Boston: ça ne dépend plus de moi

Voilà, je n’y peux plus rien. Après avoir fait sous le standard pour un homme de mon âge, je suis maintenant « enregistré » pour le marathon de Boston, l’Everest du marathonien moyen. Ça ne veut toutefois pas dire que je suis inscrit. Je devrai attendre une grosse semaine avant de savoir…

Hé oui. Ça a commencé lundi dernier, quand les chanceux qui ont battu les standards de 20 minutes ou mieux pouvaient s’inscrire. Comme il restait de la place rendu mercredi, c’était au tour de ceux qui avaient fait 10 minutes ou mieux d’avoir la priorité. Et vendredi, c’était au tour des 5 minutes et mieux. Comme il reste de la place, depuis ce matin, tous ceux qui ont fait mieux que les standards ont toute la semaine pour « s’enregister ». À la fin de la semaine, si le nombre d’enregistrements dépasse le maximum de participants prévus, les organisateurs vont faire une sélection en fonction des performances dans chaque catégorie. Simple non ?

Ainsi donc, l’an passé, avec un standard fixé à 3:20:59, mon 3:20:07 de Mississauga m’avait permis de m’enregistrer, mais pas d’accéder à la course. En effet, pour les hommes de 40-44 ans, le temps maximum accepté avait été de 3:18:46. Doh !

Cette année, avec un standard resserré à 3:15:00, j’espère être correct avec mon 3:11:44 d’Ottawa.

Je croise les doigts, c’est tout ce que je peux faire maintenant…

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Trop ? Pas assez ? Juste ce qu’il faut ?

Je sais que je me répète, mais quelle température idéale pour courir encore une fois ce week-end !  L’été qu’on a eu a été plutôt taxant sur les organismes, mais là, on n’a vraiment pas à se plaindre.

J’ai finalement pris une « grosse » décision par rapport à mon dilemme de cette semaine hier matin, pendant que je parcourais les sentiers du bord du fleuve: j’allais faire 26 km hier et 30 aujourd’hui.

Hier donc, dans les sentiers plats de la voie martitime, une course faite à bon rythme, en fait au même rythme que la semaine dernière: 4:30. Les sensations étaient bonnes, l’air aussi et le vent, pas trop dérangeant. Puis ce matin, cap sur St-Bruno, pour l’avant-dernière fois. Je n’étais pas encore sorti de l’auto qu’un chevreuil se montrait le bout du nez, dans le champ au bout du boulevard. Ça augurait bien.  Après une petite séance de réchauffements (mot qui prenait tout son sens ce matin !), je suis parti, portant coupe-vent pour la première fois depuis des lunes et chaussé de mes Salomon tout neufs, visibles à partir de l’hélicoptère TVA.

À deux semaines de la course, je voulais faire un petit test: voir comment mes jambes sont capables de supporter une longue course quand elles sont fatiguées. Parce que pour la première fois de ma « carrière », j’avais l’intetion de faire plus de 25 km deux jours de suite. En fait, je n’avais même jamais fait plus de 20 km deux jours de suite, c’est pour dire.

Pendant environ 20 km, ce fut une véritable partie de plaisir. Une fois le moteur mis en marche, c’était tellement agréable… Puis j’ai encore une fois senti le moment où mon corps est passé en mode « réserves » et c’est là j’ai eu un petit ralentissement. Et comble de « malheur », je venais de rattraper une dame et bon, mon orgueil étant ce qu’il est, je n’étais tout de même pour marcher la petite montée qui s’offrait à nous à ce moment-là… Toutefois, une fois mon gel au beurre d’arachides englouti, ça s’est replacé et j’ai pu terminer en me disant que j’en aurais bien fait 10 autres. Moyenne de 4:56, vraiment pas mal pour un lendemain de longue sortie (ok, la température fraîche y a peut-être été légèrement pour quelque chose).

C’est seulement la raison qui m’a empêché d’aller faire la boucle rustique de 3.5 km avant de retourner à la maison. Elle me tentait vraiment. Mais je me suis retenu, je suis en diminution de charge d’entrainement après tout.

En revenant, c’était justement la question qui me trottait dans la tête: en ai-je fait trop ?  Ou pas assez ?  Ou juste comme il faut ?  C’est ce qui est frustrant: on ne le sait pas. Ces 56 kilomètres en deux jours auront-ils un effet bénéfique ou néfaste sur ma préparation ?  Au moins, je ne me suis pas blessé. Aussi, ma hanche a très bien passé les descentes, même la grosse du sentier des Lacs qui est ma bête noire. C’est déjà ça de pris.

À partir de maintenant, c’est vraiment la diminution. Des sorties de 15 km cette semaine (vitesse mardi, mont Royal jeudi), puis une combinaison à déterminer pour le week-end prochain. Suivront deux petits 10 km la semaine avant la course et ce sera fini. Je ne peux tout simplement pas me faire à l’idée que la prochaine fois que je vais faire plus de 20 km, ce sera pour en faire 4 fois plus…

Le mystère des « drop bags »

Étant nouveau dans le monde des ultras, j’ai beaucoup lu sur le sujet au cours des derniers mois. Il y a plusieurs choses qui m’étaient totalement inconnues avant de commencer mes lectures. L’une d’elles est les « drop bags ».

Je voyais sur les forums de discussions que les gens en parlaient, échangeaient sur ce qu’ils devaient mettre dedans, etc. Ça m’a pris un peu de temps à comprendre parce que le concept m’était totalement étranger. En fait, pas totalement, dans un certain sens car j’utilisais le principe dans mes marathons, quand je le pouvais. En effet, j’abusais de la bonté de ma tendre épouse ou de mes amis pour qu’ils me rencontrent à un endroit pré-déterminé sur le parcours et me laissent ce que je leur avait demandé: barre énergétique et bouteilles de Gatorade remplies, en l’occurence. Bizarrement, il m’est arrivé par deux fois de faire un marathon totalement en solo et j’y ai réussi mes deux meilleures performances. Hum… (Sans blague, ce sont les conditions météo à Mississauga l’an passé et Ottawa cette année qui m’ont permis de réaliser ces temps)

Mais bon, un ultra, par définition, ça dure plus longtemps qu’un marathon. Certains disent que pour 50 milles, il faut multiplier son temps en marathon par deux et ajouter deux heures. D’autres parlent de tout simplement multiplier par trois. Dans mon cas, ça donnerait quelque chose entre 8h15 et 9h30, à peu près. Les conditions ont donc pas mal plus de chances de changer sur une telle période que pour un marathon. Aussi, pas mal plus de choses peuvent se produire sur 50 milles dans le bois que sur 42 km dans les rues de la ville.

Entrent alors en jeu les « drop bags ». J’ai fini par comprendre qu’on peut y mettre ce dont on prévoit avoir besoin durant la course. On les dépose à un endroit précis la veille de la course et ils seront « livrés » à la station d’aide qu’on aura indiquée sur le sac. À ce que j’ai compris.

Mais bon, ça a l’air de quoi, un « drop bag » ?  Un sac d’épicerie ?  Un sac de sports ?  Un bon vieux sac vert Glad ?

Les organisateurs du Vermont 50, prévoyant qu’ils seraient envahis de néophytes comme moi, nous ont fait parvenir un merveilleux courriel cette semaine. Il était intitulé: « News you can use » et il y avait une section complète dédiée aux « drop bags ». Cool !

Première règle: ça prend des sacs souples, pas des contenants rigides style « boîtes ». Deuxième règle: le sac doit pouvoir passer par une ouverture de 9" x 9". Heu de quessé ?  Pourquoi donc ?  Prévoient-ils prévoir les passer au travers le trou d’une sécheuse ?  C’est quoi, cette affaire-là ?  Et ils y tiennent mordicus, spécifiant que les sacs ne respectant pas cette règle ne seront tout simplement pas transportés. Ayoye…

Bon, on met quoi dedans, maintenant ?  Voici leurs conseils. Première chose, être prêt à ne plus jamais revoir ce qu’on met dans un des ces sacs, donc aucun objet dispendieux genre cellulaire (il n’y a pas de réception de toute façon, ça illustre bien à quel point c’est reculé comme endroit), GPS, iPhone, iPod, etc. Aussi, aucun objet fragile qui ne peut résister à une chute de 4 pieds (traduction de: nous allons câlisser les sacs en bas de la boîte du pickup). Ok, enregistré, je sais quoi ne pas mettre. Mais quoi mettre ?

Du linge de rechange propre: bas, t-shirt. S’il fait chaud, changer de t-shirt peut être pratique. Et si c’est détrempé, une paire de bas secs peut sauver biens des ampoules. On peut même insérer une paire de souliers de rechange, quoi qu’il est stipulé que c’est très rare que les coureurs changent en cours de route. On peut aussi mettre quelques articles de premiers soins: ruban adhésif, pansements, désinfectant. Pour l’alimentation, c’est une excellente façon de faire parvenir des gels, barres énergétiques ou tout autre aliment qu’on est habitué de prendre. Les possibilités sont infinies !  😉

Pour cette course-là, il y aura trois stations d’aide où on pourra avoir accès à nos « drop bags »:  aux milles 12, 32 et 47 environ (il y a 10 stations d’aide en tout sur le parcours). C’est aussi à ces endroits que les « équipes de support » seront admises. Donc, pour ceux qui ne font pas confiance au système des « drop bags » et qui ont la chance d’avoir encore des amis et/ou un(e) conjoint(e) dont ils peuvent abuser de la bonté, ils peuvent leur donner rendez-vous à ces endroits précis sur le parcours. Tout autre aide reçue ailleurs est interdite et est passible de disqualification. On peut dire qu’ils ne niaisent pas avec le puck, les gens du Vermont…

Pour ma part, comme j’ai (encore) une épouse qui est prête à m’aider, je compte lui faire amener un sac de remplacement rempli de Gatorade pour mon Camelbak au 32e mille. Pour le reste, ça va dépendre de la température. Un certain acteur qui fait des ultras m’a dit que lui, pour une course de 50 milles, met quelques trucs dans ses « drop bags » au cas où, mais ne s’en sert à peu près jamais. Je me suis tout de même procuré des sacs imperméables de 15 et 20 litres chez MEC (ils devraient passer dans une ouverture de 9" x 9", jamais je ne croirai) pour mettre mes cossins. Je pense bien faire envoyer une paire de bas, un t-shirt, des pansements, du ruban adhésif, un imperméable jetable et peut-être une barre énergétique aux trois endroits. En plus, au 32e mille, une paire de chaussures de secours m’attendra, « au cas où ».

Mais bon, tout peut changer s’il pleut, s’il fait froid, s’il fait chaud, etc. Je vais décider ça l’avant-veille de la course. Histoire à suivre.

Un petit peu fourré, le monsieur

Ha, les températures automnales qui comencent à vouloir se montrer le bout du nez… Enfin !  Car, c’est bien beau, la chaleur et l’humidité, mais comme je l’ai tellement souvent répété, ce n’est pas l’idéal pour nous, les coureurs. Bon, à force d’avoir à en subir, on finit pas s’habituer, mais jamais complètement. Et quand il commence à faire plus frais, on se sent rivigoré au moment de partir à courir.

Ça a donc donné une superbe sortie de 26 km dans les sentiers sur les bords du fleuve dimanche matin. Sortie que je voulais originalement relaxe, mais bon, étant moi-même, j’ai tout de même fait du 4:30 de moyenne, malgré la fatigue de St-Bruno encore bien présente dans les jambes.

Puis ce matin, il ne faisait pas 10 degrés quand je suis parti de St-Lambert en direction du bureau. Au menu, 17 km avec intervalles. Mais bon, le pont Victoria étant levé, j’ai dû passer par Jacques-Cartier et les intervalles se sont transformés en course « tempo ». Au parc Jean-Drapeau, il y avait une équipe de tournage et une dame m’a regardé passer, soupirant un petit « Chanceux… » comme j’étais à sa hauteur. Une coureuse qui m’enviait, on dirait bien.

Mais bon, ce n’est pas de ça dont je veux jaser ce soir. Parce que voyez-vous, je suis un peu fourré dans mon horaire. En étant à mon premier ultra, je ne sais pas trop comment organiser mes trois dernières semaines, celle où on diminue la charge d’entrainement. Bon, sur le programme que j’ai, je suis supposé faire 99 km cette semaine, mais c’était avec un 50 km dimanche. Or, ces longues-là, c’est fini, il est maintenant trop tard. J’avais prévu faire une trentaine de km au mont Royal jeudi matin, mais problème: mon horaire flexible au travail ne l’est pas tellement, ces temps-ci. Jeudi AM, impossible. Jeudi PM ?  Tout de suite après dîner, en montagne, à 29 degrés ?  Pas certain. Demain alors ?  Problème de stationnement dans les rues. Et de toute façon, encore là, côté professionnel, ce serait difficile…

Je me suis donc fait à l’idée de faire « seulement » un 16-17 km en vitesse (intervalle ou tempo), sur route jeudi matin. Mais en fin de semaine, je fais quoi ?  Je vais retourner en sentiers, c’est certain. Mais quelle distance ?  Mon programme suggère deux fois 20 km, alors qu’en préparation pour un marathon, j’aurais fait un 16-24. Il me semble donc que 20-20, ce n’est pas beaucoup… 30-30 peut-être ?  Est-ce trop ?  Pas assez ? Bref, je ne sais plus.

J’ai des gros problèmes, hein ?  😉

Apprendre (presque) à la dure

Les vacances sont presque terminées, retour au boulot lundi. J’en ai toutefois profité hier pour faire ma dernière grosse course avant le grand jour.

Initialement, je voulais faire trois sorties d’au moins 50 km en sentiers avant le Vermont 50, un peu comme on fait trois sorties de plus de 30 km quand on prépare un marathon. Mais bon, il y a eu des changements dans les plans pour les vacances et comme on dit, courir 50 km, ça gruge une journée, genre…

Alors hier, je me suis dit que ce serait la deuxième et dernière. Au programme: 56 km au mont St-Bruno. Pourquoi 56 ?  Ben, parce que ça correspond à 70% de la distance visée, ce que je trouve être un pas pire ratio. Je me suis donc « élancé », mon Camelbak rempli à ras bord de Gatorade, de l’eau à la ceinture, 4 gels, 2 barres énergétiques et des predzels en quantité. J’étais prêt pour la grosse ouvrage, comme on dit.

Je n’avais pas fait 500 mètres que je rencontrais, tradition oblige, une maman-chevreuil et un petit. Il n’y a rien à faire, je suis incapable de poursuivre mon chemin quand je croise d’aussi belles bêtes… Ça commençait bien la journée. Puis, bon, les milliers d’ajustements du premier kilomètre passés, j’ai fini par me mettre en route pour de vrai. Et qu’est-ce qui m’attendait, comme à tous les jours cet été ?  L’humidité. 15 minutes de course et je dégouttais de partout. C’est vraiment fou comme climat. Un 7 septembre, bout de viarge !  Enfin, fallait que je fasse avec.

Rien d’autre à signaler pour les 10 premiers kilomètres. Après avoir rempli mes bouteilles d’eau, je suis reparti. Ça allait bien. Ma moyenne du premier tour (4:54/km) avait toutefois été un peu trop rapide à mon goût, mais bon…  J’étais sur mon sentier préféré quand le premier problème s’est pointé. J’adore le « Tour des Lacs », sauf à un endroit, où il y a une descente très abrupte que je ne suis jamais capable de courir comme du monde. Cette fois-là n’a pas été l’exception.

Mon pied gauche a pris un drôle d’angle à un moment donné et j’ai senti une grosse douleur dans ma hanche. Ouch !!!  Je me suis arrêté, ai constaté les dégâts, puis suis reparti, tant bien que mal. Shit, il fallait que ça passe, il me restait l’équivalent d’un marathon à faire, moi … Les kilomètres suivants ont été difficiles, les descentes particulièrement. J’essayais de protéger ma hanche, mais sans trop de succès. Merde.

Puis, autour du kilomètre 18, j’ai commencé à me sentir bizarre. Un peu étourdi, ou faible, je ne savais pas trop. Négligence de ma part: quand je fais une longue course sur route, je prends habituellement un premier gel autour des kilomètres 15 ou 16, Ça aide la transition du corps du mode « carburons au sucre » vers le mode « carburons au réserves ». Après 18 km, en sentiers, j’étais bien en retard. J’ai terminé le tour un kilomètre plus loin, puis ai mangé un bonne quantité de predzels et pris un gel. C’était enregistré: erreur à ne pas commettre dans trois semaines.

Le troisième tour, effectué sur le sentier le plus difficile de la place, a bien commencé, mais au kilomètre 23, je n’avais plus de jus. Merde et remerde !  J’ai envisagé de couper ça court, je ne me voyais tout simplement pas faire 33 autres kilomètres… C’est là que je me suis mis à me parler (bon, les gens qui me connaissent savent que je passe mon temps à me parler, mais en tout cas…): si tu lâches, tu vas le regretter. Si tu tombes sur des passes difficles en course, tu vas faire quoi, hein ?  Arrête de te plaindre et finis au moins ton tour !!!

C’est ce que j’ai fait. Presque 29 km de faits quand j’ai rempli à nouveau mes bouteilles. Le fait d’avoir complété la moitié de mon objectif m’aidait un peu. Ok, gel au beurre d’arachides et on repart. Mon sentier préféré, une autre fois, question d’avoir bon moral. J’avoue que ça allait plutôt bien, que mon affaire se replaçait tranquillement quand je suis arrivé, encore, à la foutue côte. Cette fois-là, j’ai vraiment cru que la jambe était pour m’arracher… Ça y est, j’étais blessé, je devais déclarer forfait.

Mais finalement, non. Les descentes étaient atroces, mais le reste n’était pas mal. Et rendu à l’accueil, j’avais maintenant 38 km au compteur. Plus que 18. J’ai rechargé les batteries avec d’autres predzels et une Power Bar au complet. J’ai englouti ça avec une telle aisance que je me suis rendu à l’évidence: j’allais devoir manger plus en compétition.

Afin de protéger ma hanche, j’ai décidé de faire un sentier que je ne fais jamais parce que trop facile à mon goût. Ce sentier passe entre autres devant la maison de Georges Brassard, le « monsieur bibitte » de l’insectarium. Disons que sa maison a l’air aussi étrange que le personnage…  🙂  Donc, sentier valonné que j’ai fait prudemment, en prenant soin de garder une cadence plus relaxe. Après l’avoir fait une fois, j’avais 45 km dans les jambes. J’ai avalé un gel « expresso » avec double dose de caféine et suis reparti.

La caféine a vite fait son oeuvre et je sentais que j’avais l’énergie pour poursuivre pendant des heures. Évidemment, ça a été de courte durée… Mais ce sentier étant pas mal utilisé par les coureurs (et surtout les coureuses !  :-)), disons que mon orgueil m’a fait avancer plus vite que je pensais en être capable. J’ai terminé le tout avec le sentier rustique de 3.5 km, totalement perdu dans le bois. Celui-là est plus technique, avec de la roche et des racines, et je trouvais l’occasion parfaite pour tester ma vigilance avec plus de 50 km dans le derrière. Je m’en suis assez bien tiré et en bonus, croisé un beau petit faon.

Anecdote sur la fin de course. J’ai pris l’habitude d’aller me chercher un « Powerade » bien froid dans les machines distributrices de l’accueil après mes courses au mont St-Bruno. C’est comme ma « récompense » (je sais, c’est un peu loser comme récompense). Comme ça coûte 3.25 $, j’ai mis 4$ dans la machine. Et là, les pièces se sont mises à tomber: ca-ching, ca-ching, ca-ching !  J’avais gagné le jackpot, woo-hoo !!!  Hé non, la machine me redonnait mon change… en pièces de 5 cents !  15 beaux castors juste pour moi !  Ben oui, chose, j’allais trainer ça, moi, et écouter les gueling gueling des pièces qui cognent ensemble. Yeah right !

Je me suis donc présenté au bureau à l’avant et ai fait offciellement un don au parc. Le gars m’a regardé avec un drôle d’air, je ne sais vraiment pas pourquoi…  😉

Donc, au final, à part qu’il faut que je traine le change juste la prochaine fois, beaucoup de leçons à retenir…

Premièrement, une pinte de Blue Ribbon, une cannette de Heineken et quelques verres de rouge la veille d’une aussi longue course, ce n’est peut-être pas l’idée du siècle. L’alcool est mon vice, je l’ai toujours admis. Je vais lever un petit peu le pied de ce côté et évidemment, la semaine avant la compétition, je vais tout arrêter.

Deuxièmement: manger. Il va falloir que je garde le réservoir plein, et pas seulement au niveau liquide. C’est priomordial.

Troisièmement: la cadence. Je vais trop vite, je le dis depuis des lunes. Et malheureusement, c’est difficile de trouver le bon rythme en sentiers parce que le GPS, à cause des arbres, a de la difficulté à afficher la cadence réelle. De plus, avec les côtes, on a de la difficulté à évaluer si on va au bon rythme même si on se fie sur la cadence moyenne. Mais il y a un principe fondmental en course très longue distance: si tu veux finir plus vite, tu dois aller plus lentement !

Quatrièmement: si ça va mal, persiste, ça va aller mieux plus loin. Tout le monde a des mauvaises passes, ce sont ceux qui les gèrent le mieux qui s’en sortent.

Bon, avec tout ça en tête, je peux commencer à décroître tranquillement ma charge d’entrainement, de façon à être reposé le 30 septembre.

L’homme qui a vu l’ours

Lundi, dernière journée complète au lac George. Et dernière course aussi (pour ceux qui se poseraient des questions, je m’arrange pour faire autre chose de mes journées, aussi; voyez-vous, j’ai une faculté que bien des gens n’ont pas: je suis capable de me lever tôt le matin !), un 25 km que je prévoyais faire du côté ouest du lac, pour voir ce qu’il y a dans ce coin-là.

Une fois le village traversé, je me suis donc dirigé sur la 9N (du côté est, c’est la 9L, ne me demandez surtout pas d’où les numéros de route viennent !). Plein de motels, quelques vues sur le lac et surtout… beaucoup de circulation, trop à mon goût. Donc à l’intersection de « Old Stonehouse Shool Road », j’ai pris le chemin en question. Ça commençait par une montée, mais bon, j’étais là pour m’entrainer, non ?  Mais bout de viarge, quand je terminais une montée, c’était pour en faire une autre !  Elles se succédaient sans le moindre répit, je commençais vraiment en avoir ras le pompon quand… j’ai vu un ours sur la route prendre la poudre d’escampette et se garrocher dans le bois. De quessé ?!?

Je me suis arrêté, petit sourire aux lèvres, comme si je venais de voir un chevreuil. Émerveillement devant la nature. Ben oui, chose…  La nature, mon chum, si elle décide que tu es dans son chemin, va te transformer en pâté de foie gras. Un ours, ça court plus vite qu’un être humain, un pojnt c’est tout. J’ai donc effacé le sourire épais qui me fendait le visage ainsi que les pensées toutes aussi niaseuses que j’ai eu de continuer et suis revenu sur mes pas. J’ai mesuré: ça faisait 2.7 km que je montais, mon cerveau commençait peut-être à manquer d’oxygène…  😉

Le reste de la course a été assez difficle. Le 15 km de la veille combiné aux multiples montées/descentes depuis mon arrivée avaient commencé à faire leur effet, je crois. Aujourd’hui, j’ai enfilé mes fidèles Salomon pour une tournée en sentiers sur les bords du fleuve: haaaahhhh !!!  Mais maudit que c’est humide ici !  Dites-moi, est-ce que ça a été comme ça toute la dernière semaine ?  Comment on fait pour endurer ça, donc ?

Un demi-Ironman vu de l’intérieur

Samedi, vraie journée de congé: pas de course, juste une petite promenade avec la Charlotte-aux-grandes-oreilles. Nous sommes allés assister à l’arrivée d’un triathlon classique: 1.5 km de natation, 40 km de vélo et 10 km de course près du lac. J’ai toujours eu dans l’idée que les gens « ordinaires » ne faisaient pas de triathlons, mais disons que j’en ai vu beaucoup et ils ont toute mon admiration. Je ne me vois vraiment pas me lancer là-dedans. La raison ?  Un, je nage comme une roche et je n’ai vraiment pas le goût de commencer à suivre des cours et me mettre à aller faire des longueurs. Vraiment pas mon truc. Deux, j’ai horreur d’entretenir un vélo. Le mien sert pour aller travailler et c’est bien assez… Mais j’avoue que ça faisait bizarre de voir des gens en compétition et de ne pas être de la fête.

Hier matin, Barbara a suggéré que je commence ma course sur les bords du lac, pendant qu’elle et Charlotte allaient arpenter un parc  tout près. En arrivant au village, nous avons eu la surprise de constater qu’il y avait encore un triathlon. Hein ?  De quessé ?

J’ai commencé à courir sur un autre chemin, qui menait au camping. En montant, bien évidemment. Après que mon foutu ischio-jambier se soit rapelé à mon bon souvenir (le tab…), je suis arrivé près du camping et ai constaté que la partie course de la compétition se déroulait sur MA piste cyclable.  Comme celle-ci n’était pas fermée à la « circulation », j’ai décidé de me joindre à la fête.

J’avais 4 km dans les jambes alors que les coureurs que je voyais en arrachaient visiblement. Mettons qu’ils avaient légèrement plus d’efforts de faits que moi depuis le début de la journée… Donc, pas tellement surprenant que j’aille plus vite. Pour les encourager, je me faisais un devoir de spécifier à chaque personne que je dépassais que je ne faisais pas partie de la course. Non mais, après des heures d’efforts, se faire shifter de même…

J’ai croisé le meneur, un gars plutôt costaud qui semblait aller à la même vitesse que moi. J’ai eu envie de retourner et lui offrir de le « pacer », mais c’est habituellement interdit, alors j’ai continué mon chemin. Au point de demi-tour, le bénévole m’a fait des grands signes pour m’indiquer que je devais faire un 180 degrés. Il a fallu que je répète « I’m not in the race » à plusieurs reprises avant qu’il finisse par comprendre. Quoi, mon accent est-il si prononcé que ça ?

Je me suis arrêté pour lui demander de quelle course il s’agissait. Un triathlon, qu’il m’a répondu. Ouais, avec les numéros de dossard inscrits sur les bras et les jambes des participants, je ne suis pas nono, j’avais fait la déduction. « Which distance ? ». Un demi-Ironman, qu’il m’a répondu.

Ouch, le monde que je voyais courir avait déjà 1.9 km de natation et 90 km de vélo dans les jambes (et le derrière !). Et ils étaient en train de se taper un demi-marathon. Chapeau bien bas… J’ai eu une pensée pour le meneur qui allait au moins aussi vite que moi alors qu’il avait déjà tout ce chemin de parcouru. Pour ma part, si j’allais à ce rythme, c’était parce que j’avais un gros 15 km de prévu. Ouin, il y en a qui sont vraiment forts…

J’ai poursuivi ma route, ai fait mon propre demi-tour, puis suis revenu sur la course. Comme j’arrivais, un gars à l’allure légère Se pointais. Son visage dégageait une certaine… suffisance, genre. Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé au point d’eau, mais disons qu’il n’a pas été exemplaire avec les bénévoles. Il a fait des grands signes à la pauvre jeune fille de 10-12 ans qui avait eu le malheur d’entraver la progression de Monsieur en lui offrant un verre d’eau. Fred-le-justicier a donc décidé de lui donner une petite leçon. Je sais, ça ne donne rien de faire ça, mais bon, Fred, c’est Fred…

J’ai rejoint le gars (il avait un bon rythme) et lui ai collé aux fesses un petit peu. Pas habitué de se faire rattraper, je l’ai senti paniquer un petit peu. Il s’est mis à se retourner, le regard inquiet. Ha ha, j’avais fait mon effet… Allez hop, une petite accélération et j’étais à sa hauteur. Je l’ai encore laissé dans le doute un peu, puis lui ai lancé mon « I’m not in the race ». Ça a semblé  le rassurer un peu. Il s’est informé de mon rythme au mille. Ben heu, j’étais à 4:08/km de moyenne, multiplié par 1.6…

Je faisais les calculs à voix haute quand il m’a lancé: « Ah, you’re Canadian… ». Cout’ donc, pas capable de se rendre compte que j’ai un « léger » accent ?  Je lui répondu que oui, nous utilisons les kilomètres parce que c’est plus court. Puis je me suis rappelé que je ne devais pas faire de blagues au second degré en anglais, mais bon… Et sur ce, je suis parti.

Sur le chemin, j’ai vu des scènes qu’on voit souvent en marathon: des coureurs qui marchent de peine et misère, d’autres qui sont assaillis par les crampes. Ce qui me dérangeait le plus pour ceux, c’était l’absence de spectateurs. Ces gens-là souffraient, seuls, sans encouragements. J’aurais bien aimé pouvoir faire quelque chose, mais je n’y pouvais rien. En fait, la seule chose que je pouvais faire, c’était de quitter le parcours au plus vite afin d’arrêter de les écœurer…

Au final, toutes mes félicitations aux participants du triathlon classique et du demi-Ironman de Lake George. Ce sont de beaux exploits que vous avec réalisés ce week-end et j’ai eu la chance voir ça de près. De très près.