La même question qui revient à chaque fois: et maintenant quoi ?

Plus de deux semaines après la course, on peut dire que la poussière (ou plutôt, la boue) est maintenant retombée. Le high qu’on vit après chaque grande épreuve est chose du passé, mais heureusement, il n’a pas laissé sa place à un down. Après cinq jours à éviter mes souliers de course (je suis tout de même allé travailler à vélo trois fois durant cette semaine-là), j’ai repris du service le samedi suivant. On peut dire que la récupération n’était pas terminée: après 10 km, pus capable. Vraiment plus rien dans les jambes, plus de punch, plus de jus. Comme j’ai la tête très dure (j’en avais déjà parlé ? ;-)) et que j’avais décidé de faire 15 km ce matin-là,  je me suis traîné sur les 5 derniers.

Deux jours plus tard, dans l’air pur et les chemins de terre de la campagne du coin où habitent mes parents, j’ai fait un 25 km « relaxe », accompagné dans ma promenade par un très affectueux golden retriever rencontré en chemin. J’ai même dû défendre ledit toutou des autres chiens à quelques reprises, aussi bizarre que ça puisse paraître. Mais pour le reste, c’était un pur bonheur. L’air frais, les doux rayons du soleil sur mon visage, le seul bruit que j’entendais étant celui de mes pas sur le sol. À un moment donné, mon compagnon s’est lancé à corps perdu dans un champ. Il était beau à voir aller, il avait l’air tout simplement… heureux.

À mon retour, ma mère semblait étonnée que je sois parti si longtemps. Il y a deux raisons à ça. La première, la plus importante, est que j’adore courir, particulièrement en campagne. Je revivais la semaine précédente, en « plus petit ». La deuxième raison est mon dernier objectif de l’année et pour lequel je devais commencer ma préparation: Philadelphie.

Philadelphie, la marathon auquel je me suis inscrit avant même de décider que je ferais le Vermont 50. L’an passé, je m’étais pris trop tard et m’étais rivé le nez sur des inscriptions sold-out.  Cette année, je me suis pris d’avance. Mon but initial était évidemment de me donner une deuxième chance pour me qualifier pour Boston, le parcours de ce marathon étant réputé relativement facile. Mais bon, maintenant que je suis qualifié et que je n’aurai probablement pas totalement récupéré dans un mois, à quoi m’attendre ?

Bof, j’avoue que ça ne me dérange pas trop. J’ai fait quelques intervalles au cours des derniers jours et je sens que je suis moins rapide qu’avant Ottawa. Côté endurance, ça ne m’inquiète pas trop, par contre !  🙂  Alors que va-t-il arriver le 18 novembre ?  Hé bien, je planifie un beau marathon touristique: je vais faire de mon mieux, mais vais m’arranger pour être en mesure de me déplacer le lendemain, car nous avons prévu visiter la ville après la course. Donc, pas le moment d’essayer de faire une grande performance. Je vais me préparer adéquatement d’ici là sans m’attendre vraiment à des miracles. Une autre qualification pour Boston serait un beau bonus, quoi que je n’ai pas l’intention d’y aller plus d’une fois de toute façon (Philadelphie me permettrait de me qualifier pour Boston 2014).

Car j’ai d’autres ambitions. Dans les heures qui ont suivi le Vermont 50, Barbara était tellement enthousiaste qu’elle s’est mise à parler du Vermont 100. 100 milles à pied… Un peu fou, hein ?

Petite anecdote à ce sujet. Le soir du Vermont 50, j’ai rejoint mes parents par Skype. Entendant Barbara crier derrière moi qu’elle aurait besoin de l’aide de mon père pour le Vermont 100, ma mère s’est empressée de m’interdire sur le champ de faire un 100 milles un jour. Pendant ce temps, mon père, qui se tenait derrière elle, me faisait oui de la tête, le pouce levé, me disant que j’étais capable. J’ai trouvé ça assez comique merci !

Mais bon, un 100 milles, tout comme un 50, ça ne se fait pas comme ça, en criant ciseaux. D’ailleurs, ce n’est pas dans mes plans immédiats parce que le « budget voyages-courses » est déjà pas mal entamé pour l’an prochain. Car à part le marathon de Boston, j’ai aussi celui de New York de prévu. En effet, comme j’ai été refusé trois années consécutives à la loterie, je serais théoriquement supposé être admis pour l’an prochain. Or, comme je voudrais absolument faire un 50 milles lors du printemps précédant le Vermont 100 (qui se court en juillet) et que les 50 milles, il n’y en a qu’aux USA, ça commencerait à faire pas mal de dépenses. Surtout que ça s’enligne pour être assez dispendieux pour Boston (tant  qu’à y aller) et New York, c’est tout de même New York… Si en plus je ne suis pas capable de me passer de « mon » Vermont 50…

Bref, l’objectif est plutôt 2014 pour le 100 milles. L’an prochain, en plus des trois courses déjà citées, j’aimerais bien faire l’Ultimate XC de St-Donat. C’est le seul ultra en sentiers qui s’organise chez nous, je ne peux presque pas le rater, n’est-ce pas ?  🙂

À très court terme maintenant.  Dans seulement 10 jours, ce sera le demi-marathon dans le cadre du marathon de Magog. J’ai très hâte parce que ce sera la première compétition de Sylvain, mon ami d’enfance. Et quand je dis « enfance », je parle quand nous étions très jeunes: nous sommes entrés à la maternelle ensemble !

Sylvain, le premier à gauche; Fred, le troisième
Photo prise… en septembre 1975 !

Un autre ami de très longue date, Louis, nous accompagnera. Le but est de faire la course les trois chums ensemble, mon rôle étant probablement le plus beau qu’un coureur puisse jouer: le pacer. J’avais adoré faire la même chose pour Maryse lors de son premier 20 km au lac Brome l’an passé, même si je me sentais bigrement inutile par bouts. Mais à voir sa réaction et la gratitude qu’elle avait eue pour moi après la course, je pense avoir servi un peu à quelque chose. Alors si je peux aider mon vieux chum à réussir son défi, rien ne me fera plus plaisir.

Bref, je pense que je n’ai pas fini de courir… 🙂

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Des nouvelles de mes compagnons… et de ceux que je n’ai pas vus de la journée

Aujourd’hui, tel que promis, quelques nouvelles des résultats de personnes que j’ai rencontrées durant la course avec en prime, quelques infos sur deux gars que je n’ai pas rencontrés…

Voici le grand gagnant, un véritable extra-terrestre: Brian Rusiecki, 34 ans. Il a terminé en 6:27:48, soit à une cadence d’environ 4:50/km, l’équivalent d’un marathon en 3h24. Pour vous donner une idée, sur 8 marathons que j’ai courus, j’en ai fait seulement 3 plus rapidement. Ce gars-là a tenu cette cadence pour ainsi dire le double de la distance, sur un parcours où le mot « côte » prend tout son sens, dans la boue, les sentiers étroits, etc. Et ça, c’est sans compter le fait qu’il s’était tapé le Pisgah Mountain 50k (« seulement » 50 km) deux semaines auparavant. Ha oui, il a aussi gagné le Vermont 100 en juillet…

En deuxième position, le seul autre à faire sous les 7 heures, Sébastien Roulier (38 ans) de Sherbrooke. Il a terminé en 6:52:29. Coureur longue distance aguérri, il est relativement nouveau dans les ultras. J’aimerais bien être « novice » comme lui, mais bon, il vaut tout de même 2h40 sur le marathon…

Bon, ce qui concerne les êtres humains, maintenant…  En 39e position, tout juste devant moi, celui avec qui j’ai fait quelques bouts et qui m’a si gentiment dit de me laisser aller quant j’ean avais tant besoin ;-), Hunter Berryhill (33 ans). Il semblerait qu’il en était à son premier ultra, tout comme moi. Mais bon, à son âge, je n’avais même pas commencé à courir…

La sympathique Debbie Livingston (37 ans) a terminé au 42e rang, 4e chez les femmes avec un temps de 8:43:18.  Entraineure personnelle/prof de yoga, elle a son site Web. Je lui ai écrit pour la féliciter de sa cadence et elle m’a gentiment répondu. En fait, elle était déçue de sa performance et m’a dit que mon courriel lui avait remonté le moral (!). Il faut dire qu’elle a environ 50 ultras (!!) au compteur et qu’elle visait un meilleur temps. Elle a souvent gagné de genre d’épreuve par le passé. Quant à son « You are cruising along ! », il s’avère que c’était un compliment. Elle était surprise de me voir courir à une telle vitesse, alors elle me félicitait: elle pensait que j’étais cuit parce que je faisais les montées à la marche…

Le gars qui a été pris de crampes autour du 25e kilomètre s’en est finalement bien tiré. Il s’agit de Simon Rousseau de Montréal (avoir su qu’il était francophone, j’aurais probabablement été plus loquace avec lui et l’aurait mieux encouragé). 52 e place avec un temps de 9:03:09.

Ha le petit jeunot. J’avais vu juste: Dan Huntington, 24 ans, a fini plus d’une heure derrière Fred-le-vieux-renard. Un temps de 9:46:46, bon pour le 98e rang.

Quant à Louise qui m’a donné des conseils de si précieux avant le départ, je ne sais pas ce qui lui est arrivé. Je lui ai écrit quelques jours après la course, mais n’ai pas eu de réponse. Ce que j’ignorais, c’est qu’elle est presque une légende à Québec. Elle y a remporté plusieurs courses, est une Ironwoman reconnue en plus d’avoir des meilleurs temps que les miens sur marathon. Vraiment impressionnant !  Toutefois, madame Chercuitte, 50 ans, bien que première dans sa catégorie, a terminé 153e au total, en 10:27:29. Un temps à peu près identique à celui qu’elle avait fait l’an dernier dans des conditions beaucoup plus difficiles. J’aimerais bien avoir de ses nouvelles…

Petit wrap-up

Petite journée tristounette aujourd’hui, ça me rappelle une certaine partie de la Nouvelle-Angleterre…

Bon, pour en finir avec le Vermont 50 (ça fait tout de même deux semaines…), un petit complément, question de faire un wrap-up.

L’après-course s’est somme toute plutôt bien déroulée. Bon, ok, ça faisait à peine trois minutes que la ligne d’arrivée était franchie que mes muscles ont décidé de « jammer » tous en même temps. Dès lors, tout mouvement était extrêmement difficile. La petite descente (d’au moins 5 pieds) m’amenant au buffet a été très très compliquée pour moi à négocier. Mais elle en valait la peine: j’y ai mangé le meilleur burger au monde. Patrice, je comprends maintenant ce que tu veux dire !  🙂

Tout en mangeant, j’ai entendu l’annonceur nous dire que les cérémonies de remise des prix allaient commencer. Cool, j’avais fini AVANT la remise des prix !  🙂

Mais que dire de la montée démentielle vers le stationnement ?  Atroce !  J’avançais à pas de tortues, comme un vieillard. Pathétique. Rendu au RAV4, j’ai essayé de faire quelques étirements, c’était peine perdue: j’étais figé de partout. Vous devinez que ce n’est pas moi qui ai conduit pour le retour à l’hôtel. Pauvre Barbara, pognée avec un handicapé sentant le… après avoir passé une journée à la pluie.

À l’hôtel, j’ai d’abord pris une douche pour enlever la boue sur mes jambes (il y en avait une belle croûte), puis un long bain pour détendre les muscles. Ça a fait du bien, mais les épaules m’ont fait beaucoup souffrir. Il va définitivement falloir que je revoie ma stratégie avec le Camelbak.

La pizza que nous avons mangée pour souper est desendue en deux temps, trois mouvements. La bière ?  Pas une goutte: le tab… de dépanneur en face de l’hôtel était fermé. J’ai envisagé lancer une roche au travers de la vitrine, mais à la vitesse que j’avançais, je n’aurais même pas eu le temps de m’emparer d’une misérable canette que les policiers m’auraient attrapé par le collet. J’aurais pu plaider la démence passagère, mais bon, pour une bière, je me suis dit que ça ne valait pas tout à fait la peine de prendre le risque.

Au niveau des résultas en tant que tels, voici quelques chiffres:

1er chez les hommes: Brian Rusiecki en 6:27:48 (comment il fait ?!?)

1ère femme: Amy Rusiecki (tiens tiens…) en 8:1830

Quant à moi, mon temps officiel de 8:42:22 me donne le 40e rang sur 321 partants. J’ai terminé 5e sur 91 partants dans ma catégorie (les hommes de 40-49 ans), ce qui me surprend un peu et m’enchante beaucoup. Je suis aussi 3e chez les Québécois. En tout, 271 personnes ont terminé sur 321 au départ. On remarque donc que le taux d’abandon est très élevé par rapport à ce qu’on voit en courses sur route.

Quoi, vous voulez des nouvelles de Louise et des autres ?  Ça va venir cette semaine, le temps que je fasse quelques recherches (parce que je vous connais, vous allez vouloir des photos).

Maintenant, l’heure des bilans. Comme je suis très compétitif avec moi-même, j’essaie toujours de m’améliorer et dans ce cas-ci, je vois beaucoup de pistes pour les améliorations. Bon, mon objectif initial de 8 heures était peut-être légèrement optimiste. Si j’avais réussi, j’aurais fini 14e au général et premier dans ma catégorie !

Ceci dit, je me rends compte que j’ai perdu beaucoup aux stations d’aide, particulièrement quand j’ai changé de vêtements. Une gestion plus efficace de cet arrêt aurait pu me sauver facilement 3 ou 4 minutes. Aux autres stations, un petit 30 secondes à chaque fois, ça fait bien un autre 4 minutes à l’arrivée, non ? Au total, entre 7 et 8 minutes que j’aurais pu couper facilement.

Pour l’équipement, je devrai revoir. Le Camelbak pourrait sauter, surtout que je n’ai pas la carrure pour trainer autant de stock. Avec 6-7 livres de moins sur moi, c’est évident que j’irais plus vite. Et mes épaules m’en remercieraient grandement !  Plusieurs avaient des bouteilles dans les mains, mais je ne suis pas certain que c’est adapté pour moi. Comme je disais, pas vraiment costaud, le gars… Une ceinture d’hydratation avec du Gatorade et de l’eau ?  C’est une avenue que je vais explorer. Par contre, c’est loin d’être efficace au niveau remplissage.

Pour ce qui est de l’entrainement en tant que tel, je pense avoir fait les bonnes choses, sauf un point: définitivement que je devrai faire plus de montagne. Quand je retournerai au mont St-Bruno, il y a deux côtes en particulier que je prenais bien soin d’éviter mais que je devrai dorénavent faire à répétition, autant en montée qu’en descente. Surtout sur la fin de mes longues sorties, de façon à habituer mes quads à la souffrance. Le mont St-Hilaire risque de recevoir plus féquemment ma visite et mes parents seront heureux (du moins, je l’espère !) d’apprendre que je compte bien aller m’entrainer dans leur coin l’an prochain.

Parce que oui, j’ai définitivement l’intention de recommencer. Plein de beaux projets, hein ?  🙂

Vermont 50: les derniers milles

Avant de quitter Greenall’s, je prends bien soin, encore une fois, de m’alimenter. Jamais je n’aurais cru qu’un jour je mangerais autant de patates et de bananes dans la même journée. Et que dire des bretzels ?  Ça faisait des années que je n’en mangerais plus, jusqu’à ce que je mette aux ultras. Ainsi va la vie… 😉

Au moment de quitter la station, je passe devant un groupe de spectateurs. Deux-trois gars se mettent à pointer mes souliers et à crier: “New shoes, new shoes, man !!!”. Ouais, effectivement, mes souliers peuvent sembler totalement neufs. En fait, ils ont peut-être une cinquantaine de kilomètres au compteur, mais dans des conditions pas mal plus bénignes. Ils ont donc encore leur rouge-orange flashant d’origine et je dois probablement être le premier à passer devant eux avec des souliers aussi propres. En fait, ils en rient tellement fort qu’ils finissent par m’irriter un peu. L’effet de la fatigue, je suppose.

Je passe devant l’endroit où ont été “déposés” les drop bags. Ils sont là, par terre, recevant chaque goutte de pluie que le ciel peut envoyer. Après m’être cassé le ciboulot avec ça, j’ai tout simplement décidé de ne pas en utiliser. En effet, Barbara m’avait dit qu’à moins d’un accident, elle m’attendrait aux stations d’aide où les supporteurs ont accès (soient exactement les mêmes où on pouvait faire parvenir un drop bag), alors je me suis dit qu’elle serait pas mal plus efficace qu’un sac que je devrais chercher. Et j’ai eu raison !  En plus, je n’aurai pas le problème de récupérer le tout après la course.

Le Vermont 50 étant le Vermont 50, une belle côte dans la bouette nous attend pour commencer cette nouvelle étape. Je rejoins un gars dans la montée et lui glisse au passage qu’il faut être un peu fou pour se taper ça. Il me répond qu’il a fait la course à vélo pendant 6 ans et à chaque fois, il se disait qu’il fallait être fou pour faire le trajet à la course. “Look where I am now !” qu’il ajoute en riant. Ça résume assez bien la situation. 🙂

La pause m’a donné de l’énergie. Les sections techniques me font sourire, me font apprécier encore plus l’expérience. À un certain endroit, je reprends un autre gars qui fait la course en “five-fingers” (les genres de gants pour les pieds). Je peux comprendre l’idée sur l’asphalte, l’histoire que le pied s’adapte à la surface sur laquelle on court, que l’être humain est fait pour courir, et patati et patata. Mais dans la boue et les roches, vraiment ?  En tout cas, ça n’a pas l’air de fonctionner trop fort, son affaire. Et à le voir aller, je pense plutôt qu’il fait le 50 km. Mais bon, je passe à côté de lui et il me demande l’heure comme je suis à sa hauteur. Je m’arrête pour fouiller mes poches à la recherche de ma montre. Il est exactement… midi !  Shit, déjà plus de 5h30 que je cavale. Et les sections les plus techniques qui s’en viennent, à ce qu’il parait.

En fait oui, ça a déjà commencé. Des trails étroites, des descentes dans lesquelles on ne peut pas se laisser aller. Pas vraiment la joie par bouts.

À Fallon’s (mille 37.3, km 60.0), je me rends compte que je prends plus de temps à sélectionner ma bouffe. Je sens que je commence à en arracher. De plus, signe de fatigue, je reste planté devant les tables et les autres doivent me demander (très poliment) de me tasser. Shit, arrête de niaiser mon homme, c’est le temps de mettre en application la règle numéro un des ultras: avancer, encore et toujours. Je pars donc en marchant, question de finir ce que j’ai à manger, puis me remets à courir.

Le fait d’avoir rempli mon estomac m’aide pour quelques minutes, puis je retombe. Ça y est, je suis dans une mauvaise passe. Louise m’avait averti. Ok, pas de panique, tout le monde en vit, même les meilleurs semble-t-il (ce que je ne saurai jamais). Il suffit de ralentir un peu, de reprendre des forces et attendre que ça revienne. J’ouvre ma barre énergétique et commence à la manger par petits bouts, comme je fais en marathon. Ça va peut-être aider.

Pour me changer les idées, je me fixe comme objectif de rattraper une fille portant un t-shirt jaune qui avance avec la régularité d’une horloge, là devant. Par chance, ma technique en montée demeure efficace et je descends plus vite qu’elle, alors je me rapproche. C’est qu’elle a l’air jolie, en plus (ça m’intéresse encore: c’est bon signe). Toute petite, toute mince, les grands cheveux châtains qui sortent de sa casquette… Je la rejoins. Ha merde, lui avez-vous vu le nez ?  Déception, mais bon, je sens que je reprends du poil un peu.

Sauf qu’elle finit par me faire chier, celle-là. Elle ne marche presque jamais !  Ça fait qu’on finit par jouer au yo-yo. À toi, à moi, à toi, à moi…  À un moment donné, dans une descente faite dans un sentier assez large, ce qui me reste de quads me permet d’y aller à un bon rythme, alors je regagne du terrain sur elle. Entendant mes pieds frapper le sol et le flouche-flouche de mon Camelbak, elle me demande sans se retourner: “Are you cruising along ?” ou quelque chose du genre. Heu, de quessé ?  Elle me demande si je la cruise ?  Ben là, pas ici, drette de même. Je suis marié, moi… Et puis, je ne sais plus comment on fait, il y a si longtemps. Et il y a ce nez aussi. “What does it mean ?” est ma réponse comme je la dépasse. Sa réplique: un bel éclat de rire. Ben cout’ donc, je suis encore capable de faire rire les filles. Je suppose qu’elle me demandait si je dépassais ou pas.

Le sentier qui nous amène à Goodman’s (mille 41.1, km 66.1) est tracé dans un champ. Et je ne sais pas pourquoi, mais c’est encore à la fin d’une montée. Pas trop abrupte, alors celle qui je “cruisais” la fait en courant. Pépère Fred décide de marcher.

C’est à cette station qu’on peut commencer à se faire accompagner par un pacer. J’y aperçois Caroline, la fille qui parlait avec Barbara à Greenall’s. Elle attend son mari, un gars qui court des marathons en moins de 3 heures (ben ici, monsieur 3h12 va plus vite, lalalère !). Elle était inquiète tantôt, faut croire que son chum s’est rendu à Greenall’s… et qu’il est toujours derrière moi !  🙂  Elle est supposée le pacer pour le reste de la course.

J’avais demandé en blague à mes amis de me pacer ici et Francis l’avait même envisagé. Honnêtement, je suis très heureux qu’il ne soit pas là: se taper 4 heures de route pour attendre à la pluie que j’arrive, puis faire le reste de la course dans cette merde ?  Pas certain qu’il me l’aurait pardonné. À moins qu’il soit maso comme moi et qu’il se mette à capoter sur ce genre d’épreuve lui aussi ?

Comme je me remets en marche, un bénévole me lance: “Only 9.5 miles to go !”. Comment ça, 9.5 milles ?  Ce n’est pas supposé être moins de 9 ?  Shit, il vient de m’ajouter un kilomètre, lui là !

J’ai beau en avoir entendu parler, m’être préparé, je ne sais pas trop à quoi m’attendre pour la prochaine section. C’est la deuxième plus longue (environ 10 km), mais c’est la dernière avant de revoir Barbara. Allez, un petit coup de coeur. 15 km, c’est à peine plus d’une heure (yeah right…) !

Les amateurs de technique seront servis ici. Dans la section précédente, nous étions tombés sur des bouts sinueux, mais ici, c’est incroyable. On monte, puis on descend dans des sentiers très étroits. Si étroits qu’on doit littéralement se tasser dans le bois pour laisser passer quelqu’un. Pas moyen de prendre un rythme, on passe notre temps à virer. Puis à monter, puis à descendre. Des sentiers pour chevaux, à ce qu’on dit. Je regarde au-dessus de ma tête et me demande comment les cavaliers font pour ne pas se faire labourer la face par les branches…

J’entends des voix au loin… Déjà la station d’aide ?  Mon GPS étant complètement mêlé à cause de la multiplication des zig-zags, je ne m’y fie plus pour la distance parcourue. Je suis un peu fébrile. Sauf que je sais que la station est sur le bord de la route du village et on est en plein bois… Finalement, je débouche sur une résidence privée où les propriétaires fournissent un kit de “décrottage” des vélos de montagne. Il y en a plusieurs qui acceptent, car la boue s’est étendue partout, empêchant certains de jouer du dérailleur. Pas pratique, en montagne.

Je poursuis donc mon chemin, un peu déçu. Dans une autre partie très sinueuse, je me retrouve pris derrière un gars. Puis on rattrape une fille. Ça me permet de récupérer un peu, mais après un certain temps… Merde, comme quand on fait de la randonnée: vous ne pourriez pas vous tasser ?  Je n’avais pas eu de problèmes depuis le début, mais là, je commence à m’impatienter. Finalement, je profite d’un micro-élargissement pour shifter le gars et demande carrément à la fille de se tasser. Il y a des maudites limites ! Ça ne les dérangeait pas d’avoir quelqu’un aux fesses comme ça ?

Derrière moi est apparu le gars avec qui j’étais arrivé à Greenall’s. Il a pris un pacer, le petit coquin. Nous avions fait un autre bout ensemble depuis, mais je l’avais laissé avant mon passage à vide. On dirait qu’il en a eu un lui aussi, mais que son pacer lui donne des ailes.  Je les laisse passer, essaie de les suivre à la trace, mais comme les descentes sont techniques, je dois ralentir.

Pendant que j’évolue dans les sentiers, je pense à Francis. Ho qu’il en aurait arraché là-dedans, le pauvre !  Pas habitué à ça, des enchainements comme ceux-là, dans des conditions semblables.  Et sur 15 km en plus. Une chance qu’il n’est pas venu…

Peu avant un champ, je rejoins pour la enième fois la fille au t-shirt jaune. Je suis persuadé qu’elle va me redépasser d’ici l’arrivée, elle est tellement régulière. Je rejoins également mes deux amis et me lance dans la descente en premier. Ce n’est pas trop technique, alors je peux y aller un peu plus. Il faut juste faire attention pour ne pas se planter… Tiens, le soleil qui a envie de sortir. Ben oui, c’est bien le temps: on a presque fini ! J’entends toutefois Lennon dans ma tête: « Here comes the sun, here comes the sun… ». Pour compenser, la pluie se remet de tomber de plus belle. Trop drôle comme journée…

Peu après le champ, petite section dans le bois, puis j’aboutis sur un chemin de terre. Ça ne va pas trop mal, mais j’avoue que ma notion de “montée” commence à s’étendre un brin. Je me disais au départ que si j’avais des réserves vers la fin, je courrais les montées. Hé bien non. En fait, ça n’a plus besoin de monter tellement pour que je reprenne ma technique de marche.

Mais ho, que vois-je ?  Hé oui, c’est la route principale derrière les arbres ? Oui oui, la dernière station d’aide est proche !  Ok, petit coup d’orgueil, je recommence à courir. Même si ça monte un petit peu. Une fois rendu sur la route, la station est toute proche. Yééé !!!   J’aperçois le RAV4 et j’entends Charlotte et son chant si mélodieux…  Ok, dernière mission pour ma “Doug”: je lui laisse mon GPS qui a commencé à m’avertir que sa pile était faible, ainsi que ma ceinture d’hydratation. Je vais finir avec mon Camelbak seulement. Une caresse à Charlotte, un dernier bisou à ma tendre épouse avant la fin et pour la dernière fois, je m’apprête à quitter une station d’aide.

Mais justement, elle est où, la station d’aide ?  Il y a plein d’autos stationnées, mais pas d’abris, rien à manger, pas d’eau ?  Ben voyons…

Finalement, je comprends que je dois quitter la route principale, emprunter un petit chemin et la station d’aide est toute proche. En haut d’une côte, évidemment. Ainsi donc, me voici à Johnson’s (mille 47.2, km 75.9). Je décide d’y aller full blast côté caféine: je me cale 2 verres de Coke, 2 verres de Mountain Dew (ce sont des petits verres quand même, comme chez le dentiste) et me prends un gel expresso double caféine. Au pire, si ça ne marche pas, ça ne durera que 5 petits kilomètres.

En quittant la station, une toute petite pancarte montée sur un piquet de bois: “ 3 miles to go”. Comment ça, 3 milles ?  Ce n’est pas 2.8 ?

La pancarte ne cache pas la tâche qu’il nous reste à accomplir: une montée tout simplement infernale. Tracée dans un champ, j’ai l’impression que ceux qui montent tout en haut sont tout petits. Comme j’entame l’ascension, mes “backfires” tournent plein régime. Mon chum et son pacer sont tout juste derrière, alors je ne cesse de répéter: “Sorry about that”. Ils me rattrapent et celui qui a fait la course au complet me met la main sur l’épaule et me dit tout doucement: “No need to apologize, man”, traduction libre de: “Tu as 76 km dans le derrière, si tu as le goût de te lâcher lousse, tu as bien le droit.”  Ha les liens qui peuvent se créer sur un champ de bataille… 😉  Par contre, je ne sais pas pourquoi, mais les deux compagnons font tout de même l’effort de se tenir en avant de moi.

Un peu plus loin, j’ai une pensée pour Maryse. Elle avait elle aussi envisagé sérieusement de faire le voyage pour venir me voir. Mais la distance, le fait que Yanick soit parti en voyage d’affaires et que de son côté, elle parte en congrès dès le lendemain l’avait légèrement incitée à ne pas venir. Ha oui, il y a les 4 enfants aussi… Mais bref, si elle était venue, elle m’aurait probablement pacé sur la dernière section. Pas certain qu’elle aurait voulu me reparler après cette côte-là: regardez à quel point j’ai l’air heureux durant cette merveilleuse ascension…

Enfin rendu en haut de la côte après Johnson’s… Un gars commence à en avoir plein les baskets !

Une fois en haut, le plaisir n’est évidemment pas terminé. Je ne sais pas pourquoi, je m’attendais à des beaux petits sentiers tranquilles, bien roulants, puis une belle descente vers la station de ski pour terminer. Hé bien non. Du technique à plein avec des roches et de la boue. Des combinaisons montées-descentes sinueuses. Mon compagnon d’arme glisse dans une marre de boue en montant et se retrouve face contre terre. Aussitôt tombé, aussitôt relevé et reparti (il a probablement vraiment peur de se retrouver derrière moi…). Je ne le reverrai plus.

Autre petite pancarte: “2 miles to go !”. Merde, ça fait une éternité que j’ai passé les 3 milles… Je poursuis mon chemin, plus déterminé que jamais à en finir. Mes quads sont à l’agonie, mes bras et mes épaules font très mal. Allez, ça achève…  Mais c’est quoi ça ?  Ha ben c’est le bout: une rivière !  Il faut traverser un fleuve, bout de tab… !

Bon, j’exagère. C’est un ruisseau de montagne qui traverse le sentier. En faisant attention, je réussis à le passer à sec (si on peut être à sec aujourd’hui !) et reprends ma promenade de santé. J’ai été très prudent parce que je n’avais vraiment pas envie de me retrouver le postérieur à l’eau. Ça m’a peut-être coûté une trentaine de secondes, mais au point où j’en suis…

Ha, une autre petite pancarte, plus qu’un mille je me dis… Erreur: “1.5 mile to go !”. Juste la moitié de la distance depuis la dernière station ?  Il me semble que je l’ai quittée il y a plusieurs jours déjà, ma femme va envoyer un avis de recherche si je n’arrive pas bientôt. Une alerte Amber, même. Je baisse la tête, fonce de plus belle. Ha non, maudit parcours de mes deux, tu ne m’auras pas de même !

Après plusieurs roches glissantes et bien des trous de m…, une autre pancarte. “1.25 mile, je suppose…”. Hé bien non: “Can you smell the food ?”. Non, je ne la sens pas. Mais est-ce qu’il y a de la bière ? Ça pourrait m’intéresser…  Finalement, pas tellement plus loin, la voilà: “1 mile to go !”. J’ai 98% de la distance de parcourue, j’ai encore de l’énergie en bonne quantité. Mes quads vont tenir, il ne me reste qu’à demeurer debout.

La descente finale s’amorce. Comme il n’y a jamais rien de facile ici, celle-là ne donne pas sa place. Nous sommes sur des pentes de ski, descendons en zig-zag sur des sentiers détrempés tracés sur de l’herbe. Nous sommes à flanc de la pente, donc les pieds penchés d’un côté et c’est glissant. Pas jojo…  Tiens, un dernier photographe, un beau sourire pour la postérité.

Moins de 1 km à faire, de quoi retrouver le sourire !

Bon, comment ont-ils réussi à trouver encore des places techniques par où nous faire passer ?  Encore de la roche glissante. Jusqu’à la fin, le parcours ne nous aura donné aucun répit. Finalement, j’aperçois le stationnement sur ma droite, la vraie descente finale et l’arrivée. Ça y est, dans moins d’une minute, ce sera fait. Ce qui a commencé par un rêve un peu fou, qui s’est lentement transformé en entrainement dédié et tout aussi fou, va se concrétiser: je serai un vrai ultra-runner. Tout comme à mon premier marathon, un grand sentiment de fierté m’envahit: je l’ai fait.

Mes quads ne me permettent malheureusement pas d’y aller à fond dans la dernière descente, mais je m’y rends quand même. J’arrête mon chrono: 8:42:17. Pas le temps que j’aurais voulu, mais ça me passe 10 pieds par-dessus la tête: je suis un ultra-runner !!!

C’est fait: je suis maintenant un ultra-runner !!!

Après les photos du “triomphe”, je sers Barbara contre moi. Très fort. Et je sens son étreinte, malgré la clôture qui nous sépare. C’est la première fois que je la sens si impliquée, si emballée par une de mes courses. Et ça s’est ressenti dans ma journée: tout a été tellement plus facile grâce à son support, tant au niveau logistique que moral. Merci de tout coeur, mon amour.

Comme le chantait Bono: « Blue-eyed boy meets a brown-eyed girl… Ho ho ho, the sweetest thing »
Un grosse journée pour mon amour: merci pour tout !

Le vif du sujet

Je suis à peine parti de Skunk Hollow que mon ventre, maintenant totalement remis de ses petites crampes du début, m’envoie les premiers signes d’une fringale imminente. Oups, grosse erreur de débutant: dans l’énervement en quittant la dernière station d’aide, j’ai carrément oublié de manger et/ou de me prendre à manger. Le timing ne pourrait être plus mauvais: la prochaine station d’aide est située en haut de Garvin Hill, le point culminant de la course et nous devrons parcourir 7 milles (11.3 km) pour nous y rendre. Merde…

Bon, qu’est-ce que je fais ?  Pas de panique, j’ai évidemment une barre énergétique et des bretzels dans mon Camelbak. Comme c’est embêtant d’enlever et remettre ce machin (il faut rajuster, tout fitter avec la ceinture d’hydratation), je préfère m’abstenir de prendre cette solution, mais je le ferai si nécessaire. Pour le moment, je décide de m’enfiler un gel au beurre d’arachides et on verra par la suite.

Si c’était une course cycliste, je dirais que la course commence à se décanter. Le peloton du départ est maintenant étiré et je joue pour ainsi dire au yo-yo avec les gens qui m’entourent. En effet, nous n’avons pas tous la même stratégie de course. Certains gardent un rythme plus constant et courent en montées alors que d’autres, comme moi, préfèrent marcher en montant et aller plus vite dans les descentes. Il y a aussi les subtilités dans ce qu’on appelle une « montée ». Certaines ascensions se font par étapes et dans certaines parties plus plates, je cours un peu, puis recommence à marcher. Quelques uns de mes compagnons s’impatientent de la longueur des montées et se mettent à courir après un certain temps. Pour ma part, j’essaie de demeurer patient.

Tiens, un jeune blondinet qui me dépasse dans une montée qui ne finit plus, justement. Il me fait penser à un de mes collègues de travail: la fougue de la jeunesse. Le vieux lion le regarde passer en se disant: dans 20 kilomètres, c’est mon derrière que tu vas voir… si tu es chanceux. Sur le coup, je me sens prétentieux de penser comme ça, mais à le voir aller, je ne vois pas comment il pourra durer.

Comme je ratrappe un autre compagnon de yo-yo, le gars me regarde et me lance: « How you doin’ ? »  Heu, est-ce qu’il me cruise, celui-là (insight pour les fans de Friends) ?  « Not too bad, and you ? » que je lui réponds, essayant de ne pas m’embourber dans une envolée lyrique où je risquerais immanquablement de me mêler avec mon anglais approximatif. « Having some cramps, maybe I should slow down a bit… »  Des crampes ?  On n’est même pas rendus au tiers du parcours, tu es dans la marde, mon chum ! « Yeah, I think it’s a good idea. » que je lui réponds. Il ralentit un peu, puis me dépasse un peu plus loin. 5 ou 10 minutes plus tard, je l’aperçois, accoté sur un arbre, en train de s’étirer. Je ne le reverrai plus.

Coup d’oeil au GPS: ma moyenne est maintenant rendue tout près des 6:00/km. Ouais, bon, si tôt en course, je pense que je vais laisser faire pour les 8 heures. À moins que le reste de la course soit vraiment roulant (ce que je doute au plus haut point), il me sera pour ainsi dire impossible de tenir ce rythme. Bah, une autre fois, peut-être.

Finalement, après une éternité, j’aperçois la station d’aide, tout en haut. Enfin !  Mon estomac a tenu le coup, j’ai encore du jus, mais je ne vais certainement pas oublier de manger cette fois-ci ! Sur la fin de la montée, je rejoins un vélo en particulier (on en croise vraiment beaucoup): ses pneus sont gigantesques. Il doit avoir un traction extraordinaire dans la boue avec ça, mais ça doit aller tellement mal sur la route… Je lui lance: « It’s a nice tractor you got there ! »  Son rire franc et spontané me laisse croire que je suis le premier à lui sortir cette joke-là. Mais pourtant, avec des roues de même, il me semble… Peut-être riait-il de mon accent, après tout.

Je me pointe en haut de Garvin Hill

Ha, Garvin Hill mille 19.3  (km 31.1). C’est la foule autour des tables, sous les petits abris. Et il y a plein de vélos qui trainent un peu partout. Bon, je vais essayer d’y aller assez rapidement, mais ce ne sera pas facile: pas question de me faire avoir comme tantôt. Je m’attarde pour la première fois à la bouffe mise à notre disposition: sandwichs au beurre d’arachides, patates, bananes, bretzels, toutes sortes de biscuits, des bonbons style « nounours ». Les biscuits aux brisures de chocolat me supplient de les choisir, mais je résiste: j’ai besoin de plus « consistant ». Donc, patates, bananes et bretzels. Côté liquide, des boissons gazeuses (Coke, Ginger Ale, Mountain Dew), du Gatorade (au citron, on ne peut pas tout avoir…) et de l’eau. Je cale deux petits verres de Gatorade, remplis mes bouteilles d’eau et me transforme en courant d’air.

Je remarque que les coureurs sont plus pressés que les bikers qui semblent être plus portés vers le « social ». Moi, tant qu’ils ne sont pas trop dans mes jambes…

Ok, prochaine station dans 3.9 milles, ça devrait être plus facile. D’autant plus qu’avec mon petit cerveau, je fais l’analyse que si Garvin Hill est le sommet de la course, forcément que la prochaine station d’aide sera située à un niveau plus bas en altitude. Brillant, le gars, hein ?  😉

Cette section se fait en majeure partie sur sentiers où la communication avec les vélos est primordiale. En effet, dans les decentes, ils vont pas mal plus vite, alors ils doivent nous avertir quand ils arrivent et surtout, nous annoncer de quel côté ils vont passer. De notre côté, nous devons nous tenir clairement d’un côté du sentier, question de leur faciliter la tâche. Je dois dire que tout se déroule rondement depuis le début… à part mes « backfires » incessants qui font littéralement éclater de rire les cyclistes. Hé, que voulez-vous…

Je suis dans ma zone, ça va bien mon affaire. Et qui vois-je devant ?  Ouais, le petit jeune blondinet qui semble en arracher. Le vieux lion ne peut réprimer un sourire. Je passe à sa gauche à quelques centaines de mètres de Cady Brook (mille 23.2, km 37.3).

La station est littéralement située dans le milieu de nulle part, en plein bois. On sait qu’il pleut parce qu’on l’entend, pas parce qu’on sent l’eau sur soi. Vraiment bizarre comme sensation. J’ai déjà deux morceaux de bananes dans la bouche quand le jeunot arrive. « Pis, fatigué le jeune ? » que j’ai envie de lui lancer. Un bénévole lui demande si ça va, le blondinet lui répond par l’affirmative, mais il devrait en parler à sa face: il a l’air brûlé. C’est qu’on n’est pas encore rendus à la moitié, mon gars…

Cap sur Margaritaville (mille 27.6, km 44.4). Encore des sentiers, encore des chemins de terre. Encore des montées, encore des descentes. Ces dernières commencent à être pénibles parce que je dois presque continuellement freiner, question ne pas me péter la marboulette. Et ce sont mes quads qui en paient le prix. Mon vieux corps m’envoie également ses premiers signaux. Arrière de la cuisse gauche… Hum… Début de crampe ?  Je fais quelques petites manoeuvres, ouf, non, c’est juste de la fatigue. Je suis capable d’en prendre. Aussi bizarre que ça puisse paraitre, ce sont mes bras qui me font le plus souffrir. Merde, je suis trop crispé.  Mais là, dans le genre pas idéal comme circonstances pour essayer de me détendre…

Quand j’ai lu qu’il y avait une station qui s’appellait Margaritaville, je ne sais pas pourquoi, j’avais un certain cocktail dans la tête. Disons que cette idée est pas mal loin de mes pensées quand j’y parviens. Il tombe maintenant des cordes et la station est montée à découvert. J’ai une petite pensée pour les dévoués bénévoles qui tiennent le fort, nous rendant la tâche pas mal moins difficile. Nos « Doug » anonymes, en quelque sorte.

Mais juste comme je m’approche, une madame débarque d’une auto et une bénévole se dirige vers elle, nous annonçant: « Mesdames et messieurs, la fondatrice de la Vermont Adaptive Ski and Sports » (c’est l’organisme qui bénéficiera des profits de la course). Tout le monde est distrait, comme si c’était le pape qui se présentait. Heu, excusez, c’est que j’ai une course à faire, genre…  Et puis, laissez faire. Je me charge moi-même de remplir mes bouteilles d’eau, mange un peu et quitte le mini-attroupement autour de la pseudo-papemobile.

À la prochaine station, Greenall’s (mille 31.9, km 51.3), je retrouverai Barbara. J’y ai prévu faire un grand ménage de ma personne: casquette, t-shirt, bas et souliers seront changés. Ça va me faire du bien parce que j’ai le pieds complètement détrempés et j’ai même froid de temps à autre, particulièrement quand on est à découvert. Peut-être passer aux manches longues, j’ai encore le temps d’y penser.

Plus que 4 milles avant de revoir ma douce. Je pense aux milles parcourus, aux milles à venir et tout naturellement, la toune de Fred Pellerin me vient en tête. Puis, merde, personne ne me connait, je me laisse aller à voix haute: « Mille après mille je suis triste; Mille après mille je m’ennuie. Mille après mille sur la route; Tu ne peux pas savoir comme je peux t’aimer ». Ouais, à part le mot « route », je trouve cette chanson vraiment appropriée pour l’occasion. En fait non, je ne suis pas triste, j’ai du fun comme jamais en compétition. Mais j’ai tellement hâte de la revoir… Et bon, comme je ne connais pas les autres paroles, je chante le couplet en boucle. Heureusement, je n’ai pas vraiment de coureur autour de moi !  😉

Bien tiens, justement un coureur que je rattrape dans une section de sentiers.  J’arrive sur ses talons après une montée, juste avant une descente (quelle surprise !). Le fouche-flouche de mon Camelbak (heureusement pour lui, j’ai arrêté de chanter) l’avertit de ma présence. Il me fait signe de passer, mais comme je ne truste pas mes qualités de descendeur, je le laisse aller. J’ai bien fait: il vole littéralement dans les descentes. Shit, j’envie ses talents… Ou sa témérité !

Finalement, comme Greenall’s est située en haut d’une longue côte, j’y arriverai avant lui. Je ne le sais pas encore, mais nous nous reverrons.

J’arrive à Greenall’s.. par une montée, bien évidemment !

Tout le monde semble s’être réuni ici. Il pleut encore beaucoup et j’admire le dévouement de ceux qui nous supportenent, nous les fous. Je cherche Barbara du regard, m’inquiète pour elle: vraiment pas le temps idéal pour une arthritique… Elle m’aparait, vêtue d’un imperméable jaune (les vrais de vrais) et de bottes de caoutchouc. Ma « Doug » avait vraiment tout prévu. Et à mon grand soulagement, elle semble en pleine forme.

Elle m’amène au VUS. Jamais je n’aurais cru que je m’ennuirais un jour du tab… de Tribute. Pourquoi ?  Parce que la porte arrière ouvrait vers le haut, nous faisant un bel abri.  La porte du RAV4 ouvre sur le côté. La pluie nous tombe donc joyeusement dessus. Doh !

En ouvrant la porte, je découvre Charlotte, bien évachée sur un siège arrière. Elle me regarde ayant l’air de dire: « T’es ben niaiseux de courir dehors par un temps pareil ! » Elle ne se lève même pas pour venir me voir. Constatez par vous-mêmes de quoi ça a l’air, un chien maltraité…

« Vraiment pas un temps à mettre un chien dehors ! »

Ok, j’essaie de ne pas trop niaiser. Je change la poche de mon Camelbak et constate avec horreur (bon, j’exagère) qu’il reste un bon litre de Gatorade dedans. Shit, j’en avais définitivement trop. Mais pas assez pour finir, alors je la change pour l’autre déjà préparée.

Le changement de souliers est également compliqué par le sol humide (c’est le moins qu’on puisse dire !)et le fait que je porte des orthèses. Mes pieds semblent en bon état, mais je prends toutefois le temps de les essuyer avant d’enfiler des bas secs. Je suis prêt à partir quand Barbara me fait remarquer que je n’ai changé qu’un bas. Voyons… Puis j’essaie de mettre mon Camelbak et quelque chose cloche: je l’ai mis à l’envers. Hé, je fais quoi avec mes neurones, donc ? Ok, une barre énergétique dans mes poches, au cas où, d’autes gels…

Finalement, je suis prêt. Du moins, je le pense… À la blague, je dis à Barbara que finalement, 50 km, j’en ai assez et que je vais abandonner. Sa réponse: « Tu as l’air bien trop en forme pour arrêter. Envoye, on se revoit tantôt ! ». Et c’est avec une tape dans le dos de ma tendre épouse que j’entreprends la suite de mon périple (ne vous inquiétez pas, on a aussi pris le temps de se donner un bisou).

Vermont 50: les premiers milles

Je ne suis pas habitué à ça: Barbara est là pour le départ d’une grande course. Habituellement, elle me rejoint sur le parcours et à l’arrivée. Mais pas aujourd’hui et j’avoue que ça me fait chaud au coeur. Et avant de se séparer, elle me donne un baiser de bonne chance. Une belle étreinte, un gros bisou. Je sens ton son amour, toute sa confiance en moi. Elle me dit « À tantôt » et s’éloigne, avec Charlotte à sa suite. Charlotte de qui j’ai évidemment eu droit à une lichette avant de partir. Adorable petit toutou…

Comme à l’entrainement, je suis équipé pour la grosse besogne. Louise m’a d’ailleurs fait remarquer tantôt que j’étais peut-être un peu trop chargé: je porte mon Camelbak avec environ 2.5 litres de Gatorade (aux fruits, si vous voulez savoir) et à la taille, ma ceinture d’hydratation avec 3 bouteilles remplies d’eau. Je compte boire à tous les kilomètres (qui ne sont évidemment pas marqués, pas plus que les milles d’ailleurs; je vais me fier au GPS), en alternance. Le but est de demeurer hydraté. La température, entre 10 et 12 degrés avec le ciel couvert, devrait m’aider. Et si je dois m’arrêter pour soulager la pression, c’est bon signe.

Aussi dans mon Camelbak, on retrouve 4 gels, une barre énergétique, des bretzels, du ruban adhésif (pour les ampoules), des capsules Endurolyte (crampes) , des mouchoirs (pour d’autres sortes des crampes) et un imperméable jetable. Disons que c’est peut-être effectivement un peu lourd à traîner tout ça pour un gars qui fait fait 5’10 » et pèse 150 livres. Mais bon, je préfère trop que pas assez…

Je me place dans la foule. Shit, mon GPS… Une minute avant le départ et j’ai oublié de l’allumer. Envoye, trouve-les tes foutus satellites !  Envoye !!  Envoye !!!   Il fait noir, mais je vois qu’il cherche, encore et toujours. Au moment où l’organisateur en chef crie son « Go !!! » au micro, je vois apparaitre les chiffres. Aussitôt, je démarre le chrono. En même temps, je démarre aussi ma montre car je ne fais pas confiance à la batterie de ma Garmin. Est-ce qu’elle peut durer plus de 8 heures ?  Vraiment pas certain.

Pour les habitués des courses sur route, ça peut semble bizarre que le départ se donne ainsi, par un simple cri. Mais bon, les ultras, on dirait que c’est assez minimaliste: pas de système de chronométrage électronique, pas de klaxon ou de canon au départ, pas de distances marquées. J’aime bien, c’est plus intime comme ambiance.

Les premiers milles se font sur des chemins carossables. Un petit bout en asphalte pour sortir du « resort » du mont Ascutney, puis des chemins de terre. Plaisant. J’avais lu qu’on partirait en descendant sur un mille, puis on en ferait deux sur le plat avant de frapper la première côte. Faut croire que le parcours a changé parce qu’on n’a pas 2 km dans les jambes que la première côte se dresse. Excusez la grossièreté, mais c’est une ostie de côte !  Du calibre de la vieille route de St-Adrien, dans le coin où mes parents habitent. Ouin, ça commence bien…

Premier petit stress: j’ai prévu faire les montées en marchant, question de conserver mon énergie. Serai-je le seul ?  Mon stress passe rapidement: devant moi, tout le monde marche. Bonne affaire. Mais quand je dis marcher, je ne parle pas d’une petite marche tranquille. Non, je parle plus de « power hiking »: de grandes enjambées combinées par des mouvements de bras accentués. Il faut avancer, quand même ! Ma technique est d’ailleurs plutôt efficace car je dépasse pas mal de monde en montant.

Après une éternité à monter, on fait quoi ?  On descend !  Puis on remonte. Puis on redescend. Comme mes jambes sont encore fraîches, je me laisse aller dans les descentes, doublant bien des gens au passage. Mais est-ce que ça va être comme ça tout le long ? Aille aille, mes quads vont vouloir sortir de mes cuisses à la fin…

Je regarde ma cadence moyenne: autour de 5:30. Ok, je vise 6:00, c’est bon. Mais sera-t-il possible de tenir ce rythme quand on va arriver dans le bois ?  Comme dirait un certain chef de parti, on verra. Bon, mon soulier droit commence à se desserrer, je vais arranger ça à la première station…

Première station d’aide justement: Coon Club, mille 4.2 (6.8 km). Je ne sais pas pourquoi, mais je m’attendais à ce que le nom de la station soit affiché quelque part, question de faire « officiel ». Non mais, je pensais à quoi au juste ?  Une enseigne en néon ?  On est en pleine campagne, beau tata…. Ce qui nous attend plutôt, ce sont quelques bénévoles, deux tables avec des victuailles, de l’eau et du Gatorade. Et heureusement pour ces si gentilles personnes, un gazebo pour les protéger de la pluie. Je n’ai besoin de rien, pense passer tout droit, puis me ravise: je vais remplir la petite bouteille d’eau que j’ai vidée. Au cas où…

Au moment de partir, la bénévole me lance, sans la moindre pointe d’ironie, un beau « Have fun ! ». C’est que la première section de sentiers se présente à nous. Et elle se présente sans trop de subtilité: une montée en face de cochon et de la bouette. « Have fun… » que je marmonne. Le gars à côté de moi lâche un petit rire. Ouais, le party commence. Et on est tous dans la même galère.

On n’a pas la moitié de la montée de faite que nous rattrapons nos premiers vélos. Les pauvres, la côte est tellement abrupte qu’ils doivent descendre du vélo pour la monter. Et avec la bouette, pas moyen de se donner un élan, alors… Bref, je préfère de loin être à pied. La première section de trail donne un bel avant-goût. Encore là, ça monte, ça descend. La surface est plus glissante que ce à quoi je m’attendais, me confortant dans ma décision de faire la distance au complet avec mes Salomon. Louise partait avec ses souliers de route, alors ça m’avait semé un doute. Je remarque également qu’il fait très sombre dans le bois, nous évoluons presque dans la pénombre. Je dois demeurer alerte, je n’ai vraiment pas le goût de me retrouver face contre terre…

Peu avant de sortir de la trail, je m’arrête pour une pause-pipi. Good, l’hydratation va bien. Il me faudra répéter le manège, sinon…  Je repars, puis m’arrête à nouveau. Tant qu’à faire, t’aurais bien pu resserrer tes souliers…  Chose faite, puis redépart. Je suis en pleine descente dans un chemin de terre (donc à fond ou à peu près) quand je jette un coup d’oeil à mon GPS, question de voir ma vitesse. Merde !  Je l’ai arrêté par réflexe quand j’ai fait ma pause !  Merde, merde !  Non seulement le temps indiqué n’est pas bon, mais la distance non plus. Tu parles d’un beau cabochon !

Autre problème depuis quelques minutes: mon ventre. Presque depuis l’instant où nous sommes partis, j’ai commencé à faire des « backfires », mais ça n’avait aucune conséquence (à part m’embarrasser légèrement à chaque fois). Mais là, mon ventre commence à faire des siennes et je n’aime vraiment pas ça. Je pense à Patrice Godin qui avait eu des problèmes gastriques l’année passée, je pense évidemment aux nombreuses fois où mes intestins m’ont ordonné un retour précipité à la maison. Ce n’est pas parce que j’ai tout prévu que je dois nécessairement me servir de ce que j’ai apporté… Il me reste 70 km à faire, je ne pourrai jamais endurer ça tout ce temps-là.

Arrivé à Dart’s (mille 8.5, km 13.7), deuxième station d’aide (qui, ho surprise, est située en haut d’une côte), je suis un conseil de Louise: je saute sur les patates. J’en prends deux  morceaux dans ma bouche et en enfouis trois autres dans mes poches. Je cale deux verres d’eau, remplis une bouteille et repars.

J’ai déjà hâte à la prochaine station d’aide: Skunk Hollow, où Barbara m’attend. Les sections de trail et de chemin de terre se succèdent, je n’ai aucune espèce d’idée où je suis rendu. Une seule chose m’importe: les flèches noires sur fond rose qui nous indiquent par où passer. De toute façon, il y a encore pas mal de monde autour de moi, alors pas trop de danger de me perdre… pour le moment !

C’est fou par où il nous font passer: des sentiers étroits, des montées débiles, des descentes aussi pires. À un  moment donné, j’en ris tellement je trouve ça exagéré. Non mais, il faut être maso pour se lancer là-dedans !  Et le pire, c’est que je m’amuse comme un petit gars. Et comble de chance, à mesure que j’enfile les morceaux de patates, mes problèmes gastriques semblent s’éloigner. Coooool !  🙂  À ça, j’ajoute un gel, question d’avoir un peu de sucré pour compenser.

Comme j’amorce une descente, j’aperçois un photographe. Pauvre gars, pogné là par une journée de pluie… Pas besoin de me forcer pour sourire, je m’amuse !

J’arrive à Skunk Hollow, youppi !!! 🙂

Pas tellement plus loin, je sens une certaine fébrilité dans l’air. On traverse un petit pont de bois et comme par magie, on sort dans un champ: c’est Skunk Hollow (mille 12.3, km 19.8). Yes !  Il y a pas mal de monde, je cherche Barbara du regard. Évidemment, c’est elle qui me voit en premier (je ne vois jamais rien…) et elle m’appelle. Je lui dis: « C’est complètement débile !  Maudit que j’ai du fun ! » avec un large sourire. On s’embrasse, puis elle se retourne pour me donner accès à mes choses, dans mon sac à dos. Je suis un peu déboussolé, ne sais pas trop quoi j’ai besoin. Ha oui, un gel. Et heu… ben rien d’autre, je pense. Charlotte quémande une caresse, je donne un autre bisou à ma tendre épouse et repars, rempli d’énergie, pour l’étape la plus difficile du parcours.

Un petit coup d’oeil sur Shunk Hollow

Avant la longue promenade

Il est environ 5h10 quand nous entrons dans le grand chapiteau où chaque concurrent, coureur ou cycliste doit s’enregistrer. L’organisateur en chef est supposé donner son speech d’avant-course à 5h15. « C’est très important que vous soyiez là à 5h15 » qu’on m’avait dit la veille. Ouais ouais, à voir le genre d’organisation, ça me surprendrait bien gros que le speech en question débute à l’heure pile. Et puis, ils vont nous apprendre quoi, au juste ?  Qu’il pleut ? Qu’il n’y a pas vraiment de moufette à Skunk Hollow ?  Enfin, comme je suis toujours à l’heure et que Barbara est comme moi, bien nous voilà.

Le check-in se fait en criant ciseaux et l’attente commence. Tout autour, des coureurs, oui, mais surtout des cyclistes. Il y en a de toutes sortes, de ceux qui semblent vouloir viser un temps à ceux qui feront une randonnée pour le plaisir. Ça a l’air qu’avec ce parcours, ce n’est justement jamais une partie de plaisir !  En tout cas, il faudrait qu’ils me paient pour que je me tape ça en vélo de montagne… Quant aux coureurs, ça semble plus homogène. Les gens entrent et sortent de la tente, mais disons que le petit crachin qui tombe nous pousse à demeurer à l’abri. Au microphone, on nous répète sans relâche qu’on doit aller s’enregistrer pour avoir le droit de prendre le départ. Oui oui, on a compris…

L’ambiance est totalement différente d’une course sur route. À part quelques cyclistes, tout le monde semble tellement, mais tellement relaxe. Moi le premier. J’ai eu une nuit normale (hormis le fait qu’elle a été légèrement plus courte qu’à l’accoutumée) et je ne me sens pas nerveux. Bizarre. J’ai beau me dire que je ne me mets pas de pression, un temps sous les 8 heures et/ou une place dans le top 10% me feraient bien plaisir. Mais bon, on va commencer par essayer de le finir et on verra la performance après. Barbara aussi a bien dormi et Charlotte semble en pleine forme, comme toujours. Et comme à son habitude, elle attire les câlins des inconnus.

Bon, mon départ est à 6h25, je n’ai pas envie de rester debout pendant une heure en attendant, moi. Est-ce qu’il le fait, son foutu speech qu’on retourne à l’auto ?  Nous entendant jaser dans la langue de Jean Chrétien, une femme à l’allure d’une habituée nous aborde. Elle vient de Québec et en sera à son sixième Vermont 50. Elle me parle des années passées, particulièrement l’an passé où il avait fait très chaud (j’avais souffert le même jour lors du marathon de Montréal). Elle me demande ce qui se passe avec Patrice Godin (au moment d’envoyer ce post, je recevais un update de Patrice sur Virgil Crest, dans le genre timing…), me raconte comment c’était lui qui l’avait convaincue de ne pas abandonner l’année dernière et plein d’autres anecdotes sur la course.

Ha, le speech commence. En retard, évidemment. Ho la la que je suis surpris…. On écoute un peu, mais le monde jase pas mal… jusqu’à ce qu’un gars dans le fond lâche un véritable cri de mort. Silence complet. Le monsieur continue et effectivement, ne nous apprend pas grand chose, à part que le parcours est en bon état, malgré les pluies des deux derniers jours. Bon à savoir.

Tranquillement, nous reprenons la conversation avec Louise (c’est son nom). Elle parle de Boston, de ses expériences. Comme c’est mon premier, je vois dans son regard qu’elle s’attend à ce que j’en bave. Elle m’avertit même qu’il y a toujours un moment en ultra où on est tellement down qu’on veut arrêter. Mais ça finit toujours par passer. Dernier conseil: manger des patates aux stations d’aide. Celui-là, je le retiens… Pour le reste, j’ai confiance. Bout de viarge, si je ne suis pas assez entrainé, je me demande bien ce que ça prend !

Une petite photo pendant que j’ai encore le sourire

Les premières vagues de cyclistes commencent à partir, alors c’est le temps d’un dernier pipi. On se donne un high five de bonne chance et je lui dis qu’on se reverra sur le parcours.

Les cyclistes partent littéralement à la noirceur, me semble que ça doit être freakant… Finalement, pas vraiment le temps de retourner à l’auto, la petite jasette ayant fait passer le temps assez vite merci. Super sympathique, Louise, j’espère qu’on se reverra dans d’autres courses. La dernière vague de vélos est appelée et après, ce sera notre tour. Shit, dans 5 minutes, je vais m’élancer pour 80 kilomètres. C’était quoi l’idée, donc ?