80k UT Harricana: le deuxième (et dernier !) marathon

Ravito Castor Info-Comm  (41k) à ravito Split BMR 1 (49k)

En quittant le ravitaillement, nous empruntons un chemin de quad qui est plutôt roulant. J’en profite pour rejoindre et dépasser du monde, dont Marline, que je soupçonne être en position de tête chez les femmes du 80k. En ultra, c’est toujours un peu mon but : être au niveau de la première femme. Si je ne me trompe pas, ce mini-objectif est maintenant atteint.

Arrive une section technique. Avant de m’y engouffrer, un bénévole me dit qu’il reste 8 kilomètres avant le prochain ravito. Mais ce sont 8 kilomètres comment ?  Du genre qu’on peut faire en 35  minutes ou du genre à prendre 1 heure à parcourir ?  Pas vraiment la même chose…

Dès les premières enjambées, j’en viens à la conclusion que ce sera probablement la deuxième option : c’est étroit et accidenté. Donc, c’est technique. Obligé de faire une pause-pipi, je me fais rejoindre par deux gars que je viens de dépasser. Rapidement, je me retrouve sur leurs talons et décide de rester là. Nous avançons à peine, faisant de grands bouts à la marche.

Au loin, j’entends crier, mais je n’y porte pas trop attention. Quelques minutes plus tard, le gars devant moi, qui marche depuis un bout, pousse une accélération soudaine. Mais très soudaine. Quelle mouche le pique, celui-là ?

Au moment même où il se met à crier : « Des guêpes ! Des guêpes !!! », je suis au-dessus du nid qui l’a fait décoller et je suis à mon tour assailli. Quelle mouche l’a piqué vous dites ?  Malgré le marathon déjà bien emmagasiné dans mes jambes, j’accélère en malade à mon tour, en gesticulant comme… comme quoi au juste ?  Qu’est-ce qui gesticule beaucoup ? Enfin, je gesticule comme ça. Je ne suis évidemment pas le premier à passer par là et je sens que mesdames étaient déjà en beau maudit au moment de mon arrivée dans leur domaine. Pendant que j’essaie de les chasser tout en courant et en criant, un gars qui a choisi de faire le tour en passant au travers les arbres se fout de ma gueule. Je te souhaite de rencontrer un ours, toi !

Au final, trois piqûres. Pas si pire, à part que ça fait mal en… Mais, un ultra étant un ultra, c’est surtout le mental qui finit toujours par venir nous jouer des tours. Je me mets alors à penser. Et si j’étais allergique ?   Ou si je développais une allergie ?  Là, en pleine forêt. Ça y est, je me vois déjà, gisant sur le sol, paralysé, plus capable de respirer, à des kilomètres à pied des secours les plus proches.

Heureusement, rien de tel ne se produit. Nous nous retrouvons à 7 ou 8 à nous suivre. Au bout d’un certain temps, je trouve que les autres se complaisent pas mal dans leur rythme lent. Mais par où passer ? Et si je passe, vais-je me faire souffler dans le cou si ça devient vraiment technique ?

Un gars ne se pose visiblement pas ces questions-là. Il arrive derrière dans une descente très complexe et décide de forcer le passage, ou à peu près, puis s’envole devant. Plus courtois, je patiente, mais me promets une chose : au ravito, je vais passer tout droit ou à presque, question de ne plus avoir mes partners dans les jambes. Je tâte le réservoir de ma veste pour vérifier : ok, je devrais être correct côté liquide. Et si j’en manque, hé bien tant pis. Je ne resterai pas derrière, un point c’est tout.

Ravito Split BMR 1  (49k) à ravito Montagne Noire (56k)

Je reconnais le coin : c’est le pied de la montagne Noire, une belle section du parcours du 28k. C’est accompagné d’un jeune qui lui aussi fait le 80 kilomètres que j’ai quitté le ravito. Dès qu’on commence la montée, je lui signifie mon intention de la marcher car je la sais très longue. Il poursuit à la course, puis je le rejoins à la faveur d’une pause-pipi.

C’est ensemble que nous allons faire l’ascension. Il en est à son deuxième ultra, son premier ayant été le 80k de la Chute du Diable… il y a deux semaines de cela ! Ouin le jeune, tu n’y vas pas avec le dos de la main morte !  😉   Il me raconte que sa course là-bas a été compliquée par le fait qu’il s’y est perdu. Son temps final: plus de 13 heures !  À cause d’un problème à un genou, il a demandé à l’organisation de faire le 65k ici, mais ça lui a été refusé car il s’y est pris trop tard. Je ne comprends trop pourquoi, mais les organisateurs devaient avoir leurs raisons.

Peu après l’avoir ramené dans le droit chemin alors qu’il allait emprunter une mauvaise direction (pas étonnant qu’il se soit déjà perdu), nous avons notre première cible en point de mire : le gars qui avait forcé le passage dans la section précédente. Nous passons à côté de lui sans ralentir et le laissons sur place. Tiens toi !

Toujours est-il que la montée me semble infiniment plus longue que l’an passé (avec une quarantaine de kilomètres de plus dans les jambes, ça s’explique peut-être un peu). Ça ne m’empêche pas de beaucoup apprécier l’endroit. Je me sens en contact avec la nature sans avoir à regarder où je mets les pieds à chaque fois. Je passerais le reste de la journée à courir ici, moi…

Dans la descente, je continue à jaser avec mon compagnon, mais sans m’en rendre compte, je le distance (!) et je finis par parler tout seul (ce que je fais toujours de toute façon). Il arrive quelques secondes après moi au ravito, au moment même où un bénévole nous annonce : « Vous êtes 17e et 18e. Et il y en a deux ou trois autres qui viennent juste de passer ».

Hein ?!? Nous sommes si bien placés que ça ?  Il y a seulement 16 personnes devant moi ?   Je suis estomaqué.

Ça semble donner un coup de fouet à mon compagnon qui s’envole aussitôt. Bon, je suis 18e.  Ok, pas de stress, il me reste environ 24 kilomètres à faire, il ne faut pas trop négliger les détails dans mon empressement: je dois remplir mon réservoir avant de poursuivre. Tâche qu’un gentil bénévole et moi réussissons de peine et misère à compléter. Il va bien falloir que je trouve un truc un jour pour faire ça plus efficacement, ça en est pathétique. Enfin…  Au moins, je ne m’encombre plus de petites bouteilles de pilules, c’est déjà ça de pris.

Ravito Montagne Noire (56k) au mont Grand-Fonds 1 (64k)

Je viens à peine d’entrer dans le bois que j’entends des cris provenant des bénévoles : « Monsieur, monsieur ! Vous avez oublié vos gants !!! ». J’hésite. Ce sont des gants cheap Running Room, je pourrais bien les laisser là (quand je dis que le mental, en ultra…). Puis je me ravise et retourne les chercher. Ils pourraient servir encore, en haut du mont Grand-Fonds.

Dans mes souvenirs, cette section était relativement facile. Et effectivement, après un petit bout plus technique, j’aboutis sur un sentier assez large et plutôt roulant.

Comme j’avance à un bon rythme, trouvant que pour un gars qui court depuis si longtemps, finalement, je ne suis pas si pire que ça, j’entends des pas derrière. Et ces pas, ils se rapprochent. Ils sont plus plusieurs à se rapprocher de moi. Et ils avancent vite à part ça. Un peu plus et ils jaseraient en me rattrapant, tant qu’à faire !  C’est que je commençais à me faire à l’idée de terminer dans le top 20, moi… Après une 15e place (en fait, une 14e ex-aequo avec Luc) à St-Donat, ça aurait été bien un top 20 ici, particulièrement avec le contingent de coureurs présents.

Je me retourne. À mon grand soulagement, ceux qui causent les bruits de pas portent un dossard vert: ce sont les meneurs du 28 kilomètres qui sont sur le point de me shifter. Dans la mi-vingtaine, le premier se fait suivre une dizaine de mètres derrière par un coureur plus expérimenté qui semble plus frais. On dirait que le vieux taureau laisse le jeune s’énerver avant de l’achever. Je m’écarte du chemin pour leur laisser la place, lançant des encouragements au passage. Ils me distanceront progressivement, jusqu’au point où je ne les reverrai plus. Un troisième me dépassera quelques minutes plus tard, juste avant la longue descente.

Ha, le long chemin de terre qui descend en face de cochon… Le paradis des descendeurs habiles. Quant à moi, bof… Mais comme ce n’est pas trop technique (quoi qu’il faut choisir sur quelles roches on met les pieds, car certaines ont parfois le goût de nous suivre dans la descente), je ne me débrouille pas trop mal. Dès le début, je reprends un coureur et jette un œil à son dossard : un gars du 80k !  Cool, une autre place de gagnée ! Il semble avoir mal aux jambes, alors je le mets en garde : ça descend très longtemps !

Rendu en bas, j’en reprends un autre, un gars du 65k, qui me demande si je sais s’il reste beaucoup de montées. Je le rassure en lui disant que c’est plutôt vallonné d’ici à l’arrivée. Mais un peu plus loin, à 3 kilomètres du mont Grand-Fonds, une bonne montée nous attends. Oups…  Ben là, faut pas trop en demander à la mémoire d’un homme de mon âge !

Pendant que je suis dans la swamp des derniers kilomètres (celle-là est moins agréable), j’entends à nouveau des pas : un quatrième coureur du 28k qui me rejoint. Comme je lui laisse le passage, il me tend la main et on se donne un low five. Demandez-moi pourquoi j’adore l’univers de la course en sentiers…

En haut d’une petite montée, des gens m’encouragent de ne pas lâcher. J’aurais pu la faire en courant, mais je préfère me ménager. Mais je me sens tout de même « l’obligation » de me justifier en précisant que je fais le 80k. Que voulez-vous, un gars compétitif, ça demeure un gars compétitif…

Depuis quelques kilomètres, je vérifie mon chrono à intervalles réguliers. En me basant sur les temps de 2013, j’avais dit à mes supporteurs que dans le meilleur des cas, je prendrais 7 heures pour faire les 65 (64) premiers kilomètres. Et dans le pire, ce serait 9 heures. Honnêtement, je pensais que si tout allait bien, je ferais 7h30, mais j’espérais passer en 7h20, soit le temps de Rachel qui avait terminé en première place chez les femmes.

Or, à l’approche du stationnement, je suis à 7h18 ! Et, bien que la fatigue se soit graduellement installée, j’ai encore du jeu sous la pédale. 16 autres kilomètres ?  La montée de Grand-Fonds ?  Piece of cake. Amenez-les !

Barbara et ma mère m’accueillent alors que je monte le faux-plat menant au pied de la pente de ski. Ma douce moitié ne semble pas revenir de un, me voir arriver si tôt, et de deux, me voir en si belle forme. « Déjà ?!? Tu as l’air super bien !». Heu… oui. Pourquoi tu demandes ça donc ? « Joan vient juste de passer !»

QUOI ?!? Elle a halluciné, ça ne se peut pas. Joan, ça doit faire une bonne heure qu’il est passé. « Non non, il vient juste de passer. Il marchait.» Le gars qui a terminé 3e de l’un des grands 100 milles aux USA il y a à peine quelques semaines, celui qui révolutionne peu à peu le monde de la course à pied par ses méthodes peu orthodoxes, tu me dis qu’il marchait ?  Impossible. Tout simplement impossible. Il n’y a qu’une seule raison qui puisse expliquer ça : il est blessé. Il a probablement dû se trainer jusqu’ici et il va abandonner au chalet. C’est la seule explication logique que je peux trouver à cette incongruité.

Après une petite photo avec ma tendre épouse (photo qui a été supprimée parce que madame trouvait qu’elle était loin d’y être à son meilleur), celle qui endure toutes mes lubies et mes manies depuis si longtemps, et surtout après avoir reçu mon petit bec de bonne chance (on ne peut tout de même pas espérer un gros french quand on sort du bois; par contre, Charlotte est moins regardante et me donne une grosse lichette dont elle a le secret), je repars. Un peu plus loin, mon père m’attend, caméra à la main. Autre moment à immortaliser. 64 kilomètres dans les jambes et prêt à poursuivre, plus que jamais. « On se revoit dans 1h30 – 2h ! »

Une dernière petite montée plutôt abrupte nous amène au niveau des remonte-pente. Normalement, je l’aurais marchée, mais devant autant de spectateurs, mon orgueil prend (encore) le dessus et je la cours, sous les applaudissements nourris. Arrivé en haut, une bénévole, voyant mon dossard, m’indique le chemin à prendre pour le ravito. Je feins d’en avoir ras le pompon et me dirige vers l’arrivée. Elle insiste, je feins encore plus. Elle finit par sourire. Parce qu’elle me trouve drôle ou parce qu’elle est polie ?  J’opterais pour la deuxième proposition.

Sous le petit chapiteau du ravitaillement, 3-4 coureurs. Ils semblent au bout du rouleau. Ils s’assoient, grimacent de douleur. Ils n’ont surtout pas l’air pressés de repartir. On dirait bien que le mur qui se dresse devant nous a un effet très marqué sur leur mental. Joan n’est pas parmi eux. Coup d’oeil vers le haut de la montée: aucune âme qui vive. Si Barbara dit vrai, il est certainement au chalet en train de panser ses blessures. J’espère qu’il n’a rien de grave…

Bien décidé à ne pas laisser filer mon momentum, je ne m’attarde pas plus longtemps.

Ravito Grand-Fonds 1 (64k) à ravito Orignac (73k)

Voici enfin l’Obstacle du parcours: 2 kilomètres de montée pour 300 mètres de dénivellation. Calcul rapide: pente à 15% de moyenne, avec des passages à plus de 30%. Je sens l’adrénaline qui coule à flots dans mes veines. Je sais que la montée ne sera pas facile mais je sais aussi que c’est moi qui vais gagner, pas la foutue montagne. Je pose alors un geste tout à fait contre ma nature et montrant mon état d’esprit: pointant le sommet, je mime le signal montrant le premier essai au football. Et dans ma tête j’entends: « Premier essai, first down, MONTRÉAL ! », comme on entend(ait) si souvent au stade Molson durant les parties des Alouettes. Allez, mont Grand-Fonds, à nous deux !  Montre-moi ce que tu as dans le ventre !

Toute cette motivation, elle venait de ma mémoire. Celle du gars qui avait basculé autour de la 10e place au sommet de cette montagne lors du 28k en 2013. Sauf que je n’avais pas 64 kilomètres dans les jambes à pareille date l’année passée…

Rapidement, mes quads me font savoir qu’ils sont fatigués. Et ça monte, ça monte et ça monte encore. Sans arrêt. Je suis rendu environ au quart quand j’entends une clameur et des cris au micro, en bas. On annonce l’arrivée des deux gagnants de la course, Jeff et Florent. Selon ce que je peux décoder, ils terminent ensemble. J’ai un petit sourire de satisfaction: je ne me serai pas fait reprendre par eux avant de passer une première fois au centre de ski. C’était un autre de mes objectifs aujourd’hui. Un autre réussi.

Gagnants

Jeff et Florent, en route vers la victoire              (Photo: Alexis Berg, grandtrail.net)

Je me retourne. Aussi loin que je peux voir, personne à ma poursuite. Et devant ?  Personne non plus. Au point où je me demande si je suis sur le bon chemin. Je continue toutefois de croiser sporadiquement des petits fanions roses, alors je me dis que je suis probablement correct…

Finalement, la pancarte indiquant 15 kilomètres avant d’arriver. Good, la moitié de la montée est derrière. Mais c’est qu’il en reste autant devant… Et ne voilà ti pas mon dos qui commence à se plaindre à son tour !  Ha ben non, je ne monterai pas en me tenant le bas du dos pour le soulager.   Moi, quand je vois quelqu’un qui monte en se tenant le bas du dos, je sais qu’il est en train de faiblir. Alors c’est contre ma religion de le faire !

Après deux ou trois éternités, la pente s’adoucit. En haut, un photographe m’attend, tout emmitouflé. C’est vrai qu’avec le petit vent qu’il fait… Le cliché qu’il prendra est tout simplement époustouflant. À lui seul, il exprime pourquoi je cours.

Mont Grand-Fonds

Une image vaut mille mots: l’homme face à la nature et surtout, face à lui-même. Merci Alexis Berg (grandtrail.net)

Je lui demande au passage si les meneurs couraient dans cette partie. Je suis rassuré de l’entendre répondre par la négative.

Ok, plus que 14 kilomètres. Coup d’œil au chrono: ouais, ça va être très serré si je veux faire sous les 9 heures. Comme ça descend beaucoup, ça demeure jouable. Il y a bien un kilomètre très technique là-dedans, mais je suis optimiste.

Le sentier au sommet est en fait un chemin de quad ondulé. Très ondulé. Avec de belles grosses roches parsemées çà et là. Et mes jambes qui commencent à demander grâce. Ça se courait bien l’an passé, mais aujourd’hui…

Les kilomètres passent, lentement mais sûrement. Seules les pancartes qui égrènent les kilomètres me confirment que je suis encore bel et bien dans une course. Car je ne vois toujours personne devant et chaque fois que je me retourne, personne derrière. Depuis que j’ai quitté le centre de ski, je suis seul. Pas que je m’en plaigne, j’aime courir seul. C’est juste moins rassurant, en course en sentiers.

Signe que la fatigue s’installe de plus en plus, je suis très tenté de m’arrêter lorsqu’un superbe point de vue s’offre à moi. Allez, ce n’est pas pour deux petites minutes… Mais je résiste et poursuis mon chemin pour arriver à la longue descente sur chemin de terre.

Je la fais prudemment. Vraiment, mais vraiment prudemment. Je ne fais aucunement confiance à mes jambes dans leur état actuel et s’il fallait que je plante face première, je crois que je ne me relèverais pas.

Arrive finalement le ravito. Tout juste après, ce sera la section de single track très technique et je suis découragé de voir l’immense quantité de gens qui entrent dedans avant moi: c’est la course de 10 kilomètres qui bat son plein. Merde, dans le genre mauvais timing…

Le bénévole de service m’annonce qu’un participant du 80k vient tout juste de partir. « Il a 30 secondes d’avance sur vous, tout au plus ». Ha oui ?  Ben il va avoir une minute parce moi, j’ai le goût de prendre 2-3 verres d’eau. À un moment donné, les gels, ça devient collant dans la bouche. C’est dégueux…

Ravito Orignac (73k) à ravito Split BMR 2 (76-77k)

Je me joins à l’immense groupe qui fait la course de 10 kilomètres. À voir le nombre disproportionné de femmes (elles représentent au moins 95% du contingent de coureurs que je vois), j’en conclus qu’il s’agit probablement du dernier tiers du peloton. Je vais devoir m’armer de patience. Encore.

Plus courtoises que les hommes, plusieurs me laissent le passage. Cependant, la filée est tellement looooooongue que ça ne donne pas grand chose. J’essaie de me dire que ce ne sera pas tellement plus long que si j’étais seul de toute façon. Sur 1 kilomètre, je vais perdre quoi ?  2, 3 minutes ?  Sur 9 heures de course, franchement…

Une pancarte kilométrique passe. Et après un très long délai, une autre. Merde, cette section est beaucoup plus longue que 1 kilomètre !

Finalement, nous aboutissons sur un autre chemin de quad. J’enclenche aussitôt la vitesse supérieure, passant d’un côté du sentier à l’autre, zigzagant au travers des coureuses. Comme si un ressort avait accumulé une quantité immense d’énergie et que je devais la libérer. Là, ici et maintenant.

J’arrive au ravito en même temps que ce qui me semble être une pré-adulte qui se tient l’épaule en pleurant. Qu’est-ce qui est arrivé ?  Une chute ?  Une collision avec un arbre ?  Aucune idée. Mais je ne vois pas qu’est-ce qui pourrait la faire sangloter comme une enfant. Évidemment, il arrive qu’on se fasse assez mal pour en avoir les larmes aux yeux. Ou même de tomber dans les pommes. Mais aller jusqu’au point de sangloter ?  Il faut être le moindrement dur à son corps si on veut pratiquer ce sport-là, sinon on risque de trouver le temps long. Je pense que c’est ce qui arrive à cette jeune femme. A-t-elle poursuivi ?  Aucune idée.

Ravito Slit BMR 2 (76-77k) à l’arrivée (80k)

Au moment de repartir, j’entends un bénévole lancer: « 8043 » (nos numéros sont pris en note à chaque ravitaillement, question de s’assurer que nous sommes encore dans la course).  Un numéro commençant par un 8, c’est un participant du 80 kilomètres, ça !  Le bénévole avait dit vrai: j’étais tout près.

Et qui vois-je qui avance en marchant, tout juste devant moi ?  Joan.

J’arrive à sa hauteur et lui mets la main sur l’épaule. Hé, est-ce que ça va ?  Qu’est-ce que tu fais là ?  Il m’explique qu’il s’est tordu un peu une cheville en début de course, mais que c’est tolérable. Ça allait plutôt bien au début, mais ça s’est vite gâté. Pas d’énergie. Rien. Ce qu’on appelle un « jour sans » en cyclisme. Il vit l’équivalent aujourd’hui.

Depuis que je le connais, j’éprouve une grande admiration pour le coureur qu’il est. Mais là, dans un coin perdu de Charlevoix, c’est l’homme que je me mets à admirer. Voyant que ça n’allait pas, ça aurait été facile pour lui d’abandonner lors du premier passage au mont Grand-Fonds. Pour un coureur de son niveau, accepter de se faire dépasser par des coureurs plus faibles et poursuivre malgré tout, c’est tout à son honneur.

Comme je me sens encore bien, je lui souhaite bonne chance en reprenant la course. Il me lance, avec un grand sourire: « Si je te rattrape, je te botte le derrière ! » (il en parle justement ici, dans un bijou de récit; à lire absolument). Il nous avait fait le coup au départ du 60k à St-Donat (lui avait déjà le chemin inverse dans les jambes à ce moment-là) et il faut croire que ça avait marché car je ne l’avais pas revu. Je lui souris en partant, pressé d’en finir.

Tout va bien pour 300 ou 400 mètres, jusqu’à une petite montée. Une petite butte de rien du tout que je grimpe en courant sur la pointe des pieds, propulsé par mes mollets. Ce qui devait arriver arrive: une violente crampe s’abat sur mon mollet droit. Je ne l’ai jamais vue venir et elle fait mal en tab… !

En fait, elle m’a tellement fait mal que je ne peux pas pu réprimer un cri. Ni bouger. Arrive alors Joan, tout sourire. « Qu’est-ce que je t’avais dit, donc ? ». Comme pour me donner une dernière chance d’éviter le châtiment promis, il répète: « Si je te rattrape, je te botte le derrière ». Tu peux y aller mon ami, je ne peux plus avancer.

Il a la gentillesse de me gracier. On marche un bout ensemble, les dames que j’ai dépassées depuis tantôt passant à ce qui me semble maintenant la vitesse de l’éclair, la face en point d’interrogation.

« Tu n’as pas quelque chose contre les crampes là-dedans? », me demande-t-il en pointant ma veste. Ben oui, j’avais oublié !  Je traine des petites pilules anti-crampes, un échantillon que j’avais reçu avec ma trousse du coureur à Boston ou New York. Je les avais amenées, au cas. Mais où sont-elles ?

Nous voilà donc en train de fouiller ma veste. Je finis par trouver. Il y a quatre pilules. Dois-je les prendre toutes ? « Tu as 4 jambes, non ? ». Vu de même… Je les avale donc toutes sans savoir ce qu’elles contiennent, me disant qu’au pire, j’en mourrai en faisant ce que j’aime.

« Tu veux faire quelle distance à Bromont, tu disais ? ». Bon, ça y est, ma mère a réussi à hypnotiser Joan à son premier passage à Grand-Fonds et maintenant, c’est elle qui contrôle ses pensées, ses paroles. Elle me poursuit avec sa sagesse de mère jusque dans le fin fond des bois !  Maman, laisse Joan tranquille, je t’en prie…

Je bredouille une réponse, puis regarde mon chrono. Les 9 heures, c’est foutu depuis un bout. Et quand j’énonce tout haut mes calculs de projection si on termine en marchant, ça semble fouetter mon partner qui lance: « Bon, il faut que ça finisse, cette foutue course-là ! » et il repart en courant.

La douleur semblant vouloir s’estomper un peu, je reprends également la course, lentement. Puis accélère progressivement, au point de commencer à remonter les coureuses qui avaient assisté à mon agonie un peu plus tôt. « La crampe est passée ? » me demande une dame. « Ça tient, ça tient. Mais j’ai hâte de finir ! ».

Je reprends même des coureurs du 65k, preuve que mon rythme n’est pas mauvais.  Rejoindre Joan ?  Oubliez ça !

Après le deuxième passage dans la swamp, j’aperçois enfin le stationnement du centre de ski. Mes supporteurs m’attendent, je leur fais signe que je suis cuit au passage. Mettons que les 16 derniers kilomètres ont laissé des traces.

Dernière petite montée. Ma petite sacrament, ce n’est pas vrai que tu vas m’avoir !  Je la fais en courant, les dents serrées, le feu dans les yeux. Tiens toi ! On annonce mon arrivée: « Un coureur du 80 kilomètres, Frédéric Giguère ! ». Les applaudissements  montent de quelques décibels. Wow, nous sommes les rock stars aujourd’hui !

Je franchis le fil en 9:19:47, ce qui, je l’apprendrai plus tard, me donnera le 13e rang. Après trois semaines, j’ai encore peine à y croire.

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Peu après l’arrivée, accueilli par ma douce moitié et notre adorable toutou. Remarquez en arrière-plan Joan qui sourit à belles dents

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Je devrais peut-être sourire moins, ça me donne autant de rides que feu Claude Blanchard… 😉

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80k UT Harricana: le premier marathon

Départ à ravito Geai bleu (8k)

L’obscurité est encore totale quand le départ est donné au son des hurlements. Car il semblerait que nous sommes une meute de loups, alors certains s’en donnent à cœur joie. Pour ma part, je n’ai jamais ressenti (ni même compris) ce besoin de faire monter l’adrénaline en début de course. Ce n’est pas un 100 mètres qui nous attend, c’est 800 fois plus !  Je considère que j’aurai besoin de chaque once d’énergie pour ce long périple. Mais bon, à chacun sa façon de faire, n’est-ce pas ?

Après une centaine de mètres dans le stationnement, nous nous engouffrons dans des sentiers de type « SÉPAQ » : le revêtement est en petit gravier et ils sont assez larges pour accommoder 2 ou 3 personnes. Ça me fait énormément penser au Mont St-Bruno. C’est donc roulant à souhait, mais avec la foule, le rythme est relativement lent. Ça fait bien mon affaire, je ne voulais pas partir trop vite de toute façon.

Cette cadence me donne l’occasion d’admirer la beauté du moment : 300 personnes qui courent ensemble dans la nature, leurs pas guidés par la seule lumière des lampes frontales. Ce que j’aimerais prendre un instantané… si j’avais le moindre talent et/ou intérêt pour la photographie. Autre beauté : la rivière, juste à côté. Je ne peux pas la voir, mais je l’entends. Dans la pénombre, je distingue la vallée, rien d’autre. Je laisse aller mon imagination et « admire » ce paysage pourtant invisible.

J’aperçois un premier panneau kilométrique : il en reste 62 avant l’arrivée… de la course de 65 kilomètres (qui en fait 64, en réalité) !  Après une belle descente, nous traversons la rivière, ce qui annonce une première montée. J’avais prévu marcher toutes les parties ascendantes, mais comme tout le monde court, je fais de même tout en prenant soin de demeurer bien « en dedans ». Je rejoins une fille qui est à bout de souffle. Vraiment, mais vraiment pas une bonne idée de se mettre dans cet état si tôt dans la course. Sait-elle seulement qu’il lui reste presque un marathon et demi à faire avant de terminer ?

Après l’obstacle, le peloton s’est étiré et je peux courir plus librement. Autour du 6e bip de ma Garmin, j’avale un premier gel. En effet, j’ai décidé de faire un essai aujourd’hui: un gel à toutes les 30 minutes pour voir où ça va me mener. Si Hal Koerner et Pat le font, pourquoi pas moi ?  Ok, je vous entends d’ici: ce n’est pas une bonne idée de tester de nouvelles affaires en compétition, et patati et patata… Ben j’ai décidé de prendre la chance, au risque de me planter. Ce n’est tout de même pas la première fois que je prends des gels. Je ne fais qu’augmenter la fréquence, c’est tout.

Côté température, mon choix de vêtements semble avoir été le bon. Mon corps s’est réchauffé rapidement, au point où je dois enlever mes gants. Mais quoi faire avec ? J’ai les poches pleines, plus un centimètre cube d’espace dans ma veste. Bon ben, à la guerre comme à la guerre, ils termineront le voyage dans mes shorts !  Je n’envisage pas les prêter à quelqu’un d’autre de toute façon, pas vrai ?

Au ravito, il n’y a que de l’eau de disponible. Et l’eau est froide en tab… !!! Que voulez-vous, elle est à la température de la pièce…  Mettons qu’on la sent très bien passer à travers les différents boyaux, un peu comme une lampée de gin à cochon. Pas tellement agréable.

Ravito Geai bleu (8k) à ravito Coyota Honda (28k)

Rapidement, on entre dans le vif du sujet : du technique, du vrai. Le sentier est étroit, le sol pas vraiment (et parfois, vraiment pas) dégagé, des racines, des roches, de la boue, des changements de direction brusques et fréquents, alouette. Je me retrouve derrière deux gars qui avancent à un rythme que je trouve convenable, parfait pour mes limitations dans le domaine.

Sauf que je sens assez vite un souffle dans mon cou. Toujours courtois, j’offre le passage. Erreur ! Une longue filée de monde passe, au moins 15 à 20 concurrents. Bout de viarge, ne venez pas me faire croire que tout ce monde-là est plus rapide que moi !  Je décide de m’insérer au travers la lignée. Non mais, il y a des limites !  À être trop gentil, on finit par passer pour niaiseux !

Le pire, c’est que ça ne leur a absolument rien donné : ça n’avance plus. On se suit tous à la queue-leu-leu, lentement. Trop lentement. « Vous devrez vous armer de patience » qu’ils disaient. Ouais ouais, facile à dire. Je suis tenté de me mettre à dépasser du monde, mais ça ne donnerait finalement pas grand-chose. Peut-être si ça se met à monter pour de vrai…

Justement, une petite montée qui se pointe. Et qu’est-ce que le gars qui est 4-5 positions devant moi fait ? Il sort ses bâtons de marche !  Pardon ?  Ici, pour cette petit côte de moumoune-là, il pense avoir besoin de ses bâtons ?  Il va faire quoi en arrivant au mont Grand-Fonds ?  Prendre le chair-lift ?  On n’est pas dans les Alpes, bout de sacrament !

Comme vous pouvez le constater, je ne me suis pas tellement bien armé côté patience. Déjà que ça n’avance pas à mon goût, ce gars-là va réussir à nous ralentir encore plus tout en élargissant l’espace qu’il prend pour se déplacer, réussissant l’exploit de rendre les dépassements encore plus difficiles. Bravo champion !

Je finis par trouver une faille et le laisser derrière… pour me retrouver encore une fois dans le derrière d’une longue filée. Grrrr ! Le coupable ?  Un autre zigoto avec ses bâtons de marche. Je me demande même pourquoi l’organisation les permet. Ils sont interdits à l’Ultimate XC de St-Donat, ils devraient l’être encore plus ici, le parcours étant plus facile côté. En plus, non seulement ses bâtons retardent le gars en question, mais il est également chaussé de souliers de route. Décidément…

Je grogne intérieurement. On ne devrait pas partir en ensemble, les courses de 65 et 80 kilomètres. 300 personnes en même temps sur ce minuscule single track, c’est une mauvaise idée. Ou à tout le moins, il faudrait mettre une sérieuse emphase sur l’étiquette à adopter en sentiers : quand un ou des coureurs plus rapides suivent de près depuis un bout et que c’est dégagé devant soi, on laisse le passage. Le gars devant ne semble même pas se rendre compte qu’il nous bloque. Et comme pour ajouter une couche à ma frustration, le rythme ralenti a fait baisser la température de mon corps et je commence à avoir froid. Non mais, est-ce que ça va avancer un jour ?!?

Un gars finit par en avoir ras le pompon et se met à shifter tout le monde. Je décide de le suivre à la trace. Une fois le retardataire-aux-bâtons dépassé, le champ est libre devant. Ha… Celui qui s’est impatienté demande à son partner s’il le suit. Heu non, c’est moi qui te suis. Le partner en question étant derrière moi, je le laisse passer pour constater… qu’il s’agit de mon sympathique voisin !  Hé oui, je retrouve les deux gars à qui j’ai donné un lift plus tôt. Le monde est petit, il n’y a pas à dire.

Rapidement, nous formons un petit groupe de 5 ou 6 et tout aussi rapidement, je me fais larguer. Ha, moi et mes aptitudes techniques ! J’ai beau les avoir travaillées dans le sentier Rock Garden près de Whiteface, ledit sentier ne faisait que 800 mètres de long. Ici, j’en aurai pour presque 20 kilomètres… Les seuls moments où je rejoins du monde, c’est quand ils s’arrêtent pour se prendre en photo devant un des nombreux magnifiques paysages que nous avons l’occasion de croiser en cours de route, paysages que le soleil levé depuis peu nous permet enfin de voir.

Je finis toutefois par reprendre un gars avant d’arriver au relais (20k). On échange quelques mots, sans plus. On joue au yoyo, mais je sens que dès que ça va monter, je vais le perdre derrière. Au relais, je transmets mon admiration et ma gratitude aux bénévoles qui se les gèlent pour nous. L’un d’eux répond qu’il préfère donner de l’eau que se taper ce qu’on se tape. Je sens par contre que l’autre aimerait bien pouvoir en courir un petit bout.

Je croise la pancarte annonçant qu’il reste 42 kilomètres à faire : plus qu’un marathon… avant d’avoir le droit de parcourir 16 autres kilomètres !  Mais ce qui est foutrement bizarre c’est que ça ne m’impressionne pas du tout. Je les prends un à la fois, sans me soucier du reste. J’ai toute la journée devant moi.

J’arrive au ravito avec un plan bien précis en tête : manger un peu et repartir sans niaiser. Comme j’arrive, je remarque que mes voisins quittent les lieux. Je vais devoir travailler pour les rattraper. Mais la course est encore jeune. D’autres sont arrêtés et ne semble vraiment pas pressés de repartir. Autant de gens qui étaient devant moi et repartiront derrière.

Dans mon plan, j’avais oublié un détail : remplir mon réservoir. Heureusement, le bénévole m’y fait penser. Non mais, tu parles d’une erreur de débutant ! Avec une section de 13 kilomètres devant, je n’aurais fort probablement pas eu assez de réserve pour la compléter. La manœuvre s’avère plutôt complexe, avec le GU Brew et tout, mais à deux, on y parvient. Je me demande comment on pourrait faire une course sans ces chers bénévoles…

Après avoir englouti des bananes et un pita, je décolle.

Ravito Coyota Honda (28k) à ravito Castor Info-Comm (41k)

C’est le ventre bien rempli que je commence cette section qui commence par une longue montée. Ha enfin, ça monte ! Une belle occasion pour rattraper du monde et devancer d’éventuels poursuivants. Détail cependant : elle ne monte pas assez à mon goût. Je passe mon temps à me demander si je dois la courir ou la marcher. Ou alterner entre les deux, je ne sais plus.

Je parviens tout de même à rejoindre certains coureurs que je laisse aussitôt sur place. À la fin d’une partie très rocailleuse (on dirait carrément le fond d’un ruisseau asséché), je croise un gars en vélo de montagne qui me dit qu’il ne reste que 4-5 kilomètres avant le prochain ravito. Ben oui Chose !  Je sais qu’il en reste au moins 8, peut-être 10. À vélo, ça ne change peut-être pas grand-chose, mais à pied… T’aurais pas le goût de descendre de ta monture et venir en faire un petit bout avec moi, question de voir s’il ne reste vraiment que 4 ou 5 kilomètres ?

Une fois rendu en haut, je sors du bois et tombe… sur du monde en habit de camouflage !? Ils font quoi, au juste ?  Et pourquoi sont-ils habillés comme ça ?  Pourrait-il s’agir de policiers en moyens de pression ?  En tout cas, sont bien gentils mais je préfère ne pas trop m’attarder. On ne sait jamais… 😉

Arrive un chemin de terre. Large, en descente et très roulant. Ho yeah, on va pouvoir avancer un peu ! Devant moi, ma première cible : une femme. En tâchant de ne pas trop appuyer, je la rejoins. Deuxième cible : une autre coureuse, à une cinquantaine de mètres. J’ai comme l’impression que les deux se suivent sans vraiment se suivre. Toujours est-il que pour éviter de me retrouver au milieu d’une bataille de chattes, je poursuis ma progression. Définitivement que le terrain est à mon avantage.

Sauf que je trouve que ça va peut-être un tantinet trop bien. Je vois passer un kilomètre en 4:42. Trop vite. Bah, ça descendait tout de même un peu… Kilomètre suivant : encore 4:42. Merde, celui-là était ondulé, autant en montée qu’en descente ! Je vais définitivement trop vite, j’ai encore plus d’un marathon qui m’attend devant…

Je décide donc de calquer ma cadence sur celle de deux gars qui me précèdent. Ça fonctionne un certain temps… jusqu’à ce qu’ils s’arrêtent. Deux choix se présentent à moi: faire semblant de pisser juste pour demeurer derrière ou passer devant. Je passe. Après qu’ils aient recommencé à courir, alors que j’ai 20-30 mètres d’avance sur eux, j’entends : « Heille !  Salut voisin !!! ».

Ha ben, ça parle au maudit ! Encore mes voisins, que je n’ai pas reconnus une fois de plus !   « Ça a l’air de bien aller, ton affaire ! ». Je réponds que oui, mais que j’essaie de me retenir. Constatant que le plus silencieux des deux semble en arracher, je préfère ne pas demeurer avec eux et poursuis mon chemin. Trop vite, bien évidemment.

Arrive le buffet. Car c’est comme ça que je décrirais le ravitaillement Castor Info Comm (est-ce que les ravitos sont commandités ? On dirait bien !). Car en plus des traditionnelles patates et bananes, on y retrouve entre autres des œufs, de la soupe et du lait au chocolat et plein d’autres patentes que la bénévole me fait l’éventail. C’est quand elle arrive aux œufs que je l’arrête, citant la tendance de mes intestins à transformer cette denrée en gaz odorant. De toute façon, comme je n’ai jamais fait d’essai à l’entrainement, je préfère demeurer conservateur (je sais, une belle contradiction  par rapport à ce que j’ai dit tantôt).

Pendant que j’engloutis une banane, je jette un œil autour. On dirait presque l’infirmerie d’un champ de bataille. Plusieurs se réchauffent autour du feu, D’autres sont confortablement installés sur des chaises. On constate les dommages causés pas la distance parcourue et surtout celle qui reste à faire. Le psychologique commence à jouer. Malgré moi, mon côté compétitif se réveille. Ces gens-là étaient tous sur place avant que j’arrive et ils repartiront (s’ils repartent) bien après moi. GOTCHA !

Aussitôt, je regrette cette pensée. Car quand on crache en l’air…

UT Harricana 80k: l’avant-course

Fidèle à la tradition maintenant (presque) établie, voici la première partie du récit de ma dernière course, le 80 km de l’UT Harricana qui s’est déroulé samedi dernier. Aujourd’hui, l’avant-course.

J’arrive au mont Grand-Fonds autour de 17h20 vendredi le 12 septembre. Je veux récupérer mon dossard avant le briefing d’avant-course qui doit débuter à 18h. Dans le stationnement, je sens déjà une certaine fébrilité. En attendant de prendre possession du précieux document, je regarde autour, à la recherche de visages connus. En vain. Il y a bien Patricia, une (ex) blogueuse que je trouvais très drôle à lire, mais on ne se connaît pour ainsi dire pas du tout, même à travers le monde moderne des réseaux sociaux. Il y a aussi Michel, un photographe ultramarathonien… qui prend des photos. Un autre que je « connais » sans connaitre.

Une fois mon dossard en mains, je me dirige à l’étage, bien en avance sur l’heure prévue, bien évidemment. Je tue le temps en lisant les entrevues accordée pas quelques coureurs qu’on retrouve dans un petit livre qu’on nous a remis. Finalement, une fois la petite salle très bien remplie, le briefing peut commencer.

J’écoute distraitement ce qu’on dit en mangeant mes pâtes. Car j’avais prévu le coup : si le briefing devait commencer en retard et s’étirer, je n’avais pas envie de finir par souper à 20h alors que je prévoyais partir du chalet à peine 6 heures plus tard…

En fin de compte, j’apprends deux choses. De un, la course doit se faire en complète semi-autonomie (je sais, attribuer l’adjectif « complète » à « semi-autonomie », ça fait un peu paradoxal). Nous ne pouvons donc en aucun cas nous faire ravitailler autrement que dans les stations d’aide. À ce moment-là, pas question de recevoir quoi que ce soit de la part d’une éventuelle équipe de soutien, même en arrivant au mont Grand-Fonds la première fois après 65 km de course. Et de deux, une course de 125 km sera au programme pour l’an prochain. L’avenir nous dira si j’en ferai partie ou pas. En tout cas, il faudra qu’il y ait au minimum un service de drop bags, car il y a des limites à la « semi-autonomie » !

Instant de panique pendant le petit discours du très sympathique Florent Bouguin, vainqueur l’an passé du 65 km : est-ce que j’ai des épingles pour attacher mon dossard ? J’ignore pourquoi ça me vient à l’idée à ce moment précis, mais je ne dois absolument pas oublier de vérifier ça avant de partir.

Une fois le tout terminé, vérification : effectivement, le sac qu’ils nous ont donné ne contient aucune épingle. De quoi j’aurais eu l’air sans épingles demain, moi ? Après être repassé aux dossards, je croise Pierre à l’extérieur. On placotte un peu. Il fait le 80 km lui aussi. Je m’attends à ce qu’il me prenne environ 30 minutes, même s’il m’avoue avoir pris ça plus relaxe côté entrainement récemment. Ouais ouais, on verra bien !

Samedi matin, 2h15. Je suis prêt à partir. Je vous fais grâce de l’heure à laquelle je me suis levé, mais je vous donne un indice : je suis très lent le « matin ». Alors, pensez à l’heure la plus hâtive que vous pourriez imaginer et ajoutez-y 30 minutes, ça devrait vous donner une bonne idée. Combien d’heures de sommeil vous dites ?  Trois, au gros maximum. Et c’est plus que ce que j’anticipais !

J’attends mes voisins de chalet (en fait, je devrais dire: voisins de cabanons car leur chalet est minuscule) qui feront le 65 km et qui m’ont demandé de leur donner un lift, question d’éviter à la copine de l’un des deux d’avoir à se taper l’aller-retour au mont Grand-Fonds aux petites heures. La pauvre, elle fait le 28 km, son départ est à 10h. Ça aurait été foutrement chiant pour elle d’avoir à aller les reconduire si tôt. J’étais là, juste à côté, et je fais le trajet de toute façon. En plus, ce sont des gens du Saguenay. Comment refuser un service à des gens du Saguenay ?  Sans oublier que la copine en question a un charmant accent français, alors…  🙂

Rendus sur place, le mont Grand-Fonds a été transformé en fourmilière. Les coureurs arrivent, les bénévoles s’affairent avec efficacité dans une belle ambiance relaxe. En passant à côté d’une auto, je remarque qu’elle est couverte de givre. Quand on dit que la température approche le point de congélation… Trimballant une quantité imposante de stock « au cas où », dont ma veste d’hydratation qui a encore coulé dans l’auto (la tab…), je me dirige vers un autobus dont l’entrée est supervisée par une bénévole qui m’appelle en faisant des grands signes. Elle m’accueille avec un large sourire tout en prenant mon numéro avant que j’embarque. Comment peut-on être d’une telle bonne humeur en étant ici à cette heure qu’on ne peut même pas qualifier de matinale ? Il n’y a rien à faire, j’ADORE le monde de la course en sentiers !

Une fois installé dans l’autobus d’un beau jaune spécial écoliers, l’attente commence. Au bout d’un certain temps, des hispanophones arrivent. On nous a parlé de gens de l’Espagne, du Chili et du Mexique hier… Toujours est-il que lorsque vient le moment de partir, la bénévole vient nous donner les dernières instructions et ho surprise, elle le fait en français, en anglais et… en espagnol ! Et bien honnêtement, je n’ai aucune idée laquelle des trois est sa langue maternelle. Ses mots coulent facilement, je ne décèle aucun accent particulier.   Il y a des gens polyglottes à l’est de Québec ? Impressionnant, très impressionnant !

Le convoi se met en branle, dans l’obscurité la plus totale. Dire que ça fait bizarre serait un euphémisme. Est-on vraiment samedi matin ?  Suis-je vraiment dans Charlevoix ? Et surtout, vais-je vraiment courir la plus longue course de ma vie ?

Comme nous passons dans la ville de La Malbaie, quelques coureurs regardent par les fenêtres et surveillent s’il y a de l’activité dans un bar devant lequel nous passons. Merde, c’est vrai: c’est l’heure de fermeture des bars !  La rue Crescent à Montréal et la Grande Allée à Québec doivent regorger de fêtards et/ou de célibataires qui n’ont pas réussi à « accrocher » quelqu’un. À cet instant précis, je me sens carrément sur une autre planète que ces gens-là. Et je préfère 1000 fois être sur la mienne !

À part ce petit passage, c’est généralement silencieux dans l’autobus. J’essaie de dormir un peu, tout en tenant ma veste de façon à ce qu’elle ne coule pas. Pas facile… Je perdrai la carte quelques minutes, tout au plus.

Nous arrivons au parc des Hautes-Gorges. En tout cas, c’est de là que l’organisation nous a dit que la course partira. Je ne connais pas ledit parc, mais je reconnais la signature « Parcs Québec »: les bâtisses et la disposition des lieux (pour ce que je peux en voir), le stationnement. Il semblerait qu’il est fermé jusqu’en 2015 pour rénovations majeures, mais que l’accès y a été autorisé pour la course. S’ils le disent, moi, je fais confiance. En autant qu’il n’y ait pas un gigantesque trou dans les sentiers…

Après avoir bien pris mon temps, je finis par sortir de l’autobus, question de vérifier la température et peut-être voir où je pourrai faire « sortir le méchant ». En arrivant dehors, je constate qu’il fait encore froid, oui, mais il n’y a aucun vent. Rien, niet. Je vais donc prendre le risque de laisser mon coupe-vent dans mon sac et y aller avec un t-shirt, des arm warmers et des gants. Pour ce qui est du bas, ce sera évidemment des shorts, n’ayant même pas envisagé de courir en pantalons.

Après une tournée à la frontale pour voir si je ne pourrais pas trouver une toilette intime cachée à quelque part (ben oui, alors que le parc est fermé, il y aurait une toilette chauffée disponible juste pour toi, du con !), je m’installe dans la file et attends mon tour aux superbes toilettes bleues. Il y a de la musique, je crois reconnaitre Eminem (vraiment pas un expert), mais à part ça… Vous savez, moi, la musique après 1995, je n’y connais pas grand chose…

Quand arrive mon tour, je m’installe pour faire ce que j’ai à faire (n’ayez crainte, je vais vous épargner les détails !) et un morceau tout à fait différent se met à jouer. Je crois le reconnaitre…

« Pousse pousse, pousse, les beaux gros légu-mes; Miam miam miam, c’est bon d’en manger ! »

Non c’est pas vrai !

« Je suis une carotte-rotte-rotte, je pousse sous ter-re; J’aimerais bien qu’un jou-ou-our, on me déter-re ».

J’hallucine !

« Je suis une tomate-mate-mate, je veux être mangée-ée; J’aimerais bien qu’on vien-ne me récolter ».

Ha ben joualvert !  Ce sont vraiment Jacques L’Heureux (alias Passe-Montagne) et feu Pierre Dufresne (alias Fardoche) que j’entends !  Une chanson de Passe-Partout !!!  À 4h30 du matin, alors que je suis en plein milieu de nulle part en train de…  Surréaliste, tout simplement surréaliste… C’est qui le zigoto qui a eu l’idée de génie de programmer Eminem et Passe-Partout ensemble ?

Pour ceux qui seraient curieux, voici le « clip » de ladite chanson.

Vous comprenez mon émotion ?  😉

Je finis par m’extirper de mon état second, terminer mon travail pour ensuite me diriger vers l’autobus le plus près (l’organisation a eu la gentillesse de les garder sur place jusqu’au départ, question de nous tenir au chaud; la grande classe !).

Je procède à une dernière vérification de mon équipement. Ma veste est remplie à capacité (2 litres) de GU Brew à l’orange. Elle contient également une vingtaine de gels, deux gaufres, une petite lampe de poche, un sifflet et un briquet (les deux derniers items étant obligatoires). J’ai laissé faire pour la cloche à ours, me disant qu’à la quantité de monde qu’on est, les gros poilus vont se tenir loin des sentiers. Dans mes poches, deux ziploc de Gu Brew de GU Brew en poudre que je compte utiliser aux ravitos des 28e et 56e kilomètres lorsque je referai le plein en liquide. J’ai également ma frontale, bien sûr, car l’obscurité est encore totale.

Après avoir déposé le sac contenant le reste de mes affaires, j’erre un peu au travers des coureurs et bénévoles, toujours à la recherche de visages connus. Je croise Tomas, un des favoris. Puis Florent. Mais à part ça, personne. Il fait tellement sombre…

On nous annonce le départ dans 5 minutes. La fébrilité se sent, mais pas comme dans un marathon. La course en sentiers, c’est tellement plus relaxe… Personne n’est ici pour « faire un temps ». Ok, nous avons bien des objectifs personnels (par exemple, j’espère 9 heures), mais si on ne les atteint pas, who cares ?

J’allume ma Garmin et elle se met à gosser pour trouver ses satellites. Envoye, espèce de machin à la noix ! En attendant, je m’installe dans le milieu du peloton, me demandant si je suis au bon endroit. Dans un marathon, c’est clair. On sait quel temps on vise, quel temps on « vaut » (et on espère que les deux concordent !). Mais avant un ultra ?  Who knows ?

La foutue Garmin qui gosse encore . Je l’éteins, la rallume. Toujours la même affaire. C’est bien le temps !  J’envisage alors de faire la course sans référence. De toute façon, la cadence en ultra, ça ne veut strictement rien dire. N’empêche qu’au prix que j’ai payé pour ce gugusse-là…

Aux avant-postes, j’aperçois Joan. Et ho surprise, il est non seulement habillé, mais il porte également des gants !  Est-ce qu’il fait assez froid à votre goût ?  Tout juste avant le départ, ma Garmin se réveille enfin. Au-dessus de nous, un petit hélico téléguidé semble nous filmer. En fait, je ne sais pas trop à quoi il pourrait servir s’il ne nous filme pas…

Devant nous, 80 kilomètres de sentiers. J’en connais 28 pour les avoir courus l’an passé. Le reste ?  Je vais le découvrir au cours des prochaines heures. Quelle merveilleuse façon de passer un samedi de septembre… J’ai hâte !

L’invitation

Celle-là m’a pris les culottes à terre (pas que j’étais en train de faire quelque chose de répréhensible, mais bon…).

La semaine dernière, j’ai reçu un courriel de la part de Sébastien, le directeur de course de l’UT Harricana. Croyant à un envoi général faisant la promotion de la course, je l’ai ouvert machinalement, question de voir de quoi il en retournait.

Première surprise, il m’était adressé personnellement. Deuxième surprise, Sébastien me disait que pour mon “implication dans la communauté de trail running au Québec et la course à pied en général”, il m’offrait une inscription gratuite pour l’épreuve de mon choix.

HEIN ?!?  Mon implication dans la communauté de trail running ?  Je ne connais à peine que quelques coureurs de trail. À part les (trop) rares sorties-placotages effectuées avec mes amis Maryse ou Sylvain, je cours toujours seul. Je ne fais partie d’aucun club, ne travaille pas avec un entraineur. J’ai fait du bénévolat pour une course une seule fois (je compte toutefois récidiver). Alors par rapport aux gens qui organisent des courses, mettons que côté implication, il me reste encore pas mal de croûtes à manger.

J’admets que ce blogue me donne une tribune où je ne gêne pas pour faire la promotion de la course en sentiers. Mais je ne fais qu’exprimer ce que je ressens, ce que je vis. Car c’est quand je me retrouve dans les sentiers ou même sur un chemin de campagne que je me sens le plus vivant. Il m’arrive parfois de m’arrêter seulement pour admirer le paysage, écouter le silence, respirer l’air pur. Et c’est là que je remercie le ciel de m’avoir donné la santé qui me permet de vivre ces moments à la fois si simples et si magiques. Peut-être est-ce parce que je raconte sans censure ce que ce si merveilleux sport m’apporte qu’on considère cela comme une forme d’implication.

En tout cas, peu importe, j’aurais été fou de refuser, pas vrai ?  L’an passé, je n’avais que des bons mots pour les sentiers empruntés pour l’épreuve de 28 km de l’UT Harricana ainsi que pour l’organisation.   Je ne vois vraiment pas pourquoi ce serait moins bien cette année avec l’augmentation de la participation et une année d’expérience derrière la ceinture. J’avais bien l’intention de me faire l’ultra un jour, mais bon, ça ne fittait pas tellement dans mon calendrier cette saison.

Hé bien, on peut dire que je l’ai modifié, ledit calendrier !  Certains sont en mesure de faire des 50 milles à deux semaines d’intervalle, mais moi, je préfère me laisser plus de temps pour récupérer entre deux épreuves. Donc, pas de Chute du Diable (deux semaines avant) ni de Vermont 50  (deux semaines après) pour cette année. Par contre, le Bromonultra qui aura lieu quatre semaines plus tard et à seulement 80 km de chez moi, hum… Histoire à suivre.

Il me restait seulement à décider d’un léger détail: à quelle course prendre part: le 65k ou le 80k ?  Tout me poussait vers le 80k, surtout qu’il inclut la montée du mont Grand-Fonds après 65 km de course.  Une chose me dérangeait cependant: 3h du matin. C’est l’heure de départ de la navette nous amenant au départ. Comme je suis aussi rapide qu’un escargot quand vient le temps de me préparer le matin, vous imaginez à quelle heure j’aurais à me lever ?  Mais après quelque temps à y réfléchir, je me suis dit que je m’en voudrais de ne pas le faire, alors je me suis inscrit à la grande course. Tant qu’à faire le voyage… 🙂

En terminant, pour ceux qui ne l’auraient pas encore vu, je vous invite fortement à visionner ce petit vidéo: c’est un véritable bijou qui a fait le tour du monde en quelques jours seulement. Tourné par Joan, il nous entraine avec lui lors de ses allers-retours au travail à la course, du lundi au vendredi, hiver comme été, beau temps, mauvais temps. Ha, si j’habitais moins loin du centre-ville…

Vous retrouverez ici (à partir de la 47e minute) l’entrevue qu’il a accordée à la télévision locale suite à la publication du vidéo. Il y exprime très bien ce qui se passe dans la tête (et dans le corps !) d’un coureur. Ça pourrait peut-être aider quelques personnes qui vivent avec une personne comme nous…  🙂

Un 80 km au XC Harricana

La nouvelle est sortie presque en catimini il y a une dizaine de jours et je ne l’ai tout simplement pas vue passer: en plus des épreuves tenues lors de la première édition cette année (5, 10, 28 et 65 km), le XC Harricana offrira en 2014 un choix supplémentaire aux fous de mon espèce: un 80 km (50 milles). Cette nouvelle épreuve se déroulera en fait sur exactement le même parcours que le 65 km auquel on ajoutera une quinzaine de kilomètres supplémentaires tirés du parcours du 28 km, dont l’ascension du mont Grand-Fonds.

J’avoue ne pas trop savoir quoi penser de tout ça. Comme je l’ai déjà dit, l’organisation du Harricana est excellente et je suis certain que les gens en place sauront relever ce défi avec brio. De plus, je n’ai entendu que des échos positifs à propos du 65 km et pour ma part, j’ai adoré le 28. Donc, pas de problème à prévoir de ce côté.

Par contre, je me pose des questions au niveau participation. Bien que la course en sentiers gagne en popularité (Orford en est la preuve par dix), on ne peut pas dire que le nombre d’ultramarathoniens dans notre belle province suit une progression aussi rapide. J’étais à St-Donat et au Harricana cette année et le nombre de visages que j’ai vus aux deux places était frappant. À mon avis, il risque plus d’y avoir une séparation du contingent de coureurs dans chacune des deux courses qu’autre chose.

Aussi, le départ des autobus à 3 heures du matin de la station de ski en vue d’un départ de course à 5 heures risque d’en décourager plus d’un (moi le premier !). À ça s’ajoute le fait que le 65 km était considéré par plusieurs comme une épreuve de préparation pour les ultras de l’automne. Vraiment pas certain que la nouvelle épreuve présentera le même attrait.

Une avenue qui serait peut-être intéressante consisterait à faire comme à Virgil Crest: donner le départ du 65 et du 80 km en même temps et permettre à ceux inscrits au 80 d’avoir tout de même un classement à la course de 65 km s’ils désirent s’arrêter lors du premier passage à la station de ski ou après, pour quelque raison que ce soit. Je crois qu’une telle mesure aiderait à augmenter le nombre d’inscriptions pour la longue course.

D’une manière plus générale, je me questionne également sur la nouvelle date choisie. En effet, le XC Harricana s’est déroulé le 7 septembre cette année, soit le samedi après la Fête du Travail. La raison en est simple: ça permettait d’allonger la saison touristique de la région de Charlevoix d’une semaine, les hébergements affichant complet durant cette fin de semaine. Or, en 2014, les courses auront lieu la semaine suivante, soit le 13 septembre. Une semaine avant Virgil Crest, deux avant le Vermont 50. Comme je compte faire une de ces deux courses (non, pas les deux, je ne suis pas complètement débile), je serai en tapering à ce moment-là, alors les chances que je sois à Charlevoix sont bien minces. À moins que je refasse le 28 km, question d’être sage…  😉

Xtrail Asics Orford: la montagne

En regardant vers le haut, je me suis rendu compte de l’ampleur de la tâche qui attendait mes amis. Le serpent multicolore que formaient les gens qui montaient les lacets de la montagne semblait s’allonger à l’infini. Et le pente avoisinait probablement les 20-25% côté inclinaison à certains endroits. Ouch !  Sylvain s’est tout de suite mis en mode power hiking et nous avons amorcé la montée. Tout autour de nous, ça soufflait. Ça soufflait très fort. Certains utilisaient déjà leurs mains pour appuyer sur leurs genoux afin de les aider à monter. Ça me faisait bizarre parce que le rythme auquel nous avancions m’était très confortable, au point de pouvoir respirer seulement par le nez. J’en profitais pour admirer le paysage, me retourner pour essayer de voir Daniel. À un moment donné, sentant que mon soulier un peu “lousse”, j’ai piqué une petite accélération question de prendre un peu d’avance avant de m’installer pour resserrer les lacets. Ceci m’a valu un gentil char de bêtises de la part de Sylvain quand il m’a rejoint. 🙂

Arriva ensuite une section de single track technique et la mauvaise surprise: embouteillage. C’était quoi cette affaire-là ?  Ça n’avançait tout simplement plus, chaque centimètre de sentier étant occupé. On pouvait toujours essayer de dépasser un ou deux coureurs de temps en temps, mais ça ne donnait vraiment pas grand chose car c’était aussi jammé que l’autoroute Décarie à 7h30 un lundi matin.

Ben voyons, c’était une course, oui ou merde ? Rester immobile à attendre que les autres avancent pendant une course ?  Ridicule.

Heureusement, ce n’était pas trop long. On dirait même que ça m’a plus dérangé que ça a dérangé Sylvain. Nous avons repris l’ascension, longue et toujours très abrupte. Ouais, je vous dis que c’est de la montée !  Côte de l’enfer à St-DonatMont Grand-Fonds à La Malbaie ?  Ils peuvent aller se rhabiller. C’était  la montée la plus difficile que j’avais faite en course. Heureusement, le sol était bien sec.

Puis, une autre foutue section de single track. Encore plus abrupte. Il fallait maintenant prendre appui sur les roches et sur les arbres pour grimper. Et c’était encore l’embouteillage. Merde, ce que ça peut être gossant !  Tout au long de cette section, Sylvain a réussi à se faufiler, de sorte qu’il y avait une vingtaine de personnes en lui et moi. À un certain point, un spectateur/bénévole nous encourageait: “Vous êtes rendus aux trois quarts de la montée”. S’il avait dit que le dernier quart se faisait en single track, je lui arrachais la tête…

Finalement non (et pour le single track, et pour la tête). À mon grand bonheur, nous sommes retombés sur le chemin utilisé par la machinerie et j’ai pu rejoindre Sylvain. Il semblait bien aller. Nous avons poursuivi, sans trop jaser. Mais suite à cette autre section à ne pas avancer, je commençais en me sentir refroidir. En plus, j’ai eu envie de voir ce que ça donnerait si je faisais la montée à mon rythme, alors je suis parti.

Je me suis mis à zigzaguer au travers des gens, sentant mon coeur qui commençait à pomper. Ha, ça faisait du bien ! À l’approche du sommet, les bénévoles et spectateurs me félicitaient pour ma cadence. Heu… Arrivé en haut, j’ai attendu Sylvain. Il m’a rejoint après 2-3 minutes, toujours à un rythme constant. Coup d’oeil vers le bas, toujours pas de Daniel en vue.

J’ai demandé à Sylvain comment il allait: très bien. Ses bobos se tenaient à carreau et il ne s’était pas vidé dans la montée. Good. La semaine dernière, suite à notre sortie au mont St-Hilaire, il nous avait dit qu’il prendrait une pause au sommet pour admirer le paysage (qui était à couper le souffle, soit dit en passant), mais il ne s’est pas arrêté. Dès que la pente s’est mise à redescendre, il a recommencé à courir.

Je m’attendais à une réplique de la montagne Noire du Harricana comme descente. C’était à peu près ça. Heureusement, Sylvain est aussi prudent que je le suis devenu par la force des choses, alors je ne me suis pas fait larguer. Arriva une section plus technique et boueuse. Welcome to the swamp ! Ha hiiiii !  Au milieu de cette section, alors que Sylvain poursuivait sa descente, j’ai croisé Éric Turgeon qui remontait la pente. Non mesdames, il n’était pas torse nu…

Je lui ai demandé s’il était blessé, il m’a répondu que non, qu’il avait terminé (il faisait le 23 km). Il a ajouté que le field était très fort car il avait terminé en 6e position (soit la même qu’à Bear Mountain !) malgré le fait qu’il avait couru tout le long de la course (!) et que David Le Porho n’était pas là. Ces gars-là courent même dans ces pentes de fous ?  Ils pratiquent définitivement un sport avec lequel je ne suis pas familier. À ce moment, il faisait le chemin en sens inverse pour aller retrouver sa blonde qui faisait le 11.5 km. Je l’ai félicité pour sa course et suis reparti.

Sylvain avait pris pas mal d’avance pendant que je faisais du social, mais heureusement, il y avait une petite montée à la sortie de la section technique, ce qui m’a permis de le rejoindre. Le reste, c’était de la descente pure avec au passage, quelques trous de bouette juste pour nous rappeler que nous faisions de la course en sentiers. Nous nous sommes suivis durant toute la descente de la montagne et tradition oblige, il a terminé devant moi.

C’est vrai: à chaque fois que j’ai accompagné quelqu’un dans une course, la personne a terminé devant moi et ce, sans que je fasse exprès. Avec Maryse au Lac Brome, nous avons fini en nous tenant par la taille et sa puce a traversé la ligne avant la mienne. Au demi-marathon de Magog l’an passé, mon (autre) ami Sylvain était parti dans un sprint déchaîné que je n’avais pas pu égaler. Cette fois-ci, je ne voulais pas me scrapper les genoux… ni me casser la marboulette. Ça fait que j’ai terminé 2 secondes derrière, en 1:26:06.

Après les félicitations à mon chum qui venait de terminer sa plus longue course en “carrière”, on nous a remis nos médailles. À la préposée qui nous félicitait en parlant de la difficulté de la montagne, Sylvain a répondu que c’était plus difficile au mont St-Hilaire qu’ici. Hein ?  De quessé ?  La bénévole ne semblait pas trop le croire elle non plus. Puis il a précisé qu’au niveau technique, Orford, ce n’était pas tellement compliqué. Effectivement  (dans la partie qu’on a vue en tout cas; on n’avait pas fait le sentier des Crêtes). Mais le mont St-Hilaire non plus à certains endroits. Et c’est définitivement moins haut qu’ici !

Alors que normalement, nous aurions dû sortir de l’aire d’arrivée, nous étions pris dans notre troisième embouteillage de la journée. C’était la première fois que je voyais ça dans une course en trail, on se serait crus au Marathon de Montréal du temps de l’arrivée au Stade. Pourquoi ça n’avançait pas, donc ?

Bah, ça nous a permis de surveiller si Daniel arrivait. Rapidement, tout en haut, j’ai aperçu un kangourou avec un t-shirt bleu qui dévalait la pente: il ne courait pas, il sautait. Ça ne pouvait pas être quelqu’un d’autre que lui. Je me suis dit qu’à descendre comme ça, il aurait définitivement les quads détruits avant même d’être rendu au quart d’un ultra…  Il a traversé la ligne en volant littéralement, peinant à s’arrêter pour recevoir sa médaille. Sapré Daniel ! Au final, un très bon temps de 1:28:13.

Mes deux comparses avaient l’air très heureux de leur expérience. En tout cas, moi je l’étais. Après les étirements et le changement de vêtements, nous nous sommes dirigés au chalet pour le repas fourni avec l’inscription. Pendant que Daniel retournait à son auto pour récupérer son dossard, je suis tombé sur Pat qui était venu pour faire du bénévolat. Encore du placotage à mettre à jour.

Je pouvais enfin lui remettre la AK Vest qu’il m’avait prêtée… en juin !  Il m’a tout de suite remercié (heu Pat, c’est moi qui te l’avais empruntée, tu n’avais pas à me remercier parce que je te la rendais !) puis on s’est mis à jaser bobos et prochaines courses. Il m’a appris qu’il s’était inscrit à la loterie pour le Hardrock. J’étais un peu mêlé dans les courses, puis j’ai allumé: le Hardrock, c’est la course de fous dans les Rocheuses du Colorado !  Une affaire complètement débile: 100 milles avec 34000 pieds de dénivelés (en plus ET en moins), en altitude. Temps limite: 48 heures. Pour avoir le droit de s’y inscrire, il faut s’être qualifié en complétant au moins une des courses se retrouvant sur la liste qu’on retrouve à la fin de cette page. Imaginez, le Vermont 100 n’en fait même pas partie… Pat, grâce à son Massanutten, est éligible.

Quand je lui ai fait la remarque qu’il ne pourrait pas faire cette course-là et le Vermont 100 la même année (elles se déroulent deux semaines consécutives), il m’a fait un clin d’oeil avec un sourire en coin et lancé: “Peut-être…”.

Et il y en a pour dire que je suis fou ?  😉   Le pire, c’est que je l’envie !

Le 28 km XC Harricana: de la montagne Noire à l’arrivée

Ha, une montée ! 🙂  Le sentier est étroit, du style single track et la forêt, très dense. Assez loin devant moi, deux gars. Ok, on va voir si on peut les suivre.

Au début, j’avance au même rythme qu’eux, mais la montée est longue, alors je sens qu’ils fatiguent. Ce que ça peut être pratique, un frame de chat !  🙂  Je reprends le premier, un costaud dans les 180 livres. Il souffle fort et me fait signe de passer, un peu avec dépit. Je l’encourage en lui disant qu’il va me shifter dans la descente. J’enligne l’autre, une centaine de pieds devant. Rapidement, je gagne du terrain et le rejoins. Sa cloche à ours fait un tout petit bruit, elle semble aussi fatiguée que lui. Il doit être le seul à en avoir une, d’ailleurs. Autre mot d’encouragement, puis je le laisse lui aussi derrière. La montée est suffisamment longue pour que je ne les aperçoive plus une fois rendu dans la partie roulante… qui ne dure pas.

Deuxième section de montée de la montagne Noire. Dans ma ligne de mire, une autre cible. Je rejoins le gars et on fait un bout ensemble. Il me demande si ça achève, la montée, mais je n’en ai aucune idée. Il a la carte, j’y jette un oeil: ce n’est pas clair. Je lui dis de s’imaginer ce que ce serait si on avait à faire ça dans le cadre du 65 km (nous sommes depuis un bout sur le même parcours), que j’étais supposé le faire, mais comme je me remets d’une blessure… Il me répond que je suis chanceux de m’être blessé parce que le 65k, c’est une « ostie de paire de manches ». Je lui parle alors du Vermont 50, que ça m’avait pris 8h42 et on dirait que ça l’achève car je ne le reverrai plus.

Pas loin du sommet, je rejoins un autre gars, qui a un look latino.. On fait un bout dans le lichens en se suivant. Il me lance un « Hello ! » comme j’arrive à sa hauteur au moment d’embarquer sur un chemin de terre, ce à quoi je réponds: « Ça va faire du bien, un boutte en chemin d’terre, hein ? ». Après 2 ou 3 secondes, j’analyse qu’il n’a probablement rien pigé de mon accent québécois. Bah, tant pis. Je le laisse avant la descente pour arriver bien avant lui au dernier ravito, kilomètre 20. Je réclame aussitôt de la bière, mais je dois me contenter de bananes. 2-3 verres d’eau et c’est reparti. 8 petits kilomètres à faire, piece of cake !  🙂

Cette section commence par du très technique, mais elle devient relativement roulante. Comme je suis maintenant totalement seul, je résiste très bien à la tentation de courir les montées et prends ça relaxe. C’est un entrainement, je ne dois pas l’oublier. Pas le temps de me blesser. Mais les descentes, c’est vraiment frustrant. Non seulement ça va moins vite en descendant, mais je perds mon momentum quand vient le temps de monter par après. Maudite blessure de mes deux !

Je sors du bois et que vois-je ?  Le mont Grand-Fonds et une tabarn… de descente. En terre, avec de grosses roches un peu partout. Et ça descend en face de cochon. Merdeux !  Bon ben, pas le choix… Commence alors un long slalom, un enchainement infini de petits pas pour un, ménager mon genou et deux, ne pas me casser la marboulette. Je m’attends à me faire rattraper par 5-6 gars tellement j’ai l’impression d’y aller lentement. Mais non, je suis toujours seul. Et que dire des gazelles du 65 km ?  Ils sont partis deux heures avant nous et l’organisation s’attend à ce que le gagnant fasse 4h30 (ce qui me semble un tantinet rapide), alors…

Deux kilomètres interminables à descendre. L’enfer. C’est là que je me rassure sur ma décision de faire le 28 km ici et d’annuler ma présence au Vermont 50: c’était la chose à faire. Mon genou n’aurait pas duré de telles distances sur de tels terrains. Quoi que le 50 km du VT50, dans trois semaines…

Après une éternité, j’arrive en bas. Pas facile de reprendre un semblant de rythme après ça. Ok, 4 petits kilomètres. Coup d’oeil au chrono: définitivement que je vais faire sous les 3 heures. Mais tant qu’à faire, j’aimerais bien faire mieux que 6:00/km, donc 2h48. Sauf que je ne sais pas ce qui m’attend…

C’est un sentier de ski de fond qui m’attend. Vallonné, bien roulant… à part quand il y a des trous de bouette. Et il y en a plusieurs. Certains sont couverts de branches de sapin, mais d’autres, non. Mon soulier reste même pris à un endroit, me rappelant de merveilleux souvenirs de St-Donat. Welcome to the swamp !  Ha hiiiiiii !!!

Comme je niaise un peu, le latino me rejoint. Je le félicite (en anglais cette fois) pour sa cadence et tout sourire, il m’offre de terminer ensemble. Toutefois, le manque d’entrainement commence à se faire sentir. J’ai beau ne pas avoir trop poussé, je suis un peu juste. Quand nous arrivons sur le chemin de terre à 2 kilomètres de la fin, je lui dis d’y aller, de ne pas m’attendre. On se reverra à l’arrivée. Je demeure derrière lui, assez près, mais quand arrive le dernier kilomètre je décroche.

Car le dernier kilomètre, c’est une longue montée, juste assez abrupte pour ne pas être un faux-plat. Mais pas moyen de la marcher, il faut la courir. Bande de sadiques ! C’est dans cette montée que je double un gars qui m’avait shifté dans la partie technique (lalalère !). Voilà, nous longeons maintenant le stationnement du centre de ski. Quelques spectateurs nous encouragent. Je cherche Barbara du regard, mais ne la trouve pas. Puis j’entends Maryse crier mon nom. Elle accourt à ma rencontre, me donne un high-five et me dit qu’elle va me rejoindre à l’arrivée (je dois faire un détour, pas elle).

Petit plat bienvenu, puis dernière montée, encore un coup de fierté pour la faire en courant. Il y a des spectateurs, quand même… Je cherche Barbara, ne la trouve toujours pas. Elle est où ? Je traverse la ligne en arrêtant mon chrono, entends l’animateur annoncer mon nom: good, ma puce a fonctionné. Mon temps: 2:44:51. 15 minutes de moins que ce que j’avais prévu, cadence de 5:50/km. Je ne peux pas demander mieux.

En sortant du petit couloir qui nous est attitré, deux personnes m’attendent: Maryse et mon ami latino. Et les deux me tendent les bras. Heu… C’est que Maryse est beaucoup plus jolie, genre… Je décide de me « débarrasser » du mon partner en premier. Il est tout content, me félicite et me remercie. C’est vrai qu’on a fait une foutue belle course !  Puis c’est l’accolade avec Maryse, ma chère amie, qui est tout sourire. Sa course semble s’être bien déroulée et comme à chaque fois à une arrivée, on se félicite chaleureusement. Arrivent Marie-Claude et Julie avec qui j’échange des high fives. Elles aussi semblent de fort belle humeur.

Où est donc Barbara, mon amour ?  La pauvre, comme je lui avais dit que je m’attendais à faire « au moins 3 heures », il fallait qu’elle choisisse ce moment-là pour s’éclipser aux toilettes, pensant qu’elle avait une marge avant mon arrivée. Tu parles d’un timing… Il semblerait que Charlotte me sentait arriver car elle ne voulait rien savoir d’entrer dans le Johnny on the spot. L’instinct animal… Mais ce n’est pas tellement grave. J’embrasse ma chère épouse, celle qui me soutient dans cette activité un peu folle qu’est la course. Si ma blessure a été pénible pour elle, jamais elle ne me l’a fait sentir. Merci pour tout, mon amour.

Bon, le problème avec les courses en sentiers, c’est qu’on n’a aucune idée de ce qui se passe avec les autres concurrents. L’organisation nous tient au courant pour les trois premiers du 65 km (Seb Roulier menait au ravito du 8e kilomètre, mais après ça, son nom n’est plus cité, au point où je me demande s’il ne lui est pas arrivé quelque chose), mais pour les autres… Donc, aucune nouvelle de Seb et JF. Je m’attends à ce qu’ils arrivent 30, peut-être 45 minutes après moi. Mais en sentiers, c’est très difficile à évaluer. En tout cas, j’ai le temps de me changer, ça j’en suis certain. Et je vais le faire parce qu’il ne fait pas chaud pour la pompe à eau !

Une fois changé, nous nous dirigeons tous vers la fin de la « montée du stationnement », derrière le chalet et commençons à attendre. J’en profite pour faire mes étirements. Charlotte étant très entreprenante, il devient facile d’entamer la conversation avec une  fille qui attend elle aussi, juste à côté. Une jeune femme, fin vingtaine, qui attend son chum. Elle est un peu nerveuse car il était premier du 65 km aux dernières nouvelles. Ha oui ?  Son nom ?  « Éric Turgeon ». Connait pas. Il semblerait qu’il était à St-Donat, qu’il menait pendant un long bout de temps avant de tout simplement « casser ». Bien hâte de voir c’est qui, je l’ai certainement aperçu. Quoi que les premiers et moi…

Le temps passe et l’inquiétude monte. 3h15. 3h30. Toujours rien. Finalement, un t-shirt orangé monté sur un colosse semble se pointer à l’horizon. C’est JF.  La blonde du super-coureur-que-je-ne-connais-pas n’en revient pas qu’un gars avec une telle carrure puisse se taper 28 km en montagnes. Impressionnant, en effet.

Toutefois, sa foulée est pénible. Et tout juste derrière lui, nous reconnaissons Seb, tout de gris vêtu. Lui aussi semble en arracher. L’un comme l’autre ne regarde même pas dans notre direction quand les filles crient leurs encouragements. Ils ont l’air grave, ils souffrent. J’avoue ne pas aimer du tout ce que je vois. J’ai déjà souffert en fin de course, souvent. Mais à chaque fois j’étais heureux de voir les miens, de leur faire un sourire. Ça ne semble pas être le cas ici.

Nous nous précipitons vers l’arrivée. Nos deux comparses arrivent. Ils sont vidés, plus rien. Julie essaie d’aller voir JF, mais celui-ci s’éloigne. Marie-Claude tente de parler à Seb, il la repousse. Puis il se penche et commence à émettre de drôles de bruits. Nausées, vomissements ? Merde, ça va mal. Il a les yeux remplis d’eau. Marie-Claude dans tous ses états, peine à retenir ses larmes. Je lui suggère fortement de le garder à l’oeil car je ne suis vraiment pas rassuré par ce que je vois. Je sais, pas tellement rassurant, le gars d’expérience qui a le regard inquiet…

JF s’assoit sur un pare-choc de camion. Ok, il va s’en tirer. Peu à peu, Seb semble reprendre ses esprits. Ouf !  Quand il finit par pouvoir parler, il me lance: « Un sac de Camelbak, man, c’est ça que ça prend ! ». De quessé ?

Il s’avère que le sac de sa veste Alpha d’UltraSpire (la même que la mienne, sauf qu’il a le format pour homme, pas celui pour petit garçon comme moi) a percé dès le début de la course. Et bien évidemment, le trou était dans le bas du sac, question que les deux litres qu’il contenait se déversent gentiment dans le dos de son propriétaire. À chaque station d’aide, Seb a demandé du duct tape, mais personne n’en avait. Il a donc fait la course en ne buvant qu’aux stations. Certains sont capables de le faire (hein Joan ?  ;-)), d’autres, comme moi,  non.

Mais tu parles d’une malchance !  J’ai parcouru des centaines de kilomètres avec cette veste et jamais je n’ai eu de problème semblable. Dans sons cas, je crois qu’il en était seulement à sa deuxième utilisation. Il soupçonne que le coin de sa couverture de survie ait frotté sur le sac, finissant par le percer. Mais bon, j’en prends bonne note: pour le prochain ultra, j’aurai un autre sac soit dans mon drop bag, soit amené par ma super-équipe de support. On peut toujours apprendre des autres…

Mes impressions sur la course et d’autres petites anecdotes suivront bientôt.