nuit avec lui, mais la précédente avec moi.

Mais bon, je me suis gardé une petit gêne…  🙂

Le pacer – Course Chamfleury, avril 2012. J’approche du dernier kilomètre de cette course qui en compte 10. Ça va super bien mon affaire, les soeurs Puntous sont environ 200 mètres derrière, je suis déjà entièrement satisfait de ma course.

Devant, je vois un gars qui cours à bonne allure parmi les coureurs plus lents qui font le 5 kilomètres. Je me dis que je vais essayer de le rattraper, juste pour voir. Après dur effort, je suis sur ses talons et me laisse « tirer » par lui. Ouf, juste demeurer derrière, c’est déjà dur…

Puis, je réussis à reprendre mon souffle un peu et tente de le dépasser. Il terminera quelques secondes après moi. On s’échangera quelques mots de félicitations par après et je croyais ne plus le revoir.

J’oubliais que le monde est petit. En effet, 4 ans plus tard, j’aurai comme mission d’amener mon ami Martin vers son objectif, soit de descendre sous les 20 heures dans une course de 100 miles. Malheureusement, la chaleur du jour a fini par faire son effet et mon coureur en a été affecté. Il faut aussi dire que c’est lui qui a le don de me faire rire à chaque fois qu’il parle, alors que normalement, c’est moi qui aurais dû être là pour le distraire. Mais bon, il est tellement drôle que c’est dur à accoter, comme on dit…

Pour clôturer sa saison, après s’être envoyé une multitude d’ultras, Martin fracassera la barrière des 3 heures à Toronto. Je me demande encore comment j’ai pu le rejoindre par ce beau matin d’avril.

La vie d’ultra… un peu – Je le dis souvent: je suis trop douillet pour faire la « vraie » vie d’ultra. Vous savez, se taper de longues heures de route pour coucher dans sa voiture ou sous une tente… Je suis plus du type « hôtel », une vraie poule de luxe.

J’en ai tout de même eu un aperçu lors de cette fin de semaine au Vermont. Stéphane et moi nous sommes rendus sur place le samedi, avons pacé nos coureurs respectifs, puis avons dormi dans l’auto sans prendre de douche avant de revenir le lendemain.

Le bilan ?  Mon compagnon de voyage a été extraordinaire et on a eu beaucoup de plaisir. Si je le referais ?  Absolument !  Même si je ne suis pas vraiment fait pour ça…

« It makes sense«  – Frontière américaine. Le douanier ne semble pas surpris que je lui dise que je m’en vais faire une course de 100 miles. Il s’interroge toutefois sur la présence d’un matelas de sol dans mon VUS. Je lui explique que je suis avec ma soeur et mon père, que nous allons coucher à l’hôtel…

Son visage exprime une réflexion: aucune des combinaisons s’offrant à nous (père-fils, père-fille, frère-soeur) ne semble possible pour partager un lit, alors effectivement, nous aurons besoin d’un troisième matelas.

« Yeah, it makes sense…« 

Le sauna – On a dit des marathons de Boston et d’Ottawa qu’ils s’étaient déroulés dans des « saunas » cette année. Que dire de l’Eastern States, alors ?  Quand j’ai ouvert la portière du véhicule la veille de la course, la chaleur était écrasante. Il faisait 35 degrés, plus de 45 degrés avec le facteur humidex. Étouffant vous dites ?

À partir de ce moment, j’ai eu peur, peur comme jamais avant une course. Comment pourrais-je faire 100 miles là-dedans alors que je peinais à respirer ?

« Coin-coin, le petit canard a pris la pluie ! » –  Commentaire de mon ami René suite à la parution d’une photo prise lors de la course.

Le problème ?  Au moment où ladite photo a été prise, il n’avait pas encore plu.

L’orage – Grosse chaleur, grosse humidité, ça amène quoi, habituellement ?  Hé oui, de gros orages. Celui-là a été particulièrement effrayant. Surtout quand la foudre est tombée sur l’abri sous lequel je me tenais.

Le plus dur ? – Ce fut un véritable massacre: 197 au départ, 66 à l’arrivée. Les conditions ont probablement faussé les données, mais comme dirait l’autre, la chaleur en Pennsylvanie au mois d’août, fallait s’y attendre un peu.

Maintenant, est-ce que ce parcours est plus difficile que celui de Massanutten ?  Vrai que j’y ai mis près de 3h30 de plus, mais comme je disais, avec la chaleur… Honnêtement, je ne sais pas. Certaines montées (et certaines descentes !) sont épiques, rien de ce que j’avais vu auparavant ne s’y compare. Mais en ce qui me concerne, dans des conditions similaires, je pense que Massanutten est plus difficile pour moi, rapport à mes lacunes techniques.

Mais pour tout le monde ?  Il vous faudra essayer !  🙂

Le paradis – Les rues de Londres, les étroits chemins ondulés et verdoyants du Devon, les environs de Bath, ha… Durant ces deux semaines en Angleterre, j’ai eu la chance de voir à la course un côté moins connu de ce si beau pays . Définitivement que cette manière de visiter est là pour rester.

Les vieux routiers – Ligne de départ du Bromont Ultra. Je suis avec Pierre, Louis et Pat. On jase, on rigole. Tout autour, je sens la nervosité chez quelques coureurs qui en sont à leur première expérience sur la distance. Pas trop déplaisant d’être un vieux routier…

« Tu peux prendre ton temps, vous êtes quatrièmes » – Ian et moi venons d’arriver au ravito du lac Bromont, au kilomètre 41. Je me doutais bien être en plutôt bonne position (ce que mon père venait de me confirmer) et pourtant, j’ai l’impression de ne pas avancer depuis le départ. Impression que je conserverai jusqu’à l’arrivée. Tout comme la quatrième place d’ailleurs.

Le jeunots – Les ultramarathons, c’était habituellement réservé aux coureurs plus matures, si on peut s’exprimer ainsi. Mais depuis peu, je constate l’arrivée d’une nouvelle génération qui nous fait la vie dure. Je connaissais déjà Vincent et Benjamin, voilà que cette année, j’ai eu la chance de côtoyer Xavier (qui s’est enfilé le trio Petite Trotte – Vermont 100 – Bromont 160) et Ian, qui a terminé deuxième à Bromont en me mettant plus d’une heure dans le buffet.

Pépère Fred n’a pas fini de se faire botter le derrière !  🙂

Le cri dans la nuit – Bien qu’ils soient toujours pris avec des bobos à gauche et à droite, il est rare d’entendre des coureurs, particulièrement des ultramarathoniens, se plaindre d’avoir mal. Alors quand j’ai entendu le cri de Stéphane déchirer la nuit, j’en ai eu des frissons. Fallait que ça fasse mal pas à peu près pour qu’il le laisse échapper.

Verdict: cheville tordue, contraint à l’abandon. Il va revenir plus fort pour nous refaire le coup du métronome.

L’autre cri dans la nuit – Celui-là, il est sorti de ma bouche. La descente menant au deuxième passage au ravito P5 avait été rendue impraticable par la pluie. Je me suis retrouvé à glisser sur mon postérieur de manière incontrôlable et quand le toboggan a fini par finir par s’arrêter, j’ai laissé échapper ce cri de frustration… parsemé de mots religieux de circonstance. De toute façon, que serait un ultra sans quelques mots religieux ?

Perdu – Par deux fois, j’ai manqué un virage dans la section relativement bénigne du mont des Pins. Maudite vision-tunnel !  Une autre raison pour invoquer les saints.

Plusieurs minutes perdues. Sans ça, aurais-je pu terminer une position plus haut ?  On ne le saura jamais.

La sérénité – Avant de m’élancer dans la dernière mini-boucle de 6 kilomètres, on m’a dit que je n’avais que 3 minutes de retard sur celui qui me précédait. J’ai poussé sur un ou deux kilomètres, mais ne l’ai jamais aperçu. Voyant cela, j’ai levé le pied et ai terminé en appréciant le moment. Étais-ce bien grave de ne pas terminer sur le podium ?  Bien sûr que non.

La bière – Véritable obsession parfois, à croire qu’on ne court que pour ça. Mais mon papa avait prévu le coup !  🙂  On dirait qu’elle est meilleure à 10 heures le matin…

bierebromont

Ha, la bière d’après-course…

Un podium à cinq marches ? – Bromont a le don de me mettre par terre. Durant la course, ça va bien, mais après, je tombe en mode zombie assez rapidement. Je savais que ma « fenêtre » pour être en mesure de retourner à la maison était courte, alors j’ai voulu partir. C’est alors qu’on m’a appris que le podium comptait cinq marches et non pas trois. J’en faisais donc partie.

Hein, cinq marches ?!?  De quessé ?

J’ai confirmé auprès de Gilles, qui m’a dit que si j’étais à bout, d’y aller, que ce n’était vraiment pas la fin du monde. Au moment où la cérémonie a eu lieu, j’étais étendu sur le lit de la chambre d’amis, incapable de bouger, notre Charlotte blottie contre moi. Je trouvais ça poche de ne pas être là, mais j’étais vraiment brûlé.

Merci Gilles – C’est lui qui a eu l’idée saugrenue de se lancer dans l’aventure d’organiser un ultramarathon à Bromont. L’événement ne cesse de grandir depuis, de sorte qu’il est devenu un incontournable. Merci Gilles.

Travail d’équipe – Paradoxalement, bien que le sport que je pratique soit individuel, je préfère les sports d’équipe. Malheureusement, l’individualisme vient trop souvent briser la beauté de ces derniers, ce qui a le don de me mettre en rogne, alors…

Je peux toutefois faire équipe dans le cadre d’un ultra, que ce soit avec un autre coureur ou avec mon équipe de support. Et dans ce domaine, comment oublier l’apport de mon papa encore cette année ?  Quand c’est rendu que les membres d’une équipe de support se font reconnaitre par les autres coureurs…

Et avec ma petite soeur dans le portrait, je sens que l’équipe pourrait s’agrandir de temps en temps…  🙂

Zéro marathon – Il y a à peine 10 ans, je me suis mis à courir, « pour voir ». L’année suivante, je complétais mon premier marathon. À chaque année depuis, j’en avais fait au moins un. C’était jusqu’à 2016. Pas de marathon, ça fait tout de même bizarre quand on y pense. Bah, ça va avec la drôle d’année que j’ai eue.

Est-ce à dire que c’est terminé pour moi ?  Sais pas. Je vais définitivement en faire d’autres pour accompagner des parents et amis, mais en faire d’autres « pour moi » ?  Pas sûr.

Mais bon, Pierre et Martin m’ont lancé l’idée de me tirer vers les 3 heures à Philadelphie…

Pour 2017 ? –  Ha, cette période de l’année où on décide de son calendrier de courses avec une bière dans la main…

Tout comme en 2016, l’année risque d’être tracée en fonction du résultat du tirage au sort en vue de l’UTMB. Pour le moment, je ne suis inscrit qu’au Runamuck 50k (avril) et au marathon d’Ottawa (mai) que je ferai comme pacer personnel pour ma frangine préférée qui en sera à son premier marathon.

Pour le reste, j’envisage un retour à Massanutten (c’est qu’on s’attache à ces petites bêtes-là) en mai, un petit voyage en Estrie pour le 50k de Five Peaks à Orford en juin ainsi que peut-être le Vermont en juillet. Bromont en octobre ?  Un incontournable, je l’ai déjà dit.

J’ai regardé toutes sortes d’épreuves en Europe (surtout en Écosse et en France) si jamais je n’étais pas pris, mais j’en suis venu à la conclusion que le désir de prendre part à ces courses ne valait pas l’investissement de temps et d’argent qu’elles impliquent. Par contre, la Transmartinique en décembre, hum… À voir.

Bonne année 2017 !  🙂

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Bromont Ultra 2016, suite et fin… de la course

Un frisson parcourt mon corps. Merde, on était bien dans le garage !  « Il ne fait pas chaud, hein ? ». Mon père qui m’accompagne pour les 200-300 premiers mètres, pendant que je mange en marchant. C’est une habitude qu’il a prise à Eastern States et j’avoue que je trouve ça plutôt plaisant. Quand je me remettrai au pas de course, il rebroussera chemin et viendra me rejoindre en auto au lac Bromont (kilomètre 121).

Ha la petite section technique avant la grande route… Elle était déjà boueuse avant la pluie, au point où j’avais chiâlé un peu lors du premier passage. Oui, ça m’arrive. Je sais, ça peut paraître étrange… Non mais, comment pouvait-il y avoir autant de schnoutte alors qu’il n’avait pas plu de l’été ?!?  « T’exagères, Fred ! ». C’était Pierre, la voix de ma conscience. Il avait raison, je chiâlais (encore) pour rien. J’espère juste que je ne lui ai pas porté malheur avec mes grognements: pas tellement plus loin, il s’est enfargé et s’est retrouvé par terre, son pouce « amortissant » la chute. Il a eu beau m’assurer qu’il avait de quoi se soigner, c’est un peu à contre-cœur que j’ai accepté son ordre de le laisser.

Toujours est-il que contrairement à beaucoup de trail runners, j’aime bien les sections de route, particulièrement en terre. Il y a juste que la nuit, on sent tellement, mais tellement qu’on ne devrait pas être là… Dans les campagnes profondes, mettons que la proportion de gars paquetés qui décident de faire des shows de boucane avec leur char a tendance à être légèrement plus élevée qu’ailleurs. Sans compter ceux qui décident d’essayer leur fusil sur des pancartes. Bref, vivement le retour aux sentiers, j’ai moins peur des ours que des humains.

Avant d’y arriver, c’est le petit bout en asphalte et j’y croise quelques voitures qui m’encouragent en klaxonnant. L’une d’elles s’arrête. « Heille, c’est FREEEEED !!!  Veux-tu un lift ? ». C’est l’impayable Martin, qui me fait sourire dès qu’il apparaît dans mon champ de vision. Il joue au taxi avec un groupe de futurs pacers. Je feins l’épuisement en m’appuyant sur son giga VUS, mais honnêtement, je me sens bien. Vais continuer à pied, je pense…

J’approche du lac Bromont, là où j’aurais pu prendre un pacer, justement. J’en avais parlé à Julie, elle l’avait envisagé sérieusement, mais bon,  elle ne se sentait pas d’attaque pour se taper une quarantaine de kilomètres au milieu d’une fin de semaine chargée. On se reprendra !  J’ai tout de même une pensée pour elle : en effet, je me présente au ravito tout juste avant 2 heures, alors que je lui avais prédit une arrivée entre minuit et 4 heures. Pas trop mal dans ses prévisions, le monsieur, hein ? Bon, vous allez me dire que je m’étais laissé une bonne marge, mais je suis tout de même arrivé en plein milieu de la fourchette d’heures estimée, non ?

Ça fait presque 18h30 que je suis parti. Un calcul rapide prédit qu’à 5 km/h (c’est souvent la « vitesse » à laquelle on avance en fin de cours), je vais terminer en 26h30. Ouais, pas extra. Puis je me souviens qu’avec Fanny, nous avions conservé une moyenne de 4.8 km/h à partir de ce point. Or, nous avions à peine couru alors si je cours le moindrement, peut-être que je pourrais descendre sous les 26 heures… En tout cas, les 24h20 de 2014 sont hors de portée, mais le parcours est définitivement plus difficile qu’il était, alors je ne m’en fais pas trop avec ça. En fait, je ne m’en fais pas avec grand-chose, rendu à ce point.

Arrêt rapide au lac Bromont, direction P7 (kilomètre 126). La section passe bien, mise à part le dernier petit bout, en descente dans un single track. Déjà que je suis empoté dans de telles conditions, imaginez la nuit, avec une frontale qui faiblit… Au ravito, définitivement que je vais changer les piles.

Pendant que mon père et moi tentons tant bien que mal (surtout mal, à vrai dire) d’effectuer l’opération, j’aperçois un coureur accompagné d’un pacer qui arrive, puis repars aussitôt, probablement trop content de gagner une place. Vas-y mon homme, gâte-toi, je me sentais comme un imposteur de toute façon. Et puis, avec 19 interminables kilomètres avant de pouvoir me ravitailler à nouveau, je vais prendre le temps de bouffer un peu.

Justement, qu’est-ce qu’il y a à manger ici ?  Il fait très noir et les bénévoles semblent pas mal plus intéressés à jaser autour du feu que s’occuper de nous. Je répète la question, plus fort. L’un d’eux se lève et s’empresse de venir éclairer la table. Tiens, des brownies sans gluten, je pourrais essayer… « Je ne vous les recommande pas, ils sont durs. Vous devriez prendre les autres ». Ok. J’en prends une poignée, ainsi que quelques sandwichs et des chips, sans oublier de grandes gorgées de Coke. La crap d’ultra habituelle, quoi.

Parlant de Coke, expérience amusante quelques heures plus tôt, à P5. Comme je vous le disais, je m’y suis présenté en petit crapaud, après la descente suivant la Lieutenant Dan. Et qui était là avec ses chums bénévoles ?  Dan lui-même !  C’était la première fois qu’on se voyait depuis les malheureux événements de juin. Les heures de course m’ayant privé de ma réserve habituelle, je lui ai tendu la main sans hésiter une seconde. Salut monsieur Dan !

« Hé hé hé, salut !!!  Pas moyen de me cacher, on dirait ! Comment ça va ? ». Il a empoigné vigoureusement ma main encore vaseuse et m’a pris par l’épaule avec sa main libre, tout ça en riant. Sa réaction m’a vraiment fait chaud au cœur. Comme il le dit si bien: it’s all good.

Toujours est-il qu’après, je me suis dirigé vers la table et me suis emparé d’un verre de Coke. Hé, c’est du vin, ça !

« Ben non, y’a juste du Coke, voyons… ». Le bénévole pensait que je blaguais. J’en ai pris une autre gorgée, pour être certain. C’était bel et bien du vin, bout de viarge. J’ai demandé à mon père de confirmer, pour être certain (comme si j’avais besoin d’une confirmation…). Hé oui. Pas que je n’aime pas le vin, mais je trouvais que ce n’était pas tellement le moment. J’ai fait quelques tests et les autres verres contenaient le liquide recherché.

Finalement, une bénévole a avoué qu’elle avait pris du vin (juste un petit peu, là) plus tôt et avait probablement oublié son verre parmi les autres. Oups, prise la main dans le sac ! 🙂

Départ de P7, je dis au revoir à mon père, lui précisant que je pourrais en avoir pour 4 heures. C’est fou, quand on y pense un peu. Mais étrangement, quand on est dedans, on trouve ça tout à fait normal.

Dans la montée, j’espère revoir celui qui m’a dépassé. Rien. Il est vraiment en feu. Bah, si rien de grave ne se produit, je vais terminer 5e, peut-être 6e. Honnêtement, je visais un top 10 ici, un top 5 serait déjà très, très bien.

Après les enchaînements montées-descentes, j’entre dans le single track où chaque pas est fait au ralenti. Jetant souvent des coups d’œil à ma Suunto, j’y vois les kilomètres progresser lentement, très lentement. C’est la nuit noire, il n’y a personne autour. C’est l’ultra dans toute sa splendeur.

Puis, devant, deux lampes frontales dévalent la pente à pleine vitesse, se dirigeant directement sur moi. What the f… ?!?

Les gars me crient que je suis dans le mauvais sens, que les indications pointent de l’autre bord. Ils vont définitivement trop vite pour être des coureurs du 160k. Mais qui sont-ils ? Je n’ai même pas le temps de leur répondre que c’est la deuxième fois que je passe par là, que je sais où je vais (quoi que…),  ils se sont envolés. Est-ce que je viens vraiment de vivre ça ? J’hallucine ou quoi ?

Toujours est-il que le doute s’installe et j’hésite. Surtout qu’à un certain point, j’ai l’impression d’être passé là quelques minutes auparavant. Hum… Est-ce que je tourne en rond ?  Puis, je finis par constater que le terrain prend définitivement une pente descendante: je suis sur le bon chemin.

Mais qui étaient ces gars-là ?  Que faisaient-ils là ?  J’apprendrai après l’arrivée qu’il s’agissait des deux meneurs du 80k qui avaient suivi les indications pour la course de vélo et s’étaient fourvoyés. Pourtant, les instructions d’avant-course étaient très claires. Ils n’ont pas écouté ?

Après une éternité, je me retrouve sur la route de terre et entreprends de la descendre à la course. Devant, le ravito « non-officiel » qui est toujours là. Durant la journée, les propriétaires de l’endroit l’avaient dressé et nous disaient qu’il serait toujours là pour la nuit. Et effectivement, il restait bien quelques trucs à dévorer ainsi que de l’eau. Aussitôt, je me suis retrouvé au Vermont, où les habitants font de même pour les coureurs (les biscuits, hummmmm…). Cette gentillesse me fascinera toujours.

Ok, autre section de single track, à travers des pistes de vélo de montagne. Dans la longue montée en lacets (what’s new ?), j’aperçois quelqu’un plus haut. Il marche d’un bon pas, mais je sens que je le rattrape peu à peu. C’est donc fort probablement un coureur du 160k parce qu’il est à peu près impossible qu’à ce stade-ci de la course, je sois en mesure d’aller plus vite qu’un représentant du relais qui a les jambes fraîches.

À mesure que je m’approche, comme je ne reconnais pas Ian (qui ressemble à s’y méprendre à Joan de dos) et que le gars est seul. Ça ne peut être que Bruno.

Bruno ?  Il se retourne. « Oui… « . La blessure qu’il l’a empêché de faire Eastern States est revenue le hanter. Il était tellement bien parti… « Tantôt, j’avais juste 30 minutes de retard sur Florent ». Ce que ça doit être frustrant.  Les vices-champions (ça fait-tu assez pompeux comme titre ?) des deux premières éditions faisons ensemble un bout à la marche. Il ne sait pas s’il va s’arrêter au lac Gale ou finir en marchant, étant totalement incapable de courir. Comme il a tout de même un bon pas, je lui fais remarquer qu’il terminera certainement dans le top 10, même en marchant.

Arrive une descente assez roulante et bon, faut que je me remette à courir à un moment donné. Je lui donne la main, on se souhaite bonne chance et je m’en vais, de retour en quatrième position, encore une fois avec le sentiment d’être un imposteur.

Après avoir traversé la route, je prends la direction du lac Gale, regardant fréquemment ma montre question de savoir quelle distance il me reste à faire. Malheureusement, depuis un certain temps, elle est jammée à 145.25 kilomètres et, soupçonnant une batterie faible, je décide de l’arrêter et d’y aller à l’instinct, juste avec l’heure.

Comme le jour se lève tout doucement, j’apprécie le fait de mieux voir où je vais et, par le fait même, je me rends compte que la nuit a très bien passé. Contrairement à Eastern States et, dans une moindre mesure, à Massanutten, je n’ai aucunement ressenti les effets du manque de sommeil cette fois-ci. Je suis bien sûr (très) fatigué, mais c’est plaisant de ne pas avoir à lutter durant la nuit… et même après.

À l’approche du ravito du lac Gale (officiellement kilomètre 145), je suis accueilli par les applaudissements des bénévoles et équipes de support qui sont sur place. je vous confesse avoir un faible pour ces petits accueils hyper-sympathiques, j’en ai des frissons à chaque fois.

Mon papa m’aide à remplir une dernière fois le réservoir de ma veste puis, tout en faisant nos petits 200-300 mètres ensemble en quittant le ravito, je lui demande si ça lui tenterait qu’on finisse ensemble. « Hein, la dernière boucle ?!? ». Non, juste la fin, 200-300 mètres justement. J’ai vu le monde faire ça l’an passé et je trouvais ça cool. Je m’étais entre autres joint à la famille de Fanny et sa pacer de la dernière boucle pour faire le dernier bout. C’est comme une façon de dire que cette course-là, c’est un travail d’équipe. « Je vais y penser ».

Bon, d’ici là, il me reste du chemin à parcourir. Ça commence par un beau sentier large, roulant. Puis le pente commence à s’accentuer : c’est le mont Gale qui se dresse, dernier véritable obstacle avant l’arrivée.

Montée qui peut être décourageante quand on ne la connait pas. La raison ?  On pense toujours qu’elle est terminée alors qu’elle ne l’est jamais vraiment. Pas tant qu’on n’a pas la vue sur le lac, que je ne cesse de me répéter. Pas tant qu’on n’a pas la vue sur le lac…

Dans une partie plus plane, j’entends deux personnes qui approchent, un homme et une femme. Hum, un poursuivant avec sa pacer ?  Dans la montée, je les entends toujours, mais ils semblent approcher moins vite. Mais ils approchent quand même. Vais-je terminer cinquième ?

Quand je les sens tout près, je suis soulagé de constater qu’ils sont du relais. Voyant à leur tour que je fais le 160k, ils se mettent à m’encourager, à me demander si je vais bien, si j’ai besoin de quelque chose, etc.

Justement, je suis devant une grande roche et me demande bien comment je vais réussir à l’escalader. Les options qui s’offrent à moi me semblent toutes plus compliquées les unes que les autres… La dame ne fait ni une, ni deux et me tend la main en me dépassant. Et pendant qu’elle me hisse, son compagnon me pousse (littéralement) dans le derrière. Et voilà, obstacle franchi ! 🙂

Comme la montée n’est pas terminée, je parviens à garder le contact. Ils font partie du club de trail de Bromont et nous sommes ni plus ni moins sur leur terrain de jeu. Et quel terrain de jeu !  Je leur fais part de ma jalousie, si on compare à mes monts Royal et St-Bruno… « Tu viendras courir avec nous à un moment donné ! ». Ouin, à une heure de route, disons que ça coupe une journée. Vous savez, j’ai mon gazon à faire après mes sorties du dimanche…  😉

Une fois le sommet atteint, je les perds de vue. « On va t’attendre à l’arrivée ! ». Pas sûr qu’ils vont arriver avant moi. J’ai tout de même 2 kilomètres de moins qu’eux à faire dans la boucle-spaghetti.

La descente qui suit passe (relativement) bien et une fois rendu à la route de terre, je sais que le camp de base est proche. Allez, un petit effort… Sauf que mes jambes, elles, en ont marre. Un petit jogging dans la montée en faux-plat, allez… Niet. Après d’intenses négociations, je parviens à les mettre à l’ouvrage si je les laisse tranquilles à partir d’un poteau situé là, devant. Deal.

Au dit poteau, elles arrêtent net de tourner. Ok, mais à la descente, avec la gravité…

Nous revoilà repartis. Plus bas, je vois le « camping », le camp de base est juste à côté. Ça achève. Petite montée, puis arrivée spectaculaire au parc équestre. Mon père m’attend tout juste après le petit pont. « Besoin de quelque chose ? ». Non, j’ai tout ce qu’il me faut. Puis il ajoute : « J’y ai pensé, je ne me sentirais pas à ma place de finir la course ». Ça ne me surprend pas. Il est comme ça, mon papa: il n’aime pas le spotlight. Je ne le forcerai certainement pas à faire quelque chose qu’il ne veut pas faire. On se revoit dans moins d’une heure.

J’entre dans la tente du ravito. « Le troisième vient à peine de partir, max 3 minutes. Si tu veux, tu peux le rejoindre ».

J’ai bien vu deux gars quitter tranquillement pour la dernière boucle en arrivant, mais je ne croyais pas que j’avais pu reprendre du terrain à ce point. Pourrais-je terminer sur le podium ?  Tant qu’à être imposteur…  Réfléchissant à voix haute, je me dis que si je le rejoins, je vais lui offrir qu’on termine ensemble. Ce serait vraiment plate que je le shifte dans le dernier kilomètre, comme le tata m’avait fait le coup à Eastern States. « Pas certain qu’il va vouloir… ». On verra bien…

Avant de quitter, je passe devant Ian qui est bien installé sur une chaise. Hé, t’as déjà terminé !?!  Deuxième ?  Il me répond par l’affirmative. Impressionnant. À l’âge qu’il a, je n’ai pas fini de me faire botter le derrière. Je le félicite chaudement et m’élance (façon de parler) pour les derniers 6 kilomètres.

Mon plan est simple : garder un rythme soutenu jusqu’à ce que j’atteigne la partie boisée du mont Oak. Si je commence à apercevoir deux gars au loin, j’essaie d’accentuer la pression. Et si je ne vois personne, ben tant pis.

J’ai beau « courir » à ce qui me semble être un bon rythme, un jeune qui fait le relais me rattrape et me dépasse facilement. Alors que j’enfile les enjambées courtes et rapides, lui y va avec des foulées longues à plus faible cadence. Je suis aux première loges pour « admirer » l’overstriding à son meilleur. Un conseil me brûle les lèvres, mais je le retiens. Pas de tes affaires, le vieux !

Rendu au bois, pas de duo en vue. Ça monte, peut-être que… Pas de chance. Je décide de poursuivre sans forcer, heureux de terminer quatrième, dans les circonstances. Surtout que, si je me fie à ma montre, je devrais facilement descendre sous les 26 heures.

Les coureurs du relais me rejoignent et me dépassent, les uns après les autres, sans que j’éprouve la moindre frustration. Au point où je me demande même si je ne suis pas tout simplement devenu complaisant. Après avoir décidé « que je n’allais pas crever » dans les roches de Massanutten et la fournaise d’Eastern States, voilà que je ne me donne pas la peine d’essayer d’aller chercher un podium. Aurais-je perdu mon edge ?

Et puis, est-ce bien grave ?  Je fais ça parce que j’aime ça, pas pour les trophées. Et en terminant quatrième, pas besoin d’attendre la cérémonie des médailles…

Un gars me rejoint, me demande s’il est bien sur le parcours du 6 kilomètres. Sais pas. « Tu fais le 12 ? ». Heille Chose, j’ai-tu l’air du gars qui fait le 12 kilomètres ?  La veste d’hydratation, les shorts crottées, les yeux cernés jusqu’en-dessous des bras, ça ne te dit pas quelque chose ? Le 160, je fais le 160. Solo.

J’aurais bien voulu lui montrer ce dont je suis capable, mais bon, c’est bien beau vouloir…

Après les interminables lacets (quoi que les deux kilomètres qui ont été coupés aident beaucoup), je me retrouve dans la clairière. Je fais la montée à la marche, arrive au sommet de la petite colline et voilà, le centre équestre est de nouveau en vue. Je reprends au pas de course.

Dernier kilomètre, je profite du moment. Un autre 100 miles s’achève, le sixième en six tentatives. Moi qui suis « monté sur un frame de chat », souple comme une barre de fer et agile comme un rhinocéros, comment puis-je être assez chanceux pour m’en tirer à chaque fois ?  Mystère.

Je vois les tentes, l’arche d’arrivée. Les gens sortent pour m’accueillir. On annonce mon arrivée. Wow !

Gilles viens me rejoindre sur le chemin de terre. Ha Gilles, cet homme extraordinaire qui a eu un jour l’idée saugrenue de se lancer dans l’aventure d’organiser la première course de 100 miles au Québec. Et quelle réussite !

Il me laissera franchir la ligne seul, après 25 heures, 39 minutes et 38 secondes.

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Et de six…

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Merci pour tout Gilles

Bromont Ultra 2016, première partie

Le récit de mon dernier Bromont Ultra aurait pu tenir en un seul « morceau », mais j’ai préféré le scinder en deux, question de ne pas vous endormir avant la fin. Aujourd’hui, la première partie. La suite dans quelques jours… 

Tu me niaises…

Cette phrase que je laisse tomber, je ne l’adresse à personne en particulier. Elle exprime toutefois un certain découragement. Non, plutôt une exaspération. C’est ça, oui, une exaspération.

Devant moi, un ruban rose tendu entre deux arbres, à la hauteur de ma taille. Le parcours est marqué par des petits rubans roses attachés un peu partout ainsi que par des fanions de la même couleur plantés à même sol. À ça s’ajoutent parfois des pancartes avec des flèches noires sur fond jaune pour nous indiquer les virages et aussi, des longs rubans roses (vous voyez le thème sous-jacent) tendus à une certaine hauteur pour nous indiquer clairement un endroit où il ne faut pas aller.

Je me trouve face à un de ces rubans. Pas de problème direz-vous, j’ai juste à ne pas le franchir. Sauf que les petits fanions que je devrais normalement suivre pour me guider se trouvent de l’autre côté dudit ruban, ce qui veut dire que j’arrive d’un sentier où je ne devrais normalement pas me trouver. Doh !

Surprise, je me suis perdu. Encore. C’est la deuxième fois que ça m’arrive depuis que j’ai entamé cette section relativement bénigne dans l’érablière du mont des Pins (érablière, mont des Pins, je ne vois pas vraiment le rapport, mais bon…). Tabar…

Évidemment, l’option de traverser le ruban et poursuivre sur le « droit chemin » s’offre à moi. Mais comment je pourrais vivre avec ma conscience au cours des prochaines heures, hein ?  Et puis, admettons que je court-circuite une bonne partie du parcours et que je me retrouve par le fait même à dépasser des coureurs qui sont devant, j’aurais l’air de quoi en arrivant au ravito avant eux ?  De toute façon, de un, je ne peux pas être absolument certain que je ne suis pas déjà passé là et de deux, comment savoir de quel côté aller ?  Il n’y a pas de flèches pour aider les tricheurs. Bref, je dois rebrousser chemin.

Je le sentais pourtant. Ça faisait un petit bout que je n’avais pas vu de petits rubans roses. Mais j’étais sur un chemin de quads, ça descendait et j’avais fini par sortir du brouillard, alors je pouvais enfin courir. Je m’étais laissé aller. Erreur.

Comment on peut manquer un virage, vous me demandez ?  Facile. J’ai 109 kilomètres dans le pattes, ça fait 16 heures que mes amis et moi nous sommes élancés dans la bonne humeur, sous un ciel gris. Dire que je commence à être fatigué et être moins attentif serait un euphémisme. Ajoutez à ça le brouillard qui m’oblige à utiliser ma frontale à la main comme une lampe de poche. C’est d’ailleurs une autre affaire que je ne comprends pas : comment il peut y avoir du brouillard alors qu’il vente tout de même considérablement ?  Seule explication possible : les nuages couvrent le sommet de la montagne.

avantdepart

Avec Pierre, Louis et Stéphane, avant le départ

Bref, quand je fais passer ma frontale de mon front (duh !) à ma main, je perds le parcours de vue quelques secondes et comme le chemin de quads est très invitant, c’est facile de poursuivre dessus sans se casser la tête.

Je songe à ça en remontant péniblement la pente que je viens de descendre d’un pas si léger. Je scrute l’obscurité des yeux, à l’affût d’une lumière indiquant l’arrivée imminente d’un poursuivant. Rien. Pourtant, quand j’ai quitté le ravito P5 (kilomètre 95) plus tôt, quelqu’un arrivait. Bizarre.

Dire que je comptais sur cette section pour, peut-être, reprendre du terrain… Car, pour une raison que j’ignore, je suis en quatrième position. Malgré le fait que depuis le début de la course, j’ai l’impression de ne pas avancer, même dans les (rares) sections roulantes où mes jambes me réclament des repos. Repos que je leur accorde parfois.

Que dire des sections techniques ?  Pathétique. J’ai atteint les bas-fonds dans la descente qui suit la désormais célèbre montée Lieutenant Dan. La pente y est très abrupte et la pluie qui nous est tombée dessus pendant quelques heures l’a rendue quasi-impraticable… si on avait évolué à la lumière du jour. Imaginez de nuit…

Glissant, vous dites ?  L’enfer (en supposant que l’enfer puisse être glissant). Une première fois, j’ai perdu pied et me suis retrouvé sur mon postérieur. J’ai laissé échapper quelques jurons, puis suis reparti. Quelques mètres plus bas, à la vue d’un autre mur semblable, j’ai décidé de le descendre sur les fesses. Comme ça, je serais safe, non ?

Nope. Mes deux pieds ont perdu prise simultanément et je me suis mis à glisser sur le dos comme si j’étais en crazy carpet. J’ai tenté de m’agripper de mon mieux avec mes mains, rien à faire, pas moyen de m’arrêter. L’image qui me traversa l’esprit à ce moment ?  Celle que j’allais finir ma descente le coccyx bien étampé sur une roche. Ou avec une jambe de chaque côté d’un arbre.

Rien de tout ça ne s’est produit et après m’être arrêté sans savoir comment, j’ai crié, non, j’ai hurlé ma frustration. Je vous épargne le chapelet de mots religieux qui est sorti de ma bouche. Je me demande s’ils m’ont entendu au ravito, un peu plus bas…

Aussitôt, j’ai pensé à Stéphane. Ha Stéphane, le métronome. Au départ, il était parmi ceux qui faisaient que je n’avais pas trop d’illusions à propos de mes chances de répéter mon « exploit » de terminer deuxième comme en 2014. Déjà, Florent faisait bande à part. Ajoutez Pierre, qui m’avait mis presque 4 heures à Massanutten. Bruno, deuxième l’an passé, avait la réputation lui aussi d’être un métronome. Sans compter Louis, et tous les autres au pedigree impressionnant. Et évidemment Stéphane, qui m’avait devancé lors de des dernières courses que nous avions faites ensemble, le Vermont et Massanutten. Comme Bromont se trouve à être un « hybride » entre ces deux-là, ben…

Il était parti fort et bien que je l’avais rejoint à la fin de la première montée de la Lieutenant Dan après environ 12 kilomètres, il m’avait ensuite déposé sur place et je ne l’avais revu qu’à la mi-parcours, alors qu’il se préparait pour la nuit. Profitant du fait que j’ai une équipe de support (mon indestructible papa) pour faire un arrêt court, j’avais réussi à repartir pas trop loin derrière et espérais, encore une fois, le rejoindre dans la Lieutenant Dan.

Mais dans la longue descente juste avant, son cri avait déchiré la nuit. Nous descendions une pente de ski pas trop difficile, il était en contre-bas. Arrivé à sa hauteur, il m’a appris la mauvaise nouvelle : il s’était retourné une cheville. Et d’aplomb à part ça. Il a essayé de poursuivre, mais rien à faire, il peinait juste à marcher. Il m’a dit de continuer, que ça allait bien mes affaires, de ne pas perdre de temps. Il allait s’arrêter au prochain ravito.

Du coup, je me retrouvais en troisième position. Je n’aime vraiment pas gagner des places de cette manière, particulièrement quand c’est un ami qui en fait les frais. Et puis merde, le prochain ravito était sans bénévole, il n’y aurait personne pour l’aider. Et pas question pour lui de se taper la Lieutenant Dan et la descente qui suit dans de telles conditions. Que faire ?

J’ai poursuivi la descente à la marche et empoigné mon cellulaire. Mon père était probablement déjà rendu au P5, il pourrait demander aux bénévoles d’envoyer quelqu’un prendre Stéphane. Pendant que je faisais ça, Ian, un très fort jeunot (je lui concède un « passif » de 20 ans) qui en était à son premier 100 miles, m’a dépassé. Je m’en balançais royalement, la sécurité passant bien avant ma course.

Une fois que j’ai eu la certitude qu’un lift se pointerait le nez, j’ai voulu m’assurer que Stéphane soit mis au courant de ma démarche. S’il avait fallu qu’il poursuive son chemin avant l’arrivée de l’aide…

J’ai donc attendu au ravito. Au bout de 5 minutes, inquiet, je suis reparti en sens inverse, l’appelant en criant dans la nuit. Finalement, nous sommes parvenus à communiquer et, la conscience tranquille, j’ai pu reprendre la course.

Je sors de mes pensées en apercevant l’endroit où je me suis fourvoyé. Il faudrait bien que je tâche de demeurer l’œil ouvert, au moins pour ce qui reste de la nuit. Ma Suunto m’indiquera que je me suis rallongé d’environ 800 mètres. Comme si le parcours n’était déjà pas assez long comme ça…

C’est frustrant parce que je devrais normalement être avantagé ici. En effet, dans ma tête, le parcours de ce Bromont Ultra se divise en quatre parties majeures. La première, qui fait 15 kilomètres, est très difficile et technique avec ses trois longues montées et ses descentes se faisant en bonne partie dans du single track, question de les rendre encore plus difficiles. D’ailleurs, nous avons dû partager les sentiers avec les vélos montagne du Raid, en début de course. Expérience pas tellement plaisante parce que contrairement à ce que j’avais vécu au Vermont 50, les gens qui chevauchaient une monture étaient loin d’être respectueux et n’annonçaient pas leurs couleurs quand ils fonçaient sur nous à vive allure. En plus, il n’y en a pas un sacrament qui a eu la gentillesse de me remercier de lui avoir laissé le passage. J’étais très heureux de ne plus les revoir après être passé pour la première fois à P5 (kilomètre 15).

Ensuite, partie plus facile qui commence par du terrain presque plat sur 8 kilomètres, puis enchaîne avec l’érablière du mont des Pins (où je me trouve), la section de route qui passe par Chez Bob (kilomètres 32 et 112) et se termine au lac Bromont (kilomètres 41 et 121). Les 5 kilomètres qui nous amènent à P7 (kilomètres 46 et 126) m’avantagent également car peu techniques en partant, ils se terminent par une montée très abrupte. C’est sur ces 31 kilomètres que je devrais faire un move et au lieu de ça, je m’amuse à m’égarer dans les bois.

La troisième partie fait 19 kilomètres, entre P7 et le lac Gale (kilomètres 65 et 145). Très difficile, elle est également très lente parce qu’après une longue montée, suit une interminable section composée d’une quantité infinie de lacets techniques. Avec mon agilité légendaire, je vous laisse deviner comment je m’en tire. J’y ai définitivement perdu Bruno de vue lors du premier passage et Ian n’est pas demeuré en reste. Pas l’endroit idéal pour compter les rejoindre, mettons.

Toutefois, autour du 60e kilomètre, après m’être fait shifter par deux jeunes femmes (non, je dirai pas qu’elles étaient jolies, non, je ne le dirai pas) qui faisaient le relais, j’ai commencé à apercevoir un gars qui avançait lentement, plus lentement que moi en tout cas. Son allure générale ne laissait aucun doute : c’était un coureur du 160k. Il s’agissait de celui qui avait tenté de s’accrocher à Florent. Mal lui en prit, il s’était épuisé et voilà, je fondais sur lui. Autant je n’apprécie guère reprendre un coureur blessé (même si je sais bien que ça fait partie du jeu), autant dépasser quelqu’un qui a fait une erreur de gestion de course me satisfait. Je lui ai bien glissé quelques mots d’encouragement au passage, mais dans mon for intérieur, je n’ai pu réprimer un « Tiens toé !!! ».

La quatrième et dernière partie, ce sont 15 kilomètres relativement faciles entre le lac Gale et la mi-parcours/arrivée (kilomètres 80 et 160) avec au passage, une boucle de 6 kilomètres dans les spaghettis du mont Oak.

Partie facile, oui, mais j’y ai tout de même vécu une bonne baisse de régime lors de ma première boucle. Le classique blues de l’avant mi-parcours, quand la fatigue s’installe bien comme il faut alors que la moitié du chemin n’est même pas encore franchie. J’avoue avoir douté de terminer alors que je grimpais le mont Gale. La journée s’achevait, la pluie tombait depuis un bon moment, la nuit s’annonçait froide. Ouais… Il me semble que 80 kilomètres aujourd’hui, ça aurait été suffisant.

Surtout que des crampes ont commencé à se manifester sur la route menant au camp de base. 73 kilomètres, déjà des crampes. Ça augurait bien pour la suite…

Comme par miracle, les crampes ont disparu et la section-spaghetti a bien passé. À la pesée de la mi-parcours, j’ai fait osciller la balance à 144 livres, soit 4 livres de déficit par rapport au départ. « Tu te sens bien ? » de me demander la si gentille Guylaine, responsable de tout ce qui a trait au médical. Heu… oui, en autant qu’on peut se sentir bien après avoir couru 80 kilomètres. Comme elle sait que je suis un coureur d’expérience, je n’ai pas senti le besoin de lui cacher mes troubles de crampes, lui glissant que c’était probablement causé par un léger déficit au niveau de l’hydratation (confirmé par la perte de poids ). Elle n’en a pas fait de cas et m’a demandé : « Tu repars ? ». De quessé ?  Ben sûr que j’allais repartir, j’en étais juste rendu à la moitié !

Tout ça me semble bien loin alors que je reprends le « droit chemin » en direction de Chez Bob (kilomètre 112). Je passe assez rapidement devant le ruban qui m’a barré le chemin un peu plus tôt, puis poursuis ma route, satisfait de ma décision de suivre les règles. Le sol est gorgé d’eau et la faible lueur de ma frontale ne me permet pas de voir clairement les endroits plus « potables » où je pourrais passer. Ce qui fait que j’enfile les trous de boue les uns après les autres. Vivement le ravito pour que je puisse changer de souliers.

La route, enfin ! Toujours personne derrière et évidemment, personne devant. Je suis seul. Quand je me présente chez Bob, c’est l’accueil royal : tout le monde est après moi, m’offre de la soupe, des boissons chaudes, etc. Toutefois, une seule chose m’importe : mes maudits souliers !

Depuis le départ, je porte le dernier venu de la grande famille Skechers, le Gotrail Ultra à semelle (plus) mince. Je n’ai absolument rien à leur reprocher, bien au contraire, ils sont même excellents dans de telles conditions. Mais bon, la pluie ayant fait son œuvre, je dois maintenant me résoudre à faire appel au modèle plus heavy duty pour le reste de la course.

Avant toute chose, dernière pesée qui donne un résultat… nébuleux. Les balances utilisées sont du type que ma grand-mère avait dans sa salle de bain avait jadis. Vous savez, le genre de machin qui se dérègle à chaque fois que quelqu’un embarque dessus ?  D’ailleurs, avant de monter, j’avertis les bénévoles qu’il y a un offset de 10 livres sur celle-là. Et c’est avec ça qu’ils comptent surveiller les coureurs ?

Bon, retour à mes pieds. Comme c’est souvent le cas en ultra, j’en profite pour m’asseoir pour une première fois depuis le départ. Ho, que la levée du corps va être pénible… Juste enlever les souliers demande un effort considérable (il faut quand même que je me rende à mes pieds, déjà que ça tient de l’exploit en temps normal…). Je constate les dégâts. Tiens, c’est bizarre : une seule ampoule, tout autour de l’ongle du troisième orteil du pied droit. J’ai eu ça une fois dans ma vie, ici même en 2014. Faut croire que c’est le parcours qui me fait cet effet-là. Vraiment bizarre…

Je n’ai pas encore terminé de me changer que Xavier se pointe dans le garage où nous sommes tous à l’abri. Bout de viarge, il arrive d’où ?  Je termine de me préparer en vitesse et retourne à l’extérieur question d’essayer de le distancer un peu. Je ne le reverrai plus.

À suire…

2015, une drôle d’année

Les traditions étant les traditions, pas moyen de passer à côté de celle qui en est rendue à sa quatrième édition, soit la revue de ma dernière année dans le merveilleux monde de la course.

Voici donc ce qui m’a « frappé » au cours des 12 derniers mois…

Les femmes de la course – Contrairement aux années précédentes, j’ai cru remarquer qu’elles avaient eu un rôle plus important dans mon activité en 2015. Je ne peux donc tout simplement pas laisser leur apport sous silence.

Tout d’abord, je me dois évidemment de souligner, encore une fois, tout le soutien venant de la part de ma (la plupart du temps) tendre épouse Barbara. Contrairement à bien d’autres qui prétendent soutenir leur homme et qui profitent ensuite de la moindre occasion pour leur ramener ça sur le nez quand ça va moins bien, je sens vraiment qu’elle est derrière moi. Elle me connait mieux que personne et sait que je pourrais difficilement vivre sans mon sport. Or, quand je me suis blessé et aussi quand j’ai eu une grosse baisse de régime en fin d’année, au lieu de me casser les oreilles avec les classiques « Je te l’avais dit » et « Tu en fais trop », elle a cherché avec moi à trouver des solutions. Ajoutez à ça qu’elle a passé une autre nuit blanche à me suivre dans les coins le plus reculés de la Virginie profonde pour ensuite avoir l’immense bonheur d’avoir à me ramasser quand je suis tombé dans les pommes dans la salle de bain…

Donc, très humblement, merci pour tout, mon amour.

Une qui n’a pas eu à passer une nuit blanche, mais presque, et qui a gardé le sourire tout le long, c’est ma « petite » sœur Élise. Prise pour dormir sur le fauteuil de la chambre d’hôtel avant et après la course, elle n’a jamais perdu sa contagieuse bonne humeur tout au long de la journée. Et le sourire, elle l’avait encore par cette belle journée de novembre, quand elle a complété avec brio son premier demi-marathon. Je l’ai dit et le répète, il y a une marathonienne et même une ultramarathonienne dans ma frangine.

Dans un autre créneau, que dire de Fanny, celle pour qui j’ai joué au pacer à Bromont ?  Je l’ai rejointe alors qu’elle avait 124 longs kilomètres dans les jambes. Elle claudiquait, avançait lentement. Mais elle avait un moral d’acier et son esprit était si vif que je me suis trouvé nul de me sentir moche alors que j’avais dormi quelques heures.

Comme le lapin Energizer, elle a avancé, encore et toujours, grugeant lentement, mais sûrement un à un les obstacles qui se dressaient devant elle. Jamais je ne l’ai entendue se plaindre. Une battante, une vraie de vraie. Une inspiration.

Puis, comment oublier Christina, Kathleen et Amy, celles qui m’ont donné tant de fil à retordre en compétition ?

Christina, elle n’avait l’air de rien. Mais elle enfilait les kilomètres en enchainant les petites enjambées à une cadence époustouflante. Au fur et à mesure que la course progressait à Washington, elle s’éloignait de moi, me laissant croire que je n’étais pas vraiment dans une bonne journée. Et pourtant…

De Kathleen, je me rappellerai toujours le fait qu’elle n’arrête jamais, mais jamais de courir, même si elle avance plus lentement que quelqu’un qui marche dans certaines montées.  Et surtout, elle est ce qu’on appelle ici un cr… d’air bête. Autant à Massanutten qu’au Vermont, nous avons fait de longs bouts ensemble et la seule fois qu’elle m’a glissé un mot, c’était pour répondre au « Great job ! » que je lui avais lancé. Elle m’a répondu « You too ! » pour, quelques centaines de mètres plus loin, me dépasser sans me dire un foutu mot. Bout de viarge, elle a parlé plus aux chevaux qu’à moi durant toutes ces heures !

Quant à Amy, bien que son flot incessant de paroles m’ait un peu agacé à Massanutten, la longue jasette qu’on s’est piqué après le Vermont (où elle était directrice de course) m’a fait découvrir une femme charmante et drôle à souhait. Une vraie de vraie trail runneuse, contrairement à l’autre…

Aussi, un petit mot pour Anne, qui aurait bien pu être la première femme à me chicker dans un ultra au Québec. Si ce n’est pas elle, ce sera une autre, car le monsieur ne rajeunit pas et les femmes commencent à pousser pas mal fort ici…

En terminant, bien qu’on ne se soit pas côtoyés en course, j’ai suivi de près (mais à distance) l’impressionnante progression de mon amie Julie cette année. 4 ultras, en plus de plusieurs autres courses pas piquées des vers, c’est toute une saison qu’elle a eue. Et en juin prochain, nous ferons équipe dans le cadre de la Petite Trotte à Joan. J’y reviendrai.

Monsieur dream team – Il a été de tous mes 100 miles, il est sans contredit mon fan numéro un. Homme discret qui n’aime pas être le centre d’attention (c’est génétique, que voulez-vous…), il tient mordicus à faire partie de mon équipe de soutien. Et sa place est réservée à perpétuité (sauf pour les épreuves que je ferai en solo, bien évidemment). Un gros, gros merci pour tout papa.

Mon « entourage » – Bien que la course soit le sujet de ce blogue et que mes interventions Facebook ont presque toutes rapport à ça, c’est seulement quelque chose que je fais, ce n’est pas ce que je suis. Non mais, est-ce qu’il y a quelque chose de plus fatigant que quelqu’un qui parle toujours de la même affaire ?

Ma femme, ma famille, mes amis, mes collègues de travail me permettent d’échanger sur d’autres sujets d’intérêt. En fait, même entre ultrarunners, on parle souvent d’autre chose. Car, il n’y a pas que la course dans la vie, n’est-ce pas ?

« Mes jeunes » – C’est comme ça que je surnommais les étudiants de l’école Gérard-Filion avec qui je courais les lundis. Eux s’entrainaient pour le Grand Défi Pierre-Lavoie et moi, ben, je courais, comme d’habitude.

C’était beau de voir des jeunes motivés par le projet et des profs dévoués les encadrer. Une belle expérience de vie.

Ils nous ont quittés –  Quelques jours avant la course à Washington, j’ai appris le décès de mon oncle Claude, qui n’avait que 70 ans. Je ne le voyais pas tellement souvent, mais c’était toujours un immense plaisir d’être en sa compagnie. Il avait le don de nous faire rire, alternant taquineries et autodérision. Les funérailles ayant lieu le jour où nous partions, nous n’avons pas pu y assister.

Dans les 10 derniers miles, alors que le soleil était à son zénith et que je serrais les dents pour tâcher de terminer, je l’entendais me traiter de débile et rire de moi. J’ai ri tout seul parce que j’étais un peu d’accord avec lui…

Puis, peu avant le Vermont 100, j’ai appris le décès de Christian. Celui-là, je l’ai pris encore plus dur, probablement parce qu’il avait mon âge. Durant la course, dans les moments les plus difficiles, je me rappelais de ses expressions colorées et encore là, je riais tout seul. Deux jours plus tard, à la sortie de l’église de Ste-Julie, je n’ai pas retenu mes larmes. Il me manquait déjà.

Le froid – C’est difficile à croire avec le mois de décembre hyper-clément que nous avons eu, mais l’hiver a été dur dans la partie nord-est du continent. Très dur, même. Jamais vu autant de journées avec des températures descendant sous les -20 degrés, jamais vu un hiver aussi long. Pas les conditions idéales pour se préparer en vue de la saison des ultras, mettons.

La chaleur – Bon, j’ai beau m’en plaindre, mais mon corps vit plutôt bien avec le froid. Malgré les conditions extrêmes, je ne suis jamais allé au bout de ma garde-robe. Je ne protège que très rarement mon visage et n’ai aucun problème à respirer dans le froid. Ha, si mes mains pouvaient être comme le reste de mon corps…

Par contre, la chaleur… Ouch !  Là, c’est plus difficile. Et comme le hasard fait « bien » les choses, il fallait qu’il fasse chaud autant à Washington qu’à Massanutten. Si au moins ça s’était déroulé en fin de saison…  Mais non, c’était en avril et en mai. Dire que j’ai souffert serait un euphémisme.

Un parcours à ma mesure – En banlieue de Washington, sur les bords du Potomac. Deux parcs reliés entre eux par un sentier. Parcours peu technique, relativement rapide. Des boucles, des allers-retours. Un parcours fait pour moi (il le serait encore plus s’il y avait de vraies montées, mais bon…). Je pensais que j’aurais pu faire mieux, mais finalement…

WHAT ?!? – C’est ce qui est sorti de ma bouche. La première fois, alors que j’avais 75 km dans les jambes et que le pauvre bénévole m’annonçait que je devais me taper le foutue boucle de 2.2 miles qu’on s’était tapée plusieurs heures auparavant. Pendant que je bougonnais, les coureurs du 50 km que je venais de dépasser passaient tout droit. Quand j’ai vu Christina sortir de ladite boucle, je me suis résigné : j’y suis allé, la queue entre les jambes, comme si on m’envoyait à l’abattoir.

Puis, une fois l’arrivée franchie, alors que j’envisageais sérieusement de retourner à mon auto pour aller récupérer moi-même mon drop bag, je suis passé à la tente de chronométrage. Comme j’avais eu une course somme toute correcte, je m’attendais à avoir terminé entre les 20e et 30e places. Au mieux, la 15e. Puis, j’ai vu le chiffre : 9e, avec à la clé, une première place dans ma catégorie.

WHAT ?!?

Les roches – Massanutten Mountain Trail 100-Mile Run. Les roches en font sa réputation. J’en ai fait une indigestion, littéralement.

Abandonner ? – En course, j’y avais souvent songé, mais jamais sérieusement. C’était avant de connaitre Massanutten. Il faisait chaud, le parcours très technique faisait que j’avançais à pas de tortue. Je détestais ça profondément. Je voulais juste partir, être ailleurs. Avant même le premier tiers, j’ai songé à abandonner.

Je me suis trainé jusqu’au ravito. Puis jusqu’au suivant. Mon enthousiasme est revenu, avant de repartir. À la mi-parcours, j’étais en mode death walk. La providence a mis Pierre sur mon chemin. Sa présence m’a rassuré, revigoré. Ce n’est que beaucoup plus tard que je resongerai à abandonner, quand, envahi par la fatigue, mon corps ne voulait tout simplement plus avancer.

Le bourbon – Bird Knob, mile 81.6. Je me demande comment je fais pour tenir debout. Le ravito est minuscule et sur place, les bénévoles sont sur le party. Ils nous offrent du bourbon, il me reste tout juste assez d’intelligence pour décliner. Pierre accepte avec plaisir, alors que je me contente d’un concentré de café au chocolat (ou était-ce du chocolat au café ?).

En tout cas, c’est ce que Pierre m’a raconté, car honnêtement, ceci n’est qu’un vague souvenir pour moi.

Pas un pique-nique – Picnic Area, mile 87.9. Je suis au bout du rouleau. J’ignore si c’est la fin ou pas, mais je dois prendre un temps d’arrêt : je dors debout. Le problème est que je ne dors pas une fois couché, alors j’attrape au passage mon partner avant qu’il quitte et nous repartons ensemble.

Quelques centaines de mètres plus loin, mon système digestif me signifie son ras-le-bol. Il refera plusieurs fois des siennes pendant les 3 heures que durera le trajet nous menant au dernier ravito, à peine 9 miles plus loin.

Voulez-vous bien me dire pourquoi ils ont appelé ce ravito Picnic Area ?!?

Les hallucinations – Une dame qui nous fait des grands signes. Un chapiteau. Je les vois, clairement même. Mais Pierre ne les vois pas. J’hallucine, mais le pire est passé. Nous en rions encore.

Le « sprint » –  Nous avons enfin regagné la route. Plus que 6 petits kilomètres. Ma Garmin ayant rendu l’âme, je ne sais pas à quelle vitesse nous allons, mais j’ai l’impression que c’est très vite. Un à un, nous rejoignons des coureurs, les laissant dans notre sillage.

Quelques heures auparavant, je pensais que j’allais mourir. Pourtant, en ce moment, je vole. Et je n’ai jamais pris de repos entre les deux. C’est bizarre, le corps humain.

Mon partner – Nous avons passé 17 heures ensemble. 17 heures à échanger sur tout, à se soutenir, à s’encourager. On dit que pour vraiment connaitre une personne, il faut courir un ultra avec elle. Hé bien, je crois qu’on a vraiment eu la chance de se connaitre tout au long de cette journée et de cette nuit.

J’ai pris le départ de cette course sans trop savoir à quoi m’attendre. Je l’ai terminée avec un ami.

Lapin de cadence – Un rêve devenu réalité 8 ans plus tard. À cause de mon déguisement (ou malgré lui, c’est selon), plusieurs personnes sont venues me parler. Et pendant plus d’une heure, j’ai été leur guide. Une responsabilité que j’assumais pleinement, espérant secrètement avoir contribué un tantinet à la réussite de certains d’entre eux.

Je n’avais juste pas prévu faire les 6-7 derniers kilomètres tout seul…

On s’habitue à tout – St-Donat, la première fois, j’ai détesté. Profondément détesté. Trop technique, trop de bouette, pas moyen de prendre un semblant de rythme. Puis, par masochisme, j’y suis retourné. Bah, pas si pire, que je me disais. J’en ai donc remis une couche cette année.

Ha ben bout de viarge, j’ai même aimé ça !  Comme quoi, on s’habitue vraiment à tout.

Perdu – Mon ami Pierre a la fâcheuse tendance à se perdre quand il court des ultras et j’avoue que nous le taquinons un peu avec ça. Mais cette fois-ci, à St-Donat, c’est moi qui me suis royalement fourvoyé peu après le sommet de la Noire.

Têtu comme une mule, je me suis enfoncé, encore et encore. C’est par une chance incroyable que j’ai fini par retrouver le bon sentier. À ne pas refaire.

Le kyste – Je le trainais depuis longtemps. Des mois, des années ?  Je ne sais pas trop. Il était dans mon dos, alors il ne paraissait pas et ne me dérangeait pas, alors pas de presse à le faire enlever, n’est-ce pas ?

Erreur. Durant les 8 heures que j’ai passées dans les sentiers de St-Donat, le frottement incessant de ma veste d’hydratation a probablement fini par causer une ou plusieurs micro-blessures et ledit kyste s’est infecté. Après quelques jours à l’endurer, j’ai dû me rendre à l’évidence : je ne m’en sortirais pas seul.

On l’a ouvert, vidé, puis on y a installé une mèche que je devais faire changer tous les jours. On m’avait dit que ça durerait 7 à 10 jours, le temps que la plaie se referme. Ça a pris 6 interminables semaines.

Finalement, c’est un chirurgien que j’ai rencontré par hasard la veille du Vermont 100 qui m’en a débarrassé, plusieurs semaines après.

« And you ran a 100 miles with that… » – C’était Amy, après le Vermont 100, alors que je venais de lui expliquer pourquoi je devais retourner au Québec avant le traditionnel barbecue. Tu aurais fait pareil, chère Amy.

« Il est tout mouillé » – L’infirmière qui a effectué le changement de pansement-mèche le lendemain du Vermont. C’est que voyez-vous, j’ai couru 100 miles dans la grosse humidité et pour couronner le tout, je me suis fait arroser non pas par un, mais bien deux orages.

Alors oui, c’est possible qu’il soit mouillé.

Monte, descend, monte, descend… – Dans le milieu, on le dit « facile ». Vrai qu’il n’est pas tellement technique, vu qu’il se passe à 70% sur des chemins de terre. Quand on sait que le record de parcours se situe sous les 15 heures…

Ceci dit, ça n’empêche pas le Vermont 100 d’être tout un test. 100 miles, 161 foutus kilomètres, toujours en montée ou en descente. Aucune de ces montées ne peut se targuer d’être une véritable ascension. Il en va de même pour les descentes, qui se font à peu près toutes à pleine vitesse. Mais c’est l’ensemble, qui est beaucoup plus difficile que la somme des parties, qui fait de ce parcours ce qu’il est : un défi à ne pas sous-estimer.

La cheville – Bang, bang, bang. Des milliers de fois, mes pieds ont frappé le sol. Au bout d’un certain temps, ma cheville en a eu marre. Deux semaines de repos, je la pensais guérie. Erreur. La persistance de ce mal m’a forcé à essayer de changer ma technique de course.

Changement de technique – En course à pied, il faut toujours, toujours y aller graduellement. Ce que je n’ai évidemment pas fait. Des mollets et des tendons d’Achille sollicités au maximum, des malaises qui ne finissent plus de guérir. Je suis maintenant contraint de recommencer à zéro, en espérant que ma cheville me le permette…

Pacer – Étant dans l’impossibilité de compétitionner pour moi-même, je me suis rabattu sur le pacing en fin de saison. Tour à tour, Sylvain, Fanny et ma sœur Élise ont eu à m’endurer, parfois pendant des heures. Je les plains.

Porteur de bière – Mon ami Sylvain était blessé, je me sentais tellement, mais tellement inutile. Quand il m’a réclamé de la bière, j’ai tout d’abord cru à une blague. Constatant son sérieux, je me suis exécuté avec plaisir. Si au moins je pouvais servir à ça…

Réflexion toutefois : 5$, était-ce suffisant pour acheter cette grosse canette de Heineken dans un dépanneur ?

Bénévole –  C’était ma première « vraie » expérience en tant que bénévole dans un ultra. Observer les autres agir, ça nous permet d’en apprendre beaucoup, autant sur eux que sur soi-même, tout en se rendant utile. À refaire.

Courir à travers l’histoire – Rome, Florence. La Place St-Pierre, le Tibre, le Circo Massimo, le Colisée, l’Arno, le Ponte Vecchio, le Duomo, le Palazzo Vecchio.  Des endroits célèbres, « courus » par les touristes. Hé bien moi, j’étais le touriste qui les ai découverts en courant au (très) petit matin, alors qu’il n’y avait personne.

Une manière de découvrir le monde autrement. Je ne l’avais jamais fait, je ne pourrai plus m’en passer. Merci pour le tuyau, Didier.

Ambassadeur – Hé oui, je suis maintenant ambassadeur Skechers. Qui l’eût cru ?

Le down – Retour d’Italie, petite sortie de 10 km en vue du demi avec ma sœur trois jours plus tard. Catastrophe : je fais du 4:23/km de moyenne, de peine et misère. Je mets ça sur le compte du décalage horaire.

Les semaines se suivent et je n’avance toujours pas. La nouvelle technique peut être en cause, mais comme je reviens peu à peu à mes premières amours, il me semble que… Puis, un dimanche, après 11 petits kilomètres à St-Bruno, étourdissements. Je persiste, puis finis par capituler après 18 kilomètres. La semaine suivante, ma « longue sortie » ne fera que 16 misérables kilomètres.

Entre les deux, les sorties plus courtes étaient somme toute convenables. J’en parle aux copains qui ont des propos rassurants. Je consulte tout de même un médecin qui décèle un léger souffle au cœur et commande un bilan médical complet. Une fois « sevré » d’alcool, je me retrouve une aiguille enfoncée dans le bras avant de faire pipi dans le petit pot pour ensuite jouer dans mon caca avec un petit bâton. La joie. J’aurai les résultats d’ici 2 semaines.

Entre temps, j’ai décidé de contrôler ce que je peux contrôler, soit mon alimentation. Donc, moins de sucre et moins d’alcool. Pas de coupure drastique (la vie serait tellement plate et c’est tout de même le temps des Fêtes !), mais un certain contrôle. Ça ne peut pas nuire.

Depuis deux semaines, je sens que je remonte la pente. J’étais peut-être juste fatigué après tout…

Les loteries – L’année a commencé par celle de Massanutten, où j’ai « gagné ». Elle s’est terminée par une « défaite » en vue du Western States (j’avais un gros 3.6% de chance d’être pigé) et un suspens en vue de l’UTMB. Hé oui, j’ai appris tout récemment que mon résultat à Massanutten était admissible pour l’obtention des fameux « points » nécessaires pour avoir le droit de participer à la mythique épreuve.

Mais, tout comme quelques-uns de mes comparses, j’avoue que toutes ces loteries commencent à me peser. Bientôt, on ne pourra plus avoir la moindre idée de notre programme de la saison avec tous ces foutus jeux de hasard…

2016 ? – Le programme se dessine tranquillement. Encore une fois, pas de marathons, à moins que ce soit comme accompagnateur. Les marathons et moi…

Malgré toutes mes belles promesses, je compte retourner à Massanutten. J’ai un compte à régler avec cette course-là et comme je l’ai déjà terminée, j’ai à peu près 100% des chances d’y retourner si c’est ce que je veux.

Ensuite, ce sera la Petite Trotte à Joan, puis, comme je ne suis qu’un être humain, je ne crois pas que ce soit une bonne idée de me faire le Vermont 100 trois petites semaines plus tard. De toute façon, si je suis pris à l’UTMB… Je sais, Joan s’est farci les trois l’an passé, mais je le répète, je ne suis qu’un être humain, moi. Et si ça ne fonctionnait pas du côté des Alpes, ce sera l’Eastern States, qu’on dit très, très difficile. Ok, c’est moins glamour, mais bon, c’est aussi pas mal moins loin !

À l’automne, j’espère bien effectuer un retour à Bromont, mais c’est encore loin. Puis, j’aimerais bien me faire  quelque chose de plus petit en mars ou avril. Un 50 km ou un 50 miles. On verra.

Encore une fois, bien des beaux projets ! 🙂

Bonne année 2016 à tous !

D’autres petites vites

  1. Demi-marathon des microbrasseries

Je trouve un peu injuste d’en parler dans le cadre d’une « petite vite », mais en même temps, ma petite soeur a tellement bien fait ça que j’aurais peut-être manqué de mots (mais si, ça m’arrive !) pour faire un récit complet de toute façon.

Un récit de quoi ?  De son premier demi-marathon, bien sûr ! Ça se passait le dimanche suivant notre retour d’Italie, dans le cadre du Demi-marathon des microbrasseries à Bromont.

C’était une merveilleuse journée ensoleillée, mais un peu froide à mon goût, surtout qu’avec le petit vent… Pour vous dire, je suis certain que le Johnny on the spot dans lequel je me suis installé tremblait de tous bords tous côtés pendant que je faisais ce que j’avais à faire avant le départ. Je ne me souviens pas avoir déjà grelotté à ce point avant une course. Mais je me suis rappelé pourquoi je ne voulais plus faire ni Boston, ni New York…

Heureusement, nous avions accès à nos autos pour espérer garder un tant soit peu de chaleur. Mais je dois avouer que la partie réchauffement a été légèrement escamotée.

Sur la ligne, nous étions quatre: ma soeur Élise, son amie Mimi, mon ami Sylvain qui faisait sa plus longue sortie depuis son marathon, et votre humble maigrichon-chiâleux. Le plan était que j’accompagne les deux filles pour la course et que Sylvain s’amuse en nous jasant car il n’avait pas envie d’y aller à fond.

Comme tout bon plan, il dû être rajusté dès la première montée, une véritable face de cochon de 600-700 mètres de longueur, le genre de côte qu’on ne voit habituellement pas en course sur route. Suivant son plan de marcher les côtes les plus difficiles, Élise s’est mise à la tâche. C’est qu’elle a un bon pas, la frangine… Et Mimi a décroché. Nous l’avons attendue, mais dès la montée suivante, elle a dit à son amie d’y aller, qu’elles n’étaient pas du même calibre ce jour-là. Le côté compétitif semblant une tare familiale, Mimi n’a pas eu à le répéter deux fois… Les deux se sont embrassées, puis nous étions repartis, à trois.

Pour le reste, je dois avouer qu’Élise m’a beaucoup impressionné. Elle a gardé un rythme constant, semblant toujours demeurer « en dedans ». En plus, elle était d’une bonne humeur contagieuse. Petit à petit, nous grugions du terrain, faisant du bunny chasing, car oui, il y avait des lapins de cadence. Ça m’étonnait un peu, vu que le parcours, très accidenté, ne se prêtait guère à l’exercice.

Parlant du 0parcours, plusieurs sections empruntaient certaines routes de campagne que nous avions foulées dans le cadre du Bromont Ultra. Je ne comptais plus les fois où je disais: « Ha oui, on est passés par ici… » pour ensuite ajouter: « Mais on virait par là ! » quand un sentier se présentait à la route.

Ainsi donc, quelques kilomètres après avoir dompté le lapin de 2h15, nous avions celui de 2h10 en point de mire. Je n’ai pas pu réprimer un sourire quand, dans la dernière grosse montée, j’ai entendu ma compagne de route « rugir » pour poursuivre à la course alors que le lapin s’était mis à marcher. De qui tient-on cet esprit compétitif, donc ? De notre père ou de notre mère ?  🙂

C’est seulement dans le dernier kilomètre que je l’ai sentie faiblir un peu, mais jamais je n’ai douté qu’elle tiendrait le coup. À l’arrivée, ce sont des parents pas mal fiers de leur progéniture qui nous ont accueillis après 2h08 de course. Sur un tel parcours, ça équivaut à moins de 2 heures sur le plat, j’en suis certain.

Sylvain dans tout ça ?  Il a eu l’air de s’amuser comme un gamin, allant parfois devant, parfois derrière. Il avait pris de l’avance pour nous réserver un verre de bière (c’était tout de même le demi-marathon des microbrasseries !) autour du 17e kilomètre, mais comme ma partner a refusé l’offre, j’ai fait de même. On était un team !  🙂

Je dois aussi dire que c’était ma plus longue sortie depuis que j’essaie de changer ma technique de course et mes tendons d’Achille me suppliaient d’arrêter, alors la bière ne me disait pas grand chose. Une fois n’est pas coutume, comme on dit !

Et Mimi ?  Elle a terminé avec le sourire, 25 minutes plus tard, se contentant de faire la distance à son rythme.

Mes impressions au final: c’est une future marathonienne que j’ai côtoyé, je n’en doute pas une seconde. En fait, je dirais même qu’elle a plus l’âme d’une ultramarathonienne: très efficace dans les montées, tenace comme dix, je la verrais très bien s’esquinter dans le bois avec son idiot de grand frère. En tout cas, j’ai mon pacer pour le prochain Vermont 100 !  🙂

« Est-ce qu’il y a des côtes aussi pires que ça ? »

Cette question, elle est venue de mon ami Sylvain après la course. Lui, le gars qui avec qui j’ai fait Orford il y a deux ans. Lui, un de mes lecteurs les plus fidèles. Il me demandait si dans le cadre d’un ultra, il y avait des côtes aussi pires que celles qu’on venait de se taper. Si lui se demandait ça, j’osais à peine m’imaginer ce que peut penser le commun des mortels…

Heu… Comment dire ?  Le Demi des microbrasseries, c’est un parcours très difficile… pour une course sur route. Pour une course en sentiers ou un ultra, ce n’est pas de la petite bière,  c’est une insulte à la petite bière ! Car, si effectivement le Bromont Ultra empruntait certains tronçons où ma sœur a fait ses premières enjambées dans le monde des demi-marathons, il nous faisait aussi monter et descendre le mont Brome à six reprises, par trois versants.  Sans oublier le mont Gale, qui ne donne pas sa place lui non plus, à deux occasions. Alors, les côtes qu’on retrouve sur la route, elles étaient plus des mises en appétit qu’autre chose.

Tout ça pour dire que lorsqu’on parle ultramarathons, les gens sont très impressionnés par les distances. Mais, et c’est un peu triste, ils n’ont aucune espèce d’idée du terrain que nous devons affronter. Et pourtant, si ça prend plus de 24 heures pour faire 100 miles, ce n’est pas juste à cause de la distance parcourue.

À Massanutten, il y a une section où ça monte sur 5 kilomètres… sans arrêt !  En tout, ce sont autour de 6000 mètres d’ascension (et bien sûr, tout autant de descente) que ce parcours nous propose. À Bromont, c’est sensiblement la même chose. Alors si vous faites un petit calcul simple, ça revient à passer toute la course dans une pente à 7.5%, soit en montée, soit en descente. Et comme il y a toujours des bouts plus plats…

Imaginez des courses comme l’UTMB, le Hardrock ou le Grand Raid de la Réunion qui présentent dans les 10000 mètres de dénivelés…

Ambassadeur, moi ?

Celle-là, elle m’est un peu tombée dessus par hasard. Suite à l’insistance d’un ami auprès du représentant de la compagnie Skechers, je me suis retrouvé ambassadeur de la marque… sans même l’avoir déjà portée !

Au cours des prochains jours, je recevrai ma première paire, le modèle de route GORun 4. Un essai en boutique a piqué ma curiosité, j’ai bien hâte de les battre à plate couture. Ironiquement, je suis plus « connu » (c’est un bien grand mot) pour ce que je fais en sentiers plutôt que sur la route où je n’ai pas « compétionné pour moi » depuis Boston 2014, alors ça fait un peu bizarre. Mais on m’assure que le nouveau modèle de trail sera disponible au printemps. À voir.

Ceci dit, ce genre de situation me rend un peu mal à l’aise, car je perds par le fait même mon objectivité. Et comme je ne parle pas souvent d’équipement sur ce blogue (je trouve ça tellement, mais tellement ennuyeux de m’éterniser sur les détails techniques; non mais, on s’en câlisse-tu de la foutue drop !), j’aurais l’air de quoi si je me mettais à vanter ces souliers à tour de bras ?

Bref, je vais probablement en glisser un mot de temps en temps et si j’en parle encore dans un an, c’est parce qu’ils font l’affaire. Car ils auront beau ne pas me coûter cher, si je ne les aime pas, je ne les porterai pas. Point.

Nouvelle technique de course

Blessure à répétition à la cheville oblige, j’ai entrepris de changer ma technique de course, car je suis à peu près persuadé que mon attaque-talon est la cause de mes maux.

Mais bon, à 45 ans, désapprendre pour réapprendre à courir, c’est beaucoup, beaucoup de travail. Et le corps se rebelle contre ça. Théoriquement, je devrais diminuer mon volume pour faire une telle transition, mais le problème est que le reste de mon corps a besoin de sa dose d’endorphines pour me permettre de continuer à vivre presque convenablement en société. Je dois donc essayer de ménager la chèvre et le chou. Sans trop de succès.

Je m’attendais à souffrir des mollets et durant les 2-3 premières semaines, c’était effectivement le cas. Big deal. Mais depuis, ce sont les tendons d’Achille qui ont pris la relève et là, aille, aille ! Parfois, ça va bien, mais parfois…

Ajoutez à ça les milliers de trucs qu’on lit un peu partout qui font que courir devient aussi compliqué que frapper une balle de golf. Et puis il y a la vitesse, qui n’est plus au rendez-vous: j’ai facilement perdu une bonne quinzaine de secondes au kilomètre. J’essaie de me dire que ça va revenir une fois la transition complétée, mais être patient, ce n’est pas toujours facile. Surtout quand ça concerne MA course.

Depuis peu, j’essaie d’appliquer un conseil que Joan m’a donné: me concentrer à ne pas faire de bruit. Bizarrement, le pied droit obéit, mais pas le gauche. Ça adonne bien, c’est justement de ce côté que la cheville est récalcitrante…

Bref, à suivre !

Débarrassé !

Voilà, c’est fait: le kyste qui m’a tellement fait ch… cet été est maintenant chose du passé, gracieuseté de l’intervention de François, que j’avais rencontré au Vermont 100. Enfin !!! Comme j’ai tendance à produire de ces machins sans trop savoir comment (c’était le quatrième que je faisais enlever), j’anticipe de retourner sur sa table d’ici quelques années.

Et cette fois, je me promets bien de ne pas attendre qu’une infection vienne me jouer des tours avant de passer sous le bistouri !  Sauf que me connaissant, ce ne sera jamais le bon moment: il va y avoir telle course ici, tel voyage là…

Deux nombres: 3.6 et 410

Inscription en vue du Western States, LE 100 miles original. La demande pour participer à cette épreuve est tellement forte que l’organisation se permet d’exiger que le coureur ait participé à l’une des épreuves qualificatives au cours de la dernière année. Par chance, j’en ai complété deux cette année,  Massanutten et le Vermont 100.

Ça n’a pas empêché 3524 personnes de s’inscrire à la loterie qui déterminera les 270 « chanceux » lors du tirage qui aura lieu samedi. Par souci de justice, le nombre de billets de tirage attribué à chaque participant est lié de manière exponentielle au nombre d’années que celui-ci a « perdu » à ladite loterie. Or, comme j’en suis à ma première année, je n’ai qu’un seul billet de tirage et selon les études statistiques publiées sur le site, j’aurais 3.6% de chance que mon nom soit tiré. Je pense que je ne réserverai pas mes billets d’avion tout de suite…  😉

Nous sommes 12 Québécois inscrits au total, dont mes amis Stephane, Vincent, Joan, Seb et Simon. Sans oublier Fanny, qui vit en Alberta. Ce serait cool de la revoir là-bas !  🙂

Ceci dit, et je ne suis pas le seul à le penser, je trouve l’organisation de cette course un peu beaucoup au-dessus de ses affaires. Tout d’abord, le prix d’entrée est astronomique: 410 $ US. Hé, c’est plus cher que le Marathon de New York !  En plus, et Pat l’a vécu l’an dernier, ils se permettent de charger lesdits frais dès que notre nom est pigé et pas moyen de se faire rembourser en tout ou en partie si on n’est dans l’impossibilité de se présenter. Et par le fait même, pas de liste d’attente pour permettre que des gens qui aimeraient participer puissent prendre la place de ceux qui ne peuvent pas. On encaisse l’argent et si vous n’êtes pas là, hé bien tant pis !

Un peu ordinaire, si vous voulez mon avis…

Bromont Ultra, presque six semaines plus tard

J’avais mis la touche finale à ce billet jeudi dernier et avais prévu le publier vendredi soir ou durant la fin de semaine. Or, ça me semblait tellement futile suite aux événements de Paris que je ne voyais vraiment pas pourquoi je le ferais. Maintenant, je tente, tant bien que mal, de revenir à la « normale ». Amis français, si ce billet peut vous changer un tant soit peu les idées, vous m’en verrez plus que ravi. Mon coeur est avec vous, plus que jamais.

Cheville tendre oblige, je suis passé d’un rôle principal à celui de soutien au dernier Bromont Ultra qui s’est déroulé les 10 et 11 octobre derniers. Je dois avouer que l’expérience m’a ouvert les yeux sur la somme colossale de travail qui est requise pour mener à bien une telle entreprise. J’avais beau le savoir dans mon for intérieur, ce n’est jamais la même chose quand on le vit.

Récit d’une fin de semaine en trois actes.

Acte I : le montage

J’ai reçu un courriel me demandant de participer au montage quelques jours avant la date prévue. Comme je savais déjà que j’allais faire les quarts de travail de 16h à 20h le samedi, puis de minuit à 8h le dimanche au ravito principal, j’ai été un peu surpris de voir qu’on réclamait ma présence pour d’autres tâches. Mais bon, j’avais donné des disponibilités pour le vendredi en après-midi, alors je n’étais pas pour me défiler.

Ce qu’il y a de plaisant dans de telles circonstances, c’est que lorsqu’il n’y a plus de travail à faire, hé bien on s’en va, un point c’est tout. Donc, après avoir marqué le stationnement avec des piquets et des cordes, installé des pancartes, monté et déplacé des tentes, tout ça sous la pluie, mes deux compagnons et moi nous sommes retrouvés à ne rien faire. Il faut dire qu’il y avait beaucoup, beaucoup de monde sur place et la fourmilière était vraiment efficace. Déjà, à seulement sa deuxième année d’existence, l’organisation ne donne pas sa place côté logistique. Donc, après avoir erré un peu sur le chemin menant à l’arrivée, me rappelant la dernière fois où j’y avais posé les pieds 12 mois auparavant, je suis retourné à la maison. Deux grosses journées m’attendaient.

Acte II : le ravito

Cours ou cours pas ?  C’était la question existentielle en ce samedi matin. Comme j’aurais à pacer Fanny sur une trentaine de kilomètres le dimanche matin, la raison me commandait de me tenir tranquille. Mais il faisait si beau…

Peine perdue, je suis allé faire un tour. 10-12 km maximum, mais il fallait que je courre. Mon équilibre mental en dépendait.

Puis, coup d’œil aux résultats préliminaires avant de partir: Seb était passé en tête au 35e kilomètre. Et qui suivaient, 20 minutes derrière ?  Mes amis Louis, Pierre et Martin. J’aurais pu être là. J’aurais être là. Quelle torture !

Ce que j’ai vu sur la route de Bromont ne m’a fait aucunement regretter mon choix de courir. Le soleil était éclatant, les couleurs de l’automne, à leur apogée. Les montagnes m’appelaient, s’il avait fallu que je sois « à jeun »…

À mon arrivée, je me suis rendu au ravito principal où Pat et Joan fixaient au loin, attendant (im)patiemment le premier passage de Seb, au kilomètre 72. Je me suis joint à eux et ai découvert ce qui allait être ma réalité pour les prochaines heures: l’attente. Comme d’autres courses se déroulaient en même temps, c’était difficile de savoir si c’était bien lui qui arrivait quand quelqu’un se présentait tout en haut de la butte qui surplombe le parc équestre.

Puis, il est arrivé. C’était comme l’euphorie dans notre petite troupe. Il est passé en coup de vent et honnêtement, s’il n’avait pas eu à se soumettre à la pesée, pas certain qu’il se serait arrêté. En fait, il est passé tellement vite que François (son équipe de support au grand complet) l’a tout simplement raté.

Recommença ensuite l’attente. Comme mes amis avaient 20 minutes de retard au 35e kilomètre, je m’attendais à au moins 45 minutes de retard ici, sinon une heure. Je piaffais d’impatience, j’avais trop hâte de les voir. Je voulais, je devais savoir s’ils allaient bien. Après un certain temps, n’en pouvant plus, je suis parti en sens inverse à leur rencontre.

Après une éternité, Pierre et Martin se sont présentés au bas du chemin de terre arrivant du lac Gale. Louis les suivait, pas trop loin derrière. J’étais énervé comme un gamin. Comment ça va ?

« Comme après 70 kilomètres » me répondit Pierre qui n’avait pas son sourire habituel. C’est vrai qu’ils étaient dans la partie la plus difficile d’un ultra, soit celle où on commence à accuser le coup sans être rendu à la moitié.

Après leur avoir demandé de quoi ils pensaient avoir besoin, je suis parti à pleine vitesse pour retourner au ravito, question d’essayer de leur préparer le tout. J’avais un sentiment d’urgence, je tenais absolument à me rendre utile. À ce moment-là, j’ai compris pourquoi les bénévoles dans les ultras sont si dévoués : ils attendent des heures avant qu’un coureur daigne se pointer le nez, alors quand il y en a un qui arrive, on veut tout faire pour lui faciliter la vie, comme si on voulait se « racheter » pour le temps qu’on a passé à ne rien faire.

Par la suite, ça a été un peu plus rock’n’roll. Les coureurs se sont mis à arriver plus regroupés et naturellement, les tâches se sont séparées. Julia, la fille de Pat, prenait en note les heures d’arrivée. Pat et Joan s’affairaient aux drop bags et moi, je me suis retrouvé à transporter des chaises, à couper patates et bananes ainsi qu’à diriger les coureurs.

Sauf qu’à un moment donné, avec les équipes de soutien (sans compter l’équipe médicale), on commençait à joyeusement se piler sur les pieds. Pour certains accompagnateurs, ça paraissait qu’ils en étaient à leur première expérience: disons que l’efficacité n’était pas vraiment au rendez-vous. Beaucoup de conversations pas tellement pertinentes se déroulaient, auxquelles s’ajoutaient les coureurs du relais qui venaient piger dans les victuailles réservées aux coureurs des 80 et 160 kilomètres. Bref, c’était le bordel, au point où, à un moment donné, Pat a dû élever la voix et demander à tous ceux qui n’avaient pas d’affaire là de sortir, limitant le nombre de membres d’une équipe de support à une personne. Disons que ça a fait effet.

J’ai aussi été à même de constater une chose: moi qui croyais que j’étais lent aux ravitos, j’ai pu me consoler en observant les autres agir. Et j’en suis venu à la conclusion qu’en règle générale, plus un coureur est lent, plus il prend du temps à un ravito. Certains sont demeurés là une bonne quinzaine de minutes, ce qui est beaucoup trop long. Nous avons même dû en insister pour que quelques-uns finissent par partir, leur rappelant que plus ils tardaient, moins ils auraient le goût de relancer la machine.

Ça n’a pas été le cas de Fanny, celle que j’allais pacer plus tard, et avec qui j’ai fait connaissance alors qu’elle embarquait sur la balance. Après un petit câlin, elle a pris quelques trucs et s’est envolée. Je n’ai malheureusement pas pu la revoir au 80e kilomètre car mon capitaine, sentant que le rush achevait, m’a envoyé au dodo, ajoutant au passage que vu que la nuit serait tranquille, je n’avais pas à me dépêcher pour revenir.

Ainsi donc, après avoir mangé un peu, je me suis retrouvé dans mon sac de couchage que j’avais déroulé dans le RAV4. Étonnamment, j’étais foutrement bien, mis à part le fait que pour la première fois de ma vie, j’aurais vraiment souhaité mesurer 5 pouces de moins. Pas évident de dormir quand on est obligé de toujours garder ses jambes repliées. Mais j’ai tout de même réussi à perdre la carte 2 ou 3 heures.

De retour au ravito vers 2h, c’était le calme plat. Tout le monde était évidemment passé depuis belle lurette et mise à part la progression de Seb en tête de course, il n’y avait pas grand-chose d’autre que le suivi des coureurs à faire. Car, dans la nuit froide, il était important de ne pas les « perdre » et de savoir qui était toujours en course et qui avait dû quitter.

On me raconta d’ailleurs l’anecdote d’un coureur qui avait débuté sa deuxième boucle les yeux dans le vide, en chancelant. Joan avait prédit « qu’il ne ferait pas long » et effectivement, des gens l’ont retrouvé quelques centaines de mètres plus loin, couché dans le sentier. Évanoui ou endormi, on ne le sait pas trop, mais avec la froideur de la nuit, heureusement que quelqu’un était là car c’est l’hypothermie qui l’attendait.

Nous avons donc passé ce qui m’a semblé de longues heures à attendre. Il y a eu le départ du 80 kilomètres à 3h qui nous a un peu changé les idées, départ suivi de près par l’abandon de Vincent (après 4 kilomètres de course !) sur cheville foulée. Aussi, un coureur que nous avions « perdu » s’est présenté. Il s’était égaré, en avait ras le pompon et avait fini par retrouver le camp de base. Il s’est emparé de ses affaires et est parti sans dire un mot ou presque. Le parcours avait eu raison de lui.

Puis, ce furent les spéculations autour de l’arrivée de Seb. Son équipe, maintenant composée de François et de la blonde son pacer (dont j’oublie les noms) attendaient avec nous sous la tente. Après une éternité à voir passer sporadiquement des coureurs qui faisaient le relais, nous avons vu deux lampes frontales se pointer au loin.

C’étaient eux !  Branle-bas de combat, Seb s’en venait !  Après des heures, nous aurions enfin quelque chose d’utile à faire !!! Et que fit Seb en arrivant dans la tente ? « Du Coke !!! ». Il voulait du Coke. Il en a calé 2 ou 3 verres, puis est reparti en trombe pour sa dernière boucle de 8-9 km. Son pacer, qui venait à peine de s’asseoir, a laissé échapper un léger soupir de découragement, ayant l’air de dire : « Déjà ?!? ». Et voilà, après toute cette anticipation, nous avions une autre heure à tuer avant qu’il se passe à nouveau quelque chose.

Je l’ai pour ainsi dire passée à jaser avec son équipe de soutien et aussi, à me préparer pour ma matinée. Car j’anticipais le moment où Fanny allait m’appeler pour que j’aille la rejoindre au kilomètre 124. J’avais vraiment hâte.

Tout comme Joan l’an passé, Seb a eu droit à une haie d’honneur pour son arrivée, après un peu plus de 21 heures passées dans les sentiers. Tous les bénévoles et spectateurs présents se sont massés pour l’accueillir. C’est vraiment cool comme façon d’accueillir le grand gagnant. Son plus proche poursuivant allait arriver presque 5 heures plus tard…

Tout sourire et l’air pas trop fatigué comme c’est son habitude, il donnera quelques entrevues avant d’aller prendre une douche bien méritée. Comme on dit dans le milieu: great job !

Une fois la commotion terminée, j’ai commencé à sérieusement m’inquiéter pour Fanny dont je n’avais aucune nouvelle. Finalement, après avoir multiplié les contacts par radio, Pat a fini par apprendre qu’elle poursuivait son petit bonhomme de chemin, lentement mais sûrement.

Autre inquiétude: alors que Seb avait terminé depuis belle lurette, on nous apprenait que Bruno venait de quitter le ravito Balnéa (kilomètre 143). Or, pas de nouvelles de Martin et Pierre. Je me doutais que Louis en arrachait après l’avoir vu quitter péniblement pour son deuxième tour, mais les deux autres ?  Selon mes calculs et les temps de passage à la mi-parcours, ils auraient dû être passés depuis un bout de temps… J’étais persuadé qu’ils s’étaient perdus, surtout qu’ils n’étaient plus en deuxième place, eux les ultramarathoniens aguerris. Pour moi, ça n’avait pas de sens.

À force d’argumenter, mon raisonnement a fini pas faire son chemin dans la tête de Pat et Guylaine et voilà, j’avais semé un mini-vent de panique dans l’équipe. Fallait les retrouver !

Finalement, mes amis se sont effectivement perdus quelques minutes, mais ils ont surtout poursuivi en mode plus relaxe et quand Bruno les a rattrapés, ils n’ont pas poussé la note pour le suivre. Cette idée de nous inquiéter de même, aussi…  😉

À 6h, je reçus un appel de Fanny qui approchait du ravito « Chez Bob ». Elle prévoyait arriver au kilomètre 124 à 8 heures, je l’ai assurée que je serais là bien avant, au cas où…

Acte III: le pacing

J’étais bien sûr au Lac Bromont avant 8 heures. Le soleil se levait doucement sur une autre belle journée, j’allais faire une trentaine de kilomètres dans des sentiers, que pouvais-je demander de plus à la vie ?

Je me préparais tranquillement en jetant parfois un oeil à la route, d’où arrivaient les coureurs. À chaque fois qu’il y en avait un qui se présentait, j’espérais que ce soit elle, mais non. Un en particulier, Patrice (ben non, pas celui que vous connaissez…) est arrivé en boitant lourdement. La cheville complètement fichue, ce serait son dernier arrêt. Tout de suite, je lui ai offert de s’intaller dans le RAV4, question de ne pas frigorifier en attendant que sa douce moitié vienne le chercher. Je me suis également occupé d’avertir l’organisation de son DNF. Il était tellement reconnaissant que ça en était gênant…

Un autre coureur était là depuis un bout, sa blonde étant arrivée (elle allait le pacer) en même temps que lui. Elle avait pris le temps de se changer, de s’échauffer et de le masser. Quand je dis que ce n’est pas tout le monde qui passe en coup de vent à un ravito…

Fanny est arrivée comme ils partaient. M’attendant à ce qu’elle prenne 4-5 minutes, je terminais d’ajuster mes affaires et j’étais en train d’annoncer à Patrice que malheureusement, je devais l’évincer (j’avoue que ça me fendait le coeur de le faire et par après, je me suis dit que j’aurais pu juste lui demander de verrouiller les portes du RAV4 avant de partir, du con…) quand je l’ai entendue me lancer: « Je repars tout de suite, je ne veux pas manquer le cut-off ! ».

Hein ?  Déjà ?  Wo-ho, elle ne niaise pas avec le puck celle-là !  Je sens que je vais l’aimer…

Je suis donc parti à sa poursuite, un peu tout croche et ma Suunto neuve (que je ne connaissais pour ainsi dire pas du tout) pas encore prête pour l’action.

Pat m’avait dit: « Elle n’est peut-être pas la plus rapide, mais elle est vraiment tough ! ». Je dois avouer qu’il n’avait pas tort, bien au contraire. Pendant près de 6 heures, ce petit bout de femme qui mesure 5 pieds et pèse 100 livres, qui n’avait pas dormi depuis plus de 30 heures, avançait, encore et toujours, sans jamais se plaindre. Toute une force de caractère !

À la voir progresser, il était évident qu’elle avait mal. « Une ampoule » qu’elle me disait. À part ça, rien. Une vraie de vraie. On a jasé de tout et de rien. De course, évidemment, mais de la vie aussi. Quand elle m’a appris qu’elle était végétalienne, ma curiosité était piquée. Pour la première fois, j’allais avoir l’occasion de savoir c’était quoi, la vie d’un végétalien. Elle pensait peut-être que j’entretenais seulement la conversation pour la distraire, mais non, ça m’intéresse vraiment. C’est bien beau lire Scott Jurek, mais ce n’est pas comme échanger ouvertement sur le sujet.

Je dois avouer que j’ai appris bien des choses intéressantes et comme je le pensais, ce qu’elle trouve le plus difficile, c’est la partie « sociale » de ce mode de vie qui est la plus problématique. En effet, quand les parents et amis ne sont pas végétaliens, on fait quoi quand on est invité à souper ?

Quant au « pourquoi », je dois avouer que son argumentaire était solide et je ne pouvais rien lui opposer. À part que merde, c’est bon, de la viande et du fromage…

Nos discussions n’ont pas empêché le parcours de se dresser devant nous tel un véritable mur. À plusieurs reprises, je me suis dit: « Ha oui, cette partie-là… ». Les gens « normaux » et même les coureurs sur route ne peuvent imaginer ce que les ultramarathoniens doivent affronter comme terrain. J’avais envie de rire, quelques heures plus tôt, quand l’ami de Seb s’était étonné de voir que ce dernier avait pris 2 heures pour parcourir une section de 13 kilomètres. Hé oui, même Seb doit marcher par bouts… 🙂

Malheureusement pour Fanny, le chili absorbé au souper avait décidé de littéralement se transformer en courant d’air intestinal. Moi qui suis déjà plutôt actif de ce côté en temps normal, la fréquence de mes backfires était hallucinante. Au point où elle a fini par me lancer: « Je n’ai jamais vu quelqu’un qui pète comme toi ! ». Heu, comme première impression, on a déjà vu mieux, pas vrai ?  😉

Par contre, je m’arrangeais toujours pour être derrière elle quand ça se produisait. En fait, j’ai passé le plus clair du temps derrière, sauf quand le sentier était assez large pour qu’on puisse évoluer côte à côte. Je ne sais toujours pas si c’était la bonne chose à faire, mais je ne voulais pas qu’elle sente de la pression pour avancer et qu’elle risque une blessure à essayer de me suivre si je tentais de lui donner un rythme plus rapide devant.

Petit à petit, des coureurs du 80 km se sont mis à nous rattraper. À les voir aller, je me disais que dans mes meilleurs jours, j’aurais pu finir dans les 3 premiers. Puis, dans la section autour du mont Gale, ce fut au tour de ceux du 25 km. Et dans ce cas-là, pas question d’un top 3, ni même d’un top 10: de véritables fusées sont passées à côté de nous !  Je suis vraiment fait pour les longues distances, il n’y a pas à dire…

Le seul endroit où elle a perdu un peu de temps a été au ravito du Balnéa où elle a pris le temps d’aller aux toilettes. J’en ai profité pour m’empiffrer de wraps au poulet (ben quoi, je suis omnivore, j’ai le droit !) qui étaient écoeurants comme on dit si bien ici. Fanny, tu manques quand même quelque chose…  🙂

Par la suite, même si c’était la troisième fois que je me tapais cette partie de parcours, j’ai commis l’ultime erreur du pacer: encourager faussement ma coureuse en lui disant que la montée du mont Gale achevait. En fait, ça ne finissait tout simplement plus et à la fin, je ne me croyais plus moi-même quand je pensais que le sommet approchait. À me rappeler l’an prochain: le mont Gale ne finit pas, le mont Gale ne finit pas, le mont Gale ne finit pas…

Une fois rendus en haut, ce fut la longue descente et finalement, le chemin nous ramenant au camp de base. J’essayais de courir pour l’inciter à faire de même, mais après plus de 30 heures de course, il y a des limites à ce que le corps puisse accomplir.

En arrivant au centre équestre, tout de suite après la descente, sa famille l’attendait. L’ayant reconnue au loin, ils se sont tous mis à crier et elle m’a avoué: « Je vais me mettre à devenir émotive s’ils n’arrêtent pas ». Je lui ai donné un « câlin de côté », comme pour lui dire qu’elle pouvait se laisser aller un peu, elle en avait bien le droit.

Mais, bien que mon travail de pacer s’arrêtait là (sa cousine allait l’accompagner pour la dernière boucle de 8-9 km), ce n’était pas fini pour elle et elle est retournée en mode « finissons la job ». Pendant qu’elle était aux toilettes, je vérifiais le contenu de son sac d’hydratation et avant même que je m’en rende compte, elle était repartie. Ouais, c’est une vraie de vraie !

Je ne sais pas combien de temps ça lui a pris pour faire ladite boucle, mais ça m’a semblé très long. Heureusement que je la savais accompagnée, parce sinon, je me serais vraiment inquiété. Et comme j’étais retourné chercher mon auto (à la course, c’étaient deux petits kilomètres par la route) entre-temps, j’avais perdu contact avec sa famille, alors j’étais seul pour l’attendre à une centaine de mètre de l’arrivée…

Puis, au loin, je l’ai reconnue. Les membres de sa famille s’étaient rendus à sa rencontre, au moins 500 mètres avant l’arrivée. Je me suis précipité à leur rencontre et c’est en groupe que nous l’avons accompagnée jusqu’au fil, ses parents insistant pour que je termine à côté d’elle. C’est après 33 heures et 5 minutes d’effort, 55 minutes avant la coupure qu’elle franchira la ligne, en 16e position, deuxième femme à réussir le 160 kilomètres du Bromont Ultra.

Ça terminait de belle façon une fin de semaine vraiment pas comme les autres…

Mes impressions au final ?  Être de « l’autre bord » nous permet d’apprécier et de comprendre le travail incroyable que doivent se taper les membres de l’organisation. Ça nous permet également voir les dessous de ce qui se passe durant une telle épreuve. En plus, comme j’ai eu la chance de jouer de double rôle de pacer et de bénévole, je dois avouer que c’est très gratifiant de savoir qu’on a pu aider de quelconque façon des gens à réussir un tel défi. Immanquablement, des liens se créent. Juste la petite conversation que j’ai eue avec Benjamin, qui était sur un nuage après avoir complété son premier 100 miles valait la courte nuit et les heures passées à attendre.

Je compte bien récidiver un jour… mais je préfère courir !  🙂

Le test

Hier, c’était le grand test. J’avais fait 90 km la semaine dernière, j’y ajoutais une couche en me farcissant le Marathon de Montréal avec mon ami Sylvain qui en était à sa première expérience sur la distance. C’était le moment de vérifier si ma cheville pourrait tenir 160 km dans 3 semaines.

Hé bien, le test n’a pas été concluant. Autour du kilomètre 11 ou 12, elle a commencé à se plaindre. Rien de grave, juste un petit quelque chose d’agaçant. 20 kilomètres plus loin, toujours la même affaire. Bon, pas de quoi écrire à sa mère. Dans ma tête, c’était clair : j’allais être en mesure de découvrir le nouveau parcours d’Alister avec un dossard agrafé sur ma cuisse droite. Je n’étais pas pour m’empêcher d’y retourner pour une petite douleur moumoune de même.

Puis, juste avant Pie IX, ça a fait « couick ». Par après, je courais sur des œufs, craignant à tout moment que ça lâche pour de bon. Comme Sylvain en arrachait, nous avancions autour de 6:00/km. J’ai repensé à Washington où j’y allais à fond la caisse après 75 km de course, je me suis dit que je ne serais pas prêt à refaire le coup, là, maintenant, avec deux fois moins de kilomètres dans les jambes. Dès lors, la décision était prise : pas de BU pour moi cette année.

J’ai envisagé de m’inscrire au 55k juste pour le plaisir. Mais je me connais : si je fais ça, je vais essayer quand même de rester « sharp » jusqu’à la course et tenterai d’y faire une bonne performance au lieu de me laisser le temps de guérir. Je suis comme ça. Je préfère donc m’abstenir… et enfin redonner à la communauté.

Un récit du marathon suivra bientôt. 🙂